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L’année du centenaire (IV): la question préalable

L’année du centenaire (IV): la question préalable

publié dans doctrine politique le 29 mai 2010


L’année du centenaire (IV)
La question préalable

• Par la manière dont elle s’exprime, la Lettre apostolique de saint Pie X peut heurter d’emblée la mentalité actuelle, même chez beaucoup de catholiques. En commençant cette série d’articles, j’ai cité sa phrase annonçant carrément la couleur : « civilisation chrétienne » et « cité catholique ». De quoi faire ricaner un Bayrou et stupéfier nos confrères de La Croix. Relisons cette proclamation initiale, en la citant cette fois avec son contexte immédiat. Saint Pie X avait conscience de parler en 1910 « dans ce temps d’anarchie sociale et intellectuelle ». Que dirait-il aujourd’hui. Voici ce qu’il déclarait alors :

« On ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie (…). Non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété. »

Les catholiques pratiquants n’étant plus, à ce qu’on leur dit, que 4 % de la population française, ne voient pas comment ils pourraient mettre en œuvre un tel programme. Il leur paraît venu d’une autre époque et complètement étranger à la situation actuelle ; et inintelligible pour les électeurs et les élus de la République.

• Mais c’est là prendre les choses à l’envers. Il ne s’agit pas de rechercher ce qui est immédiatement acceptable par l’opinion, par les médias, par le clergé diocésain, par les commissions et comités épiscopaux. Les sociologues, les politologues, les psychologues ne manquent pas pour nous le faire savoir, même quand nous ne leur demandons rien. Il s’agit d’autre chose. Il s’agit de savoir ce que pense l’Eglise. De savoir d’abord ce qu’elle pense d’immuable. Les bases, les fondements, les principes. Ensuite on pourra se tourner vers le muable, le changeant, la couleur du temps, la mentalité du moment, le terrain : on n’y pénétrera pas en aveugles. D’ailleurs, qu’on le veuille ou non, on en fait partie, – et malheureusement, beaucoup plus qu’on ne croit.

• Nos bons confrères de La Croix s’avisent parfois qu’il convient d’expliquer au lecteur le sens des mots que l’on emploie, surtout lorsqu’ils sont étranges et peu usités par eux, comme le mot « chrétienté ». C’est Nicolas Senèze, leur spécialiste du combat permanent contre l’« intégrisme », qui en a été chargé. Et, jour mémorable, ce 21 mai où, mieux inspiré que d’habitude, Nicolas Senèze a défini le terme « chrétienté » par une citation de Gustave Thibon :

« Un tissu social dans lequel la religion [chrétienne] pénètre jusqu’au moindre recoin de la vie temporelle (habitudes, usages, distractions et travail…), une civilisation dans laquelle le temporel est sans cesse imprégné par l’éternel. »

Peut-on imaginer une Eglise catholique qui ne voudrait plus cela, qui ne travaillerait plus à cela, qui n’aurait plus « à temps et à contre-temps » une telle chrétienté comme ardent désir ?

La vérité est que le clergé et sa hiérarchie, qui ne l’ignorent pas, n’ont plus la tranquille assurance de saint Pie X face à l’envahissante laïcité moderne et même se laissent paresseusement aller à croire que ce sont les idées d’un autre siècle. Dans notre siècle pourtant, on peut tenir ce langage, comme vient de le faire en substance Benoît XVI à la République de Malte, et elle ne s’en porte pas plus mal, au contraire (cf. Présent du 20 et du 21 avril).

• Les anciennes nations chrétiennes on été systématiquement aveuglées depuis deux siècles par les progrès constants, et de plus en plus rapides, de la « civilisation matérielle » : découvertes scientifiques, innovations techniques, promptitude croissante des transports et des communications, perfectionnement de la médecine et de la chirurgie, etc. Mais une « civilisation » est-elle donc uniquement ou principalement « matérielle » ? La morale et la religion devraient-elles évoluer à la suite et imitation des chemins de fer ou des téléphones ? Le Play, un des plus grands esprits du XIXe siècle, avait averti :

« En science, découvrir des vérités nouvelles ; en morale, pratiquer la vérité connue », car « l’esprit d’innovation est aussi stérile dans l’ordre moral qu’il est fécond dans l’ordre matériel ».

Ces sentences réveillent l’esprit du sommeil artificiel où l’évolutionnisme matériel l’avait plongé. On peut alors comprendre en quel sens « la civilisation n’est plus à inventer ». Il existe une nature humaine, une loi naturelle, une rédemption surnaturelle. Elles sont contredites, contrariées, bouleversées, submergées par toutes sortes d’idées nouvelles qui se présentent comme des progrès de la démocratie, mais ce ne sont là, il importe de bien le discerner, que « les attaques toujours renaissantes » de l’utopie, de la révolte, de l’impiété. C’est pourquoi la civilisation chrétienne, la chrétienté, la cité catholique sont toujours à « instaurer et restaurer sans cesse » sur leurs « fondements naturels et divins ». Nous avons toute l’année pour lire et étudier point par point cette centenaire Lettre apostolique du 25 août 1910.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 7103
du Samedi 29 mai 2010

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