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	<title>La Revue Item &#187; doctrine politique</title>
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	<description>La tradition sans peur</description>
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		<title>De l’intelligence de ces « Droits de l’Homme » qui installent l’islamisme dans le monde arabe et nous brouillent avec la Turquie</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Jan 2012 16:54:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><span style="color: #cc0000;"><strong>Joyeux Noël d&#8217;Aymeric Chauprade :</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>Dimanche, 25 Décembre 2011</strong></span><br />
<span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #cc0000; text-decoration: underline;"><strong>De l’intelligence de ces « Droits de l’Homme » qui installent l’islamisme dans le monde arabe et nous <a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2012/01/chauprade.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-5524" title="chauprade" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2012/01/chauprade-291x300.jpg" alt="" width="291" height="300" /></a>brouillent avec la Turquie</strong></span></span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">J’interromps un long silence, volontaire je dois dire. La raison ? Une série de voyages, en Amérique Latine et dans le monde arabe, mais aussi la volonté de prendre du recul sur les nombreux événements qui ont fait l’actualité géopolitique récente. J’espère ne pas avoir trop déçu les lecteurs qui pouvaient légitimement attendre mes commentaires durant ces dernières semaines. Qu’ils se disent que dans notre société d’immédiateté et de bruit de fond, l’abstinence est parfois aussi un bienfait.</p>
<p style="text-align: justify;">Le vote par l’Assemblée nationale française d’une loi visant à pénaliser la contestation du génocide arménien, me paraît être, pour quelqu’un qui se réclame de la realpolitik, un bon moment pour revenir au débat.</p>
<p style="text-align: justify;">Chacun sait que je ne suis pas favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, et cela pour une raison simple : non seulement les Turcs ne sont pas Européens, mais l’idée même d’Europe s’est en partie forgée dans l’opposition aux Turcs ottomans. Le monde turcophone est une aire culturelle qui dispose de ses propres critères de civilisation, et qui ne se limite pas à la différence religieuse avec les Européens. Et si j’étais méchant je dirais que comme je ne leur veux pas de mal, je n’ai aucune raison de leur souhaiter de monter à bord d’un bateau qui coule.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour autant, ni l’affection particulière que l’on peut avoir pour le peuple arménien, ni l’opposition à la candidature turque à l’Union européenne, ni l’hostilité de certains à l’AKP (le parti islamiste turc qui gouverne), ne doivent affaiblir notre sens du discernement.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai noté, ces derniers temps, que chercher des querelles avec « l’ennemi musulman » était une pente à laquelle cédait facilement nombre de défenseurs des identité française et européenne. Quand on entre dans ce genre de logique, il convient d’observer une règle de bon sens qui consiste à se demander pour « qui roule-t-on vraiment ?». Il est évident que tout ce qui conduit à l’aggravation des relations entre les peuples européens d’un côté, les Iraniens, les Turcs et les Arabes de l’autre, sert les Américains et les Israéliens mais certainement pas les Européens. Que les choses soient dites clairement à ceux qui pensent qu’Huntington a la solution : nous ne règlerons pas le problème de l’immigration extra-européenne par la guerre avec le monde musulman.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’il soit bien entendu ensuite que le réalisme (la realpolitik) ne signifie pas l’absence de valeurs ou le piétinement de celle-ci. J’établis une distinction entre les « Droits de l’Homme », fabrication révolutionnaire, et la liberté, valeur antique. La liberté, depuis la Grèce, Rome et la chevalerie européenne, est au cœur de ce qu’est l’identité de l’Europe. Les « Droits de l’Homme », droits abstraits d’un homme abstrait, n’ont, quant à eux, rien à voir avec la liberté, et bien au contraire ! C’est au nom des « Droits de l’Homme » que depuis deux siècles, une seule et même politique de Terreur est menée : celle qui terrorise les peuples et les prend pour cible davantage que leurs armées, autant dans la France de 1793, que dans le vieux Sud américain, l’Irak baasiste, la Serbie, la Libye, sans oublier Dresde et Cologne, Hiroshima et Nagasaki. Demain peut-être en Syrie et en Iran.</p>
<p style="text-align: justify;">La realpolitik c’est d’abord le rejet de cette politique des « Droits de l’Homme » qui au prétexte de libérer les peuples d’eux-mêmes, n’a cessé de les assassiner et de les livrer à des forces étrangères. La realpolitik c’est ensuite la première protection de l’idée de liberté, valeur essentielle de la civilisation européenne, qui, associée à l’exercice de la raison, est sans conteste le premier facteur du succès historique de l’Occident.</p>
<p style="text-align: justify;">Les « Droits de l’Homme » sont en train de détruire ce que la liberté et la raison ont construit durant des siècles en Occident. Ils détruisent la puissance des Européens, annihilent leur capacité à établir le diagnostic lucide de leur véritable situation (soumission au mondialisme américain et invasion migratoire), et attisent le ressentiment des vieux peuples qui reviennent dans l’Histoire (Russes, Chinois, Indiens, Iraniens, Turcs…).</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne suis pas en train de contester la loi votée sur le génocide arménien au motif d’intérêts purement économiques qui seraient menacés et en m’asseyant sur mes principes. Je conteste cette mauvaise idée, parce qu’elle est, une fois de plus, le produit de l’aveuglement provoqué par la fiction des « Droits de l’Homme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et plus cette fiction s’impose dans notre pays, au détriment de la realpolitik, plus la liberté recule.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela fait des années que la liberté d’investigation dans le champ de l’Histoire est fragilisée en France, qu’une politique de Terreur mémorielle règne sur notre pays, et que le débat est écarté au profit de la loi, surtout quand les vérités dominantes commencent à être menacées par des arguments « trop convaincants ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’est plus permis d’affirmer librement les conclusions de travaux scientifiques portant sur certaines périodes de l’Histoire (Deuxième Guerre mondiale et époque coloniale surtout) ; il n’est plus possible d’énoncer des faits et des chiffres qui établiraient un lien entre immigration et criminalité. Et, à la différence du monde-anglo-saxon, il n’est plus possible de travailler sur les différences génétiques et biologiques entre groupes ethniques et raciaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est plus la science (sciences humaines et sciences exactes), ou du moins la résultante de ses libres débats, qui, chez nous, tend à énoncer la vérité, ce sont des dogmes idéologiques. Et quand ces dogmes faiblissent face à l’exercice de la raison, des lois viennent immédiatement à leur renfort pour empêcher la raison de progresser. Il existe un exemple consternant de cet effacement de la vérité scientifique, au profit de l’idéologie, un exemple qui normalement devrait réveiller les Français, ceci tout simplement parce qu’il frappe directement leurs enfants : la théorie du genre (la gender theory) qui postule que la différenciation sexuelle est le produit d’une détermination sociologique et non d’une détermination biologique, et qui est imposée à nos écoliers contre la vérité scientifique, et pas seulement contre les morales juive, chrétienne et musulmane, ou les sagesses asiatiques. Certes, les manuels d’histoire souffrent depuis bien longtemps d’une vision déformée de l’Histoire. Des médiévistes comme Régine Pernoud ou Jacques Heers se sont battus, à juste titre, contre l’image noire que l’enseignement républicain a donnée du Moyen-âge, un Moyen-âge version « Nom de la Rose », ramené aux dents pourries et à la peste, caricaturé à l’extrême pour mieux souligner la césure de la Renaissance, et surtout un Moyen-âge privé de sa dimension fondamentale : « l’enchantement » et la spiritualité. Ce qu’il y a d’essentiel dans le Moyen-âge – la puissance de la foi et l’enchantement du réel- est complètement passé à côté de nos écoliers. Comme la philosophie médiévale d’ailleurs, puisque notre enseignement de la philosophie saute allègrement de Platon à Helvétius.</p>
<p style="text-align: justify;">Au-delà du seul Moyen-âge, et pour renforcer sa légitimité, la République n’a cessé d’inculquer à ses petits écoliers une vision manichéenne de l’Ancien Régime. Cette vision grossière et contraire à la vérité s’est étendue ensuite à l’époque coloniale, durant les trois dernières décennies, avant d’englober toute l’histoire de la civilisation européenne. Dans les derniers manuels d’histoire, ce qui a été grand est dominateur (Louis XIV, Napoléon) y est volontairement effacé au profit d’empires africains incertains. Mais ce qui est nouveau, c’est que les manuels de Sciences et vie sont maintenant également rattrapés par les dogmes de l’idéologie dominante. Le fait d’être un homme ou une femme est désormais aussi une construction sociologique, et par voie conséquence il devient légitime de pouvoir changer de sexe et de sexualité. Pour donner une légitimité au résultat de la démonstration, on a tordu les prémisses. Le contraire même de la démarche scientifique. Le sexe n’est plus un fait naturel qui s’impose à nous dès notre naissance. Il y a eu d’abord la négation des races, puis celle des nations ; il y a maintenant la négation des sexes. Et la loi est désormais chargée de nous faire entrer dans le crâne cette nouvelle religion mondialiste et ses dogmes si le conformisme n’y parvient naturellement.</p>
<p style="text-align: justify;">La nouvelle religion a sa nouvelle histoire, laquelle est ponctuée de catastrophes incontournables, l’Holocauste des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, dans une moindre mesure celui des Arméniens, puis le « petit Holocauste » du 11 septembre. Certains holocaustes, mais pas tous quand même ! On n’imagine guère en effet nos députés votant une loi pénalisant la négation du génocide des Indiens d’Amérique lequel est au fondement pourtant de la création des… Etats-Unis d’Amérique, ou une loi visant à pénaliser la négation de la dispersion palestinienne en 1948 et 67. Il faut dire qu’il y a peu d’Indiens qui voteront à la prochaine élection présidentielle française. Peu de Palestiniens non plus, même s’il y a pourtant beaucoup d’Arabes. Le jour où la proportion de Français rendue à l’évidence deviendra trop importante, on peut s’attendre aussi à une loi pénalisant la contestation de la version officielle du 11 septembre.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui en France, un universitaire est emprisonné (après avoir été détruit socialement) non parce qu’il a attaqué une banque, mais parce qu’il a osé contester des vérités historiques établies. A l’inverse, ceux qui martyrisent de façon quotidienne les Français (Français de souche ou nouveaux Français qui ont fait l’effort de le devenir), ceux qui les volent, les insultent, bousculent leurs Anciens, giflent leurs ados maigrichons et terrorisent leurs filles, ceux-là n’intéressent pas la représentation nationale. Non, pour nos députés, ce qui est essentiel, c’est de protéger la mémoire arménienne, comme ils ont cru protéger hier la mémoire juive. Manifestement, ils pensent avoir été élus pour ployer le genoux devant les minorités, plutôt que de s’occuper d’une masse de braves Français qui, inexplicablement, renouvelle leur mandat depuis plus trois décennies.</p>
<p style="text-align: justify;">Je reviens à cette mauvaise idée de loi sur le génocide arménien.</p>
<p style="text-align: justify;">1/ Ce débat doit rester celui des historiens. Les Parlementaires, dont l’immense majorité est ignare et n’a jamais lu un seul livre sur le sujet, n’ont pas à s’en mêler. Ils n’ont pas plus à légiférer sur la question arménienne, qu’ils n’avaient hier à légiférer sur les drames concentrationnaires de la Deuxième Guerre mondiale.</p>
<p style="text-align: justify;">2/ Cette question appartient aux Arméniens et aux Turcs. Elle regarde la Turquie et non la France. Il ne faut pas venir se plaindre si les Turcs rétorquent en se penchant sur notre passé colonial. C’était tellement prévisible. Parler de l’Algérie pour les Turcs c’est à la fois semer la discorde chez nous, mais c’est aussi rehausser un peu plus le prestige de la Turquie dans le Maghreb.</p>
<p style="text-align: justify;">3/ Puisqu’ils se déchaînent maintenant sur notre Histoire, j’avoue que les Turcs m’amuseraient davantage s’ils s’occupaient de légiférer sur la contestation du génocide des Vendéens. S’ils ne les connaissent pas encore, qu’ils se précipitent sur les ouvrages de l’historien français Reynald Secher, spécialiste des guerres de Vendée. Ils y trouveront les textes de la Convention qui donnèrent l’ordre explicite d’éradiquer une population toute entière, hommes, femmes et enfants, parce qu’elle était, « ethniquement contre-révolutionnaire ». Ils y découvriront des massacres de grande ampleur qui ne furent pas le résultat de débordements de la part des exécutants, mais bien d’une politique criminelle planifiée au plus haut niveau, utilisant des méthodes préindustrielles (noyades de Carrier à Nantes) et la Terreur (tannage des peaux humaines, cannibalisme, nourrissons cuits dans des fours à pain) comme stratégie militaire.</p>
<p style="text-align: justify;">J’imagine même combien il serait intéressant pour une élite turco-musulmane anti-kémaliste de découvrir combien leurs adversaires « jacobins » kémalistes doivent à cette Révolution française, qui fut aussi la matrice des grands totalitarismes du XXe siècle (bolchévisme et nazisme) et des grandes idéologies modernistes du monde musulman auxquels s’opposent islamistes turcs et Frères musulmans arabes !</p>
<p style="text-align: justify;">Si nos gouvernants ont décidé de nous faire détester par des pays émergents qui comptent de plus en plus, comme le Mexique (avec l’affaire Cassez) ou la Turquie, qu’ils nous le disent clairement. De ce point de vue, les résultats engrangés durant l’année 2011 sont exceptionnels !</p>
<p style="text-align: justify;">Le Maroc a interdit ce 24 décembre un numéro de L’Express figurant Mahomet. Début de scandale dans notre presse bienpensante. Et alors ? Nouvelle leçon de Droits de l’Homme à attendre ? Il ne suffit pas de la Tunisie, du Mexique, de la Turquie, il nous faut maintenant nous fâcher avec le Maroc ? Nous ne sommes pas en train de parler d’un titre de presse français sur le territoire français mais d’un titre français sur le territoire marocain. Les Marocains n’ont-ils pas le droit de faire ce qu’ils veulent chez eux ? Ils seraient donc obligés de distribuer L’Express ? Ils n’auraient pas le droit d’estimer que ce numéro peut constituer un trouble à l’ordre public ? Le PJD (parti islamiste) n’est-il pas encore assez fort (il gouverne) à nos yeux qu’il faudrait lui donner encore un coup de main ? Il y a un très bon historien du Maroc (je ne peux que recommander son excellente et tout récente Histoire du Maroc), Bernard Lugan qui ne doit pas en revenir en ce moment ! Il y a quelques jours, l’émission qu’il enregistrait pour I-Télévision avec Robert Ménard, afin de présenter un décapant essai « Décolonisez l’Afrique ! » (paru aux éditions Ellipses début décembre) a été purement et simplement censurée, c’est-à-dire enregistrée mais jamais diffusée. Nos amis marocains devraient poser la question à la France : si vous interdisez de parole votre plus grand historien de l’Afrique, pourquoi alors ne pourrions-nous pas (de temps en temps mais c’est tellement rare !) bloquer la distribution de l’un de vos titres de presse sur notre territoire ?</p>
<p style="text-align: justify;">A la vitesse à laquelle la France multiplie les querelles, il faut maintenant se poser une question. La bêtise suffit-elle à tout expliquer ? Ou bien y-a-t-il une force plus profonde qui pousse dans cette direction ?</p>
<p style="text-align: justify;">Aymeric Chauprade</p>


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		<title>SARKOZY FACE A L&#8217;ISLAM</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Jan 2011 17:33:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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<li><a href='http://www.revue-item.com/4004/persecution-des-chretiens/' rel='bookmark' title='Permanent Link: PERSECUTION DES CHRETIENS'>PERSECUTION DES CHRETIENS</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/3915/il-faut-detruire-lislam-pour-sauver-les-musulmans/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Il faut détruire l&#8217;islam pour sauver les musulmans'>Il faut détruire l&#8217;islam pour sauver les musulmans</a></li>
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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;">SARKOZY FACE A L&#8217;ISLAM<br />
Les vœux de l&#8217;impossible</span></strong></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Nicolas Sarkozy a eu des mots très forts, dans ses vœux du 7 janvier dernier aux autorités religieuses, au sujet des derniers attentats contre les chrétiens de Bagdad et d’Alexandrie. Il a parlé de “martyrs” et de “massacre des innocents” ; il a dénoncé “un plan particulièrement pervers d’épuration religieuse” au Moyen-Orient. Dans la bouche d’un Président de la République, c’est nouveau, probablement sincère, de toutes façons important. Mais le discours est fort long, et développe aussi une pensée sur la réalité des menaces islamiques qui mérite d’être examinée point par point. Nous en retiendrons sept, qui visent hélas à constituer les “vœux de l’impossible” du Chef d’Etat français.</p>
<p style="text-align: justify;">1. –<strong> “Chacune des religions que vous représentez ici a ses martyrs et chacun les révère ou les célèbre selon ses rites. Dans chacune des religions que vous représentez ici, des femmes et des hommes ont sacrifié leur vie pour défendre leur foi et par là leur liberté de croire ; car c&#8217;est une liberté.”<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, le martyr est bien celui qui met sa foi en Dieu au-dessus de sa propre vie, au point de préférer la mort au reniement. Pour le chrétien cependant, ce témoignage suprême n’abrite aucune exaltation suicidaire, ni même aucune provocation. Les chrétiens assassinés dans leurs églises en Irak et en Egypte ne faisaient que rendre témoignage à la Vérité, dans un environnement hostile, sans fixer de limite au prix qu’elle allait leur coûter. – Dans la doctrine islamique, au contraire, la palme du martyr ne s’acquiert qu’au combat armé contre les Infidèles, mécréants, juifs ou chrétiens. Prêter au terroriste kamikaze les mêmes vertus qu’à ses innocentes et malheureuses victimes, lui donner le même nom, dans un discours présidentiel, relève inconsciemment du mépris des motivations humaines et, objectivement, politiquement, du contre-sens absolu. Le postulat relativiste et mille fois démenti par l’Histoire selon lequel “toutes les religions se valent” (et que l’islam par suite serait une religion “comme les autres”), ce postulat suicidaire aura égaré une fois de plus la plume du savant conseiller…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. – “Les martyrs d&#8217;Alexandrie ou de Bagdad ne sont pas uniquement des martyrs coptes, syriaques, ou maronites. Ils sont collectivement nos martyrs. Ils sont les martyrs de la liberté de conscience.”<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La liberté de conscience – comme le concept de liberté tout court, celui d’égalité et de fraternité, inscrits aux frontons des monuments de la République – constitue en effet depuis saint Augustin un héritage direct du “libre arbitre” chrétien. Sarkozy a raison, mais il ne va pas jusqu’au bout. Car l’idée si fortement chrétienne que l’homme puisse partager une liberté quelconque avec son Créateur dans le destin du monde, qu’il doive mobiliser sur terre son intelligence et sa liberté pour servir son prochain et faire retour après cette vie à la Divinité, cette conviction mystique n’a aucun sens aux yeux des croyants de l’Islam, toutes obédiences confondues. Elle constitue même pour eux une impiété considérable, comme insulte à la transcendance et à l’omnipotence d’Allah. – Le vrai musulman est “soumis” (c’est le sens même du mot en arabe), dans une relation au divin principalement fondée sur la crainte, qui se traduit par une relation de ruse ou de violence lorsqu’il entend y soumettre le monde entier. – Le vrai chrétien est libre, dans une relation à Dieu de personne à personne, principalement fondée sur l’amour, qui se traduit par l’obligation très supérieure d’aimer son prochain “comme soi-même”, ce qui interdit bien sûr au premier chef de le massacrer !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3. – “Chaque État, chaque civilisation, chaque société a ses lois, ses principes et ses règles de vie commune mais il existe aussi des principes universels auxquels la très grande majorité des États du monde a souscrit. Ces principes garantissent, comme le pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, le droit à la liberté de pensée, le droit à la liberté de conscience, le droit à la liberté de religion.”<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les Etats réfractaires, le Président Sarkozy cite un seul pays, le Pakistan, et un seul cas de persécution, celui de la mère de famille chrétienne condamnée à mort pour “blasphème” par les tribunaux de la Charia. Comme si le problème n’était pas devenu mondial, avec deux cent millions de chrétiens mis à mal par les Etats totalitaires du communisme et de l’islamisme, auprès desquels nous passons chaque année de juteux contrats ! Oui, deux cent millions de chrétiens sont persécutés aujourd’hui dans le monde à travers plus de cinquante pays : communistes, hindouistes et surtout musulmans. Cent soixante-dix mille d’entre eux en périssent chaque année, égorgés dans la rue, brûlés vifs dans leurs églises ou leurs maisons, fusillés pour l’exemple ou condamnés à mourir de faim dans un camp de concentration. L’armée, la police et les tribunaux sont partout complices (quand ils ne sont pas acteurs directs) de ces assassinats. C’est le grand génocide du XXIe siècle, qui ne vaut pas trois lignes ou trente secondes dans nos journaux de presse écrite, radiophonique ou télévisée ! Comme on aurait aimé qu’il se mérite trois phrase entières dans le “discours aux autorités religieuses” du Président de la République…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. – “La communauté musulmane de France elle-même est d&#8217;ailleurs la première horrifiée, je le sais, par les crimes que l&#8217;on commet au nom de l&#8217;Islam.”<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voici bien le plus important : Nicolas Sarkozy, à la suite d’Obama, est tombé dans le leurre d’une opposition grandissante, rassurante, bénéfique, entre le terrorisme islamique et l’islam “modéré”, opposition qui finira bien entendu par tout arranger, en Orient comme en Occident. – “L’offensive musulmane, écrit très bien René Marchand, s’avance aussi derrière un leurre, et ce leurre c’est un mirage offert aux yeux des proies que nous sommes. C’est l’islam “modéré, démocratique, compatible avec notre civilisation, l’islam des Lumières”. Cet islam, il n’existe pas ; il n’existera jamais. Il y a des musulmans modérés, par caractère ou par raison ; il n’y a pas d’islam modéré. Derrière ses variétés (47, a-t-on compté), derrière l’infini des tempéraments et des comportements humains, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais qu’un islam.Celui du Coran, du hadith, de la sunna, d’une fixité absolue depuis des siècles. C’est l’islam qu’enseignent l’Union internationale des oulémas et son président (le sieur Qaradawî), l’islam du Conseil européen pour la Recherche et la Fatwa et de son président (encore Qaradawî), l’islam que revendiquent, affirment, affichent, promeuvent, financent chez nous les cinquante-sept pays de l’Organisation de la conférence islamique, l’OCI, reconnue par l’ONU. Et tout ce qu’entreprennent en Europe nos gribouilles pour édifier leur machin rêvé, utopique, ne sert qu’à consolider l’islam réel. Plus il y a de “lieux de prière” en Europe, plus il y a d’apartheid Musulmans/ non Musulmans, d’apartheid hommes/femmes. Est-ce que l’apartheid est compatible avec notre droit, avec nos mœurs, avec notre civilisation ? avec notre honneur ? Non.” (Assisses internationale sur l’islamisation de nos pays, 18 décembre 2010)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5. – “Les résultats d&#8217;un sondage publié avant-hier dans un grand journal du soir et qui montrent qu&#8217;un trop large tiers des Français et des Allemands interrogés considèrent les musulmans comme une menace me préoccupe et ne peut que préoccuper les hommes et les femmes de bonne volonté.”<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et voici le corollaire du plus important : pour le Président de la République Française, la seule menace inquiétante ne viendrait pas de l’islam lui-même, ni du rejet de nos lois, de notre culture et de notre civilisation au sein des territoires grandissants qu’il occupe dans nos cités, la seule menace inquiétante vient de la représentation inquiète et négative que s’en font aujourd’hui un trop grand nombre de Français ! Ces malheureux “islamophobes”, qui n’ont pas la chance de vivre dans des palais, et affrontent au quotidien non seulement le mépris des lois et des valeurs françaises, mais des dangers physiques, voire des risques vitaux, de plus en plus fréquents…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6. – “La liberté de culte et son corollaire immédiat, la liberté de conscience, sont au même titre que la liberté d&#8217;expression, que la liberté d&#8217;opinion, consubstantielles de la Démocratie.”</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Puisque le Président philosophe, et même théologise sa pensée, tâchons d’aller au cœur du principe invoqué. L’idée que la religion d’un homme relève de sa conscience individuelle – même si elle ne si limite pas – n’est pas une invention de la “démocratie”. Elle est d’abord une conviction chrétienne, active en Europe depuis Philippe Le Bel, et qu’aucun autre courant religieux n’a jamais partagée. La doctrine de la distinction entre l’Eglise et l’Etat s’est beaucoup affinée au cours des siècles, sous l’action temporelle des princes et des constitutions, sans jamais se contredire. Elle trouve son fondement dans la réponse de Jésus au plus subtil des pièges tendus par les Pharisiens : “Rendez à César ce qu’est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.” (Mt 22, 21). – Or, cette distinction n’a aucun sens pour l’islam, quand bien même toutes les Républiques islamiques du monde proclameraient ensemble en un acte solennel sa distinction entre politique et le religieux. Un vrai Fidèle de Mahomet ne se posera jamais de questions sur le bien-fondé des règles sociales de la Charia et des principes politiques du Coran : confusion des intérêts de l’Islam avec ceux de l’Etat, justification de l’esclavage ou de la mise à mort pour les Infidèles, négation de la liberté et de l’égalité des hommes et des femmes devant Dieu… A prendre ou à laisser, qu’on le veuille ou non ! Faire abstraction cette constante historique, au motif que beaucoup de musulmans intégrés dans nos villes ont suivi le même chemin de sécularisation progressive et d’affadissement ou de rejet des dogmes que leurs frères et sœurs de confession chrétienne, ne répond en rien à la question posée…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7. – “La République ne peut pas accepter qu&#8217;une religion investisse l&#8217;espace public sans son autorisation ; mais dans le même temps, la République implique qu&#8217;elle tienne ses promesses en permettant que chacun puisse prier dans des lieux dignes.”<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">In cauda venenum : Nicolas Sarkozy, ancien ministre des Cultes et de l’Intérieur, ne devrait pas pouvoir ignorer que l’islam n’a rien d’une religion “comme les autres”, et qu’une mosquée par suite n’est pas un simple “lieu de prière”, mais un centre d’encadrement des mœurs, d’organisation politique et de direction des esprits. – “L’islam, une religion ? Oh certes, puisque, en islam, tout est religieux. Tout, du gouvernement des hommes jusqu’à la manière de s’habiller, tout est placé sous le signe d’Allah, régie par la Loi d’Allah. Sauf à réécrire le Coran et la vie du Prophète, un islam qui ne serait qu’une religion, qui ne serait pas politique, juridique, qui ne régenterait pas les mœurs, la vie privée des Musulmans, un tel islam n’existe pas, n’a jamais existé, ne peut pas exister. Dans le système Islam, il n’y a pas de place pour le profane, pas de sphère privée, pas de liberté individuelle, pas de liberté de religion, pas de liberté de conscience. Interdiction à un Musulman de quitter l’islam. Même interdiction pour l’enfant, mâle ou femelle, d’un Musulman. Interdiction pour une Musulmane d’épouser un non-Musulman, etc. – Et sous le nom de religion, on nous vend des mosquées, comme des sortes d’églises, des “salles de prière”, alors que les mosquées sont les centres de la vie politique, administrative, sociale, culturelle, scolaire, policière, judiciaire… des communautés. Il y a dans le monde musulman et dans nos diasporas des hommes qui, à chaque fois que nous ouvrons une mosquée, placent un petit drapeau vert sur une carte, marquant un nouveau bastion avancé de leur armée d’occupation. Le nom de certaines mosquées est une incitation à la guerre. Allons-nous nous faire encore longtemps nous faire complices de cette… invasion ?” (René marchand : Assisses internationale sur l’islamisation de nos pays, 18 décembre 2010)<br />
<strong>©Emmanuel Barbier/Sedcontra.fr/janvier 2011</strong></p>


