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De la miséricorde du Seigneur.

publié dans paroisse saint michel le 8 septembre 2012


15ème dimanche après la Pentecôte.
De la miséricorde du Seigneur.

« Lorsque le Seigneur l’eut vue, il fut touché de compassion pour elle »

Je voudrais vous parler ce dimanche de la miséricorde du Seigneur. Ne dites-pas : encore ! Parce que c’est le plus beau thème que l’on puisse aborder dans notre Evangile. C’est la plus belle révélation de Notre Evangile. Rien n’est plus beau que de savoir que Notre Seigneur est plein de miséricorde pour nous, pauvres pécheurs. Il n’y a que les gens qui ne comprennent pas ce qu’est le péché, qui peuvent se lasser que l’on parle encore de la miséricorde. Moi ! Cette méditation ne me lasse jamais. La miséricorde est la plus belle propriété de notre Dieu. Et cette miséricorde contemplée et connue goutée me permet de comprendre la suavité du Seigneur : « Videte quoniam suavis est Dominus ».

La miséricorde, c’est bien le thème de cette messe. Tous les textes tournent autour de cette notion.

C’est d’abord le thème de l’Evangile. Il nous est dit que NSJC approchant de la porte de Naïm, voit un cortège funèbre, une mère, qui est une veuve et qui vient de perdre son fils, qui est son unique, une foule immense l’accompagne….Jésus, voit tout cela et l’évangéliste nous dit qu’il est ému, qu’il est « touché de compassion pour elle », i.e. qu’ il est touché de compassion à la vue de cette mère désolée. Jésus a un cœur, ce cœur est sensible ; il est touché par la misère de cette femme. Il est touché de ses pleurs. Il lui dit : « ne pleure point », « noli flere ». Il est miséricordieux. Il fait arrêter le cortège, touche le cercueil et dit: « Jeune homme, je te l’ordonne lève toi. Et le mort se mit sur son séant et commença à parler ». Et l’évangéliste n’omet pas de noter que Jésus le rendit à sa mère : « Et dedit illum matri suae ». On peut imaginer avec quel regard doux, bon et souriant, Jésus remit l’enfant à sa mère.
Et voilà pourquoi l’Eglise a choisi très heureusement les versets 2,3 et 4 du Psaume 39, en l’offertoire de cette messe : « Le Seigneur a jeté un regard vers moi ; il a exaucé ma supplication ». C’est bien de ce regard condescendant et bon que Jésus regarda cette mère désolée et lui remit son enfant.

La miséricorde, c’est donc le beau thème de l’Evangile, de l’Offertoire.

C’est le thème également de l’Introït : c’est le fidèle, cette fois, qui supplie le Seigneur de se pencher sur lui. Il ne le ferait pas s’il ne pouvait compter sur la miséricorde du Seigneur. Dieu a un cœur bon et miséricordieux, c’est pourquoi le fidèle lui dit sans crainte et avec même une certaine audace: « penchez votre oreille Seigneur, et exaucez moi » et le fidèle poursuit : « Sauvez, mon Dieu, votre serviteur qui espère en vous ». Le salut donné est la plus grande preuve de la miséricorde du Seigneur. C’est pourquoi, fort de cette certitude du salut obtenu, le serviteur peut lancer au ciel un cri de pitié : « miserere mihi Domine, quoniam ad te clamavi tota die », « Ayez pitié de moi ». C’est ce que nous disons aussi dès le début de notre sainte messe : « Kyrie éleison, Christe Eleison », « Seigneur, ayez pitié de nous… »

La miséricorde est le beau thème de l’Introït. On le retrouve dans le texte du Graduel : « il est bon de louer le Seigneur et de chanter votre nom, pour annoncer le matin votre miséricorde et votre vérité durant la nuit ». « Annoncer votre miséricorde ». Votre « nom » est miséricorde.

