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	<title>La Revue Item &#187; la doctrine catholique</title>
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	<description>La tradition sans peur</description>
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		<title>Vatican II et la Liberté religieuse</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Jan 2012 07:13:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><strong>La &laquo;&nbsp;Lettre à Nos Frères Prêtres&nbsp;&raquo; du mois de décembre  de la FSSPX publie un dossier intéressant sur la liberté religieus: &laquo;&nbsp;Vativan II et la Liberté Religieuse&nbsp;&raquo;. Il y a une introduction  signée de M l&#8217;abbé de Cacqueray ( Ce n&#8217;est pas son style. Peu importe. Il faut savoir que la lettre à nos amis prêtres est dirigée par M l&#8217;abbé Celier) et un dossier  rappelant et la pratique de l&#8217;Eglise et sa doctrine en la matière.  C&#8217;est à lire. Le titre du dossier est : &laquo;&nbsp;Conforme à l’histoire de l’Église? &#8211; La doctrine de la liberté religieuse à Vatican II&nbsp;&raquo;</strong></em></p>
<p>SOURCE &#8211; Lettre à Nos Frères Prêtres &#8211; FSSPX &#8211; décembre 2011</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>A- Vatican II et la liberté religieuse</strong></span></p>
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<div id="post-body-2301302741577055333">
<div style="text-align: justify;">La question de la doctrine proposée par Vatican II concernant la liberté religieuse dans l’ordre social et civil, dont la synthèse a été promulguée par la déclaration conciliaire Dignitatis Humanæ, a été l’un des « points chauds » du Concile, peut-être le plus contesté.</div>
<div style="text-align: justify;">
En simplifiant, on peut dire que la doctrine de Dignitatis Humanæ sur la liberté religieuse s’articule en deux points. D’une part, l’affirmation (tout à fait traditionnelle, et qui n’est contestée par personne) que nul ne doit être forcé d’embrasser la vraie foi. D’autre part, l’affirmation (nouvelle et inusitée) que nul ne doit être empêché d’exprimer une croyance religieuse quelconque. Ce deuxième point est contesté par nous, depuis toujours, non pas dans les faits (à beaucoup d’égards, il est nécessaire de tolérer aujourd’hui dans l’ordre civil l’expression de croyances diverses), mais bien pour un droit à l’erreur qu’aurait la personne humaine et que devrait reconnaître l’État.</div>
<div style="text-align: justify;">
Rappelons donc, pour éviter toute équivoque, que la doctrine traditionnelle n’empêche nullement de dire qu’il peut être nécessaire et légitime, du point de vue de la prudence politique, d’accorder la liberté civile en matière religieuse, donc de ne pas empêcher ou proscrire les cultes autres que celui de l’Église catholique. Cette possibilité d’une tolérance, même très large, a été explicitement envisagée par le pape Pie XII en 1953.</p>
<p>Autre chose toutefois est une tolérance de fait, voire une liberté civile, et autre chose d’affirmer que l’homme, par nature, posséderait un droit à une telle liberté.</p></div>
<div style="text-align: justify;">
La critique fondamentale faite à cette nouvelle doctrine est qu’elle est contraire à l’enseignement unanime et constant de l’Église. Les documents les plus évidents de l’histoire de l’Église l’attestent abondamment, comme le montre, au moins sur certains points, le rapide dossier du présent numéro.</div>
<div style="text-align: justify;">
Notre contestation ne signifie donc nullement un « choix » de notre part, un jugement « personnel » que nous opposerions à la doctrine du Magistère.</div>
<div style="text-align: justify;">
C’est, au contraire, appuyés sur le Magistère certain, constant et obligatoire antérieur au Concile que nous disons et redisons encore que la doctrine de Vatican II sur la liberté religieuse, en ce qu’elle a de nouveau, est opposée à la doctrine catholique telle qu’avant 1962 elle a été enseignée et crue ubique, semper et ab omnibus (partout, toujours et par tous), selon les mots célèbres du Commonitorium de saint Vincent de Lérins.</div>
<div style="text-align: justify;"> </div>
<div style="text-align: justify;">Abbé Régis de CACQUERAY</div>
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<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>B- Le dossier</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Les nouveaux principes sur la liberté religieuse proposés par la Déclaration Dignitatis Humanæ sont-ils vraiment conformes à la doctrine et à la pratique de l’Église, telles que l’histoire nous les fait connaître ?</p>
<p style="text-align: justify;">Un nouvel enseignement opposé à toute l’histoire de l’Église<br />
A l’évidence, cette nouvelle doctrine est opposée à toute la vie de l’Église, dans son déroulement quotidien au cours des siècles. L’histoire nous montre clairement que les autorités politiques chrétiennes ont, à de multiples reprises et de diverses façons, interdit ou au moins restreint l’expression de croyances opposées à la foi catholique, et ceci au nom même de la foi catholique, et non seulement au nom de « l’ordre public ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire nous montre clairement que les autorités ecclésiastiques ont, à de multiples reprises et de diverses façons, lorsqu’elles en avaient le pouvoir direct, interdit ou au moins restreint l’expression de croyances opposées à la foi catholique ; lorsqu’elles n’en avaient pas le pouvoir direct, demandé aux autorités politiques chrétiennes d’interdire ou de restreindre. L’histoire nous montre clairement que les autorités ecclésiastiques, non seulement ont demandé cela aux autorités politiques chrétiennes, mais l’ont carrément exigé, même par des textes doctrinaux et sous la menace des plus graves peines canoniques.</p>
<p style="text-align: justify;">Au hasard, parmi des centaines d’autres, l’exemple d’un pape<br />
Prenons simplement le pape Adrien VI, qu’au moment de son élection (1521) on regardait ordinairement comme un saint, et qui voulut être un pape ardemment réformateur de l’Église in capite et in membris (même si, en raison des circonstances, les résultats ne furent pas à la hauteur de ses efforts). En 1522, il envoya un nonce à la Diète de Nuremberg, porteur de divers courriers aux princes qui y étaient rassemblés. Dans une de ces lettres, il reconnaît « les abominations, les abus (…) et les prévarications » dont s’était rendue coupable “la Cour romaine” de son temps, « maladie (…) profondément enracinée et développée, propagée de la tête aux membres ». Ce passage a d’ailleurs été cité avec éloge dans le document Mémoire et réconciliation : l’Église et les fautes du passé, de la Commission théologique internationale en date du 7 mars 2000.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, dans les mêmes courriers, ce saint pape réformateur, capable de « repentance », se plaint que les princes chrétiens d’Allemagne laissent Luther, pourtant condamné par le pape Léon X, sentence rendue exécutoire en Allemagne par un édit impérial, continuer à répandre ses hérésies. Adrien VI exhorte les princes et les peuples, pour l’honneur de leur antique foi, à s’opposer à cette grande ignominie, et à ne pas se laisser séduire plus longtemps par un petit moine apostat hors du chemin des Apôtres, des martyrs et des docteurs, comme si Luther seul avait reçu le Saint-Esprit, ainsi que le prétendait l’hérétique Montan. Le Souverain Pontife ajoute que les autorités germaniques doivent employer tous les moyens pour ramener Luther et les siens à la vérité par la douceur, ce qui est le voeu le plus ardent du pape. Mais si, malheureusement, les voies de la mansuétude n’y font rien, il convient d’appliquer la sévérité des lois, comme on retranche avec le fer et le feu un membre gangrené pour sauver tout le corps.</p>
<p style="text-align: justify;">La lettre pressante du pape Adrien VI aux princes allemands<br />
« C’est ainsi, écrit Adrien VI, que le Tout-Puissant précipita les schismatiques Dathan et Abiron vivants dans les entrailles de la terre ; qu’il ordonna de punir du supplice capital celui qui n’obéirait pas au commandement du pontife ; c’est ainsi que Pierre, le prince des Apôtres, prononça la mort d’Ananie et de Saphire pour lui avoir menti, ou plutôt à Dieu même ; c’est ainsi que les anciens et pieux empereurs ont frappé du glaive les hérétiques Jovinien et Priscillien ; c’est ainsi que, dans le concile de Constance, vos ancêtres ont fait subir la peine des lois à Jean Huss et à Jérôme de Prague, qui semblent maintenant revivre en Luther, leur admirateur. Si vous imitez les glorieux exemples de vos ancêtres, nous ne doutons pas que Dieu ne vous accorde dès maintenant la victoire contre les infidèles, et dans l’éternité la gloire de son royaume ».</p>
<p style="text-align: justify;">Des textes de ce genre, venus de papes et d’évêques, dont beaucoup sont des saints canonisés, c’est par centaines voire par milliers qu’on pourrait les citer. Face à ce formidable ensemble, qui traverse les siècles, c’est une bien pauvre réponse que celle de Dignitatis Humanæ : « Il y a eu parfois dans la vie du peuple de Dieu des manières d’agir moins conformes, bien plus même contraires à l’esprit évangélique ». C’est condamner comme antichrétien, d’un simple trait de plume, une pratique unanime, constante et publique, qui a tout de même une certaine valeur de fait dogmatique.</p>
<p style="text-align: justify;">La doctrine traditionnelle rappelée par les papes<br />
Après la Révolution française, et son engagement en faveur de la « liberté de conscience », les papes des XIXe et XXe siècles ont pris la peine de rappeler avec clarté cette doctrine et cette pratique traditionnelles de l’Église. Certes, les Souverains Pontifes l’ont fait avec toutes les nuances nécessaires, et toutes les adaptations aux circonstances que requérait l’époque moderne. Mais ils l’ont fait sans équivoque, en soulignant que cette doctrine n’était pas facultative ou discutable, mais bel et bien inscrite au coeur de l’enseignement de la foi.</p>
<p style="text-align: justify;">Citons simplement trois textes frappants qui émergent de ce riche corpus doctrinal.</p>
<p style="text-align: justify;">« Un nouveau sujet de peine dont Notre coeur est encore plus vivement affligé, et qui, Nous l’avouons, Nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c’est le 22e article de la Constitution [de 1814]. Non seulement on y permet la liberté des cultes et de conscience, pour Nous servir des termes mêmes de l’article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu’on nomme les cultes » (Pie VII, Post tam diuturnitas, 1814).</p>
<p style="text-align: justify;">« Nous arrivons à une autre cause des maux dont Nous gémissons de voir l’Église affligée, en ce moment, savoir à cet “indifférentisme” ou à cette opinion perverse qui s’est répandue de tous côtés par les artifices des méchants, et d’après laquelle on pourrait acquérir le salut éternel par quelque profession de foi que ce soit, pourvu que les moeurs soient droites et honnêtes (…). De cette source infecte de l’indifférentisme découle cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu’il faut assurer et garantir à chacun la “liberté de conscience” » (Grégoire XVI, Mirari vos, 1832).</p>
<p style="text-align: justify;">« Il s’en trouve beaucoup aujourd’hui pour appliquer à la société civile le principe impie et absurde du “naturalisme”, comme ils l’appellent, et pour oser enseigner que “le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n’existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie et les fausses religions”. Et contre la doctrine de la sainte Écriture, de l’Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que “la meilleure condition de la société est celle où l’on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande”. À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l’Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, qualifiait de “délire” : “La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l’entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu’elles soient, par les moyens de la parole, de l’imprimé ou tout autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite”. Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu’ils prêchent “la liberté de perdition” » (Pie IX, Quanta cura, 1854).</p>
<p style="text-align: justify;">Il est intellectuellement et religieusement impossible de faire « comme si », de se boucher les yeux devant l’évidence d’une opposition entre ce qu’enseigne clairement l’histoire et ce qu’affirme le Concile : de prétendre, donc, qu’il y a continuité là où la discontinuité est si flagrante.</p>


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		<title>l’importance et les limites du Magistère authentique</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2011 20:56:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[ De l&#8217;’importance et les limites du Magistère authentique par Mgr Brunero Gherardini SOURCE &#8211; Disputationes Theologicae &#8211; 7 décembre 2011 &#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211; Disputationes Theologicae a demandé à Mgr Brunero Gherardini une contribution sur la notion de Magistère authentique et sur ses éventuels limites. L’illustre professeur émérite de l’Université du Pape, doyen de la faculté de théologie, [...]

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<li><a href='http://www.revue-item.com/3394/de-linterpreation-du-concile-vatican-ii/' rel='bookmark' title='Permanent Link: de l&#8217;interpréation du Concile Vatican II'>de l&#8217;interpréation du Concile Vatican II</a></li>
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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><span style="color: #cc0000;"><strong> De l&#8217;<span style="color: #cc0000;">’importance</span> et les limites du Magistère authentique par Mgr Brunero Gherardini</strong></span><br />
SOURCE &#8211; Disputationes Theologicae &#8211; 7 décembre 2011</p></blockquote>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Disputationes Theologicae a demandé à Mgr Brunero Gherardini une contribution sur la notion de Magistère authentique et sur ses éventuels limites. L’illustre professeur émérite de l’Université du Pape, doyen de la faculté de théologie, qui est déjà intervenu dans ces colonnes pour qualifier l’enseignement constitué par le Concile Vatican II, apporte maintenant avec plus d’ampleur, de manière agile et profonde, certaines précisions, en attirant l’attention sur des distinctions souvent omises. Un tel rappel est en consonance avec ce qui avait été relevé au sujet de la liberté religieuse au cours des années Soixante-dix par S. Exc. Mgr De Castro Mayer, à l’époque Ordinaire de Campos, dans la conclusion de l’étude théologique sur la liberté religieuse envoyée à SS le Pape Paul VI (qui ne l’a pas condamnée) : il y a un cas spécifique dans lequel un enseignement n’est pas obligeant en conscience, tout en étant un acte de Magistère authentique, c’est lorsqu’il y a une dissonance par rapport à ce que l’Eglise a déjà longuement enseigné.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La Rédaction</em></strong></p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>Eglise-Tradition-Magistère &#8211; par Mgr. Brunero Gherardini</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">La grande célébration cinquantenaire a commencé. On n’en est pas encore au tam-tam, mais on le perçoit dans l’air. Le cinquantenaire de Vatican II donnera libre court à ce que l’on pourra inventer de plus grandiloquent en matière de jugements élogieux. De la sobriété qui avait été demandée comme moment de réflexion et d’analyse pour une évaluation critique et plus approfondie de l’événement conciliaire, on ne voit même pas l’ombre. Déjà on procède en roue libre en disant et en répétant ce que l’on dit et répète depuis cinquante ans : Vatican II est le point culminant de la Tradition, voire même sa synthèse. Des congrès internationaux sur le plus grand et le plus significatif parmi tous les Conciles œcuméniques sont déjà programmés ; d’autres, de plus ou moins grande portée, le seront chemin faisant, et sur le sujet, les publications augmentent de jour en jour. L’Osservatore Romano, bien sûr, n’est pas en reste et insiste surtout sur l’adhésion due au Magistère (2/12/2011, p. 6): Vatican II est un acte du Magistère, donc… La raison avancée est que tout acte du Magistère est à recevoir comme venant des Pasteurs qui, en raison de la succession apostolique, parlent avec le charisme de vérité (D.V. 8), avec l’autorité du Christ (L.G. 25), à la lumière de l’Esprit Saint (ibid.).<br />
Mis à part le fait de prouver le Magistère de Vatican II par Vatican II, ce qui autrefois s’appelait petitio principii, il semble évident qu’une telle façon de procéder part de la prémisse d’un Magistère considéré comme absolu, sujet indépendant de tout et de tous, sauf de la succession apostolique et de l’assistance du Saint Esprit. Or, si la succession apostolique est garantie par le critère de la légitimité de l’ordination sacrée, il apparaît en revanche plus difficile d’établir un critère qui garantisse aussi clairement l’intervention du Saint Esprit dans les termes évoqués.</p>
<p style="text-align: justify;">Une chose, entre autre, est hors de discussion : rien au monde, réceptacle des choses crées, n’a le don de l’absolu. Tout est en mouvement, dans un circuit d’interdépendances réciproques, et donc tout est dépendant ; tout a eu un commencement, tout aura une fin: “Mutantur enim – disait le grand Augustin – ergo creata sunt”. L’Eglise ne fait pas exception ; sa Tradition et son Magistère non plus. Certes elles sont des réalités sublimes, situées au sommet de l’échelle de toutes les valeurs qui appartiennent à l’ordre créé, douées de qualités qui donnent le vertige ; mais elles resteront toujours des “réalités pénultièmes”. L’eschaton, la réalité ultime, c’est Dieu et Lui seul. On recourt souvent à un langage qui bouleverse ce donné de fait, et on accorde à ces sublimes réalités une portée et une signification au-delà de leurs confins : on les absolutise. La conséquence est qu’on les exproprie de leur statut ontique, on en fait un présupposé irréel, ce qui leur fait perdre leurs grandeurs de “réalité pénultième”.</p>
<p style="text-align: justify;">Immergée dans le mouvement trinitaire qui est à l’origine de sa structure, l’Eglise est et opère dans le temps comme sacrement de salut. Le théandrisme, qui en fait une continuation mystérique du Christ, ne se discute pas ; ses propriétés constitutives (unité, sainteté, catholicité et apostolicité) non plus, ni même sa structure et son service ; mais tout cela reste à l’intérieur d’une réalité de ce monde qui, en tant que telle, a la charge d’être le médiateur sacramentel de la présence divine. Restant une réalité de ce monde, elle exclue par définition l’absolu.</p>
<p style="text-align: justify;">Et cela à tel point qu’elle s’identifie dans sa Tradition, de laquelle elle puise la continuité avec elle-même, à laquelle elle doit son souffle vital, et par laquelle elle est assurée que son « hier » devient toujours son « aujourd’hui » pour préparer son « demain ». La Tradition donc, lui donne le mouvement intérieur qui la pousse vers le futur, en sauvegardant son présent et son passé. Mais la Tradition elle-même n’est pas un absolu: elle a commencé avec l’Eglise, elle finira avec elle. Seul Dieu demeure.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise exerce un véritable contrôle sur la Tradition: un discernement qui distingue l’authentique du non authentique. Elle le fait avec un instrument, auquel « le charisme de vérité » ne fait pas défaut, pourvu qu’il ne se laisse pas prendre la main par la tentation de l’absolu. Cet instrument c’est le Magistère, dont sont titulaires le Pape, en tant que successeur du premier Pape (l’apôtre saint Pierre) sur la chaire romaine ; et les évêques en tant que successeurs des Douze dans le ministère ou service de l’Eglise, partout où ils en sont l’expression locale. Rappeler les distinctions du Magistère – solennel, s’il est du Concile œcuménique ou du Pape, quand l’un ou l’autre définit des vérités de foi ou de morale ; ordinaire, s’il est du Pape dans son activité spécifique, ou des évêques dans leur ensemble et en communion avec le Pape – est chose superflue ; bien plus important est de préciser dans quelles limites « le charisme de la vérité » est garanti au Magistère.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dire avant tout que le Magistère n’est pas une super-église qui imposerait ses jugements et ses comportements à l’Eglise elle-même, ni une caste privilégiée au-dessus du peuple de Dieu, une sorte de pouvoir fort auquel on aurait le devoir d’obéir et un point c’est tout. C’est un service, une diakonìa, mais c’est aussi une charge à accomplir, un munus, le munus docendi, qui ne peut ni ne doit prendre le pas sur l’Eglise, de laquelle il naît et pour laquelle il œuvre. Du point de vue subjectif, il coïncide avec l’Eglise enseignante (le Pape et les évêques qui lui sont unis), en tant que celle-ci propose officiellement la Foi. Du point de vue opératif, il est l’instrument par lequel cette fonction est accomplie.</p>
<p style="text-align: justify;">Trop souvent cependant, on fait de l’instrument une valeur en soi, indépendante, et on fait appel à lui pour trancher toute discussion dès sa naissance, comme s’il était au-dessus de l’Eglise et comme s’il n’y avait pas devant lui le poids énorme de la Tradition à accueillir interpréter et retransmettre dans son intégrité et sa fidélité. C’est précisément là qu’apparaissent avec évidence les limites qui le sauvegardent de l’éléphantiasis et de la tentation absolutiste.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y a pas lieu de s’arrêter sur la première de ces limites, la succession apostolique. Il ne devrait être difficile pour personne d’en démontrer au cas par cas la légitimité, et donc la succession dans la possession du charisme propre aux Apôtres qui en découle. Il faut par contre dire quelques mots sur la deuxième, c&#8217;est-à-dire sur l’assistance du Saint-Esprit. Le procédé expéditif aujourd’hui établi est plus ou moins le suivant : le Christ a promis aux Apôtres, et donc à leurs successeurs, c&#8217;est-à-dire à l’Eglise enseignante, l’envoi du Saint Esprit et son assistance pour un exercice du munus docendi dans la vérité ; l’erreur serait ainsi évitée dès le départ. Certes le Christ a fait une telle promesse, mais il a aussi indiqué les conditions de son accomplissement. Or ce qui se passe, c’est que dans cette manière de se réclamer de la promesse on entrevoit une grave adultération de celle-ci : ou on ne rapporte pas les paroles du Christ, ou dans le cas où elles seraient citées on ne leur donne pas la signification qu’elles ont. Voyons de quoi il s’agit.</p>
<p style="text-align: justify;">La promesse est relatée surtout par deux textes du quatrième évangéliste: Jo 14,16.26 et 16,13-14. Déjà dans le premier, l’une des limites que nous avons mentionnées ressort avec une extrême clarté: Jésus en effet ne s’arrête pas à la promesse de “L’Esprit de la vérité” – que l’on remarque cet italique, dû à l’article « spécificatif » thV, que plus haut et plus bas on continue à traduire « de », comme si la vérité était un attribut optionnel du Saint Esprit, alors que c’est Lui qui la personnifie –, mais Il en annonce la fonction : ramener à la mémoire tout ce que Lui, Jésus, avait enseigné avant. Il s’agit donc d’une assistance conservative de la vérité révélée, et non pas d’une intégration en elle de vérités autres ou différentes de celles qui furent révélées, ni de vérités présumées telles.</p>
<p style="text-align: justify;">Le second des deux textes de S Jean, en confirmant le premier, descend à des précisions ultérieures : l’Esprit-Saint en effet, “vous conduira à la vérité toute entière” ; même aux vérités dont Jésus ne parle pas en ce moment, parce qu’elles sont encore hors de portée des siens (16,12). En faisant cela, l’Esprit “ne parlera pas de lui-même, mais il redira tout ce qu’il a entendu […] il reprendra ce qui vient de moi et il vous le communiquera”. Il n’y aura donc pas d’autres révélations. L’unique Révélation se clôt avec ceux auxquels Jésus est en train de parler à ce moment-là. Ses paroles se présentent avec une signification univoque, qui regarde l’enseignement imparti par lui et seulement cet enseignement. Ce langage, n’est ni crypté ni chiffré, mais limpide comme le soleil. On pourrait soulever une objection sur la perspective d’apparente nouveauté en relation à ce dont Jésus ne parle pas maintenant, et qui sera annoncé par l’Esprit-Saint, mais la délimitation de son assistance à une action de guide vers la possession de toute la vérité révélée par le Christ exclue toute nouveauté substantielle. Si des nouveautés doivent émerger, il s’agira de significations nouvelles et non de vérités nouvelles ; d’où le très juste “eodem sensu eademque sententia” de S. Vincent de Lérins. Bref, la prétention d’accrocher à l’assistance du Saint-Esprit n’importe quel bruit, je veux dire n’importe quelle nouveauté, et spécialement celles qui veulent redimensionner l’Eglise aux mesures de la culture dominante et de la soi-disant dignité de la personne humaine, non seulement une telle prétention est un bouleversement structurel de l’Eglise elle-même, mais elle est aussi un formidable rejet des textes indiqués plus haut.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce n’est pas tout. La limite de l’intervention magistérielle est aussi dans sa formulation technique même. Pour qu’elle soit vraiment magistérielle, en sens définitoire ou non, il faut que l’intervention recoure à un formulaire désormais consacré, duquel émerge sans aucune incertitude la volonté de parler en tant que « Pasteur et Docteur de tous les chrétiens en matière de Foi et de Morale, en vertu de son Autorité apostolique » si celui qui parle est le Pape ; ou qu’émerge avec pareille certitude, de la part d’un Concile œcuménique par exemple, à travers les formules habituelles de l’assertion dogmatique, la volonté des Pères conciliaires de lier la Foi chrétienne avec la Révélation divine et sa transmission ininterrompue. En absence de telles prémisses, on ne pourra parler de Magistère qu’au sens large: chaque parole du Pape, écrite ou prononcée, n’est pas forcément du Magistère ; et il faut en dire autant des Conciles œcuméniques, parmi lesquels un bon nombre ne parlèrent pas du dogme, ou n’en parlèrent pas exclusivement ; parfois même certains greffèrent le dogme dans un contexte de diatribes internes et de litiges personnels ou de partis, et une prétention magistérielle à l’intérieur d’un pareil contexte serait absurde. Encore à présent un Concile d’indiscutable importance dogmatico-christologique comme le fut celui de Chalcédoine, qui a dépensé la plupart de son temps dans une honteuse lutte de personnalisme, de préséances, de dépositions et de réhabilitations, suscite une impression nettement négative; ce n’est pas en cela que Chalcédoine est un dogme. De même que la parole du Pape n’en est pas un, quand il déclare de manière privée que « Paul n’entendait pas l’Eglise comme institution, comme organisation, mais comme organisme vivant, dans lequel tous opèrent l’un pour l’autre et l’un avec l’autre , en étant tous unis à partir du Christ » ; c’est exactement le contraire qui est vrai, et l’on sait que la première forme institutionnelle, justement pour favoriser l’organisme vivant, a été structurée par Paul de façon pyramidale ; l’apôtre au sommet, et après les episcopoi-presbuteroi, les hgoumenoi, les proistamenoi, les nouqetounteV, les diakonoi: il s’agit de distinctions de charges et d’offices non encore exactement définis, mais elles sont déjà les distinctions d’un organisme institutionnalisé. Même en ce cas, que cela soit bien clair, l’attitude du chrétien est celle du respect et, au moins en ligne de principe, de l’adhésion. Mais si la conscience d’un croyant ne peut pas donner son adhésion à l’affirmation exposée ci-dessus, cela ne comporte pas une rébellion contre le Pape ou une négation de son Magistère : cela signifie seulement que cette affirmation n’est pas du Magistère.</p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion revenons maintenant à Vatican II pour nous prononcer si possible de manière définitive sur son appartenance ou non à la Tradition et sur sa qualité magistérielle. Sur cette dernière la question ne se pose pas, et ces laudatores qui ne se fatiguent jamais depuis cinquante ans de soutenir l’identité magistérielle de Vatican II, perdent leur temps et font perdre le leur aux autres : personne ne le nie. Cependant vues leurs exubérances acritiques, un problème se pose quant à la qualité : de quel Magistère s’agit-il? L’article de “L’ Osservatore Romano” que j’ai cité plus haut, parle de Magistère doctrinal: et qui l’a jamais nié? Même une affirmation purement pastorale peut être doctrinale, dans le sens où elle appartient à une doctrine donnée. Mais celui qui dirait doctrinale dans le sens de dogmatique, se tromperait : aucun dogme n’est à l’actif de Vatican II, lequel s’il a une valeur dogmatique, ne l’a que par mode de reflet, là où il se réfère à des dogmes précédemment définis. Bref le magistère de Vatican II, comme on le dit et le redit à tous ceux qui ont des oreilles pour entendre, est un Magistère solennel et suprême. Plus problématique est sa continuité avec la Tradition : non qu’il ne l’ait pas affirmée ; mais parce que, surtout dans les point clés où il était nécessaire qu’une telle continuité fût évidente, cette assertion est restée sans démonstration.</p>


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		<title>&#171;&#160;E Supremi Apostolatus&#160;&#187; de saint Pie X</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Oct 2011 12:57:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[L’Encyclique E Supremi Apostolatus La première Encyclique de saint Pie X s’intitule E Supremi Apostolatus. C’est le premier « acte du magistère » que Mgr Lefebvre étudie dans son livre « C’est moi l’accusé, qui devrais vous juger ! » que nous suivrons cette année Cette encyclique est datée du 4 Octobre 1903. Le pape [...]