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		<title>Hugues Capet</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Oct 2010 10:08:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;">996-2010 : Actualité des Capétiens </span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #cc0000;">ANNIVERSAIRE D&#8217;OCTOBRE<br />
996-2010 : Actualité des Capétiens</span></strong></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Le mois d’ octobre 996 est la date de la mort du moins connu des rois de France : Hugues Capet. C’est sous son règne que se soude le premier sentiment national “français”. Sous son règne aussi que l’Etat commence à prendre forme pour promouvoir le rayonnement et l’autonomie de la personne dans ses structures naturelles d’organisation, ses libertés concrètes, familiales, municipales, professionnelles : ces libertés que la justice d’un roi “au-dessus des partis” protégeait tant bien que mal contre les banquiers, les rapaces, les féodaux. Et il ne sert à rien de dire que la famille capétienne n’y parvenait pas complètement, quand les gouvernements “démocratiques” du XXIe siècle n&#8217;y parviennent plus du tout…</p>
<p style="text-align: justify;">Inconnu, Hugues Capet ? Ce fut le cas pendant de nombreux siècles, presque tout le millénaire qui nous sépare de lui. Pour le Moyen-Age, sa biographie tient en une ligne : Hugues succéda sur le trône de France au dernier roi carolingien. L’obscurité de l’homme est alors si complète que François Villon en fait le fils d’un boucher&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Les grands historiens de la République, Michelet en tête, ajoutent encore à l’ignorance la mauvaise fois de l’idéologie. Pour flétrir la naissance de la dynastie capétienne, ils inventent un Xe siècle de terreur apocalyptique, un “millénarisme” qui n’existait pas !<br />
Ferdinand Lot lui-même, auteur de la première thèse universitaire sur le règne d’Hugues Capet (1904), en fait explicitement le dernier des médiocres : “Un homme faible, incertain, dont la prudence dégénérait en pusillanimité.” Rien de moins.</p>
<p style="text-align: justify;">Fils de quelqu’un&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">De fait, le premier Capétien fut élu ou accepté par des seigneurs dont certains régnaient en maîtres absolus sur de plus vastes territoires que le sien. Hugues Capet cependant ne sortait pas de l’ombre, ni d’une conspiration occasionnelle de l’Église et des “grands”. Il est le fils aîné du fameux duc de France, personnage plus puissant dans la vie du royaume que l’héritier carolingien : un véritable chef historique de la nation franque, allié à tous les princes d’Europe, maître de la politique française sous trois règnes différents.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces titres, Hugues le Grand ne les volait ni ne les devait à aucun pouvoir humain : il se les était mérités. Comme son père Robert 1er qui était mort roi de France les armes à la main. Comme son oncle Eudes, défenseur et comte de Paris, puis premier duc de France, élu lui aussi par pairs sur le trône vacant. Comme Robert le Fort, héros national, premier ancêtre connu de la lignée capétienne, qui rendit l’âme à Dieu sous le porche d’une basilique angevine en fondant sur l’envahisseur.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 3 juillet 987, dans l’église de Noyon, quand Hugues Capet accède à son tour à la consécration suprême du sacerdoce royal, trois générations de “Robertiens” avaient fait face pendant plus d’un siècle à tous les dangers. Des vies entières à cheval, en armes, à la grâce de Dieu, pour arrêter le Hongrois, décourager le Viking, châtier le brigandage des petits et des grands&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Lieutenant-général du royaume, duc ou roi, le Capétien est né pour se battre comme d’autres pour se coucher. Entre Seine et Loire, et souvent au-delà par le jeu des alliances au sein de la féodalité, la sécurité des populations civiles dépend de sa bravoure, de son adresse, de sa loyauté. Que cette famille soit devenue rapidement plus célèbre et plus riche que celle des derniers rois carolingiens, comment s’en étonner ? Qu’elle ait aimé les bonnes villes et les belles abbayes de France qu’on cédait en échange du service militaire, faut-il le regretter ? Qu’elle ait noué alliance avec les moines du mouvement clunisien contre les brebis galeuses de la noblesse chrétienne et un clergé séculier parfois corrompu, pourquoi s’en plaindrait-on aujourd’hui ?&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce qui deviendra pendant plus de deux siècles le “pré carré capétien”, les habitants du royaume de France avaient tout lieu au contraire de s’en féliciter ! L’organisation des solidarités féodales tentait alors d’imposer la “paix de l’ordre” aux innombrables prédateurs du temps. Dans ce tissu, au sommet de la hiérarchie, la famille capétienne fit mieux les choses, voilà tout. Elle défendait les siens. Elle conservait l’héritage. Elle honorait le contrat.</p>
<p style="text-align: justify;">Au-dessus des partis</p>
<p style="text-align: justify;">Hugues Capet héritait des immenses qualités de sa race en même temps que du titre prestigieux de dux Francorum : numéro un, chef des Francs ! Il s’accrocha bec et ongles au grand domaine familial pour le gérer au mieux des intérêts communs. Évitant avec soin les intrigues de palais, il servit loyalement Lothaire, le roi carolingien. C’est sous ce règne, et grâce au duc, que se soude le premier sentiment national “français” face aux prétentions germaniques, dans l’Empire finissant.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec Hugues, qui bénéficia d’une paix relative, la lignée capétienne s’affine et se spiritualise considérablement. L’homme est d’une courtoisie si parfaite qu’on la prend pour de l’effacement. Cette modestie cache une intelligence très vive des hommes et des événements. Le duc de France répond sans faiblesse aux convocations royales, il sait se battre, mais préfère la diplomatie à la guerre chaque fois que l’occasion s’en présente. A ce jeu, Hugues Capet sort toujours gagnant : l’homme peut attendre ; il sait risquer ; il voit plus loin que les princes et seigneurs de l’époque, ses turbulents cousins.</p>
<p style="text-align: justify;">Fin psychologue, Hugues sait aussi se montrer généreux face aux faiblesses de ses contemporains. C’est encore une nouveauté, dans le “Haut Moyen-Age”, ce monde de rapaces ou de simples soldats. Aux traîtres, selon la formule évangélique, on le voit pardonner soixante-dix-sept fois sept fois. Sauf lorsqu’il y va de l’intérêt de l’État, qu’il est alors le seul à percevoir clairement. Dans tous les autres cas, il attend pour recourir à la force d’avoir épuisé tous les moyens de conciliation.</p>
<p style="text-align: justify;">“Sa foi est vécue, militante”, écrit justement Bordonove. Elle ne doit rien à un quelconque calcul politicien. Nulle trace non plus dans son règne de cléricalisme ou de théocratie. Hugues Capet a soutenu comme duc puis comme roi le beau mouvement de purification clunisienne et les prélats réformateurs du chapitre de Metz parce qu’il y voyait l’intérêt du royaume, en même temps qu’il fut porté par eux sans l’avoir cherché. Mais il n’avait de cesse de contrer les évêques qui conspiraient pour l’Empire, ou confondaient leurs charges avec un portefeuille immobilier !</p>
<p style="text-align: justify;">Hugues Capet n’aimait pas le faste des palais carolingiens ni le bavardage des intrigants. Il aimait la vie simple et les moines de l’Ordre bénédictin, qui le lui ont bien rendu. Il aimait revêtir la chape du “comte-abbé” pour s’asseoir dans le chœur et chanter avec eux. Il s’y forgea une très haute idée politique et spirituelle de sa mission de roi :</p>
<p style="text-align: justify;">“Eliminer tout ce qui pourrait être nuisible au progrès de la société humaine et augmenter tout ce qui lui serait profitable&#8230; Mettre la puissance royale donnée par le Ciel, non pas au service des voluptés lubriques, mais à l’instauration et à la défense des saintes églises, à la protection des opprimés, au châtiment des malfaiteurs, en y apportant toutes nos capacités.”</p>
<p style="text-align: justify;">Cette définition est d’Hugues 1er lui-même dans un diplôme de 991. Elle traduit la pensée constante du règne chez le fondateur de la grande Dynastie : “Nous n’avons de raison d’être que si nous rendons bonne justice à tous.” C’est aussi la formule ou plutôt le serment du sacre, qui met le roi au-dessus des partis&#8230; Un serment dont va jaillir la France elle-même dans sa vocation chevaleresque et militante au service de la Chrétienté&#8230; Un serment qui porte sur les fonts baptismaux huit siècles d’histoire de France, servis par quarante rois.</p>
<p style="text-align: justify;">La grande leçon du millénaire capétien</p>
<p style="text-align: justify;">Hugues Capet n’a donc pas fondé la plus grande dynastie du monde en rupture avec son clan, par des conspirations nocturnes ou par un coup d’Etat. Il ne se croit pas empereur ou citoyen du monde, et n’épuise pas sa belle intelligence politique à réformer l’univers, mais s’applique à penser dans sa tête à ce qui dépend de lui comme duc, puis comme roi des Francs.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour lui et tous ses héritiers, l’intérêt de la grande “famille” passe avant : c’est la vertu de piété filiale qui mène au patriotisme, c’est-à-dire à la défense et à la prospérité du territoire reçu… Hugues Capet préférait ses frères Otton et Eudes-Henri à ses cousins de la famille carolingienne ; il préférait ces cousins aux encombrants voisins de la Marche d’Espagne ou des comtés bretons, et ces voisins eux-mêmes aux nombreux barbares du temps.</p>
<p style="text-align: justify;">“Chrétienté bien ordonnée commence par soi-même.” Le bonheur français et le rayonnement international de la France sont sortis de cet adage tout simple vécu par les rois capétiens. Les Révolutionnaires de 89, comme ceux qui en perpétuent aujourd’hui les doctrines sous des masques divers, préfèrent le cosmos au terroir, les idées aux hommes, et leurs systèmes de domination étatique aux conditions concrètes de l’épanouissement social.</p>
<p style="text-align: justify;">Même sans idéologie formelle, le politique contemporain favorisera toujours la puissance de l’Etat contre le rayonnement et l’autonomie de la personne dans ses structures naturelles d’organisation ; contre ses libertés concrètes, familiales, municipales, professionnelles : ces libertés que la justice du roi protégeait tant bien que mal contre les banquiers, les rapaces, les féodaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Et il ne sert à rien de dire que la famille capétienne n’y parvenait pas complètement. Aucun régime n’abolit les passions mauvaises dans le cœur de l’homme. Ceux qui promettent le paradis, au contraire, conduisent toujours à l’asservissement, au génocide et à la suppression des pauvres&#8230; par une paupérisation généralisée. Dans le meilleur des cas, qui semble encore le nôtre aujourd’hui, la démocratie organisera simplement la loi du plus fort en créant une compétition permanente pour s’emparer des pouvoirs économiques et du contrôle de l’Etat.</p>
<p style="text-align: justify;">La leçon du millénaire capétien, mais il faudra des décennies pour en découvrir tout le sens, dit exactement le contraire : elle dit le droit des faibles à être défendus, et le devoir des meilleurs à leur prêter main-forte face au péril quotidien, au prix éventuellement le plus fort qui est le prix du sang. Telle était en France la véritable loi de l’aristocratie, avant qu’elle ne dégénère en caste, et la signification profonde du sacerdoce royal : le meilleur s’engage à consacrer sa vie pour assurer la justice et la paix de l’ordre à ceux qui deviennent ses sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">Encore une fois, il ne sert à rien de crier que plusieurs de nos rois furent inégaux à la tâche, voire indignes de la fonction définie. Car l’éventualité d’un prince qui servirait mal reste largement préférable à la certitude d’un système de domination économique et sociale qui détruit les défenses naturelles des citoyens et les exploite complètement.</p>
<p style="text-align: justify;">Les politologues et les économistes, sans parler des vrais philosophes, s’accordent à reconnaître les méfaits grandissants du centralisme bureaucratique de l’Etat. Combien de siècles leur faudra-t-il encore pour comprendre que le meilleur programme électoral du monde ne suffit pas encore à placer le chef au-dessus de l’administration, de la démagogie et des puissances d’argent ?</p>
<p style="text-align: justify;">©Emmanuel Barbier/Sedcontra.fr, octobre 2010</p>


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		<title>Politique et bien commun</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Oct 2010 09:35:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Politique et bien commun Hugues Kéraly, dans &#171;&#160;Sedcontra&#160;&#187; du Ier octobre 2010, nous donne une belle synthèse de la politique, sa raison et sa finlaité. “La politique n’est pas une technologie du pouvoir ni une manipulation des personnes, mais un des moyens de rechercher et de conquérir le sens de la vie, dans la perspective [...]

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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;">Politique et bien commun</span></strong></p>
<p><em><strong>Hugues Kéraly, dans &laquo;&nbsp;Sedcontra&nbsp;&raquo; du Ier octobre 2010, nous donne une belle synthèse de la politique, sa raison et sa finlaité.</strong></em></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">“La politique n’est pas une technologie du pouvoir ni une manipulation des personnes, mais un des moyens de rechercher et de conquérir le sens de la vie, dans la perspective du service rendu au véritable bien de la communauté.” – Cette définition de Vaclav Havel, reprise un jour par Jean-Paul II, continue de nous donner, aujourd’hui encore, la seule clé durable de l’avenir européen.<br />
La politique n’a pas pour but de dominer son prochain. – Condamnation du communisme ? Sans doute. Mais le critère fixé par ce texte ne se borne pas à distinguer les régimes en fonction des libertés de compétition électorale reconnues aux citoyens. Le critère, c’est l’idée-même qu’on se fait du pouvoir, des raisons d’y accéder et des moyens de s’y maintenir utilement. – Dans la vision chrétienne, si le pouvoir peut être conquis, ce n’est jamais pour lui-même ni pour la jouissance personnelle du vainqueur, comme celui qui deviendrait le plus fort aux échecs ou le plus riche aux placements boursiers. La politique utile aux citoyens ne se limite pas à un savoir-faire de compétition et ne débouche pas sur un savoir-durer dans la domination. Elle est un savoir-servir, investi au bénéfice de la communauté. Elle suppose de se faire une assez haute idée de l’homme pour penser qu’il a besoin d’être soutenu dans ses devoirs et défendu dans ses droits. Toute action politique qui ne se définit pas d’emblée comme un service des personnes, seule fin légitime de l’organisation sociale, s’oblige d’une manière ou d’une autre à les manipuler.</p>
<p style="text-align: justify;">La politique est une science morale, comme l’éducation. – Evacuez le péché originel de la théologie chrétienne et vous n’avez qu’une sociologie : vindicative ou terroriste, selon les cultures et les continents&#8230; Evacuez la divinité du Christ du catéchisme catholique et vous n’avez qu’une pédagogie, qui n’ouvrira jamais les âmes à leur vocation finale : faire retour à la divinité&#8230; Evacuez les notions de bien et de mal de l’éducation publique et vous n’avez qu’une incitation collective aux disciplines du carriérisme ou de la lutte des classes, à l’esprit de jouissance et aux stratégies de domination&#8230; La politique a fait de même en méprisant sa propre finalité – veiller aux conditions générales du progrès dans la recherche et la conquête du sens de la vie –, et elle s’est dégradée en démagogie, en technocratie, quand ce n’est pas en ploutocratie&#8230; L’homme “sujet, fondement et fin de la vie sociale”, selon la doctrine constante du Magistère romain, en devient objet de toutes les stratégies de conquête temporelle, où son développement personnel ne compte pas&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">La politique est un “service rendu” au véritable bien de la communauté. – La perspective d’un bien commun à tous constitue la seule fin qui puisse légitimer une action politique selon le droit naturel et chrétien. Or les biens “commun à tous”, dans l’organisation sociale, ne se limitent pas à la liberté d’entreprendre ou à la protection des salariés, pour procurer aux hommes un minimum de sécurité et de prospérité matérielle. Ces biens sont aussi ceux qui assurent l’épanouissement de la personne dans son droit à la recherche de la Vérité. Aucune organisation politique ne peut légitimement se substituer à cette conscience et à cette volonté du bien, transmise de cœur en cœur et de père en fils à tous les humains.– Elle ne peut se substituer aux familles, aux écoles ni à l’ensemble des cellules sociales naturelles qui lui préexistent à cette fin, pour décider à leur place à quoi doivent servir notre intelligence et notre liberté, ce qui fera le bien final de l’homme et ce qui le rendra heureux.<br />
<strong>Hugues Kéraly</strong></p>


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		<title>Le sillonisme de Marc Sangnier</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Jul 2010 20:15:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Cent ans après, toujours antisillonnistes Il est du devoir d’un pape «de veiller à la pureté de la foi et à l’intégrité de la discipline catholique, de préserver les fidèles de l’erreur et du mal, surtout quand l’erreur et le mal leur sont présentés dans un langage entraînant qui, voilant le vague des idées et [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #cc0000;">Cent ans après, toujours antisillonnistes</span></strong></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Il est du devoir d’un pape «de veiller à la pureté de la foi et à l’intégrité de la discipline catholique, de préserver les fidèles de l’erreur et du mal, surtout quand l’erreur et le mal leur sont présentés dans un langage entraînant qui, voilant le vague des idées et l’équivoque des expressions sous l’ardeur d’un sentiment et la sonorité des mots, peut enflammer des cœurs pour des causes séduisantes, mais funestes.</p>
<p style="text-align: justify;">Telles ont été naguère les doctrines des prétendus philosophes du XVIIIe siècle, celles de la Révolution et du libéralisme tant de fois condamnées; telles sont encore aujourd’hui les théories du Sillon qui, sous leurs apparences brillantes et généreuses, manquent trop souvent de clarté, de logique et de vérité, et, sous ce rapport, ne relèvent pas du génie catholique et français» (1).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’était le 25 août 1910.</strong> On conçoit facilement que ces lignes papales n’étaient pas faites pour enchanter les sillonnistes.<br />
Le pape a usé d’une longue patience envers eux car il s’était plu à reconnaître en eux «des âmes élevées, supérieures aux passions vulgaires et animées du plus noble enthousiasme pour le bien».</p>
<p style="text-align: justify;">Il a attendu aussi, à cause de la magnifique action entreprise et menée sur le terrain social au début : «c’étaient les beaux jours du Sillon».</p>
<p style="text-align: justify;">Le cœur riche mais l’esprit ignorant</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis, le mouvement a dévié. Saint Pie X en donne une raison qui pourrait bien s’adresser à nous encore aujourd’hui et plus que jamais.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>«Les fondateurs, jeunes, enthousiastes, et pleins de confiance en eux-mêmes, n’étaient pas suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur cœur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l’obéissance contre les infiltrations libérales et protestantes».</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Le pape devait parler pour éclairer tous ceux, jeunes laïcs, prêtres et séminaristes qui étaient entrés dans le sillage de ce mouvement.</p>
<p style="text-align: justify;">On comprend mieux l’intervention du souverain pontife face à la prétention des sillonnistes à se soustraire à l’autorité de l’Eglise. Ils ont des théories spéciales sur tout et «<em><strong>pour justifier leurs rêves sociaux, ils en appellent à l’Evangile interprété à leur manière et, ce qui est plus grave encore, à un Christ défiguré et diminué».</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Sans doute poursuivent-ils un noble but, mais ils oublient l’enseignement catholique dont les principes sont fixés et confirmés par l’histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a la diversité des classes que les sillonnistes veulent détruire. La souveraineté du peuple qu’ils prônent est contraire à l’enseignement traditionnel de l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;">«<em><strong>Ils vont donc au rebours de la doctrine catholique, vers un idéal condamné».</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Le pape prouve qu’il connaît ce qu’il condamne, il expose dans sa «Lettre» les théories du Sillon et ses erreurs. Il en montre les conséquences funestes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’erreur d’une émancipation à tous crins</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Sillon est partisan de la démocratie</strong> dont les bases sont: liberté, égalité, fraternité. Il veut l’émancipation politique, économique et intellectuelle : l’autorité devra être consentie par les citoyens ; il n’y aura plus de patrons, et ce ne sera pas cependant le socialisme; chacun devra travailler en vue de l’intérêt général, faisant fi de l’intérêt particulier.</p>
<p style="text-align: justify;">Aux erreurs du Sillon, saint Pie X oppose la doctrine catholique. L’autorité ne réside pas dans le peuple, mais elle vient de Dieu qui la délègue à qui il veut. Pour le Sillon, l’autorité vient bien de Dieu, mais elle remonte d’en bas, du peuple, pour investir ceux qui seront les dépositaires de cette autorité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans le système sillonniste, l’autorité disparaît et il n’y a plus d’obéissance.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>«La cité future à laquelle Le Sillon travaille n’aura plus de maître, ni de serviteurs; les citoyens y seront tous libres, tous camarades, tous rois».</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise proclame, elle, la nécessité d’une autorité, laquelle ne détruit pas la liberté et n’attente nullement à la dignité des hommes en exigeant leur soumission, car, en définitive, toute autorité vient de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Sillon soutient que toute inégalité étant une injustice, la démocratie qui prêche l’égalité absolue entre tous les hommes est la seule forme de gouvernement légitime</strong>. Or l’Eglise n’a jamais donné une préférence de gouvernement à la démocratie. Il faudra attendre les derniers papes du XXesiècle et du début du XXIesiècle pour prôner la démocratie universelle au risque, comme l’écrivait saint Pie X, de «se former de la justice et de la légalité un concept qui n’est pas catholique».</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;">(NB: je me permets de nuancer ce jugement :  &nbsp;&raquo;<em>Il faudra attendre les derniers papes du XXesiècle et du début du XXIesiècle pour prôner la démocratie universelle&nbsp;&raquo;.</em>  Jean-Paul II a eu des propos très durs contre la démocratie. Il suffit de lire le dernier livre de Jean-Paul II <em>&laquo;&nbsp;mémoire et identité&nbsp;&raquo;</em> pour s&#8217;en convaincre. Dans la FSSPX on ne s&#8217;informe pas toujours assez, mais on affirme toujours catégoriquement)</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Fraternité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Elle n’a pas pour base l’amour des intérêts communs ou la simple notion d’humanité «<strong><em>englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec leurs misères aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles».</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Or le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des erreurs ni dans l’indifférence en face de l’erreur et du mal, mais bien dans le zèle pour la vérité qui améliore intellectuellement et moralement, et même matériellement, les autres hommes. La source de l’amour mutuel des hommes les uns pour les autres, c’est l’amour de Dieu, notre Père commun, et l’amour de Jésus-Christ dont nous sommes les membres. C’est donc l’amour de Dieu et de Jésus-Christ qui procurera le plus grand bonheur des hommes ici-bas.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La dignité humaine</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Elle demande, selon la théorie sillonniste, que chaque individu puisse se libérer de toute tutelle étrangère. La dignité humaine consiste en réalité dans l’accomplissement du devoir d’état là où la Providence a placé chacun.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>«Et donc les humbles de la terre […] qui se contentent de tracer modestement leur sillon, au rang que la Providence leur a assigné en remplissant énergiquement leurs devoirs dans l’humilité, l’obéissance et la patience chrétienne, ne seraient-ils pas dignes du nom d’homme, eux que le Seigneur tirera un jour de leur condition obscure pour les placer au ciel parmi les princes de son peuple»?</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le pape n’a pas tout dit des erreurs du Sillon, mais il s’arrête ici pour envisager maintenant <strong>«l’influence de ses erreurs sur la conduite pratique du Sillon et sur son action sociale».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le Sillon en pratique est l’image de cette cité future à l’élaboration de laquelle il prétend travailler de toutes ses forces. Chez lui, il n’y a plus de hiérarchie, les chefs sont sortis de la masse, la plus grande liberté est laissée à tous et à chacun, aucune autorité intellectuelle n’est admise pour la direction des études, la camaraderie la plus absolue règne entre tous ses membres, qu’ils soient laïques ou prêtres. Voilà ce qui explique que, même chez les séminaristes et les prêtres, on ne rencontre plus le respect, la docilité, l’obéissance dus aux évêques. Les évêques représentent le passé, tandis que les sillonnistes eux, représentent l’avenir.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise, pour le Sillon, n’aurait pas encore réussi à réaliser l’œuvre sociale voulue par le Christ et <strong><em>«les grands évêques et les grands monarques qui ont créé et glorieusement gouverné la France n’ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu’ils n’avaient pas l’idéal du Sillon».</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le souffle de l’Esprit ou de la Révolution </strong>?</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y a pas de doute que <strong><em>«le souffle de la Révolution a passé par là».</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quand on considère l’action sociale du Sillon, on est bien forcé de reconnaître qu’il ne donne pas satisfaction à l’Eglise. Il inféode l’Eglise au parti de la démocratie universelle. Les sillonnnistes ne défendent l’Eglise que s’ils y trouvent leur avantage. Et pourtant, ils ne craignent pas d’afficher leur foi catholique. En eux il y a deux personnes, l’individu et le sillonniste.</p>
<p style="text-align: justify;">Il fut un temps où Le Sillon se proclamait catholique. Plus tard on affirma qu’il ne serait pas anticatholique :<strong><em> «ce fut l’époque du plus Grand Sillon».</em></strong> On conviait alors tous les hommes, catholiques, protestants, francs-maçons à travailler avec une généreuse émulation à l’œuvre commune. Une telle promiscuité, on le sait, engendre de graves dangers. De toute cette agitation du Sillon, il ne pouvait résulter que des avantages pour le socialisme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>«Oui, vraiment, on peut dire que Le Sillon convoie le socialisme, l’œil fixé sur une chimère».</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce désir latent d’une sorte de religion plus vaste que l’Eglise catholique, déjà bien présent dans cette pensée sillonniste, c’est celui que l’on retrouve dans les officines qui réclament un nouvel ordre mondial.</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes ces aberrations s’expliqueront toujours par le travail des loges maçonniques et par les accointances de tant de catholiques libéraux (les idiots utiles) avec la Révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Pie X conclut sa lettre en rappelant aux évêques qu’ils doivent continuer la mission des apôtres et ne pas négliger les questions sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant aux sillonnnistes qui désirent collaborer à la réorganisation chrétienne de la société, ils doivent se placer sous l’autorité des évêques et sous l’appellation de «<strong><em>Sillons catholiques».</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le souverain pontife exprime l’espoir d’une soumission des sillonistes. Marc Sangnier enverra au pape une lettre de soumission, mais la suite obligera à reconnaître <strong>qu’il n’a jamais abandonné ses erreurs dans la lutte pour son idéal démocratique et social.</strong> C’est ainsi qu’on le vit, lors des campagnes antimilitaristes qui faisaient rage après la guerre, être un partisan résolu du désarmement universel; ou encore pendant son passage à la chambre bleu-horizon, <strong>Sangnier était toujours prêt à soutenir de ses votes les propositions socialistes.</strong> Depuis, il ne cessera d’avoir les compromissions les plus dangereuses avec les pires ennemis de notre foi, jusqu’à, dit-on, faire des conférences en tenue blanche dans les loges.</p>
<p style="text-align: justify;">Ses plus chers disciples n’ont-ils pas donné leur adhésion au serment du Front populaire ? Marc Sangnier, malgré sa soumission, n’a jamais abandonné ses erreurs premières, qu’il a continué de plus belle à défendre et à propager.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Pie X, ici comme dans le modernisme, avait vu clair. Les condamnations, comme toujours, étaient fortement motivées et la suite des événements jusqu’à nos jours, tant dans l’Eglise que dans certains syndicats dits chrétiens, est venue apporter de nouvelles preuves de sa haute sagesse.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Abbé Xavier Beauvais , curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet</p>
<p style="text-align: justify;">Extrait du Chardonnet n° 260</p>


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		<title>Entretien avec le Général NOUGAYREDE</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Jul 2010 10:01:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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		<description><![CDATA[13 juillet 2010 Entretien avec le Général NOUGAYREDE CIVITAS : Mon Général, pourriez-vous prendre la peine de vous présenter ? Vous commencez par la question la plus difficile et je n’ose pas m’en sortir par cette boutade : Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je ? Je suis moi, je suis là et je [...]