C’est le beau thème développé également dans l’oraison : « Seigneur, purifiez et fortifiez votre Eglise par le continuel effet de votre miséricorde », « Ecclesiam tuam, Domine, miseratio continuata mundet et muniat ». C’est la certitude de la miséricorde du Seigneur qui est la source de la purification de l’Eglise et de sa force. Où trouver purification et force sinon dans la miséricorde du Seigneur. Parce qu’il est miséricordieux, je vais à sa rencontre pour être purifié. Parce qu’il est miséricordieux, je trouve en cette miséricorde la force de me lever. Que de scènes de l’Evangile trouvent leur raison en cette certitude de la miséricorde du Seigneur, ne serait-ce que celui de la parabole du père de l’enfant prodigue. Il se lève sur qu’il trouvera miséricorde auprès de son père.

La miséricorde est aussi le thème de l’Epître de saint Paul aux Galates de ce dimanche : l’Apôtre ne dit-il pas aux Galates : « : « Ne nous lassons pas de faire le bien…faisons du bien à tous, mais surtout à ceux qui sont de la famille de la foi » ? Et au préalable, il avait soin de leur rappeler : « si un homme est tombé par surprise dans quelques faute…relevez-le avec un esprit de douceur -in spiritus lenitatis- de lenis : doux au toucher – prenant garde à vous-même…car vous pourriez bien vous même être tenté». Ainsi le père de l’enfant prodigue le reçut-il avec miséricorde.

Vous pouvez noter, ainsi combien cette messe est bien construite. Un vrai petit chef-d’œuvre, la miséricorde en est vraiment le thème, comme leit-motif.

Et permettez-moi d’en développer un peu le thème en utilisant la parabole de l’enfant prodigue. Vous en connaissez le récit dans Saint Luc au chapitre 15. Cette parabole nous parle, en la personne du père, de la tendresse de Dieu mais aussi de la contrition et de l’humilité qui doivent être au cœur du pécheur. Le péché, le repentir, le retour : tels sont les trois actes de notre drame.
Un homme avait deux fils. Le plus jeune vient réclamer sa part d’héritage. La demande du jeune fils témoigne d’un désir immédiat et immodéré de liberté-libertinage. Le père s’y soumet, cependant. Le fils réalise son avoir et s’en va dans un pays lointain, le plus loin possible, semble-t-il. Toute cette richesse, fruit du travail de son père, il la dissipe en débauche. Mais une grande famine arrive dans la région. Et alors il commence à manquer de tout. La misère l’oblige à se mettre au service de l’un des habitants de la région. Lui qui avait été libre, indépendant, associé à l’œuvre de son père, il s’attache à un étranger qui l’envoie dans ses terres, ne lui accorde aucun salaire et témoigne de son dédain en lui assignant la besogne la plus ingrate. A peine a-t-il de quoi manger ! En vient-il à souhaiter la nourriture de ces pourceaux, mais nul ne songe à lui en donner.
C’est alors que jaillit de ce cœur ingrat le repentir ; il se rappelle sa maison d’autrefois…C’est alors qu’il dit : « je me lèverai et j’irai vers mon père ». « Mon père ». On voit ici que cette paternité, nul dégradation morale ne peut l’efface. Je lui dirai « Père, j’ai péché contre le ciel et contre vous. Je ne suis pas digne d’être appelé votre fils ». Aussitôt dit aussitôt fait. Il part. Son père l’aperçoit alors qu’il était encore loin. Il le reconnaît pourtant dans ses haillons sordides et ses entrailles sont émues de compassion. Il court malgré son âge, et le premier tombe à son coup, le prend dans se bras, l’embrasse tendrement. Le fils avait préparé son discours. Le temps lui manque pour le prononcer tant la miséricorde du père est active : « Vite, dit-il aux serviteurs, apporter une robe, la plus belle, la meilleure et l’en revêtez. Mettez un anneau à son doigt, l’anneau des personne de qualité, des fils de famille, le signe d’une nouvelle union et donnez des chaussures à ses pieds…Allez chercher le veau bras…Tuez le et mangeons le….Car mon fils que voici était mort, et il est ressuscité ; il était perdu et il est retrouvé ». Alors le festin commence.