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<li><a href='http://www.revue-item.com/2658/acte-de-consecration-au-coeur-immacule-de-marie/' rel='bookmark' title='Permanent Link: ACTE DE CONSÉCRATION AU COEUR IMMACULÉ DE MARIE'>ACTE DE CONSÉCRATION AU COEUR IMMACULÉ DE MARIE</a></li>
</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>L’Encyclique E Supremi Apostolatus</strong></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La première Encyclique de saint Pie X s’intitule E Supremi Apostolatus. C’est le premier « acte du magistère » que Mgr Lefebvre étudie dans son livre « C’est moi l’accusé, qui devrais vous juger ! » que nous suivrons cette année Cette encyclique est datée du 4 Octobre 1903. Le pape avait été couronné le 4 Août ; c’est donc juste deux mois après son avènement sur le Siège de Pierre qu’il publiait cette encyclique. Elle est relativement courte et simple dans son développement.</p>
<p style="text-align: justify;">Juste après le Prologue, où il dit avec émotion ses souffrances et difficultés qu’il eut d’accepter l’élection au Souverain Pontificat, il expose le plan de son encyclique :</p>
<p style="text-align: justify;">– tout d’abord, il expose le programme qu’il entend réaliser au cours de son pontificat ;</p>
<p style="text-align: justify;">– il donne ensuite une vision du monde actuel ;</p>
<p style="text-align: justify;">– et, enfin, il encourage les évêques à l’aider dans son action, surtout en travaillant à la bonne formation des séminaristes, aux soins de leur clergé et au développement de l’action catholique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Prologue.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc le pape commence par des considérations sur sa nomination au Siège de Pierre. Il n’avait jamais pensé, ni même imaginé qu’il serait élu par le Conclave. Il ne revint pas à Venise dont il était le patriarche. Il écrit :</p>
<p style="text-align: justify;">« Au moment de vous adresser pour la première fois la parole du haut de cette chaire apostolique où Nous avons été élevé par un impénétrable conseil de Dieu, il est inutile de vous rappeler avec quelles larmes et quelles ardentes prières Nous Nous sommes efforcé de détourner de Nous la charge si lourde du Pontificat suprême ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il emprunte les paroles et les sentiments de saint Anselme lors de son élévation à l’épiscopat :</p>
<p style="text-align: justify;">« Les témoignages de tristesse qu&#8217;il donna alors, Nous pouvons les produire à Notre tour, pour montrer dans quelles dispositions d&#8217;âme et de volonté Nous avons accepté la mission si redoutable de pasteur du troupeau de Jésus-Christ. Les larmes de mes yeux m&#8217;en sont témoins, écrivait-il (1), ainsi que les cris, et pour ainsi dire les rugissements que poussait mon cœur dans son angoisse profonde. Ils furent tels que je ne me souviens pas d&#8217;en avoir laissé échapper de semblables en aucune douleur avant le jour où cette calamité de l&#8217;archevêché de Cantorbéry vint fondre sur moi. Ils n&#8217;ont pu l&#8217;ignorer ceux qui, ce jour-là, virent de près mon visage… ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Certes, Nous non plus ne manquions pas de nombreux et sérieux motifs de Nous dérober au fardeau… ».</p>
<p style="text-align: justify;">La « maladie » du monde moderne.<br />
« En outre, et pour passer sous silence bien d&#8217;autres raisons, Nous éprouvions une sorte de terreur à considérer les conditions funestes de l&#8217;humanité à l&#8217;heure présente. Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave qui travaille, en ce moment bien plus que par le passé, la société humaine et qui, s&#8217;aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu&#8217;aux moelles, l&#8217;entraîne à sa ruine ? Cette maladie, Vénérables Frères, vous la connaissez, c&#8217;est à l&#8217;égard de Dieu l&#8217;abandon et l&#8217;apostasie ; et rien sans nul doute qui mène plus sûrement à la ruine, selon cette parole du prophète : &laquo;&nbsp;Voici que ceux qui s&#8217;éloignent de vous périront&nbsp;&raquo; » (2)</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<br />
NB : Saint Pie X écrit : « l&#8217;abandon et l&#8217;apostasie ; et rien sans nul doute qui mène plus sûrement à la ruine » , pour illustrer ce jugement de saint Pie X, nous pourrions citer les événements qui se sont produits en France , en Mai 1968.<br />
M Dellinger, les a parfaitement analysé dans son livre et dans un article de Présent, le résumant. Vous trouverez, en note de ce chapitre, et l’analyse du livre de cet auteur et son article dans Présent.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p style="text-align: justify;">Donc pour saint Pie X, la grande maladie de son époque, la grande maladie de la société, « c’est à l’égard de Dieu, l’abandon et l’apostasie ». Abandonner Dieu : nous pouvons bien le dire aujourd’hui plus que jamais ! Si saint Pie X vivait aujourd’hui, je crois qu’il serait beaucoup plus effrayé encore qu’il ne l’était de son époque. Parce qu’alors, il y avait encore des séminaires, il y avait beaucoup de prêtres, il y avait beaucoup de religieux et de religieuses animés d’une foi vivante. Les églises étaient encore remplies. L’Eglise rayonnait, et dans ses œuvres et dans ses prêtres et dans ses bâtiments. Son clergé était visible…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Abandon de Dieu. Apostasie.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà ce que constate avec effroi également Jean-Paul II dans son exhortation apostolique « Ecclesia in Europa ». Il est intéressant de comparer les pensées des deux papes. Il parle lui aussi d’apostasie, il parle même d’« apostasie silencieuse ». Et s’il est intéressant de comparer la doctrine des deux papes sur le monde moderne, il est aussi intéressant de comparer leurs attitudes.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>L’analyse de Jean-Paul II.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Paul II analyse, lui aussi, le temps présent dans la première partie de son Exhortation intitulée : « Défis et signes d&#8217;espérance pour l&#8217;Église en Europe ». Ce sont les paragraphes 7-9 de l’Exhortation :</p>
<p style="text-align: justify;">7. « Le temps que nous vivons, avec les défis qui lui sont propres, apparaît comme une époque d&#8217;égarement. Beaucoup d&#8217;hommes et de femmes semblent désorientés, incertains, sans espérance, et de nombreux chrétiens partagent ces états d&#8217;âme. Nombreux sont les signes préoccupants qui, au début du troisième millénaire, troublent l&#8217;horizon du continent européen lequel, « tout en étant riche d&#8217;immenses signes de foi et de témoignages, et dans le cadre d&#8217;une vie commune certainement plus libre et plus unie, ressent toute l&#8217;usure que l&#8217;histoire ancienne et récente a provoquée dans les fibres les plus profondes de ses populations, entraînant souvent la déception »14.<br />
Parmi les nombreux aspects amplement rappelés aussi à l&#8217;occasion du Synode15, je voudrais mentionner la perte de la mémoire et de l&#8217;héritage chrétien, accompagnés d&#8217;une sorte d&#8217;agnosticisme pratique et d&#8217;indifférentisme religieux, qui fait que beaucoup d&#8217;Européens donnent l&#8217;impression de vivre sans terreau spirituel et comme des héritiers qui ont dilapidé le patrimoine qui leur a été légué par l&#8217;Histoire. On n&#8217;est donc plus tellement étonné par les tentatives de donner à l&#8217;Europe un visage qui exclut son héritage religieux, en particulier son âme profondément chrétienne, fondant les droits des peuples qui la composent sans les greffer sur le tronc irrigué par la sève vitale du Christianisme.<br />
Certes, les prestigieux symboles de la présence chrétienne ne manquent pas dans le continent européen, mais avec l&#8217;expansion lente et progressive de la sécularisation, ils risquent de devenir un pur vestige du passé. Beaucoup n&#8217;arrivent plus à intégrer le message évangélique dans l&#8217;expérience quotidienne ; il est de plus en plus difficile de vivre la foi en Jésus dans un contexte social et culturel où le projet chrétien de vie est continuellement mis au défi et menacé ; dans de nombreux milieux de vie, il est plus facile de se dire athée que croyant ; on a l&#8217;impression que la non-croyance va de soi tandis que la croyance a besoin d&#8217;une légitimation sociale qui n&#8217;est ni évidente, ni escomptée.</p>
<p style="text-align: justify;">8. Cette perte de la mémoire chrétienne s&#8217;accompagne d&#8217;une sorte de peur d&#8217;affronter l&#8217;avenir. L&#8217;image du lendemain qui est cultivée s&#8217;avère souvent pâle et incertaine. Face à l&#8217;avenir, on ressent plus de peur que de désir. On en trouve des signes préoccupants, entre autres, dans le vide intérieur qui tenaille de nombreuses personnes et dans la perte du sens de la vie. Parmi les expressions et les conséquences de cette angoisse existentielle, il faut compter en particulier la dramatique diminution de la natalité, la baisse des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, la difficulté, sinon le refus, de faire des choix définitifs de vie, même dans le mariage.<br />
On assiste à une fragmentation diffuse de l&#8217;existence ; ce qui prévaut, c&#8217;est une sensation de solitude ; les divisions et les oppositions se multiplient. Parmi les autres symptômes de cet état de fait, la situation actuelle de l&#8217;Europe connaît le grave phénomène des crises de la famille et de la disparition du concept même de famille, la persistance ou la réactivation de conflits ethniques, la résurgence de certaines attitudes racistes, les tensions interreligieuses elles-mêmes, l&#8217;attitude égocentrique qui enferme les personnes et les groupes sur eux-mêmes, la croissance d&#8217;une indifférence éthique générale et de la crispation excessive sur ses propres intérêts et privilèges. Pour beaucoup de personnes, au lieu d&#8217;orienter vers une plus grande unité du genre humain, la mondialisation en cours risque de suivre une logique qui marginalise les plus faibles et qui accroît le nombre des pauvres sur la Terre.<br />
Parallèlement à l&#8217;expansion de l&#8217;individualisme, on note un affaiblissement croissant de la solidarité entre les personnes : alors que les institutions d&#8217;assistance accomplissent un travail louable, on observe une disparition du sens de la solidarité, de sorte que, même si elles ne manquent pas du nécessaire matériel, beaucoup de personnes se sentent plus seules, livrées à elles-mêmes, sans réseau de soutien affectif.</p>
<p style="text-align: justify;">9. A la racine de la perte de l&#8217;espérance se trouve la tentative de faire prévaloir une anthropologie sans Dieu et sans le Christ. Cette manière de penser a conduit à considérer l&#8217;homme comme « le centre absolu de la réalité, lui faisant occuper faussement la place de Dieu. On oublie alors que ce n&#8217;est pas l&#8217;homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l&#8217;homme. L&#8217;oubli de Dieu a conduit à l&#8217;abandon de l&#8217;homme », et c&#8217;est pourquoi, « dans ce contexte, il n&#8217;est pas surprenant que se soient largement développés le nihilisme en philosophie, le relativisme en gnoséologie et en morale, et le pragmatisme, voire un hédonisme cynique, dans la manière d&#8217;aborder la vie quotidienne »16. La culture européenne donne l&#8217;impression d&#8217;une « apostasie silencieuse » de la part de l&#8217;homme comblé qui vit comme si Dieu n&#8217;existait pas.<br />
Dans une telle perspective, prennent corps les tentatives, renouvelées tout récemment encore, de présenter la culture européenne en faisant abstraction de l&#8217;apport du Christianisme qui a marqué son développement historique et sa diffusion universelle. Nous sommes là devant l&#8217;apparition d&#8217;une nouvelle culture, pour une large part influencée par les médias, dont les caractéristiques et le contenu sont souvent contraires à l&#8217;Évangile et à la dignité de la personne humaine. De cette culture fait partie aussi un agnosticisme religieux toujours plus répandu, lié à un relativisme moral et juridique plus profond, qui prend racine dans la perte de la vérité de l&#8217;homme comme fondement des droits inaliénables de chacun. Les signes de la disparition de l&#8217;espérance se manifestent parfois à travers des formes préoccupantes de ce que l&#8217;on peut appeler une « culture de mort »17.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà le jugement de Jean-Paul II sur le monde moderne. Il correspond bien à celui de Pie X. Toutefois, leur comportement pratique sera différent. Devant ce mal dénoncé, Pie X proposera une condamnation claire par la défense de la vérité. Jean-Paul II, lui, parlera de « dialogue », il proposera iterum et iterum l’Evangile, la concertation et « l’aide fraternelle » avec le monde moderne. Il l’exprime très bien dans son livre Mémoire et Identité, au chapitre 18 : « Le souci d’aider l’homme est incomparablement plus important que les polémiques et que les accusations concernant, par exemple, le fond illuministe des grandes catastrophes historiques du XXe siècle. En effet, l’esprit de l’Evangile s’exprime avant tout dans la disponibilité à offrir au prochain une aide fraternelle » (p. 135).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette attitude de Jean-Paul II face au monde moderne, radicalement différente de celle de Pie X, inspire un jugement très important de Jean Madiran dans Présent suite à l’envoi de mon livre<em> La politique de Jean-Paul II.</em> Il faut le lire. Le voici. Il s’est exprimé dans deux articles de Présent :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Premier article</strong> : Deux éditoriaux de Jean Madiran, dans le quotidien Présent des vendredi 25 et samedi 26 mars 2011, commentent le dernier livre de l’abbé Aulagnier : « La politique de Jean-Paul II ». Je vous les livre tels quels, à la suite l’un de l’autre. PO.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un regard de Jean-Paul II sur l’erreur du Concile</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Chaque fois qu’il élève la voix, l’abbé Paul Aulagnier est sûr d’être entendu. On le lit avec intérêt, même s’il est parfois très discuté. Il fut à Ecône l’un des premiers séminaristes de Mgr Lefebvre, il en est toujours resté un disciple fidèle. Il a été l’animateur de la solide organisation du « district France » de la FSSPX ; il en fut le supérieur pendant dix-huit ans (1976-1994). Cette longue et heureuse expérience de gouvernement lui a procuré ce qui peut manquer à des théologiens en chambre, un sens du réel qui l’a vacciné contre les systématisations idéologiques et les divagations trop abstraites. Ce sens du réel, l’abbé Aulagnier l’exprime par écrit avec une bonhomie rafraîchissante.</p>
<p style="text-align: justify;">Son livre, paru en décembre dernier, La politique de Jean-Paul II, ne m’est arrivé que ces jours-ci. Sa page 4 de couverture nous jette à la figure une frappante précision numérique : Jean-Paul II a prononcé 20.351 discours (disons vingt mille) et promulgué quatorze encycliques. L’abbé Aulagnier n’en fait pas le tour, il se limite à Mémoire et Identité (le livre de confidences que Jean-Paul II publia un mois avant sa mort) et il y voit son « testament politique ». J’en retiendrai ici le point de vue personnel de Jean-Paul II sur le Concile Vatican II.</p>
<p style="text-align: justify;">Face au monde actuel issu de la Révolution française, le Concile avait le choix entre deux attitudes pastorales que Jean-Paul II tient pour également légitimes :</p>
<p style="text-align: justify;">– soit une attitude de contestation polémique et de condamnation doctrinale, ce fut celle de l’Eglise depuis (et contre) la Révolution française, avec le Syllabus de Pie IX et les enseignements pontificaux de Léon XIII à Pie XII ;</p>
<p style="text-align: justify;">– soit une attitude refusant désormais, à la suite de Jean XXIII, de prononcer des condamnations doctrinales, préférant aller « à la rencontre du monde contemporain » et engager avec lui un « dialogue constructif ».</p>
<p style="text-align: justify;">Selon Jean-Paul II, le Concile a volontairement et clairement choisi son camp, il a adopté la seconde attitude, décrétée plus conforme à « l’esprit de l’Evangile », car l’esprit de l’Evangile s’exprime avant tout dans « la disponibilité à offrir au prochain une aide fraternelle ». Sur ce point donc, il n’y a pas eu continuité, il y a eu rupture délibérée.</p>
<p style="text-align: justify;">Je laisserai aux théologiens le soin d’examiner s’il est vrai en théorie que la seconde attitude soit plus « évangélique » que la première et si elle doit obligatoirement l’exclure (comme si l’on ne pouvait admettre que la première concerne les doctrines, les institutions, les lois et que, simultanément, la seconde concerne les personnes).</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il y a aussi les faits : le monde issu de la Révolution française refuse le « dialogue constructif » ou plutôt, c’est encore plus grave, il ne feint de l’accepter que par tromperie.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’offre d’une « aide fraternelle », ce monde contemporain répond en imposant l’avortement, la promotion de l’homosexualité, le métissage des religions, l’égalitarisme suppresseur de toutes les discriminations, la supériorité de la loi politique sur la loi religieuse et, par-dessus tout, le diabolique enseignement obligatoire, dans les écoles, des dépravations sexuelles aux plus jeunes enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi le Concile Vatican II, par un aveuglement sur les « signes des temps », a commis une capitale erreur pastorale. Au nom d’une attitude supposée « plus évangélique », mais radicalement inappropriée aux circonstances, il a exclu la contestation des erreurs, la dénonciation des lois injustes, la condamnation des abominations subversives, il a intellectuellement désarmé les fidèles, le clergé, et sa hiérarchie.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le regard personnel que Jean-Paul II portait à la fin de sa vie sur le Concile, il apparaît donc que l’erreur décisive sur l’appréciation des « signes des temps » n’a pas été une dérive post-conciliaire, elle n’a pas été seulement le fait d’un faux « esprit du Concile », elle a bien été une faute du Concile lui-même. Jean XXIII l’avait convoqué pour cela : exclure désormais toute condamnation des lois et des mœurs contre nature, disqualifier comme « prophètes de malheur » ceux qui restaient réfractaires à une telle rupture. Et le malheur s’est aggravé.</p>
<p style="text-align: justify;">Les tactiques pastorales, par définition, sont discutables et elles n’ont qu’un temps. Quelquefois un temps insupportablement long, quand la réactivité intellectuelle est endormie par l’abrutissement médiatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean MADIRAN<br />
Article extrait du n° 7314 de Présent<br />
du Vendredi 25 mars 2011</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Deuxième article :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Maintenir une présence contre-révolutionnaire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’erreur du Concile, que nous avons vue hier avec le regard de Jean-Paul II rappelé par l’abbé Aulagnier, a donc été une grave faute politique. Mais cette erreur impliquait des conséquences doctrinales. Elle avait aussi des dérives doctrinales parmi ses causes intellectuelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec l’abbé Aulagnier lisant et relisant Jean-Paul II, on mesure l’influence déplorable de la Révolution française non seulement sur l’évolution de la société, mais aussi sur le comportement de la hiérarchie ecclésiastique. Au moment où, par les travaux de Jean de Viguerie, de Xavier Martin, de Reynald Secher, la Révolution française et son héritage se révélaient encore plus profondément abominables que ne nous les avaient montrés Joseph de Maistre, Charles Maurras, Augustin Cochin, Jacques Bainville et Pierre Gaxotte, un étonnant chassé-croisé faisait que l’Eglise abandonnait de plus en plus ses fortes positions doctrinales contre-révolutionnaires. On recherchait (et on croyait trouver) une part de vérité dans ce qu’une double exagération appelle « la philosophie (sic) des Lumières (sic) ». On déclarait évangéliques la devise « Liberté-Egalité-Fraternité » et la « démocratie égalitaire ». Oui, Vatican II a fait ce choix ; oui, Vatican II a fait le mauvais choix.</p>
<p style="text-align: justify;">Chez Benoît XV (quinze, pape de 1914 à 1922), on trouve encore un enseignement politique contre-révolutionnaire pleinement explicite. L’abbé Aulagnier, aux pages 90-91 de son livre sur La politique de Jean-Paul II, cite de Benoît Quinze un beau texte qui dit tout, et auquel il est utile de se reporter. Il y condamne l’erreur de « prétendre qu’entre les hommes, l’égalité de nature entraîne l’égalité des droits ». Cette différence entre l’égalité de nature (qui est certaine) et l’égalité des droits (qui est ravageuse et anarchique), souvent rappelée dans la doctrine politique de l’Eglise, est aujourd’hui totalement rejetée dans les institutions officielles de la culture profane et de la culture catholique. Et pour la comprendre, dans la désinformation et l’inculture générales, il faut des explications historiques et doctrinales que la pensée contre-révolutionnaire est seule à pouvoir donner.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour l’arrivée du Printemps, significatif et navrant éditorial de La Documentation politique du 20 mars. Invoquant le fait que Jean-Paul II, le 2 juin 1980, avait déclaré à l’Unesco : « Je m’adresse à vous, hommes de culture », l’éditorialiste imprime en rouge, dès la couverture, qu’il faut « favoriser le dialogue avec le monde de la culture ». Ce brave Assomptionniste ne voit donc aucune différence entre le dialogue avec des hommes de culture et le dialogue avec le monde de la culture, quand ce monde est celui de la « culture de mort », bien escamotée dans un éditorial qui prétend pourtant nous instruire sur « Jean-Paul II et la culture contemporaine ». L’éditorial aboutit à cette consternante conclusion : « Chaque culture, notamment (sic) celle issue du Christianisme, peut apporter sa contribution à la construction d’un monde pacifique ». Et au salut des âmes, peut-être ?</p>
<p style="text-align: justify;">On a connu naguère le temps où, avec Vatican II et sous les pontificats de Jean XXIII et Paul VI, il ne fallait plus dénoncer les tromperies et abominations du Communisme, laissant fidèles et clergé intellectuellement sans défense contre ses pièges. C’était le temps honteux de l’accord de Metz et du silence de l’Eglise. Et maintenant, du plus humble des diocèses jusqu’à plusieurs des bureaux de la Curie romaine, on ne parle que de dialoguer et collaborer, pour la paix universelle, avec le monde de la culture de mort, ce monde culturel dominant qui trouve tout naturel ce qui est contre nature, la promotion de l’homosexualité, le génocide mondial de l’avortement avec ses millions de victimes chaque année, la soumission du religieux au politique et le diabolique enseignement obligatoire, aux enfants des écoles, de la diversité légitime des orientations sexuelles ! Vade retro !<br />
Jean MADIRAN<br />
Article extrait du n° 7315 de Présent<br />
du Samedi 26 mars 2011</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Cette Apostasie s’exprime dans le « naturalisme ».</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Le Naturalisme est l’erreur qui fut dénoncée toujours, de tous temps et plus particulièrement au XIXe siècle par le Cardinal Pie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Etudions la doctrine du Cardinal Pie, à la fin du XIXe siècle.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>L’erreur actuelle : c’est l’apostasie sous la forme du naturalisme. C’est la même chose. Apostasie. Naturalisme sunt idem.</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Il n’est nullement excessif de prétendre que le seul mot de naturalisme, dans l’ordre des idées, des théories ou des systèmes, explique, de façon plus ou moins directe, l’ensemble des erreurs qui ravagent présentement le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Mgr Pie n’a pas craint de l’affirmer : « Si l’on cherche le premier et le dernier mot de l’erreur contemporaine, on reconnaît avec évidence que ce qu’on nomme l’esprit moderne, c’est la revendication du droit acquis ou inné de vivre dans la pure sphère de l’ordre naturel ; droit moral tellement absolu, tellement inhérent aux entrailles de l’humanité, qu’elle ne peut, sans signer sa propre déchéance, sans souscrire à sa honte et à sa ruine, le faire céder devant aucune intervention quelconque d’une raison et d’une volonté supérieures à la raison et à la volonté humaine, devant aucune révélation ni aucune autorité émanant directement de Dieu… ».</p>
<p style="text-align: justify;">En d’autres termes, la loi « laïque » est au-dessus de toute loi, fut-elle divine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais qu’est-ce que le naturalisme ? Est-ce le péché des temps modernes ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le péché du naturalisme.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le texte de Dei Filius du Concile Vatican I nous met sur le chemin, nous dit le Cardinal Pie dans ses synodales :</p>
<p style="text-align: justify;">Voici le texte du préambule de Dei Verbum de Vatican I :</p>
<p style="text-align: justify;">SUR LA FOI CATHOLIQUE</p>
<p style="text-align: justify;">DÉCRÉTÉE DANS LA IIIe SESSION DU CONCILE ŒCUMÉNIQUE DU VATICAN.</p>
<p style="text-align: justify;">PIE, ÉVÊQUE,<br />
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU.</p>
<p style="text-align: justify;">Le saint Concile approuvant, en perpétuel souvenir.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Fils de Dieu et Rédempteur du genre humain, Notre-Seigneur Jésus-Christ, sur le point de retourner à son Père céleste, a promis d&#8217;être avec son Église militante sur la terre, tous les jours, jusqu&#8217;à la consommation des siècles. C&#8217;est pourquoi, il n&#8217;a cessé jamais en aucun temps d&#8217;être près de son épouse bien-aimée, de l&#8217;assister dans son enseignement, de bénir ses œuvres et de la secourir en ses périls. Or, tandis que cette Providence salutaire a constamment éclaté par beaucoup d&#8217;autres bienfaits innombrables, elle s&#8217;est montrée très-manifestement par les fruits abondants que l&#8217;univers chrétien a retirés des Conciles, et nommément du Concile de Trente, bien qu&#8217;il ait été célébré en des temps mauvais. En effet, grâce à cette assistance, les dogmes très-saints de la religion ont été définis avec plus de précision et exposés avec plus de développements, les erreurs condamnées et arrêtées, la discipline ecclésiastique rétablie et plus solidement raffermie, le clergé excité à l&#8217;amour de la science et de la piété, des collèges établis pour préparer les adolescents à la sainte milice, enfin les mœurs du peuple chrétien restaurées par un enseignement plus attentif des fidèles et par un plus fréquent usage des sacrements. Par là encore la communion des membres avec le chef visible a été rendue plus étroite et une nouvelle vigueur a été apportée à tout le corps mystique du Christ ; les familles religieuses se sont multipliées ainsi que d&#8217;autres institutions de la piété chrétienne ; et par là aussi une ardeur constante et assidue s&#8217;est montrée, jusqu&#8217;à l&#8217;effusion du sang, pour propager au loin dans l&#8217;univers le règne de Jésus-Christ.<br />
Cependant, tout en rappelant, comme il convient à Notre âme reconnaissante, ces bienfaits insignes et d&#8217;autres encore, que la divine Providence a accordés à l&#8217;Église, surtout par le dernier Concile œcuménique, Nous ne pouvons retenir l&#8217;expression de notre douleur amère à cause des maux très-graves survenus principalement parce que, chez un grand nombre, on a ou méprisé l&#8217;autorité de ce saint Synode ou négligé ses sages décrets.<br />
En effet, personne n&#8217;ignore qu&#8217;après avoir rejeté le divin magistère de l&#8217;Église, et les choses de la religion étant laissées ainsi au jugement privé de chacun, les hérésies proscrites par les Pères de Trente se sont divisées peu à peu en sectes multiples, de telle sorte que, séparées d&#8217;opinion et se déchirant entre elles, plusieurs enfin ont perdu toute foi en Jésus-Christ. Ainsi elles ont commencé à ne plus tenir pour divine la sainte Bible elle-même, qu&#8217;elles affirmaient autrefois être la source unique et le seul juge de la doctrine chrétienne, et même à l&#8217;assimiler aux fables mythiques.<br />
<strong>C&#8217;est alors qu&#8217;a pris naissance et que s&#8217;est répandue au loin dans le monde cette doctrine du rationalisme ou du naturalisme qui, s&#8217;attaquant par tous les moyens à la religion chrétienne, parce qu&#8217;elle est une institution surnaturelle, s&#8217;efforce avec une grande ardeur d&#8217;établir le règne de ce qu&#8217;on appelle la raison pure et la nature, après avoir arraché le Christ, notre seul Seigneur et Sauveur, de l&#8217;âme humaine, de la vie et des mœurs des peuples.</strong> Mais la religion chrétienne étant ainsi laissée et rejetée, Dieu et son Christ niés, l&#8217;esprit d&#8217;un grand nombre est tombé dans l&#8217;abîme du panthéisme, du matérialisme et de l&#8217;athéisme, à ce point que, niant la nature raisonnable elle-même et toute règle du droit et du juste, ils s&#8217;efforcent de détruire les derniers fondements de la société humaine.<br />
Il est donc arrivé, malheureusement, que cette impiété s&#8217;étendant de toutes parts, plusieurs des Fils de l&#8217;Église catholique eux-mêmes sont sortis du chemin de la vraie piété, et qu&#8217;en eux le sens catholique s&#8217;est oblitéré par l&#8217;amoindrissement successif des vérités. Car, entraînés par des doctrines diverses et étrangères, et confondant à tort la nature et la grâce, la science humaine et la foi divine, ils finissent par altérer le sens propre des dogmes que tient et enseigne notre Mère la sainte Église, et par mettre en péril l&#8217;intégrité et la sincérité de la foi.<br />
En présence de toutes ces calamités, comment se pourrait-il faire que l&#8217;Église ne fût pas émue jusqu&#8217;au fond de ses entrailles ? Car, de même que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu&#8217;ils arrivent à la connaissance de la vérité, de même que Jésus-Christ est venu afin de sauver ce qui était perdu et de rassembler dans l&#8217;unité les enfants de Dieu qui étaient dispersés ; de même l&#8217;Église, établie par Dieu mère et maîtresse des peuples, sait qu&#8217;elle se doit à tous, et elle est toujours disposée et préparée à relever ceux qui sont tombés, à soutenir les défaillants, à embrasser ceux qui reviennent à elle, à confirmer les bons et à les pousser vers la perfection. C&#8217;est pourquoi elle ne peut s&#8217;abstenir en aucun temps d&#8217;attester et de prêcher la vérité de Dieu qui guérit toutes choses, car elle n&#8217;ignore pas que c&#8217;est à elle qu&#8217;il a été dit : &nbsp;&raquo; Mon Esprit qui est en toi et mes paroles que j&#8217;ai posées en ta bouche ne s&#8217;éloigneront jamais de ta bouche, maintenant et pour l&#8217;éternité &nbsp;&raquo; (Is. LIX, 21).<br />
C&#8217;est pourquoi, persistant à marcher sur les traces de Nos prédécesseurs, et selon le devoir de Notre charge apostolique, Nous n&#8217;avons jamais cessé d&#8217;enseigner et de défendre la vérité catholique et de réprouver les doctrines perverses. Mais, à présent, au milieu des Évêques du monde entier siégeant avec Nous et jugeant, réunis dans le Saint-Esprit par Notre autorité en ce synode œcuménique, appuyés sur la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition, telle que nous l&#8217;avons reçue, saintement conservée et fidèlement exposée par l&#8217;Église catholique, Nous avons résolu de professer et de déclarer, du haut de cette chaire de Pierre, en face de tous, la doctrine salutaire de Jésus-Christ en proscrivant et condamnant les erreurs contraires avec l&#8217;autorité qui nous a été confiée par Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le commentaire du Cardinal Pie</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Que le naturalisme soit, par excellence, l’erreur moderne, ou pour mieux dire, le caractère spécifique de toutes les erreurs modernes, il n’est pour l’affirmer avec certitude que de se reporter à la première Constitution du Vatican qui parle de la « confusion » erronée « de la nature et de la grâce ».</p>
<p style="text-align: justify;">Son préambule ne se rapporte pas seulement à la constitution particulière en tête de laquelle il est placé. « C’est bien plutôt, écrit le Cardinal Pie, une introduction générale, où nous est révélée la pensée-mère de l’ouvrage entier. Pour qui sait comprendre, il y a là le programme de tout le Concile. Déjà le mot propre y est dit sur notre temps, sur notre société, sur notre siècle : le vrai mot, le mot lumineux, le mot décisif, le mot divin. La pente actuelle des esprits et des cœurs, le trait principal des caractères, l’habitude des individus, la coutume des sociétés, la loi qui les régit et l’esprit politique qui les gouverne, le mouvement de la science et, par suite, la direction des études et de toute l’éducation, l’état général qui en résulte ; enfin, le signe propre de notre temps, c’est ce que le Concile déclare tout d’abord et nomme de son vrai nom, qui est le naturalisme ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais qu’est-ce que le naturalisme ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme son nom l’indique, il est essentiellement, une attitude indépendante et répulsive de la nature à l’égard de l’ordre surnaturel et révélé.</p>
<p style="text-align: justify;">« …Possédant en elle-même toutes les lumières, les forces et les ressources nécessaires pour régler toutes choses ici-bas, tracer la conduite de chacun, protéger les intérêts de tous et parvenir au terme final de sa destinée qui est le bonheur…, la nature devient, dans ce système, une sorte d’enceinte fortifiée et de camp retranché, où la créature s’enferme comme dans son domaine propre tout à fait inaliénable ».</p>
<p style="text-align: justify;">« En somme, on se suffit et, possédant en soi son principe sa loi et sa fin, on est son monde et on devient, à peu près son Dieu. Et s’il est par trop manifeste que l’individu, pris comme tel, est indigent sur beaucoup de points et insuffisant pour beaucoup de choses, néanmoins pour se compléter, il n’y a pas à sortir de son ordre ; il trouve dans l’humanité, dans la collectivité, ce qui lui manque personnellement ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Le naturalisme est donc ce qu’il y a de plus opposé au Christianisme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le Christianisme en effet, dans son essence est tout surnaturel, ou plutôt, c’est le surnaturel même en substance et en acte. Dieu surnaturellement révélé et connu, Dieu surnaturellement aimé et servi, surnaturellement donné, possédé et goûté : c’est le dogme, toute la morale, tout le culte et tout l’ordre sacramentel chrétien. La nature y est indispensablement supposée à la base de tout ; mais il y est, partout, dépassé. Le Christianisme est l’élévation, l’extase, la déification de la nature créée.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, le naturalisme nie, avant tout, ce surnaturel. Les plus modérés… le nient comme nécessaire et obligatoire ; la plupart le nient comme existant et même comme possible…</p>
<p style="text-align: justify;">« Le naturalisme, fils de l’hérésie, est donc bien plus qu’une hérésie : il est le pur anti-christianisme. L’hérésie nie un ou plusieurs dogmes, le naturalisme nie qu’il y ait des dogmes et qu’il puisse y en avoir. L’hérésie altère plus ou moins les révélations divines ; le naturalisme nie que Dieu soit révélateur. L’hérésie renvoie Dieu de telle ou telle portion de son royaume ; le naturalisme l’élimine du monde et de la Création. C’est pourquoi le Concile dit de cette odieuse erreur, qu’elle est de tout point en opposition à la religion chrétienne ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ce naturalisme est une entreprise purement satanique</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela est merveilleusement développé par le Cardinal Pie dans ses synodales. Il écrit :</p>
<p style="text-align: justify;">« Pour assigner à ce naturalisme impie et antichrétien son origine première et son premier auteur, il faudrait pénétrer jusque dans les mystérieuses profondeurs du ciel des anges. Celui que Lucifer, constitué dans l’état d’épreuve, n’a pas voulu adorer, n’a pas voulu servir, celui auquel il a prétendu s’égaler, il serait difficile de croire que ce fut le Dieu du ciel. Une nature si éclairée, un esprit originairement si droit et si bon, ne semble pas susceptible d’une révolte si gratuite et si insensée. Quelle fut donc la pierre d’achoppement pour Satan et pour ses anges ? David, commenté par saint Paul, l’Ecriture interprétée par les plus illustres Docteurs, versent d’admirables lumières sur ce fait primordial d’où découlent tant de conséquences.</p>
<p style="text-align: justify;">« La foi nous enseigne que le Dieu créateur, par un acte libre et souverainement gratuit de sa volonté, ayant résolu de descendre personnellement dans sa création, n’emprunta, pour l’unir hypostatiquement à son Verbe, ni la substance purement spirituelle de l’ange, ni la substance simplement matérielle de l’être inintelligent. Le Fils unique de Dieu se fit homme ; il prit un corps et une âme ; il se posa ainsi au centre de l’univers créé, occupant le milieu entre les sphères supérieures et les sphères inférieures, communiquant sa vie et son influence divine au monde visible et au monde invisible, médiateur, sauveur, illuminateur de tout ce qui était, par nature, au-dessus et au-dessous de son humanité sacrée…</p>
<p style="text-align: justify;">« Ce prodige et, vraiment, cet excès d’amour divin, ce fut au sentiment d’un grand nombre de Pères et de théologiens, le principe et la ruine de Satan… Croire au Fils de Dieu fait homme, espérer en Lui, l’aimer, le servir, l’adorer, telle fut la condition du salut. Les deux testaments nous disent que ce précepte s’adressa aux anges comme aux hommes ; il est écrit dans l’un et dans l’autre : « Et adorent eum omnes angeli eius » ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Satan frémit à l’idée de se prosterner devant une nature inférieure à la sienne, à l’idée surtout, de recevoir lui-même de cette nature si étrangement privilégiée un surcroît actuel de lumière, de science, de mérite et une augmentation éternelle de gloire et de béatitude. Se jugeant blessé dans la dignité de sa condition native, il se retrancha dans le droit et dans l’exigence de l’ordre naturel ; il ne voulut ni adorer dans un homme la nature divine, ni accueillir, en lui-même, un surplus de splendeur et de félicité dérivant de cette humanité déifiée. Au mystère de l’Incarnation, il objecta la création ; à l’acte libre de Dieu, il opposa un droit personnel ; enfin, contre l’étendard de la Grâce, il leva le drapeau de la nature ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Du reste, en dehors de toute opinion concernant ce caractère spécial du péché des mauvais anges, il est certain, ainsi que l’enseigne saint Thomas, que « le crime du démon a été, ou bien de mettre sa fin dernière dans ce qu’il pouvait obtenir par les seules forces de la nature, ou bien de vouloir parvenir à la béatitude glorieuse par ses facultés naturelles sans le secours de la grâce… » (I II 63 3).</p>
<p style="text-align: justify;">« C’est ainsi que tout le travail de l’enfer se traduit fatalement par la haine du Christ (et de son Eglise), par la négation de tout l’ordre (surnaturel) de la grâce et de la gloire ; c’est ainsi que l’hérésie des derniers temps a dû être et s’appeler le naturalisme, parce que le naturalisme est l’antichristianisme par excellence ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Le point d’où Satan est tombé, c’est celui d’où il veut précipiter les autres ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et cela dès le commencement, dès le péché originel. Le péché originel, premier péché de l’homme, fut aussi et toujours sous l’inspiration de Satan, un péché de naturalisme.</p>