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<li><a href='http://www.revue-item.com/4681/entretien-de-mgr-bernard-fellay-a-una-voce/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Entretien de Mgr Bernard Fellay à Una Voce'>Entretien de Mgr Bernard Fellay à Una Voce</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/3232/entretien-avec-le-general-piquemal/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Entretien avec le général Piquemal'>Entretien avec le général Piquemal</a></li>
</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>13 juillet 2010<br />
<strong><span style="color: #cc0000;">Entretien avec le Général NOUGAYREDE</span></strong></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">CIVITAS : Mon Général, pourriez-vous prendre la peine de vous présenter ?</p>
<p style="text-align: justify;">Vous commencez par la question la plus difficile et je n’ose pas m’en sortir par cette boutade : Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je ? Je suis moi, je suis là et je rentre chez moi. Pourtant cette suite de réponses (de Pierre Dac qui n’est pas de nos idées mais qui ne manque pas de pertinence) est plus profonde qu’il n’y parait.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis, en effet, ce que je suis, héritier d’une culture transmise par une famille unie ancrée dans les vieilles traditions françaises originaire du Sud-ouest paysan et catholique, plutôt à droite, par mon père et d’un savant mélange de Lyonnais matinée de Rémois, artistes et d’un centrisme convenable par ma mère. Rien de bien original dès lors que je suis né en 1952, époque où la société était encore ordonnée et les familles stables.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien que pur produit de l’école « laïque et obligatoire », j’ai le souvenir d’instituteurs (et d’institutrices) et de professeurs de grandes qualités tant morales que pédagogiques avant comme après mai 68 que j’ai vécu intensément à Paris à l’âge des premiers émois et des premiers engagements. Mais ils n’ont été qu’un feu de paille, car, depuis les temps de prime jeunesse, la vocation militaire, assez originale dans ma famille si l’on excepte les périodes de guerres mondiales, m’attirait vers Saint-Cyr et une carrière de soldats que j’espérais digne de mes grands anciens d’Indochine et d’Algérie dont les exploits ont bercé mon adolescence et suscité les rêves de gloire les plus fous.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant n’oublions pas les premiers prémisses de la « crise de l’Eglise » que j’ai vécue comme une fidélité aux principes que j’avais appris aux scouts et au catéchisme et comme une marque d’indépendance face au conformisme ambiant et, somme tout assez ridicule (nous nous sommes fait « chasser » de notre paroisse pour avoir critiqué les messes des jeunes, le service de l’autel par les jeunes filles et les horribles chemises rouges que l’on nous imposait). J’ai eu alors la chance de connaître tous les « Grands » de la traditions du début des années 70 et, plus intimement, monsieur l’Abbé Choulot, curé de Négrepelisse, qui m’a profondément marqué. Voilà fondamentalement ce que je suis.</p>
<p style="text-align: justify;">Maintenant mon parcours est indiscutablement marqué par 35 ans de vie militaire avec sa grandeur (je m’en doutais) et ses servitudes (je les ai découvertes). En fait toute une vie d’homme passée sous les drapeaux au service de la France dans des postes de commandement au sein des unités de la légion Etrangère et dans les états-majors, essentiellement opérationnels, en France métropolitaine, outre-mer et à l’étranger. Une vie bien remplie, passionnante mais très prenante, où confronté à des situations de crise, voire de guerre ouverte comme en Irak en 1990, je n’ai même pas eu le temps, et peut-être le goût, de m’interroger sur le bien fondé de nos interventions. En revanche, ces « interventions » m’ont confirmé ce que mes lectures et réflexions passées m’avaient enseigné sur la forme de guerre à laquelle l’occident est confronté. Nous sommes, sous une forme qui a évolué, en face de guerres, même larvées, de type subversive, voire pour certaines révolutionnaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Sous forme de confidence, je peux vous avouer qu’il m’a fallu relire l’excellent livre de Jean de Viguérie (Les deux patries) et que j’en ai vraiment compris le sens et mesuré la portée sur ma propre vie qu’une fois avoir posé le sac. Ce qui n’était qu’ambiguïté dans le feu de l’action est devenu limpide dans le calme de la réflexion. Mais nous reviendrons sans doute sur cette opération de subversion de la notion de Patrie qui m’apparaît comme une donnée fondamentale de l’explication de la situation dans laquelle nous nous trouvons.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, pour revenir à ma modeste personne, comme mon Bon Ange m’a volé ma télévision il y a plus de 20 ans, j’ai succombé, sans aucune mesure, à un vice qui n’était alors qu’embryonnaire : les livres. Et depuis lors, je navigue dans une bibliothèque de quelques 7000 ouvrages où se côtoient une grande documentation sur la guerre d’Algérie, nos auteurs classiques (Brasillach, Béraud, Maurras, Daudet, Bainville, La Varende, Jacques Perret …), les classiques de demain (Raspail, Blondin, Brigneau…), la crise de l’Eglise et bien sûr des livres sur la guerre car on ne peut renier 35 ans d’une vie. Cette passion est si prenante que j’ai décidé de la faire partager en proposant des livres d’occasion sur catalogue. Je suis donc aujourd’hui libraire « spécialisé » dans ce qui m’a fait tel que je suis et dans ce que j’aime.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour être complet, il me faut répondre à la question où vais-je ? Et bien la réponse est simple, je m’efforce d’être dans les meilleures conditions possibles pour rejoindre la « maison du père » en essayant de me rendre utile pour ce qui me reste d’existence.</p>
<p style="text-align: justify;">Ah oui, j’oubliais (mauvaise déformation du militaire : métier d’abord), et je suis impardonnable car c’est sans aucun doute, la meilleure chose qui me soit arrivée : nous avons, mon épouse et moi, 8 enfants dont une petite dernière de 9 ans.</p>
<p style="text-align: justify;">CIVITAS : Comment définiriez-vous la subversion ? Pourriez-vous donner des exemples précis pour illustrer cette définition et éclairer nos lecteurs ?</p>
<p style="text-align: justify;">Décidément toutes vos questions sont difficiles car je ne voudrais pas tomber dans la réponse type question de cours, il y a, pour cela, des ouvrages de référence qui sont remarquables.</p>
<p style="text-align: justify;">La subversion, c’est un peu comme Obélix et sa potion magique, nous sommes tombés dedans quand nous étions petits. Elle est dans la nature du « monde », Satan l’a introduit dans la pensée des hommes. Il y a indiscutablement un grand complot utilisant les techniques de subversion, celui du prince de ce monde pour nous détourner de notre véritable vocation. Mais ceci étant dit je n’ai pas répondu à votre question sauf pour vous dire que la subversion est vieille comme le monde. Pour tenter une définition je dirais que la subversion est une technique qui consiste, par l’entrisme, à pervertir progressivement les valeurs surnaturelles de l’homme jusqu’à les détourner de leurs véritables fins afin de les inverser. C’est une technique douce, homéopathique, qui ne nie pas frontalement la Vérité, attitude qui peut conduire au rejet de la méthode, mais qui modifie, progressivement et subrepticement, les références culturelles, morales et spirituelles qui conditionnent l’accès à la Vérité. C’est tout le système immunitaire de la conscience qui est alors touché, l’homme est ainsi très malade, en danger de mort spirituelle, et il ne s’en rend même pas compte. Elle est d’autant plus redoutable qu’elle ne crée pas de nouveau concepts mais joue sur les mots pour transformer radicalement les concepts anciens et usuels.</p>
<p style="text-align: justify;">Amusez-vous à prendre une liste de mots (force, ordre, guerre, Patrie, par exemple) et faites la comparaison entre le sens donné il y a encore quelques temps, sa forme usuelle, et celui qu’il convient de lui donner aujourd’hui dans le jargon de notre « élite », vous y constaterez des différences considérables inversant la perception des concepts. Force est confondu avec brutalité ; l’un est une vertu, l’autre un défaut. Ordre est confondu avec inégalité ; l’un est une protection, l’autre une oppression ; Guerre est confondue avec conflit, l’un est un état extra-naturel, l’autre est dans la nature de l’homme depuis le péché originel ; Patrie est confondu avec valeurs ; l’un est une réalité concrète, l’autre est une abstraction artificielle. Et il en va ainsi de beaucoup de mots qui conditionnent notre vie en société et nos attitudes face à des évènements. Cette démarche n’est pas innocente et, contrairement à ce que l’on essaie de nous faire croire, elle n’est pas due à une évolution naturelle du langage. Elle vise à affaiblir notre capacité de résistance.</p>
<p style="text-align: justify;">Poursuivons notre petite étude : Si la force est une forme exacerbée de la brutalité, pourquoi admettre qu’une partie d’entre nous soit dépositaire de la force ? Donc plus d’armée et plus de police. Si l’ordre oppresse et ne libère pas, pourquoi admettre qu’il existe une hiérarchie et que celle-ci doit être respectée ? Si la guerre n’est qu’un conflit, pourquoi contraindre et non rechercher systématiquement la négociation ? (A noter qu’à l’inverse si le conflit c’est la guerre, alors pourquoi ne pas contraindre son voisin à penser et agir comme nous ?). Enfin si la Patrie n’est qu’une somme de valeurs alors pourquoi ne pas envisager une patrie universelle libérée des contingences culturelles propres à chaque pays ? La modification de la compréhension de simples mots peut conduire très loin dans le sens voulu par la Révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, il faut maintenant faire la différence entre Subversion et Révolution. La Révolution, au contraire de la Subversion, en s’appuyant sur une idéologie exogène à la société (la lutte des classes, le matérialisme, le communautarisme, universalité des droits de l’homme, le progrès, la lutte pour la sauvegarde de la planète), mais plausible bien que contraire à la Vérité, et dont l’acceptation de principe est préparée par un conditionnement résultat de la Subversion, impose la modification des concepts par la méthode des conflits dialectiques (voire les pages 117 et suivantes de l’excellent livre de Jean-pierre Nicolas sur la guerre révolutionnaire pour y puiser les exemples). Elles sont donc, en fait, inséparables et agissent de conserve car elles sont rigoureusement identiques dans leur finalité. Elles s’avèrent stratégiquement complémentaires même si les tactiques semblent souvent s’opposer.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’en est-il de la guerre ? « La guerre est un prolongement de la politique par d’autres moyens », moyens que nous qualifierons de plus radicaux. La subversion et la révolution dans leur forme permanente s’inscrivent dans le cadre du conflit politique ; en revanche, face à une opposition radicale, elles peuvent basculer dans un cadre tactiquement plus ouvert celui que leur offre l’état de guerre (voir mon petit exposé dans le numéro 34 de la revue Civitas).</p>
<p style="text-align: justify;">CIVITAS : Pour créer une élite intelligente et sérieuse dans le but de changer la donne politique, il faut plus ou moins 25 ans. Le pays peut-il attendre toutes ces années ? De même, comment former les jeunes générations quand nous voyons la faillite de l’éducation nationale ?</p>
<p style="text-align: justify;">Personnellement, je ne crois pas à la création d’une élite sorte de phalange capable d’influer sur les évènements soit par entrisme, soit par un activisme direct. En revanche, je crois à la formation des élites naturelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m’explique. Je crois que Dieu a mis chaque homme à sa place en lui donnant les moyens d’accomplir sa tâche (les fameux talents de l’Evangile). Sans créer de hiérarchie de valeur, Il a posé comme principe fondamental que certains hommes possèdent les dons nécessaires au commandement et qu’il leur appartient de les faire éclore puis fructifier (tout pouvoir donné sur la terre vient de Dieu). Cette charge ne doit pas être considérée comme un privilège qui donne des droits pour accumuler les biens de ce monde mais comme un service de charité contraignant pour faire en sorte que chacun puisse s’épanouir c&#8217;est-à-dire que chacun puisse disposer des biens de ce monde pour parvenir le plus sûrement possible au degré final de son épanouissement : la vie éternelle. Pour y parvenir, l’homme a besoin d’ordre, d’harmonie et d’équilibre dans ses rapports avec les autres (son prochain) et d’un certain confort matériel qui lui est indispensable pour vivre. C’est, à mon sens l’objet, de la politique, en tout cas, celle que nous devons promouvoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette élite nécessaire existe, il faut la détecter et lui donner les moyens d’accomplir sa vocation. L’histoire de France est semée d’êtres exceptionnels qui semblent sortir du néant pour sauver le pays. Si l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit très vite qu’ils ont été formés à cette tâche.</p>
<p style="text-align: justify;">L’idéal serait donc de pouvoir donner à tout le monde en général et à chacun en particulier les moyens de prendre sa place dans la société telle qu’elle est voulue par Dieu. Mais à l’impossible nul n’est tenu, alors formons ceux qui nous sont les plus proches en espérant qu’il y a parmi eux les élites de demain et que par les grâces que dieu voudra bien leur donner ils seront en mesure de remplir leur mission. Ce sera long car je reste persuadé, et ma petite démonstration sur la subversion semble nous le prouver, que le combat est aujourd’hui culturel et spirituel pour rectifier les erreurs et redonner aux mots leur véritable sens compris et accepté par tous. Il faut, dans ce domaine, rendre hommage aux familles et à tous ceux qui œuvrent dans nos écoles, sans pour autant jeter l’anathème sur l’ensemble des professeurs de notre éducation dite nationale. Mais il faut aussi souligner le rôle que doivent jouer les instituts de type Civitas et la place qu’ils doivent prendre dans cette lourde responsabilité : la formation des jeunes et des moins jeunes, « En politique, le désespoir est une sottise absolue » (Charles Maurras). Il ne nous appartient pas de fixer les échéances même si chacun espère voir un jour le renouveau de notre Patrie. « Les gens d’armes batailleront et Dieu donnera la victoire » (sainte Jeanne d’Arc). Notre rôle est de « nous dépenser sans attendre d’autre récompense que celle de savoir que nous faisons votre sainte volonté » (prière des scouts) d’autant que nous sommes sûrs de la victoire.</p>
<p style="text-align: justify;">CIVITAS : En 1905, les officiers qu’ils soient catholiques ou non, ont dans une écrasante majorité participé à la deuxième spoliation de l’Eglise. Comment l’expliquez-vous ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut se garder de tout anachronisme et ne pas juger les hommes qui ont fait l’histoire en dehors du contexte. De plus, « l’écrasante majorité » n’est pas, pour nous, une référence absolue. Nous savons qu’une petite minorité peut racheter l’ensemble en sauvant l’honneur et en « brisant son épée ». Ce qui fût le cas.</p>
<p style="text-align: justify;">Si j’en crois Raoul Girardet dans son ouvrage de référence « la société militaire de 1815 à nos jours », et je le tiens pour un spécialiste sérieux et bien documenté, l’affaire n’a pas été aussi simple. C’est une armée épurée et conditionnée par les quatre années passées par le fameux général André au ministère de la guerre qui se trouve confrontée à ce véritable problème de conscience. Enfin, pour certains, car, il ne faut pas oublier que l’avancement dans les grades supérieurs est, à cette époque, conditionné par le niveau de conscience républicaine (affaire des fiches) et que pour les officiers des grades subalternes, destinés à la mise en œuvre des mesures de spoliation, l’honneur militaire qu’ils assimilent à l’obéissance est à peu tout ce qui leur reste. Il faut les comprendre surtout si l’on tient compte du nombre important de démissions qui ont été recensées de leur part après avoir rempli la mission.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, il ne faut pas faire d’angélisme et bien comprendre que le corps des officiers n’est pas parfait par nature et qu’il ressemble, en moins accentué peut-être, à la société. Ainsi un officier peut écrire en 1911 : « Les conversions à l’idéal nouveau furent aussi nombreuses que foudroyantes ! Les néophytes brûlèrent ce qu’ils avaient adoré, cessèrent de paraître à l’église, encombrèrent les loges maçonniques, courtisèrent la République ». Dans un autre livre, « L’armée qui soufre » publiée en 1908, l’auteur fait dire à un de ses personnages : « En France où la faveur a tout gâté, lorsqu’un homme atteint une haute dignité civile ou militaire, il a généralement perdu toute énergie et toute volonté ; de concession en concession, de défaillance en défaillance, il a dépouillé une à une toutes les qualités qui font la beauté du caractère et la noblesse de l’âme. Il est marqué du risque de la servitude…Il est incapable désormais d’un acte loyal et d’une attitude fière, car il a contracté les habitudes de bassesse dont il ne peut se défaire ». Ce jugement, qui peut paraître sévère, est bien intemporel. Ceci explique cela même si ce n’est pas une excuse.</p>
<p style="text-align: justify;">CIVITAS : De manière plus générale, est-il possible de servir un régime qui promeut la mort et tolère l’aspiration de 250 000 enfants dans le ventre de leur mère chaque année ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que l’avortement est un des crimes les plus affreux de notre époque. Crime contre l’individu car dès la conception le petit homme existe même s’il vit dans un autre environnement que l’air libre (il ne viendrait à personne l’idée de ne pas reconnaître une nature humaine à l’enfant qui doit rester en couveuse quelques temps et pourtant il ne vit pas dans le même environnement que nous), crime contre la famille puisqu’il est aujourd’hui acquis qu’un tel acte déstabilise la famille toute entière, crime contre la Patrie qui a besoin de tous ces fils et filles pour prospérer, crime contre l’humanité puisqu’il y a une volonté délibérée de sacrifier une partie de cette humanité pour assurer le bien être de l’autre partie, enfin crime contre Dieu en s’arrogant le pouvoir de réguler Sa création. Certes, il y a d’autres crimes mais celui-ci n’a pas d’excuse, il est non seulement odieux, contre nature, mais également suicidaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Ceci étant dit sans ambiguïté, il faut bien reconnaître qu’il y a un problème à résoudre surtout si la question se pose réellement dans les termes que vous avez choisis. C’est un peu la question que pose Jean de Viguerie dans son livre cité dans la réponse à la première question. Lui ne fait pas référence à l’avortement mais à l’inversion radicale du concept de Patrie. Peut-on servir une patrie qui n’est pas, ou qui n’est plus, la nôtre ? Il est dans son rôle d’historien des idées lorsqu’il pose la question comme le moraliste est dans son rôle d’historien des mœurs quand il pose une question comme la vôtre. Leur fonction n’est pas d’exiger une réponse sans ambages, ils ne sont pas là pour juger les hommes mais pour provoquer la réflexion. La réponse appartient à la conscience et, comme nos officiers subalternes de 1905, l’obéissance à un engagement pris, que nous appelons aussi devoir d’état, est une indiscutablement une forme de réponse.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne veux pas fuir votre question, ou plutôt les deux questions si l’on prend en compte celle posée implicitement par Jean de Viguerie, et je vais m’efforcer d’être clair. Dans le feu de l’action la réponse est oui car le problème ne se pose pas en ces termes. Il se résume à savoir si nous sommes utiles à notre pays et à notre prochain sans aller, en ce qui nous concerne, contre la volonté du Créateur. Il ne s’agit pas de s’abaisser à toutes les compromissions pour parvenir aux postes de responsabilité mais de remplir au mieux la mission qui nous est confiée. Et puis on se motive en se disant que le régime n’est pas le pays (ce qui est vrai car nous savons qu’il y a le pays légal et le pays réel), que l’influence, même minime, que nous exerçons est mieux que rien (ce qui est également vrai par la valeur de l’exemple), enfin on se dit que la responsabilité est individuelle, qu’elle n’est pas collective (ce qui est aussi vrai car nous ne sommes redevables que de nos actes).</p>
<p style="text-align: justify;">Tout cela permet de vivre et travailler sereinement mais rien ne peut gommer totalement les tiraillements de la conscience. Ainsi, dans le confort de sa bibliothèque, au moment de la réflexion et du bilan, la réponse appartient uniquement à celui qui doit s’interroger sur sa vie et elle peut être tout autre. Mais quelque soit la réponse, elle ne peut en aucun cas servir de référence pour celui qui prendra sa place dans la grande chaîne des serviteurs du pays. La réponse lui incombe en propre et en particulier.</p>
<p style="text-align: justify;">CIVITAS : L’Etat ne donne plus aux policiers les moyens de se défendre et d’assurer correctement leurs missions. Quel est votre avis sur cet état de fait ?</p>
<p style="text-align: justify;">N’ayant pas les informations nécessaires et pour éviter la discussion du café du commerce, m’est-il possible de ne pas avoir d’avis autorisé sur les moyens donnés aux policiers ?</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche, ayant réfléchi sur la notion d’ordre liée à la Subversion, à la Révolution et aux guerres qui s’y rattachent, il me semble qu’aujourd’hui nous confondons aisément la justice et l’ordre. Jacques Bainville disait : « Le désordre profite parfois aux riches, jamais aux pauvres ». L’ordre, et la sécurité qui s’y greffe, sont, en effet, des biens précieux que les Pouvoirs Publics doivent assurer pour le bien-être des populations. C’est une obligation régalienne qui légitime l’autorité de l’état et qui justifie les contraintes qu’il impose en limitant la liberté individuelle. Cependant, si la fonction d’ordre doit être juste, applicable à tous sans aucune distinction, elle doit être dissociée de la justice. L’ordre se situe au niveau des principes alors que la justice est contingente. Dans l’ordre des priorités, l’ordre précède la justice. L’ordre est préventif, la justice est curative. Le maintien de l’ordre, surtout dans les circonstances où la société est devenue délétère, peut donc se résumer aussi : faire courir au délinquant potentiel un risque supérieur au bénéfice qu’il peut escompter de son délit ou de son crime. L’équité et la vertu de prudence veulent que le risque ne soit pas disproportionné tout en restant dissuasif. Il appartient ensuite à la justice de définir le degré de la sanction en fonction de la loi, des circonstances et de la personnalité des auteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Les difficultés rencontrées aujourd’hui me semblent moins dus à un manque de moyens qu’à l’adhésion des responsables politiques à une philosophie permissive qui nie la nécessité de l’ordre.</p>
<p style="text-align: justify;">CIVITAS : Depuis les émeutes de 2005, certains observateurs n’hésitent plus à évoquer le terme de guerre civile. D’autres parlent de climat révolutionnaire. Ces analyses vous paraissent-elles justifiées ou hors de propos ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut se méfier des termes employés par les observateurs car ils sont pour la plupart dévoyés de leurs sens originel et employés comme une arme de combat. Comme je le suggère dans une réponse précédente, le conflit n’est, à mon sens, pas de même nature que la guerre. Le premier, inhérent à la nature humaine, trouve sa solution dans la négociation, voire le compromis dès lors qu’il est possible et acceptable ; alors que la guerre, état transitoire qui se situe, par la violence développée, aux extrêmes des actions humaines, ne peut trouver sa conclusion que dans la contrainte issue de la volonté la plus forte. La confusion des mots, conflit et guerre, évoquée plus haut tend à banaliser la notion de guerre civile et ainsi à la rendre acceptable. Or c’est sans aucun doute, la pire des guerres qui ne peut servir que les intérêts de la Révolution et tout doit être mis en œuvre pour l’éviter.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais s’agit-il réellement d’une guerre civile ? Je ne le pense pas. Les réponses sont toujours du domaine politique et s’inscrivent dans le cadre des opérations de maintient de l’ordre tout au moins tant qu’une puissance étrangère ne s’impliquera pas dans le conflit. Nous risquons alors d’avoir affaire à une vraie guerre révolutionnaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Par contre, parler de climat révolutionnaire me semble plus fondé même si ce climat n’est pas nouveau puisqu’il remonte, sous une forme ou sous une autre, à la grande révolution de 1789. Comme nous l’avons vu, ce qui caractérise un climat révolutionnaire c’est la modification des concepts de vie en commun par une dialectique contraignante d’une partie de la population qui impose sa vision des choses à une autre partie. Cette situation peut également mener à la guerre (révolutionnaire) dès lors que la situation politique est bloquée et que les antagonismes sont exacerbés. Mais nous n’en sommes pas encore à cette situation extrême et dans ce domaine également tout doit être mis en œuvre pour redresser la situation par une affirmation sans complexe de notre identité nationale, par une refondation de nos liens sociaux et par l’esprit de charité car, qu’on le veuille ou non, nous sommes condamnés à vivre ensemble sous une loi commune qui ne peut être que celle qui a fondé et pérennisé la France.</p>
<p style="text-align: justify;">CIVITAS : Est-ce que les catholiques doivent s’engager en politique ? Si oui comment ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que oui. Mais encore faut-il s’entendre sur les mots. J’ai essayé de vous montrer que les mots ont une importance capitale dès lors que faire de la politique c’est convaincre et faire adhérer pour mettre en œuvre des mesures applicables et les faire aboutir. Pour faire de la politique, il faut d’abord se comprendre et donc parler le même langage. Or les mots n’ont plus, pour tous, le même sens, il faut donc revenir à une base culturelle saine et commune. Le combat politique est aujourd’hui, plus encore qu’hier, culturel. Il doit porter sur notre identité nationale dans sa forme traditionnelle. Sans ambiguïté, notre combat est contre révolutionnaire (en un seul mot). Il peut se résumer aux directives données par le Colonel Château-Jobert : la formation des esprits ; la reconstitution des liens sociaux et l’adaptation des institutions à l’ordre social chrétien. Il n’est pas défensif mais offensif. Nous ne sommes pas uniquement contre le règne des hommes sans Dieu mais pour le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ et tant pis si nous donnons l’impression de prêcher à contre temps :</p>
<p style="text-align: justify;">« Ce sont nos villages, nos autels, nos tombeaux tout ce que nos pères ont aimé avant nous. Notre Patrie, c&#8217;est notre foi, notre terre, notre Roi. Mais leur Patrie à eux, qu&#8217;est ce que c&#8217;est ? Vous le comprenez vous ? Ils l&#8217;ont dans le cerveau. Nous l&#8217;avons sous les pieds. Il est vieux comme le diable le monde qu&#8217;ils disent nouveau et qu&#8217;ils veulent fonder dans l&#8217;absence de Dieu. On dit que nous sommes des suppôts de vieilles superstitions : faut rire ! Mais en face de ces démons qui renaissent de siècle en siècle sommes une jeunesse. Messieurs ! Sommes la jeunesse de Dieu. La jeunesse de fidélité ! » Disait Charette.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous devons travailler avec toutes les bonnes volontés mais nous, Catholiques, nous avons des atouts considérables qui ne peuvent pas rester stériles, souvenez-vous de notre Sainte Jeanne d’Arc: nous ne sommes pas seuls puisque nous avons les sacrements et les grâces qui s’y rattachent, l’Eglise et la tradition nous guident dans nos démarches et surtout nous savons où nous allons, même si le chemin est difficile.</p>
<p style="text-align: justify;">CIVITAS : Quel sera votre mot de la fin ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi vous ne trouvez pas que j’en ai assez dit ! Mais puisque vous insistez, je vous dirai que je crois en les vertus de la lecture, du bon livre en particulier. C’est encore le meilleur moyen de se cultiver en profondeur, en suivant son rythme entre la lecture et la réflexion. Choisir un livre c’est déjà décider et faire un acte volontaire qui engage. L’acheter c’est se compromettre et, sans adhérer systématiquement, accepter le dialogue avec un auteur. L’ouvrir c’est s’extraire des précipitations du monde et faire une halte sur la route. Le lire c’est faire un effort et ainsi faire travailler son intelligence. Le finir c’est aller jusqu’au bout de sa démarche intellectuelle et ainsi se cultiver. Enfin en parler autour de soi c’est faire un acte de charité, créer une occasion de dialogue et ainsi participer au combat culturel. C’est bien grâce à mon expérience d’homme d’action que je peux affirmer que l’action et la réflexion vont de pair et que la seconde est plus difficile que la première. C’est pourquoi j’ai décidé d’y consacrer une partie de mon temps en lançant cette librairie d’occasion avec l’unique ambition d’être utile.</p>
<p style="text-align: justify;">Propos recueillis par Franck ABED pour l’Institut CIVITAS en juillet 2010</p>


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		<title>L&#8217;identité nationale, sans langue de bois</title>
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		<pubDate>Sun, 25 Jul 2010 19:35:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><span style="color: #cc0000;"><strong>L&#8217;identité nationale, sans langue de bois</strong> </span></p></blockquote>
<p>C&#8217;est l&#8217;édito du n° 3 de &laquo;&nbsp;Respublica christiana&nbsp;&raquo;</p>
<p><strong>&laquo;&nbsp;Une identité… universelle ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au fond c’est la grande, c’est la seule question que nous nous posons dans ce dossier sur l’identité française : cette identité est-elle compatible avec tout ? Cette identité est-elle « une certaine idée de la France » qui signifierait que la francité, pour employer un néologisme néanmoins bien commode, soit quelque chose de purement abstrait, fondé sur les vertus républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le général de Gaulle n’avait pas prévu cet usage de l’idée. Pour lui, une certaine idée de la France, c’était surtout une certaine manière, gratuite et désintéressée, de servir ce qu’il appelait encore la « grandeur » de son pays. Une grandeur qui n’était pas celle d’un espace géographique (face aux empires émergents, l’espace géographique français est bien peu de chose). Grandeur qui n’était pas celle d’une puissance économique (inutile de faire un dessin). Grandeur qui correspondait à un héritage, à une histoire qui refusait de se conjuguer uniquement au passé, à une force morale et spirituelle, disponible au chevet de chaque Français et qui devait marquer – pourquoi le nier ? – une supériorité humaine. Naître Français est une richesse et une grâce, non pas seulement parce que la France fait partie des pays riches de l’Occident matérialisé, mais parce que la France contient un patrimoine matériel et spirituel unique au monde. D’autres pays, bien sûr, recèlent pareille richesse : il ne s’agit pas de s’arroger une exclusivité fantasmée. Mais justement, ces pays représentent aussi une richesse pour ceux qui s’y rattachent, par la naissance ou par la volonté de partager quelque chose avec ceux qui y sont nés.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui cette « certaine idée » gaullienne a été profondément transformée. On en a fait une sorte d’idéalisme humanitaire. Une idée vide renvoyant au mieux, à travers la tolérance, à une pure manière d’être ensemble dans la différence. Concrètement cela signifie que l’on a avalisé le modèle intégrationniste comme un modèle national possible.</p>
<p style="text-align: justify;">Le modèle intégrationniste discerne des communautés d’appartenance au sein de la communauté nationale et prêche simplement le vivre ensemble des communautés dans le cadre formel offert part les vertus républicaines. Ce modèle idéaliste n’a jamais correspondu avec cette « certaine idée de la France », communauté nationale qui accepte des communautés régionales, mais qui, à la différence de l’Empire austro-hongrois par exemple, n’a jamais composé avec des communautés ethniques érigées en tant que telles.</p>
<p style="text-align: justify;">En vingt ans, nous sommes passés, sans crier gare, du modèle national au modèle impérial, du modèle européen traditionnel au modèle américain des communautés juxtaposées. Et ce modèle impérial, nous sommes fiers de l’avoir adopté. Il est sans doute trop tard pour remettre en cause une évolution si lourde de conséquences. Mais il n’est pas trop tard pour retrouver, derrière la construction faible que signifierait l’apparition durable d’une France des communautés, la logique forte d’une France qui se conçoit comme nation.</p>
<p style="text-align: justify;">Du point de vue qui est celui du christianisme, la construction d’une société de communautés apparaît comme révélatrice tôt ou tard d’une logique archaïque, rivalitaire et porteuse de violence, avec à l’horizon, ajoutons-le, la nécessité d’un contrôle de plus en plus policier d’un milieu de vie complètement éclaté. Le christianisme ne se pense pas à travers ce modèle communautaire, qui est le modèle impérial à l’origine comme aujourd’hui, mais toujours dans l’universalité « catholique » d’un rayonnement qui relativise par principe toute appartenance ethnique et tout conditionnement social : « Il n’y a plus ni juif ni Grec, ni esclave ni homme libre ».</p>
<p style="text-align: justify;">La catholicité du christianisme ? Voilà sans doute une raison cachée de raviver la vieille complicité entre l’Eglise et les nations, que Jean Paul II appelait, &#8211; pas par hasard &#8211; « les grandes institutrices des peuples ». Voilà aussi la proposition la plus actuelle que l’Eglise, porteuse de l’esprit du christianisme, puisse faire au monde. Toute l’expérience historique de l’Eglise romaine la conduit à constater qu’un universalisme n’est viable que dans beaucoup d’analogie, c’est-à-dire qu’une idée est toujours soumise à la nécessité d’une incarnation singulière, qu’il n’y a pas, dans le domaine social comme dans le domaine religieux, d’universel réel en dehors de la véritable inculturation que pratiquait déjà Grégoire le Grand dans ses lettres à Augustin de Cantorbéry, le premier apôtre de l’Angleterre. Jean Paul II avait beaucoup insisté là dessus dans son livre posthume, Mémoire et identité : le véritable relai de l’esprit chrétien, ce sont les nations de la vieille Europe, avec leur particularisme et leur irrépressible ouverture sur l’universel que représente la culture occidentale en évolution. Et ce qui vaut pour la vieille Europe ne vaut-il pas aussi pour tel pays d’Amérique du sud ou d’Afrique, dans lequel l’Eglise, respectant les coutumes, même païennes, affirme sereinement son universalité toujours autrement, dans une catholicité substantiellement identique ?<br />
C’est au fond le respect du substrat humain qui est en cause dans l’institution des nations, gardiennes de l’alchimie politico-spirituelle qui construit l’humanité, qui fait notre identité.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Abbé Guillaume de Tanoüarn</p>


