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Le dernier pape roi

Le 28 avril 2014 @ 15 h 40 min dans regards sur le monde

Le dernier pape roi

SOURCE – Sandro Magister – L’Espresso – 25 avril 2014

Deux de ses prédécesseurs canonisés au lieu d’un seul. La conférence des évêques d’Italie annihilée. Toujours les hommes de la vieille garde à la tête de l’IOR. Tout cela selon la volonté de François

ROME, le 25 avril 2014 – Sous le pontificat de François la papauté se retrouve dans l’ombre. Toute la lumière est pour lui, le pape. Pas pour l’institution, mais pour l’homme.

Il se sent libre par rapport aux normes canoniques. En une seule année, il a déjà dérogé en six occasions à la règle impérative qui exige un nouveau miracle avant qu’un bienheureux soit proclamé saint. Jean XXIII est le dernier de ces six bienheureux. François voulait à tout prix que Jean-Paul II ne soit pas canonisé tout seul, mais qu’il soit équilibré par un autre pape ayant un profil différent, moins belliqueux, plus miséricordieux.

Et c’est ce qui va être fait le dimanche 27 avril. La congrégation pour les causes des saints s’est inclinée devant sa volonté et elle a agi comme si c’était elle qui avait demandé à François la dérogation, qui a été accordée immédiatement avec bienveillance.

De même le cardinal Angelo Bagnasco, qui occupe toujours le poste de président de la conférence des évêques d’Italie [CEI], a demandé à François que ce soit lui, le pape, qui prononce le discours d’inauguration de l’assemblée plénière des évêques qui a été convoquée pour le mois de mai, ce qui n’a jamais été fait par aucun souverain pontife.

La demande formulée par le cardinal, peut-on lire dans le communiqué officiel, « a tout de suite reçu un accueil favorable du Saint Père, qui a confié qu’il avait conçu le même projet ». En effet. On savait depuis un mois au moins que François avait décidé qu’il en serait ainsi.

Depuis qu’il est pape, la CEI est pour ainsi dire annihilée. François a demandé aux évêques italiens de lui indiquer de quelle manière ils préféreraient que soient effectuées la nomination de leur président et celle de leur secrétaire : par le pape, comme cela a toujours été fait en Italie, ou bien au moyen de libres élections, comme cela se fait dans tous les autres pays. Le message ayant été bien reçu, presque tous les évêques ont émis le souhait que la nomination soit laissée au pape. Et s’il veut vraiment qu’il y ait préalablement un vote consultatif, ce sera fait, mais en secret et sans dépouiller les bulletins de vote. Ceux-ci seront remis au pape encore fermés et il en fera ce qu’il voudra.

La CEI constitue ainsi un démenti vivant apporté aux intentions de décentralisation et de « démocratisation » de l’Église qui ont été attribuées à Jorge Mario Bergoglio.

Au sein de la conférence des évêques d’Italie, le seul personnage qui, aujourd’hui, détienne une autorité effective est son secrétaire général, Nunzio Galantino, évêque de Cassano all’Ionio. Toutefois cette autorité qu’il possède est purement et simplement un reflet de celle du pape, qui l’a intronisé et qui supervise chacun de ses actes.

Le premier acte de gouvernement qu’ait accompli Galantino, quelques heures après avoir été reçu en audience par le pape François, a été le licenciement de Dino Boffo, directeur historique des médias de la CEI au temps du cardinal Camillo Ruini et directeur, depuis trois ans, de TV 2000, chaîne qui a été dernièrement récompensée par des taux d’écoute remarquables.

Cela a eu lieu le 14 février. Depuis ce moment, plus de deux mois se sont écoulés et l’outil de communication numéro 1 de la CEI continue à être privé de chef, sans qu’une explication de l’éviction de Boffo ait encore été donnée.

Inversement, si l’on porte le regard à l’intérieur des murs du Vatican, on peut découvrir que des gens qui, dans n’importe quelle autre entreprise, auraient été mis à la porte depuis un bon moment sont toujours en place, avec tous les honneurs attachés à leurs fonctions.

Il s’agit des membres du conseil de surveillance de l’IOR, l’Américain Carl Anderson, l’Allemand Ronaldo Hermann Schmitz, l’Espagnol Manuel Soto Serrano et l’Italien Antonio Maria Marocco.

C’est cette « bande des quatre » qui, le 24 mai 2012, chassa de manière brutale, avec la bénédiction du cardinal Tarcisio Bertone, celui qui était alors le président de l’institution financière du Vatican, Ettore Gotti Tedeschi, homme de pointe du renouvellement. En revanche, elle fit bloc avec la vieille garde représentée par les deux directeurs, Paolo Cipriani et Massimo Tulli, en dépit des enquêtes judiciaires imminentes qui, l’année suivante, allaient les contraindre l’un et l’autre à des démissions sans gloire.

Aujourd’hui la magistrature italienne est en train de faire le procès de Cipriani et de Tulli, alors qu’elle a reconnu que la conduite de Gotti Tedeschi avait été impeccable. Mais les quatre membres du conseil sont toujours là, comme s’il ne s’était rien passé.

Et ce n’est pas tout. François a également tenu compte du conseil qui lui a été donné par les quatre : maintenir en vie l’IOR – qui, au cours de ces derniers mois, a été donné plusieurs fois pour moribond par le pape lui-même – et le faire fonctionner comme ils l’indiquaient.

Le nouveau parcours du pape Bergoglio est encore entièrement à déchiffrer.

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Cette note est parue dans « L’Espresso » n° 17 de 2014, en vente en kiosque à partir du 25 avril, à la page d’opinion intitulée « Settimo cielo », confiée à Sandro Magister.


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