<p style="text-align: justify;">« Le premier homme, enseigne saint Thomas d’Aquin, pécha de deux manières : il pécha, principalement, en désirant la ressemblance avec Dieu quant à la science du bien et du mal, afin de pouvoir, en vertu de sa propre nature, déterminer lui-même ce qui est bon ou ce qui est mal de faire ; et il pécha secondement, désirant la ressemblance avec Dieu quant au pouvoir d’agir, afin de conquérir, par la vertu de sa propre nature, la béatitude. En un mot, il désira, comme les anges s’égaler à Dieu, en ne s’appuyant que sur lui-même, en méprisant l’ordre (surnaturel) et la règle établie par Dieu ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi « par le refus d’une destinée supérieure à la nature, écrit Jean Daujat, par la volonté de la nature de vivre sa vie propre et d’y trouver toute sa satisfaction, le naturalisme est l’erreur première, l’erreur sur l’option fondamentale où toute la destinée humaine s’engage. Il ne faut donc pas s’étonner qu’historiquement, le naturalisme ait inauguré toute la chaîne des erreurs modernes ».<br />
Naturalisme, donc, péché fondamental, et si l’on peut dire plus spécifiquement, satanique que tout autre. S’en tenir à la nature, refuser l’ordre divin de la grâce, autrement dit : séparer le naturel du surnaturel ou, si l’on préfère, selon l’énergique formule de saint Jean : « Dissoudre Jésus-Christ, voilà le péché initial et comme fastidieusement renouvelé, le péché clef ; en fait le seul et grand drame du monde » (cités dans PQR, pp. 90-93).<br />
Le remède à ce mal : « Tout instaurer dans le Christ ».<br />
A ce mal d’abandon de Dieu et d’apostasie, à ce « naturalisme », saint Pie X veut porter le remède.<br />
Il écrit : « A un si grand mal, Nous comprenions qu&#8217;il Nous appartenait, en vertu de la charge pontificale à Nous confiée, de porter remède ».<br />
Et quel sera le remède de saint Pie X ?<br />
« Nous estimions, qu&#8217;à Nous s&#8217;adressait cet ordre de Dieu : &laquo;&nbsp;Voici qu&#8217;aujourd&#8217;hui je t&#8217;établis sur les nations et les royaumes pour arracher et pour détruire, pour édifier et pour planter&nbsp;&raquo; (3) ; mais pleinement conscient de Notre faiblesse, Nous redoutions d&#8217;assumer une oeuvre hérissée de tant de difficultés, et qui pourtant n&#8217;admet pas de délais.<br />
Cependant, puisqu&#8217;il a plu à Dieu d&#8217;élever Notre bassesse jusqu&#8217;à cette plénitude de puissance, Nous puisons courage en Celui qui nous conforte ; et mettant la main à l&#8217;oeuvre, soutenu de la force divine, Nous déclarons que Notre but unique dans l&#8217;exercice du suprême Pontificat est de &laquo;&nbsp;tout restaurer dans le Christ&nbsp;&raquo; (4) afin que &laquo;&nbsp;le Christ soit tout et en tout&nbsp;&raquo; (5). (Declaramus propositum esse Nobis… Instaurare omnia in Christo (Eph 1 10) ut…sit omnia et in omnibus Christus (Col 3 11)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tel est le programme de saint Pie X. : « Tout restaurer dans le Christ ».</strong><br />
<strong>C’est une chose admirable que cette devise !</strong><br />
C’est le programme, la devise même de saint Paul, ni plus ni moins. Ce fut l’objet de sa prédication. C’est le but principal de l’apostolat de saint Paul : Il a été choisi pour annoncer ce grand mystère du Christ, un mystère qui était caché depuis le début du monde, un mystère extraordinaire : le plan, salvifique du Père : sauver tous les hommes, ce salut étant réalisé en son Fils, le Fils devenant ainsi la pierre angulaire de tout l’édifice : Omnia instaurare in Christo (du mot grec cephalos, tête) Notre-Seigneur Jésus-Christ, de par la volonté de Dieu le Père, est la tête et tout descend de la tête. C’est le grand mystère annoncé par saint Paul aux Gentils. Il est l’objet central de bien des Epîtres de saint Paul :<br />
<strong>Col 1 25-27</strong> : « De cette Eglise, je suis devenu le ministre, en vertu de la charge que Dieu m’a confiée parmi vous d’annoncer dans sa plénitude la parole de Dieu, (à savoir) le mystère tenu caché aux siècles et aux générations, mais qui vient d’être révélé à ses saints, auquel Dieu a daigné faire connaître quelle est pour les Gentils la richesse et la gloire de ce mystère qui n’est autre que le Christ en vous, l’espérance de votre béatitude ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1 Cor 2 7-10</strong> : « 7 Nous prêchons une sagesse de Dieu mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre glorification. 8 Cette sagesse, nul des princes de ce siècle ne l&#8217;a connue ; – car, s&#8217;ils l&#8217;avaient connue, ils n&#8217;auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire. 9 Mais ce sont, comme il est écrit, &nbsp;&raquo; des choses que l&#8217;œil n&#8217;a point vues, que l&#8217;oreille n&#8217;a point entendues, et qui ne sont pas montées au cœur de l&#8217;homme, – des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l&#8217;aiment &laquo;&nbsp;. 10 C&#8217;est à nous que Dieu les a révélées par son Esprit ; car l&#8217;Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu ».<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Eph 1 8-10</strong> : « 3 Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis dans le Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les cieux ! 4 C&#8217;est en lui qu&#8217;il nous a choisis dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, 5 nous ayant, dans son amour, prédestinés à être ses fils adoptifs par Jésus-Christ, selon sa libre volonté, 6 en faisant ainsi éclater la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables à ses yeux en son [Fils] bien-aimé. 7 C&#8217;est en lui que nous avons la rédemption acquise par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce, 8 que Dieu a répandue abondamment sur nous en toute sagesse et intelligence, 9 en nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le libre dessein que s&#8217;était proposé sa bonté, 10 pour le réaliser lorsque la plénitude des temps serait accomplie, à savoir, de réunir toutes choses en Jésus-Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. 11 C&#8217;est aussi en lui que nous avons été élus, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d&#8217;après le conseil de sa volonté, 12 pour que nous servions à la louange de sa gloire, nous qui d&#8217;avance avons espéré dans le Christ.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Eph 3 9-11</strong> : « 1 A cause de cela, moi Paul, le prisonnier du Christ pour vous, païens… 2 puisque vous avez appris la dispensation de la grâce de Dieu qui m&#8217;a été donnée pour vous, 3 comment c&#8217;est par révélation que j&#8217;ai eu connaissance du mystère que je viens d&#8217;exposer en peu de mots. 4 Vous pouvez, en les lisant, reconnaître l&#8217;intelligence que j&#8217;ai du mystère du Christ. 5 Il n&#8217;a pas été manifesté aux hommes dans les âges antérieurs, comme il a été révélé de nos jours par l&#8217;Esprit aux saints apôtres et prophètes de Jésus-Christ. 6 Ce mystère, c&#8217;est que les Gentils sont héritiers avec les Juifs, et membres du même corps et qu&#8217;ils participent à la promesse de Dieu en Jésus-Christ par l&#8217;Evangile, 7 dont je suis devenu ministre selon le don de la grâce de Dieu qui m&#8217;a été accordée par son opération toute-puissante. 8 C&#8217;est à moi, le moindre de tous les saints, qu&#8217;a été accordée cette grâce d&#8217;annoncer parmi les Gentils la richesse incompréhensible du Christ, 9 et de mettre en lumière, aux yeux de tous, l&#8217;économie du mystère qui avait été caché depuis le commencement en Dieu, le Créateur de toutes choses, 10 afin que les principautés et les puissances dans les cieux connaissent aujourd&#8217;hui, à la vue de l&#8217;Eglise, la sagesse infiniment variée de Dieu, 11 selon le dessein éternel qu&#8217;il a réalisé par Jésus-Christ Notre-Seigneur, 12 en qui nous avons, par la foi en lui, la hardiesse de nous approcher de Dieu avec confiance ».</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Que va annoncer le Pape Pie X ?</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Son annonce, c’est précisément cela : <strong>Instaurare omnia in Christo</strong> : Faire du Christ, à la fois la synthèse de toute l’histoire de l’humanité et la solution de tous les problèmes de l’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à l’apostasie des Nations chrétiennes, saint Pie X ne veut que prêcher le Christ comme le fit sans cesse saint Paul. La devise paulinienne est la devise du pape : « Instaurare omnia in Christo » parce qu’il n’y a qu’un Sauveur, qu’une « pierre angulaire », le Christ Jésus.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est l’enseignement de saint Pierre dès la Pentecôte.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est là une déclaration formelle du Pape Pie X. Il n’a pas d’autre but. Son but n’est nullement temporel.</strong> Il le dit et le répète : « Il s&#8217;en trouvera sans doute qui, appliquant aux choses divines la courte mesure des choses humaines, chercheront à scruter Nos pensées intimes et à les tourner à leurs vues terrestres et à leurs intérêts de parti. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être et que, avec le secours divin, Nous ne serons rien autre, au milieu des sociétés humaines, que le ministre du Dieu qui Nous a revêtu de son autorité.<br />
Ses intérêts sont Nos intérêts ; leur consacrer Nos forces et Notre vie, telle est Notre résolution inébranlable. C&#8217;est pourquoi, si l&#8217;on Nous demande une devise traduisant le fond même de Notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est donc clair, dit Mgr Lefebvre, de la clarté des idées, de la limpidité de la parole. Ici tout est simple.</strong><br />
<strong>On connaît le mal : l’apostasie, l’oubli de Dieu par le naturalisme.</strong><br />
<strong>On connaît le remède : le Christ Jésus dans sa gloire de Rédempteur.</strong><br />
<strong>Ce jugement sur le monde moderne, l’apostasie, cette « riposte » nécessaire : lui prêcher le Christ total : c’est une constante dans l’Eglise. Je veux dire que cet enseignement et cette réaction sont absolument pérennes, de toujours, et universelles, de tout temps, dans l’Eglise jusqu’au Concile Vatican II et « Gaudium et Spes ». Là, un changement radical d’attitude fut clairement affirmé, ne serait-ce que dans l’homélie de clôture prononcée par Paul VI :</strong><br />
<strong>« L’humanisme laïque profane – s’exclama Paul VI – est enfin apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le Concile. La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver, mais cela n’a pas eu lieu…(…). Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme : nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ».</strong><br />
Un discours complètement aux antipodes du cri de l’Apôtre des Gentils et de saint Pie X. Pie X, lui, avait le culte de Dieu et, au monde moderne, prêchait le Christ et son mystère sauveur.<br />
« Nous ne pouvons que redire, dit Pie X, notre intangible volonté d’instaurer toutes choses dans le Christ ». Vous le voyez encore une fois, c’est clair et limpide. On ne peut hésiter sur ce que pense le Saint-Père.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Le laïcisme.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Pour accomplir cette « grande œuvre », il compte sur l’aide des cardinaux et évêques : « Voulant donc entreprendre et poursuivre cette grande oeuvre, Vénérables Frères, ce qui redouble Notre ardeur, c&#8217;est la certitude que vous Nous y serez de vaillants auxiliaires. Si nous en doutions, Nous semblerions vous tenir, et bien à tort, pour mal informés, ou indifférents, en face de la guerre impie qui a été soulevée et qui va se poursuivant presque partout contre Dieu ».<br />
Il jette un nouveau regard sur le monde : « De nos jours, il n&#8217;est que trop vrai, &laquo;&nbsp;les nations ont frémi et les peuples ont médité des projets insensés&nbsp;&raquo; (6) contre leur Créateur ; et presque commun est devenu ce cri de ses ennemis : &laquo;&nbsp;Retirez-vous de nous&nbsp;&raquo; (7). De là, en la plupart, un rejet total de tout respect de Dieu. De là des habitudes de vie, tant privée que publique, où nul compte n&#8217;est tenu de sa souveraineté ».<br />
Voilà constatée l’introduction du laïcisme, de la sécularisation. Plus de religion dans la vie publique ; l’homme est seul à organiser le monde, la société et tout absolument comme si Dieu n’existait plus.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Mais qu’est-ce que le laïcisme ?</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>De la laïcité : le Laïcisme, la Laïcité</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">La « saine laïcité de l’Etat » dans la doctrine de l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;">L’expression est de Pie XII dans un discours aux professeurs et instituteurs de l’enseignement public, le 23 mars 1958.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’est-ce que cela veut dire ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise distingue le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Et cette distinction l’amène à reconnaître une légitime autonomie à l’Etat et aux corps intermédiaires dans leur ordre, leur objet, leur finalité spécifique, i.e. au niveau de leurs compétences propres.</p>
<p style="text-align: justify;">Léon XIII le rappelle dans son encyclique <em>Immortale Dei</em> : « Dieu a donc divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances : la puissance ecclésiastique et la puissance civile ; celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d&#8217;elles en son genre est souveraine ; chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial. Il y a donc comme une sphère circonscrite, dans laquelle chacune exerce son action jure proprio ».</p>
<p style="text-align: justify;">D’où il suit que clercs et laïcs, le clergé et le laïcat, n’ont pas le même rôle à jouer dans l’Eglise et dans la société civile. La « laïcité de l’Etat » reconnue par l’Eglise est l’affirmation des droits et des devoirs du laïcat, des membres laïcs de l’Eglise, de gérer les affaires temporelles, de s’occuper plus spécialement des choses de la cité. Une saine laïcité veille à ce que les membres du clergé ne supplantent pas ordinairement ceux du laïcat dans l’exercice du pouvoir temporel à ses différents échelons.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le cléricalisme contre la saine laïcité de l’Etat.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quand les clercs s’immiscent indûment dans la conduite directe des affaires publiques, il y a cléricalisme. La saine laïcité de l’Etat répond à une juste répartition des charges.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce faisant, nous restons dans l’esprit de la déclaration de l’Episcopat français en 1945 : « Si par laïcité d’Etat on entend proclamer la souveraine autonomie de l’Etat dans son domaine de l’ordre temporel, son droit de régir seul toute l’organisation politique, judiciaire, administrative, fiscale, militaire de la société temporelle et, d’une manière générale, tout ce qui relève de la technique politique et économique, nous déclarons nettement que cette doctrine est pleinement conforme à la doctrine de l’Eglise ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Si le cléricalisme est l’immixtion du clergé dans le domaine politique de l’Etat, ou cette tendance que pourrait avoir une société spirituelle à se servir des pouvoirs publics pour satisfaire sa volonté de domination, nous déclarons bien haut que nous condamnons le cléricalisme comme contraire à l’authentique doctrine de l’Eglise ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une laïcité malsaine.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le passage cité plus haut <em>d’Immortale Dei</em> sur la distinction des pouvoirs continue ainsi :</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, leur autorité s&#8217;exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu&#8217;une seule et même chose, bien qu&#8217;à un titre différent, mais pourtant une seule et même chose ressortisse à la juridiction et au jugement de l&#8217;une et de l&#8217;autre puissances. Il était donc digne de la sage Providence de Dieu, qui les a établies toutes les deux, de leur tracer leur voie et leur rapport entre elles. Les puissances qui sont ont été disposées par Dieu (17).</p>
<p style="text-align: justify;">…Il est donc nécessaire qu&#8217;il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui, dans l&#8217;homme, constitue l&#8217;union de l&#8217;âme et du corps ».</p>
<p style="text-align: justify;">Distinguer les deux pouvoirs n’est donc pas les séparer. Car la politique a un rôle important à jouer quoiqu’indirect, en vue du bien du salut des âmes.</p>
<p style="text-align: justify;">« Si la nature elle-même a institué la société, tant domestique que civile, déclare Léon XIII dans <em>Sapientiæ christianæ,</em> ce n’a pas été pour qu’elle fût la fin dernière de l’homme mais pour qu’il trouvât en elle et après elle, des secours qui le rendissent capable d’atteindre à sa perfection.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ces raisons, le Pape Pie XI refuse la scission entre la politique et la religion. Il écrit dans l’Encyclique <em>Maximam gravissimam</em> &nbsp;&raquo; : « Toutes les fois que par « laïcité » on entend un sentiment ou une intention contraire, ou étranger à Dieu et à la religion, Nous réprouvons entièrement cette « laïcité » et nous déclarons qu’elle doit être reprouvée ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voici en présence d’une laïcité de toute autre nature que la précédente :</p>
<p style="text-align: justify;">– la première s’efforçait de rendre à César « ce qui est à César, mais sans rien négliger de ce qui est à Dieu ;</p>
<p style="text-align: justify;">– la seconde, au contraire, sous prétexte de rendre à César ce qui est à César » refuse à Dieu ce qui lui revient.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle lui concède bien l’adoration privée, mais lui refuse le droit à l’adoration publique. Elle peut accepter le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les cœurs, mais elle affirme que les lois civiles se fondent en dehors de Jésus-Christ ou même contre Lui. Comme si l’Eglise, fondée sur la loi de charité, pouvait abandonner ses fils à une société qui ne conduit par à Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous repoussons cette laïcité malsaine :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">– parce que c’est la peste qui infeste les nations ;</p>
<p style="text-align: justify;">– à cause de notre foi. Si Jésus est vraiment Roi universel, si son Père lui a donné les nations en héritage, on comprend mal comment on pourrait lui soustraire une partie de son royaume, celle qui concerne la vie publique des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la doctrine exprimée par <em>Quas Primas</em> de Pie XI : 21. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l&#8217;obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d&#8217;obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le Dernier Jugement, où le Christ accusera ceux qui l&#8217;ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l&#8217;ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles ; car sa dignité royale exige que l&#8217;État tout entier se règle sur les Commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l&#8217;établissement des lois, dans l&#8217;administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Mit Brennender Sorge</em>, Pie XI écrivait condamnant le nazisme : « Bannir le christianisme confessionnel, c’est-à-dire la conception claire et précise du Christianisme, de l’enseignement et de l’éducation, de l’organisation de la vie sociale et publique, c’est aller à l’appauvrissement spirituel et à la décadence » :</p>
<p style="text-align: justify;">– à cause de sa propre philosophie qui est le naturalisme et le rationalisme. Il refuse toute référence explicite à Dieu et à sa Loi. Il refuse de fonder les lois sur Dieu. Le laïcisme est un vrai néo-paganisme. Il nous ramène plus bas que le paganisme qui fondait la vie sociale sur la religion. Dieu doit rester étranger à la société politique. A en croire le laïcisme, les formes sacrales des structures sociales seraient dépassées ;</p>
<p style="text-align: justify;">– enfin, le laïcisme et la laïcité républicaine sont inacceptables parce qu’ils fondent la société sur la volonté de l’homme et non sur Dieu. Ils sont l’émanation de la Révolution qui, selon Albert de Mun est « une doctrine qui prétend fonder la société sur la volonté de l’homme au lieu de la fonder sur la volonté de Dieu. Elle se manifeste par un système social, politique et économique éclos dans le cerveau des Philosophes, sans souci de la tradition et caractérisé par la négation de Dieu sur la société publique. C’est là qu’est la Révolution et c’est là qu’il faut l’attaquer ». « Le reste n’est rien, ou plutôt tout découle de là, de cette révolte orgueilleuse d’où est sorti l’Etat moderne, l’Etat qui a pris la place de tout, qui est devenu dieu et que nous nous refusons à adorer. La contre-révolution c’est le principe contraire, c’est la doctrine qui fait reposer la société sur la loi chrétienne ».</p>
<p style="text-align: justify;">Après le rappel de ces quelques notions sur la saine laïcité, sur la laïcité malsaine ou laïcisme ou la laïcité républicaine, vous comprendrez plus facilement ce que j’ai écrit un jour sur mon site le 19 septembre 2011 :</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>« de la laïcité républicaine ».</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Je connais un courant de pensée, très actuel, très influent sur beaucoup, courant de pensée qui a pris résolument le parti de mépriser Dieu et qui le hait très franchement. Je veux parler du « laïcisme » ou, si vous préférez, de la « laïcité républicaine ». Cette « laïcité » a choisi. Elle le dit. Elle l’affirme. Elle a choisi la haine de Dieu. « Nul ne peut choisir deux maîtres, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre ».</p>
<p style="text-align: justify;">La laïcité républicaine, durant tout le cours du XXe siècle, et encore au XXIe siècle , s’est dressée, s’est attaquée, avec tout son cortège de lois contre les Congrégations et les écoles catholiques, s’est attaquée à la religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ parce qu’elle aspirait à en être une autre, « supérieure », « meilleure ». Ce fut l’enjeu des grandes batailles, de 1880 à 1905-1906, qui ont tellement secoué le pays. Forte de ces victoires, la Laïcité républicaine s’établissait en notre pays comme une sorte de religion d’Etat, excluant le Christianisme de tout l’espace public et réduisant le culte catholique à une affaire privée, à « une croyance subjective et muette », comme le dit très justement Jean Madiran dans son livre La laïcité dans l’Eglise (p. 3).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est bien cela.</p>
<p style="text-align: justify;">La laïcité républicaine, c’est bien le dogme d’une religion d’Etat qui, non seulement s’oppose à l’Eglise par haine de Dieu, mais a même réussi à intégrer l’Eglise pour essayer de la corrompre. Sa haine de Dieu est si grande… Jean Madiran parlera alors d’« un entrisme de la laïcité républicaine dans l’Eglise ». J’en donnerai la preuve un peu plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au préalable, permettez-moi de rappeler ce qu’est le laïcisme ou la laïcité républicaine. <strong>Littré et Renan</strong> nous en donneront les principes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Littré, d’abord.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il nous dit : « C’est la conception politique et sociale impliquant la séparation de la religion et de la société civile ». « …impliquant la séparation de la religion et de la société civile ». Pour l’Eglise, ces deux pouvoirs, le spirituel et le temporel, sont distincts, l’un n’est pas l’autre, ce qui ressort clairement de l’enseignement de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Mais s’ils sont « distincts », ils ne sont pas « séparés ». Ils sont « distincts », mais non « séparés », non « opposés ». Ils doivent être invités, au contraire, à « coopérer ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Littré, lui, lorsqu’il parle de la laïcité, de la laïcité républicaine, parle d’une conception politique et sociale qui implique « la séparation de la religion et de la société civile ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous remarquerez que Littré parle non pas du « pouvoir temporel ». Mais il utilise l’expression « société civile ». Ce terme est très large. Il ne se limite pas au seul pouvoir politique. Il s’étend à tout ce qui n’est pas la société ecclésiastique. Et donc pour Littré, « séparer la religion de la société civile », c’est séparer l’Etat de l’Eglise, mais plus encore, c’est séparer la religion de toute l’étendue de la vie publique, la réduire à rester enfermée dans la vie privée. Dieu ne peut plus posséder la moindre parcelle de son propre domaine. Rien ne relève plus de Lui. Le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir administratif, le pouvoir éducatif, ne relèvent plus de Dieu. Ils ne relèvent que de l’Etat qui ne relève que de sa propre raison, raison qui, par principe, refuse Dieu et sa Lumière. Ils ne relèvent que de l’idéologie rationaliste, que « du libre débat » et du « consensus social ». Le seul dogme que reconnaît la laïcité républicaine, c’est qu’il n’y a rien d’antérieur et de supérieur à l’humain et à sa propre pensée. Dieu n’a pas son mot à dire. Tout relève de l’homme. « Il n’y a pas de loi morale antérieure à la loi civile », disait Jacques Chirac, alors Président de la République. La vie publique, les mœurs publiques ou privées ne relèvent plus en rien du domaine divin. Ils sont autonomes et propres. C’est donc l’affirmation du « refus de quoi que ce soit qui soit supérieur à l’arbitraire humain ». Le laïcisme ne vous demande pas d’abjurer publiquement la foi en Dieu, comme au temps du pouvoir romain impérial. Il vous demande et vous impose de la garder en silence. « Dieu est interdit en public », il est interdit en politique. Il est interdit dans les problèmes de société. Il est interdit dans « la démocratie des mœurs ».</p>
<p style="text-align: justify;">« <strong>Démocratie des mœurs</strong> », qu’est-ce à dire ? Autrefois, la démocratie, c’était le régime politique où le suffrage universel permettait la nomination du personnel politique. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement cela. La « démocratie des mœurs », c’est la démocratie dans laquelle la « règle ne peut naître que du libre débat » et qui veut que « toute référence à un principe soit elle-même soumise à la discussion », au seul consensus populaire. C’est donc, par principe, l’exclusion de toute référence aux lois éternelles du Décalogue divin. Ce n’est pas nécessairement son exclusion, mais c’est la libre discussion des principes divins. Aucune autorité supérieure à l’humain n’est admissible, Dieu compris. La laïcité républicaine, c’est le refus laïque ou la libre discussion jusqu’à l’exclusion de toute loi religieuse ou naturelle supérieure à l’homme. La haine de Dieu et de l’Eglise est totale. C’est un anthropocentrisme absolu qui refuse toute lumière divine. C’est pourquoi ce régime ne peut qu’engendrer, in fine, l’anarchie mentale et sociale et le nihilisme intellectuel puisque sa philosophie, la seule qu’il admette, c’est de se libérer de tout dogme et du Décalogue. Et c’est pourquoi elle est capable de faire la promotion, par exemple, de choses tellement contre nature : l’avortement, par exemple, l’homosexualité, autre exemple&#8230; ce qui est le signe d’une rupture totale avec le Dieu créateur et les lois de sa Création.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et Renan,</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans son discours pour la réception de Pasteur à l’Académie, le 27 avril 1882, parlait bien lui aussi au sujet de la laïcité républicaine de « neutralité » et de « tolérance » envers les religions, mais il ajoutait un point fondamental : C’est le régime qui force l’Eglise à lui obéir sur ce point capital. Ce point est capital, en effet. Avec la laïcité, il ne peut y avoir un pouvoir « confessionnel ». Mais la laïcité veut plus. Elle ne se contente pas d’avoir un Etat séparé de l’Eglise, neutre et tolérant. Elle veut que cet Etat, au nom de la tolérance et de la neutralité « force l’Eglise à lui obéir » et donc, l’oblige à reconnaître cette séparation du temporel d’avec Dieu, qu’elle le confesse même en doctrine, qu’elle reconnaisse que le pouvoir temporel est autonome, qu’il n’a pas à être soumis à une loi morale qui lui soit supérieure. Et parce que la laïcité républicaine veut que l’Eglise se taise et lui obéisse sur ce point, elle exige de l’Eglise qu’elle accepte et reconnaisse la supériorité de la loi civile sur l’ordre moral chrétien.</p>
<p style="text-align: justify;">Le temps passa… Et le Président de l’Episcopat français, le 30 janvier 2004, alors le Cardinal Ricard, donna un grand entretien au Figaro, et dans cette entretien, déclara : « Toutes les composantes religieuses doivent avoir droit de cité (dans l’Etat), publiquement, à condition de savoir aussi donner leur place aux autres et de ne pas se mettre en contradiction avec les grands principes de la République ».</p>
<p style="text-align: justify;">On croit rêver ! Et voilà que Mgr Ricard se met à reconnaître la légitimité « des composantes religieuses », y compris l’Eglise catholique, dans la fidèle docilité « aux grands principes de la République ». Relisons, dit finement Jean Madiran. Conditions pour qu’une religion ait droit à l’existence dans la République française : ne pas se mettre en contradiction avec « les grands principes de la République ». Mais ces grands principes… ce sont les droits de l’homme sans Dieu et parmi eux, c’est le droit à l’avortement, c’est l’éducation morale des enfants arrachés aux familles. Demain, peut-être parmi ces grands principes, on verra figurer le droit de l’euthanasie, le mariage homosexuel et Dieu sait quoi encore ! Plus fondamentalement encore, quelles que soient les suites de l’évolution fantaisiste des « grands principes de la République », le droit de cité de l’Eglise catholique ne peut dépendre de la conformité à une loi politique, fut-ce constitutionnelle. La seule légitimité de l’Eglise, c’est la mission qu’elle reçut de son Maître Jésus : « Allez enseigner toutes les nations ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et Jean Madiran de conclure dans son livre La laïcité dans l’Eglise : « Et ce fut un jour sombre, annonciateur de grands malheurs, ce jour du 30 janvier 2004 où le Président de l’Episcopat français situa la légitimité de l’Eglise ailleurs que dans sa mission divine » (p. 80).</p>
<p style="text-align: justify;">Reprenons le texte de saint Pie X :</p>
<p style="text-align: justify;">Et le pape ajoute : « Bien plus, il n&#8217;est effort ni artifice que l&#8217;on ne mette en œuvre pour abolir entièrement son souvenir et jusqu&#8217;à sa notion ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il est clair qu’il y a un combat. Il y a une lutte contre le Christ et son Eglise. C’est tout le travail de la Révolution.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Révolution.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce sujet voir le livre de<strong> Jean Ousset</strong>, Pour qu’il règne (PQR), surtout son chapitre 2, les pages 119 à 173 :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mgr Gaume</strong> est celui qui définit le mieux la Révolution ;</p>
<p style="text-align: justify;">PQR p. 122 : « Si arrachant son masque, vous lui demandez qui es-tu ? Elle vous dira : je ne suis pas ce que l’on croit. Beaucoup parlent de moi et bien peu me connaissent. Je ne suis ni le carbonarisme… ni l’émeute… ni le changement de la monarchie en république, ni la substitution d’une dynastie en une autre, ni le trouble momentané de l’ordre public. Je ne suis ni les hurlements des Jacobins, ni les fureurs de la Montagne, ni le combat des barricades, ni le pillage, ni l’incendie, ni la loi agraire, ni la guillotine, ni les noyades. Je ne suis ni Marat, ni Robespierre, ni Babeuf, ni Mazzini, ni Kossuth. Ces hommes sont mes fils, ils ne sont pas moi. Ces choses sont mes œuvres, elles ne sont pas moi. Ces hommes et ces choses sont des faits passagers et moi je suis un état permanent. Je suis la haine de tout ordre que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble. Je suis la proclamation des droits de l’homme sans souci des droits de Dieu. Je suis la fondation de l’état religieux et social sur la volonté de l’homme au lieu de la volonté de Dieu. Je suis Dieu détrôné et l’homme a sa place (l’homme devenant à lui-même sa fin). Voilà pourquoi je m’appelle Révolution, c’est-à-dire renversement ».</p>
<p style="text-align: justify;">N.B. : Je vous conseille de lire également et d’étudier le livre de Mgr Freppel sur la Révolution qu’il écrivit à l’occasion du centenaire de l’anniversaire de la Révolution de 1789. Je vous conseille aussi de lire l’étude du Père de Clorivière sur la Révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">La Révolution est, comme vous le comprenez par cette simple citation, une œuvre satanique. Nous l’avons vu plus haut, Satan refusa de se soumettre à l’ordre divin. Ainsi de la Révolution. Elle a la haine du Christ et de son Eglise. La Révolution a la haine de l’ordre surnaturel, celui fondé et voulu par Dieu, et réalisé dans le Christ, et perpétué par son Eglise. Elle cherche à éliminer l’ordre surnaturel. C’est ce que dit Pie X. C’est le refus de la soumission amoureuse de la créature à la Sainte Trinité. C’est un acharnement inlassable contre l’œuvre de salut et de restauration du Verbe Incarné. Ainsi nous comprenons bien que le résultat de la Révolution sur le plan des idées, c’est le Naturalisme (défini plus haut).</p>
<p style="text-align: justify;">La Révolution a donc la haine de l’ordre créé par Dieu. Détruire son œuvre sera son but.</p>
<p style="text-align: justify;">La Révolution a donc la haine de l’ordre chrétien. Elle s’en prendra au Christ. Et à son Eglise. Jules Ferry dira : « Mon but est d’organiser l’humanité sans Dieu ». Clémenceau dira dans le même sens : « Depuis la Révolution, nous sommes en révolte contre l’autorité divine et humaine ». Ou encore : « Rien ne sera fait dans ce pays tant qu’on n’aura pas changé l’état d’esprit qui y a introduit l’autorité catholique ». Viviani disait : « Nous ne sommes pas seulement en présence des congrégations, nous sommes en face de l’Eglise Catholique pour la combattre, pour lui livrer une guerre d’extermination ».</p>
<p style="text-align: justify;">La Révolution a la haine du prêtre, parce que c’est l’homme du Sacrifice de la Messe qui est le renouvellement du Sacrifice de la Croix. Et le Sacrifice de la Croix a réconcilié l’homme avec Dieu, l’ordre initial se trouve rétabli par une union nouvelle du surnaturel et du naturel. Union détruite par le péché originel de nos premiers parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur cette idée, lire absolument le très beau passage de Jean Ousset : PQR, pp. 126-127.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Révolution est ainsi une véritable contre-Eglise.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Elle a la haine de l’homme comme créature de Dieu et cherche avant tout à l’avilir, à le « carnaliser », haine de l’homme parce que cette créature doit prendre la place des démons dans le ciel…</p>
<p style="text-align: justify;">Elle veut la destruction de l’ordre politique et social pour arriver au super Etat, l’ancien rêve judaïque (PQR, pp.156-162).</p>
<p style="text-align: justify;">La Révolution, en un mot, c’est l’antéchrist puisque l’antéchrist a la haine de tout ce qu’est le Christ (définition de l’antéchrist par le Cardinal Pie dans Le Cardinal Pie de A à Z, p.84).</p>
<p style="text-align: justify;">Et saint Pie X en parle dans son encyclique : « Qui pèse ces choses a droit de craindre qu&#8217;une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement &laquo;&nbsp;le fils de perdition&nbsp;&raquo; dont parle l&#8217;Apôtre (8 II Thess. II, 3) n&#8217;ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l&#8217;audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout à l&#8217;attaque de la religion, on bat en brèche les dogmes de la foi, on tend d&#8217;un effort obstiné à anéantir tout rapport de l&#8217;homme avec la Divinité ! En revanche, et c&#8217;est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l&#8217;Antéchrist, l&#8217;homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s&#8217;élevant &laquo;&nbsp;au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C&#8217;est à tel point que, impuissant à éteindre complètement en soi la notion de Dieu, il secoue cependant le joug de sa majesté, et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables. Il siège dans le temple de Dieu, où il se montre comme s&#8217;il était Dieu lui-même&nbsp;&raquo; (9) (II Thess. II, 2).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une belle analyse des temps présents.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Dieu remportera la victoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré ce combat acharné contre Dieu et son ordre, Dieu aura, c’est certain, la victoire.</p>
<p style="text-align: justify;">« Quelle sera l&#8217;issue de ce combat livré à Dieu par de faibles mortels, nul esprit sensé ne le peut mettre en doute. Il est loisible assurément, à l&#8217;homme qui veut abuser de sa liberté, de violer les droits et l&#8217;autorité suprême du Créateur ; mais au Créateur reste toujours la victoire. Et ce n&#8217;est pas encore assez dire : la ruine plane de plus près sur l&#8217;homme justement quand il se dresse plus audacieux dans l&#8217;espoir du triomphe. C&#8217;est de quoi Dieu lui-même nous avertit dans les Saintes Ecritures : &laquo;&nbsp;Il ferme les yeux&nbsp;&raquo;, disent-elles, &laquo;&nbsp;sur les péchés des hommes&nbsp;&raquo; (10), comme oublieux de sa puissance et de sa majesté; mais bientôt, après ce semblant de recul, &laquo;&nbsp;se réveillant ainsi qu&#8217;un homme dont l&#8217;ivresse a grandi la force&nbsp;&raquo; (11), &laquo;&nbsp;il brise la tête de ses ennemis&nbsp;&raquo; (12), afin que tous sachent que &laquo;&nbsp;le roi de toute la terre, c&#8217;est Dieu&nbsp;&raquo; (13), &laquo;&nbsp;et que les peuples comprennent qu&#8217;ils ne sont que des hommes&nbsp;&raquo; (14) ».</p>
<p style="text-align: justify;">Que dirait le Pape aujourd’hui où le mal ne cesse de grandir, où l’avortement ne cesse de tuer des innocents, où l’on va légaliser l’euthanasie, où il est déjà légaliser dans certains pays d’Europe… où on légalise des unions contre nature… Quoi qu’il en soit de ce mal et de sa progression, la victoire appartient à Dieu. Le pape cite les paroles de l’Ecriture : « Il brise la tête de ses ennemis&nbsp;&raquo; (12), afin que tous sachent que &laquo;&nbsp;le roi de toute la terre, c&#8217;est Dieu&nbsp;&raquo; (13), &laquo;&nbsp;et que les peuples comprennent qu&#8217;ils ne sont que des hommes » (14).</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Le triomphe de Dieu.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Ce triomphe de Dieu est certain, la foi nous en donne la certitude : « Tout cela, Vénérables Frères, nous le tenons d&#8217;une foi certaine et nous l&#8217;attendons ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais nous devons travailler pour hâter ce triomphe, non seulement par la prière, mais aussi par l’action des œuvres : « Mais cette confiance ne nous dispense pas, pour ce qui dépend de nous, de hâter l&#8217;œuvre divine, non seulement par une prière persévérante : &laquo;&nbsp;Levez-vous, Seigneur, et ne permettez pas que l&#8217;homme se prévale de sa force&nbsp;&raquo; (15), mais encore, et c&#8217;est ce qui importe le plus, par la parole et par les œuvres, au grand jour, en affirmant et en revendiquant pour Dieu la plénitude de son domaine sur les hommes et sur toute créature, de sorte que ses droits et son pouvoir de commander soient reconnus par tous avec vénération et pratiquement respectés ».</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Le salut par la reconnaissance des droits de Dieu et de Jésus-Christ.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà de nouveau affirmer la ferme résolution du Pape, son programme : travailler au règne de Dieu, de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Pour saint Pie X, il n’est pas question de parler des « droits de l’homme », de parler de « nouvel humanisme », comme le fit Paul VI à la clôture du Concile Vatican II. Non, il s’agit de prêcher Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est par lui que viendront le salut et la paix. Redonner à Dieu la plénitude de son domaine sur toutes créatures. Et que son souverain domaine, son dominium, soit reconnu et confessé par tous. Alors la paix règnera.</p>