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		<title>&#171;&#160;Le 18 juin 2010 : départ d’une nouvelle résistance ?&#160;&#187;,</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Jul 2010 08:26:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/07/abed-apero.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3205" title="abed-apero" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/07/abed-apero.jpg" alt="" width="300" height="500" /></a>Sous le titre:  &laquo;&nbsp;Le 18 juin 2010 : départ d’une nouvelle résistance ?&nbsp;&raquo;, Frank Abed, écrivain et essayiste, donne son avis sur la réaction du &laquo;&nbsp;Bloc Identitaire&nbsp;&raquo; dans l&#8217;affaire de l&#8217;Apero Géant: &laquo;&nbsp;l&#8217;Apéro saucisson-pinard&nbsp;&raquo;. Il donne aussi son analyse sur le mouvement lui-même du &laquo;&nbsp;Bloc Identitaire&nbsp;&raquo;.</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #cc0000;">Ses remarques sont à retenir.</span></strong></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Le Bloc Identitaire avec ses alliés naturels ont réuni- le vendredi 18 juin 2010 &#8211; 800 personnes (1) à la place de l’Etoile. Cette manifestation avait lieu pour protester contre l’interdiction par la Préfecture de Police de Paris, de l’ « Apéro saucisson-pinard » prévu initialement à la Goutte d’Or. Les enseignements à tirer de cette action sont à la fois complexes et vitaux. Complexes car de premier abord, beaucoup en tirent de fausses conclusions ; vitaux car dans un deuxième temps, en se penchant sur les tenants et les aboutissants réels de ce « militantisme résistant », on découvre des conséquences très importantes concernant le combat pour la France. Au sujet de la soumission de la République à l’islam militant, beaucoup a déjà été écrit et je ne peux que rejoindre les plaintes sincères qui expriment leurs désolations face à la pusillanimité du gouvernement républicain.</p>
<p style="text-align: justify;">L’idée d’une action métapolitique pour contrer un islam envahissant les rues et les ruelles françaises pouvait en séduire plus d’un. Pourtant en se penchant sur les organisations qui appelèrent à participer à cet apéritif puis au fameux Plan B, les réserves émises ici ou là pouvaient être en définitive considérées comme parfaitement acceptables. Effectivement la grande majorité des associations se déclarent de « gauche ». De plus, elles défendent toutes la démocratie et la république. Quant aux associations dites « de droite », en plus d’être dans l’orbite de l’UMP, elles n’apportent aucune garantie en ce qui concerne les personnes qui tirent réellement les ficelles de cette manipulation. De plus nous n’y trouvons aucune association catholique… D’une manière générale, je remarque qu’elles se disent toutes éloignées idéologiquement, car ce regroupement mettrait en commun des associations de « gauche » et de « droite ». Rien n’est plus faux comme analyse et comme constat. Concrètement, les organisateurs de cet apéritif voulaient accréditer l’idée d’une disparition des clivages, quand il s’agissait de contrer l’islam. En diffusant cette idée, ils produisent et assument une escroquerie intellectuelle. Incontestablement, ces associations sont d’accord sur l’essentiel : continuer coûte que coûte la République et imbriquer la France dans ce salmigondis appelé pompeusement construction européenne.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et nous restons bien évidemment fidèles à nos « fondamentaux » : une vision ethno-culturelle de l’identité, l&#8217;amour de la France, l’attachement à nos régions qui sont nos patries charnelles ou encore le rêve d’une Europe de la puissance. »</p>
<p style="text-align: justify;">http://www.bloc-identitaire.com/actualite/1362/operation-saucisson-et-pinard-vers-nouvelles-formes-resistance</p>
<p style="text-align: justify;">La plupart de ces associations défendirent par le passé l’immigration de masse, et aujourd’hui elles prétendent nous faire réciter la leçon après nous avoir méprisés durant des années. Incohérence, quand tu nous tiens… Pour se rendre compte de l’incompatibilité qui existe entre « ces résistants » et les amoureux de la France authentique, c’est-à-dire catholique et royale, il suffit de lire ce qui suit : « Vérité Valeurs &amp; Démocratie », association ayant pour but de défendre « la démocratie, la laïcité et les droits de l’Homme » ;</p>
<p style="text-align: justify;">« Résistance républicaine », organisation de « défense de la République et de ses fondamentaux hérités de l´histoire et des lumières ». Nul besoin de commentaire pour expliquer le fossé qui sépare nos aspirations réciproques les plus profondes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en revenir au Bloc Identitaire, principal animateur de ce « mouvement de résistance », il faut noter que celui-ci, à travers la bouche de ses dirigeants, parle constamment d’identité, alors qu’il oublie et méprise constamment l’identité catholique de la France. Cette idée est confirmée lorsque le Bloc fait campagne pour manger du saucisson le vendredi. Vendredi qui est rappelons-le quand même, le jour de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Concernant « Riposte Laïque » de Pierre CASSEN, j’ai eu l’occasion de l’affronter dans un débat intitulé : Pour ou contre ZEMMOUR ? (2), au cours duquel sa haine anticatholique a littéralement éclaté.</p>
<p style="text-align: justify;">Indépendamment de ces divergences idéologiques profondes qui se révèlent irréconciliables, il faut tout de même noter que le pari du Bloc Identitaire et des associations qui l’accompagnent s’est révélé comme un demi-succès. Peu de personnes au sein de « la mouvance nationale » auraient cru qu’il était possible de réunir 800 personnes pour un apéritif en pleine rue. D’un autre côté, le Bloc Identitaire et ses amis bénéficièrent d’une couverture médiatique sans précédent – qui est loin d’être anodine – et dans ces conditions, leur apéritif aurait donc pu réunir beaucoup plus de personnes. D’une manière générale, il faut noter que certains groupes politiques émirent l’idée que si l’apéritif avait eu lieu à la Goutte d’Or, cela se serait transformé en fiasco pour le Bloc.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi le Renouveau français, dans un texte non daté et signé par son Comité Directeur mais consultable sur son site évoquait l’hypothèse suivante « On peut supposer qu&#8217;après autorisation, les quelques dizaines de personnes qui se seraient rendues au final dans le quartier de la Goutte d&#8217;or (sans service d&#8217;ordre suffisant, puisque les Identitaires ne sont pas capables d&#8217;en fournir un), auraient pu être les victimes de la violente vindicte d&#8217;une partie des habitants. » (3) Force est de constater que cette analyse a été démentie par les faits. Non seulement les Identitaires ne réunirent pas quelques dizaines de personnes mais 800 et en plus, ils purent assurer correctement le service d’ordre tout en distribuant dans la joie et la bonne humeur du saucisson accompagné de jus de raisin non alcoolisé. Certes le Comité Directeur du RF pourrait objecter que le lieu étant déplacé, la menace d’agression pouvait être considérée comme fortement diminuée. Pour autant, les Champs Elysées un soir de match Angleterre-Algérie ne devaient pas se montrer des plus calmes malgré la forte présence policière…<br />
Ceci étant dit, j’insiste sur le fait que les Identitaires viennent encore de démontrer leur professionnalisme quant à leurs actions de communication via l’internet, et l’organisation d’un événement délicat à gérer. Grâce à cette action, le projet du Bloc Identitaire apparaît plus que clairement. S’il était encore besoin de le prouver, les Identitaires veulent s’imposer en créant un courant entre l’UMP et le FN. Son but, à l’image de la Ligue du Nord serait d’intégrer le gouvernement le plus vite possible, en expliquant à leurs sympathisants et à celles et ceux qui les suivent que la manœuvre reste possible, s’ils fléchissent un genou voire les deux devant qui de droit. La présence de Droite Ligne, mouvement libéral-conservateur associé à l’UMP, consacre cette « stratégie identitaire » qui repose sur : l’importation et la diffusion en France de l’idéologie du choc des civilisations d’essence néo-conservatrice, promouvoir l’européisme et le séparatisme régional, nier la spécificité chrétienne de la France et de l’Europe. En s’alliant avec « Riposte Laïque », le « Bloc Identitaire » révèle sa nature profonde : celle d’un mouvement athée et farouchement anticatholique qui préfère manger de la viande un vendredi – jour maigre dans l’Eglise – alors que certains de leurs dirigeants participent aux solstices d’été et d’hiver… Comme d’habitude le parti de l’étranger trouve des appuis chez tous les contempteurs de la France catholique et royale, et cette alliance de Riposte Laïque et du Bloc Identitaire se réalise sur le dos des catholiques. Les jacobins maçons et les européistes viennent de sceller officiellement leur union. Enfin, que dire d’un mouvement qui se place sous l’égide du Général de Gaulle et de son faux appel du 18 juin ? Pas grand-chose, si ce n’est qu’en voulant mélanger fausse résistance et vraie trahison, les « Identitaires » se placent clairement dans le camp de l’anti-France, à savoir celui qui refuse que la France retrouve sa vocation surnaturelle de Fille aînée de l&#8217;Eglise tout en s’opposant au retour du Roi légitime Lieutenant de Dieu sur terre, et seul habilité à diriger notre pays. Ce 18 juin 2010 ne marque donc pas l’aube d’une nouvelle résistance mais la collaboration à l’état pur des Identitaires au projet mondialiste.</p>
<p style="text-align: justify;">Franck ABED<br />
Ecrivain, essayiste</p>


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		<title>L’année du centenaire (VI): la démocratie obligatoire</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Jun 2010 09:53:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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		<description><![CDATA[ Le reproche de base, logiquement le premier que saint Pie X adresse en 1910 à la démocratiechrétienne de Marc Sangnier est de vouloir imposer la démocratie comme le seul régime politique acceptable. Et donc, de lier idéologiquement l’Eglise à l’avènement et au développement de la démocratie en France et dans le monde.  C’est [...]

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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"> Le reproche de base, logiquement le premier que saint Pie X adresse en 1910 à la démocratiechrétienne de Marc Sangnier est de vouloir imposer la démocratie comme le seul régime politique acceptable. Et donc, de lier idéologiquement l’Eglise à l’avènement et au développement de la démocratie en France et dans le monde.</p>
<p style="text-align: justify;"> C’est d’abord une question de langage (mais les idées suivent les mots). Indépendamment de l’idée que l’on se fait de la démocratie, indépendamment de la définition que l’on en donne, les termes démocrate,<br />
démocratique, démocratie sont employés comme désignant forcément quelque chose de bien ; et l’absence de démocratie est un mal. Autrement dit, la distinction entre ce qui est démocratique et ce qui ne l’est pas prend l’autorité (voire la place) de la distinction entre le bien et le mal.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce point, malgré l’opposition de saint Pie X, la démocratie-chrétienne<br />
a tout à fait gagné. Il faut dire qu’elle y a été largement aidée par le monde profane et par la domination idéologique des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. A l’imitation des hommes politiques de tous bords et des médias de toutes natures, la hiérarchie ecclésiastique à tous les niveaux a<br />
peu à peu adopté cette manière de parler. Antérieurement à toute discussion sur la « vraie » démocratie, rien de ce qui est qualifié non démocratique n’est moralement acceptable et finalement ne peut<br />
avoir droit de cité.</p>
<p style="text-align: justify;"> Avec une exception notable, mais qui est restée trop isolée jusque dans son propre discours : Jean-Paul II employant l’expression de « démocratie totalitaire » pour qualifier ce que la « culture de mort » fait de la démocratie.</p>
<p style="text-align: justify;"> Dans sa lettre apostolique du 25 août 1910 saint Pie X s’en est tenu à la distinction classique des trois régimes qui, avec des nuances variables, vient d’Aristote, a été adoptée par la philosophie chrétienne, et venait d’être explicitement reprise quelques années auparavant par les encycliques politiques de Léon XIII : la monarchie (qui peut se corrompre en tyrannie), l’aristocratie (caricaturée en oligarchie), la démocratie (qui dégénère en démagogie). Ces distinctions peuvent paraître un peu sommaires tant que l’on n’aperçoit pas que tout régime politique est en somme un « régime mixte », avec des dosages subtilement très différents de monarchie (chef de l’Etat), d’aristocratie (sénat, chambre des lords…), de démocratie (suffrage plus ou moins universel). Pour Maurras : démocratie<br />
dans la commune, aristocratie dans la province, monarchie dans l’Etat.</p>
<p style="text-align: justify;"> Quoi qu’il en soit, saint Pie X après Léon XIII affirme fortement qu’« il n’est pas interdit aux peuples de se donner le gouvernement qui répond le mieux à leur caractère ou aux institutions et coutumes qu’ils ont reçues de leurs ancêtres ». Prétendre que « la démocratie seule inaugurera le règne de la parfaite justice », c’est « une injure faite aux autres formes de gouvernement, qu’on ravale de la sorte au rang de pisaller impuissants ».</p>
<p style="text-align: justify;"> Effectivement la démocratiechrétienne à partir du « dilemme de Marc Sangnier » (cf. Présent du 22 mai) inaugure et systématise dans l’Eglise une attitude d’injure, de mépris, d’exclusion au moins intellectuelle à l’encontre des catholiques qui récusent la démocratie dans tous les cas et quel que soit<br />
le sens que l’on donne à ce terme. Or, circonstance fort aggravante, la démocratie-chrétienne donne à ce terme un sens moralement, doctrinalement, gravement inacceptable. Ce sera l’objet d’un prochain article.</p>
<p>JEAN MADIRAN (extrait de Présent du 12 juin 2010)</p>


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		<title>L&#8217;année du centenaire V: &#171;&#160;S. Pie X, mais pas tout&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Jun 2010 09:41:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[S. Pie X, mais pas tout Accident chez nos amis de L’Homme nouveau. Ils ont, dans leur numéro du 5 juin, confié à un collaborateur extérieur le soin d’honorer saint Pie X. L’article de ce collaborateur n’est pas une tribune libre. Il occupe deux grandes pages du journal. Survolé d’un rapide regard, on croit qu’il [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><span style="color: #cc0000;"><strong>S. Pie X, mais pas tout</strong> </span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Accident chez nos amis de L’Homme nouveau. Ils ont, dans leur numéro du 5 juin, confié à un collaborateur extérieur le soin d’honorer saint Pie X.</p>
<p style="text-align: justify;">L’article de ce collaborateur n’est pas une tribune libre. Il occupe deux grandes pages du journal. Survolé d’un rapide regard, on croit qu’il dit tout, et dans un bon esprit, y compris le fait que saint Pie X fut « un pasteur fort attentif aux réalités de son temps ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais, en cette année du centenaire, il ne dit pas un mot de sa Lettre apostolique spécialement attentive aux réalités de la démocratie-chrétienne, de ses erreurs, de ses dangers.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La lettre Notre charge apostolique du 25 août 1910 était adressée aux évêques français. Le collaborateur de L’Homme nouveau n’ignore pas la France dans ses deux pages. Il mentionne avec exactitude la grande portée de la Séparation. Mais c’est tout. Or il n’y a pas seulement l’affaire française de la démocratie-chrétienne. Il y a aussi Jeanne d’Arc, qui méritait bien au moins deux ou trois lignes, et qui n’a pas un seul mot. En janvier 1904, à l’occasion du décret sur l’héroïcité des vertus, saint Pie X invitait solennellement la France au culte de Jeanne d’Arc. Cet appel ne fut pas sans conséquences historiques de première grandeur pour notre patrie. Mais peut-être, ce serait son excuse, le collaborateur extérieur qui signe « un moine bénédictin » n’est-il pas français ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’y ajoute qu’il y eut en 1908-1909 l’annonce puis la publication du décret de béatification. Elles furent l’occasion des discours de Pie X du 18 décembre 1908, du 19 avril 1909 aux pèlerins français, et le lendemain aux évêques français. Saint Pie X y manifestait une inoubliable espérance en notre pays, il prophétisait qu’un jour viendrait sa renaissance chrétienne. Depuis lors, plusieurs générations françaises n’ont pas perdu cœur, au milieu de tant de tragédies, parce qu’elles gardaient en mémoire les paroles de saint Pie X comme une promesse. Et cette mémoire est toujours vivante dans quelques familles et quelques écoles catholiques. Mais dans la presse ?</p>
<p style="text-align: justify;">Signe des temps ? Un tel article dans L’Homme nouveau nous donne un premier aperçu des difficultés que nous allons sans doute rencontrer pour obtenir que soit célébré, avec sérieux et avec éclat, le centenaire de la Lettre apostolique contre la démocratie-chrétienne.</p>
<p style="text-align: justify;">En tout cas, oui, c’est un signe du temps qui passe et des mémoires qui s’éteignent. Le même « moine bénédictin » décrit assez exactement le modernisme, mais il assure témérairement que « les mesures prises par Pie X (…) produisent en peu d’années le déclin du modernisme ». Le déclin ! Ce n’était pourtant pas l’avis de saint Pie X, qui a dit exactement le contraire. Dans Pascendi, en 1907, il disait : « Le mal est allé s’aggravant de jour en jour. » Trois ans plus tard, selon le motu proprio du 1er septembre 1910, après et malgré Pascendi, le modernisme continue à « croître de jour en jour », les modernistes n’ont pas cessé de « grouper en une association secrète de nouveaux adeptes ». Il est vrai que ce motu proprio de 1910 est passé sous silence par la quasi-totalité des historiens. Lui aussi mérite que l’on célèbre cette année son centenaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Non, saint Pie X n’a pas vu le « déclin » du modernisme, il a vu le contraire. Dans son allocution aux nouveaux cardinaux, le 27 mai 1914, il observe que continuent à se propager « les idées de conciliation de la foi avec l’esprit moderne », il déplore à ce sujet le « naufrage » dans l’Eglise de nombreux « navigateurs », et aussi de nombreux « pilotes », et même de nombreux « capitaines ». Faut-il traduire ces métaphores ? Elles sont assez claires. Et, contrairement à la coutume pontificale de dire « Nous » qui se prolongera jusqu’à Paul VI, il dit « je », ce qui est tout à fait insolite à l’époque. Il dit « je » pour préciser que sa parole sur le modernisme n’a été ni bien entendue ni bien interprétée, et ce « je », dans son dernier discours public, lui donne un caractère personnel et en quelque sorte testamentaire.</p>
<p style="text-align: justify;">JEAN MADIRAN</p>
<p style="text-align: justify;">Article extrait du n° 7108<br />
du Samedi 5 juin 2010</p>
<p>© Présent.fr</p>


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		<title>L’année du centenaire (IV): la question préalable</title>
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		<pubDate>Sat, 29 May 2010 08:19:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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		<description><![CDATA[L’année du centenaire (IV) La question préalable • Par la manière dont elle s’exprime, la Lettre apostolique de saint Pie X peut heurter d’emblée la mentalité actuelle, même chez beaucoup de catholiques. En commençant cette série d’articles, j’ai cité sa phrase annonçant carrément la couleur : « civilisation chrétienne » et « cité catholique ». [...]

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<li><a href='http://www.revue-item.com/2811/l%e2%80%99annee-du-centenaire-iii/' rel='bookmark' title='Permanent Link: L’année du centenaire (III): un regard sur cent années de démocratie-chrétienne'>L’année du centenaire (III): un regard sur cent années de démocratie-chrétienne</a></li>
</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;">L’année du centenaire (IV)<br />
La question préalable</span></strong></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">• Par la manière dont elle s’exprime, la Lettre apostolique de saint Pie X peut heurter d’emblée la mentalité actuelle, même chez beaucoup de catholiques. En commençant cette série d’articles, j’ai cité sa phrase annonçant carrément la couleur : « civilisation chrétienne » et « cité catholique ». De quoi faire ricaner un Bayrou et stupéfier nos confrères de La Croix. Relisons cette proclamation initiale, en la citant cette fois avec son contexte immédiat. Saint Pie X avait conscience de parler en 1910 « dans ce temps d’anarchie sociale et intellectuelle ». Que dirait-il aujourd’hui. Voici ce qu’il déclarait alors :</p>
<p style="text-align: justify;">« On ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie (…). Non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les catholiques pratiquants n’étant plus, à ce qu’on leur dit, que 4 % de la population française, ne voient pas comment ils pourraient mettre en œuvre un tel programme. Il leur paraît venu d’une autre époque et complètement étranger à la situation actuelle ; et inintelligible pour les électeurs et les élus de la République.</p>
<p style="text-align: justify;">• Mais c’est là prendre les choses à l’envers. Il ne s’agit pas de rechercher ce qui est immédiatement acceptable par l’opinion, par les médias, par le clergé diocésain, par les commissions et comités épiscopaux. Les sociologues, les politologues, les psychologues ne manquent pas pour nous le faire savoir, même quand nous ne leur demandons rien. Il s’agit d’autre chose. Il s’agit de savoir ce que pense l’Eglise. De savoir d’abord ce qu’elle pense d’immuable. Les bases, les fondements, les principes. Ensuite on pourra se tourner vers le muable, le changeant, la couleur du temps, la mentalité du moment, le terrain : on n’y pénétrera pas en aveugles. D’ailleurs, qu’on le veuille ou non, on en fait partie, – et malheureusement, beaucoup plus qu’on ne croit.</p>
<p style="text-align: justify;">• Nos bons confrères de La Croix s’avisent parfois qu’il convient d’expliquer au lecteur le sens des mots que l’on emploie, surtout lorsqu’ils sont étranges et peu usités par eux, comme le mot « chrétienté ». C’est Nicolas Senèze, leur spécialiste du combat permanent contre l’« intégrisme », qui en a été chargé. Et, jour mémorable, ce 21 mai où, mieux inspiré que d’habitude, Nicolas Senèze a défini le terme « chrétienté » par une citation de Gustave Thibon :</p>
<p style="text-align: justify;">« Un tissu social dans lequel la religion [chrétienne] pénètre jusqu’au moindre recoin de la vie temporelle (habitudes, usages, distractions et travail…), une civilisation dans laquelle le temporel est sans cesse imprégné par l’éternel. »</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-on imaginer une Eglise catholique qui ne voudrait plus cela, qui ne travaillerait plus à cela, qui n’aurait plus « à temps et à contre-temps » une telle chrétienté comme ardent désir ?</p>
<p style="text-align: justify;">La vérité est que le clergé et sa hiérarchie, qui ne l’ignorent pas, n’ont plus la tranquille assurance de saint Pie X face à l’envahissante laïcité moderne et même se laissent paresseusement aller à croire que ce sont les idées d’un autre siècle. Dans notre siècle pourtant, on peut tenir ce langage, comme vient de le faire en substance Benoît XVI à la République de Malte, et elle ne s’en porte pas plus mal, au contraire (cf. Présent du 20 et du 21 avril).</p>
<p style="text-align: justify;">• Les anciennes nations chrétiennes on été systématiquement aveuglées depuis deux siècles par les progrès constants, et de plus en plus rapides, de la « civilisation matérielle » : découvertes scientifiques, innovations techniques, promptitude croissante des transports et des communications, perfectionnement de la médecine et de la chirurgie, etc. Mais une « civilisation » est-elle donc uniquement ou principalement « matérielle » ? La morale et la religion devraient-elles évoluer à la suite et imitation des chemins de fer ou des téléphones ? Le Play, un des plus grands esprits du XIXe siècle, avait averti :</p>
<p style="text-align: justify;">« En science, découvrir des vérités nouvelles ; en morale, pratiquer la vérité connue », car « l’esprit d’innovation est aussi stérile dans l’ordre moral qu’il est fécond dans l’ordre matériel ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ces sentences réveillent l’esprit du sommeil artificiel où l’évolutionnisme matériel l’avait plongé. On peut alors comprendre en quel sens « la civilisation n’est plus à inventer ». Il existe une nature humaine, une loi naturelle, une rédemption surnaturelle. Elles sont contredites, contrariées, bouleversées, submergées par toutes sortes d’idées nouvelles qui se présentent comme des progrès de la démocratie, mais ce ne sont là, il importe de bien le discerner, que « les attaques toujours renaissantes » de l’utopie, de la révolte, de l’impiété. C’est pourquoi la civilisation chrétienne, la chrétienté, la cité catholique sont toujours à « instaurer et restaurer sans cesse » sur leurs « fondements naturels et divins ». Nous avons toute l’année pour lire et étudier point par point cette centenaire Lettre apostolique du 25 août 1910.</p>
<p style="text-align: justify;">JEAN MADIRAN</p>
<p style="text-align: justify;">Article extrait du n° 7103<br />
du Samedi 29 mai 2010</p>


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		<title>L’année du centenaire (III): un regard sur cent années de démocratie-chrétienne</title>
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		<pubDate>Sat, 29 May 2010 08:12:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;">L’année du centenaire (III)<br />
Un regard sur cent années<br />
de démocratie-chrétienne</span></strong></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"> La lettre Notre charge apostolique de saint Pie X (25 août 1910) garde une actualité profonde par les principes permanents qu’elle énonce.<br />
Mais elle trouve en outre, au bout de cent années, une actualité visible dans le fait qu’elle a décrit ce qu’a effectivement été la démocratie- chrétienne de 1910 jusqu’à maintenant : elle a, selon la formule de saint Pie X, « convoyé le socialisme, l’œil fixé sur une chimère ».</p>
<p style="text-align: justify;">Convoyer, ce n’est pas simplement accompagner : c’est (selon le Robert) « accompagner pour protéger » et c’est « transporter ». Transporter le socialisme dans l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;"> Comme l’a plusieurs fois souligné Emile Poulat, les catholiques d’Action française et les catholiques démocrates-chrétiens de la première moitié du XXe siècle avaient à l’origine le même but : une reconquête chrétienne de la société, refaire une (nouvelle) chrétienté. Ils s’opposaient en somme sur le chemin à prendre pour y parvenir.</p>
<p style="text-align: justify;"> Mais les deux chemins ont de plus en plus divergé. Avec un sourire un peu moqueur, ou peutêtre mélancolique, Emile Poulat observe qu’aucun des deux courants n’a réussi ; ni l’un ni l’autren’a pu arrêter ou seulement freiner la déchristianisation de la société.</p>
<p style="text-align: justify;"> Sur un point, Marc Sangnier a obtenu ce qu’il voulait, il a réussi à créer une opposition radicale, irréductible, de plus en plus vive, entre l’Action française et le « christianisme social » démocratechrétien. Entre ces deux courants catholiques, il y a eu des violences, il y a eu des morts, et finalement c’est Maurras qui a été condamné à la détention perpétuelle tandis que les démocrates-chrétiens accédaient au gouvernement en compagnie des communistes et des socialistes.</p>
<p style="text-align: justify;"> Le parti démocrate-chrétien est en effet devenu un grand parti de gouvernement, en permanence au pouvoir sous la IVe République. Quand elle s’effondre en 1958, c’est encore un démocrate-chrétien qui est le chef du gouvernement. Le grand homme politique qu’estime et consulte le Conseil permanent de l’épiscopat est Jacques Delors, militant démocrate- chrétien qui à partir de 1974 adhère définitivement au parti socialiste. Simultanément la démocratie- chrétienne disparaît peu à peu en tant que parti politique, remplacée par une nouvelle génération de catholiques, les catholiques pratiquants « non confessionnels » dans toute l’étendue de la vie politique, sociale et scolaire.</p>
<p style="text-align: justify;"> Dans l’Eglise, la démocratiechrétienne reste puissante. Depuis les années soixante, elle est le courant intellectuel et même le parti informel le mieux installé. Giovanni Battista Montini, issu d’une famille démocrate-chrétienne, a luimême été jusqu’à sa mort un démocrate- chrétien militant, et le parti montinien, s’il est en recul dans la hiérarchie ecclésiastique, n’en demeure pas moins redoutable. C’est en partie sous son influence qu’a été formée la quasitotalité du clergé diocésain actuel.</p>
<p style="text-align: justify;"> La démocratie-chrétienne étant visiblement tombée à zéro dans la vie politique française, plus personne, pas même Jacques Delors, ne se présentant plus sous cette étiquette, Christine Boutin a récemment relevé le drapeau et la dénomination, ou presque, en fondant un « parti chrétien-démocrate » encore modeste. Il paraît moins gauchiste, plus centriste que la démocratiechrétienne issue de Marc Sangnier, moins individualiste, davantage familial et patriote. On aimerait interroger Christine Boutin sur son rapport avec le dilemme de Marc Sangnier et avec la Lettre pontificale Notre charge apostolique.</p>
<p style="text-align: justify;"> Ces deux courants, Action française et démocratie-chrétienne, ne sont certes pas le tout de l’histoire politique du catholicisme français au XXe siècle, mais ils en sont les deux points fixes par leur identité invariable. Elles incarnent et illustrent l’opposition entre deux philosophies politiques : d’une part celle pour qui la société est une collection d’individus, selon les Droits de l’Homme de 1789 et de 1948 ; et d’autre part celle pour qui la société, selon la loi naturelle, est une hiérarchie de familles.</p>
<p>JEAN MADIRAN (extrait de Présent du vendredi 28 mai 2010)</p>


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		<title>L’année du centenaire (II): le dilemne de Sangnier</title>
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		<pubDate>Sat, 22 May 2010 19:40:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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		<description><![CDATA[L’année du centenaire (II) Le dilemme de Sangnier   Jean Madiran, nous annonçait, vendredi,  dans son article de Présent du 21 mai 2010, une serie d&#8217;articles sur cette lettre encyclique  de Pie X,  &#160;&#187;Notre charge apostolique&#160;&#187; du 25 août 1910, dont nous fêtons cette année le centenaire. Il n&#8217;a pas tardé à s&#8217;exécuter. Dès le [...]