Dieu sait pourtant combien ce fils fut ingrat, injuste. Il était digne de tous les reproches, de toutes les condamnations. Son père aurait du et pu légitiment, en toute justice lui fermer sa porte, le repousser, le renvoyer…

Je pensais à cela lorsque j’entendis à France Info le vacarme de ce peuple belge indigné, à juste titre, de voir que le couvent des clarisses près de Namur, acceptait de donner l’hospitalité à cette femme, Michelle Martin, ex-femme du meurtrier Marc Dutroux : elle avait coopéré si odieusement aux actes atroces commis par son mari. La justice belge l’avait condamnée à 30 ans de prison, mais venait de décider de la libérer, d’une liberté conditionnelle, la moitié de sa peine accomplie. Le peuple sacandalisé, à grand cri, réclamait justice et sans la force de police qui protégeait le couvent, aurait bien lapidé et cette femme et les religieuses aussi. Alors que j’écoutais ces cris, je pensais à la : miséricorde du Seigneur qui, lui, se fit clouer sur la croix, à la place des pécheurs, pour leur donner la vie… Rentrant au presbytère, je pris connaissance de ce beau papier écrit dans le « Point », par Daniel Salvatore Schiffer, – Il se dit athée – . j’en doute, M Ogez, très heureusement inspiré, venait de mettre sur notre site saint Michel. Je ne résiste pas à vous en lire la conclusion. Après avoir exprimé sa compréhension de la protestation populaire, après avoir pensé à l’atroce douleur des parents devant cette libération anticipée et après avoir donné la parole au père qui venait d’écrire à cette femme : « Vous êtes libre alors que je suis prisonnier de ma douleur », notre auteur ose écrire, dans le Point :