<p style="text-align: justify;">« Redonner à Dieu son dominium » et le « faire reconnaître par tous » : voilà les devoirs qu’il faut accomplir. Et c’est ainsi que l’on contribuera à l’établissement de l’ordre et de la paix : « Chasser Dieu, c’est bannir la justice, et la justice écartée, toute espérance de paix devient une chimère ; la paix, c’est l’œuvre de la justice. Pax opus justitiae ». Car la paix est l’œuvre de la justice. Et la justice c’est rendre à Dieu son dû. Or son dû, c’est reconnaître son dominium sur toutes choses. C’est donc par la justice que règnera la paix. Rétablir les droits de Dieu et la paix règnera. Il faut donc travailler à fomenter le parti de l’ordre, c’est-à-dire le parti de la paix, c’est-à-dire le parti de Dieu. Il y a comme une trilogie dans la pensée du pape : Dieu, la justice à l’égard de Dieu, l’ordre, la paix sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">« Sans doute, le désir de la paix est dans tous les cœurs, et il n&#8217;est personne qui ne l&#8217;appelle de tous ses vœux. Mais cette paix, insensé qui la cherche en dehors de Dieu ; car chasser Dieu, c&#8217;est bannir la justice ; et la justice écartée, toute espérance de paix devient une chimère. &laquo;&nbsp;La paix est l&#8217;œuvre de la justice&nbsp;&raquo; (16). Il en est, et en grand nombre, Nous ne l&#8217;ignorons pas, qui, poussés par l&#8217;amour de la paix, c&#8217;est-à-dire de la tranquillité de l&#8217;ordre, s&#8217;associent et se groupent pour former ce qu&#8217;ils appellent le parti de l&#8217;ordre. Hélas ! Vaines espérances, peines perdues ! De partis d&#8217;ordre capables de rétablir la tranquillité au milieu de la perturbation des choses, il n&#8217;y en a qu&#8217;un : le parti de Dieu. C&#8217;est donc celui-là qu&#8217;il nous faut promouvoir ; c&#8217;est à lui qu&#8217;il nous faut amener le plus d&#8217;adhérents possible, pour peu que nous ayons à cœur la sécurité publique ».</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà qui est clair ! Voilà ce que nous n’entendons plus aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Le discours de Jean-Paul II à l’Unesco, le 2 juin 1980.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Ce discours, prononcé à l’occasion de son voyage apostolique en France à Paris et à Lisieux, en 1980, il faut le lire pour voir la différence avec la parole de saint Pie X.</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir remercié les assistants de l’Unesco de leur accueil et de leurs paroles courtoises, le Pape entre dans le vif du sujet et dans son paragraphe 4, il ne craint pas de dire :</p>
<p style="text-align: justify;">« 4. Il y quand même – et je l’ai souligné dans mon discours à l’ONU en me référant à la Déclaration Universelle des Droits de l’homme – une dimension fondamentale, qui est capable de bouleverser jusque dans leurs fondements, les systèmes qui structurent l’ensemble de l’humanité et de libérer l’existence humaine, individuelle et collective, des menaces qui pèsent sur elle. Cette dimension fondamentale, c’est l’homme, l’homme dans son intégralité, l’homme qui vit en même temps dans la sphère des valeurs matérielles et dans celle des valeurs spirituelles. Le respect des droits inaliénables de la personne humaine est à la base de tout » [1].</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Pie X, sur ce même sujet, à savoir sur les menaces qui pèsent sur l’humanité, dit qu’il faut revenir à Dieu ; Jean-Paul II, lui, dit qu’il faut revenir à l’homme, dans toutes ses dimensions, matérielles et spirituelles. Il faut revenir au respect des « droits inaliénables de la personne humaine». Ce respect est « à la base de tout ».</p>
<p style="text-align: justify;">On voit la différence qui existe dans la pensée de Jean-Paul II et de saint Pie X. Pour l’un, c’est l’homme et l’humanisme qui est à la base de tout. Pour l’autre, c’est Dieu, revenir à Dieu et au respect de droits de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Et il poursuit dans son paragraphe 5 en appelant non pas à Dieu et à ses droits sur sa créature, mais à « la conscience humaine ». Il dit que le grand moyen pour réaliser la paix dans le monde, c’est de donner sa place à la conscience, de « faire prendre conscience » aux gens du danger que court le monde si on ne fait pas d’efforts pour rétablir la paix :</p>
<p style="text-align: justify;">« 5. A l’origine de l’UNESCO, comme aussi à la base de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, se trouvent donc ces premières nobles impulsions de la conscience humaine, de l’intelligence et de la volonté. J’en appelle à cette origine, à ce commencement, à ces prémisses et à ces premiers principes. C’est en leur nom que je viens aujourd’hui à Paris, au siège de votre Organisation – (dans sa première encyclique, saint Pie X invoquait expressément le nom de Dieu, voulait développer le parti de Dieu) – et avec une prière : qu’au terme d’une étape de plus de trente ans de vos activités, vous vouliez vous unir encore davantage autour de ces idéaux et des principes qui se trouvèrent au commencement. C’est en leur nom aussi que je me permettrai maintenant de vous proposer quelques considérations vraiment fondamentales, car c’est seulement à leur lumière que resplendit pleinement la signification de cette institution qui a pour nom UNESCO, Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et dans les considérations qui suivent, sur plus de vingt paragraphes, Jean-Paul II ne parle pas une seule fois de Dieu et de son Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a de belles considérations sur la nation nécessaire au développement de la culture. Ce sont les paragraphes 14 à 16 :</p>
<p style="text-align: justify;">14. Si, au nom de l’avenir de la culture, il faut proclamer que l’homme a le droit d’« être » plus, et si pour la même raison il faut exiger un sain primat de la famille dans l’ensemble de l’œuvre de l’éducation de l’homme à une véritable humanité, il faut aussi situer dans la même ligne le droit de la Nation ; il faut le placer lui aussi à la base de la culture et de l’éducation.</p>
<p style="text-align: justify;">La Nation est en effet la grande communauté des hommes qui sont unis par des liens divers, mais surtout, précisément, par la culture. La Nation existe « par » la culture et « pour » la culture, et elle est donc la grande éducatrice des hommes pour qu’ils puissent « être davantage » dans la communauté.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle est cette communauté qui possède une histoire dépassant l’histoire de l’individu et de la famille.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est aussi dans cette communauté, en fonction de laquelle toute famille éduque, que la famille commence son œuvre d’éducation par ce qui est le plus simple, la langue, permettant ainsi à l’homme qui en est à ses débuts d’apprendre à parler pour devenir membre de la communauté qu’est sa famille et sa Nation. En tout ce que je proclame maintenant et que je développerai encore davantage, mes mots traduisent une expérience particulière, un témoignage particulier en son genre.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis fils d’une Nation qui a vécu les plus grandes expériences de l’histoire, que ses voisins ont condamnée à mort à plusieurs reprises, mais qui a survécu et qui est restée elle-même. Elle a conservé son identité, et elle a conservé, malgré les partitions et les occupations étrangères, sa souveraineté nationale, non en s’appuyant sur les ressources de la force physique, mais uniquement en s’appuyant sur sa culture. Cette culture s’est révélée en l’occurrence d’une puissance plus grande que toutes les autres forces.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que je dis ici concernant le droit de la Nation au fondement de sa culture et de son avenir n’est donc l’écho d’aucun « nationalisme », mais il s’agit toujours d’un élément stable de l’expérience humaine et des perspectives humanistes du développement de l’homme. Il existe une souveraineté fondamentale de la société qui se manifeste dans la culture de la Nation. Il s’agit de la souveraineté par laquelle, en même temps, l’homme est suprêmement souverain. Et quand je m’exprime ainsi, je pense également, avec une émotion intérieure profonde, aux cultures de tant de peuples antiques qui n’ont pas cédé lorsqu’ils se sont trouvés confrontés aux civilisations des envahisseurs : et elles restent encore pour l’homme la source de son « être » d’homme dans la vérité intérieure de son humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense aussi avec admiration aux cultures des nouvelles sociétés, de celles qui s’éveillent à la vie dans la communauté de la propre Nation – tout comme ma Nation s’est éveillée à la vie il y a dix siècles – et qui luttent pour maintenir leur propre identité et leurs propres valeurs contre les influences et les pressions de modèles proposés de l’extérieur.</p>
<p style="text-align: justify;">15. En m’adressant à vous, Mesdames et Messieurs, vous qui vous réunissez en ce lieu depuis plus de trente ans maintenant au nom de la primauté des réalités culturelles de l’homme, des communautés humaines, des peuples et des Nations, je vous dis : veillez, par tous les moyens à votre disposition, sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque Nation en vertu de sa propre culture.</p>
<p style="text-align: justify;">Protégez-la comme la prunelle de vos yeux pour l’avenir de la grande famille humaine. Protégez-la ! Ne permettez pas que cette souveraineté fondamentale devienne la proie de quelque intérêt politique ou économique. Ne permettez pas qu’elle devienne victime des totalitarismes, impérialismes ou hégémonies, pour lesquels l’homme ne compte que comme objet de domination et non comme sujet de sa propre existence humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ceux-là aussi, la Nation – leur propre Nation ou les autres – ne compte que comme objet de domination et appât d’intérêts divers, et non comme sujet : le sujet de la souveraineté provenant de la culture authentique qui lui appartient en propre. N’y a-t-il pas, sur la carte de l’Europe et du monde, des Nations qui ont une merveilleuse souveraineté historique provenant de leur culture, et qui sont pourtant, en même temps, privées de leur pleine souveraineté ? N’est-ce pas un point important pour l’avenir de la culture humaine, important surtout à notre époque, quand il est tellement urgent d’éliminer les restes du colonialisme ?</p>
<p style="text-align: justify;">16. Cette souveraineté qui existe et qui tire son origine de la culture propre de la Nation et de la société, du primat de la famille dans l’œuvre de l’éducation et, enfin, de la dignité personnelle de tout homme, doit rester le critère fondamental dans la manière de traiter ce problème important pour l’humanité d’aujourd’hui qu’est le problème de moyens de communication sociale (de l’information qui leur est liée, et aussi de ce qu’on appelle la « culture de masse »).</p>
<p style="text-align: justify;">Vu que ces moyens sont les moyens « sociaux » de la communication, ils ne peuvent être des moyens de domination sur les autres, de la part des agents du pouvoir politique comme de celle des puissances financières qui imposent leur programme et leur modèle.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils doivent devenir le moyen – et quel important moyen ! – d’expression de cette société qui se sert d’eux, et qui en assure aussi l’existence. Ils doivent tenir compte des vrais besoins de cette société. Ils doivent tenir compte de la culture de la Nation et de son histoire. Ils doivent respecter la responsabilité de la famille dans le domaine de l’éducation. Ils doivent tenir compte du bien de l’homme, de sa dignité. Ils ne peuvent pas être soumis au critère de l’intérêt, du sensationnel et du succès immédiat, mais, en tenant compte des exigences de l’éthique, ils doivent servir à la construction d’une vie « plus humaine ».</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, il salue les hommes de science et les félicite des progrès qu’ils ont su faire pour le bien de l’humanité. Mais qu’ils ne dissocient pas science et éthique, ce qui est advenu sous les régimes totalitaires :</p>
<p style="text-align: justify;">« 20. Votre Organisation est un lieu de rencontre, d’une rencontre qui englobe, dans son sens le plus large, tout le domaine si essentiel de la culture humaine. Cet auditoire est donc l’endroit tout indiqué pour saluer tous les hommes de science, et rendre hommage particulièrement à ceux qui sont ici présents, et qui ont obtenu pour leurs travaux la plus haute reconnaissance et les plus éminentes distinctions mondiales. Qu’il me soit permis dès lors d’exprimer aussi certains souhaits qui, je n’en doute pas, rejoignent la pensée et le cœur des membres de cette auguste assemblée.</p>
<p style="text-align: justify;">Autant nous édifie dans le travail scientifique – nous édifie et aussi nous réjouit profondément – cette marche de la connaissance désintéressée de la vérité que le savant sert avec le plus grand dévouement et parfois au risque de sa santé et même de sa vie, autant doit nous préoccuper tout ce qui est en contradiction avec les principes de désintéressement et d’objectivité, tout ce qui ferait de la science un instrument pour atteindre des buts qui n’ont rien à voir avec elle. Oui, nous devons nous préoccuper de tout ce qui propose et présuppose ces seuls buts scientifiques en exigeant des hommes de science qu’ils se mettent à leur service sans leur permettre de juger et de décider, en toute indépendance d’esprit, de l’honnêteté humaine et éthique de tels buts, ou en les menaçant d’en porter les conséquences quand ils refusent d’y contribuer.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces buts non scientifiques dont je parle, ce problème que je pose, ont-ils besoin de preuves ou de commentaires? Vous savez à quoi je me réfère; qu’il suffise de faire allusion au fait que parmi ceux qui furent cités devant les tribunaux internationaux, à la fin de la dernière guerre mondiale, il y avait aussi des hommes de science. Mesdames et Messieurs, je vous prie de me pardonner ces paroles, mais je ne serais pas fidèle aux devoirs de ma charge si je ne les prononçais pas, non pas pour revenir sur le passé, mais pour défendre l’avenir de la science et de la culture humaine; plus encore, pour défendre l’avenir de l’homme et du monde! Je pense que Socrate qui, dans sa rectitude peu commune, a pu soutenir que la science est en même temps vertu morale, devrait en rabattre de sa certitude s’il pouvait considérer les expériences de notre temps ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’adresse enfin aux savants qui doivent servir la vie et non la détruire.</p>
<p style="text-align: justify;">« 21. Nous nous en rendons compte, Mesdames et Messieurs, l’avenir de l’homme et du monde est menacé, radicalement menacé, en dépit des intentions, certainement nobles, des hommes de savoir, des hommes de science. Et il est menacé parce que les merveilleux résultats de leurs recherches et de leurs découvertes, surtout dans le domaine des sciences de la nature, ont été et continuent d’être exploités – au préjudice de l’impératif éthique – à des fins qui n’ont rien à voir avec les exigences de la science, et jusqu’à des fins de destruction et de mort, et ceci à un degré jamais connu jusqu’ici, causant des dommages vraiment inimaginables.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que la science est appelée à être au service de la vie de l’homme, on constate trop souvent qu’elle est asservie à des buts qui sont destructeurs de la vraie dignité de l’homme et de la vie humaine. C’est le cas lorsque la recherche scientifique elle-même est orientée vers ces buts ou quand ses résultats sont appliqués à des fins contraires au bien de l’humanité. Ceci se vérifie aussi bien dans le domaine des manipulations génétiques et des expérimentations biologiques que dans celui des armements chimiques, bactériologiques ou nucléaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Il parle ensuite de la menace nucléaire qui pèse sur le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">« Deux considérations m’amènent à soumettre particulièrement à votre réflexion la menace nucléaire que pèse sur le monde d’aujourd’hui et qui, si elle n’est pas conjurée, pourrait conduire à la destruction des fruits de la culture, des produits de la civilisation élaborée à travers des siècles par les générations successives d’hommes qui ont cru dans la primauté de l’esprit et qui n’ont ménagé ni leurs efforts ni leurs fatigues. La première considération est celle-ci. Des raisons de géopolitique, des problèmes économiques de dimension mondiale, de terribles incompréhensions, des orgueils nationaux blessés, le matérialisme de notre époque et la décadence des valeurs morales ont mené notre monde à une situation d’instabilité, à un équilibre fragile qui risque d’être détruit d’un moment à l’autre à la suite d’erreurs de jugement, d’information ou d’interprétation.</p>
<p style="text-align: justify;">Une autre considération s’ajoute à cette inquiétante perspective. Peut-on, de nos jours, être encore sûr que la rupture de l’équilibre ne porterait pas à la guerre, et à une guerre qui n’hésiterait pas à recourir aux armes nucléaires ? Jusqu’à présent on a dit que les armes nucléaires ont constitué une force de dissuasion qui a empêché l’éclatement d’une guerre majeure, et c’est probablement vrai.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais on peut en même temps se demander s’il en sera toujours ainsi. Les armes nucléaires, de quelque ordre de grandeur ou de quelque type qu’elles soient, se perfectionnent chaque année davantage, et elles s’ajoutent à l’arsenal d’un nombre croissant de pays. Comment pourra-t-on être sûr que l’usage d’armes nucléaires, même à des fins de défense nationale ou dans des conflits limités, n’entraînera pas une escalade inévitable, portant à une destruction que l’humanité ne pourra ni envisager, ni accepter ? Mais ce n’est pas à vous, hommes de science et de culture, que je dois demander de ne pas fermer les yeux sur ce qu’une guerre nucléaire peut représenter pour l’humanité entière [3].</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour conclure, il en appelle de nouveau à la « conscience humaine » comme moyen de sauver la paix. Saint Pie X, lui, en appelait à Dieu. La différence est nette, elle est abyssale :</p>
<p style="text-align: justify;">« 22. Mesdames et Messieurs, le monde ne pourra pas poursuivre longtemps sur cette voie. A l’homme qui a pris conscience de la situation et de l’enjeu, qui s’inspire aussi du sens élémentaire des responsabilités qui incombent à chacun, une conviction s’impose, qui est en même temps un impératif moral : il faut mobiliser les consciences ! Il faut augmenter les efforts des consciences humaines à la mesure de la tension entre le bien et le mal à laquelle sont soumis les hommes à la fin du vingtième siècle. Il faut se convaincre de la priorité de l’éthique sur la technique, du primat de la personne sur les choses, de la supériorité de l’esprit sur la matière [4]. La cause de l’homme sera servie si la science s’allie à la conscience. L’homme de science aidera vraiment l’humanité s’il conserve « le sens de la transcendance de l’homme sur le monde et de Dieu sur l’homme » [5].</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, saisissant l’occasion de ma présence aujourd’hui au siège de l’UNESCO, moi, fils de l’humanité et Évêque de Rome, je m’adresse directement à vous, hommes de science, à vous qui êtes réunis ici, à vous les plus hautes autorités dans tous les domaines de la science moderne. Et je m’adresse, à travers vous, à vos collègues et amis de tous les pays et de tous les continents.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m’adresse à vous au nom de cette menace terrible qui pèse sur l’humanité et, en même temps, au nom de l’avenir et du bien de cette humanité dans le monde entier. Et je vous supplie : déployons « tous nos efforts pour instaurer et respecter, dans tous les domaines de la science, le primat de l’éthique. Déployons surtout nos efforts pour préserver la famille humaine de l’horrible perspective de la guerre nucléaire !</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai abordé ce sujet devant l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies, à New-York, le 2 Octobre de l’année dernière. Je vous en parle aujourd’hui à vous. Je m’adresse à votre intelligence et à votre cœur, par-dessus les passions, les idéologies et les frontières. Je m’adresse à tous ceux qui, par leur pouvoir politique ou économique, pourraient être et sont souvent amenés à imposer aux hommes de science les conditions de leur travail et son orientation. Je m’adresse avant tout à chaque homme de science individuellement et à toute la communauté scientifique internationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous ensemble, vous êtes une puissance énorme : la puissance des intelligences et des consciences !</p>
<p style="text-align: justify;">Montrez-vous plus puissants que les plus puissants de notre monde contemporain ! Décidez-vous à faire preuve de la plus noble solidarité avec l’humanité : celle qui est fondée sur la dignité de la personne humaine. Construisez la paix en commençant par le fondement : le respect de tous les droits de l’homme, ceux qui sont liés à sa dimension matérielle et économique, comme ceux qui sont liés à la dimension spirituelle et intérieure de son existence en ce monde. Puisse la sagesse vous inspirer ! Puisse l’amour vous guider, cet amour qui étouffera la menace grandissante de la haine et de la destruction ! Hommes de science, engagez toute votre autorité morale pour sauver l’humanité de la destruction nucléaire.</p>
<p style="text-align: justify;">23. Il m’a été donné de réaliser aujourd’hui un des désirs les plus vifs de mon cœur. Il m’a été donné de pénétrer, ici même, à l’intérieur de l’Aréopage qui est celui du monde entier. Il m’a été donné de vous dire à tous, à vous, membres de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture, à vous qui travaillez pour le bien et pour la réconciliation des hommes et des peuples à travers tous les domaines de la culture, de l’éducation, de la science et de l’information, de vous dire et de vous crier du fond de l’âme : Oui ! L’avenir de l’homme dépend de la culture ! Oui ! La paix du monde dépend de la primauté de l’Esprit ! Oui ! L’avenir pacifique de l’humanité dépend de l’amour !</p>
<p style="text-align: justify;">Votre contribution personnelle, Mesdames et Messieurs, est importante, elle est vitale. Elle se situe dans l’approche correcte des problèmes à la solution desquels vous consacrez votre service.</p>
<p style="text-align: justify;">Ma parole finale est celle-ci : Ne cessez pas. Continuez. Continuez toujours ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous le constatez, Jean-Paul II en appelle à la « conscience humaine » comme moyen de sauver la paix. Saint Pie X, lui, en appelait à Dieu. La différence est nette. Saint Pie X parle, lui, du « retour des nations au respect de la majesté et de la souveraineté divine ».</p>
<p style="text-align: justify;">N.B. &#8211; Sur l’UNESCO et sa « philosophie », il faut lire le chapitre XXII du livre, Epiphanius : Maçonnerie et sectes secrètes : Le côté caché de l’histoire » (pp. 305-313).</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Le Christ est Dieu.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Et ce retour n’adviendra que par Jésus-Christ : « Ce retour des nations au respect de la majesté et de la souveraineté divine, quelques efforts que nous fassions d&#8217;ailleurs pour le réaliser, n&#8217;adviendra que par Jésus-Christ. L&#8217;Apôtre, en effet, nous avertit que &laquo;&nbsp;personne ne peut poser d&#8217;autre fondement que celui qui a été posé et qui est le Christ Jésus&nbsp;&raquo; (17). C&#8217;est lui seul &laquo;&nbsp;que le Père a sanctifié et envoyé dans ce monde&nbsp;&raquo; (18), &laquo;&nbsp;splendeur du Père et figure de sa substance&nbsp;&raquo; (19), vrai Dieu et vrai homme, sans lequel nul ne peut connaître Dieu comme il faut, car &laquo;&nbsp;personne n&#8217;a connu le Père si ce n&#8217;est le Fils et celui à qui le Fils aura voulu le révéler&nbsp;&raquo; (20).</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus-Christ est le seul fondement, nous dit l’Apôtre, nous dit saint Pie X, donné aux hommes pour aller à Dieu. L’Apôtre, cité par saint Pie X, nous avertit : personne ne peut poser d’autre fondement que celui qui a été posé et qui est le Christ Jésus. C’est lui seul que le Père a sanctifié et a envoyé en ce monde, splendeur du Père et figure de substance, vrai Dieu et vrai homme, sans lequel nul ne peut connaître Dieu « car personne n’a connu le Père si ce n’est le Fils et celui que le Fils aura voulu le révéler » (Mt 11 27).</p>
<p style="text-align: justify;">Dès lors, pour saint Pie X, « tout restaurer dans le Christ » et « ramener les hommes à l’obéissance divine sont une seule et même chose ». Car le Christ est Dieu : « Et Verbum caro factum est ».</p>
<p style="text-align: justify;">« D&#8217;où il suit que tout restaurer dans le Christ et ramener les hommes à l&#8217;obéissance divine sont une seule et même chose. Et c&#8217;est pourquoi le but vers lequel doivent converger tous nos efforts, c&#8217;est de ramener le genre humain à l&#8217;empire du Christ. Cela fait, l&#8217;homme se trouvera, par là même, ramené à Dieu. Non pas, voulons-Nous dire, un Dieu inerte et insoucieux des choses humaines, comme les matérialistes l&#8217;ont forgé dans leurs folles rêveries, mais un Dieu vivant et vrai, en trois personnes dans l&#8217;unité de nature, auteur du monde, étendant à toute chose son infinie providence, enfin législateur très juste qui punit les coupables et assure aux vertus leur récompense ».</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Aller à Jésus par l’Eglise.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Alors surgit la question : Mais quel est le moyen pour aller à Jésus-Christ ?</p>
<p style="text-align: justify;">« Or, où est la voie qui nous donne accès auprès de Jésus-Christ ? Elle est sous nos yeux : c&#8217;est l&#8217;Eglise. Saint Jean Chrysostome nous le dit avec raison : &laquo;&nbsp;L&#8217;Eglise est ton espérance, l&#8217;Eglise est ton salut, l&#8217;Eglise est ton refuge&nbsp;&raquo; (21).</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est pour cela que le Christ l&#8217;a établie, après l&#8217;avoir acquise au prix de son sang, pour cela qu&#8217;il lui a confié sa doctrine et les préceptes de sa loi, lui prodiguant en même temps les trésors de la grâce divine pour la sanctification et le salut des hommes ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi donc, la paix se réalisera par l’extension de l’Eglise catholique. Il n’y a pas d’autre moyen, et c’est précisément pour cela que nous luttons : nous voulons garder l’Eglise telle qu’elle a toujours été pour donner Notre-Seigneur Jésus-Christ aux âmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre devoir est clair :</p>
<p style="text-align: justify;">Alors vous comprenez notre devoir : Il convient de tout ramener à l’obéissance de l’Eglise : « Vous voyez donc, Vénérables Frères, quelle oeuvre nous est confiée à Nous et à vous. Il s&#8217;agit de ramener les sociétés humaines, égarées loin de la sagesse du Christ, à l&#8217;obéissance de l&#8217;Eglise ; l&#8217;Eglise, à son tour, les soumettra au Christ, et le Christ à Dieu. Que s&#8217;il Nous est donné, par la grâce divine, d&#8217;accomplir cette œuvre, Nous aurons la joie de voir l&#8217;iniquité faire place à la justice, et Nous serons heureux d&#8217;entendre &laquo;&nbsp;une grande voix disant du haut des Cieux : Maintenant, c&#8217;est le salut et la vertu, et le royaume de notre Dieu et la puissance de son Christ&nbsp;&raquo; (22).</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Le combat chrétien.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Et si l’on veut obtenir cet heureux résultat, il ne va pas falloir craindre de combattre et de s’opposer à ce « nouvel humanisme » par lequel « l’homme s’est substitué à Dieu », et rappeler les vérités de l’Eglise sur le mariage, sur l’éducation, sur la propriété, sur le pouvoir public, sur la hiérarchie sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">« Toutefois, pour que le résultat réponde à Nos vœux, il faut, par tous les moyens et au prix de tous les efforts, déraciner entièrement cette monstrueuse et détestable iniquité propre au temps où nous vivons, et par laquelle l&#8217;homme se substitue à Dieu ; rétablir dans leur ancienne dignité les lois très saintes et les conseils de l&#8217;Evangile ; proclamer hautement les vérités enseignées par l&#8217;Eglise sur la sainteté du mariage, sur l&#8217;éducation de l&#8217;enfance, sur la possession et l&#8217;usage des biens temporels, sur les devoirs de ceux qui administrent la chose publique ; rétablir enfin le juste équilibre entre les diverses classes de la société selon les lois et les institutions chrétiennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Tels sont les principes que, pour obéir à la divine Volonté, Nous Nous proposons d&#8217;appliquer durant tout le cours de Notre Pontificat et avec toute l&#8217;énergie de Notre âme.</p>
<p style="text-align: justify;">Votre rôle, à vous, Vénérables Frères, sera de Nous seconder par votre sainteté, votre science, votre expérience, et surtout votre zèle pour la gloire de Dieu, &laquo;&nbsp;ne visant à rien autre qu&#8217;à former en tous Jésus-Christ&nbsp;&raquo; (23).</p>
<p style="text-align: justify;">Tel est le programme de saint Pie X : Tout instaurer dans le Christ, remettre Dieu dans la société par l’Eglise, remettre de l’ordre dans la société par les institutions chrétiennes que l’Eglise a toujours défendues et enseignées.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Former des prêtres</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">S’il en est ainsi, si telle est la « politique » qu’il faut mener, quel est le devoir qui incombe aux évêques ? Il est tout surnaturel : il faut former de saints prêtres.</p>
<p style="text-align: justify;">« Quels moyens convient-il d&#8217;employer pour atteindre un but si élevé ? Il semble superflu de les indiquer, tant ils se présentent d&#8217;eux-mêmes à l&#8217;esprit. Que vos premiers soins soient de former le Christ dans ceux qui, par le devoir de leur vocation, sont destinés à le former dans les autres. Nous voulons parler des prêtres, Vénérables Frères. Car tous ceux qui sont honorés du sacerdoce doivent savoir qu&#8217;ils ont, parmi les peuples avec lesquels ils vivent, la même mission que Paul attestait avoir reçue quand il prononçait ces tendres paroles : &laquo;&nbsp;Mes petits enfants, que j&#8217;engendre de nouveau jusqu&#8217;à ce que le Christ se forme en vous&nbsp;&raquo; (24). Or, comment pourront-ils accomplir un tel devoir, s&#8217;ils ne sont d&#8217;abord eux-mêmes revêtus du Christ ? Et revêtus jusqu&#8217;à pouvoir dire avec l&#8217;Apôtre : &laquo;&nbsp;Je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi&nbsp;&raquo; (25). &laquo;&nbsp;Pour moi, le Christ est ma vie&nbsp;&raquo; (26). Aussi, quoique tous les fidèles doivent aspirer à &laquo;&nbsp;l&#8217;état d&#8217;homme parfait à la mesure de l&#8217;âge de la plénitude du Christ&nbsp;&raquo; (27), cette obligation appartient principalement à celui qui exerce le ministère sacerdotal. Il est appelé pour cela un autre Christ ; non seulement parce qu&#8217;il participe au pouvoir de Jésus-Christ, mais parce qu&#8217;il doit imiter ses œuvres et, par là, reproduire en soi son image ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi le premier devoir des évêques est de former de saints prêtres.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà ce que fit Mgr Lefebvre dans la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut multiplier les séminaires. Il faut des prêtres. Mais de bons prêtres formés à la scolastique, à l’Ecriture Sainte, aux dogmes, à la morale, avec l’amour de l’Eglise, de la Tradition.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Former de saints prêtres.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« S&#8217;il en est ainsi, Vénérables Frères, combien grande ne doit pas être votre sollicitude pour former le clergé à la sainteté ! II n&#8217;est affaire qui ne doive céder le pas à celle-ci. Et la conséquence, c&#8217;est que le meilleur et le principal de votre zèle doit se porter sur vos Séminaires, pour y introduire un tel ordre et leur assurer un tel gouvernement, qu&#8217;on y voie fleurir, côte à côte l&#8217;intégrité de l&#8217;enseignement et la sainteté des mœurs. Faîtes du Séminaire les délices de votre cœur, et ne négligez rien de tout ce que le Concile de Trente a prescrit dans sa haute sagesse pour garantir la prospérité de cette institution. Quand le temps sera venu de promouvoir les jeunes candidats aux saints Ordres, ah ! N&#8217;oubliez pas ce qu&#8217;écrivait saint Paul à Timothée : &laquo;&nbsp;N&#8217;impose précipitamment les mains à personne&nbsp;&raquo; (28) ; vous persuadant bien que, le plus souvent, tels seront ceux que vous admettrez au sacerdoce, et tels seront aussi dans la suite les fidèles confiés à leur sollicitude. Ne regardez donc aucun intérêt particulier, de quelque nature qu&#8217;il soit ; mais ayez uniquement en vue Dieu, l&#8217;Eglise, le bonheur éternel des âmes, afin d&#8217;éviter, comme nous en avertit l&#8217;Apôtre, de participer aux péchés d&#8217;autrui&nbsp;&raquo; » (29).</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour former ce clergé à la sainteté, il n’est rien de plus important que de rappeler la nature même du sacerdoce et sa dignité.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>De la dignité sacerdotale.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut avoir une haute estime du prêtre.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous qui entrez au séminaire pour devenir un jour prêtre, il est de la plus haute importance que vous sachiez bien, comme le demande l’Eglise et, particulièrement, le catéchisme du Concile de Trente, « à quel genre de dignité » vous aspirez, à « quel genre de dignité » vous êtes appelés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelle est donc la dignité sacerdotale ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et ceci en mode de commentaire de la pensée de saint Pie X.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce sujet nous ne pourrons trouver meilleur guide que le Catéchisme du Concile de Trente dans son exposé sur le sacrement de l’Ordre. On trouve cet exposé dans le chapitre 26 du catéchisme consacré au Sacrement de l’Ordre.</p>
<p style="text-align: justify;">En premier lieu, nous dit le Catéchisme, « il faut enseigner aux Fidèles quelle est l’excellence et la dignité de ce Sacrement, considéré dans son degré le plus élevé, c’est-à-dire dans le Sacerdoce ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le Catéchisme considère le sacerdoce, dans sa fonction ou ses fonctions. Les prêtres sont « comme les interprètes et les ambassadeurs de Dieu, chargés d’enseigner en son nom la Loi divine et les règles de la bonne conduite ». Voilà une première considération. Il la résume en disant : « en un mot, les prêtres tiennent sur la terre la place de Dieu Lui-même » (cf. la notion d’ambassadeur, l’ambassade représente le président de la République, il agit en son nom et parle en son nom…).</p>
<p style="text-align: justify;">On ne saurait imaginer « des fonctions plus nobles » que celles-là : tenir « sur la terre la place de Dieu même ».</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, il n’est pas étonnant, poursuit le Catéchisme, que l’Ecriture leur donne « quelquefois et à juste titre, les noms d’anges et même de dieux, parce qu’ils exercent, en quelque sorte au milieu de nous, la Puissance même du Dieu immortel », comme l’ambassade la puissance de l’autorité suprême de son pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le Catéchisme ne reste pas dans cette simple généralité. Tout de suite, il entre dans le concret et rappelle que la plus noble des fonctions, le plus grand des pouvoirs du prêtre est « de consacrer et d’offrir le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ », mais aussi « de remettre les péchés ». Tout cela, dit-il, « dépasse toutes nos conceptions humaines. On ne peut rien trouver de comparable sur la Terre ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi vous le voyez, le catéchisme rappelle, en premier lieu, le pouvoir d’ordre sur le corps du Christ et le pouvoir de juridiction sur le Corps mystique du Christ, deux pouvoirs inhérents au sacerdoce catholique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce pouvoir d’ordre, ce pouvoir de consécration, on sait, que le prêtre l’exerce in persona Christi, non en son nom propre, mais dans la personne du Christ. Il s’identifie au Christ. Il est « un autre Christ ». « Alter Christus ». Un autre Christ ! Le prêtre, dans ses fonctions, dans son pouvoir sacerdotal – qui l’ordonne au sacrifice sacramentel, à la Sainte Eucharistie –, est identifié au Christ. « Ceci est mon Corps, Ceci est mon sang ». Quelle dignité ! Digne, non point en sa propre personne qui reste en elle-même misérable, mais dignité de cette personne en raison de son pouvoir tout divin : sur le Corps du Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne faut jamais cesser de méditer cela… Chaque matin, chaque fois que l’on monte à l’autel. Comment ne pas trembler ! Comment ne pas être admiratif !</p>