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<li><a href='http://www.revue-item.com/2881/une-annee-centenaire-s-pie-x-mais-pas-tout/' rel='bookmark' title='Permanent Link: L&#8217;année du centenaire V: &laquo;&nbsp;S. Pie X, mais pas tout&nbsp;&raquo;'>L&#8217;année du centenaire V: &laquo;&nbsp;S. Pie X, mais pas tout&nbsp;&raquo;</a></li>
</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<h4 style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;">L’année du centenaire (II)</span></h4>
<h2 style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;">Le dilemme de Sangnier </span></h2>
<p><span style="color: #cc0000;"> </span></p></blockquote>
<blockquote><p><em><span style="color: #cc0000;"><strong>Jean Madiran, nous annonçait, vendredi,  dans son article de Présent du 21 mai 2010, une serie d&#8217;articles sur cette lettre encyclique  de Pie X,  &nbsp;&raquo;Notre charge apostolique&nbsp;&raquo; du 25 août 1910, dont nous fêtons cette année le centenaire. Il n&#8217;a pas tardé à s&#8217;exécuter. Dès le lendemain, le samedi 22 mai 2010, il nous donne son premier article de fond, sous le titre: &laquo;&nbsp;le dilemne de Sangnier&nbsp;&raquo;.</strong></span></em></p>
<p><strong> </strong></p>
<h2 style="text-align: justify;"><img src="http://www.present.fr/images/carre.png" alt="puce_carre" />Contexte historique et, très précisément, doctrinal : six ans avant la Lettre apostolique de saint Pie X contre la démocratie chrétienne du « Sillon », son fondateur Marc Sangnier avait proclamé le 25 mai 1904 :</h2>
<h2> </h2>
<h2 style="text-align: justify;"><em>« Un impérieux dilemme doit tôt ou tard se poser : ou le positivisme monarchique de l’Action française ou le christianisme social du Sillon. »</em></h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;">Charles Maurras avait aussitôt répondu :</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;">— Pourquoi opposer, pourquoi exclure ? L’Action française est ouverte aux chrétiens sociaux, d’ailleurs le grand chrétien social La Tour du Pin est des nôtres, pourquoi pas vous ?</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;"><img src="http://www.present.fr/images/carre.png" alt="puce_carre" />Il s’ensuivit un débat public d’une réelle courtoisie. Il dura deux années (1904-1905) et il amena peu à peu au jour la raison du dilemme : le Sillon de Marc Sangnier n’était pas simplement « chrétien social », il était surtout « démocrate chrétien », il voulait nouer une alliance politique avec la modernité de gauche et donc rompre avec la connivence naturelle existant entre l’Eglise et le courant politique contre-révolutionnaire. Marc Sangnier rêvait de convertir l’Eglise à la démocratie.</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;"><img src="http://www.present.fr/images/carre.png" alt="puce_carre" />L’obstacle, pour Marc Sangnier, était une récente encyclique du pape Léon XIII, l’encyclique <em>Graves de communi</em> (1901), qui répondait négativement aux catholiques réclamant du Saint-Siège une politique carrément, ouvertement, explicitement « démocrate chrétienne ». L’encyclique entendait « définir quelles doivent être les idées catholiques en cette matière » :</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;"><em>« Il serait condamnable de détourner à un sens politique le terme de démocratie chrétienne » ; « dans les circonstances actuelles, il ne faut l’employer qu’en lui ôtant tout sens politique et en ne lui attachant aucune autre signification que celle d’une bienfaisante action chrétienne parmi le peuple. »</em></h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;">Sur quoi les démocrates chrétiens de France murmuraient :</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;">« Le Pape a enfin avalé le mot, il finira bien par avaler la chose. »</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;"><img src="http://www.present.fr/images/carre.png" alt="puce_carre" />Mais le Pape ne l’avait pas encore « avalée », et c’est ce qui explique pourquoi Marc Sangnier dans son dilemme en restait à se présenter modestement comme un simple « chrétien social ». Le débat avec Maurras le contraignit à se reconnaître « démocrate chrétien » en un sens parfaitement politique. Et Maurras lui annonça cinq ans à l’avance qu’il risquait d’être désavoué par l’Eglise.</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;"><img src="http://www.present.fr/images/carre.png" alt="puce_carre" />Face à cette situation, la lettre <em>Notre charge apostolique</em> de Pie X est un document essentiel de la doctrine politique de l’Eglise. Le terme de <em>politique</em> choque un grand nombre de timidités pastorales qui tiennent (avec raison) à ne pas « faire de la politique » (électorale). On préfère parler d’une doctrine « morale », de vertus « civiques », d’enseignement « social », qui sont autant de manières de tourner autour du mot. Comme si l’Eglise n’avait rien à dire aux gouvernants, et comme si la loi naturelle n’avait aucune portée politique !</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;"><img src="http://www.present.fr/images/carre.png" alt="puce_carre" />La Lettre apostolique aux évêques français n’est pas une sorte d’invention personnelle et simplement circonstancielle de Pie X. Elle s’appuie sur les grandes encycliques politiques de son prédécesseur immédiat Léon XIII : <em>Quod apostolici</em> (1878), <em>Diuturnum</em> (1881), <em>Immortale Dei</em> (1885), <em>Libertas</em> (1888), <em>Sapientiae christianae</em> (1890) et <em>Graves de communi</em> citée ci-dessus. Ces encycliques de Léon XIII sont elles-mêmes le développement explicatif et pédagogique, dans le domaine politique, de l’encyclique <em>Quanta cura</em> et du <em>Syllabus</em> de Pie IX. A travers des circonstances et des contextes variables, il s’agit toujours des invariables <em>principes politiques</em> que la tradition catholique enseigne comme consubstantiels à la foi chrétienne. L’année du centenaire va nous offrir l’occasion et l’opportunité de les retrouver avec précision tels qu’ils ont été énoncés par la lettre <em>Notre charge apostolique</em> de saint Pie X.</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;">JEAN MADIRAN</h2>
<h2 style="text-align: justify;"> </h2>
<h2 style="text-align: justify;"><a href="http://www.present.fr/lire_pdf.php?num=7099">Article extrait du n° 7099<br />
du Samedi 22 mai 2010</a> </h2>
<p><!-- selection --></p></blockquote>