Charité chrétienne
« Il (me) reste encore à comprendre – et je peux dire là, en âme et conscience, justifier – ce qui motive, en toute logique, les sœurs du couvent des Clarisses de Malonne, paisible bourgade située non loin de la ville de Namur, à accueillir aussi généreusement, peut-être à leurs risques et périls, une Michelle Martin, la femme la plus honnie du royaume, qui, sans leur providentiel secours, ne saurait où aller ni à quel saint (c’est le cas de le dire) se vouer, risquant même de se faire lyncher par une foule assoiffée de vengeance, à partir du moment où, soudain livrée ainsi à la rue, cette libération met sa vie, paradoxalement, en danger.
Heureusement, donc, que ces bonnes sœurs sont là pour pallier les insuffisances de la justice ! Mais, en cette Belgique encore traumatisée par le pire crime de son histoire judiciaire, nombreux sont pourtant ceux qui s’insurgent, à grand renfort de slogans à l’emporte-pièce, contre l’attitude de ces religieuses. Ils ont tort, cependant ! Car ces miséricordieuses sœurs – et c’est un athée qui parle ici – ne font jamais là, animées par ce que les croyants nomment « l’esprit saint », qu’appliquer scrupuleusement les préceptes bibliques, que mettre très concrètement en pratique l’enseignement de l’évangile lui-même : aime ton prochain, fût-il un criminel, comme toi-même ; tends la joue droite à ceux qui te frappent sur la joue gauche ; ne t’endors pas le soir en n’ayant pas pardonné à ton ennemi ! Il y a en effet là, en cette pure et inconditionnelle charité chrétienne, quelque chose de profondément christique, de magnifiquement divin tant cet héroïque geste dépasse, quelle que soit notre difficulté à l’admettre, l’entendement humain…
Parole d’évangile
N’est-ce pas d’ailleurs le Christ qui, alors même qu’il était sur le point de rendre l’âme sur sa croix, accueillit au paradis le larron qui, crucifié lui aussi, implorait alors le pardon de ses péchés ? N’est-ce pas encore ce même Christ qui, empli de compassion, empêcha la femme adultère, que les plus médisants disaient prostituée, de se voir lapidée, sans pitié ni remords, par la foule ? Ses paroles, à cette occasion-là, sont restées célèbres : « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ; va, repens-toi et ne pèche plus. »
C’est très exactement de cet esprit-là, pour incompréhensible qu’il soit au commun des mortels, que sœur Christine, abbesse du couvent des Clarisses, qui a une longue tradition d’accueil des personnes les plus vulnérables, s’inspire lorsqu’elle énonce, pour justifier la décision de son ordre, ces mots : « Madame Martin est un être humain capable, comme pour nous tous, du pire et du meilleur. (…) Nous croyons donc que tabler sur le meilleur d’elle-même n’est pas de l’inconscience de notre part. » Que vaudrait par ailleurs le sacrifice du Christ en croix, descendu sur terre pour racheter les péchés du monde, s’il n’y avait, afin de gagner la vie éternelle, la possibilité du pardon ? C’est là l’essence même du christianisme, son fondement théologique tout autant que sa raison d’être. Sans cela, autant fermer les églises ! Ces catholiques qui protestent bruyamment en place publique pour demander la peau de Michelle Martin, au prétexte qu’ils n’oublient pas la gravité de son crime, devraient le savoir, eux qui vont à confesse chaque dimanche et se gargarisent de catéchisme. D’autre part, pardonner ne signifie pas oublier – bien au contraire, et c’est même là que réside la grandeur du pardon – pas plus que le repentir d’un individu n’équivaut, loin de là, à l’exonérer de son passé, ni la pénitence à effacer le mal qu’il a fait.
Oui, je le clame ici haut et fort, quitte à choquer les bien-pensants ou à heurter l’opinion publique : ces religieuses du couvent des Clarisses, en accueillant cette grande pécheresse de façon aussi désintéressée, sans même exiger auparavant d’elle une quelconque conversion à leurs propres convictions, sont là, conformément à leur vocation première tout autant qu’en parfaite cohérence avec la mission qu’elles se sont fixée, des chrétiennes exemplaires et, tout à la fois, d’une humanité sans pareille. Elles sont l’incarnation même, en leur généreuse humilité, de la foi chrétienne en ce qu’elle a – et c’est encore là le même athée qui parle – de plus noble et grand
L’impénétrable voie du Seigneur
Et puis, qui sait si Michelle Martin, pour éminemment condamnable que soit son passé, ne suivra pas elle-même un jour ces spectaculaires méandres de la conversion la plus inattendue. Après tout, bon nombre de mystiques furent, avant leur extatique rencontre avec Dieu, de grands débauchés ou de vrais bandits, parfois même des criminels de la pire espèce. Le plus célèbre, au sein de cette étrange et surprenante assemblée, est un certain saint François d’Assise, qui, avant de devenir le très pieux moine que l’on sait, courait les tavernes, dépensant son argent sans compter pour s’enivrer du meilleur vin, tout en retroussant les filles et en faisant les quatre cents coups : un mélange avant la lettre, pour ce libertin des grands chemins, de Sade et de Casanova !
Bien avant encore, à l’aube du christianisme justement, il y eut Saul de Tarse, mieux connu sous le nom de saint Paul, qui, avant qu’il ne fût illuminé sur la route de Damas pour ensuite devenir le plus zélé et prolifique des apôtres, tenait impunément la tunique, à Jérusalem, de ceux-là mêmes qui lapidaient les chrétiens ! C’est là, ce passage de l’abjection à la sainteté, ce que Dante lui-même appelle, dans un passage de sa Divine comédie, la « vita nova » (dans la langue de Molière, la « nouvelle vie ») : tout un symbole pour ce précurseur de la Renaissance !
Reste à espérer que ce sera aussi là, sans bien sûr vouloir pour autant comparer ici l’incomparable et certes toutes proportions gardées dans l’échelle du mal, l’impénétrable voie du Seigneur qu’empruntera désormais, jusqu’à sa propre mort peut-être, Michelle Martin. En attendant, paix à l’âme de ses innocentes et trop jeunes martyres, et toute ma compassion à leurs admirables parents. Je ne suis pas sûr, étant moi-même père, que j’aurais, si je devais affronter pareille épreuve, leur force et leur courage !

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