<p style="text-align: justify;">C’est quand même plus que de descendre du mont Sinaï avec seulement les tables de la Loi. Et déjà le peuple juif était dans la crainte, dans la stupéfaction… nous dit l’Ecriture Sainte. Mais avec le sacerdoce du Christ, avec le sacerdoce du Nouveau Testament, ce n’est pas la Loi que le prêtre porte, c’est la Sainte Eucharistie, l’auteur de la Loi, l’auteur de toutes lois, Dieu lui-même, le Sauveur. Le prêtre « actualise » pour cette génération le plan divin.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous garderez toujours cela dans votre cœur. Ainsi vous garderez toujours le sens de la dignité sacerdotale : le prêtre, un autre Christ, vérité qui se réalise essentiellement lors de la « réalisation » de la Sainte Eucharistie… Fonction particulièrement digne et première !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’enseignement de Saint Pie X dans <em>Haerent animo</em></strong><em>.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Mais plus encore et surtout, nous dit saint Pie X, cette sainteté nous est une obligation du fait que nous sommes ministres de l’autel : « Mais par-dessus tout, en tant que ses ministres dans l’offrande du Sacrifice par excellence, perpétuellement renouvelé pour le salut du monde, nous devons nous mettre dans le même état d’esprit que celui dans lequel, Hostie Immaculée, il s’est offert à Dieu sur l’autel de la Croix ». Là, il cite et saint Jean Chrysostome et saint Charles Borromée. Saint Charles Borromée : « Avec une grande justesse, saint Charles Borromée insistait sur ce point dans ses discours à son clergé : “ Si nous nous rappelions, nos très chers Frères, quelles grandes et saintes choses le Seigneur Dieu a déposées en nos mains, quelle force aurait cette considération pour nous porter à mener une vie digne d’hommes d’Église ! Qu’y a-t-il que le Seigneur n’ait mis dans ma main quand il y a déposé son Fils unique, co-éternel et égal à lui ? Il a mis en ma main tous ses trésors, ses sacrements et ses grâces ; il y a placé les âmes, qui sont ce qu’il a de plus cher, qu’il a préférées à lui-même dans son amour, qu’il a rachetées de son sang ; il a mis en ma main le ciel pour que je puisse l’ouvrir et le fermer aux autres… Comment donc pourrais-je être assez ingrat, après tant de faveurs et d’amour, pour pécher contre lui ? Pour lui manquer de respect ? Pour souiller un corps qui est le sien ? Pour déshonorer cette dignité, cette vie consacrée à son service ? » (Hom. Milan 1748, tom. V, p. 77. Orat. II in syn. Dioec. XI, a. 1584).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est cette troisième raison – ministres de l’autel – qui sera particulièrement développée par Mgr Lefebvre dans son enseignement auprès des prêtres de la FSSPX. Il voit une relation ontologique entre le sacerdoce et le Sacrifice du Christ, le Sacrifice de la Messe qui le prolonge, l’actualise. Et c’est de ce Sacrifice du Christ qu’il tirera toutes les vertus du prêtre, sa sainteté, sa dignité. Autre la raison de sainteté du prêtre. Autre la raison de sainteté du religieux. Le prêtre a pour raison de sa sainteté le Saint Sacrifice de la Messe. Le religieux, les vœux de religions : pauvreté, chasteté, obéissance. Non point que le prêtre ne soit pas tenu aux mêmes vertus. Bien sûr que si, mais le prêtre y est tenu en raison de la relation ontologique de son sacerdoce avec le sacrifice du Christ. Et c’est pourquoi le prêtre développera en son âme les vertus qu’il voit briller en le sacrifice du Christ qui sont, au dire du Catéchisme du Concile de Trente : « La passion met sous nos yeux les exemples les plus frappants de toutes les vertus : la patience, l’humilité, la charité admirable, la douceur, l’obéissance, un courage surhumain à souffrir pour la justice, non seulement des douleurs, mais la mort elle-même. Et nous pouvons dire en vérité, que notre Sauveur, dans le seul jour de sa Passion, voulut représenter en Lui toutes les vertus dont Il avait recommandé la pratique pendant le cours entier de sa prédication » (p 61).</p>
<p style="text-align: justify;">Pie XII aussi, dans son Encyclique <em>Mediator Dei</em>, développera abondamment cette très belle idée.</p>
<p style="text-align: justify;">A cette sainteté, l’Eglise ne cesse d’appeler ses « lévites » aux différentes étapes du sacerdoce, nous dit encore saint Pie X.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, dans la cérémonie de la tonsure, l’Eglise leur rappelle le Psaume XV : « Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice : c’est Vous Seigneur qui me rendrez mon héritage ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au sous-diaconat, l’Eglise tient ce noble langage : « Si jusqu’à présent vous avez été négligents en ce qui concerne l’Église, désormais vous devez être assidus ; si jusqu’à présent vous avez été somnolents, vous devez désormais être vigilants ; si jusqu’à présent vous avez été déshonnêtes, désormais vous devez être chastes… Songez au ministère qui vous est confié ! (Ibid., Monition aux ordinands) ”</p>
<p style="text-align: justify;">« Pour ceux qui vont recevoir le diaconat, l’Église adresse à Dieu cette prière par la bouche de l’évêque : “ Qu’il y ait en eux abondance de toute sorte de vertus, une autorité modeste, une pudeur constante, la pureté de l’innocence et la fidélité à la discipline spirituelle. Que vos préceptes, Seigneur, resplendissent dans leurs mœurs, et que leur chasteté exemplaire porte le peuple à les imiter saintement ” (Pontifical Romain, Ordination des diacres. Préface avec imposition de la main).</p>
<p style="text-align: justify;">Mais les avertissements qu’elle adresse à ceux qui vont recevoir le sacerdoce émeuvent encore plus profondément : « C’est avec une grande crainte qu’il faut s’élever à une si haute dignité, et l’on doit veiller à ce que ceux qui sont élus se recommandent par une sagesse céleste, des mœurs sans reproche et une continuelle observation de la justice… Que le parfum de votre vie soit un des attraits de l’Eglise de Dieu, en sorte que, par la prédication et l’exemple, vous construisiez la maison, c’est-à-dire la famille de Dieu ». Plus pressant que tous est le conseil très grave qu’elle ajoute : « Conformez votre vie aux mystères que vous célébrez » (Pontifical Romain, Ordination des prêtres. Monition aux ordinands ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Oui ! La sainteté est requise à un tel ministère.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Du reste, il conclut sa pensée par cette belle phrase du Psaume 92 : « La sainteté convient à ta maison ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dignité du sacerdoce : le prêtre est « l’envoyé de Notre-Seigneur Jésus-Christ</strong> »</p>
<p style="text-align: justify;">Le catéchisme ajoute encore une autre raison. Le prêtre est « l’envoyé de N.S.J.C. » avec les mêmes pouvoirs… de sorte que le Christ a pu dire à ses disciples : « Qui vous reçoit me reçoit ».</p>
<p style="text-align: justify;">Voici comment le Catéchisme de Trente s’exprime sur cette idée : « Enfin, comme notre Sauveur a été envoyé par son Père, comme les Apôtres et les disciples à leur tour ont été envoyés par Jésus-Christ dans le monde entier ; ainsi tous les jours, les Prêtres sont envoyés avec les mêmes pouvoirs, pour travailler à la perfection des saints, à l’œuvre du Ministère, à l’édification du Corps de Notre-Seigneur » (Eph 4 12.) (Voilà une formulation parfaite du plan divin du salut voulu par Dieu).</p>
<p style="text-align: justify;">C‘est ici encore une claire allusion au pouvoir de juridiction du prêtre sur le « Corps mystique du Christ qu’est l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Alphonse de Liguori</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tout cet enseignement du Catéchisme du Concile de Trente a dû certainement inspirer, un siècle plus tard, saint Alphonse de Liguori dans son beau traité sur le sacerdoce. Il commence précisément par rappeler aux prêtres leur dignité, en des termes très enflammés, s’inspirant des Pères de l’Eglise et rappelant les nobles fonctions sacerdotales. Voici un résumé des premiers chapitres :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Dignité du sacerdoce catholique (par saint Alphonse Marie de Liguori)</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Ignace, martyr, dit que le Sacerdoce est la plus grande de toutes les dignités créées. Saint Ephrem l’appelle une dignité infinie : « La dignité du Sacerdoce est un miracle merveilleux, grand, immense, infini ». Saint Chrysostome dit que, quoique le Sacerdoce soit exercé sur la Terre, il doit néanmoins être rangé parmi les choses célestes. Cassien disait que le prêtre est placé plus haut que toutes les puissances de la Terre et que toutes les hauteurs des Cieux, et qu’il n’est inférieur qu’à Dieu seul. Et Innocent III ajoute que le prêtre est « un médiateur entre Dieu et l’homme, inférieur à Dieu, mais plus grand que l’homme ». Saint Denis appelle le prêtre un homme divin, « qui dit prêtre, dit homme divin ». D’où le saint concluait que le Sacerdoce est une dignité divine. Aussi saint Ephrem croit que « le Sacerdoce excède toute pensée ». Et c’est assez de savoir que Jésus-Christ a dit que les prêtres doivent être traités comme Sa Personne elle-même : « Qui vos audit, me audit ; et qui vos spernit, me spernit » (Luc X, 16). Ce qui fait dire à saint Jean Chrysostome : « Qui honore le prêtre, honore le Christ ; et qui offense le prêtre, offense le Christ ».</p>
<p style="text-align: justify;">En second lieu, l’on doit apprécier la dignité des prêtres, par la grandeur des fonctions qu’ils exercent. Les prêtres sont les élus du Seigneur pour traiter sur la terre tout ce qui concerne ses affaires et ses intérêts divins : « Genus divinis ministeriis mancipatum ». Le ministère sacerdotal est appelé par saint Ambroise une profession divine. Le prêtre est le ministre que Dieu destine à le servir en qualité d’ambassadeur public de toute son Eglise, pour l’honorer et pour obtenir ses grâces pour tous les fidèles.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>La dignité sacerdotale et la Sainte Messe.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise entière ne peut pas honorer Dieu et en obtenir des grâces aussi bien que peut le faire un seul prêtre qui célèbre la messe ; car l’Eglise, sans les prêtres, ne pourrait honorer Dieu d’une manière plus grande qu’en lui sacrifiant la vie de tous les hommes ; mais la vie de tous les hommes, quel prix a-t-elle en comparaison du sacrifice de la vie de Jésus-Christ, qui est un sacrifice d’une valeur infinie ? Et que sont devant Dieu les hommes, sinon un peu de poussière (Is. XL, 15) ? Ils ne sont même rien : « Toutes les nations sont comme rien devant Lui » (Is. XL, 17). De sorte que le prêtre, en célébrant une messe, honore bien plus Dieu en lui sacrifiant Jésus-Christ, que si tous les hommes en mourant lui sacrifiaient leur vie. De plus, le prêtre, par l’oblation d’une seule messe, honore infiniment plus Dieu que ne l’ont honoré, et que ne l’honoreront tous les anges et les saints du ciel réunis à la Vierge, car ils ne peuvent pas lui rendre un culte infini, comme celui que lui rend un prêtre en offrant le Sacrifice de l’autel.</p>
<p style="text-align: justify;">En célébrant la messe, le prêtre offre à Dieu de dignes actions de grâces pour toutes les faveurs qu’il a faites même aux bienheureux du paradis, actions de grâces que tous les bienheureux du paradis ne peuvent pas lui rendre dignement ; et c’est pour ce motif aussi que la dignité du prêtre est supérieure à toutes les dignités, même célestes. De plus, le prêtre est l’ambassadeur du monde entier auprès de Dieu, pour en obtenir les grâces pour toutes les créatures. Le prêtre « traite familièrement avec Dieu », dit saint Ephrem. Il n’y a pas de porte fermée pour les prêtres.</p>
<p style="text-align: justify;">Jésus-Christ est mort pour créer un prêtre. Il n’était pas nécessaire, en effet, que notre Rédempteur mourût pour sauver le monde, c’était assez d’une goutte de sang, d’une larme, d’une prière pour obtenir le salut du monde entier, car il y aurait eu dans cette seule prière tant de mérite qu’elle aurait suffi pour sauver non seulement un monde, mais mille mondes ; mais la mort de Jésus-Christ a été nécessaire pour créer un prêtre, car où aurait-on trouvé la victime qu’offrent à Dieu les prêtres de la loi nouvelle ? Où aurait-on trouvé une victime assez sainte et immaculée pour rendre à Dieu un honneur digne de lui ? Oh ! Toutes les vies des hommes et des anges ne sont pas suffisantes pour rendre à Dieu la gloire que lui rend un prêtre en disant la messe ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Prudence pour conférer le sacerdoce.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Alors la dignité du prêtre est telle que l’« on ne doit pas imposer témérairement, dit le Catéchisme du Concile de Trente, à personne le fardeau de fonctions si augustes. Ceux-là seuls doivent en être revêtus qui peuvent le soutenir par la sainteté de leur vie, par leur science, leur Foi et leur prudence. « Que nul ne vienne (donc) s’attribuer lui-même cet honneur s’il n’y est appelé de Dieu comme Aaron » (Hb 5 4), c’est-à-dire s’il n’y a été appelé par les Ministres légitimes de l’Eglise. Quant aux téméraires qui osent s’ingérer et s’introduire d’eux-mêmes dans ce ministère, il ne faut pas manquer de faire observer que Dieu les avait en vue, quand Il disait : [3] « Je n’envoyais point ces Prophètes, et ils couraient ». Il n’y a rien tout à la fois de plus pitoyable et de plus misérable que ces intrus, ni de plus funeste à l’Eglise » (Catéchisme du Concile de Trente, p. 304).</p>
<p style="text-align: justify;">Vous voilà prévenus. Vous voilà avertis.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est noblement que vous devez chercher à devenir prêtre, que vous devez « entreprendre » cette course vers le Sacerdoce. Vous devez vous « proposer une bonne fin, dit le Catéchisme, puisque c’est de la bonté de la fin que dépend en grande partie la bonté des actes ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dès lors, « la première recommandation » que je vous fais, c’est que vous ayez « en vue rien qui soit indigne de si hautes fonctions ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Ce point demande à être traité avec soin ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous seriez indignes si vous cherchiez le Sacerdoce « par la soif des honneurs et par l’ambition ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous seriez indignes si vous n’embrassiez l’état ecclésiastique que pour vous procurer uniquement les nourritures terrestres et le seul gain que le sacerdoce procure.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il est bien vrai, comme l’enseigne l’Apôtre, d’après la loi naturelle et la Loi divine, que « celui qui sert à l’Autel, doit vivre de l’Autel » (1 Cor 9 13), cependant c’est un grand sacrilège d’approcher de l’Autel en vue du profit qui en résulte ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous seriez indignes si vous recherchiez les Ordres que pour vous enrichir. « Ce sont ceux-là que notre Sauveur appelle des mercenaires, et dont le Prophète Ezéchiel disait : « Ils se paissent eux-mêmes, et non leurs brebis » (Ezech 34 1). Leur bassesse et leur avidité ont déshonoré l’état ecclésiastique aux yeux des Fidèles ».</p>
<p style="text-align: justify;">Si telle était votre intention, sachez que vous ne tireriez « point d’autre fruit de votre Sacerdoce, que celui que recueillit Judas de son apostolat, c’est-à-dire votre perte éternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y a donc, conclut le Catéchisme, « que ceux qui, étant légitimement appelés de Dieu, embrassent la carrière ecclésiastique dans le seul but de travailler à sa Gloire, il n’y a que ceux-là dont on peut affirmer qu’ils entrent vraiment par la porte dans l’Eglise (Jn 10 12).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dignité sacerdotale et la puissance ecclésiastique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc en étudiant la nature même du sacerdoce que le Catéchisme du Concile de Trente veut faire ressortir la dignité de ce sacrement. Il faut, dit-il développer aussi les explications qui « se rattachent à proprement parler à la nature même du Sacrement, afin que les fidèles qui désirent entrer dans l’état ecclésiastique, sachent bien à quel genre de dignité ils sont appelés et quelle est l’étendue de la puissance que Dieu a donnée à son Eglise et à ses Ministres » (p. 306).</p>
<p style="text-align: justify;">Il développe cette idée dans le paragraphe 2 intitulé : « De la puissance ecclésiastique ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que fera également saint Alphonse de Liguori dans son Traité sur le Sacerdoce. Nous le verrons.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout d’abord l’enseignement du Catéchisme du Concile de Trente</p>
<p style="text-align: justify;">« La puissance ecclésiastique est double, dit-il ; elle se partage :</p>
<p style="text-align: justify;">1°) <strong>en pouvoir d’Ordre,</strong><br />
<strong>2°) en pouvoir de Juridiction</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Le pouvoir d’Ordre</strong> a pour objet le Corps adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous noterez immédiatement la relation que le Catéchisme établit entre le Sacerdoce et l’Eucharistie. Le Sacerdoce est pour l’Eucharistie. Il a été institué pour l’Eucharistie : « Faites ceci en mémoire de moi ». Nous aurons l’occasion d’y revenir.</p>
<p style="text-align: justify;">« Le pouvoir de Juridiction s’exerce tout entier sur son Corps mystique. C’est à lui qu’il appartient de gouverner le peuple chrétien, de le conduire et de le diriger dans la voie de la céleste et éternelle félicité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pouvoir d’Ordre n’a pas seulement la vertu et la propriété de consacrer l’Eucharistie ; il prépare encore les cœurs à recevoir ce Sacrement, il les en rend dignes et, en général, il s’étend à tout ce qui peut avoir quelque rapport avec l’Eucharistie.</p>
<p style="text-align: justify;">Cf. : les statuts de l’IBP, de la FSSPX.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pouvoir de Juridiction : « Nos Saints Livres parlent de ce pouvoir en beaucoup d’endroits. Mais nulle part, il n’est exprimé plus clairement, ni d’une manière plus expresse, que dans saint Matthieu et dans saint Jean [8]. « Comme mon Père m’a envoyé, dit Notre-Seigneur, ainsi je vous envoie : recevez le Saint-Esprit : les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ». Ailleurs, il disait : [9] « En vérité, Je vous le dis : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ». Ces deux textes pourront jeter une lumière très grande sur la Vérité que nous exposons, si les Pasteurs ont soin de les expliquer d’après la doctrine et l’autorité des saints Pères.</p>
<p style="text-align: justify;">– Combien une telle puissance ne l’emporte-t-elle pas sur celle qui fut accordée sous la loi de nature aux hommes chargés du soin des choses sacrées ! Car l’âge qui précéda la Loi écrite, eut, lui aussi, son sacerdoce et son pouvoir spirituel, puisqu’il est certain qu’il avait sa loi : loi et sacerdoce tellement inséparables, au témoignage de l’Apôtre, que le changement de l’une entraîne nécessairement le changement de l’autre. Guidés par un instinct, ou plutôt par une inspiration naturelle, les hommes de ce temps-là sentaient qu’ils devaient honorer Dieu et, par une conséquence nécessaire, ils durent, dans chaque pays, confier à quelques personnes choisies, le soin des choses saintes et du service divin : ce qui constitue par le fait une sorte de pouvoir spirituel.</p>
<p style="text-align: justify;">– Chez les Juifs, on vit aussi un pouvoir sacerdotal, bien supérieur, il est vrai, à celui dont les Prêtres étaient revêtus sous la loi de nature, et cependant infiniment moins excellent que la puissance spirituelle de la Loi Evangélique ; puissance toute céleste, qui surpasse celle des Anges mêmes, qui d’ailleurs vient, non de Moïse, mais de Jésus-Christ, Prêtre selon l’ordre de Melchisédech, et non selon l’Ordre d’Aaron. Oui, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, possédant le pouvoir de conférer la Grâce et de remettre les péchés, a laissé à son Eglise ce même pouvoir, en le limitant il est vrai dans son exercice, et en l’attachant aux Sacrements ».</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà la raison de la dignité des ministres de Dieu : « C’est pour exercer ce pouvoir que des Ministres particuliers ont été institués et consacrés avec des Cérémonies solennelles. Cette Consécration a reçu le nom de sacrement de l’Ordre ou de Sainte Ordination ». Et c’est par cette consécration et les cérémonies qui l’entourent que l’Eglise veut ainsi « faire mieux apprécier la dignité et l’excellence des Ministres de Dieu », de l’ordre sacerdotal.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà le développement qu’en fait saint Alphonse de Liguori. Il développe la même idée :</p>
<p style="text-align: justify;">« La dignité du prêtre se mesure encore au pouvoir qu’il a sur le corps réel, et sur le corps mystique de Jésus-Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant au corps réel, c’est un article de foi que, quand le prêtre prononce les paroles de la Consécration, le Verbe Incarné est obligé d’obéir, et de venir entre ses mains sous les espèces sacramentelles. On est étonné quand on lit que Dieu obéit à Josué : obediente Deo voci hominis, et qu’il fit arrêter le soleil à la voix de cet homme : « Soleil, ne te meus point contre Gabaon… Le soleil s’arrêta au milieu du ciel » (Josué X, 12-13). Mais l’on doit s’étonner bien davantage que Dieu, obéissant à quelques paroles du prêtre : « Ceci est mon corps », descende sur l’autel, ou partout ailleurs où le prêtre l’appelle, et toutes les fois qu’il l’appelle, vienne se mettre dans les mains du prêtre, quand bien même il serait son ennemi. Et depuis qu’il y est descendu, il y reste à la disposition du prêtre, qui peut le transporter d’un lieu à l’autre, soit qu’il le renferme dans le tabernacle, soit qu’il l’expose sur l’autel, ou le transporte hors de l’église. Il est en son pouvoir, s’il le veut, de s’en nourrir lui-même ou de le donner aux autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant au corps mystique de Jésus-Christ qui consiste dans tous les fidèles, le prêtre a le pouvoir des clefs, c’est-à-dire qu’il peut délivrer le pécheur de l’Enfer, et le rendre digne du Paradis, en le rendant, d’esclave du démon qu’il était, un véritable fils de Dieu ; et Dieu Lui-même s’est obligé de sanctionner le jugement du prêtre, et de pardonner, ou de ne pas pardonner, selon que le prêtre absout le pénitent, ou le condamne, pourvu cependant qu’il soit bien disposé. « Le pouvoir de juger donné au prêtre est si grand que le jugement céleste se règle sur son propre jugement ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu confirme la sentence que le prêtre prononce : « La sentence de Pierre précède la sentence du Rédempteur ; le Seigneur suit le serviteur, et tout ce que ce dernier juge ici-bas, le Seigneur l’approuve au ciel », dit saint Pierre Damien.</p>
<p style="text-align: justify;">Si notre Rédempteur descendait dans une église, et qu’il se mît dans un confessionnal pour administrer le sacrement de Pénitence, et qu’un prêtre se trouvât placé dans un autre confessionnal, Jésus dirait : « Ego te absolvo », le prêtre dirait en même temps, « Ego te absolvo », et les pénitents seraient également absous par l’un et par l’autre. Quel honneur ne serait-ce pas pour un sujet, si un roi lui accordait le privilège de délivrer de prison qui bon lui semblerait ? Mais n’est-il pas bien plus grand le pouvoir étonnant que Dieu le Père a accordé à Jésus-Christ, et Jésus-Christ aux prêtres, de délivrer de l’enfer non seulement les corps, mais encore les âmes, dit saint Jean Chrysostome.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi donc la dignité sacerdotale est la plus noble des dignités de ce monde. Elle est supérieure à toutes les dignités des rois, des empereurs et des anges, affirme saint Bernard. Saint Ambroise dit que la dignité des prêtres diffère de celle des rois, comme l’or diffère du plomb (…). Saint François d’Assise disait : « Si je voyais un ange du ciel et un prêtre ensemble, je plierais d’abord le genou devant le prêtre, ensuite devant l’ange ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le pouvoir du prêtre est supérieur à celui de la Sainte Vierge, car si la Mère de Dieu peut prier pour une âme, et obtenir en priant ce qu’elle veut, elle ne peut cependant l’absoudre de la moindre des fautes. Innocent III dit : « Bien que la Sainte Vierge fût plus excellente que les Apôtres, ce n’est pas à elle mais à eux que le Seigneur a confié les clefs du Royaume des Cieux ». Saint Bernardin de Sienne s’écrie : « Vierge bénie, je vous prie de m’excuser : je ne parle pas contre vous en disant que le Sacerdoce est au-dessus de vous ». Et il en donne pour raison que Marie conçut Jésus-Christ une seule fois, mais que le prêtre, en consacrant, le conçoit autant de fois qu’il le veut, de manière que si la personne du Rédempteur n’eût pas encore été dans le monde, le prêtre en proférant les paroles de la Consécration, ferait naître cette grande personne de l’Homme-Dieu. « Ô vénérable dignité des prêtres, dans les mains desquels le Fils de Dieu s’incarne comme dans le sein de la Vierge ! » dit saint Augustin.</p>
<p style="text-align: justify;">(Fin du résumé).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La dignité sacerdotale et les Ordres qui précédent le Sacerdoce.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et le Catéchisme de Trente enseigne ensuite que c’est en raison de la dignité du sacerdoce que l’Eglise a établi en son sein une succession d’ordres, les sept Ordres, les Ordres mineurs et les Ordres majeurs. Il écrit : « L’exercice d’un sacerdoce si sublime étant une chose toute divine, il était de toute convenance, pour y attacher plus de dignité et lui attirer plus de vénération, qu’il y eût dans l’Eglise plusieurs sortes de Ministres de rangs différents, et destinés à assister les Prêtres, chacun selon ses fonctions propres. Voilà pourquoi ces fonctions sont distribuées de telle sorte que ceux qui ont reçu la tonsure cléricale, sont élevés ensuite aux Ordres supérieurs, en passant par les Ordres inférieurs. II faudra donc enseigner – et l’Eglise catholique l’a toujours fait – que ces Ordres sont au nombre de sept, désignés sous les noms de Portier, de Lecteur, d’Exorciste, d’Acolyte, de Sous-Diacre, de Diacre et de Prêtre. Et c’est avec une grande sagesse que ces Ordres ont été établis en pareil nombre ».</p>
<p style="text-align: justify;">Tous « sont nécessaires pour célébrer le Saint Sacrifice de la Messe, et pour administrer la Sainte Eucharistie. Car c’est pour ces deux fins qu’ils ont été spécialement institués. Ces Ordres se divisent en majeurs, et en mineurs. Les Ordres majeurs, qu’on appelle aussi Ordres sacrés, sont la Prêtrise, le Diaconat et le Sous-diaconat. Les Ordres mineurs sont ceux d’Acolyte, d’Exorciste, de Lecteur et de Portier. Nous allons dire un mot de chacun d’eux, afin que les Pasteurs puissent les expliquer, surtout à ceux qui, selon eux, seraient appelés à les recevoir ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il suit alors, dans le catéchisme, tout un exposé sur les différents ordres, mineurs et majeurs. (cf. pp. 309-315).</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Sollicitude envers les jeunes prêtres</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Il ne faut pas non plus négliger les jeunes prêtres qui sortent des séminaires.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;ailleurs, que les nouveaux prêtres, qui sortent du Séminaire, n&#8217;échappent pas pour cela aux sollicitudes de votre zèle. Pressez-les, Nous vous le recommandons du plus profond de Notre âme, pressez-les souvent sur votre cœur, qui doit brûler d&#8217;un feu céleste ; réchauffez-les, enflammez-les, afin qu&#8217;ils n&#8217;aspirent plus qu&#8217;à Dieu et à la conquête des âmes. Quant à Nous, Vénérables Frères, Nous veillerons avec le plus grand soin à ce que les membres du clergé ne se laissent point surprendre aux manœuvres insidieuses d&#8217;une certaine science nouvelle qui se pare du masque de la vérité et où l&#8217;on ne respire pas le parfum de Jésus-Christ ; science menteuse qui, à la faveur d&#8217;arguments fallacieux et perfides, s&#8217;efforce de frayer le chemin aux erreurs du rationalisme ou du semi-rationalisme, et contre laquelle l&#8217;Apôtre avertissait déjà son cher Timothée de se prémunir lorsqu&#8217;il lui écrivait : &laquo;&nbsp;Garde le dépôt, évitant les nouveautés profanes dans le langage, aussi bien que les objections d&#8217;une science fausse, dont les partisans, avec toutes leurs promesses, ont défailli dans la foi&nbsp;&raquo; (30). Ce n&#8217;est pas à dire que Nous ne jugions ces jeunes prêtres dignes d&#8217;éloges, qui se consacrent à d&#8217;utiles études dans toutes les branches de la science, et se préparent ainsi à mieux défendre la vérité et à réfuter plus victorieusement les calomnies des ennemis de la foi. Nous ne pouvons néanmoins le dissimuler, et Nous le déclarons même très ouvertement, Nos préférences sont et seront toujours pour ceux qui, sans négliger les sciences ecclésiastiques et profanes, se vouent plus particulièrement au bien des âmes dans l&#8217;exercice des divers ministères qui siéent au prêtre animé de zèle pour l&#8217;honneur divin.</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;C&#8217;est pour Notre cœur une grande tristesse et une continuelle douleur&nbsp;&raquo; (31) de constater qu&#8217;on peut appliquer à nos jours cette plainte de Jérémie : &laquo;&nbsp;Les enfants ont demandé du pain et il n&#8217;y avait personne pour le leur rompre&nbsp;&raquo; (32). Il n&#8217;en manque pas, en effet, dans le clergé, qui, cédant à des goûts personnels, dépensent leur activité en des choses d&#8217;une utilité plus apparente que réelle ; tandis que moins nombreux peut-être sont ceux qui, à l&#8217;exemple du Christ, prennent pour eux-mêmes les paroles du Prophète : &laquo;&nbsp;L&#8217;esprit du Seigneur m&#8217;a donné l&#8217;onction, il m&#8217;a envoyé évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs la délivrance, et la lumière aux aveugles&nbsp;&raquo; (33). Et pourtant, il n&#8217;échappe à personne, puisque l&#8217;homme a pour guide la raison et la liberté, que le principal moyen de rendre à Dieu son empire sur les âmes, c&#8217;est l&#8217;enseignement religieux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Enseigner le catéchisme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Combien sont hostiles à Jésus-Christ, prennent en horreur l&#8217;Eglise et l&#8217;Evangile, bien plus par ignorance que par malice, et dont on pourrait dire : &laquo;&nbsp;Ils blasphèment tout ce qu&#8217;ils ignorent !&nbsp;&raquo; (34). Etat d&#8217;âme que l&#8217;on constate non seulement dans le peuple et au sein des classes les plus humbles que leur condition même rend plus accessibles à l&#8217;erreur, mais jusque dans les classes élevées et chez ceux-là mêmes qui possèdent, par ailleurs, une instruction peu commune. De là, en beaucoup, le dépérissement de la foi ; car il ne faut pas admettre que ce soient les progrès de la science qui l&#8217;étouffent ; c&#8217;est bien plutôt l&#8217;ignorance ; tellement que là où l&#8217;ignorance est plus grande, là aussi l&#8217;incrédulité fait de plus grands ravages. C&#8217;est pour cela que le Christ a donné aux apôtres ce précepte : &laquo;&nbsp;Allez et enseignez toutes les nations&nbsp;&raquo; (35).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une charité patiente.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Mais pour que ce zèle à enseigner produise les fruits qu&#8217;on en espère et serve à former en tous le Christ, rien n&#8217;est plus efficace que la charité ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un conseil des plus importants. Faire quelques considérations sur le « zèle amer ». Cherchons à guérir plus qu’à condamner ou morigéner.</p>
<p style="text-align: justify;">« Gravons cela fortement dans notre mémoire, ô Vénérables Frères, &laquo;&nbsp;car le Seigneur n&#8217;est pas dans la commotion&nbsp;&raquo; (36). En vain espérerait-on attirer les âmes à Dieu par un zèle empreint d&#8217;amertume ; reprocher durement les erreurs et reprendre les vices avec âpreté cause très souvent plus de dommage que de profit. Il est vrai que l&#8217;Apôtre, exhortant Timothée, lui disait : &laquo;&nbsp;Accuse, supplie, reprends, mais il ajoutait : en toute patience&nbsp;&raquo; (37). Rien de plus conforme aux exemples que Jésus-Christ nous a laissés.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est Lui qui nous adresse cette invitation : &laquo;&nbsp;Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui gémissez sous le fardeau, et je vous soulagerai&nbsp;&raquo; (38). Et, dans sa pensée, ces infirmes et ces opprimés n&#8217;étaient autres que les esclaves de l&#8217;erreur et du péché. Quelle mansuétude, en effet, dans ce divin Maître ! Quelle tendresse, quelle compassion envers tous les malheureux ! Son divin Cœur nous est admirablement dépeint par Isaïe dans ces termes : &laquo;&nbsp;Je poserai sur lui mon esprit, il ne contestera point et n&#8217;élèvera point la voix : jamais il n&#8217;achèvera le roseau demi-brisé et n&#8217;éteindra la mèche encore fumante&nbsp;&raquo; (39).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette charité patiente et bénigne (40) devra aller au-devant de ceux-là mêmes qui sont nos adversaires et nos persécuteurs. &laquo;&nbsp;Ils nous maudissent&nbsp;&raquo;, ainsi le proclamait saint Paul, &laquo;&nbsp;et nous bénissons ; ils nous persécutent, et nous supportons ; ils nous blasphèment, et nous prions&nbsp;&raquo; (41). Peut-être, après tout, se montrent-ils pires qu&#8217;ils ne sont. Le contact avec les autres, les préjugés, l&#8217;influence des doctrines et des exemples, enfin le respect humain, conseiller funeste, les ont engagés dans le parti de l&#8217;impiété ; mais au fond leur volonté n&#8217;est pas aussi dépravée qu&#8217;ils se plaisent à le faire croire ».</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà un rapide rappel des vertus sacerdotales qu’il faut former dans les jeunes lévites : charité, patience, mansuétude, compassion, bénignité. Voir les vertus sacerdotales dans le livre du Père Spicq : « La spiritualité sacerdotale ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Se garder des conclusions hâtives.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Pourquoi n&#8217;espérerions-nous pas que la flamme de la Charité dissipe enfin les ténèbres de leur âme et y fasse régner, avec la lumière, la paix de Dieu ? Plus d&#8217;une fois, le fruit de notre travail se fera peut-être attendre ; mais la charité ne se lasse pas, persuadée que Dieu mesure ses récompenses non pas aux résultats mais à la bonne volonté ».</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>De l’action catholique.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Si le premier moyen « de la rénovation des peuples par le Christ » est le clergé saint et studieux, le deuxième moyen, ce sont les fidèles « qui doivent se dévouer aux intérêts de Dieu et des âmes » sous la direction de la hiérarchie. C’est donc l’action catholique.</p>
<p style="text-align: justify;">« Cependant, Vénérables Frères, ce n&#8217;est nullement Notre pensée que, dans cette œuvre si ardue de la rénovation des peuples par le Christ, vous restiez, vous et votre clergé, sans auxiliaires. Nous savons que Dieu a recommandé à chacun le soin de son prochain (42). Ce ne sont donc pas seulement les hommes revêtus du sacerdoce, mais tous les fidèles sans exception qui doivent se dévouer aux intérêts de Dieu et des âmes : non pas, certes, chacun au gré de ses vues et de ses tendances, mais toujours sous la direction et selon la volonté des évêques, car le droit de commander, d&#8217;enseigner, de diriger n&#8217;appartient dans l&#8217;Eglise à personne autre qu&#8217;à vous, &laquo;&nbsp;établis par l&#8217;Esprit-Saint pour régir l&#8217;Eglise de Dieu&nbsp;&raquo; » (43).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour bien connaître les idées de saint Pie X sur l’action catholique, il faut se rapporter à l’allocution qu’il a prononcée le 25 septembre 1904. Il demande que trois principes soient appliqués à cette action catholique : la piété, l’étude et l’action.</p>
<p style="text-align: justify;">En premier lieu, la piété, d’abord prier, demander la grâce du Bon Dieu ! Ensuite, étudier l’enseignement de l’Eglise ; enfin, agir conformément aux principes d’une action vraiment catholique. L’action pour saint Pie X est la chose primordiale :</p>
<p style="text-align: justify;">« L&#8217;action, voilà ce que réclament les temps présents ; mais une action qui se porte sans réserve à l&#8217;observation intégrale et scrupuleuse des lois divines et des prescriptions de l&#8217;Eglise, à la profession ouverte et hardie de la religion, à l&#8217;exercice de la charité sous toutes ses formes, sans nul retour sur soi ni sur ses avantages terrestres. D&#8217;éclatants exemples de ce genre donnés par tant de soldats du Christ auront plus tôt fait d&#8217;ébranler et d&#8217;entraîner les âmes, que la multiplicité des paroles et la subtilité des discussions ; et l&#8217;on verra sans doute des multitudes d&#8217;hommes foulant aux pieds le respect humain, se dégageant de tout préjugé et de toute hésitation, adhérer au Christ, et promouvoir à leur tour sa connaissance et son amour, gage de vraie et solide félicité ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le résultat.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Certes, le jour où, dans chaque cité, dans chaque bourgade, la loi du Seigneur sera soigneusement gardée, les choses saintes entourées de respect, les sacrements fréquentés, en un mot, tout ce qui constitue la vie chrétienne remise en honneur, il ne manquera plus rien, Vénérables Frères, pour que Nous contemplions la restauration de toutes les choses dans le Christ. Et que l&#8217;on ne crie pas que tout cela se rapporte seulement à l&#8217;acquisition des biens éternels ; les intérêts temporels et la prospérité publique s&#8217;en ressentiront aussi très heureusement.</p>
<p style="text-align: justify;">Car, ces résultats une fois obtenus, les nobles et les riches sauront être justes et charitables à l&#8217;égard des petits, et ceux-ci supporteront dans la paix et la patience les privations de leur condition peu fortunée ; les citoyens obéiront non plus à l&#8217;arbitraire, mais aux lois ; tous regarderont comme un devoir le respect et l&#8217;amour envers ceux qui gouvernent, et dont &laquo;&nbsp;le pouvoir ne vient que de Dieu&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a plus. Dès lors, il sera manifeste à tous que l&#8217;Eglise, telle qu&#8217;elle fut instituée par Jésus-Christ, doit jouir d&#8217;une pleine et entière liberté et n&#8217;être soumise à aucune domination humaine, et que Nous-même, en revendiquant cette liberté, non seulement Nous sauvegardons les droits sacrés de la religion, mais Nous pourvoyons aussi au bien commun et à la sécurité des peuples : &laquo;&nbsp;la piété est utile à tout&nbsp;&raquo; (45), et là où elle règne &laquo;&nbsp;le peuple est vraiment assis dans la plénitude de la paix&nbsp;&raquo; (46).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Pie X, avant d’achever, exprime un vœu :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Que Dieu, &laquo;&nbsp;riche en miséricorde&nbsp;&raquo; (47), hâte dans sa bonté cette rénovation du genre humain en Jésus-Christ, puisque ce n&#8217;est l&#8217;œuvre &laquo;&nbsp;ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais du Dieu des miséricordes&nbsp;&raquo; (48). Et nous tous, Vénérables Frères, demandons-Lui cette grâce &laquo;&nbsp;en esprit d&#8217;humilité&nbsp;&raquo; (49) par une prière instante et continuelle, appuyée sur les mérites de Jésus-Christ ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il se tourne enfin vers Notre-Dame et saint Joseph, saint Pierre et saint Paul :</p>
<p style="text-align: justify;">Recourons aussi à l&#8217;intercession très puissante de la divine Mère. Et pour l&#8217;obtenir plus largement, prenant occasion de ce jour où Nous vous adressons ces Lettres, et qui a été institué pour solenniser le Saint Rosaire, Nous confirmons toutes les ordonnances par lesquelles Notre prédécesseur a consacré le mois d&#8217;octobre à l&#8217;auguste Vierge et prescrit dans toutes les églises la récitation publique du Rosaire. Nous vous exhortons, en outre, à prendre aussi pour intercesseurs le très pur Époux de Marie, patron de l&#8217;Eglise catholique, et les princes des apôtres saint Pierre et saint Paul.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>NB</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>A- analyse du livre de Dellinger : « Notre dyssociété, fille de Mai 68 », analyse paru dans Item du 21 novembre 2004, n° 18</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Je termine de lire &#8211; ce n’est pas le moindre des avantages de ma situation actuelle de pouvoir lire &#8211; oui ! je termine le livre passionnant de Georges Dillinger sur « Mai 68 ou la mauvaise graine ».(distribution : Georges Dillinger, 10 Bd Diderot. 75012 Paris) Il appelle cet événement « révolutionnaire » : « l’embrasement libertaire » de notre société politique . Il relit &#8211; ce qu’il nomme avec Marcel de Corte, notre « dyssociété actuelle » &#8211; aux événements de mai 68.<br />