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		<title>L&#8217;année du centenaire (1): Notre Charge Apostolique de saint Pie X</title>
		<link>http://www.revue-item.com/2757/notre-charge-apostolique-de-saint-pie-x/</link>
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		<pubDate>Sat, 22 May 2010 09:20:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[  Jean Madiran nous rappelle très heureusement, dans Présent du vendredi 21 mai 2010,  un centenaire, celui de la publication de la lettre apostolique de Saint Pie X &#171;&#160;Notre charge apostolique &#171;&#160; publiée le 25 Août 1910. C&#8217;est cette lettre, fait-il remarquer, qui contient l&#8217;avertissement célébre: &#171;&#160;Non, la civilisation n&#8217;est plus à inventer ni la cité nouvelle [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong><span style="color: #000000;">Jean Madiran nous rappelle très heureusement, dans Présent du vendredi 21 mai 2010,  un centenaire, celui de la publication de la lettre apostolique de Saint Pie X &laquo;&nbsp;Notre charge apostolique &laquo;&nbsp; publiée le 25 Août 1910. C&#8217;est cette lettre, fait-il remarquer, qui contient l&#8217;avertissement célébre: &laquo;&nbsp;Non, la civilisation n&#8217;est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle  est;  c&#8217;est la civilisation chrétienne, c&#8217;est la cité catholique&nbsp;&raquo;.  C&#8217;est ce que je voulais dire dans l&#8217;émission &laquo;&nbsp;les infiltrés&nbsp;&raquo; de Pujadas, à F2, lorsque j&#8217;ai déclaré aimer la chrétienté, ce qui déclancha une vive &laquo;&nbsp;émotion&nbsp;&raquo; de mes opposants.</span></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong><span style="color: #000000;">Jean Madiran nous annonce aussi une &laquo;&nbsp;serie d&#8217;articles&nbsp;&raquo; sur cette lettre de saint Pie X. Nous nous en réjouissons d&#8217;avance, et nous suivrons attentivement son enseignement. Et pour permettre aux lecteurs d&#8217;Item de bien suivre cet enseignement qui sera fondamental, il faut d&#8217;abord bien connaître ce document.</span> </strong></span></p>
<table>
<tbody>
<tr>
<blockquote>
<td width="100%"><strong><span style="color: #cc0000;">Notre Charge Apostolique</span></strong></td>
<td width="100%" align="right"><a title="Version imprimable" onclick="window.open('http://www.civitas-institut.com/index2.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=298&amp;pop=1&amp;page=0&amp;Itemid=96','win2','status=no,toolbar=no,scrollbars=yes,titlebar=no,menubar=no,resizable=yes,width=640,height=480,directories=no,location=no'); return false;" href="http://www.civitas-institut.com/index2.php?option=com_content&amp;task=view&amp;id=298&amp;pop=1&amp;page=0&amp;Itemid=96" target="_blank"><strong><span style="color: #cc0000;"><img src="http://www.civitas-institut.com/images/M_images/printButton.png" border="0" alt="Version imprimable" align="middle" /></span></strong></a></td>
<td width="100%" align="right"><a title="Suggérer par mail" onclick="window.open('http://www.civitas-institut.com/index2.php?option=com_content&amp;task=emailform&amp;id=298&amp;itemid=96','win2','status=no,toolbar=no,scrollbars=yes,titlebar=no,menubar=no,resizable=yes,width=400,height=250,directories=no,location=no'); return false;" href="http://www.civitas-institut.com/index2.php?option=com_content&amp;task=emailform&amp;id=298&amp;itemid=96" target="_blank"><strong><span style="color: #cc0000;"><img src="http://www.civitas-institut.com/images/M_images/emailButton.png" border="0" alt="Suggérer par mail" align="middle" /></span></strong></a></td>
<p><strong><span style="color: #cc0000;">Lettre encyclique du pape Pie X du 25 août 1910, sur « le Sillon ».</span></strong></p></blockquote>
</tr>
</tbody>
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<tbody>
<tr>
<td style="text-align: justify;" colspan="2" valign="top">
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<p>Sommaire</p>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#1.">Histoire du Sillon</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#2.">Attitude devant l’autorité</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#3.">La liberté et l’égalité sillonnistes</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#4.">L’autorité sillonniste</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#5.">L’humanitarisme ou fraternité sillonniste</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#6.">Réfutation du système sillonniste</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#7.">La vie sillonniste</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#8.">Eglise et démocratie</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#9.">Le plus grand Sillon</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#10.">Condamnation du Sillon</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#11.">Le Sillon et la révolution</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#12.">Le Sillon et l’Evangile</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#13.">Devoir des évêques</a></div>
<div><a href="http://www.civitas-institut.com/#14.">Appel à la soumission</a></div>
</div>
<p>Vénérables frères, Salut et bénédiction apostolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre charge apostolique nous fait un devoir de veiller à la pureté de la foi et à l’intégrité de la discipline catholique, de préserver les fidèles des dangers de l’erreur et du mal, surtout quand l’erreur et le mal leur sont présentés dans un langage entraînant, qui, voilant le vague des idées et l’équivoque des expressions sous l’ardeur du sentiment et la sonorité des mots, peut enflammer les cœurs pour des causes séduisantes mais funestes. Telles ont été naguère les doctrines des prétendus philosophes du XVIIIe siècle, celles de la Révolution et du libéralisme tant de fois condamnées ; telles sont encore aujourd’hui les théories du Sillon, qui, sous leurs apparences brillantes et généreuses, manquent trop souvent de clarté, de logique et de vérité, et, sous ce rapport, ne relèvent pas du génie catholique et français.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons hésité longtemps, vénérables frères, à dire publiquement et solennellement notre pensée sur le Sillon. Il a fallu que vos préoccupations vinssent s’ajouter aux Nôtres pour Nous décider à le faire. Car Nous aimons la vaillante jeunesse enrôlée sous le drapeau du Sillon, et Nous la croyons digne, à bien des égards, d’éloge et d’admiration. Nous aimons ses chefs, en qui Nous Nous plaisons à reconnaître des âmes élevées, supérieures aux passions vulgaires et animées du plus noble enthousiasme pour le bien. Vous les avez vus, vénérables frères, pénétrés d’un sentiment très vif de la fraternité humaine, aller au-devant de ceux qui travaillent et qui souffrent pour les relever, soutenus dans leur dévouement par leur amour pour Jésus-Christ et la pratique exemplaire de la religion.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="1."></a>Histoire du Sillon</h1>
<p style="text-align: justify;">C’était au lendemain de la mémorable encyclique de Notre prédécesseur, d’heureuse mémoire, Léon XIII, sur la condition des ouvriers. L’Église, par la bouche de son chef suprême, avait déversé sur les humbles et les petits toutes les tendresses de son cœur maternel, et semblait appeler de ses vœux des champions toujours plus nombreux de la restauration de l’ordre et de la justice dans notre société troublée. Les fondateurs du Sillon ne venaient-ils pas, au moment opportun, mettre à son service des troupes jeunes et croyantes pour la réalisation de ses désirs et de ses espérances ? Et, de fait, le Sillon éleva parmi les classes ouvrières l’étendard de Jésus-Christ, le signe du salut pour les individus et les nations, alimentant son activité sociale aux sources de la grâce, imposant le respect de la religion aux milieux les moins favorables, habituant les ignorants et les impies à entendre parler de Dieu, et souvent, dans des conférences contradictoires, en face d’un auditoire hostile, surgissant, éveillé par une question ou un sarcasme, pour crier hautement sa foi. C’étaient les beaux temps du Sillon ; c’est son beau côté qui explique les encouragements et les approbations que ne lui ont pas ménagés l’épiscopat et le Saint-Siège, tant que cette ferveur religieuse a pu voiler le vrai caractère du mouvement sillonniste.</p>
<p style="text-align: justify;">Car, il faut le dire, vénérables frères, nos espérances ont été, en grande partie, trompées. Un jour vint où le Sillon accusa, pour les yeux des clairvoyants, des tendances inquiétantes. Le Sillon s’égarait. Pouvait-il en être autrement ? Ses fondateurs, jeunes, enthousiastes et pleins de confiance en eux-mêmes, n’étaient pas suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur cœur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l’obéissance, contre les infiltrations libérales et protestantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Les conseils ne leur ont pas manqué, les admonestations vinrent après les conseils : mais nous avons eu la douleur de voir et les avis et les reproches glisser sur leurs âmes fuyantes et demeurer sans résultat. Les choses en sont venues à ce point que Nous trahirions notre devoir si nous gardions plus longtemps le silence. Nous devons la vérité à nos chers enfants du Sillon, qu’une ardeur généreuse a emportés dans une voie aussi fausse que dangereuse. Nous la devons à un grand nombre de séminaristes et de prêtres que le Sillon a soustraits sinon à l’autorité, au moins à la direction et à l’influence de leurs évêques. Nous la devons, enfin à l’Église, où le Sillon sème la division et dont il compromet les intérêts.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="2."></a>Attitude devant l’autorité</h1>
<p style="text-align: justify;">En premier lieu, il convient de relever sévèrement la prétention du Sillon d’échapper à la direction de l’autorité ecclésiastique. Les chefs du Sillon, en effet, allguent qu’ils évoluent sur un terrain qui n’est pas celui de l’Église ; qu’ils ne poursuivent que des intérêts de l’ordre temporel et non de l’ordre spirituel ; que le Sillonniste est tout simplement un catholique voué à la cause des classes laborieuses, aux oeuvres démocratiques, et puisant dans les pratiques de sa foi l’énergie de son dévouement ; que, ni plus ni moins que les artisans, les laboureurs, les économistes et les politiciens catholiques, il demeure soumis aux règles de la morale communes à tous, sans relever, ni plus ni moins qu’eux, d’une façon spéciale, de l’autorité ecclésiastique.</p>
<p style="text-align: justify;">La réponse à ces subterfuges n’est que trop facile. À qui fera-t-on croire, en effet, que les sillonnistes catholiques, que les prêtres et les séminaristes enrôlés dans leurs rangs n’ont en vue, dans leur activité sociale, que les intérêts temporels des classes ouvrières ? Ce serait, pensons-Nous, leur faire injure que de le soutenir. La vérité est que les chefs du Sillon se proclament des idéalistes irréductibles, qu’ils prétendent relever les classes laborieuses en relevant d’abord la conscience humaine, qu’ils ont une doctrine sociale et des principes philosophiques et religieux pour construire la société sur un plan nouveau, qu’ils ont une conception spéciale de la dignité humaine, de la liberté, de la justice et de la fraternité, et que, pour justifier leurs rêves sociaux, ils en appellent à l’Évangile, interprété à leur manière, et, ce qui est plus grave encore, à un Christ défiguré et diminué. De plus, ces idées, ils les enseignent dans leurs cercles d’études, ils les inculquent à leurs camarades, ils les font passer dans leurs oeuvres. Ils sont donc vraiment professeurs de morale sociale, civique et religieuse, et, quelques modifications qu’ils puissent introduire dans l’organisation du mouvement sillonniste, Nous avons le droit de dire que le but du Sillon, son caractère, son action ressortissent au domaine moral, qui est le domaine propre de l’Église, et que, en conséquence, les sillonnistes se font illusion lorsqu’ils croient évoluer sur un terrain aux confins duquel expirent les droits du pouvoir doctrinal et directif de l’autorité ecclésiastique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si leurs doctrines étaient exemptes d’erreur, c’eût déjà été un manquement très grave à la discipline catholique que de se soustraire obstinément à la direction de ceux qui ont reçu du ciel la mission de guider les individus et les sociétés dans le droit chemin de la vérité et du bien. Mais le mal est plus profond, Nous l’avons déjà dit : le Sillon, emporté par un amour mal entendu des faibles, a glissé dans l’erreur.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, le Sillon se propose le relèvement et la régénération des classes ouvrières. Or, sur cette matière, les principes de la doctrine catholique sont fixés, et l’histoire de la civilisation chrétienne est là pour en attester la bienfaisante fécondité. Notre prédécesseur, d’heureuse mémoire, les a rappelés dans des pages magistrales, que les catholiques occupés de questions sociales doivent étudier et toujours garder sous les yeux. Il a enseigné notamment que la démocratie chrétienne doit « maintenir la diversité des classes, qui est assurément le propre de la cité bien constituée, et vouloir pour la société humaine la forme et le caractère que Dieu, son auteur, lui a imprimés ». Il a flétri « une certaine démocratie qui va jusqu’à ce degré de perversité que d’attribuer dans la société la souveraineté au peuple et à poursuivre la suppression et le nivellement des classes ». En même temps Léon XIII imposait aux catholiques un programme d’action, le seul programme capable de replacer et de maintenir la société sur ses bases chrétiennes séculaires. Or, qu’ont fait les chefs du Sillon ? Non seulement ils ont adopté un programme et un enseignement différents de ceux de Léon XIII (ce qui serait déjà singulièrement audacieux de la part de laïques se posant ainsi, concurremment avec le Souverain Pontife, en directeurs de l’activité sociale dans l’Église) ; mais ils ont ouvertement rejeté le programme tracé par Léon XIII, et en ont adopté un diamétralement opposé ; de plus, ils repoussent la doctrine rappelée par Léon XIII sur les principes essentiels de la société, placent l’autorité dans le peuple ou la suppriment à peu près et prennent comme idéal à réaliser le nivellement des classes. Ils vont donc, au rebours de la doctrine catholique, vers un idéal condamné.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous savons bien qu’ils se flattent de relever la dignité humaine et la condition trop méprisée des classes laborieuses, de rendre justes et parfaites les lois du travail et les relations entre le capital et les salariés, enfin de faire régner sur terre une meilleure justice et plus de charité, et, par des mouvements sociaux profonds et féconds, de promouvoir dans l’humilité un progrès inattendu. Et certes, Nous ne blâmons pas ces efforts, qui seraient de tous points excellents si les sillonnistes n’oubliaient pas que le progrès d’un être consiste à fortifier ses facultés naturelles par des énergies nouvelles et à faciliter le jeu de leur activité dans le cadre et conformément aux lois de sa constitution, et que, au contraire, en blessant ses organes essentiels, en brisant le cadre de leur activité, on pousse l’être non pas vers le progrès, mais vers la mort. C’est cependant ce qu’ils veulent faire de la société humaine ; c’est leur rêve de changer ses bases naturelles et traditionnelles et de promettre une cité future édifiée sur d’autres principes, qu’ils osent déclarer plus féconds, plus bienfaisants, que les principes sur lesquels repose la cité chrétienne actuelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Non, vénérables frères &#8211; il faut rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle, où chacun se pose en docteur et législateur &#8211; on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour qu’on ne Nous accuse pas de juger trop sommairement et avec une rigueur non justifiée les théories sociales du Sillon, Nous voulons en rappeler les points essentiels.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="3."></a>La liberté et l’égalité sillonnistes</h1>
<p style="text-align: justify;">Le Sillon a le noble souci de la dignité humaine. Mais, cette dignité, il la comprend à la manière de certains philosophes dont l’Église est loin d’avoir à se louer. Le premier élément de cette dignité est la liberté, entendue en ce sens que, sauf en matière de religion, chaque homme est autonome. De ce principe fondamental il tire les conclusions suivantes : Aujourd’hui, le peuple est en tutelle sous une autorité distincte de lui, il doit s’en affranchir : émancipation politique. Il est sous la dépendance de patrons qui, détenant ses instruments de travail, l’exploitent, l’oppriment et l’abaissent ; il doit secouer leur joug : émancipation économique. Il est dominé enfin par une caste appelée dirigeante, à qui son développement intellectuel assure une prépondérance indue dans la direction des affaires ; il doit se soustraire à. sa domination : émancipation intellectuelle. Le nivellement des conditions à ce triple point de vue établira parmi les hommes l’égalité, et cette égalité est la vraie justice humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Une organisation politique et sociale fondée sur cette double base, la liberté et l’égalité (auxquelles viendra bientôt s’ajouter la fraternité), voilà ce qu’ils appellent Démocratie.</p>
<p style="text-align: justify;">Néanmoins, la liberté et l’égalité n’en constituent que le côté, pour ainsi dire, négatif. Ce qui fait proprement et positivement la Démocratie, c’est la participation la plus grande possible de chacun au gouvernement de la chose publique. Et cela comprend un triple élément, politique, économique et moral.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="4."></a>L’autorité sillonniste</h1>
<p style="text-align: justify;">D’abord, en politique, le Sillon n’abolit pas l’autorité ; il l’estime, au contraire, nécessaire ; mais il veut la partager, ou, pour mieux dire, la multiplier de telle façon que chaque citoyen deviendra une sorte de roi. L’autorité, il est vrai, émane de Dieu, mais elle réside primordialement dans le peuple et s’en dégage par voie d’élection ou, mieux encore, de sélection, sans pour cela quitter le peuple et devenir indépendante de lui ; elle sera extérieure, mais en apparence seulement ; en réalité, elle sera intérieure, parce que ce sera une autorité consentie.</p>
<p style="text-align: justify;">Proportions gardées, il en sera de même dans l’ordre économique. Soustrait à une classe particulière, le patronat sera si bien multiplié que chaque ouvrier deviendra une sorte de patron. La forme appelée à réaliser cet idéal économique n’est point, affirme-t-on, celle du socialisme, c’est un système de coopératives suffisamment multipliées pour provoquer une concurrence féconde et pour sauvegarder l’indépendance des ouvriers qui ne seront enchaînés à aucune d’entre elles.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="5."></a>L’humanitarisme ou fraternité sillonniste</h1>
<p style="text-align: justify;">Voici maintenant l’élément capital, l’élément moral. Comme l’autorité, on l’a vu, est très réduite, il faut une autre force pour la suppléer et pour opposer une réaction permanente à l’égoïsme individuel. Ce nouveau principe, cette force, c’est l’amour de l’intérêt professionnel et de l’intérêt public, c’est-à-dire de la fin même de la profession et de la société. Imaginez une société où, dans l’âme de chacun, avec l’amour inné du bien individuel et du bien familial, régnerait l’amour du bien professionnel et du bien public, où, dans la conscience d’un chacun, ces amours se subordonneraient de telle façon que le bien supérieur primât toujours le bien inférieur ; cette société-là ne pourrait-elle pas à peu près se passer d’autorité et n’offrirait-elle pas l’idéal de la dignité humaine, chaque citoyen ayant une âme de roi, chaque ouvrier une âme de patron ? Arraché à l’étroitesse de ses intérêts privés et élevé jusqu’aux intérêts de sa profession et, plus haut, jusqu’à ceux de la nation entière et, plus haut encore, jusqu’à ceux de l’humanité (car l’horizon du Sillon ne s’arrête pas aux frontières de la patrie, il s’étend à tous les hommes jusqu’aux confins du monde), le cœur humain, élargi par l’amour du bien commun, embrasserait tous les camarades de la même profession, tous les compatriotes, tous les hommes. Et voilà la grandeur et la noblesse humaine idéale réalisée par la célèbre trilogie : Liberté, Égalité, Fraternité.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, ces trois éléments, politique, économique, et moral, sont subordonnés l’un à l’autre, et c’est l’élément moral, nous l’avons dit, qui est le principal. En effet, nulle démocratie politique n’est viable si elle n’a des points d’attache profonds dans la démocratie économique. À leur tour, ni l’une ni l’autre ne sont possibles si elles ne s’enracinent pas dans un état d’esprit où la conscience se trouve investie de responsabilités et d’énergies morales proportionnées. Mais supposez cet état d’esprit, ainsi fait de responsabilité consciente et de forces morales, la démocratie économique s’en dégagera naturellement par traduction en actes de cette conscience et de ces énergies ; et de même, et par la même voie, du régime corporatif sortira la démocratie politique ; et la démocratie politique et économique, celle-ci portant l’autre, se trouveront fixées dans la conscience même du peuple sur des assises inébranlables.</p>
<p style="text-align: justify;">Telle est, en résumé, la théorie, on pourrait dire le rêve du Sillon, et c’est à cela que tend son enseignement et ce qu’il appelle l’éducation démocratique du peuple, c’est-à-dire à porter à son maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun, d’où découlera la démocratie économique et politique, et le règne de la justice, de l’égalité et de la fraternité.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce rapide exposé, vénérables frères, vous montre déjà clairement combien Nous avions raison de dire que le Sillon oppose doctrine à doctrine, qu’il bâtit sa cité sur une théorie contraire à la vérité catholique et qu’il fausse les notions essentielles et fondamentales qui règlent les rapports sociaux dans toute société humaine. Cette opposition ressortira davantage encore des considérations suivantes.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="6."></a>Réfutation du système sillonniste</h1>
<p style="text-align: justify;">Le Sillon place primordialement l’autorité publique dans le peuple, de qui elle dérive ensuite aux gouvernants, de telle façon cependant qu’elle continue à résider en lui. Or, Léon XIII a formellement condamné cette doctrine dans son encyclique Diuturnum Illud du principat politique, où il dit : « Des modernes en grand nombre, marchant sur les traces de ceux qui, au siècle dernier, se donnèrent le nom de philosophes, déclarent que toute puissance vient du peuple ; qu’en conséquence ceux qui exercent le pouvoir dans la société ne l’exercent pas comme une autorité propre, mais comme une autorité à eux déléguée par te peuple et sous la condition qu’elle puisse être révoquée par la volonté du peuple de qui ils la tiennent. Tout au contraire est le sentiment des catholiques, qui font dériver le droit de commander de Dieu, comme de son principe naturel et nécessaire. » Sans doute le Sillon fait descendre de Dieu cette autorité qu’il place d’abord dans le peuple, mais de telle sorte qu’ « elle remonte d’en bas pour aller en haut, tandis que, dans l’organisation de l’Église, le pouvoir descend d’en haut pour aller en bas. » <a name="appel1"></a><a href="http://www.civitas-institut.com/content/view/298/96/#note1">1</a> Mais, outre qu’il est anormal que la délégation monte, puisqu’il est de sa nature de descendre, Léon XIII a réfuté par avance cette tentative de conciliation de la doctrine catholique avec l’erreur du philosophisme. Car il poursuit : « Il importe de le remarquer ici : ceux qui président au gouvernement de la chose publique peuvent bien, en certains cas, être élus par la volonté et le jugement de la multitude, sans répugnance ni opposition avec la doctrine catholique. Mais si ce choix désigne le gouvernant, il ne lui confère pas l’autorité de gouverner, il ne délègue pas le pouvoir, il désigne la personne qui en sera investie. »</p>
<p style="text-align: justify;">Au reste, si le peuple demeure le détenteur du pouvoir, que devient l’autorité ? Une ombre, un mythe ; il n’y a plus de loi proprement dite, il n’y a plus d’obéissance. Le Sillon l’a reconnu, puisqu’en effet il réclame, au nom de la dignité humaine, la triple émancipation politique, économique et intellectuelle, la cité future à laquelle il travaille n’aura plus de maîtres ni de serviteurs ; les citoyens y seront tous libres, tous camarades, tous rois. Un ordre, un précepte, serait un attentat à la liberté ; la subordination à une supériorité quelconque serait une diminution de l’homme, l’obéissance une déchéance. Est-ce ainsi, vénérables frères, que la doctrine traditionnelle de l’Église nous représente les relations sociales dans la cité même la plus parfaite possible ? Est-ce que toute société de créatures dépendantes et inégales par nature n’a pas besoin d’une autorité qui dirige leur activité vers le bien commun et qui impose sa loi ? Et si dans la société il se trouve des êtres pervers (et il y en aura toujours), l’autorité ne devra-t-elle pas être d’autant plus forte que l’égoïsme des méchants sera plus menaçant ? Ensuite, peut-on dire avec une ombre de raison qu’il y a incompatibilité entre l’autorité et la liberté, à moins de se tromper lourdement sur le concept de la liberté ? Peut-on enseigner que l’obéissance est contraire à la dignité humaine et que l’idéal serait de la remplacer par « l’autorité consentie » ? Est-ce que l’apôtre Saint Paul n’avait pas en vue la société humaine à toutes ses étapes possibles, quand il prescrivait aux fidèles d’être soumis à toute autorité ? Est-ce que l’obéissance aux hommes en tant que représentants légitimes de Dieu, c’est-à-dire en fin de compte l’obéissance à Dieu abaisse l’homme et le ravale au-dessous de lui-même ? Est-ce que l’état religieux fondé sur l’obéissance serait contraire à l’idéal de la nature humaine ? Est-ce que les saints, qui ont été les plus obéissants des hommes, étaient des esclaves et des dégénérés ? Est-ce qu’enfin on peut imaginer un état social où Jésus-Christ revenu sur terre ne donnerait plus l’exemple de l’obéissance et ne dirait plus : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le Sillon qui enseigne de pareilles doctrines et les met en pratique dans sa vie intérieure, sème donc parmi votre jeunesse catholique des notions erronées et funestes sur l’autorité, la liberté et l’obéissance. Il n’en est pas autrement de la justice et de l’égalité. Il travaille, dit-il, à réaliser une ère d’égalité, qui serait par là-même une ère de meilleure justice. Ainsi, pour lui, toute inégalité de condition est une injustice ou, au moins, une moindre justice ! Principe souverainement contraire à la nature des choses, générateur de jalousie et d’injustice et subversif de tout ordre social. Ainsi la démocratie seule inaugurera le règne de la parfaite justice !</p>
<p style="text-align: justify;">N’est-ce pas une injure faite aux autres formes de gouvernement, qu’on ravale de la sorte, au rang de gouvernement de pis aller impuissants ? Au reste, le Sillon se heurte encore sur ce point à l’enseignement de Léon XIII. Il aurait pu lire dans l’encyclique déjà citée du principat politique que « la justice sauvegardée, il n’est pas interdit aux peuples de se donner le gouvernement qui répond le mieux à leur caractère ou aux institutions et coutumes qu’ils ont reçues de leurs ancêtres » ; et l’encyclique fait allusion à la triple forme de gouvernement bien connue. Elle suppose donc que la justice est compatible avec chacune d’elle. Et l’encyclique sur la condition des ouvriers n’affirme-t-elle pas clairement la possibilité de restaurer la justice dans les organisations actuelles de la société, puisqu’elle en indique les moyens ? Or, sans aucun doute, Léon XIII entendait parler non pas d’une justice quelconque, mais de la justice parfaite. En enseignant donc que la justice est compatible avec les trois formes de gouvernement qu’on sait, il enseignait que, sous ce rapport, la démocratie ne jouit pas d’un privilège spécial. Les sillonnistes, qui prétendent le contraire, ou bien refusent d’écouter l’Église, ou se forment de la justice et de l’égalité un concept qui n’est pas catholique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l’amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d’humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles. Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques sincères qu’elles soient, ni dans l’indifférence théorique ou pratique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel. Cette même doctrine catholique nous enseigne aussi que la source de l’amour du prochain se trouve dans l’amour de Dieu, père commun et fin commune de toute la famille humaine, et dans l’amour de Jésus-Christ, dont nous sommes les membres au point que soulager un malheureux, c’est faire du bien à Jésus-Christ lui-même. Tout autre amour est illusion ou sentiment stérile et passager. Certes, l’expérience humaine est là, dans les sociétés païennes ou laïques de tous les temps, pour prouver qu’à certaines heures la considération des intérêts communs ou de la similitude de nature pèse fort peu devant les passions et les convoitises du cœur. Non, vénérables frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre Sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener tous à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie,loin d’être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation. Car si l’on veut arriver, et Nous le désirons de toute Notre âme, à la plus grande somme de bien-être possible pour la société et pour chacun de ses membres par la fraternité, ou, comme on dit encore, par la solidarité universelle, il faut l’union des esprits dans la vérité, l’union des volontés dans la morale, l’union des cœurs dans l’amour de Dieu et de son Fils, Jésus-Christ. Or, cette union n’est réalisable que par la charité catholique, laquelle seule, par conséquent,peut conduire les peuples dans la marche du progrès, vers l’idéal de la civilisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, à la base de toutes les falsifications des notions sociales fondamentales, le Sillon place une fausse idée de la dignité humaine. D’après lui, l’homme ne sera vraiment homme, digne de ce nom, que du jour où il aura acquis une conscience éclairée,forte, indépendante, autonome, pouvant se passer de maître,ne s’obéissant qu’à elle-même et capable d’assumer et de porter sans forfaire les plus graves responsabilités. Voilà de ces grands mots avec lesquels on exalte le sentiment de l’orgueil humain ; tel un rêve qui entraîne l’homme, sans lumière, sans guide et sans secours, dans la voie de l’illusion, où, en attendant le grand jour de la pleine conscience, il sera dévoré par l’erreur et les passions. Et ce grand jour, quand viendra-t-il ? À moins de changer la nature humaine (ce qui n’est pas au pouvoir du Sillon), viendra-t-il jamais ? Est-ce que les saints,qui ont porté la dignité humaine à son apogée,avaient cette dignité-là ? Et les humbles de la terre, qui ne peuvent monter si haut et qui se contentent de tracer modestement leur sillon, au rang que la Providence leur a assigné, en remplissant énergiquement leurs devoirs dans l’humilité, l’obéissance et la patience chrétiennes,ne seraient-ils pas dignes du nom d’hommes, eux que le Seigneur tirera un jour de leur condition obscure pour les placer au ciel parmi les princes de son peuple ?</p>
<p style="text-align: justify;">Nous arrêterons là nos réflexions sur les erreurs du Sillon, Nous ne prétendons pas épuiser le sujet, car il y aurait encore à attirer votre attention sur d’autres points également faux et dangereux,par exemple, sur la manière de comprendre le pouvoir coercitif de l’Église. Il importe maintenant de voir l’influence de ces erreurs sur la conduite pratique du Sillon et sur son action sociale.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="7."></a>La vie sillonniste</h1>
<p style="text-align: justify;">Les doctrines du Sillon ne restent pas dans le domaine de l’abstraction philosophique. Elles sont enseignées à la jeunesse catholique, et, bien plus,on s’essaye à les vivre. Le Sillon se regarde comme le noyau de la cité future ; il la reflète donc aussi fidèlement que possible. En effet, il n’y a pas de hiérarchie dans le Sillon. L’élite qui le dirige s’est dégagée de la masse par sélection,c’est-à-dire en s’imposant par son autorité morale et par ses vertus. On y entre librement, comme librement on en sort. Les études s’y font sans maître, tout au plus avec un conseiller. Les cercles d’études sont de véritables coopératives intellectuelles, où chacun est tout ensemble maître et élève. La camaraderie la plus absolue règne entre les membres et met en contact total leurs âmes : de là, l’âme commune du Sillon. On l’a définie &laquo;&nbsp;une amitié&nbsp;&raquo;.Le prêtre lui-même quand il y entre, abaisse l’éminente dignité de son sacerdoce et, par le plus étrange renversement des rôles, se fait élève, se met au niveau de ses jeunes amis et n’est plus qu’un camarade.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ces habitudes démocratiques et les théories sur la cité idéale qui les inspirent,vous reconnaîtrez, vénérables frères,la cause secrète des manquements disciplinaires que vous avez dû si souvent reprocher au Sillon. Il n’est pas étonnant que vous ne trouviez pas chez les chefs et chez leurs camarades ainsi formés, fussent-ils séminaristes ou prêtres, le respect, la docilité et l’obéissance qui sont dus à vos personnes et à votre autorité ;que vous sentiez de leur part une sourde opposition et que vous ayez le regret de les voir se soustraire totalement, ou, quand ils y sont forcés par l’obéissance, se livrer avec dégoût à des oeuvres non sillonnistes. Vous êtes le passé, eux sont les pionniers de la civilisation future. Vous représentez la hiérarchie, les inégalités sociales, l’autorité et l’obéissance : institutions vieillies, auxquelles leurs âmes, éprises d’un autre idéal, ne peuvent plus se plier. Nous avons sur cet état d’esprit le témoignage de faits douloureux, capables d’arracher des larmes, et Nous ne pouvons, malgré notre longanimité,Nous défendre d’un juste sentiment d’indignation. Eh quoi ! on inspire à votre jeunesse catholique la défiance envers l’Église, leur mère ; on leur apprend que depuis dix-neuf siècles, elle n’a pas encore réussi dans le monde à constituer la société sur ses vraies bases ; qu’elle n’a pas compris les notions sociales de l’autorité, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la dignité humaine ;que les grands évêques et les grands monarques, qui ont créé et si glorieusement gouverné la France, n’ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice,ni le vrai bonheur, parce qu’ils n’avaient pas l’idéal du Sillon !</p>
<p style="text-align: justify;">Le souffle de la Révolution a passé par là, et nous pouvons conclure que si les doctrines sociales du Sillon sont erronées, son esprit est dangereux et son éducation funeste.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais alors, que devons-nous penser de son action dans l’Église, lui dont le catholicisme est si pointilleux que d’un peu plus, à moins d’embrasser sa cause, on serait à ses yeux un ennemi intérieur du catholicisme et l’on ne comprendrait rien à l’Évangile et à Jésus-Christ ? Nous croyons bon d’insister sur cette question parce que c’est précisément son ardeur catholique qui a valu au Sillon, jusque dans ces derniers temps, de précieux encouragements et d’illustres suffrages. Eh bien ! devant les paroles et les faits, Nous sommes obligé de dire que, dans son action comme dans sa doctrine, le Sillon ne donne pas satisfaction à l’Église.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="8."></a>Eglise et démocratie</h1>
<p style="text-align: justify;">D’abord, son catholicisme ne s’accommode que de la forme du gouvernement démocratique, qu’il estime être la plus favorable à l’Église, et se confondre pour ainsi dire avec elle ; il inféode donc sa religion à un parti politique. Nous n’avons pas à démontrer que l’avènement de la démocratie universelle n’importe pas à l’action de l’Église dans le monde ; Nous avons déjà rappelé que l’Église a toujours laissé aux nations le souci de se donner le gouvernement qu’elles estiment le plus avantageux pour leurs intérêts. Ce que Nous voulons affirmer encore une fois après Notre prédécesseur, c’est qu’il y a erreur et danger à inféoder, par principe, le catholicisme à une forme de gouvernement ; erreur et danger qui sont d’autant plus grands lorsqu’on synthétise la religion avec un genre de démocratie dont les doctrines sont erronées. Or c’est le cas du Sillon, lequel, par le fait, et pour une forme politique spéciale, en compromettant l’Église, divise les catholiques, arrache la jeunesse et même des prêtres et des séminaristes à l’action simplement catholique, et dépense en pure perte les forces vives d’une partie de la nation.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voyez, vénérables frères, une étonnante contradiction. C’est précisément parce que la religion doit dominer tous les partis, c’est en invoquant ce principe que le Sillon s’abstient de défendre l’Église attaquée. Certes, ce n’est pas l’Église qui est descendue dans l’arène politique : on l’y a entraînée et pour la mutiler et pour la dépouiller. Le devoir de tout catholique n’est-il donc pas d’user des armes politiques qu’il tient en main pour la défendre, et aussi pour forcer la politique à rester dans son domaine et à ne s’occuper de l’Église que pour lui rendre ce qui lui est dû ? Eh bien ! en face de l’Église ainsi violentée, on a souvent la douleur de voir les sillonnistes se croiser les bras, si ce n’est qu’à la défendre ils trouvent leur compte ; on les voit dicter ou soutenir un programme qui nulle part ni à aucun degré ne révèle le catholique. Ce qui n’empêche pas les hommes, en pleine lutte politique, sous le coup d’une provocation, d’afficher publiquement leur foi. Qu’est-ce à dire, sinon qu’il y a deux hommes dans le sillonniste : l’individu qui est catholique ; le sillonniste, l’homme d’action, qui est neutre.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="9."></a>Le plus grand Sillon</h1>
<p style="text-align: justify;">Il fut un temps où le Sillon, comme tel était formellement catholique. En fait de force morale, il n’en connaissait qu’une, la force catholique, et il allait proclamant que la démocratie serait catholique ou qu’elle ne serait pas. Un moment vint où il se ravisa. Il laissa à chacun sa religion ou sa philosophie. Il cessa lui-même de se qualifier de « catholique » et, à la formule « La démocratie sera catholique », il substitua cette autre « La démocratie ne sera pas anticatholique », pas plus d’ailleurs qu’anti-juive ou antibouddhiste. Ce fut l’époque du « plus grand Sillon ». On appela à la construction de la cité future tous les ouvriers de toutes les religions et de toutes les sectes. On ne leur demanda que d’embrasser le même idéal social, de respecter toutes les croyances et d’apporter un certain appoint de forces morales. Certes, proclamait-on, « les chefs du Sillon mettent leur foi religieuse au-dessus de tout. Mais peuvent-ils ôter aux autres le droit de puiser leur énergie morale là où ils peuvent ? En revanche, ils veulent que les autres respectent leur droit, à eux de la puiser dans la foi catholique. Ils demandent donc à tous ceux qui veulent transformer la société présente dans le sens de la démocratie de ne pas se repousser mutuellement à cause des convictions philosophiques ou religieuses qui peuvent les séparer, mais de marcher la main dans la main, non pas en renonçant à leurs convictions, mais en essayant de faire sur le terrain des réalités pratiques la preuve de l’excellence de leurs convictions personnelles. Peut-être sur ce terrain de l’émulation entre âmes attachées à différentes convictions religieuses ou philosophiques l’union pourra se réaliser. » <a name="appel2"></a><a href="http://www.civitas-institut.com/content/view/298/96/#note2">2</a> Et l’on déclara en même temps (comment cela pouvait-il s’accomplir?) que le petit Sillon catholique serait l’âme du grand Sillon cosmopolite.</p>
<p style="text-align: justify;">Récemment, le nom du plus grand Sillon a disparu, et une nouvelle organisation est intervenue, sans modifier, bien au contraire, l’esprit et le fond des choses : « pour mettre de l’ordre dans le travail et organiser les diverses formes d’activité. Le Sillon reste toujours une âme, un esprit, qui se mêlera aux groupes et inspirera leur activité ». Et tous les groupements nouveaux, devenus en apparence autonomes : catholiques, protestants, libres-penseurs, sont priés de se mettre à l’œuvre. « Les camarades catholiques travailleront entre eux dans une organisation spéciale à s’instruire et à s’éduquer. Les démocrates protestants et libres-penseurs en feront autant de leur côté. Tous, catholiques, protestants et libres-penseurs, auront à cœur d’armer la jeunesse non pas pour une lutte fratricide, mais pour une généreuse émulation sur le terrain des vertus sociales et civiques. » <a name="appel3"></a><a href="http://www.civitas-institut.com/content/view/298/96/#note3">3</a> Ces déclarations et cette nouvelle organisation de l’action sillonniste appellent de bien graves réflexions.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici, fondée par des catholiques, une association interconfessionnelle, pour travailler à la réforme de la civilisation, oeuvre religieuse au premier chef, car pas de vraie civilisation sans civilisation morale, et pas de vraie civilisation morale sans la vraie religion : c’est une vérité démontrée, c’est un fait d’histoire. Et les nouveaux « sillonnistes » ne pourront pas prétexter qu’ils ne travailleront que « sur le terrain des réalités pratiques » où la diversité des croyances n’importe pas. Leur chef sent si bien cette influence des convictions de l’esprit sur le résultat de l’action qu’il les invite, à quelque religion qu’ils appartiennent, à « faire sur le terrain des réalités pratiques la preuve de l’excellence de leurs convictions personnelles ». Et avec raison car les réalisations pratiques revêtent le caractère des convictions religieuses, comme les membres d’un corps jusqu’à leurs dernières extrémités reçoivent leur forme du principe vital qui l’anime.</p>
<p style="text-align: justify;">Ceci dit, que faut-il penser de la promiscuité où se trouveront engagés les jeunes catholiques avec des hétérodoxes et des incroyants de toute sorte dans une oeuvre de cette nature ? N’est-elle pas mille fois plus dangereuse pour eux qu’une association neutre ? Que faut-il penser de cet appel à tous les hétérodoxes et à tous les incroyants à prouver de leurs convictions sur le terrain social, dans une espèce de concours apologétique, comme si ce concours ne durait pas depuis dix-neuf siècles, dans des conditions moins dangereuses pour la foi des fidèles et tout en l’honneur de l’Église catholique ? Que faut-il penser de ce respect de toutes les erreurs et de l’invitation étrange, faite par un catholique à tous les dissidents, de fortifier leurs convictions par l’étude et d’en faire des sources toujours plus abondantes de forces nouvelles ? Que faut-il penser d’une association où toutes les religions et même la libre-pensée peuvent se manifester hautement à leur aise ? Car les sillonnistes qui, dans les conférences publiques et ailleurs, proclament fièrement leur foi individuelle, n’entendent certainement pas fermer la bouche aux autres et empêcher le protestant d’affirmer son protestantisme et le sceptique son scepticisme. Que penser, enfin, d’un catholique qui, en entrant dans son cercle d’études, laisse son catholicisme à la porte, pour ne pas effrayer les camarades qui, « rêvant d’une action sociale désintéressée, répugnent de la faire servir au triomphe d’intérêts, de coteries ou même de convictions quelles qu’elles soient » ? Telle est la profession de foi du nouveau Comité démocratique d’action sociale, qui a hérité de la plus grande tâche de l’ancienne organisation, et qui, dit-il, « en brisant l’équivoque entretenue autour du « plus grand Sillon », tant dans les milieux réactionnaires que dans les milieux anticléricaux », est ouvert à tous les hommes « respectueux des forces morales et religieuses et convaincus qu’aucune émancipation sociale véritable n’est possible sans le ferment d’un généreux idéalisme ».</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="10."></a>Condamnation du Sillon</h1>
<p style="text-align: justify;">Oui, hélas ! l’équivoque est brisée ; l’action sociale du Sillon n’est plus catholique ; le sillonniste, comme tel, ne travaille pas pour une coterie, et « l’Église, il le dit, ne saurait à aucun titre être bénéficiaire des sympathies que son action pourra susciter ». Étrange insinuation, vraiment ! On craint que l’Église ne profite de l’action sociale du Sillon dans un but égoïste et intéressé, comme si tout ce qui profite à l’Église ne profitait pas à l’humanité ! Étrange renversement des idées : c’est l’Église qui serait la bénéficiaire de l’action sociale, comme si les plus grands économistes n’avaient pas reconnu et démontré que c’est l’action sociale, qui, pour être sérieuse et féconde, doit bénéficier de l’Église.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, plus étranges encore, effrayantes et attristantes à la fois, sont l’audace et la légèreté d’esprit d’hommes qui se disent catholiques, qui rêvent de refondre la société dans de pareilles conditions et d’établir sur terre, par-dessus l’Église catholique « le règne de la justice et de l’amour », avec des ouvriers venus de toute part, de toutes religions ou sans religion, avec ou sans croyances, pourvu qu’ils oublient ce qui les divise : leurs convictions religieuses et philosophiques, et qu’ils mettent en commun ce qui les unit : un généreux idéalisme et des forces morales prises « où ils peuvent ». Quand on songe à tout ce qu’il a fallu de forces, de science, de vertus surnaturelles pour établir la cité chrétienne, et les souffrances de millions de martyrs, et les lumières des Pères et des Docteurs de l’Église, et le dévouement de tous les héros de la charité, et une puissante hiérarchie née du ciel, et des fleuves de grâce divine, et le tout édifié, relié, compénétré par la Vie de Jésus-Christ, la Sagesse de Dieu, le Verbe fait homme ; quand on songe, disons-Nous, à tout cela, on est effrayé de voir de nouveaux apôtres s’acharner à faire mieux avec la mise en commun d’un vague idéalisme et de vertus civiques. Que vont-ils produire ? Qu’est-ce qui va sortir de cette collaboration ? Une construction purement verbale et chimérique, où l’on verra miroiter pêle-mêle et dans une confusion séduisante les mots de liberté, de justice, de fraternité et d’amour, d’égalité et d’exaltation humaine, le tout basé sur une dignité humaine mal comprise. Ce sera une agitation tumultueuse, stérile pour le but proposé et qui profitera aux remueurs de masses moins utopistes. Oui, vraiment, on peut dire que le Sillon convoie le socialisme, l’œil fixé sur une chimère.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous craignons qu’il n’y ait encore pire. Le résultat de cette promiscuité en travail, le bénéficiaire de cette action sociale cosmopolite ne peut être qu’une démocratie qui ne sera ni catholique, ni protestante, ni juive ; une religion (car le sillonnisme, les chefs l’ont dit, est une religion) plus universelle que l’Église catholique, réunissant tous les hommes devenus enfin frères et camarades dans « le règne de Dieu ».- « On ne travaille pas pour l’Église, on travaille pour l’humanité ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et maintenant, pénétré de la plus vive tristesse, Nous Nous demandons, vénérables frères, ce qu’est devenu le catholicisme du Sillon. Hélas, lui qui donnait autrefois de si belles espérances, ce fleuve limpide et impétueux a été capté dans sa marche par les ennemis modernes de l’Église et ne forme plus dorénavant qu’un misérable affluent du grand mouvement d’apostasie organisé, dans tous les pays, pour l’établissement d’une Église universelle qui n’aura ni dogmes, ni monarchie, ni règle pour l’esprit, ni frein pour les passions et qui, sous prétexte de liberté et de dignité humaine, ramènerait dans le monde, si elle pouvait triompher, le règne légal de la ruse et de la force, et l’oppression des faibles, de ceux qui souffrent et qui travaillent.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="11."></a>Le Sillon et la révolution</h1>
<p style="text-align: justify;">Nous ne connaissons que trop les sombres officines où l’on élabore ces doctrines délétères qui ne devraient pas séduire des esprits clairvoyants. Les chefs du Sillon n’ont pu s’en défendre : l’exaltation de leurs sentiments, l’aveugle bonté de leur cœur, leur mysticisme philosophique, mêlé d’une part d’illuminisme, les ont entraînés vers un nouvel Évangile, dans lequel ils ont cru voir le véritable Évangile du Sauveur, au point qu’ils osent traiter Notre-Seigneur Jésus-Christ avec une familiarité souverainement irrespectueuse et que, leur idéal étant apparenté à celui de la Révolution, ils ne craignent pas de faire entre l’Évangile et la Révolution des rapprochements blasphématoires qui n’ont pas l’excuse d’avoir échappé à quelque improvisation tumultueuse.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="12."></a>Le Sillon et l’Evangile</h1>
<p style="text-align: justify;">Nous voulons attirer votre attention, vénérables frères, sur cette déformation de l’Évangile et du caractère sacré de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu et Homme, pratiquée dans le Sillon et ailleurs. Dès que l’on aborde la question sociale, il est de mode, dans certains milieux, d’écarter d’abord la divinité de Jésus-Christ, et puis de ne parler que de sa souveraine mansuétude, de sa compassion pour toutes les misères humaines, de ses pressantes exhortations à l’amour du prochain et à la fraternité. Certes, Jésus nous a aimés d’un amour immense, infini, et il est venu sur terre souffrir et mourir pour que, réunis autour de lui dans la justice et l’amour, animés des mêmes sentiments de charité mutuelle, tous les hommes vivent dans la paix et le bonheur. Mais, à la réalisation de ce bonheur temporel et éternel, il a mis, avec une souveraine autorité, la condition que l’on fasse partie de son troupeau, que l’on accepte sa doctrine, que l’on pratique la vertu et qu’on se laisse enseigner et guider par Pierre et ses successeurs. Puis, si Jésus a été bon pour les égarés et les pécheurs, il n’a pas respecté leurs convictions erronées, quelque sincères qu’elles parussent ; il les a tous aimés pour les instruire, les convertir et les sauver. S’il a appelé à lui pour les soulager, ceux qui peinent et qui souffrent, ce n’a pas été pour leur prêcher la jalousie d’une égalité chimérique. S’il a relevé les humbles, ce n’a pas été pour leur inspirer le sentiment d’une dignité indépendante et rebelle à l’obéissance. Si son cœur débordait de mansuétude pour les âmes de bonne volonté, il a su également s’armer d’une sainte indignation contre les profanateurs de la maison de Dieu, contre les misérables qui scandalisent les petits, contre les autorités qui accablent le peuple sous le poids de lourds fardeaux sans y mettre le doigt pour les soulever. Il a été aussi fort que doux ; il a grondé, menacé, châtié, sachant et nous enseignant que souvent la crainte est le commencement de la sagesse et qu’il convient parfois de couper un membre pour sauver le corps. Enfin, il n’a pas annoncé pour la société future le règne d’une félicité idéale, d’où la souffrance serait bannie ; mais, par ses leçons et par ses exemples, il a tracé le chemin du bonheur possible sur terre et du bonheur parfait au ciel : la voie royale de la croix. Ce sont là des enseignements qu’on aurait tort d’appliquer seulement à la vie individuelle en vue du salut éternel ; ce sont des enseignements éminemment sociaux, et ils nous montrent en Notre-Seigneur Jésus-Christ autre chose qu’un humanitarisme sans consistance et sans autorité.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="13."></a>Devoir des évêques</h1>
<p style="text-align: justify;">Pour vous, vénérables frères continuez activement l’œuvre du Sauveur des hommes par l’imitation de sa douceur et sa force. Inclinez-vous vers toutes les misères ; qu’aucune douleur n’échappe à votre sollicitude pastorale ; qu’aucune plainte ne vous trouve indifférents. Mais aussi, prêchez hardiment leurs devoirs aux grands et aux petits ; il vous appartient de former la conscience du peuple et des pouvoirs publics. La question sociale sera bien près d’être résolue lorsque les uns et les autres, moins exigeants sur leurs droits mutuels, rempliront plus exactement leurs devoirs.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, comme dans le conflit des intérêts, et surtout dans la lutte avec des forces malhonnêtes, la vertu d’un homme, sa sainteté même ne suffit pas toujours à lui assurer le pain quotidien, et que les rouages sociaux devraient être organisés de telle façon que, par leur jeu naturel, ils paralysent les efforts des méchants et rendent abordable à toute bonne volonté sa part légitime de félicité temporelle, Nous désirons vivement que vous preniez une part active à l’organisation de la société dans ce but. Et à cette fin, pendant que vos prêtres se livreront avec ardeur au travail de la sanctification des âmes, de la défense de l’Église, et aux oeuvres de charité proprement dites, vous en choisirez quelques-uns, actifs et d’esprit pondéré, munis des grades de docteur en philosophie et en théologie et possédant parfaitement l’histoire de la civilisation antique et moderne, et vous les appliquerez aux études moins élevées et plus pratiques de la science sociale, pour les mettre, en temps opportun, à la tête de vos oeuvres d’action catholique. Toutefois, que ces prêtres ne se laissent pas égarer, dans le dédale des opinions contemporaines, par le mirage d’une fausse démocratie ; qu’ils n’empruntent pas à la rhétorique des pires ennemis de l’Église et du peuple un langage emphatique plein de promesses aussi sonores qu’irréalisables. Qu’ils soient persuadés que la question sociale et la science sociale ne sont pas nées d’hier ; que, de tous temps, l’Église et l’État, heureusement concertés, ont suscité dans ce but des organisations fécondes ; que l’Église, qui n’a jamais trahi le bonheur du peuple par des alliances compromettantes, n’a pas à se dégager du passé et qu’il lui suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu créé par l’évolution matérielle de la société contemporaine : car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes.</p>
<h1 style="text-align: justify;"><a name="14."></a>Appel à la soumission</h1>
<p style="text-align: justify;">Cette œuvre éminemment digne de votre zèle pastoral, Nous désirons que, loin d’y faire obstacle, la jeunesse du Sillon, dégagée de ses erreurs, y apporte dans l’ordre et la soumission convenables un concours loyal et efficace.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous tournant donc vers les chefs du Sillon, avec la confiance d’un Père qui parle à ses enfants, Nous leur demandons pour leur bien, pour le bien de l’Église et de la France, de vous céder leur place. Nous mesurons, certes, l’étendue du sacrifice que Nous sollicitons d’eux, mais Nous les savons assez généreux pour l’accomplir, et, d’avance, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont nous sommes l’indigne représentant, Nous les en bénissons. Quant aux membres du Sillon, Nous voulons qu’ils se rangent par diocèses pour travailler, sous la direction de leurs évêques respectifs, à la régénération chrétienne et catholique du peuple, en même temps qu’à l’amélioration de son sort. Ces groupes diocésains seront, pour le moment, indépendants les uns des autres : et afin de bien marquer qu’ils ont brisé avec les erreurs du passé, ils prendront le nom de « Sillons Catholiques », et chacun de leurs membres ajoutera à son titre de « sillonniste », le même qualificatif de « catholique ». Il va sans dire que tout sillonniste catholique restera libre de garder par ailleurs ses préférences politiques, épurées de tout ce qui ne serait pas entièrement conforme, en cette matière, à la doctrine de l’Église. Que si, vénérables frères, des groupes refusaient de se soumettre à ces conditions, vous devriez les considérer comme refusant par le fait de se soumettre à votre direction ; et, alors, il y aurait à examiner s’ils se confinent dans la politique ou l’économie pure, ou s’ils persévèrent dans leurs anciens errements. Dans le premier cas, il est clair que vous n’auriez pas plus à vous en occuper que du commun des fidèles ; dans le second, vous devriez agir en conséquence, avec prudence, mais avec fermeté. Les prêtres auront à se tenir totalement en dehors des groupes dissidents et se contenteront de prêter le secours du saint ministère individuellement à leurs membres, en leur appliquant au tribunal de la pénitence les règles communes de la morale relativement à la doctrine et à la conduite. Quant aux groupes catholiques, les prêtres et les séminaristes s’abstiendront de s’y agréger comme membres, car il convient que la milice sacerdotale reste au-dessus des associations laïques, même les plus utiles et animées du meilleur esprit.</p>
<p style="text-align: justify;">Telles sont les mesures pratiques par lesquelles Nous avons cru nécessaire de sanctionner cette Lettre sur le Sillon et les sillonnistes. Que le Seigneur veuille bien, nous l’en prions du fond de l’âme, faire comprendre à ces hommes et à ces jeunes gens les graves raisons qui l’ont dictée, qu’il leur donne la docilité du cœur, avec le courage de prouver, en face de l’Église, la sincérité de leur ferveur catholique ; et à vous, vénérables frères, qu’il vous inspire pour eux, puisqu’ils sont désormais vôtres, les sentiments d’une affection toute paternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans cet espoir, et pour obtenir ces résultats si désirables, que Nous vous accordons de tout cœur, ainsi qu’à votre clergé et à votre peuple, la bénédiction apostolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 août 1910, la huitième de Notre Pontificat.</p>
<p style="text-align: justify;">Pie X, pape</p>
<table style="text-align: justify;" border="0" cellspacing="0" cellpadding="0">
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<td><a name="note1"></a><a href="http://www.civitas-institut.com/content/view/298/96/#appel1">1</a></td>
<td>Marc Sangnier, Discours de Rouen, 1907.</td>
</tr>
<tr>
<td><a name="note2"></a><a href="http://www.civitas-institut.com/content/view/298/96/#appel2">2</a></td>
<td>Marc Sangnier, Discours de Rouen, 1907.</td>
</tr>
<tr>
<td><a name="note3"></a><a href="http://www.civitas-institut.com/content/view/298/96/#appel3">3</a></td>
<td>Marc Sangnier, Paris, mai 1910.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<td colspan="2" width="70%" align="left" valign="top"> </td>
<p>  <strong>Écrit par Pie X   sur le Sillon</strong></p></blockquote>