Ces quelques mots, à eux seuls, peuvent laisser entendre la richesse du livre et son intérêt.</p>
<p style="text-align: justify;">En quatre parties bien équilibrées, l’auteur brosse l’histoire de Mai 68, sa philosophie , ses conséquences politiques et sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">A -Première partie.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous montre d’abord le « terreau » qui va préparer et expliquer Mai 68. C’est la première partie qu’il intitule : « le terreau : un terrain propice à un embrasement libertaire ». Là, en six chapitres, il va nous faire comprendre « les facteurs environnementaux qui ont favorisés les fermentations destructrices à un point jusqu’alors jamais atteints » (p12). Celles-ci ont été d’ordre spirituel, sociologique et politique. Il explique l’influence de la guerre d’Algérie qui se termine et du communisme asiatique(ch. 5). Il parle « d’une certaine nomenklatura juive »(ch.3), de l’influence du catholicisme progressiste (ch. 2 et 4). Il décrit la situation des parties politiques à la veille de Mai 68.(ch. 6). Mais j’ai retenu surtout son premier chapitre très spirituel sur la perte du sacré. C’est une de ses idées fortes.</p>
<p style="text-align: justify;">a- La perte du sacré</p>
<p style="text-align: justify;">Je retiens cette phrase : « D’autres forces ont convergé pour éradiquer le sacré, mettre à mal l’esprit de sacrifice, attaquer la religion ou la pervertir de l’intérieur ; force dont la franc-maçonnerie est une des plus actives et des plus redoutables. De nombreux auteurs en ont parlé. Mais il est vrai que le développement de la science et de la technique, à lui seul, rend compte d’une maladie profonde de toute forme de transcendance dans notre société moderne. Et sous l’effet de ce recul du sacré, tous les commandements, tous les préceptes, tous les tabous, toutes les règles qui s’imposaient auparavant se sont trouvés coupés de la force issue de la transcendance, se sont trouvés coupés de leurs racines, de leur légitimité. Tout cet héritage qui faisait l’armature même de notre société pouvait dès lors être remis en question par quiconque ». (p. 15)</p>
<p style="text-align: justify;">J’aime cette analyse qui montre à contrario combien est précieux le rôle de l’Eglise dans la vie sociale et politique. Elle montre également le langage que ses prêtres doivent tenir : un langage d’abord et avant tout religieux et nullement socio-politique. Il ne peut y avoir de vraies valeurs morales vécues sans le respect préalable du sacré. Notre auteur le dit avec un aplomb qui fait plaisir à lire : « En vérité, dès lors que le sacré et la religion étaient mis à mal, l’ordre moral perdait ses supports essentiels. Dans ces conditions, ils devenaient à la fois difficiles à supporter et infiniment vulnérables. C’est la situation critique dont Mai 68 allait largement profiter » (p. 18)</p>
<p style="text-align: justify;">Ou d’une manière encore plus nette et vraiment étonnante : « Toujours est-il que cette église occupée, ramollie, clairsemée, à la foi calcinée, n’assure plus en rien le rôle essentiel de ciment social. Recroquevillée au rang subalterne d’un des protagonistes du combat et du débat socio-politique, elle tente de compenser son extrême faiblesse vis-à-vis des autres protagonistes (syndicats, partis politiques…) par une radicalisation de plus en plus irréaliste et de plus en plus intolérable de nombre de ses positions anti-morales, antipatriotiques, bref antisociales. Et comment sans aucune incitation surnaturelle, sans aucun support transcendant, se seraient conservés dans notre société contemporaine l’esprit de sacrifice et toutes les vertus qu’il animait et vivifiait ? » (p. 17)<br />
Ou encore :« En fait, si l’Eglise ne défendait pas mieux la civilisation occidentale et – pour commencer &#8211; ne se défendait pas mieux -, quand encore les clercs ne faisaient pas chorus avec les manifestants, c’est que trop de ces clercs avaient eux-mêmes perdu la foi, en tout cas la foi ardente qui, pendant près de deux millénaires, avait vivifié cette institution sacrée, en même temps que la société à laquelle elle donnait une âme. Dès lors, sans cette indispensable transcendance, sans le caractère sacré des commandements et des préceptes évangéliques, comment les contraintes morales auraient-elles pu continuer à être imposées et justifiées, en permettant aux hommes de s’y soumettre tant bien que mal et de les supporter ? » (p. 29)</p>
<p style="text-align: justify;">J’aime, vous dis-je ce langage clair, net et viril. Ces caractéristiques ne sont pas les moindres qualités du style de Georges Dillinger que je ne connais pas sinon par téléphone. Il doit avoir même caractère. On est « son » style. On est à son image.</p>
<p style="text-align: justify;">Son chapitre sur l’aspect « sociologique » du phénomène de Mai 68 n’est pas, non plus, sans intérêt. Il vaut même le détour. Ses considérations sur la « faillite des idéologies et des utopies », sur « la société marchande », sur la « société conçue comme oppressive », sur les « hippies et les beatniks », sur l’influence de la « TV » sont vraiment « mordantes »…Le lecteur ne s’ennuie pas tout au long de ses pages. Je vous assure.</p>
<p style="text-align: justify;">La conclusion de cette première partie, vraiment, peut-être retenue.</p>
<p style="text-align: justify;">b- La vraie « nature » de Mai 68</p>
<p style="text-align: justify;">Elle nous donne la véritable nature de Mai 68 : « Si en 1968 la révolution a semblé viser de Gaulle (« la chienlit, c’est lui ») et son gouvernement, en fait, le grand ennemi, objet de toutes les haines était l’ordre moral et lui seul » (p. 90).</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà ce que notre auteur démontre fort bien dans cette première partie. C’est pourquoi il insiste tant &#8211; il le démontrera surtout dans sa quatrième partie &#8211; sur l’idée que le siècle que nous vivons…est le triste héritage de cette révolution de Mai 68. On comprend très bien mon sous-titre : « notre dyssociété est fille de Mai 68 ». Il est, du reste, de l’auteur lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">D’où l’intérêt de ce regard sur Mai 68. Ne serait-ce que pour mieux « comprendre » ce siècle commençant et pour mieux lui « parler ». Ne perdons jamais notre but « missionnaire ». Ces phénomènes sociaux &#8211; nouveaux et étonnants, avouez-le ! &#8211; de « Pacs », de « mariage homosexuelle »…de drogue…de destruction de la famille, d’union libre, d’avortement…de « gay pride »…trouvent leur racine dans la destruction de l’ordre moral, destruction acquise, du moins, déjà dans les esprits en Mai 68.</p>
<p style="text-align: justify;">B &#8211; La deuxième partie est plus historique.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle est consacrée au déroulement historique de cette révolution de la « jeunesse estudiantine».</p>
<p style="text-align: justify;">La génération « actuelle », qui n’a pas connu cette « histoire », trouvera là un bon exposé. La violence, la destruction de l’ordre, la haine contre la police, le rôle des leaders « juifs », la destruction, la haine de toute autorité, de tout pouvoir politique mais aussi familiale sont bien rendus. L’attitude du partie communiste aussi. L’impuissance du général de Gaulle et de son gouvernement, sa « panique », son découragement, son entretien avec le général Massu…C’est le fameux chapitre 11 intitulé « la zizanie »… Tout cela se lit très vite, très bien , sans ennui. Un vrai « roman ». Le lecteur, il est vrai, n’en sortira pas « gaulliste ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au delà de l’aspect purement historique, ce qui est intéressant aussi c’est la démonstration, de nouveau, fort bien faite, de la nature même de cette subversion. C’est cela surtout qui est important. Il ne s’agissait nullement de renverser le pouvoir politique. Il en donne de nombreuses preuves. Il y en a une particulièrement éclairante, c’est lors de la manifestation du 22 mai. Nous sommes à la page 123 du livre : « Un fait particulièrement révélateur de l’état d’esprit des dirigeants gauchistes a eu lieu pendant ces manifestations du 22 mai. Un nombre important de manifestants, bien structuré, ont pensé que, tant qu’à faire la guerre aux services d’ordre, autant être convenablement armés. Dans ce but, ils sont tentés de fracturer le rideau qui protégeait une armurerie. Or ce ne sont pas les forces de police, bien incapables d’intervenir dans cette armée humaine, qui les ont empêchés. Ce sont deux à trois cents hommes de Krivine, bien structurés. Il est intéressant de citer les paroles de celui-ci, telles que les a restituées l’émission de France-Culture. « On a mis notre service d’ordre à coup de matraques pour empêcher des gens de piquer les armes, parce qu’on avait la compréhension du mouvement et l’on savait jusqu’où on pouvait aller…On sentait bien que ce n’était pas une révolution ? On ne pouvait pas faire n’importe quoi…En fonction des conditions qui existaient à l’époque, l’idée d’une lutte armée n’existait pas à l’époque. Et Krivine d’ajouter : « c’est aussi pourquoi, tout au long du mois de mai, ils (les soixante-huitards) se sont refusés à occuper des bâtiments officiels comme les ministères pour ne rien dire de Matignon ou de l’Elysée, ou les commissariats ». Il précise enfin qu’ils ont voulu éviter toutes les actions qui auraient pu contraindre les forces de l’ordre à faire usage des armes ».(p.123).</p>
<p style="text-align: justify;">Notre auteur, au cours de son récit historique, en donne d’autres preuves.</p>
<p style="text-align: justify;">Il semble certain que l’on puisse conclure : « Les leaders gauchistes n’ont jamais pensé à eux seuls tenter la moindre conquête politique. Leur objectif était ailleurs et ils l’ont atteint ». (p. 111)</p>
<p style="text-align: justify;">Il est donc acquis que Mai 68 n’est pas une révolution politique, pour renverser un pouvoir, le pouvoir du Général de Gaulle. Non ! Ce mouvement est d’une autre nature. De quelle nature ? Il s’agit d’un « complot intellectuel ». Georges Dillijnger l’écrit nettement : « S’il y a bien eu complot, il ne s’agit que d’un complot intellectuel ». Et il ajoute très justement : « Mais ce n’est pas le type le moins dangereux ». (p. 97).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>a-le rejet de la hiérarchie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il essaye d’en préciser le contours. Il insiste sur le rejet de la hiérarchie qui l’anime :</p>
<p style="text-align: justify;">« Fondamentalement, cette contestation universitaire est un refus et un rejet de la hiérarchie, récusant aussi bien les principes de l’autorité que le personnel enseignant et administratif qui détient celle-ci. A ce titre, l’état d’esprit qui sous-tend la révolte étudiante contient en germe le rejet de toute hiérarchie et autorité sociale. Le rejet qui a été le concept clé de la chienlit soixante-huitarde allait affecter tous les niveau de la société, depuis la famille jusqu’à la patrie » (p. 100).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>b-« libération sexuelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il insiste aussi sur la « libération sexuelle ». Voilà une autre composante, dit-il, de ce programme « subversif ».</p>
<p style="text-align: justify;">A la page 101 il écrit : « De même que la contestation universitaire n’était que le germe de la contestation de toute autorité, la revendication de la libération sexuelle &#8211; choisie dans la mesure où la pulsion sexuelle est une des plus fortes qui se manifeste chez l’homme &#8211; impliquait la soif de détruire toute morale, d’éradiquer tous les tabous, d’abolir tous les principes, de ruiner toutes les contraintes, bref, tout ce que l’on a constaté en Mai 68…et depuis ».<br />
Ce « depuis » en dit long dans la pensée de l’auteur &#8211; C’est une de ses pensées fortes : la situation actuelle de notre société sur la licence des mœurs trouve sa source dans cette libération sexuelle de Mai 68. Il l’affirme. Il le démontre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>c- la passivité des forces de l’ordre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il insistera, également, dans son récit historique, sur la passivité des forces de l’ordre. Faut-il conclure à la « concertation » ? à la « connivence » de l’autorité politique ? Il écrit :</p>
<p style="text-align: justify;">« l’harmonisation des tactiques entre d’une part Grimauid (et au dessus de lui Pompidou puis de Gaulle lui-même) et d’autres part les leaders de la subversion étaient donc aussi parfaite que si elle avait été arrêtée dans une concertation impliquant une complicité absolue. Sous réserve d’éviter le premier coup de feu ou de ne pas occuper les bâtiments officiels où se terraient des autorités de papier mâché, les casseurs pouvaient tout faire : saccager la voirie, brûler les voitures, piller les magasins, blesser parfois grièvement des centaines de policiers, déclencher une grève générale paralysant la France et lui coûtant des milliards sans que les forces de l’ordre n’interviennent avec la sévérité qui s’imposait. Jamais dans notre histoire un gouvernement n’a été aussi passif face à tant d’exactions et alors qu’il disposait de forces loyales considérables et du soutien d’une majorité de la population. D’un autre côté, Krivine et ses complices, au milieu des pires débordements de leurs troupes, savaient s’arrêter avec la plus extrême rigueur, exactement à la limite qui aurait acculé inévitablement les forces de police au rétablissement de l’ordre ».(p.123) Pour conclure d’un mot qui fait froid au corps : « Que de connivence entre des forces officiellement et apparemment ennemis ». (p. 124)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C – la troisième partie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est sur ce constat que s’ouvre la troisième partie du livre intitulée : « Un Mai 68 aux multiples facettes ». Là, notre auteur, dans un tout premier chapitre va donner la parole à des représentants de la « Nouvelle Droite ». Comment ont-ils jugé cet événement ? On est surpris de la légèreté des jugements ! Jugements très superficiels ! On est intéressé par le jugement d’Alain de Benoist. Beaucoup d’entre eux n’en restent qu’à l’éphémère, qu’à l’extérieur. Ils relèvent, dans le mouvement de Mai 68, la « débauche », la « joie et la solidarité fraternelle et collective », « la formidable expérience collective de volontarisme de rupture avec le quotidien, d’abolir le temps, les obligations » (p. 148), toute expérience merveilleuse. Mais ils ne relèveront pas « l’irréalisme complet », « l’utopie la plus débridée », « la fantaisie la plus échevelée ». Et vouloir voir « l’ébauche de nouvelles relations sociales, de nouveaux programmes de société dépasse et de beaucoup la jobardise commune » (p. 149). C’est le chapitre 12.<br />
Certains insisteront sur une autre idée : celle d’une « volonté de rupture avec la société marchande ». C’est le chapitre 13. Certains s’arrêteront à l’idée que Mai 68 fut une simple « révolution étudiante » qui fut peu appréciée par les ouvriers de Boulogne-Billancourt. L’auteur écrit sur ce sujet : « Les ouvriers de Boulogne-Billancourt n’ont réservé qu’une fin de non-recevoir au cortège de ces jeunes braillards malgré le slogan « Ouvriers, étudiants, même combat ». Ecœurés par ces jeunes privilégiés qui cassaient et brûlaient ce qu’ils n’étaient pas capables de fabriquer, ces ouvriers ne se faisaient aucune illusion sur les potentialités du mouvement estudiantin de Mai 68 » (p. 162)</p>
<p style="text-align: justify;">Dans son chapitre 15, notre auteur revient sur le problème de la finalité politique de mai 68. Mais c’est pour confirmer son jugement. Jamais ne fut constatée la volonté du renversement du régime gaulliste. Certes le pouvoir fut tenu en échec. Et comment ! Certes Lénine, Trotski furent invoqués, leurs portraits brandis au milieu des défilés. Mais « la seule motivation qui tenait aux tripes la plupart de ces soixante-huitards était la soif de détruire cette « société oppressive », locution qui revient comme un leitmotiv…Les jeunes cependant avaient un vernis politique : on a pu s’étonner de voir des étudiants et même des lycéens brandir des portraits de Lénine et de Trotski, dont les programmes, les objectifs et les réalisations n’avaient pas le moindre rapport direct avec la situation de la France en 1968. C’est là le fruit de l’intoxication marxiste, méthodiquement développée par les médias et plus encore par les enseignants, chez lesquels la mythologie des révolutions &#8211; depuis la Révolution française &#8211; a valeur de credo. Mais, après les désenchantements consécutifs au rapport Khrouchtchev, après les normalisations successives et l’écrasement militaire des pays de l’Est, il devenait difficile d’avaler tout le credo marxiste-léniniste ; on gardait la soif de détruire habitant tous les révolutionnaires ; mais on ne croyait plus à l’utopie d’une construction qui suivrait » (p. 167) Par contre &#8211; et c’est là l’idée essentielle que cherche à démontrer Georges Dillinger : avec Mai 68 « un phénomène considérable avait surgi avec la contestation sociale : la remise en question de l’ordre moral qui structure la société »(p. 174)</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà ce que notre auteur va démontrer dans le magnifique chapitre 16 &#8211; chapitre charnière du livre –. Il faudrait le citer et le lire en entier. Il y a là 10 pages qui font vibrer. Il a pour titre : « la sape des piliers de la société au profit de l’individu roi ». Il va dénoncer « cette œuvre quasiment satanique de dynamitage de la société » (p. 180) qui s’est inspirée « de l’idéologie partagée depuis quelques années par les groupes hippies. Il écrit tout au début de son chapitre son idée fondamentale : « Le mouvement de Mai 68 a été l’explosion à l’échelle de nations entières de l’idéologie partagée depuis quelques années par les groupes hippies. Ce mouvement s’est attaqué à certains piliers de la société humaine qui soutenaient la civilisation occidentale en générale et française en particulier : le sacré, la charité, la morale, le civisme, la culture… »(p. 179)</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà sa thèse clairement affirmée: « Dans les révolutions politiques du XXe siècle, les acteurs cherchaient à arracher les populations au joug de l’impérialisme et de l’exploitation capitalistes. La révolution de 68 avait un objectif infiniment plus radical et global : elle était la négation de toute autorité, de toute hiérarchie, de tout ordre, de toute contrainte, de tout tabou. On s’en est pris à toutes les formes de pouvoir ». (p. 179).</p>
<p style="text-align: justify;">Mais attention, n’oubliions jamais ce caractère« avec une violence destructrice extrême ». Mai 68 ne fut pas un jeu de fillettes. Ceux qui ne l’ont pas vu, ne peuvent se l’imaginer. Il faut pourtant qu’ils le sachent et s’en souviennent. Georges Dillinger y insiste a juste titre. Il écrit : « Au chapitre du civisme encore, je dois revenir sur les comportements des soixantes-huitards à l’égard des forces de maintien de l’ordre. Au delà de la stupidité, de la monstruosité de slogans tels que « C.R.S.= S.S. », il y a eu pendant près d’un mois ces affrontements toujours suscités par les émeutiers d’une violence inouïe. On ne saurait imaginer pire incitation à la haine meurtrière à l’égard de compatriotes, une telle rage de faire couler le sang, de déchaîner le mal à l’encontre de leurs prochains qui ne faisaient que leur devoir et qui, comme l’a remarqué justement Pasolini en Italie, étaient en général plus prolétaires et plus fils de pauvres que ces petits salopards de fils de bourgeois qui leur assénaient billes de fonte et pavés avant d’aller retrouver, leurs forfaits accomplis, la quiétude l’home paternel. Ces attitudes induites par des meneurs pervers dénotent chez ceux-ci à la fois la haine de l’homme, la haine de l’ordre et, par dessus tout la haine de la France ». (p. 180)</p>
<p style="text-align: justify;">Et notre auteur passe en revue les différents piliers de la société qui furent rejetés, attaqués.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>a- le rejet de toute tradition</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il commence d’abord par citer : « le rejet de toute tradition ». et plus particulièrement par le rejet de la culture et du travail. Ce rejet de toute tradition, de la culture transmise, du travail aimé a été « développé à titre expérimental chez les hippies ». Il se trouve, aujourd’hui , dans tout le système scolaire. Là on fait « l’apologie systématique » et l’on voit « le triomphe de la subjectivité, de la spontanéité, de la créativité et de la liberté individuelle, toutes valeurs( ?) nouvelles substituées à l’enseignement de l’instituteur ou du professeur à l’élève, du maître au disciple. Laisser s’écouler sa créativité devenait plus important que le travail visant au progrès et au développement d’une tradition toujours respectée et toujours source de formation ».</p>
<p style="text-align: justify;">Tel est l’esprit actuel qui domine toute pédagogie dans notre enseignement et public et privé et religieux. Et bien cet esprit, cause du délabrement profond de notre enseignement public… « est dû en grande partie aux métastases de plus en plus totales de l’esprit de 68. Le refus de toute autorité &#8211; celle de la discipline, celle des connaissances, celle des vertus -, la perte du goût de l’effort, l’horreur de l’émulation, un égalitarisme avilissant et ramenant tout le monde au plus bas niveau, tels ont été les chevaux de bataille » de Mai 68. Tout cela enfonce notre jeunesse dans une misère poignante ». (p. 182)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>b- rejet de la famille</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’esprit soixante-huitard : c’est le refus de la famille. Plus encore l’ennemi par excellence c’est la famille. Ce qui donne lieu a un magnifique passage que je ne résiste pas à vous faire lire : « Dans cette entreprise de destruction radicale de la société, la famille &#8211; la famille dite patriarcale &#8211; devait être l’ennemi par excellence. La famille traditionnelle est le fondement de la société, l’autorité et l’ordre y sont indissociablement unis à l’affection et à l’amour. C’est la famille qui fait d’un nouveau-né, vagissant et ne possédant rien si ce ne sont ses virtualités, l’ébauche d’une personne humaine dont l’éducation sera complétée &#8211; mais seulement complétée &#8211; par l’école et par la société. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux penseurs gauchistes –dont Wilhelm Reich &#8211; ont même pensé que la destruction de la famille était un préalable à toute véritable révolution et toute émancipation totale. Pendant des siècles, la famille a communiqué l’esprit du sacré et de la charité. Elle a transmis la morale, y compris ses interdits et ses tabous. Elle a été le berceau du civisme. Elle a été le premier lieu de transmission de la culture et elle a vénéré le travail dont elle donnait l’exemple. En vérité, il fallait détruire la famille. Un slogan suffira pour donner le ton du combat soixante-huitards dans ce domaine éminemment sacré : « papa pue ». Rappelons que ce slogan a même été prononcé &#8211; devant témoins – par des jeunes filles de bonne famille, dit-on, mais probablement de toutes petites cervelles. Il atteste de cette volonté de contestation familiale attisée jusqu’à la haine ». (p. 183)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>c- rejet de la morale</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’esprit soixante-huitards c’est aussi « le rejet catégorique de la morale, de ses interdits, de ses idéaux » (p. 183)<br />
Rappelons rapidement quelques slogans qui disent tout : « Il est interdit d’interdire », « Vivre sans temps mort et sans entraves », « Vivre au présent », « je jouis dans la pavés », « Aimez-vous les uns sur les autres », « faites l’amour pas la guerre », « Faites l’amour et recommencez ».<br />
Les orgies de la Sorbonne… attestent que ces slogans ne restaient pas lettre morte…Nul doute que le mouvement de Mai 68 a transformé ce qui était une évolution rampante en une explosions des désirs et des acquis libérationnistes. Eradiquer toute morale, fondement d’une société civilisée, fut un des objectifs privilégiés de Mai 68. Et les arguments étaient faciles : « on disait vouloir s’éloigner du puritanisme ».<br />
Sur ce sujet concluons en disant avec notre auteur : « le gauchisme soixante-huitards comme le politiquement correct triomphant trente ans plus tard a pour objectif la destruction de toute société au profit d’un individualisme débridé » (p. 185) « Certes, nous reconnaissons bien que « la société technicienne exploite le sexe », que « la société marchande profite du vice »Mais fondamentalement elles n’en sont pas les instigatrices. Rendons à César ce qui est à César et à l’esprit libertaire ce qui lui appartient » (p.186)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>d- idéologie antisociale</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si donc Mai 68 peut se définir comme étant le « triomphe de l’hédonisme, du matérialisme de cet appétit de vivre et de jouir sans entraves et sans contraintes, sans tabous et sans morale » cet esprit ne peut pas ne pas engendrer l’individualisme le plus absolu. Voilà un autre caractéristique de Mai 68 : « l’esprit d’anarchie allait gangrené toute notre société et y développer un individualisme absolu » (p. 188) laissant l’individu dans une solitude terrible, nourri qu’il est par cette « idéologique antisociale » (190) qui ne peut finir que par être fatale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>D – La quatrième partie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est sur ces paroles que s’ouvrent la quatrième partie intitulée : « Et enfin de la mauvaise graine foisonne l’ivraie ».</p>
<p style="text-align: justify;">Là, il développe l’idée fondamentale du livre : l’importance majeure de l’idéologie de Mai 68 dans la vie sociale actuelle. Il écrit &#8211; et le démontre tout au long de cette quatrième partie- : « Je crois l’évènement important, porteur de bien d’autres choses que des utopies plus ou moins folkloriques véhiculées et proclamées par quelques étudiants immatures » (p. 203). L’idéologie subversive de Mai 68, à savoir sa soif libertaire, son rejet de toutes les contraintes, de toute autorité, la satisfaction de toutes les pulsions, l’égocentrisme le plus cynique, a subverti les valeurs traditionnelles qui faisaient vivre la société d’hier, a conquis toute la classe politique. Non Mai 68 n’est pas obsolète. Mais bien au contraire triomphant. Il est devenu une composante essentielle de l’esprit moderne et mondialiste. Voilà la thèse essentielle de ce livre .</p>
<p style="text-align: justify;">Georges Dillinger écrit : « C’est partout le triomphe de l’esprit de 68 ! Cet esprit de 68 reste présent et fait même preuve d’une extrême vigilance dans toute l’intelligentsia, qu’elle soit politicienne ou médiatique. Ses tables de la loi sont la doctrine des droits de l’homme ou plus exactement, l’esprit des droits de l’homme, c’est-à-dire un souci obsessionnel en faveur de l’individu et mieux encore &#8211; pour assurer la prééminence absolue de l’individu &#8211; en faveur de quiconque a transgressé les habitudes, les normes, les lois, les tabous de la société : le marginal, l’inactif, le délinquant, le criminel, le « hors-modèle » en règle général ». (p. 208) C’est l’idée central de son important chapitre 18.</p>
<p style="text-align: justify;">Et il poursuivra cette idée pour en montrer le bien fondé dans tout son chapitre 20 qui contient des affirmations particulièrement pertinentes.</p>
<p style="text-align: justify;">Donnons-en quelques unes.</p>
<p style="text-align: justify;">Au début du Chapitre 20, vous pouvez lire : « Mai 68 et ses slogans &#8211; dont le fameux « Il est interdit d’interdire &#8211; n’a été qu’un cri en faveur de la liberté, de toutes les libertés. Et les séquelles de 68…résultent pour la plupart de cette exaspération de l’esprit libertaire, la liberté débouchant sur un hédonisme sans freins et sans limites, liberté de piétiner les commandements, la morale, ses interdits, ses tabous, ses devoirs, ses satisfactions, liberté à l’égard de toutes les contraintes, de tous les devoirs imposés par l’encadrement social et en particulier par la patrie, liberté de se détruire par les risques inconsidérés et stupides, par le suicide ou pire encore par la drogue, liberté de s’affranchir de toute famille, de toute communauté, liberté de mépriser et d’ignorer même tout un immense patrimoine culturel .. En 68, les contestataires, dans leur fureur de détruire tout ordre moral, étaient animés d’une rage homicide à l’encontre des forces de l’ordre. Depuis les clameurs se sont tues et la haine de tout ordre, de toute tradition, de toute morale, de tout patrimoine s’exerce autrement, recourant à des voies légales, sûres d’elles-mêmes et dominatrices, iniques et monstrueuses. Et ces lois si scandaleuses sont utilisées systématiquement par des associations anti-françaises, par des lobbies haineux, trouvant trop souvent des magistrats complaisants à leurs desseins ou acquis aux mêmes convictions. Et c’est la chasse au français fier de l’être, sous le prétexte mensonger de racisme et de xénophobie. C’est la pensée unique, substituée à la plus élémentaire liberté d’expression avec les lois Pleven et Gayssot. C’est le Code pénal de mars 1994, qui punit de la façon la plus lourde, sous le nom de discrimination, toute distinction opérée au motif de la nationalité. Dans le même esprit, c’est la télévision et l’ensemble des médias, c’est l’école qui combattent notre passé, tout ce qui a fait notre armature morale par la culpabilisation, par le mensonge, par la dérision ». (p. 214) ;</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup des chapitres de cette quatrième partie sont de cette veine. Il faut lire le chapitre 21. Il le consacre à la morale, à la femme, à la famille. C’est le titre même du chapitre. Il démontre qu’en tous ces domaines « Mai 68 a ouvert une ère nouvelle »(p. 222)</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous limiterons à ce constat terrifiant et pourtant véridique : « Les premières réunions aux Beaux-arts des pédérastes et des lesbiennes ont rempli d’aise certains leaders de la contestation. Ils ne s’y trompaient pas : ils savaient quelle machine infernale ils mettaient en route. Et, effectivement, au cours des trente années écoulées depuis, on est passé de pratiques honteuses, dissimulées à des attitudes impudentes, arrogantes, agressives. Pour finir, au cours de ces toutes dernières années, à des invraisemblables défilés de pédérastes qui ont déshonoré nos grandes villes et en particulier notre capitale. Et, là encore, le mal spirituel qui gangrenait notre intelligentsia et nos lobbies s’est propagé sans obstacles, sans limites, à ceux qui devraient être nos élites et en particulier au corps législatif. Et enfin, en cette année 1999, avec le trop fameux PACS, notre République française a accordé à ces couples et ces pratiques contre-nature un statut le rapprochant de celui du mariage : une sorte de singerie de mariage assortie de nombreux avantages sociaux, sinon successoraux et autres. Ainsi les mêmes pratiques qui ont déchaîné la colère de Dieu et la destruction de Sodome et Gomorrhe reçoivent en cette fin de millénaire un label de normalité et de respectabilité qui suffit à déshonorer notre époque ». (p. 222).</p>
<p style="text-align: justify;">Tout ce chapitre est de la même veine. C’est à lire.<br />
En le lisant, loin d’être découragé, je me disais voilà l’objet de notre prédication sacerdotale: Iterum et iterum, prendre le contre pied de ce dévergondage. Et rappeler le droit naturel, la loi de Dieu. Car , figurez-vous ! la loi civile est sans valeur si elle va contre la loi de Dieu. Voilà pourtant ce dont se moque et « le milieu médiatique » gagné à cette idéologie de Mai 68, tout comme le « pouvoir législatif », la justice elle-même et la magistrature.</p>
<p style="text-align: justify;">Le chapitre 24, tout consacré à la jeunesse et à l’enseignement, est particulièrement « poignant ». Là, on peut mesurer le drame que nous vivons en France. Notre auteur revient sur la pédagogie contemporaine qui anime la « transmission du savoir ». L’auto discipline a supplanté la discipline. L’auto évaluation a supplanté l’évaluation. L’enfant doit lui-même construire son savoir et s’épanouir librement suivant son projet personnel. On ne veut parler aujourd’hui que de « spontanéité » et de « créativité ». Il écrit : « ce qui affecte le plus gravement l’école, c’est l’éradication de l’autorité ; c’est-à-dire précisément la caractéristique fondamentale de l’esprit de 68 » (p. 247)</p>
<p style="text-align: justify;">La conclusion du livre est à la fois terrible et plein d’espérance.</p>
<p style="text-align: justify;">Je veux vous la donner intégralement : « L’hégémonie de plus en plus totale du rationalisme, de la technique, de la science et du matérialisme propres à notre modernité a ébranlé, voire détruit, les fondements de la société traditionnelle, sacralisée équilibrée. Ce sont là les conditions profondes qui sont à la source de Mai 68. Mais, suivant un phénomène de rétroaction classique, Mai 68 avec sa haine farouche de toute autorité humaine, civique, morale, spirituelle, transcendante, avec ses débordements et ses désordres et l’impunité dans laquelle ils se sont déroulés, a auto-aggravé cette désagrégation sociale, phénomène majeur de notre époque.<br />
Le contraste entre la société traditionnelle, &#8211; vivante il y a si peu d’année encore &#8211; et la nouvelle société, est si total, si général, qu’il est difficile de le résumer, de le préciser en peu de mot. La première (la société traditionnelle) était animée &#8211; ne serait-ce que de façon sous-jacente &#8211; par le sacré, l’esprit de sacrifice et l’esprit de soumission, voire la joie de servir. La seconde, qui s’impose de façon hégémonique, hait les contraintes ainsi imposées et flambe de l’esprit libertaire. Et cet esprit libertaire désagrège la société jusqu’à l’atome : l’individu. Ce basculement fondamental rend compte, me semble-t-il, de la désaffection à l’égard de notre patrimoine culturel, sans doute le premier du monde. Il rend compte de la dévaluation du travail, alors que le travail était une vertu cardinale et millénaire de la France. L’extrême recul du sacré et de l’esprit de soumission a altéré de façon extrêmement grave la morale et les bonnes mœurs. La dégradation de ces fondements sacrés a entraîné la décadence de la famille. Car le mariage, les soins dus aux enfants, le souci des proches et de leur avenir, sont une source permanente de menus sacrifices et parfois de sacrifices plus importants. Le recul du sacré et de l’esprit de sacrifice ont eu pour séquelle la dégradation du civisme et l’opprobre jeté sur le patriotisme. L’esprit libertaire a rompu toute solidarité, qui fondait obligatoirement les communautés humaines. L’éradication du sacré a détruit l’esprit de charité, qui commandait de protéger le faible contre le fort et contre la brute. L’éradication du sacré retire à la société toute légitimité et par conséquent toute possibilité de recours à la force pour maintenir son identité, ses vertus et la paix dans la justice. L’éradication du sacré, c’est la mort d’une société et la désagrégation de toute communauté humaine en un troupeau d’individus esseulés. Ce sont là les conditions dans lesquelles la France se meurt.<br />
L’individu au moins a-t-il gagné à cette libération sans précédent ?<br />
On peut en douter dans la mesure où les vertus essentielles, celles du caractère, ne semblent pas être sorties indemnes de l’épreuve : ni le goût de l’effort, ni la maîtrise de soi, ni la force, ni le courage ne caractérisent positivement la majorité de nos jeunes contemporains. Comment leur en faire le reproche, dès lors que tout est acquis à cette gangrène libertaire : le pouvoir intellectuel, les milieux politiques et ce que l’on appelle encore les autorités morales, désormais par antiphrase, honteuses du passé pourtant magnifique de la religion.<br />
Depuis 1968, toutes les communautés naturelles ont été considérées comme oppressives et combattues comme telles. Il faut y substituer des liens qui soient librement consentis, malheureusement tout aussi librement remis en question. C’est l’extension généralisée du concept de contrat social. Ainsi, cet individu-roi en se dégageant de toute contrainte et de tous liens organiques, a perdu du même coup toute solidarité humaine et se retrouve esseulé, isolé, et désolé. Il est libéré de toute gratitude à l’égard de la société à laquelle cependant il doit tout. Infiniment ingrat, il est infiniment puni de son ingratitude par la solitude qu’il reçoit en châtiment. Vae soli (malheur à l’homme seul) disait déjà l’Ecriture. Nous vivons le crépuscule d’une civilisation millénaire fondé sur la religion, la soumission au sacré. Quel substitut y trouvera l’individu ?<br />
Objectivement, c’est aussi le crépuscule du peuple français, à la fois par le ramollissement de son caractère, par l’effondrement de sa natalité et par la dilution des Français au sein d’apports allogènes. Et pourra-t-on encore parler de France, dès lors que celle-ci ne sera plus peuplée de Français ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le crépuscule précède la nuit qui, normalement, va voir renaître l’aurore. Mais, en ce tournant de millénaire, qui pourra affirmer qu’il y aura une aurore, et dans l’affirmative, sous quelle forme ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il reste cependant une question. Et cette question révèle non point une lumière mais une lueur d’espérance dans les ténèbres qui nous entourent. Mai 68 proclamait : « il est interdit d’interdire ». Et, depuis trente ans, cet esprit libertaire a totalement triomphé, pourquoi ces gens là nous appliquent-ils l’intolérance absolue ? Pourquoi Mai 68, qui dénonçait avec fureur la société oppressive, a-t-il pour descendance le totalitarisme du politiquement correct ? Pourquoi l’intelligentsia, qui tient tous les pouvoirs en mains, est-elle aussi acharnée par exemple à l’encontre de la tradition catholique, attaché non point au passé &#8211; comme on le dit &#8211; mais à un progrès quoi s’enracine dans la tradition et qui est le seul qui ne soit pas utopique ?<br />
Pourquoi, si la société traditionnelle est définitivement défaite et si notre résistance est désormais totalement vaine, pourquoi sont-ils si férocement, si malhonnêtement agressifs à l’égard de quiconque veut encore défendre ou restaurer un minimum d’ordre moral et social, l’esprit de sacrifice, voire le devoir de l’éducation, la formation des vertus de caractère, la patriotisme ou au moins la préférence nationale la plus élémentaire et la plus naturelle ?<br />
Je serai tenté de dire que nos ennemis sont moins optimistes sur leur victoire que nous sommes parfois pessimistes sur notre défaite. Il serait bien tôt pour se réjouir d’un « cela s’appelle l’aurore ». mais, c’est la lueur qui nous reste et c’est seulement cela. Les plus volontaires, les plus rebelles au découragement face aux réalités les plus évidentes et les plus sombres, voudront y voir le phénomène prémonitoire de cette aurore dont on pouvait croire disparues non seulement l’attente mais même l’espérance » (p. 280-282)</p>
<p style="text-align: justify;">28 août 1998- 10 mars 2000. Georges Dillinger.</p>