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		<title>Jean Raspail :LA PATRIE TRAHIE PAR LA RÉPUBLIQUE</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Apr 2010 09:54:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean Raspail : LA PATRIE TRAHIE PAR LA RÉPUBLIQUE C&#8217;est toujours avec un émerveillement douloureux que nous lisons ce texte fameux de Jean Raspail ,  écrit en 1973, que nous proposent  de nouveau &#171;&#160;Les manants du Roi&#160;&#187;. Ce texte est de nature à relever notre courage. Il faut que &#171;&#160;France vive&#160;&#187;. Elle vivra grâce au renouveau [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;">Jean Raspail :<br />
LA PATRIE TRAHIE PAR LA RÉPUBLIQUE</span></strong></p></blockquote>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>C&#8217;est toujours avec un émerveillement douloureux que nous lisons ce texte fameux de Jean Raspail ,  écrit en 1973, que nous proposent  de nouveau &laquo;&nbsp;Les manants du Roi&nbsp;&raquo;.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Ce texte est de nature à relever notre courage. Il faut que &laquo;&nbsp;France vive&nbsp;&raquo;. Elle vivra grâce au renouveau catholique que l&#8217;on voit naître de tous côtés. Benoît XVI est ce &laquo;&nbsp;feu de vérités&nbsp;&raquo; qui nous donne courage. La restauration liturgique ,détruite depuis le Concile Vatican II, et à laquelle , avec la Congrégation pour  la liturgie et la discipline des  sacrements, il travaille, est un élément essentiel du renouveau catholique et donc de la survie de la France&#8230;</em></strong></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;J&#8217;ai tourné autour de ce thème comme un maître-chien mis en présence d&#8217;un colis piégé. Difficile de l&#8217;aborder de front sans qu&#8217;il vous explose à la figure. Il y a péril de mort civile. C&#8217;est pourtant l&#8217;interrogation capitale. J&#8217;ai hésité. D&#8217;autant plus qu&#8217;en 1973, en publiant Le Camp des saints, j&#8217;ai déjà à peu près tout dit là-dessus. Je n&#8217;ai pas grand-chose à ajouter, sinon que je crois que les carottes sont cuites.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu&#8217;« ils sont chez eux chez moi » (Mitterrand), au sein d&#8217;une « Europe dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes » (Chirac), parce que la situation est irréversible jusqu&#8217;au basculement définitif des années 2050 qui verra les « Français de souche » se compter seulement la moitié la plus âgée de la population du pays, le reste étant composé d&#8217;Africains, Maghrébins ou Noirs et d&#8217;Asiatiques de toutes provenances issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de l&#8217;islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne faisant que commencer.<br />
La France n&#8217;est pas seule concernée. Toute l&#8217;Europe marche à la mort. Les avertissements ne manquent pas rapport de l&#8217;ONU (qui s&#8217;en réjouit), travaux incontournables de Jean-Claude Chesnais et Jacques Dupâquier, notamment, mais ils sont systématiquement occultés et l&#8217;Ined pousse à la désinformation. Le silence quasi sépulcral des médias, des gouvernements et des institutions communautaires sur le krach démographique de l&#8217;Europe des Quinze est l&#8217;un des phénomènes les plus sidérants de notre époque. Quand il y a une naissance dans ma famille ou chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce qui se prépare pour lui dans l&#8217;incurie des « gouvernances » et qu&#8217;il lui faudra affronter dans son âge d&#8217;homme&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Sans compter que les « Français de souche », matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l&#8217;homme, de « l&#8217;accueil à l&#8217;autre », du « partage » cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites « antiracistes », conditionnés dès la petite enfance au « métissage » culturel et comportemental, aux impératifs de la « France plurielle » et à toutes les dérives de l&#8217;antique charité chrétienne, n&#8217;auront plus d&#8217;autre ressource que de baisser les frais et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule « citoyen » du Français de 2050. Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce qu&#8217;on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français et pas nécessairement tous de race blanche qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s&#8217;obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu&#8217;elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Face aux différentes « communautés » qu&#8217;on voit se former dès aujourd&#8217;hui sur les ruines de l&#8217;intégration (ou plutôt sur son inversion progressive : c&#8217;est nous qu&#8217;on intègre à « l&#8217;autre », à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s&#8217;agira en quelque sorte je cherche un terme approprié d&#8217;une communauté de la pérennité française. Celle-ci s&#8217;appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela ne plaira pas. Le clash surviendra un moment ou l&#8217;autre. Quelque chose comme l&#8217;élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés. Et ensuite ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite la France ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que par des bernard-l&#8217;ermite qui vivront dans des coquilles abandonnées par les représentants d&#8217;une espèce à jamais disparue qui s&#8217;appelait l&#8217;espèce française et n&#8217;annonçait en rien, par on ne sait quelle métamorphose génétique, celle qui dans la seconde moitié de ce siècle se sera affublée de ce nom. Ce processus est déjà amorcé.</p>
<p style="text-align: justify;">Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement qu&#8217;en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon avocat, c&#8217;est que les derniers isolats résistent jusqu&#8217;à s&#8217;engager dans une sorte de reconquista sans doute différente de l&#8217;espagnole mais s&#8217;inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire là-dessus. Ce n&#8217;est pas moi qui m&#8217;en chargerai, j&#8217;ai déjà donné. Son auteur n&#8217;est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à point nommé, j&#8217;en suis sûr&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c&#8217;est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d&#8217;hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n&#8217;ose dire cyniquement, à l&#8217;immolation d&#8217;une certaine France (évitons le qualificatif d&#8217;éternelle qui révulse les belles consciences) sur l&#8217;autel de l&#8217;humanisme utopique exacerbé. Je me pose la même question à propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de droits à cela, et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans tous les rouages de l&#8217;Etat (éducation, magistrature, partis politiques, syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias correctement consensuels et tous ces « intelligents » qui jour après jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans l&#8217;organisme encore sain de la nation française.</p>
<p style="text-align: justify;">Même si je peux, à la limite, les créditer d&#8217;une part de sincérité, il m&#8217;arrive d&#8217;avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes. Je sens poindre le mot renégat, mais il y a une autre explication : ils confondent la France avec la République. Les « valeurs républicaines » se déclinent à l&#8217;infini, on le sait jusqu&#8217;à la satiété, mais sans jamais de référence à la France. Or la France est d&#8217;abord une patrie charnelle. En revanche, la République, qui n&#8217;est qu&#8217;une forme de gouvernement, est synonyme pour eux d&#8217;idéologie, idéologie avec un grand « I », l&#8217;idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu&#8217;ils trahissent la première pour la seconde.<br />
Parmi le flot de références que j&#8217;accumule en épais dossiers à l&#8217;appui de ce bilan, en voici une qui sous des dehors bon enfant éclaire bien l&#8217;étendue des dégâts. Elle est extraite d&#8217;un discours de Laurent Fabius au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003 : « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d&#8217;une jeune Française issue de l&#8217;immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République&#8230; »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure : « Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d&#8217;êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. » (Président Boumediene, mars 1974.)<br />
Et celle-là, tirée du XXe chant de l&#8217;Apocalypse : « Le temps des mille ans s&#8217;achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée. »</p>
<p style="text-align: justify;">Jean RASPAIL</p>
<p style="text-align: justify;">http://jeanraspail.free.fr/divers18.htm</p>


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		<title>Droite : l’union sans la force</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Apr 2010 07:43:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans Spectacle du Monde du mois d&#8217;Avril,  cette analyse politique d&#8217;Eric Zemmour sur l&#8217;UMP: Droite : l’union sans la force Voulue par Chirac, transformée en machine de guerre par Sarkozy, l’UMP a été déformée par l’ouverture et rejetée par les électeurs. Le parti unique, ce n’était pas son truc. Nicolas Sarkozy a longtemps rechigné. Il [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;">Dans Spectacle du Monde du mois d&#8217;Avril,  cette analyse politique d&#8217;Eric Zemmour sur l&#8217;UMP: Droite : l’union sans la force</span></strong></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Voulue par Chirac, transformée en machine de guerre par Sarkozy, l’UMP a été déformée par l’ouverture et rejetée par les électeurs.<br />
Le parti unique, ce n’était pas son truc. Nicolas Sarkozy a longtemps rechigné. Il n’y voyait pas d’intérêt et beaucoup d’inconvénients. Il y voyait une lubie technocratique d’Alain Juppé. Il y consentit de force plus que de gré. En 2002, il n’avait pas les moyens de résister à la volonté de Jacques Chirac. Il ne se rendit pas tout de suite compte que cette unification des droites serait faite pour son plus grand profit, même si elle avait été réalisée pour le compte du successeur désigné de Chirac, Alain Juppé. Sarkozy était en effet trop libéral pour les technocrates et trop colbertiste pour les libéraux. Trop atlantiste pour les gaullistes, et trop bonapartiste pour les centristes. Mais il était une sorte de synthèse parfaite, un Chirac remodelé par Balladur, un tempérament RPR avec des idées UDF. Sans le savoir, Sarkozy était le point d’intersection idéal entre les deux familles de droite si longtemps rivales. Il était même le point d’aboutissement d’une évolution historique qui arrivait à son terme : la fin des droites selon René Rémond.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">On se souvient que l’historien avait distingué trois familles de droite : la légitimiste, la bonapartiste et l’orléaniste. On sait moins que René Rémond avait construit cet édifice comme un mausolée, persuadé de la mort de la droite après l’épisode pétainiste. Il se trompait, quoique la droite eût perdu définitivement son innocence conservatrice dans la bataille. Elle se voulut désormais résolument réformatrice, progressiste. Même le général de Gaulle endossa l’habit de la modernité. Il était pourtant le plus à même d’unifier les trois droites. Il avait partiellement exaucé le rêve de Maurras et Bainville en donnant un roi (élu) à la France ; il imprimait un style plébiscitaire et bonapartiste à sa fonction; il donna rapidement le pouvoir de gestion gouvernementale aux orléanistes rassemblés sous la houlette de Georges Pompidou. Les deux élections présidentielles de 1965 et de 1969 consacrèrent la puissance inouïe de ce grand rassemblement à plus de 40 % des suffrages. Paradoxalement, les successeurs potentiels, Chaban-Delmas, Giscard, puis Chirac, ne réussirent pas une telle synthèse. Peut-être parce qu’ils étaient finalement tous trois de la même mouvance, de cette droite modernisatrice et technocratique, mais aussi sociale-démocrate qui, depuis la création de l’ENA, avait grandi sous l’aile protectrice du géant de Colombey-les-Deux-Eglises.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Pour se distinguer et se départager, ils accusèrent leurs différences. Chaban remit son imper beige de grand résistant au moment même où la génération 68 s’apprêtait à passer par-dessus bord celle de la guerre. Giscard joua au prof d’économie brillant alors que la crise du pétrole n’avait pas encore produit ses effets délétères ; orléaniste jusqu’au bout, il réalisa les rêves sociétaux des soixante-huitards – avortement, divorce, majorité à dix-huit ans… – qui l’en remercièrent en rejoignant son adversaire de gauche, François Mitterrand. Dernier arrivé, Jacques Chirac, d’abord ébloui par Giscard, finit par rompre brutalement; pour exister et détruire son président d’adversaire, il se coucha dans le lit bonapartiste et gaulliste. Deux partis naquirent de l’affrontement, le RPR chiraquien et l’UDF giscardien. Ils hissèrent les étendards traditionnels des deux droites. Le RPR fut colbertiste, nationaliste, jacobin ; l’UDF fut européiste, libérale, girondine. Il y avait de la parodie dans l’air. Mais l’affrontement eut lieu selon les codes séculaires.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Dès la défaite de Giscard consommée en 1981, Chirac entreprit de réconcilier les deux familles déchirées. C’est alors que débuta la longue marche vers le parti unique de la droite. Alain Juppé et Edouard Balladur personnifièrent ce virage chiraquien, tandis que Pierre Juillet et Marie-France Garaud, conseillers de l’époque héroïque, furent sacrifiés. Le RPR conserva un style bonapartiste et un mode de fonctionnement centralisé, mais adopta les principales idées de son adversaire. Chirac vota « oui » au référendum de Maastricht en 1992; il gouverna en 1986 en suivant le programme libéral popularisé par les droites anglo-saxonnes; il investit les collectivités locales de ses élus; devint une puissance au Sénat. Cette « UDFisation » du RPR ne se fit pas sans troubles ni déperditions électorales : la rébellion de Philippe Séguin et Charles Pasqua en 1990 laissa des traces ; de nombreux militants RPR rejoignirent les rangs du Front national. L’affrontement avec Balladur pour la présidentielle de 1995 – lorsque le Premier ministre chaussa les escarpins giscardiens – retarda les évolutions engagées. Mais une fois seul vainqueur, Chirac profita de l’émotion suscitée par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 pour accoucher du parti unique de la droite. Seul parmi les centristes, François Bayrou refusa ce qu’il vivait – non sans raison – comme une annexion par les gaullistes.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Alain Juppé crut en devenir le seul imperator ; mais ses ennuis judiciaires l’obligèrent à abandonner son poste. Sarkozy le remplaça.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Il modifia le logiciel d’origine. Alain Juppé et Jacques Chirac avaient rêvé d’un parti centriste et technocratique, respectant le politiquement correct imposé par les médias sur tous les sujets de société. Sarkozy fit de l’UMP une machine de guerre hyperprofessionnelle, hyperpersonnalisée, un mélange détonant de bonapartisme et de berlusconisme médiatique. Il n’hésita pas à renouer avec les envolées patriotiques des gaullistes, les injonctions assimilationnistes des vieux républicains; il mania le bâton du policier au plus près des besoins sécuritaires des classes populaires. Sur le plan économique, il promit aux élites l’adaptation – cent fois retardée – de notre vieux pays colbertiste égalitaire au vent libéral et inégalitaire venu des pays anglo-saxons. Il osa même rompre avec l’anti-américanisme et se fit atlantiste vibrant.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Ce composite hétéroclite lui permit de rassembler un électorat à la fois bourgeois et populaire : pour la première fois depuis des décennies, l’UMP retrouva les couleurs, magnifiées par Malraux, du « métro à six heures du soir ».</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Ce mélange des genres, des idéologies et des électorats permit à Sarkozy de rassembler plus de 31 % des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2007. D’arracher une partie des électeurs du FN. Une puissance de feu qui le rendit irrésistible pour le second tour.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Après, vint le temps de la théorisation. Comme disait Napoléon: « on avance et on voit. » Sarkozy s’efforça de systématiser son heureuse surprise de la présidentielle. Il fit grossir l’UMP de centristes qui avaient abandonné Bayrou, de socialistes ralliés, et puis, à droite, des chasseurs et de quelques villiéristes.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Mais la magie fut rompue. L’UMP avait pris du poids, pas de la force. Aux élections européennes et plus encore régionales, l’abstention massive bouleversa les plans de l’état-major sarkozyste. Les électeurs de droite refusèrent leurs votes en masse. Dans ces conditions, les canons de l’UMP ne peuvent plus tonner. La puissance devient solitude. L’UMP, désarmée, se retrouve sans alliés. La gauche divisée retrouve les avantages de la coalition. Les stratèges de l’UMP rêvent du scrutin majoritaire à un tour qui rendrait les alliances inutiles. Les centristes veulent s’émanciper pour retrouver un rôle et des postes. La droite de l’UMP pleure ses électeurs perdus et crie à la trahison du discours de 2007. Chaque droite retrouve ses racines, ses couleurs, ses drapeaux. Le parti unique a-t-il vécu?</p>


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		<title>“Le débat sur l’immigration est quasiment impossible en France”</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Apr 2010 07:24:18 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Michèle Tribalat “Le débat sur l’immigration est quasiment impossible en France” dans Spectacle du Monde du mois  d&#8217;Avril 2010 Dans Les Yeux grands fermés, l’immigration en France, la démographe Michèle Tribalat dénonce le blocage du débat en France sur les questions ayant trait à l’immigration. Elle met en cause l’absence d’investigation des médias, qui ont [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><span style="color: #cc0000;"><strong>Michèle Tribalat “Le débat sur l’immigration est quasiment impossible en France”<br />
</strong></span></p>
<p><span style="color: #cc0000;"><strong>dans Spectacle du Monde du mois  d&#8217;Avril 2010</strong> </span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Dans <em>Les Yeux grands fermés, l’immigration en France</em>, la démographe Michèle Tribalat dénonce le blocage du débat en France sur les questions ayant trait à l’immigration. Elle met en cause l’absence d’investigation des médias, qui ont tendance à occulter des réalités qui gênent les tenants de l’antiracisme idéologique.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Démographe et directrice de recherche à l’Ined, vous venez de publier <em>Les Yeux grands fermés, l’immigration en France.</em> Vous expliquez que le débat sur l’immigration est verrouillé dans notre pays. Comment expliquer ce phénomène ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le débat est difficile en raison d’une vigilance « antiraciste » qui traque tout débordement de langage et suspecte tout discours critique ou simplement circonspect sur l’immigration ou ses effets. Cette vigilance s’exerce aussi vis-à-vis des discours plus scientifiques. On attend des chercheurs qu’ils partent en mission pour rééduquer ceux qui pensent mal. Le succès du Front national, dans les années 1980, n’y est pas pour rien. Sa résurgence actuelle ne va rien arranger. Il faut s’en démarquer pour ne pas être soupçonné soi-même de quelque accointance secrète, voire inconsciente. Si bien qu’un point de vue sur l’immigration qui, sans prôner un arrêt des flux migratoires, souhaiterait voir ses flux mieux contrôlés ou ralentis, se voit fustigé au mieux pour ignorance, au pire pour mauvaise intention.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Est-ce spécifique à notre pays ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A certains égards, non. Partout en Europe, le manque d’enthousiasme vis-à-vis de l’immigration est réprouvé par un courant de pensée que John Fonte a qualifié de progressisme transnational, favorable à une libéralisation des flux migratoires, lesquels devraient faire l’objet de décisions émanant d’une gouvernance globale dépassant l’intérêt étroit des Etats.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est tout à fait particulier en France, c’est que les arguments des « mesurés » sont désavoués et considérés comme illégitimes, sans qu’on puisse débattre de leur véracité. Au Royaume-Uni, les sceptiques ont voix au chapitre et ne peuvent être réduits à un ramassis d’ignorants ou de racistes. C’est le cas d’un organisme comme Migration Watch UK qui est très actif et entendu. Sous la pression des lobbies anti-immigration de masse, comme Migration Watch, le Labour a dû admettre que le nombre global d’immigrants avait son importance. Vous avez aussi au Royaume-Uni un groupe transversal (Labour et Tories) intitulé « Cross Party Group on Balanced Migration ». Le débat est beaucoup plus ouvert et beaucoup moins manichéen qu’en France.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous écrivez que « les études d’impact de l’immigration sont rarissimes en France et, quand elles existent, restent inconnues ou ignorées, souvent même par les décideurs ». N’y a-t-il pas aussi une carence des médias, qui ne font pas leur travail d’information ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les médias ont généralement le souci de ne pas caresser dans le sens du poil une opinion publique dont ils craignent les excès et les débordements xénophobes. Comme la plupart des politiques, ils ont peur d’ouvrir la boîte de Pandore, selon la formule consacrée. On cherche donc plutôt à rassurer. Par exemple, un article du Monde du 5 novembre 2009 prétendait que les flux migratoires s’étaient stabilisés depuis 1982.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut aussi présenter les choses de telle manière que les immigrés ou leurs descendants apparaissent toujours comme victimes des événements. Le rapport « Immigration, qualifications et marché du travail », établi par le Centre d’analyse économique, rédigé par Gilles Saint-Paul, et remis à Eric Besson en juin 2009, n’a reçu l’attention d’aucun média français, contrairement à ce qui s’était passé au Royaume-Uni, l’année précédente, avec le rapport de la Chambre des lords sur l’impact économique de l’immigration. Les journalistes manquent, me semble-t-il, d’un minimum de formation statistique. J’ai le souvenir d’un journaliste, un seul, Guy Herzlich, qui travaillait au Monde, dont on avait l’impression qu’il connaissait parfaitement le sujet et qui pouvait discuter, en finesse, des données démographiques. Ce n’est plus le cas. Les médias sont donc peu intéressés par la fabrication des données statistiques. Ils prennent ce qui vient, sans aucun esprit critique, surtout si cela va avec l’air du temps.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Peut-on parler d’une « idéologie immigrationniste » et quels sont ses tenants et ses objectifs ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est en tout cas comme cela que Pierre-André Taguieff a défini ce nouveau progressisme. Les migrations seraient inscrites dans le sens de l’histoire et donc appelées à se multiplier, et ce serait aux peuples et à leurs gouvernants de s’y plier, avec grâce si possible. Ces mouvements ne pourraient être que bénéfiques, une fois dépassées ce qu’on appelle « les externalités négatives ».</p>
<p style="text-align: justify;">A long terme, donc, plus de problème, dans un monde où la liberté de s’installer, indépendamment des frontières, serait la règle, et le marché du travail mondial. L’idée est de ne pas laisser aux seuls Etats le soin de définir leur politique migratoire, mais d’y associer des ONG, des syndicats, des Eglises, etc., pour que les décisions prises au niveau mondial tiennent compte des intérêts de tous les pays, y compris des pays d’émigration.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc bien une nouvelle utopie postdémocratique qui fait chanter les lendemains et il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter si les bénéfices annoncés devaient tarder et ne pas se manifester de notre vivant. Les tenants objectifs de cette thèse sont multiples.</p>
<p style="text-align: justify;">On y trouve des ONG qui en vivent, des organismes à vocation internationale, telles que les Nations unies, des entreprises qui sont assurées de disposer d’une main-d’œuvre bon marché, des consommateurs de produits et services à bas prix aussi. Par ailleurs, cette utopie n’engage à rien quand on a les moyens de vivre dans des beaux quartiers, préservés des joies de la mixité sociale et ethnique. Une classe sociale favorisée se voit ainsi en position de défendre des opprimés hors de nos frontières et demande aux Français moins dotés de faire preuve d’ouverture d’esprit et de se plier à une cohabitation dont elle est elle-même épargnée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Depuis quand vous intéressezvous à ces questions et qu’avez vous écrit sur le sujet ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je travaille depuis plus trente ans sur la question de l’immigration et des populations d’origine étrangère. Je suis à l’origine de la définition de concepts entrés dans la pratique statistique courante : la distinction entre immigrés et étrangers ; l’utilisation de la filiation pour l’étude par génération et, notamment, le recours aux données de recensement sur le pays de naissance des jeunes et le pays de naissance et la nationalité de leurs parents, données qui m’ont permis, plus récemment d’étudier, avec Bernard Aubry, de l’Insee-Alsace, les concentrations et les voisinages. Cela n’a été possible que grâce à l’existence du fichier harmonisé des recensements (Saphir), mis au point par Bernard Aubry, qui offrait de merveilleuses possibilités. Je dis « qui offrait » car, malheureusement, Bernard Aubry est parti à la retraite et le fichier a été abandonné, au moins dans sa version initiale. J’ai estimé, à deux reprises, l’apport démographique de l’immigration et la population d’origine étrangère en France. J’ai conçu la première grande enquête aléatoire auprès des populations immigrées et d’origine étrangère : « Mobilité géographique et insertion sociale » (MGIS) ; réalisée en 1992, elle a donné lieu à de nombreuses publications dont on reprend bien imprudemment les résultats aujourd’hui pour décrire la situation actuelle. C’était la première fois que l’on avait une mesure des unions mixtes selon l’origine des parents. Mais c’était en 1992 et elle ne dit rien de la situation actuelle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous avez écrit un livre avec Jeanne-Helène Kaltenbach, la République et l’islam : entre crainte et aveuglement (Gallimard, 2002). Quel était votre propos ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce livre faisait suite à mon passage éclair au Haut Conseil à l’intégration (HCI) qui avait remis un rapport sur l’islam, lequel nous semblait complaisant. Nous avons donc travaillé d’arrache-pied pour nous faire une idée du problème que l’installation de l’islam en France posait à la République et à la société française. Il en est résulté une analyse de la situation qui contrastait avec l’eau tiède de ce rapport qui ne reflétait ni ce que nous avions pu observer lors de nos déplacements, ni ce qui avait pu sortir des quelques débats que nous avions eus dans le cadre du Haut Conseil à l’intégration.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Selon vous, que doit pouvoir faire l’Etat en France face à la complexité des phénomènes migratoires ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il doit doter la France d’outils adéquats pour mieux observer. Par exemple, en l’état actuel, aucune information n’est collectée régulièrement sur le niveau éducatif des migrants que nous accueillons. Ne pas chercher à s’aveugler, ne pas montrer de condescendance vis-à-vis des citoyens, ni chercher à les leurrer par crainte de leur manque de maturité ou d’une xénophobie rampante qui ne demanderait qu’à s’exprimer.</p>
<p>A lire <em>Les Yeux grands fermés, l’immigration en France</em> de Michèle Tribalat, Denoël, 300 pages, 19 €.</p>


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		<title>Eric Zemmour, florilège</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Apr 2010 10:21:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Eric Zemmour, florilège Eric Zemmour, né en 1958 à Montreuil en Seine-Saint-Denis, de parents français ; juif berbère ; en berbère, son nom signifie « olivier » Empêcher d’idéologiser en rond Libéré des geôles cubaines, Jorge Valls disait : « Dans les pays communistes, il y a des choses qu’on n’a pas le droit de [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><span style="color: #cc0000;"><strong>Eric Zemmour, florilège</strong> </span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Eric Zemmour, né en 1958 à Montreuil en Seine-Saint-Denis, de parents français ; juif berbère ; en berbère, son nom signifie « olivier »</p>
<p style="text-align: justify;">Empêcher d’idéologiser en rond</p>
<p style="text-align: justify;">Libéré des geôles cubaines, Jorge Valls disait : « Dans les pays communistes, il y a des choses qu’on n’a pas le droit de dire ; dans les pays capitalistes, on peut dire des choses, mais on n’a pas le droit de les penser. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Le génie de Zemmour, qui pourrait devenir son drame, est de refuser l’autocensure, de dire ce qu’il pense, et de penser de façon réactive, en fonction d’un réel qu’il refuse d’occulter – en parfaite « adeaquatio rei et intellectus », dirait-on si l’on ne craignait d’être pédant.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Circonstance aggravante : il dit la vérité aux professionnels de l’indignation, dans l’univers factice des plateaux télé, qu’il exècre, et où il excelle. Brocardé, plus rarement loué, il se réjouit d’« être au cœur de la fabrication de l’idéologie dominante », pour mieux la contester et être « le porte-voix de ceux qui réagissent comme lui ».</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’émission de Guillaume Durand « L’objet du scandale », le 10 mars, accusé par Gérard Miller de passer du réel au fantasme parce qu’il avait évoqué « le califat de Seine-Saint-Denis », Zemmour rétorque : « Vous ne voulez pas voir la réalité, alors vous dites que la réalité est un fantasme. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">C’est le cœur de la controverse, et le lieu géométrique des accusations ou des éloges dont Zemmour est l’objet. On ne lui pardonne pas (ou on lui sait gré) de dévoiler le réel et de démasquer ceux qui le masquent.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques exemples.</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><span style="color: #cc0000;"><strong>• L’avortement (sur RTL)</strong> </span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">A raison de 200 000 avortements par an, dit Zemmour, « ce sont sept millions de personnes qui manquent à la France ». Il fustige l’évolution sinistre de l’IVG : « loi compassionnelle » en 1975, « droit acquis » de nos jours, elle est en passe de devenir « composante obligatoire de l’offre de santé », selon le vœu de Roselyne Bachelot.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">A force, « ce Toujours plus français prend des allures un peu macabres. On songe, effrayés que nous avons tous été des fœtus. On se dit, rétrospectivement qu’on l’a échappé belle ».</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><span style="color: #cc0000;"><strong> </strong></span></p>
<p><span style="color: #cc0000;"><strong>• Pie XII (sur RTL)</strong> </span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Zemmour a des formules chocs : « Pour diaboliser le christianisme il faut l’hitlériser. » On a donc fait de Pie XII, à partir de l’imposture de la pièce Le Vicaire, le pape de Hitler, « comme si l’Eglise, craignant plus que tout le communisme, avait fait de Hitler son bras armé ». Alors que Pie XII, remarque Zemmour, fut salué par Einstein, Ben Gourion, Golda Meir, comme un juste qui a puissamment aidé les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais, ajoute-t-il, « on peut se payer le pape sans risquer une fatwa. C’est ce qu’on appelle, disait Marx, donner une gifle à sa grand-mère ».</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><span style="color: #cc0000;"><strong> </strong></span></p>
<p><span style="color: #cc0000;"><strong>• Les races (13 novembre sur la chaîne Arte autour du débat « Tous métis ? » puis sur Canal, « Salut les terriens », émission d’Ardisson).</strong> </span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Zemmour déclare qu’il existe des races reconnaissables à « leur couleur de peau ». Il récidive face à Rokhaya Diallo, d’origine sénégalaise : « J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Lapalissades, mais les lapalissades aujourd’hui sont fortement soupçonnées de racisme. Et de conclure : « J’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races dans la période nazie a succédé la négation des races, aussi ridicules l’une que l’autre. » Et il rappelle le mot de De Gaulle : « Ce pays est de race blanche, de religion chrétienne, de culture gréco-romaine. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Tollé chez les Inrocks, qui sous le titre La nausée, l’accusent de « propos ouvertement racistes », et d’être « un pur idéologue réactionnaire que des patrons de médias français cautionnent pour des motifs cyniques – son impact sur l’audience – et sinistres – son impact sur le débat d’idées ». Mais comment le faire taire, mieux que par la promesse d’un rappeur : « J’mets un billet sur la tête de celui qui fera taire de con d’Eric Zemmour » ?</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Zemmour s’attire aussi la sympathie de nombreux internautes, et celle de Renaud Camus : « Il représente une des rares voix encore audibles de liberté, de vérité et d’humour, sous l’oppressante chape imposée à notre pays par la tyrannie du dogmatisme antiraciste. »</p>
<p style="text-align: justify;">« L’antiracisme, communisme du XXIe siècle », disait Finkielkraut.</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><strong><span style="color: #cc0000;"> </span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #cc0000;">• L’immigration (plusieurs émissions, dont celle de Guillaume Durand et les réactions des internautes, le 11 mars). </span></strong></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Zemmour dénonce les juges qui ont libéré les clandestins débarqués sur une plage corse. A qui lui demande pourquoi les immigrés sont plus contrôlés que les autres, il rétorque : « Parce que la plupart des trafiquants sont noirs ou maghrébins. C’est un fait. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Dérapage, pouvant conduire à une embardée dangereuse hors des chemins balisés du politiquement correct ? « Ce n’est pas un dérapage, c’est la vérité. Demandez à n’importe quel policier. » Il est vrai que dérapage et vérité sont devenus synonymes. Et comment savoir ? « C’est vrai, la loi interdit les statistiques ethniques. Cela oblige à prendre des biais. Par exemple, la proportion de musulmans dans les prisons françaises se situe entre 70 et 80 %, selon la statistique du ministère de la Justice. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Faut-il se réjouir que, dans le désert démographique de l’Europe, la France bénéficie d’un dynamisme démographique ? Oui, à condition d’ajouter que ce dynamisme bénéficie des « amortisseurs sociaux qui fonctionnent » (crèches, allocations…), qu’un gros tiers des naissances vient de l’immigration maghrébine et africaine, que donc ce dynamisme est « branché sur le moteur à explosion de l’immigration ».</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Zemmour est-il contre l’immigration ? Plutôt contre « notre impuissance à assimiler les immigrés », contre les communautarismes qui menacent la France. Il évoque l’Angleterre : elle ne cherche ni à assimiler ni à intégrer ; elle joue sur l’immigration pour faire baisser les salaires ; seule compte pour elle l’insertion dans le marché du travail, qui s’accommode du communautarisme. Mais la France a une autre tradition. Héritière de Rome, qui refusait l’« imperium in Imperio », elle ne supporte pas « un Etat dans l’Etat ». Or, dit-il, « nous sommes un pays de guerres civiles. La France n’a jamais accepté les communautarismes. Ça s’est toujours terminé dans le sang ».</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p><span style="color: #cc0000;"><strong> </strong></span></p>
<p><span style="color: #cc0000;"><strong>• Vertus du métissage ?</strong> </span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Les vertus du métissage ? « C’est le fantasme des plateaux télé. Ça fait chic. Dans la réalité les gens ne se mélangent pas, ils se séparent. On crie au ghetto alors qu’on l’a fabriqué au nom du droit à la différence. Les ghettos, les gens les veulent. On ne peut demander de vivre ensemble à des gens trop différents. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">« La soif identitaire, écrivait-il dans le Figaro Magazine du 9 janvier 2009, a miné l’assimilation à la française. C’est le fruit vénéneux de l’antiracisme des années quatre-vingt qui a exalté les différences pour mieux dénigrer l’identité française assimilée au franchouillard pétainiste et raciste ; et la référence obsessionnelle à la Shoah qui a entraîné une concurrence victimaire. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Au fond, conclut-il, l’immigration, c’est la revanche des nomades sur les sédentaires. Amoureux de la France, et non d’un territoire où camperaient cent peuples divers, il ajoute : « Si l’on n’a pas la France, on aura la tribalisation. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">A un internaute qui lui suggère d’aller de l’avant, Zemmour réplique : « Vous avez raison, il faut aller de l’avant, même si on va dans le mur. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Ironie corrosive, combativité qui fait ressembler les plateaux télé à une arène où, seul contre tous, il se bat avec un plaisir évident et contagieux, il a fait aussi une confidence que je crois sincère : « Je ne veux jamais blesser ; ou alors, comme on disait dans mon enfance, il n’y a que la vérité qui blesse. »</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Zemmour vient de publier son dixième livre,<strong> aussi passionnant que discutable, </strong>et qui est sa vision de l’histoire de France. On attendait Nostalgie française, il l’a intitulé Mélancolie française. J’y reviendrai.</p>
<p><strong>Danièle Masson</strong></p>
<p><strong>Article extrait du n° 7066<br />
du Samedi 3 avril 2010</strong></p>


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		<title>L&#8217;identité de la France en question</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Mar 2010 15:13:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[doctrine politique]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;identité de la France en question Eric Zemmour : &#171;&#160;La droite a perdu ses repères&#160;&#187; Fabrice Madouas dans Dossier d&#8217;actualité  dans &#171;&#160;Valeurs actuelles&#160;&#187; du 25 mars 2010 Dans son livre “Mélancolie française”, Éric Zemmour retrace l’histoire de la France et prévient qu’en renonçant à l’“assimilation” notre pays court un grand risque. De cette Mélancolie française [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;">L&#8217;identité de la France en question</span></strong></p></blockquote>
<p><strong>Eric Zemmour : &laquo;&nbsp;La droite a perdu ses repères&nbsp;&raquo;<br />
</strong>Fabrice Madouas<br />
dans Dossier d&#8217;actualité  dans &laquo;&nbsp;Valeurs actuelles&nbsp;&raquo; du 25 mars 2010</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Dans son livre “Mélancolie française”, Éric Zemmour retrace l’histoire de la France et prévient qu’en renonçant à l’“assimilation” notre pays court un grand risque.</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">De cette Mélancolie française on cite souvent, pour nourrir la polémique, le tout dernier chapitre, « La Chute de Rome ». Non sans raison, car Éric Zemmour, journaliste, écrivain, y défend l’idée – références historiques à l’appui – que la France d’aujourd’hui pourrait connaître le destin funeste de cette antique civilisation, incapable sur la fin d’“assimiler” des populations étrangères attachées à leurs coutumes. Il y montre aussi comment la cécité des élites romaines a précipité le déclin de cet empire qui domina le monde, comme la France le fit autrefois. « L’histoire se répète toujours deux fois, disait Marx : la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce. » <strong><span style="color: #cc0000;">Nos élites sauront-elles éviter à la France le sort que Zemmour lui promet, à regret ?</span></strong> La droite saura-t-elle renouer, après les élections régionales, avec le discours sur l’identité nationale qui fit le succès de Nicolas Sarkozy en 2007 ? Et, surtout, le mettra-t-elle en pratique ?</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">On aurait tort, cependant, de ne retenir de ce livre que la conclusion, en oubliant tout ce qui l’annonce. C’est ce que font ceux que Zemmour agace – ils sont nombreux – par ses formules lapidaires et son ironie mordante,qu’il exerce volontiers contre ceux que Philippe Muray nommait « les mutins (ou les matons) de Panurge » : de faux rebelles prompts à dénoncer les résurgences d’un “ordre moral”depuis longtemps aboli.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Certains lui reprochent aujourd’hui de tenir des propos incorrects sur l’immigration sans prendre le temps de l’entendre, ni de discuter ses analyses. Ce temps,que la télévision n’offre pas, nous l’avons pris. D’où l’entretien qui suit, sur l’actualité et sur son livre, complété par un article sur les travaux récents de deux experts : la démographe Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">ric Zemmour, quelles leçons tirez-vous des élections régionales ?</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Le fait majeur, c’est l’abstention.Les gens se disent de nouveau : « Les politiques ne servent à rien…» La droite a tort de ne pas voir que c’est son électorat qui n’est pas allé voter. Elle a tort aussi d’ignorer la remontée du Front national.</p>
<p style="text-align: justify;">Ses dirigeants ont beaucoup joué la carte “écolo”… C’est une erreur, car l’électeur préfère toujours l’original à la copie. Le vote écologiste est en voie de structuration.Trois formations se disputaient auparavant cet électorat urbain et “bobo” : le parti socialiste, les Verts et le MoDem. François Bayrou en avait une grosse part en 2007. Il ne reste que le PS et les Verts.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Et le vote FN ?</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">C’est assez simple : en 2007, Nicolas Sarkozy avait capté entre le tiers et la moitié des voix du Front national en mettant l’accent sur la sécurité et sur l’identité nationale. Il plaidait alors pour un retour à l’assimilation. Or la sécurité laisse à désirer, et il zigzague aujourd’hui entre assimilation et discrimination positive. Mais on ne peut pas avoir l’une et l’autre. La droite a pourtant tenu les deux discours.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;"> </span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Par opportunisme ?</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Non. Je crois plutôt qu’il s’agit d’une perte totale de repères.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a quand même eu le débat sur l’identité nationale… Qui n’a débouché sur rien. La gauche vous dira que la droite a fait remonter le FN en relançant ce débat.Moi, je crois que c’est l’inverse : c’est parce que la droite n’a pas osé aller au bout de ce débat que Le Pen remonte. C’est l’inconstance idéologique de la droite qui favorise le Front national. Nicolas Sarkozy n’a pas encore choisi sa ligne. Quand il évoque dans un livre, avant la présidentielle, la nécessaire discrétion des religions dans l’espace public, il a raison : c’est l’essence même de la laïcité ! C’est le modèle français. En revanche, quand il parle de discrimination positive et de quotas dans les grandes écoles, il se réfère à un autre modèle, le modèle américain, qui a sa cohérence mais qui précipite la désagrégation de la société française. Les thuriféraires du modèle anglosaxon ne disent jamais qu’aux États- Unis il n’y a presque pas de mariages mixtes. Ils nous disent : « L’Amérique, c’est magnifique ! Il y a des Noirs dans les séries télévisées. » Mais Blancs et Noirs ne vivent pas dans les mêmes quartiers et ne partagent pas le même lit ! En 1917, les soldats américains noirs étaient fascinés par la France : c’était le premier pays où on les traitait en êtres humains !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;"> </span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Quel est le modèle français ?</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Je le décris dans mon livre. Nous avons toujours eu la nostalgie de l’Empire romain. Les “quarante rois qui ont fait la France” avaient pour ambition de forger une nouvelle Rome dans les limites de la Gaule romaine : la France telle qu’on la connaît, plus la rive gauche du Rhin, la Belgique et le nord de l’Italie (la Gaule cisalpine). « La mer et le Rhin, les Alpes et les Pyrénées ; ce sont nos sept collines », disait Michelet. Et, quoi qu’en pense la droite maurrassienne, Napoléon Ier a tenté de poursuivre ce projet. Le schéma millénaire français, c’est ça : reconstituer la Gaule romaine et les marches qui la protègent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;"> </span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Il est quand même allé jusqu’en Russie !</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">C’est vrai. Napoléon s’est perdu, et la France avec, quand il s’est égaré ailleurs : en Russie, en Espagne aussi. Deux peuples, situés aux deux extrémités de l’Europe et qui sont liés par un destin commun, disait Soljenitsyne : sauver la civilisation chrétienne dans une lutte millénaire, l’un face aux Mongols, l’autre face à l’islam. Mais c’est surtout contre la volonté britannique que s’est finalement brisé ce destin impérial. L’Angleterre, puissance thalassocratique, ne pouvait pas admettre l’affirmation d’une puissance continentale qui contrôlait de surcroît les ports de la mer du Nord. C’est Carthage contre Rome, mais Carthage détruisant Rome. 1815 est la pire de nos défaites. L’affaiblissement de la France permet la naissance de l’Allemagne, qui reprend le flambeau de l’unification européenne des mains désormais débiles de la France vaincue à Waterloo. 1815 conduit à 1914, puis à 1940…</p>
<p style="text-align: justify;">Cette référence impériale est inattendue. On a l’habitude d’opposer l’unité de la nation française à la diversité des empires, conglomérats de peuples aux coutumes diverses – d’où leur fragilité. D’abord, on voit aujourd’hui qu’il est possible de concilier les deux.La Chine et l’Inde, par exemple, sont des empires nationaux. Napoléon l’avait compris il y a deux siècles : il a désespérément tenté de hisser la France au niveau des nations-continents qui dominent désormais le monde.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite, Rome pratiquait l’assimilation des populations étrangères qu’elle incluait dans son empire.Les Gaulois ont adopté les moeurs et les coutumes de leurs vainqueurs.Nous avons assimilé les codes culturels de Rome. La France, à l’image de son modèle, a longtemps pratiqué une politique exigeante d’assimilation des étrangers installés sur son sol, parfois si rigoureuse que beaucoup ne l’ont pas acceptée et sont repartis dans leur pays : on l’oublie souvent,mais 60% des Italiens venus travailler en France sont retournés en Italie ! L’État était impérieux, à défaut d’être impérial.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la France a toujours refusé que se constitue “un État dans l’État”(d’où, entre autres, la guerre menée par Richelieu contre les protestants désireux de s’ériger en puissance au sein du royaume), comme Rome a toujours refusé l’imperium in imperio.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;"> </span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Vous dites que la France a renoncé à ce projet assimilateur…</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Oui. Depuis les années 1970, on a “déconstruit” le modèle français. La nation et le peuple ont été délégitimés.On a dévoyé l’analyse de Claude Lévi-Strauss, l’anthropologue, qui disait qu’il fallait sauvegarder toutes les cultures. C’est vrai, mais Lévi-Strauss n’a jamais dit qu’il fallait les sauvegarder toutes sur un même sol… À la fin de sa vie, il était d’ailleurs consterné qu’on ait ainsi détourné son oeuvre. Ce rejet de l’assimilation coïncide avec des flux migratoires très importants.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;"> </span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Qui s’expliquaient par une démographie défaillante…</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">En partie seulement. La France a longtemps été “la Chine de l’Europe” : le pays le plus peuplé du continent.Mais la démographie s’effondre après 1815, sans que nous renoncions à notre suprématie dans ce domaine. D’où la colonisation puis le recours à l’immigration, qui explique notre dynamisme démographique.</p>
<p style="text-align: justify;">Parallèlement, le capitalisme, soucieux de retrouver des marges érodées par la social-démocratie, favorise une immigration continue pour faire pression à la baisse sur les salaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense, enfin, que nos élites méprisent le peuple et la nation pour deux raisons : d’abord, parce que le peuple ne veut plus faire la révolution (d’où le remplacement, à gauche, du prolétaire par l’immigré) ; ensuite, parce que les Français ne peuvent plus faire l’empire. Je crois sincèrement que nos élites n’ont pas renoncé à leur rêve impérial.D’où leur projet européen. Seulement,elles sacrifient la France à ce rêve impérial.Rappelez-vous ce que disait Drieu la Rochelle :« Que nous est une patrie si elle ne nous est pas une promesse d’empire ? »…</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Comment voyez-vous la suite ?</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Gibbon, le grand historien, nous a appris que la décadence de Rome s’est inscrite dans son impuissance croissante à assimiler les populations barbares.Rome, ayant renoncé à l’assimilation,a dû se résoudre à la dissolution de son empire. Des territoires ont fait sécession.Au IVe siècle,les violences,les pillages se sont multipliés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Vous croyez que l’histoire se répète ? N’êtes-vous pas trop pessimiste ? Après tout, la France a déjà traversé bien des crises dont elle s’est relevée. Des crises, et des guerres civiles.</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que le système de protection sociale dont bénéficient les habitants de ce pays permet de retarder l’échéance.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Mais la participation des Français au débat sur l’identité nationale prouve qu’ils restent attachés à l’idée de nation.</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Je crois en effet qu’il y a, dans le peuple, beaucoup de gens qui défendent cette idée. Mais ils ne sont pas audibles. La chape de plomb médiatique les étouffe.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #cc0000;">Dans votre livre, vous citez Jean-Claude Michéa qui parle d’“ateliers sémantiques chargés d’imposer au grand public, à travers le contrôle des médias, l’usage des mots les plus conformes aux besoins des classes dirigeantes”. Vous croyez vraiment à l’existence de ces “ateliers” ?</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;">Je n’y ai pas cru pendant longtemps. Et puis on a découvert que des intellectuels travaillaient à la conception de slogans, en Mai 68,autour de Sartre et de Beauvoir… Mais ces ateliers, ce sont aussi les agences de communication qui diffusent des mots tels que “diversité”, “ métissage”, “accommodements raisonnables”… Ce sont les mots d’une guerre idéologique. Le métissage en soi, c’est très beau ! Ce sont des peaux qui s’attirent, des désirs qui se mêlent. Mais ces mots, auparavant innocents, ont désormais une charge idéologique si contraignante qu’ils virent à l’injonction.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres mots sont utilisés pour vous disqualifier. Le débat public est devenu une machine à traquer le “dérapage”. La France était naguère le pays de Voltaire : « Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer. » C’est désormais celui de Torquemada, avec les curés du “politiquement correct” qui crient “Sacrilège ! Sacrilège !” dès qu’on sort des clous qu’ils ont posés. On est passé d’un débat rationnel et argumenté à un débat émotionnel et moraliste : «Vous n’avez pas tort, mais vous dites le mal. » Qui n’est pas d’accord avec les canons du “politiquement correct” est menacé d’interdit professionnel. C’est du maccarthysme.</p>
<p>Propos recueillis par Fabrice Madouas</p>


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		<title>De la volonté politique pure</title>
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		<pubDate>Sat, 20 Feb 2010 21:04:49 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #cc0000;">Nous poursuivons la publication des réflexions de Charles Maurras dans son livre &laquo;&nbsp;Mes idées politiques&nbsp;&raquo;. C&#8217;est la quatrième idées  qu&#8217;il intitule : &laquo;&nbsp;De la volonté politique pure&nbsp;&raquo;. C&#8217;est le quatrième  paragraphe de sa préface qu&#8217;il a intitulé : &laquo;&nbsp;La politique naturelle&nbsp;&raquo;.</span></strong></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #cc0000;">De la volonté politique pure</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">On est donc menacé de n’avoir bientôt plus rien dans les tristes pays où les fondements naturels de la politique sont durablement remplacés par ces absurdes inventions d’Étatisme égalitaire et de prétendu Volontarisme populaire, qui, pour être un peu moins folles qu’en Russie, ne peuvent résister longtemps à l’aggravation naturelle du poids de leur insanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Nos aïeux, même les moins sages, ne s’étaient rien figuré de tel. Nos neveux, s’ils en réchappent, n’y voudront pas croire. C’était déjà l’avis d’Edgar Poe, il y a cent ans, lorsqu’il écrivait l’admirable « Parabole des chiens de prairie ». Eh ! quoi, fait-il dire à la postérité ahurie, les vieux Américains se gouvernaient eux-mêmes ? Pas possible ! « Ils avaient donc en tête cette idée, la plus drôle du monde, que tous les hommes pouvaient naître libres et égaux ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cela ne dura que « jusqu’au jour où un individu nommé Mob (ou Popu) établit un despotisme auprès duquel celui d’Elagabal était un paradis. Ce Popu (un étranger soit dit en passant) était, dit-on, le plus odieux de tous les hommes qui aient jamais encombré la terre. Il était insolent, rapace, corrompu. Il avait la stature d’un géant, il avait le cou d’un chameau avec le cœur d’une hyène et la cervelle d’un paon. Il finit par mourir d’un excès de sa propre fureur, qui l’épuisa ».</p>
<p style="text-align: justify;">Rendus contemporains de ces incroyables sottise, gouvernés par ces insolences, ces rapacités, cette corruption, nous sommes même un peu happés par l’animal géant, ce Mob ou ce Popu, sans cœur ni cervelle, appelé à crever de ses colères de dindon&#8230; Mais nous sommes aussi dédommagés de cette honte par le spectacle merveilleux de son absurdité, élevée à la perfection.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Des gens qui ont souscrit et fait souscrire un programme dont ils ne peuvent dénier les difficultés profondes, ni les complications inouïes, ont la chance de s’accorder sur la façon de le réaliser.<br />
- Des milliers, et des milliers de voix, auront à dire je veux. Et ce qu’elles auront ainsi voulu sera. Il suffira que ces majorités désignent des exécuteurs : cela sera exécuté.<br />
- Même l’impossible ?<br />
- Surtout l’impossible.<br />
La lune ! On n’a qu’à demander la lune. Des mains dociles iront la cueillit dans le ciel. On en fera descendre, tout semblablement, la Justice et l’Égalité en calligraphiant leurs noms à l’encre rouge sur un papier à tranches d’or. A peine désignés, les pauvres exécuteurs de ces volontés mirifiques sentent pleuvoir tout le contraire des promesses qu’ils ont jurées. Leurs mandants s’en doutent à peine. Mais, peu à peu, les évidences se font jour. Ce qui ne peut pas être refuse d’être. Ce qui doit être, ce que produit l’antécédent qu’on a posé, suit le cours de sa conséquence. On voulait la paix, mais en désarmant : de tous côtés éclatent les fatalités de la guerre, on doit se mettre à réarmer. On annonçait l’abondance : il faut rogner la monnaie. Les salaires ont monté, mais les prix aussi ; il faut que les salaires montent encore : comment monteront-ils Si l’on n’a plus d’argent pour les payer ?</p>
<p style="text-align: justify;">La Démocratie accourt, les yeux bandés, au cimetière</p>
<p style="text-align: justify;">Mais elle y mène, et c’est moins gai.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment s’en est-on Si peu douté ! On laisse trop dire et écrire qu’elle est trahie par l’expérience de ses erreurs. Elle est trahie par elle-même. N’eût-elle jamais été mise à l’essai, tout esprit net dut lui refuser tout avenir, comme toute raison, du moment qu’elle s’offrit et se définit. Jeune et distrait, un André Chénier put avoir besoin de voir à l’œuvre les hideux scélérats les bourreaux barbouilleurs de lois ; les Rivarol ont vu tout de suite ce que ce serait : il était idiot de croire qu’un grand peuple pût marcher la tête en bas ; idiot, qu’il fût gouverné par ce qu’il y avait de vain et de vil en lui ; idiot, que les moins directement intéressés à son bien y eussent légalement le plus d’influence par leur nombre, leurs factions, leurs passions.</p>
<p style="text-align: justify;">Toute bonne cervelle de 1789 pouvait voir briller aux purs flambeaux des Droits de l’Homme l’embrasement qu’ils annonçaient et déduire de là, effet proche ou lointain, quelque chose qui devait ressembler au Régicide, aux longues guerres, à Trafalgar, à Leipzig, à Waterloo, à Sedan, à la dépopulation, et la décadence, à tous nos reculs généraux, non sans y distinguer, claire et nette, leur qualité essentielle de produits naturels de I’ démocratie politique.</p>
<p style="text-align: justify;">De même, les bonnes cervelles de 1848 et 1871 n’avaient besoin de vieillir d’un demi-siècle ni d’un siècle : de la démocratie sociale, elles virent sortir, comme le fruit de la fleur, la commune destruction des Capitaux et du Travail qui les engendre ou les reproduit.</p>
<p style="text-align: justify;">La démocratie dans l’État ne pouvait que ruiner l’État. La démocratie dans l’Atelier et dans l’Usine devait ruiner l’Usine et l’Atelier.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela était d’autant plus sûr que la démocratie se donnait carrière en une heure de la vie du monde qui lui apportait un moyen facile d’exploiter une tragique confusion.</p>


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