<p style="text-align: justify;">Ma conclusion : ce livre est une bonne analyse politique de la situation dans laquelle se trouve notre pays. Il doit être lu.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce livre pourra paraître sombre et pessimiste à plusieurs. Mais il contient, si l’on en fait une lecture attentive, le contre-poison du mal.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est en dire l’intérêt.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’aime pas, en effet, l’esprit négatif, purement négatif et pessimiste qui, trop souvent, occupe l’esprit de ceux qui se disent les vrais « défenseurs » de la « Tradition ». Si vous le souhaitez, je peux vous en dire les noms…mais uniquement à l’oreille.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est tout le contraire dans ce livre de Georges Dillinger.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout en fustigeant le mal et en l’analysant, et avec quel profondeur, il donne, en même temps, vous dis-je, les remèdes au mal actuel.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à l’individualisme hédoniste où la France se trouve par suite du triomphe de la « philosophie » de Mai 68, il faut que se développent, de nouveau, parmi nos compatriotes, et en particuliers, les plus jeunes, le goût de la famille en raison de sa beauté, avec le sens retrouvé de la procréation, l’amour des sociétés naturelles qui, seules, sont de nature à protéger les individus et à les garder, précisément de cet « individualisme hédoniste soixante-huitard », l’amour de l’école formatrice et éducatrice, l’amour des vertus, l’amour de la patrie, lié à celui de la civilisation chrétienne et de sa sagesse et enfin l’amour de la Religion chrétienne et de ses deux principes fondamentaux , à savoir la notion de « sacrifice » et de « soumission ». Je retrouve, là, l’enseignement même de Mgr Lefebvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre parenthèse, ce sont, précisément, les vertus majeurs du Christ dans sa Passion et le mystère de la Rédemption.</p>
<p style="text-align: justify;">Lisez ce livre de Georges Dillinger …(à commander chez l’auteur : 10 Bd Diderot Paris 75012)<br />
Au lieu, le soir, de vous mettre, par habitude, devant votre poste TV, installez-vous dans votre fauteuil, avec ce livre dans les mains , vous y trouverez occasion de réflexions et de discutions avec votre femme et vos enfants. La France se meurt de sa TV. Elle pourrait revivre avec la lecture appliquée des bons livres de nos meilleurs auteurs. Celui-ci en fait partie.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous trouverez également sur le site ITEM, dans la rubrique « doctrine politique » un article intitulé : « Notre dyssociété est fille de Mai 68 » qui, finalement est un merveilleux résumé de ce livre par Georges Dillinger lui-même. Il l’avait publié, cet article, voici quelques mois dans « Présent ». Cet article m’avait plus avant même que je connaisse son livre . Si vous n’avez pas le temps de lire le livre, lisez au moins cet article. Il est très riche et substantiel. Il vous donnera le goût d’aller acheter le livre lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>B- l’article de Présent : « Notre dyssociété est fille de Mai 68 »</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>« Prégnance de la société sur l’individu »</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Quelques mots de présentation</p>
<p style="text-align: justify;">Cet article est, en effet, une bonne analyse politique de la situation dans laquelle se trouve notre pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette analyse pourra paraître sombre et pessimiste à plusieurs. Mais elle contient, si l’on en fait une lecture attentive, le contre-poison du mal.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est en dire l’intérêt.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’aime pas, en effet, l’esprit négatif, purement négatif et pessimiste qui, trop souvent, occupe l’esprit de ceux qui se disent les vrais « défenseurs » de la « Tradition ». Si vous le souhaitez, je peux vous en dire les noms…mais uniquement à l’oreille.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est tout le contraire dans cet article de Georges Dillinger.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout en fustigeant le mal et en l’analysant, et avec quel profondeur, il donne, en même temps, vous dis-je, les remèdes au mal actuel.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à l’individualisme hédoniste où la France se trouve par suite du triomphe de la « philosophie » de Mai 68, il faut que se développent, de nouveau, parmi nos compatriotes, et en particuliers, les plus jeunes, le goût de la famille en raison de sa beauté, avec le sens retrouvé de la procréation, l’amour des sociétés naturelles qui, seules, sont de nature à protéger les individus et à les garder, précisément de cet « individualisme hédoniste soixantehuitard », l’amour de l’école formatrice et éducatrice, l’amour des vertus, l’amour de la patrie, lié à celui de la civilisation chrétienne et de sa sagesse et enfin l’amour de la Religion chrétienne et de ses deux principes fondamentaux , à savoir la notion de « sacrifice » et de « soumission ». Je retrouve, là, l’enseignement même de Mgr Lefebvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre parenthèse, ce sont, précisément, les vertus majeures du Christ dans sa Passion et le mystère de la Rédemption. C’est pourquoi je me réjouis tant de la prochaine diffusion du film : « la Passion du Christ » de Mel Gilson. Ce film va avoir une puissance extraordinaire de conversion dans nos pays. Il va apporter la « Bonne Nouvelle » dans les pays asiatiques et musulmans si difficilement joignables et si fermés à la Parole de l’Eglise catholique ? Je ferme la parenthèse</p>
<p style="text-align: justify;">Lisez ce jugement de Georges Dillinger … pour vous donner envie de lire l’article intégralement :</p>
<p style="text-align: justify;">« Quelles vertus millénaires étaient aux antipodes de l’esprit de Mai 68 ? A l’évidence, c’était l’esprit de sacrifice et, plus banalement, le simple esprit de soumission. Ces vertus sont celles qui avaient été enseignées, entretenues et vivifiées par le christianisme depuis près de deux millénaires…Autant dire que ces vertus entretenues par l’Eglise millénaire avaient sous-tendu notre société, lui avaient conféré son extraordinaire force de vivre et l’impératif du bien commun premier servi. »</p>
<p style="text-align: justify;">C’est tout à l’encan</p>
<p style="text-align: justify;">Prenez le temps de le lire. Il vous prendra, peut-être une petite demi heure de votre précieux temps. Vous y trouverez plus de grandeur et de joie de vivre et de combattre que dans les innombrables heures que vous passez devant votre « foutue » TV qui vous appauvrit et vous ramollit devant le mal.</p>
<p style="text-align: justify;">Au lieu, le soir, de vous mettre, par habitude, devant votre poste TV, installez-vous dans votre fauteuil, avec vos articles et vos livres, ou devant votre « portable », vous y trouverez occasion de réflexions et de discussions avec votre femme et vos enfants. La France se meurt de sa TV qui ne vaut souvent pas grand-chose alors qu’il y a tant à lire, même sur Internet. Ne serait-ce que sur ITEM. Tous les soirs, avant de passer devant la TV, faites un petit tour sur votre ordinateur et cliquez ITEM. C’est irrésistible.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Notre dyssociété est fille de Mai 68</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Prégnance de la société sur l&#8217;individu</p>
<p style="text-align: justify;">Nos contemporains sont incarcérés dans une situation administrative de plus en plus prégnante. Marqués de leur numéro national, ils sont astreints à une multitude de déclarations auprès des services les plus divers. Ils sont depuis la naissance – et même avant – l&#8217;objet d&#8217;examens, de contrôles obligatoires, de visites et de contre-visites. Ils ont aussi l&#8217;obligation de payer pour leur retraite, pour les risques de leur santé ou du chômage, pour les risques qu&#8217;ils peuvent faire courir aux autres. Leurs revenus, leurs frais professionnels, leurs dons et leur charité, les travaux auxquels ils se livrent, tout doit faire l&#8217;objet de déclarations précises dûment contrôlables et souvent contrôlées. Leur résidence, leur voiture, leurs biens ne sont pas l&#8217;objet de moins d&#8217;obligations d&#8217;assurance, de contrôle, d&#8217;autorisations, etc.<br />
Cet invraisemblable carcan administratif, sécrété par une bureaucratie tentaculaire, est malheureusement complété dans le domaine économique et fiscal par une multitude de contraintes qui entravent l&#8217;activité et l&#8217;efficacité des Français. Tout cela explique que nombreux sont ceux qui souhaitent une libération des individus et qui se font les chantres de l&#8217;individualisme.<br />
Nous allons cependant tenter de montrer ici que le drame de notre époque réside bien plus dans une libération des comportements et des mentalités des individus – l&#8217;unité la plus petite en laquelle puisse se diviser la société.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;objectif véritable de Mai 68</p>
<p style="text-align: justify;">Les journées de mai-juin 1968 ont été la manifestation spectaculaire et symbolique d&#8217;un mouvement qui cheminait et se développait depuis longtemps. Ces journées révolutionnaires n&#8217;avaient pas d&#8217;objectif politique immédiat. Elles s&#8217;inscrivaient dans un mouvement qui consistait en une révolution des mœurs, une anarchie de l&#8217;esprit et du comportement, ruinant tous les fondements de notre société et mettant à mal ses défenses immunitaires. Trente-cinq ans plus tard, notre société est profondément défaite. C&#8217;est plus que jamais une dyssociété au sens de Marcel De Corte.<br />
Car l&#8217;objectif des soixante-huitards était clair : ce qui sous-tendait les slogans extravagants accompagnant leurs manifestations destructrices et si souvent sanguinaires, c&#8217;était l&#8217;individu, érigé comme la seule et unique valeur, aux dépens de toute forme de société, de tout résidu de société, éliminant du même coup le souci du bien commun. Toute une idéologie profondément libertaire sous-tendait en fait cette chienlit soixante-huitarde, où les uns n&#8217;ont voulu voir qu&#8217;une manifestation étudiante, d&#8217;autres une irruption de vandalisme et de furie sanguinaire ; d&#8217;autres enfin l&#8217;expression d&#8217;une sorte de folie collective marquée par les excès des slogans martelés pendant des semaines et une violence sans rapport avec les revendications (?).</p>
<p style="text-align: justify;">Des principes incendiaires</p>
<p style="text-align: justify;">Cette idéologie reposait d&#8217;abord sur les principes d&#8217;égalité et de liberté, poussés jusqu&#8217;à l&#8217;extrême, jusqu&#8217;à l&#8217;absurde, jusqu&#8217;à la plus terrible nocivité.<br />
Le concept politique séculaire d&#8217;égalité exigeait un poids identique de chaque citoyen dans les élections, un même traitement par la justice, par le fisc, les mêmes devoirs envers la nation et sa défense. Il impliquait enfin une tentative de rétablir une égalité des chances face aux différents handicaps, aux différences de talents ou de conditions sociales, présentes dans toute société humaine. Mais l&#8217;idéologie de 68, qui n&#8217;a cessé de se développer depuis, va bien au-delà. C&#8217;est par exemple l&#8217;identité – et bientôt la parité – entre l&#8217;homme et la femme, s&#8217;inscrivant en faux contre leurs aptitudes et la complémentarité de leur fonction sociale, découlant de leur vocation biologique différente et complémentaire. C&#8217;est l&#8217;identité de droit sur notre patrimoine du citoyen français – qui avec ses ancêtres a concouru à enrichir ce patrimoine – et du dernier venu de l&#8217;autre bout du monde qui, non content de s&#8217;être invité chez nous, entend s&#8217;imposer à la première place. C&#8217;est la mise à plat de tous les individus quels que soient leurs efforts, leurs mérites, leur travail, leur conduite, leur respect de la loi et des obligations civiques ou morales. Plus généralement et dans tous les champs de la vie sociale, c&#8217;est l&#8217;égalité du bien et du mal, comme en d&#8217;autres domaines du beau et du laid, du vrai et du faux.<br />
La liberté poussée à l&#8217;extrême n&#8217;est pas moins dangereuse, pas moins destructrice. « Il est interdit d&#8217;interdire », c&#8217;est le refus de tous les commandements, de tous les devoirs – patriotiques, civiques, familiaux, individuels –, de toutes les contraintes – morales en particulier –, de toutes les règles, de toutes les décences. La combinaison de ces deux brûlots ruine toute organisation sociale, qui ne peut reposer que sur une certaine autorité, une certaine hiérarchie et un minimum de soumission. Se trouvent ainsi évacués le respect et l&#8217;obéissance dus au chef de famille, à l&#8217;enseignant, au supérieur hiérarchique, au patron, à l&#8217;autorité morale et politique de la cité. Cette idéologie débouche sur une anarchie de l&#8217;esprit et du comportement, spectaculairement étalée tout au long de ces journées et de ces nuits de manifestations déchaînées. L&#8217;individu ne connaît plus de limites. La société n&#8217;a plus sa place. Le bien commun n&#8217;est plus qu&#8217;une vieille lune.<br />
L&#8217;anathème jeté – souvent par cette arme redoutable qu&#8217;est la dérision – sur les valeurs spirituelles, morales et civiques de l&#8217;Occident, dissout la force qui avait caractérisé la civilisation occidentale, qui l&#8217;avait mise en tête du monde et qui l&#8217;avait fait bientôt imiter de tous.<br />
Trente-cinq ans après Mai 68, le concept dominateur de notre dyssociété se trouve dans l&#8217;esprit des droits de l&#8217;homme. Les Déclarations des droits de l&#8217;homme visaient en principe à protéger la liberté et la dignité des individus contre les emprises et les abus de tel ou tel pouvoir politique. L&#8217;esprit des droits de l&#8217;homme, quant à lui, va en fait bien au-delà. Cet esprit, d&#8217;inspiration libertaire, a glissé de cette défense de la liberté politique à l&#8217;approbation et à l&#8217;encouragement d&#8217;une révolution contre toutes les contraintes exercées par la société : morale, exigences familiales, devoirs envers l&#8217;enfant, et obéissant aux règles civiques, patriotiques, etc. Une nouvelle dérive a mené de cette libération des contraintes sociales à l&#8217;attention bienveillante apportée aux auteurs de transgressions caractérisées des règles et des lois. Jamais l&#8217;intelligentsia n&#8217;a été aussi sourcilleuse sur les droits de l&#8217;assassin, jamais aussi indifférente sur le malheur de sa victime.</p>
<p style="text-align: justify;">La mise à mal des entités sociales fondamentales</p>
<p style="text-align: justify;">La désagrégation propagée atteint en premier lieu la cellule de base de toute société humaine : la famille. Un des thèmes obsessionnels de Mai 68 a été la libération sexuelle. Dévier et dénaturer la pulsion sexuelle en la coupant de sa fonction biologique, la procréation, pour la fourvoyer dans l&#8217;érotisme, est une entreprise vieille comme le monde. Mais celle-ci n&#8217;a sans doute jamais été pousée avec autant de détermination – et d&#8217;efficacité – qu&#8217;en mai 1968. Peut-on s&#8217;étonner dès lors que, dans des cas si nombreux, se soient substitués au mariage – institution existant dans toutes les sociétés humaines et revêtue du sceau du sacré – des associations de hasard, des compagnonnages éphémères. Notons que ces pratiques dont la nouveauté tient à la généralisation ravalent l&#8217;homme au-dessous de l&#8217;animal, comme le prouve la fidélité qui est de règle dans tant d&#8217;espèces d&#8217;oiseaux ou de mammifères à la lumière d&#8217;études éthologiques modernes. Bien entendu ce recul de la nuptialité, qui contribue à marquer le triomphe de l&#8217;individualisme, fragilise considérablement notre société (1). En outre, il est une des raisons du recul de la natalité, qui annonce la fin des Français sinon la fin de l&#8217;espèce&#8230;<br />
La soif de libération de tous les instincts, de toutes les perversions, a débouché aussi sur ce qu&#8217;on appelle l&#8217;homosexualité, mise à égalité avec une prétendue hétérosexualité – terme parfaitement redondant. Tous les médias se sont conjugués pour faire la promotion de ce vice et de cette déviation. La loi en donnant au PACS un statut légal l&#8217;a mis à égalité et en concurrence avec le mariage, alors qu&#8217;il n&#8217;en est que la singerie, et alors que, dans la plus parfaite opposition avec le mariage, il ne peut marquer que le refus de l&#8217;engendrement.<br />
L&#8217;école a fait l&#8217;objet d&#8217;un effort de démolition tout particulier, alors qu&#8217;elle était restée tant bien que mal un instrument de formation et de promotion sociale remarquable jusqu&#8217;en 1968. L&#8217;embrasement libertaire et égalitaire poussait à détruire le goût de l&#8217;effort, à dénoncer l&#8217;émulation, à mépriser les connaissances et l&#8217;étude, à dévaloriser le respect dû aux maîtres, à ruiner l&#8217;indispensable discipline. Trente-cinq ans plus tard, nous prenons la mesure des ravages opérés.<br />
Dans de trop nombreux cas, l&#8217;école n&#8217;est plus qu&#8217;un champ de ruines où les maîtres et les élèves peuvent être soumis aux pires sévices et aux pires exactions. Une pédagogie fumeuse, qui ne veut plus enseigner les connaissances et prétend les faire découvrir, met en péril le cursus des élèves qui ne peuvent être aidés chez eux. Cette école soixante-huitarde développe et aggrave ainsi l&#8217;inégalité sociale qu&#8217;autrefois l&#8217;institution avait combattue avec efficacité. En pleine décadence, cette école produit une proportion croissante d&#8217;analphabètes, d&#8217;illettrés et d&#8217;individus désocialisés.<br />
Le patriotisme n&#8217;est pas moins maudit. Le mouvement de Mai 68, dans la descendance directe des mouvements beatniks et hippies, a dénoncé la guerre, toutes les guerres – du moins celles faites par une puissance occidentale – avec la dernière véhémence. Il a refusé la conscription et ses intellectuels ont adulé l&#8217;insoumission et la trahison. Il n&#8217;a pas été suffisamment souligné à quel point ce prétendu « refus de la violence » faisait partie de l&#8217;idéologie de mort qui caractérise ce mouvement libertaire et sa descendance. Car le refus de se défendre, de défendre sa patrie, sa société, sa civilisation, ses citoyens, est en réalité un repli sur soi qui signe la mort de la communauté au sein de laquelle on le laisse se développer.</p>
<p style="text-align: justify;">Les ressorts de la démoralisation</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l&#8217;idéologie libertaire, on ne se contente pas de tourner le dos systématiquement aux pratiques et aux vertus du passé. On nous a conduits à nous focaliser sur des fautes réelles, exagérées ou purement imaginaires commises par notre civilisation. En fait, il en est une si grave qu&#8217;elle écrase toutes les précédentes, c&#8217;est la Shoah. Puisqu&#8217;une société occidentale a commis la Shoah, toute société – et toute contrainte qu&#8217;une société ne saurait éviter d&#8217;exercer est mauvaise. Puisqu&#8217;une armée et la police ont participé à la Shoah, l&#8217;uniforme est donc maudit (« CRS = SS »). Puisque les responsables de la Shoah ont en même temps mené une guerre aux démocraties, toute guerre et toute violence sont maudites (« Faites l&#8217;amour, pas la guerre »). C&#8217;est la haine de l&#8217;ordre, la haine de l&#8217;uniforme qui fait respecter l&#8217;ordre, la haine de notre société, la haine de soi. Dans cette idéologie, le patriotisme, le combat pour la défense de la nation et du territoire, l&#8217;attachement au patrimoine ne sont pas seulement des valeurs ringardes. Ce sont des pratiques et des concepts maudits qui ont un relent de fascisme. Etonnons-nous après cela que l&#8217;on ne puisse même plus parler de préférence nationale. Notre France défaite est agenouillée ! En même temps, les liens de solidarité qui unissaient de tous temps nos compatriotes se sont distendus, quand ils n&#8217;ont pas tout bonnement disparu. L&#8217;individu a voulu être libre : il l&#8217;est jusqu&#8217;à être solitaire.<br />
Que pèse une société qui n&#8217;est plus constituée que par ses individus esseulés, sans patrie, sans famille, sans passé, sans encadrement solidaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Complicité de fait de la Rome moderniste</p>
<p style="text-align: justify;">Quelles vertus millénaires étaient aux antipodes de l&#8217;esprit de Mai 68 ? A l&#8217;évidence, c&#8217;était l&#8217;esprit de sacrifice et, plus banalement, le simple esprit de soumission. Ces vertus sont celles qui avaient été enseignées, entretenues et vivifiées par le christianisme depuis près de deux millénaires. Car si l&#8217;impérieux commandement « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel » ne soumettait qu&#8217;à Dieu, cette soumission s&#8217;était naturellement prolongée à l&#8217;égard des hiérarchies humaines, des règles, des lois et des autorités profanes. C&#8217;est bien pour cela que depuis des siècles, la religion cristallisait toutes les haines et la furie destructrice révolutionnaire. Quant au sacrifice, n&#8217;était-il pas inscrit dans les Croisades, dans les missions et dans les martyrs, et ne s&#8217;était-il pas projeté également dans la défense de valeurs civiles, du royaume – de droit divin – à la patrie, même laïque et républicaine ? Autant dire que ces vertus entretenues par l&#8217;Eglise millénaire avaient sous-tendu notre société, lui avaient conféré son extraordinaire force vive et l&#8217;impératif du bien commun premier servi.<br />
L&#8217;Eglise moderniste triomphant avec le concile Vatican II est pétrie de doutes et se complaît en questionnements. Les certitudes dogmatiques ne font plus l&#8217;unanimité et – ce qui aurait été considéré naguère comme une apostasie – les clercs préfèrent souvent un message humanitarosocial au souci de la vie éternelle qui devrait, à la lumière de l&#8217;Evangile, dominer l&#8217;esprit du chrétien en chacun des instants de sa vie terrestre.<br />
En outre, l&#8217;Eglise moderniste a eu tendance à transférer à la société les devoirs enjoints par le Christ à la personne. Le glissement est aussi illégitime qu&#8217;il est pernicieux et lourd de conséquences. La paix du Christ est un commandement individuel. Il n&#8217;est pas admissible d&#8217;en déduire l&#8217;exclusion de la vertu de force et une obligation de non-violence pour la société à laquelle on dénierait ainsi le droit et le devoir de se défendre, de défendre ses citoyens, leur patrimoine, leur territoire, leur avenir, leur survie. Pourquoi d&#8217;ailleurs le Christ aurait-il rappelé la distinction entre Dieu et César ? Que chaque chrétien ait un devoir de compassion active à l&#8217;égard de l&#8217;étranger ou du prisonnier n&#8217;implique en rien d&#8217;enjoindre à la nation de se laisser envahir totalement ou de fermer les prisons comme le réclament des modernistes. Le parti qui peut être tiré de ces dérives au profit de l&#8217;idéologie soixante-huitarde est évident et catastrophique.</p>
<p style="text-align: justify;">Triomphe de l&#8217;idéologie soixante-huitarde</p>
<p style="text-align: justify;">La solidarité entre les Français s&#8217;est défaite alors qu&#8217;on n&#8217;en a jamais autant parlé dans notre pays. Recroquevillés dans leur égoïsme, les Français n&#8217;ont plus aucune notion de leurs devoirs mutuels, ni de la nécessité de préserver et de défendre un avenir commun.<br />
Malheureusement l&#8217;esprit soixante-huitard n&#8217;est plus l&#8217;apanage de quelques révolutionnaires d&#8217;époque, vieillis, et de quelques intellectuels propageant un individualisme forcené, sous le coup d&#8217;une haine destructrice à l&#8217;égard de notre société et de tous ses fondements. Dans les trois décennies et demie écoulées depuis l&#8217;explosion de ce cloaque, l&#8217;idéologie que dévoilaient les slogans les plus délirants a étendu ses ravages à tout un chacun. Elle a gagné sans conteste les pouvoirs médiatiques, l&#8217;enseignement, la plus grande partie du pouvoir judiciaire, mais aussi éminemment les pouvoirs politiques.<br />
Une multitude de lois plus permissives les unes que les autres seraient à citer. Leur objectif, plus ou moins apparent, plus ou moins évident, est toujours de libérer l&#8217;individu non seulement de toutes les contraintes, de tous les commandements, de tous les tabous de la morale, mais même des lois de la nature. En particulier le pouvoir législatif, qu&#8217;il soit de gauche ou qu&#8217;il se prétende de droite, propage lui-même les pires abominations aux dépens de notre société. Il a apporté un concours déterminant à l&#8217;idéologie de mort qui étend tous les jours davantage son spectre sur nous. Et il a agi ainsi en substituant à cette union sacrée qu&#8217;était le mariage une institution de plus en plus lâche, de plus en plus fragile – avec un divorce de plus en plus facile et accordé primordialement aux caprices des individus – et, en lui suscitant la concurrence abjecte du PACS, en banalisant et en officialisant l&#8217;union d&#8217;individus du même sexe, en autorisant l&#8217;usage de pilules abortives du lendemain, en légalisant et en remboursant l&#8217;avortement qui assassine des centaines de milliers d&#8217;enfants chaque année. Les pratiques immorales, contre nature ou même criminelles, que rien ne pouvait favoriser plus efficacement que l&#8217;estampille législative, ont été l&#8217;un des facteurs principaux de la fin de l&#8217;engendrement qui signera la fin de notre société.<br />
Nos lois et nos magistrats s&#8217;avèrent d&#8217;une complaisance sans limites à l&#8217;égard des incitations à l&#8217;érotisme propagées par tant de vecteurs : la pornographie de la publicité, les turpitudes étalées dans de si nombreux films à la télévision et de ce tout-à-l&#8217;égout qu&#8217;est devenue une grande partie de la littérature contemporaine, sans parler encore d&#8217;incitations scolaires scandaleuses. L&#8217;intérêt porté à ces turpitudes et leur pratique avilissent le caractère et détournent les individus de leur vocation à la procréation. Une complaisance qui confine à la complicité accompagne la pratique de la drogue qui corrompt une population et, généralisée, la tue à petit feu. Or on sait de quelles sollicitudes sont entourées maintenant ces ignobles rave-parties, au sujet desquelles les députés ont rejeté avec horreur la simple obligation d&#8217;une déclaration préalable que voulait instituer une proposition d&#8217;amendement&#8230; Bien entendu, les collectivités territoriales ne veulent pas rester en arrière par rapport au pouvoir central : il n&#8217;est que de voir ces Gay Pride dûment autorisées, dûment encouragées, qui souillent nos cités et incitent des jeunes à incliner à leur tour vers la perversion.</p>
<p style="text-align: justify;">Conclusion</p>
<p style="text-align: justify;">Bien entendu, c&#8217;est largement avant mai 1968 que se sont déjà affaiblies les vertus transcendantes qui font la force d&#8217;une société et sont indispensables à sa santé et à sa simple survie : religion, imprégnation par le sacré qui s&#8217;incarne dans chaque homme sous la forme de l&#8217;esprit de sacrifice. Ce sont ces vertus et c&#8217;est cet esprit qui faisaient la cohésion et l&#8217;union des entités sociales : familles, collectivités, patrie, animées d&#8217;une véritable communion interne. Dès lors que cette sacralité, seule source de force respectable, était altérée ou éradiquée, la désagrégation de notre société était irrémédiablement en marche.<br />
Mais la révolution de mai 1968 allait accélérer considérablement le processus. Ses slogans, ses proclamations, les pires comportements débridés et étalés eurent d&#8217;autant plus d&#8217;impact qu&#8217;ils étaient accompagnés de manifestations violentes et même sanguinaires, que les médias leur donnaient une diffusion générale et de tous les instants, et qu&#8217;on a fait croire qu&#8217;ils étaient véhiculés par la jeunesse estudiantine, censée représenter l&#8217;avenir – avec la jeunesse et l&#8217;intelligence – en tant que mouvement étudiant. Et ce fut la proclamation de l&#8217;individu, érigé en valeur suprême, libéré de tout ordre et tout spécialement d&#8217;ordre moral. Et ce fut l&#8217;obsession proclamée et réalisée de l&#8217;hédonisme sous toutes ses formes jusqu&#8217;aux pires abjections sexuelles, jusqu&#8217;à cet instrument de déchéance et de mort qu&#8217;est la drogue. Ce fut la haine proclamée du service militaire, l&#8217;anathème jeté sur les forces de l&#8217;ordre, etc. L&#8217;Occident connaissait déjà le matérialisme triomphant, hérité à la fois des succès du rationalisme et du consumérisme. Mai 1968 allait contribuer à imposer la recherche du plaisir comme idéal de vie : la course aux gadgets, les spectacles, les voyages, la jouissance sous toutes ses formes.<br />
Mai 1968 fut le départ d&#8217;une permissivité sans précédent dans le droit fil des turpitudes étalées tout au long de cette chienlit. Ce fut d&#8217;abord une permissivité d&#8217;esprit. La tolérance fit l&#8217;objet d&#8217;une véritable promotion. Elle n&#8217;était plus ce qu&#8217;elle avait toujours été : le fait de supporter un mal qui ne peut présentement être éradiqué. Elle était devenue la liberté d&#8217;exercer le mal mis à égalité avec le bien. De là on est passé à une permissivité plus concrète, par exemple celle de tant de magistrats, ajoutant au refus de la condamnation morale la réduction maximale de la sanction pénale. Et l&#8217;on sait la flambée de la violence, de la délinquance et du crime dont ce laxisme est responsable.<br />
La société vivante avec ses devoirs sacrés, avec ses solidarités fraternelles, avec son encadrement salutaire, avec sa communion des esprits et des âmes, tout cela a vécu. Les entités sociales les plus sacrées telles que la famille ou la patrie ont été machiavéliquement mises à mal, ont perdu leur sens, leur valeur, voire même leur validité. Notre société, désacralisée, est déréglée. Elle est décomposée, au sens de la décomposition qui affecte un cadavre. Il ne reste que des individus, pleins d&#8217;eux-mêmes et vides du reste, boursouflés dans leur orgueil, démesurés dans leur égoïsme, obsédés de même de leurs droits et d&#8217;une libido hégémonique. C&#8217;est un troupeau d&#8217;individus sans âme, sans foi, sans ardeur, sans défenses immunitaires. Il est mûr pour le servage.<br />
Observons encore que dans ce nihilisme intégral, c&#8217;est la jeunesse qui est la principale victime. Elle souffre tragiquement de la perte de tout idéal, de toute transcendance. Elle souffre de cet immoralisme totalement démoralisant. Elle souffre de l&#8217;affaiblissement, de la débâcle des familles, dont le rôle affectif et éducatif était irremplaçable pour conduire un nouveau-né à la dignité d&#8217;une personne humaine.<br />
Nous connaissons la révolution ultime. Car il est impossible de diviser la société au-delà de l&#8217;individu qui en est, comme son nom l&#8217;indique, l&#8217;unité indivisible. Ces sociétés libérales en décomposition avancée que sont les social-démocraties modernes présentent le masque quasiment mortuaire de la plus totale désagrégation sociale.<br />
G.D.</p>
<p style="text-align: justify;">(1) Parmi les naissances encore enregistrées, 40 % à l&#8217;heure actuelle se produisent déjà en dehors du mariage. N&#8217;est-il pas évident que les enfants issus de ces rencontres – librement consenties mais aussi librement défaites – ont les chances les plus faibles de profiter longuement de l&#8217;indispensable stabilité du couple qui les a engendrés ? La considération du destin de ces êtres de chair et de sang, fruits du plaisir, ne saurait suffire à contrecarrer la sacro-sainte liberté individuelle.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>E SUPREMI</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>LETTRE ENCYCLIQUE</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE X</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>SUR LA CHARGE DE SOUVERAIN PONTIFE</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Aux Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres ordinaires en paix et en communion avec le siège apostolique.</p>
<p style="text-align: justify;">Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique,<br />
Au moment de vous adresser, pour la première fois, la parole du haut de cette chaire apostolique où Nous avons été élevé par un impénétrable conseil de Dieu, il est inutile de vous rappeler avec quelles larmes et quelles ardentes prières Nous Nous sommes efforcé de détourner de Nous la charge si lourde du Pontificat suprême. Il Nous semble pouvoir, malgré la disproportion des mérites, Nous approprier les plaintes de saint Anselme, quand, en dépit de ses oppositions et de ses répugnances, il se vit contraint d&#8217;accepter l&#8217;honneur de l&#8217;épiscopat.<br />
Les témoignages de tristesse qu&#8217;il donna alors, Nous pouvons les produire à Notre tour, pour montrer dans quelles dispositions d&#8217;âme et de volonté Nous avons accepté la mission si redoutable de pasteur du troupeau de Jésus-Christ. Les larmes de mes yeux m&#8217;en sont témoins, écrivait-il (1), ainsi que les cris, et pour ainsi dire les rugissements que poussait mon cœur dans son angoisse profonde. Ils furent tels que je ne me souviens pas d&#8217;en avoir laissé échapper de semblables en aucune douleur avant le jour où cette calamité de l&#8217;archevêché de Cantorbéry vint fondre sur moi. Ils n&#8217;ont pu l&#8217;ignorer, ceux qui, ce jour-là, virent de près mon visage. Plus semblable à un cadavre qu&#8217;à un homme vivant, j&#8217;étais pâle de consternation et de douleur. A cette élection, ou plutôt à cette violence, j&#8217;ai résisté jusqu&#8217;ici, je le dis en vérité, autant qu&#8217;il m&#8217;a été possible. Mais maintenant, bon gré mal gré, me voici contraint de reconnaître de plus en plus clairement que les desseins de Dieu sont contraires à mes efforts, de telle sorte que nul moyen ne me reste d&#8217;y échapper. Vaincu moins par la violence des hommes que par celle de Dieu, contre qui nulle prudence ne saurait prévaloir, après avoir fait tous les efforts en mon pouvoir pour que ce calice s&#8217;éloigne de moi sans que je le boive, je ne vois d&#8217;autre détermination à prendre que celle de renoncer à mon sens propre, à ma volonté, et de m&#8217;en remettre entièrement au jugement et à la volonté de Dieu.<br />
Certes, Nous non plus ne manquions pas de nombreux et sérieux motifs de Nous dérober au fardeau. Sans compter que, en raison de Notre petitesse, Nous ne pouvions à aucun titre Nous estimer digne des honneurs du Pontificat, comment ne pas Nous sentir profondément ému en Nous voyant choisi pour succéder à celui qui, durant les vingt-six ans, ou peu s&#8217;en faut, qu&#8217;il gouverna l&#8217;Eglise avec une sagesse consommée, fit paraître une telle vigueur d&#8217;esprit et de si insignes vertus, qu&#8217;il s&#8217;imposa à l&#8217;admiration des adversaires eux-mêmes et, par l&#8217;éclat de ses œuvres, immortalisa sa mémoire ?<br />
En outre, et pour passer sous silence bien d&#8217;autres raisons, Nous éprouvions une sorte de terreur à considérer les conditions funestes de l&#8217;humanité à l&#8217;heure présente. Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave qui travaille, en ce moment bien plus que par le passé, la société humaine, et qui, s&#8217;aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu&#8217;aux moelles, l&#8217;entraîne à sa ruine ? Cette maladie, Vénérables Frères, vous la connaissez, c&#8217;est, à l&#8217;égard de Dieu, l&#8217;abandon et l&#8217;apostasie ; et rien sans nul doute qui mène plus sûrement à la ruine, selon cette parole du prophète : &laquo;&nbsp;Voici que ceux qui s&#8217;éloignent de vous périront&nbsp;&raquo; (2). A un si grand mal Nous comprenions qu&#8217;il Nous appartenait, en vertu de la charge pontificale à Nous confiée, de porter remède ; Nous estimions, qu&#8217;à Nous s&#8217;adressait cet ordre de Dieu : &laquo;&nbsp;Voici qu&#8217;aujourd&#8217;hui je t&#8217;établis sur les nations et les royaumes pour arracher et pour détruire, pour édifier et pour planter&nbsp;&raquo; (3) ; mais pleinement conscient de Notre faiblesse, Nous redoutions d&#8217;assumer une œuvre hérissée de tant de difficultés, et qui pourtant n&#8217;admet pas de délais.<br />
Cependant, puisqu&#8217;il a plu à Dieu d&#8217;élever Notre bassesse jusqu&#8217;à cette plénitude de puissance, Nous puisons courage en Celui qui nous conforte ; et mettant la main à l&#8217;œuvre, soutenu de la force divine, Nous déclarons que Notre but unique dans l&#8217;exercice du suprême Pontificat est de &laquo;&nbsp;tout restaurer dans le Christ&nbsp;&raquo; (4) afin que &laquo;&nbsp;le Christ soit tout et en tout&nbsp;&raquo; (5).<br />
Il s&#8217;en trouvera sans doute qui, appliquant aux choses divines la courte mesure des choses humaines, chercheront à scruter Nos pensées intimes et à les tourner à leurs vues terrestres et à leurs intérêts de parti. Pour couper court à ces vaines tentatives, Nous affirmons en toute vérité que Nous ne voulons être et que, avec le secours divin, Nous ne serons rien autre, au milieu des sociétés humaines, que le ministre du Dieu qui Nous a revêtu de son autorité.<br />
Ses intérêts sont Nos intérêts; leur consacrer Nos forces et Notre vie, telle est Notre résolution inébranlable. C&#8217;est pourquoi, si l&#8217;on Nous demande une devise traduisant le fond même de Notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ.<br />
Voulant donc entreprendre et poursuivre cette grande œuvre, Vénérables Frères, ce qui redouble Notre ardeur, c&#8217;est la certitude que vous Nous y serez de vaillants auxiliaires. Si nous en doutions, Nous semblerions vous tenir, et bien à tort, pour mal informés, ou indifférents, en face de la guerre impie qui a été soulevée et qui va se poursuivant presque partout contre Dieu. De nos jours, il n&#8217;est que trop vrai, &laquo;&nbsp;les nations ont frémi et les peuples ont médité des projets insensés&nbsp;&raquo; (6) contre leur Créateur; et presque commun est devenu ce cri de ses ennemis : &laquo;&nbsp;Retirez-vous de nous&nbsp;&raquo; (7). De là, en la plupart, un rejet total de tout respect de Dieu. De là des habitudes de vie, tant privée que publique, où nul compte n&#8217;est tenu de sa souveraineté. Bien plus, il n&#8217;est effort ni artifice que l&#8217;on ne mette en œuvre pour abolir entièrement son souvenir et jusqu&#8217;à sa notion.<br />
Qui pèse ces choses a droit de craindre qu&#8217;une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement &laquo;&nbsp;le fils de perdition&nbsp;&raquo; dont parle l&#8217;Apôtre (8) n&#8217;ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l&#8217;audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout ã l&#8217;attaque de la religion, on bat en brèche les dogmes de la foi, on tend d&#8217;un effort obstiné à anéantir tout rapport de l&#8217;homme avec la Divinité ! En revanche, et c&#8217;est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l&#8217;Antéchrist, l&#8217;homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s&#8217;élevant &laquo;&nbsp;au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C&#8217;est à tel point que, impuissant à éteindre complètement en soi la notion, de Dieu, il secoue cependant le joug de sa majesté, et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables. Il siège dans le temple de Dieu, où il se montre comme s&#8217;il était Dieu lui-même&nbsp;&raquo; (9).<br />
Quelle sera l&#8217;issue de ce combat livré à Dieu par de faibles mortels, nul esprit sensé ne le peut mettre en doute. Il est loisible assurément, à l&#8217;homme qui veut abuser de sa liberté, de violer les droits et l&#8217;autorité suprême du Créateur; mais au Créateur reste toujours la victoire. Et ce n&#8217;est pas encore assez dire : la ruine plane de plus près sur l&#8217;homme justement quand il se dresse plus audacieux dans l&#8217;espoir du triomphe. C&#8217;est de quoi Dieu lui-même nous avertit dans les Saintes Ecritures. &laquo;&nbsp;Il ferme les yeux&nbsp;&raquo;, disent-elles, &laquo;&nbsp;sur les péchés des hommes&nbsp;&raquo; (10), comme oublieux de sa puissance et de sa majesté; mais bientôt, après ce semblant de recul, &laquo;&nbsp;se réveillant ainsi qu&#8217;un homme dont l&#8217;ivresse a grandi la force&nbsp;&raquo; (11), &laquo;&nbsp;il brise la tête de ses ennemis&nbsp;&raquo; (12), afin que tous sachent que &laquo;&nbsp;le roi de toute la terre, c&#8217;est Dieu&nbsp;&raquo; (13), &laquo;&nbsp;et que les peuples comprennent qu&#8217;ils ne sont que des hommes&nbsp;&raquo; (14).<br />
Tout cela, Vénérables Frères, nous le tenons d&#8217;une foi certaine et nous l&#8217;attendons. Mais cette confiance ne nous dispense pas, pour ce qui dépend de nous, de hâter l&#8217;œuvre divine, non seulement par une prière persévérante : &laquo;&nbsp;Levez-vous, Seigneur, et ne permettez pas que l&#8217;homme se prévale de sa force&nbsp;&raquo; (15), mais encore, et c&#8217;est ce qui importe le plus, par la parole et par les œuvres, au grand jour, en affirmant et en revendiquant pour Dieu la plénitude de son domaine sur les hommes et sur toute créature, de sorte que ses droits et son pouvoir de commander soient reconnus par tous avec vénération et pratiquement respectés.<br />
Accomplir ces devoirs, n&#8217;est pas seulement obéir aux lois de la nature, c&#8217;est travailler aussi à l&#8217;avantage du genre humain. Qui pourrait, en effet, Vénérables Frères, ne pas sentir son âme saisie de crainte et de tristesse à voir la plupart des hommes, tandis qu&#8217;on exalte par ailleurs et à juste titre les progrès de la civilisation, se déchaîner avec un tel acharnement les uns contre les autres, qu&#8217;on dirait un combat de tous contre tous ? Sans doute, le désir de la paix est dans tous les cœurs, et il n&#8217;est personne qui ne l&#8217;appelle de tous ses vœux. Mais cette paix, insensé qui la cherche en dehors de Dieu ; car, chasser Dieu, c&#8217;est bannir la justice; et la justice écartée, toute espérance de paix devient une chimère. &laquo;&nbsp;La paix est l&#8217;œuvre de la justice&nbsp;&raquo; (16). Il en est, et en grand nombre, Nous ne l&#8217;ignorons pas, qui, poussés par l&#8217;amour de la paix, c&#8217;est-à-dire de la tranquillité de l&#8217;ordre, s&#8217;associent et se groupent pour former ce qu&#8217;ils appellent le parti de l&#8217;ordre. Hélas ! Vaines espérances, peines perdues ! De partis d&#8217;ordre capables de rétablir la tranquillité au milieu de la perturbation des choses, il n&#8217;y en a qu&#8217;un : le parti de Dieu. C&#8217;est donc celui-là qu&#8217;il nous faut promouvoir ; c&#8217;est à lui qu&#8217;il nous faut amener le plus d&#8217;adhérents possible, pour peu que nous ayons à cœur la sécurité publique.<br />
Toutefois, Vénérables Frères, ce retour des nations au respect de la majesté et de la souveraineté divine, quelques efforts que nous fassions d&#8217;ailleurs pour le réaliser, n&#8217;adviendra que par Jésus-Christ. L&#8217;Apôtre, en effet, nous avertit que &laquo;&nbsp;personne ne peut poser d&#8217;autre fondement que celui qui a été posé et qui est le Christ Jésus&nbsp;&raquo; (17). C&#8217;est lui seul &laquo;&nbsp;que le Père a sanctifié et envoyé dans ce monde&nbsp;&raquo; (18), &laquo;&nbsp;splendeur du Père et figure de sa substance&nbsp;&raquo; (19), vrai Dieu et vrai homme, sans lequel nul ne peut connaître Dieu comme il faut, car &laquo;&nbsp;personne n&#8217;a connu le Père si ce n&#8217;est le Fils et celui à qui le Fils aura voulu le révéler&nbsp;&raquo; (20).<br />
D&#8217;où il suit que tout restaurer dans le Christ et ramener les hommes à l&#8217;obéissance divine sont une seule et même chose. Et c&#8217;est pourquoi le but vers lequel doivent converger tous nos efforts, c&#8217;est de ramener le genre humain à l&#8217;empire du Christ. Cela fait, l&#8217;homme se trouvera, par là même, ramené à Dieu. Non pas, voulons-Nous dire, un Dieu inerte et insoucieux des choses humaines, comme les matérialistes l&#8217;ont forgé dans leurs folles rêveries, mais un Dieu vivant et vrai, en trois personnes dans l&#8217;unité de nature, auteur du monde, étendant à toute chose son infinie providence, enfin législateur très juste qui punit les coupables et assure aux vertus leur récompense.<br />
Or, où est la voie qui nous donne accès auprès de Jésus-Christ ? Elle est sous nos yeux : c&#8217;est l&#8217;Eglise. Saint Jean Chrysostome nous le dit avec raison : &laquo;&nbsp;L&#8217;Eglise est ton espérance, l&#8217;Eglise est ton salut, l&#8217;Eglise est ton refuge&nbsp;&raquo; (21).<br />
C&#8217;est pour cela que le Christ l&#8217;a établie, après l&#8217;avoir acquise au prix de son sang, pour cela qu&#8217;il lui a confié sa doctrine et les préceptes de sa loi, lui prodiguant en même temps les trésors de la grâce divine pour la sanctification et le salut des hommes.<br />
Vous voyez donc, Vénérables Frères, quelle œuvre nous est confiée à Nous et à vous. Il s&#8217;agit de ramener les sociétés humaines, égarées loin de la sagesse du Christ, à l&#8217;obéissance de l&#8217;Eglise ; l&#8217;Eglise, à son tour, les soumettra au Christ, et le Christ à Dieu. Que s&#8217;il Nous est donné, par la grâce divine, d&#8217;accomplir cette œuvre, Nous aurons la joie de voir l&#8217;iniquité faire place à la justice, et Nous serons heureux d&#8217;entendre &laquo;&nbsp;une grande voix disant du haut des cieux : Maintenant c&#8217;est le salut, et la vertu, et le royaume de notre Dieu et la puissance de son Christ&nbsp;&raquo; (22).<br />
Toutefois, pour que le résultat réponde à Nos vœux, il faut, par tous les moyens et au prix de tous les efforts, déraciner entièrement cette monstrueuse et détestable iniquité propre au temps où nous vivons et par laquelle l&#8217;homme se substitue à Dieu ; rétablir dans leur ancienne dignité les lois très saintes et les conseils de l&#8217;Evangile ; proclamer hautement les vérités enseignées par l&#8217;Eglise sur la sainteté du mariage, sur l&#8217;éducation de l&#8217;enfance, sur la possession et l&#8217;usage des biens temporels, sur les devoirs de ceux qui administrent la chose publique ; rétablir enfin le juste équilibre entre les diverses classes de la société selon les lois et les institutions chrétiennes.<br />
Tels sont les principes que, pour obéir à la divine volonté, Nous Nous proposons d&#8217;appliquer durant tout le cours de Notre Pontificat et avec toute l&#8217;énergie de Notre âme.<br />
Votre rôle, à vous, Vénérables Frères, sera de Nous seconder par votre sainteté, votre science, votre expérience, et surtout votre zèle pour la gloire de Dieu, &laquo;&nbsp;ne visant à rien autre qu&#8217;à former en tous Jésus-Christ&nbsp;&raquo; (23).<br />
Quels moyens convient-il d&#8217;employer pour atteindre un but si élevé ? Il semble superflu de les indiquer, tant ils se présentent d&#8217;eux-mêmes à l&#8217;esprit. Que vos premiers soins soient de former le Christ dans ceux qui, par le devoir de leur vocation, sont destinés à le former dans les autres. Nous voulons parler des prêtres, Vénérables Frères. Car tous ceux qui sont honorés du sacerdoce doivent savoir qu&#8217;ils ont, parmi les peuples avec lesquels Ils vivent, la même mission que Paul attestait avoir reçue quand il prononçait ces tendres paroles : &laquo;&nbsp;Mes petits enfants, que j&#8217;engendre de nouveau jusqu&#8217;à ce que le Christ se forme en vous&nbsp;&raquo; (24). Or, comment pourront-ils accomplir un tel devoir, s&#8217;ils ne sont d&#8217;abord eux-mêmes revêtus du Christ ? Et revêtus jusqu&#8217;à pouvoir dire avec l&#8217;Apôtre : &laquo;&nbsp;Je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi&nbsp;&raquo; (25). &laquo;&nbsp;Pour moi, le Christ est ma vie&nbsp;&raquo; (26). Aussi, quoique tous les fidèles doivent aspirer à &laquo;&nbsp;l&#8217;état d&#8217;homme parfait à la mesure de l&#8217;âge de la plénitude du Christ&nbsp;&raquo; (27), cette obligation appartient principalement à celui qui exerce le ministère sacerdotal. Il est appelé pour cela un autre Christ ; non seulement parce qu&#8217;il participe au pouvoir de Jésus-Christ, mais parce qu&#8217;il doit imiter ses œuvres et par là reproduire en soi son image.<br />
S&#8217;il en est ainsi, Vénérables Frères, combien grande ne doit pas être votre sollicitude pour former le clergé à la sainteté ! II n&#8217;est affaire qui ne doive céder le pas à celle-ci. Et la conséquence, c&#8217;est que le meilleur et le principal de votre zèle doit se porter sur vos Séminaires, pour y introduire un tel ordre et leur assurer un tel gouvernement, qu&#8217;on y voie fleurir, côte à côte l&#8217;intégrité de l&#8217;enseignement et la sainteté des mœurs. Faites du Séminaire les délices de votre cœur, et ne négligez rien de tout ce que le Concile de Trente a prescrit dans sa haute sagesse pour garantir la prospérité de cette institution. Quand le temps sera venu de promouvoir les jeunes candidats aux saints Ordres, ah ! N&#8217;oubliez pas ce qu&#8217;écrivait saint Paul à Timothée : &laquo;&nbsp;N&#8217;impose précipitamment les mains à personne&nbsp;&raquo; (28) ; vous persuadant bien que, le plus souvent, tels seront ceux que vous admettrez au sacerdoce, et tels seront aussi dans la suite les fidèles confiés à leur sollicitude. Ne regardez donc aucun intérêt particulier, de quelque nature qu&#8217;il soit ; mais ayez uniquement en vue Dieu, l&#8217;Eglise, le bonheur éternel des âmes, afin d&#8217;éviter, comme nous en avertit l&#8217;Apôtre, &laquo;&nbsp;de participer aux péchés d&#8217;autrui&nbsp;&raquo; (29).</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;ailleurs, que les nouveaux prêtres, qui sortent du Séminaire, n&#8217;échappent pas pour cela aux sollicitudes de votre zèle. Pressez-les, Nous vous le recommandons du plus profond de Notre âme, pressez-les souvent sur votre cœur, qui doit brûler d&#8217;un feu céleste; réchauffez-les, enflammez-les, afin qu&#8217;ils n&#8217;aspirent plus qu&#8217;à Dieu et à la conquête des âmes. Quant à Nous, Vénérables Frères, Nous veillerons avec le plus grand soin à ce que les membres du clergé ne se laissent point surprendre aux manœuvres insidieuses d&#8217;une certaine science nouvelle qui se pare du masque de la vérité et où l&#8217;on ne respire pas le parfum de Jésus-Christ ; science menteuse qui, à la faveur d&#8217;arguments fallacieux et perfides, s&#8217;efforce de frayer le chemin aux erreurs du rationalisme ou du semi-rationalisme, et contre laquelle l&#8217;Apôtre avertissait déjà son cher Timothée de se prémunir lorsqu&#8217;il lui écrivait : &laquo;&nbsp;Garde le dépôt, évitant les nouveautés profanes dans le langage, aussi bien que les objections d&#8217;une science fausse, dont les partisans avec toutes leurs promesses ont défailli dans la foi&nbsp;&raquo; (30). Ce n&#8217;est pas à dire que Nous ne jugions ces jeunes prêtres dignes d&#8217;éloges, qui se consacrent à d&#8217;utiles études dans toutes les branches de la science, et se préparent ainsi à mieux défendre la vérité et à réfuter plus victorieusement les calomnies des ennemis de la foi. Nous ne pouvons néanmoins le dissimuler, et Nous le déclarons même très ouvertement, Nos préférences sont et seront toujours pour ceux qui, sans négliger les sciences ecclésiastiques et profanes, se vouent plus particulièrement au bien des âmes dans l&#8217;exercice des divers ministères qui siéent au prêtre animé de zèle pour l&#8217;honneur divin.<br />
&laquo;&nbsp;C&#8217;est pour Notre cœur une grande tristesse et une continuelle douleur&nbsp;&raquo; (31) de constater qu&#8217;on peut appliquer à nos jours cette plainte de Jérémie : &laquo;&nbsp;Les enfants ont demandé du pain et il n&#8217;y avait personne pour le leur rompre&nbsp;&raquo; (32). Il n&#8217;en manque pas, en effet, dans le clergé qui, cédant à des goûts personnels, dépensent leur activité en des choses d&#8217;une utilité plus apparente que réelle ; tandis que moins nombreux peut-être sont ceux qui, à l&#8217;exemple du Christ, prennent pour eux-mêmes les paroles du Prophète : &laquo;&nbsp;L&#8217;esprit du Seigneur m&#8217;a donné l&#8217;onction, il m&#8217;a envoyé évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs la délivrance et la lumière aux aveugles&nbsp;&raquo; (33). Et pourtant, il n&#8217;échappe à personne, puisque l&#8217;homme a pour guide la raison et la liberté, que le principal moyen de rendre à Dieu son empire sur les âmes, c&#8217;est l&#8217;enseignement religieux.<br />
Combien sont hostiles à Jésus-Christ, prennent en horreur l&#8217;Eglise et l&#8217;Evangile, bien plus par ignorance que par malice, et dont on pourrait dire : &laquo;&nbsp;Ils blasphèment tout ce qu&#8217;ils ignorent&nbsp;&raquo; (34) ! Etat d&#8217;âme que l&#8217;on constate non seulement dans le peuple et au sein des classes les plus humbles que leur condition même rend plus accessibles à l&#8217;erreur, mais jusque dans les classes élevées et chez ceux-là mêmes qui possèdent, par ailleurs, une instruction peu commune. De là, en beaucoup, le dépérissement de la foi; car il ne faut pas admettre que ce soient les progrès de la science qui l&#8217;étouffent ; c&#8217;est bien plutôt l&#8217;ignorance ; tellement que là où l&#8217;ignorance est plus grande, là aussi l&#8217;incrédulité fait de plus grands ravages. C&#8217;est pour cela que le Christ a donné aux apôtres ce précepte: &laquo;&nbsp;Allez et enseignez toutes les nations&nbsp;&raquo; (35).<br />
Mais pour que ce zèle à enseigner produise les fruits qu&#8217;on en espère et serve à former en tous le Christ, rien n&#8217;est plus efficace que la charité ; gravons cela fortement dans notre mémoire, ô Vénérables Frères, &laquo;&nbsp;car le Seigneur n&#8217;est pas dans la commotion&nbsp;&raquo; (36). En vain espérerait-on attirer les âmes à Dieu par un zèle empreint d&#8217;amertume ; reprocher durement les erreurs et reprendre les vices avec âpreté cause très souvent plus de dommage que de profit. Il est vrai que l&#8217;Apôtre, exhortant Timothée, lui disait : &laquo;&nbsp;Accuse, supplie, reprends, mais il ajoutait : en toute patience&nbsp;&raquo; (37). Rien de plus conforme aux exemples que Jésus-Christ nous a laissés.<br />
C&#8217;est lui qui nous adresse cette invitation : &laquo;&nbsp;Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui gémissez sous le fardeau, et je vous soulagerai&nbsp;&raquo; (38). Et, dans sa pensée, ces infirmes et ces opprimés n&#8217;étaient autres que les esclaves de l&#8217;erreur et du péché. Quelle mansuétude, en effet, dans ce divin Maître ! Quelle tendresse, quelle compassion envers tous les malheureux ! Son divin Cœur nous est admirablement dépeint par Isaïe dans ces termes : &laquo;&nbsp;Je poserai sur lui mon esprit, il ne contestera point et n&#8217;élèvera point la voix : jamais il n&#8217;achèvera le roseau demi-brisé et n&#8217;éteindra la mèche encore fumante&nbsp;&raquo; (39).<br />
Cette charité patiente et bénigne (40) devra aller au-devant de ceux-là mêmes qui sont nos adversaires et nos persécuteurs. &laquo;&nbsp;Ils nous maudissent&nbsp;&raquo;, ainsi le proclamait saint Paul, &laquo;&nbsp;et nous bénissons ; ils nous persécutent, et nous supportons ; ils nous blasphèment, et nous prions&nbsp;&raquo; (41). Peut-être après tout se montrent-ils pires qu&#8217;ils ne sont. Le contact avec les autres, les préjugés, l&#8217;influence des doctrines et des exemples, enfin le respect humain, conseiller funeste, les ont engagés dans le parti de l&#8217;impiété ; mais au fond, leur volonté n&#8217;est pas aussi dépravée qu&#8217;ils se plaisent à le faire croire. Pourquoi n&#8217;espérerions-nous pas que la flamme de la Charité dissipe enfin les ténèbres de leur âme et y fasse régner, avec la lumière, la paix de Dieu ? Plus d&#8217;une fois le fruit de notre travail se fera peut-être attendre ; mais la charité ne se lasse pas, persuadée que Dieu mesure ses récompenses non pas aux résultats mais à la bonne volonté.<br />
Cependant, Vénérables Frères, ce n&#8217;est nullement Notre pensée que, dans cette œuvre si ardue de la rénovation des peuples par le Christ, vous restiez, vous et votre clergé, sans auxiliaires. Nous savons que Dieu a recommandé à chacun le soin de son prochain (42). Ce ne sont donc pas seulement les hommes revêtus du sacerdoce, mais tous les fidèles sans exception qui doivent se dévouer aux intérêts de Dieu et des âmes : non pas, certes, chacun au gré de ses vues et de ses tendances, mais toujours sous la direction et selon la volonté des évêques, car le droit de commander, d&#8217;enseigner, de diriger n&#8217;appartient dans l&#8217;Eglise à personne autre qu&#8217;à vous, &laquo;&nbsp;établis par l&#8217;Esprit-Saint pour régir l&#8217;Eglise de Dieu&nbsp;&raquo; (43).<br />
S&#8217;associer entre catholiques dans des buts divers, mais toujours pour le bien de la religion, est chose qui, depuis longtemps, a mérité l&#8217;approbation et les bénédictions de Nos prédécesseurs. Nous non plus, Nous n&#8217;hésitons pas à louer une si belle œuvre, et Nous désirons vivement qu&#8217;elle se répande et fleurisse partout, dans les villes comme dans les campagnes. Mais, en même temps, Nous entendons que ces associations aient pour premier et principal objet de faire que ceux qui s&#8217;y enrôlent accomplissent fidèlement les devoirs de la vie chrétienne. Il importe peu, en vérité, d&#8217;agiter subtilement de multiples questions et de disserter avec éloquence sur droits et devoirs, si tout cela n&#8217;aboutit à l&#8217;action.<br />
L&#8217;action, voilà ce que réclament les temps présents; mais une action qui se porte sans réserve à l&#8217;observation intégrale et scrupuleuse des lois divines et des prescriptions de l&#8217;Eglise, à la profession ouverte et hardie de la religion, à l&#8217;exercice de la charité sous toutes ses formes, sans nul retour sur soi ni sur ses avantages terrestres. D&#8217;éclatants exemples de ce genre donnés par tant de soldats du Christ auront plus tôt fait d&#8217;ébranler et d&#8217;entraîner les âmes, que la multiplicité des paroles et la subtilité des discussions ; et l&#8217;on verra sans doute des multitudes d&#8217;hommes foulant aux pieds le respect humain, se dégageant de tout préjugé et de toute hésitation, adhérer au Christ, et promouvoir à leur tour sa connaissance et son amour, gage de vraie et solide félicité.<br />
Certes, le jour où, dans chaque cité, dans chaque bourgade, la loi du Seigneur sera soigneusement gardée, les choses saintes entourées de respect, les sacrements fréquentés, en un mot, tout ce qui constitue la vie chrétienne remis en honneur, il ne manquera plus rien, Vénérables Frères, pour que Nous contemplions la restauration de toutes les choses dans le Christ. Et que l&#8217;on ne crie pas que tout cela se rapporte seulement à l&#8217;acquisition des biens éternels ; les intérêts temporels et la prospérité publique s&#8217;en ressentiront aussi très heureusement.<br />
Car, ces résultats une fois obtenus, les nobles et les riches sauront être justes et charitables à l&#8217;égard des petits, et ceux-ci supporteront dans la paix et la patience les privations de leur condition peu fortunée; les citoyens obéiront non plus à l&#8217;arbitraire, mais aux lois; tous regarderont comme un devoir le respect et l&#8217;amour envers ceux qui gouvernent, et dont &laquo;&nbsp;le pouvoir ne vient que de Dieu&nbsp;&raquo; (44).<br />
Il y a plus. Dès lors, il sera manifeste à tous que l&#8217;Eglise, telle qu&#8217;elle fut instituée par Jésus-Christ, doit jouir d&#8217;une pleine et entière liberté et n&#8217;être soumise à aucune domination humaine, et que Nous-même, en revendiquant cette liberté, non seulement Nous sauvegardons les droits sacrés de la religion, mais Nous pourvoyons aussi au bien commun et à la sécurité des peuples : &laquo;&nbsp;la piété est utile à tout&nbsp;&raquo; (45), et là où elle règne &laquo;&nbsp;le peuple est vraiment assis dans la plénitude de la paix&nbsp;&raquo; (46).<br />
Que Dieu, &laquo;&nbsp;riche en miséricorde&nbsp;&raquo; (47), hâte dans sa bonté cette rénovation du genre humain en Jésus-Christ, puisque ce n&#8217;est l&#8217;œuvre &laquo;&nbsp;ni de celui qui veut ni de celui qui court, mais du Dieu des miséricordes&nbsp;&raquo; (48). Et nous tous, Vénérables Frères, demandons-lui cette grâce &laquo;&nbsp;en esprit d&#8217;humilité&nbsp;&raquo; (49) par une prière Instante et continuelle, appuyée sur les mérites de Jésus-Christ. Recourons aussi à l&#8217;intercession très puissante de la divine Mère. Et pour l&#8217;obtenir plus largement, prenant occasion de ce jour où Nous vous adressons ces Lettres, et qui a été institué pour solenniser le Saint Rosaire, Nous confirmons toutes les ordonnances par lesquelles Notre prédécesseur a consacré le mois d&#8217;octobre à l&#8217;auguste Vierge et prescrit dans toutes les églises la récitation publique du Rosaire. Nous vous exhortons, en outre, à prendre aussi pour intercesseurs le très pur Époux de Marie, patron de l&#8217;Eglise catholique, et les princes des apôtres saint Pierre et saint Paul.<br />
Pour que toutes ces choses se réalisent selon Nos désirs et que tous vos travaux soient couronnés de succès, Nous implorons sur vous, en grande abondance, les dons de la grâce divine. Et comme témoignage de la tendre charité dans laquelle Nous vous embrassons, vous et tous les fidèles confiés à vos soins par la divine Providence, Nous vous accordons en Dieu de grand cœur, Vénérables Frères, ainsi qu&#8217;à votre clergé et à votre peuple, la Bénédiction Apostolique.<br />
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 4 Octobre de l&#8217;année 1903, de Notre Pontificat la première.</p>


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		<title>Prends ton grabat !</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Oct 2011 07:04:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Sur le Blog de M l&#8217;abbé de Tanoüarn, belle méditation sur la gérison du paralytique: mardi 18 octobre 2011 Prends ton grabat ! par l&#8217;abbé Guillaume de Tanoüarn Nous connaissons bien ce miracle, raconté au neuvième chapitre de saint Matthieu : la guérison du paralytique. Nous savons que cette guérison physique figure et manifeste ou [...]

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			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><em><strong>Sur le Blog de M l&#8217;abbé de Tanoüarn, belle méditation sur la gérison du paralytique:</strong></em></p>
<p><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2011/10/paralytique.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-5284" title="paralytique" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2011/10/paralytique-226x300.jpg" alt="" width="226" height="300" /></a>mardi 18 octobre 2011<br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>Prends ton grabat !</strong></span><br />
par l&#8217;abbé Guillaume de Tanoüarn</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Nous connaissons bien ce miracle, raconté au neuvième chapitre de saint Matthieu : la guérison du paralytique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous savons que cette guérison physique figure et manifeste ou démontre une autre guérison : la guérison spirituelle. « Pour que vous sachiez que le Fils de l’Homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés, alors il dit au paralytique : Lève-toi, prends ton grabat et va dans ta maison ». Il venait de lui déclarer : « tes péchés sont pardonnés ». Mais, en dehors de Dieu, qui peut savoir si les péchés de l’homme sont pardonnés ? Jésus manifeste son pouvoir surhumain, son pouvoir sur la maladie des corps pour mieux montrer son pouvoir sur la maladie des âmes, qui est le péché.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce pouvoir est spirituel ? Il est surnaturel ? N’empêche : il se manifeste « sur la terre » ; c’est « le Fils de l’Homme » qui le détient. Bientôt d’ailleurs il le transmettra à ses apôtres. Comment ? Le premier jour, après sa résurrection – c’était le soir – il leur dit, en soufflant sur eux : « recevez le Saint Esprit. Les péchés seront pardonnés à ceux à qui vous les pardonnerez. Ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (Jean, 21).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce Pouvoir sacré que nous pouvons contempler, dans le grec du texte originel : ex-ousia, ce qui dépasse la substance. Où entend-on parler de ce pouvoir ? A la fin du Prologue de l’Evangile de saint Jean, que vous écoutez à chaque messe. Saint Jean s’exprime ainsi : « A tous ceux qui l’ont reçu, le Verbe a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». tel est le pouvoir fondamental, le pouvoir universel, le mieux partagé de nos pouvoir : devenir enfants de Dieu. C’est un pouvoir qui ne vient pas de nous, qui ne vient pas de notre nature. Cette vie nouvelle est étrangère à notre sol comme dit Jean Chrysostome. C’est un élan, c’est un souffle qui nous est donné.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble que ce pouvoir nouveau, dans cette scène de Capharnaum, il est aussi conféré comme une force physique de surcroît : « prends ton grabat ». D’emblée Jésus invite le paralytique, jusque là dépendant de ses amis et de ses relations, à se prendre en charge lui-même, à prendre en charge ses propres capacités pour faire le Bien, à prendre en charge son entretien personnel, son lit, sa vie telle qu’elle se présente.</p>
<p style="text-align: justify;">Prends ton grabat ! Jette tes soucis dans le Seigneur et lui-même te nourrira.<br />
Prends ton grabat ! Exerce cette liberté que tu as reçue de Dieu, exerce la comme quelque chose dont tu es responsable.</p>
<p style="text-align: justify;">Prends ton grabat ! Assume ton passé, les mauvaises habitudes dont tu peines à te débarrasser, les étroitesses de ton esprit, les manques de générosité de ton cœur. Manifeste ta force. Montre que tu as reçu la grâce de Dieu comme une puissance (potestas dit le texte latin pour traduire l’exousia grec). Montre que ta volonté est formée et que tu es prêt à tout emporter. Montre quelle force nouvelle te remplit.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au fait, quelle est cette force nouvelle dans le paralytique, quelle est cette énergie à laquelle Jésus fait appel ? La volonté. La grâce. Une seule et même énergie. Quiconque s’est laissé guérir par le Christ possède, comme marque indubitable de sa guérison, on pourrait presque dire comme signe d’élection, une volonté ardente et qui ne demande qu’à servir. Il lui faut juste accepter de « prendre son grabat ». Ne l’oublions pas aux pieds du Christ. Le porter jusqu’à notre Maison, c’est se donner l’occasion de montrer que la Puissance par laquelle nous avons été guérie et pardonnée par un autre que nous se manifeste aussi en nous et pour nous.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aime beaucoup ce verset du Psaume qui définit la puissance de l’enfant de Dieu : « Agis avec virilité et ton cœur sera converti ». Agis d’abord pour que se manifeste la force de ton cœur.</p>


<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/4198/%c2%ab-il-etait-encore-dans-les-langes-et-faisait-pipi-au-lit%e2%80%a6-%c2%bb/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Ami, prends garde toi aussi de tomber ! Et sois plus modeste, tu en seras plus crédible'>Ami, prends garde toi aussi de tomber ! Et sois plus modeste, tu en seras plus crédible</a></li>
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		<title>Supplique au pape Benoît XVI pour un examen approfondi du concile œcuménique Vatican II</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Oct 2011 15:13:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Supplique au pape Benoît XVI pour un examen approfondi du concile œcuménique Vatican II Au Souverain Pontife Benoît XVI, afin qu’il veuille bien promouvoir un examen approfondi du concile pastoral Vatican II. Très Saint Père, Mgr Brunero Gherardini, prêtre du diocèse de Prato et chanoine de la Basilique de Saint-Pierre, bien connu comme ancien professeur [...]

<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/4523/le-pape-raconte-son-concile-vatican-ii/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le pape raconte son Concile Vatican II'>Le pape raconte son Concile Vatican II</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/3394/de-linterpreation-du-concile-vatican-ii/' rel='bookmark' title='Permanent Link: de l&#8217;interpréation du Concile Vatican II'>de l&#8217;interpréation du Concile Vatican II</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/4387/medvedev-attendu-au-vatican-un-enjeu-oecumenique/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Medvedev attendu au Vatican. Un enjeu œcuménique ?'>Medvedev attendu au Vatican. Un enjeu œcuménique ?</a></li>
</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><span style="color: #cc0000;"><strong>Supplique au pape Benoît XVI pour un examen approfondi du concile œcuménique Vatican II</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>Au Souverain Pontife Benoît XVI, afin qu’il veuille bien promouvoir un examen approfondi du concile pastoral Vatican II.</strong></span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Très Saint Père,</p>
<p style="text-align: justify;">Mgr Brunero Gherardini, prêtre du diocèse de Prato et chanoine de la Basilique de Saint-Pierre, bien connu comme ancien professeur d’Ecclésiologie à l’Université pontificale du Latran et comme doyen des théologiens italiens, a adressé, en 2009, à Votre Sainteté une très respectueuse et pressante supplique, en vue d’obtenir l’ouverture d’un débat critique sur les textes de Vatican II, un débat critique qui se tiendrait de façon pondérée et publique. A cette démarche s’est associé en 2010 Roberto de Mattei, professeur d’Histoire de l’Eglise et du Christianisme à l’Université européenne de Rome, vice-président du Conseil National de la Recherche.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa supplique, Mgr Gherardini écrivait :</p>
<p style="text-align: justify;">« Pour le bien de l’Eglise – et plus spécialement pour la réalisation du salut des âmes, qui en est la loi première et la plus haute (cf. CJC de 1983, canon 1752) –, après des décennies de libre créativité exégétique, théologique, historiographique et ‘pastorale’ au nom du concile œcuménique Vatican II, il me paraît urgent qu’un peu de clarté soit faite, en répondant avec autorité à la question de la continuité de ce concile (cette fois-ci, non de façon déclamatoire, mais en proposant une véritable démonstration) avec les autres conciles, à la question de sa fidélité à la Tradition de l’Eglise. » […]</p>
<p style="text-align: justify;">Mgr Gherardini.<br />
« Il semble, en effet, sinon impossible, du moins très difficile de faire émerger cette herméneutique de continuité [avec tout le Magistère précédent] que vous souhaitez, sans procéder d’abord à une analyse attentive et scientifique du Concile en général, de chacun de ses documents, de chacun des thèmes de ces documents, des sources immédiates et lointaines de ces thèmes et de ces documents… Il serait plutôt vain de continuer à ne parler du Concile qu’en répétant son contenu ou en le présentant comme une nouveauté absolue.</p>
<p style="text-align: justify;">« Mais un examen d’une telle portée dépasse de beaucoup les possibilités d’une seule personne, non seulement parce qu’un même sujet exige des développements à des niveaux différents (historique, patristique, juridique, philosophique, liturgique, théologique, exégétique, sociologique, scientifique), mais aussi parce que chaque document conciliaire touche à des dizaines et des dizaines de sujets, que seuls des spécialistes de chacun de ces sujets sont en mesure d’aborder de façon efficace.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il y a déjà longtemps que l’idée (que j’ose à présent soumettre à Votre Sainteté) m’était venue d’une mise au point grandiose, et si possible définitive, sur le dernier concile, concernant chacun de ses aspects et de ses contenus.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il paraît, en effet, logique, et il me semble impératif que chacun de ces aspects et contenus soit étudié en soi et dans le contexte de tous les autres, en observant attentivement toutes les sources, et sous l’angle spécifique de la continuité avec le Magistère ecclésiastique précédent, qu’il soit solennel ou ordinaire. A partir d’un travail scientifique et critique aussi ample et irréprochable que possible, en lien avec le Magistère traditionnel de l’Eglise, il sera possible de tirer ensuite matière à une évaluation sûre et objective de Vatican II.</p>
<p style="text-align: justify;">« Ceci permettra de répondre aux questions suivantes, parmi de nombreuses autres :</p>
<p style="text-align: justify;">1) Quelle est la vraie nature de Vatican II ?</p>
<p style="text-align: justify;">2) Quel est le rapport entre son caractère pastoral (dont il faudra préciser avec autorité la notion) et son éventuel caractère dogmatique ? Le pastoral est-il conciliable avec le dogmatique ? Le suppose-t-il ? Le contredit-il ? L’ignore-t-il ?</p>
<p style="text-align: justify;">3) Est-il vraiment possible de définir le concile Vatican II comme ‘dogmatique’ ? Et donc de se référer à lui comme dogmatique ? De fonder sur lui de nouvelles assertions théologiques ? En quel sens ? Dans quelles limites ?</p>
<p style="text-align: justify;">4) Vatican II est-il un ‘événement’ dans le sens de l’école de Bologne, c’est-à-dire qui coupe les liens avec le passé et instaure une ère nouvelle sous tous les aspects ? Ou bien tout le passé revit-il en lui eodem sensu eademque sententia ?</p>
<p style="text-align: justify;">« Il est évident que l’herméneutique de la rupture et celle de la continuité dépendent des réponses qu’on donnera à ces questions. Mais si la conclusion scientifique de l’examen aboutit à admettre l’herméneutique de continuité comme la seule recevable et la seule possible, alors il faudra démontrer (au-delà de toute déclamation) que cette continuité est réelle, qu’elle se manifeste dans l’identité dogmatique de fond.</p>
<p style="text-align: justify;">« Dans le cas où, en tout ou en partie, cette continuité ne pourrait être scientifiquement prouvée, il serait nécessaire de le dire avec sérénité et franchise, en réponse à l’exigence de clarté attendue depuis presque un demi-siècle ». [1]</p>
<p style="text-align: justify;">Pour vérifier sa continuité avec les vingt conciles précédents</p>
<p style="text-align: justify;">Roberto de Mattei.<br />
Dans sa récente et très documentée Histoire de Vatican II, le professeur de Mattei a offert au public un tableau précis, réaliste du déroulement tourmenté et dramatique de ce Concile, et il conclut :</p>
<p style="text-align: justify;">« Au terme de ce volume qu’il me soit permis de m’adresser avec vénération à Sa Sainteté Benoît XVI, en qui je reconnais le successeur de Pierre auquel je me sens indissolublement lié, lui exprimant un profond remerciement pour avoir ouvert les portes à un débat sérieux sur le concile Vatican II. A ce débat je répète avoir voulu offrir une contribution, non pas comme théologien mais comme historien, m’unissant cependant à la supplique de ces théologiens qui demandent respectueusement et filialement au Vicaire du Christ sur terre, de promouvoir un examen approfondi du concile Vatican II, dans toute sa complexité et toute son extension, pour vérifier sa continuité avec les vingt conciles précédents et pour dissiper les ombres et les doutes qui, depuis presque un demi-siècle, font souffrir l’Eglise, avec la certitude que jamais les portes de l’enfer ne prévaudront sur Elle (Mt 16,18) ». [2]</p>
<p style="text-align: justify;">Et nous, signataires, simples croyants que nous sommes, nous nous associons pleinement à ces demandes respectueuses et autorisées. Sûrs de ne pas manquer de respect filial à l’égard de Votre Sainteté, nous nous permettons d’ajouter (aux quatre questions posées ci-dessus) quelques-unes des nombreuses interrogations qui, à notre avis, mériteraient certainement une réponse clarificatrice, comme il ressort des analyses de Mgr Gherardini, des théologiens et des intellectuels qui depuis le début du post-concile se sont battus pour obtenir des éclaircissements sur Vatican II :</p>
<p style="text-align: justify;">5) Quelle est la signification exacte donnée au concept de « tradition vivante » apparu dans la Constitution Dei Verbum sur la divine Révélation ? Dans sa récente et fondamentale étude sur le concept de tradition catholique, Mgr Gherardini a soutenu que, dans Vatican II, il se serait produit une « révolution copernicienne » dans la manière de concevoir la Tradition de l’Eglise, puisqu’on n’y a pas clairement défini la valeur dogmatique de la Tradition (DV,8) ; de façon inhabituelle on y réalise une réduction ad unum des deux sources de la Révélation divine (Ecriture et Tradition), qui ont toujours été admises dans l’Eglise et confirmées par les conciles dogmatiques de Trente et de Vatican I (DV,9). Et là, se manifeste même une opposition au dogme de l’inerrance de la Sainte Ecriture (DV,11.2), car pourquoi « après avoir déclaré que tout ce que les auteurs inspirés affirment vient de l’Esprit Saint, le privilège de l’inerrance n’est-il attribué qu’aux seules ‘vérités salutaires’ ou ‘salvifiques’, comme une partie du tout (veritatem, quam Deus nostrae salutis causae Litteris sacris consignari voluit) ? Si l’Esprit Saint a inspiré tout ce que les auteurs bibliques ont écrit, l’inerrance devrait s’appliquer à tout, et non aux seules vérités salvifiques. Le texte apparaît donc illogique ».[3]</p>
<p style="text-align: justify;">6) Quelle est la signification exacte à donner à la nouvelle définition de l’Eglise catholique, contenue dans la Constitution dogmatique (qui toutefois ne définit pas de dogme) Lumen gentium sur l’Eglise ? Si elle coïncide avec celle de toujours, à savoir que seule l’Eglise catholique est l’unique et vraie Eglise du Christ parce que l’unique à avoir maintenu dans les siècles le dépôt de la foi transmise par Notre Seigneur et les apôtres sous la conduite du Saint-Esprit, en ce cas pourquoi a-t-on voulu changer, en écrivant d’une manière peu compréhensible pour un simple croyant et jamais clairement expliquée (il faut le dire), que « l’unique » Eglise du Christ « subsiste dans l’Eglise catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et par les évêques qui sont en communion avec lui, alors qu’en dehors d’elle, se trouvent de nombreux éléments de sanctification et de vérité, qui, appartenant en propre par don de Dieu à l’Eglise du Christ, appellent par eux-mêmes l’unité catholique » ? Dans cette formulation, ne semble-t-il pas que l’Eglise apparaît comme une simple partie de l’Eglise du Christ ? Simple partie, puisque l’Eglise du Christ comprendrait aussi – en plus de l’Eglise catholique – de « nombreux éléments de sanctification et de vérité », situés « en dehors » de l’Eglise catholique ? Avec la conséquence que l’« unique vraie religion qui subsiste dans l’Eglise catholique (Déclaration Dignitatis humanae sur la liberté religieuse, 1.2) serait celle d’une « Eglise du Christ » qui possède des « éléments » en dehors de l’Eglise catholique. Ce qui peut aussi se comprendre, si l’on veut, comme « l’unique vraie religion » subsistant, selon le Concile, également dans les « éléments » non-catholiques de « l’Eglise du Christ » ?</p>
<p style="text-align: justify;">7) Quelle est la vraie signification à donner à la notion d’Eglise comprise globalement comme « Peuple de Dieu » (Lumen gentium, 9-17), notion qui dans le passé indiquait seulement une partie du tout, le tout représentant, par contre, le « Corps mystique du Christ » ?</p>
<p style="text-align: justify;">8 ) Quelle signification faut-il donner à l’omission des termes « surnaturel » et « transsubstantiation » dans les textes du Concile ? Cette omission modifie-t-elle aussi le contenu de ces concepts, comme certains l’affirment ?</p>
<p style="text-align: justify;">Romano Amerio.<br />
9) Quelle est la signification exacte de la nouvelle notion de collégialité ? Comment doit-on considérer à la lumière de l’enseignement constant de l’Eglise, l’interprétation de la Nota explicativa praevia, mise en tête de Lumen gentium (note qui fut placée là pour dirimer la controverse entre les Pères conciliaires) ? Nous nous référons aux doutes clairement exposés par Romano Amerio :</p>
<p style="text-align: justify;">« La ‘Note préalable’ (Nota praevia) rejette l’interprétation classique de la collégialité, selon laquelle le sujet du pouvoir suprême dans l’Eglise est le Pape seul, qui le partage, lorsqu’il le veut, avec l’universalité des évêques réunis en concile par lui. Le pouvoir suprême ne devient collégial que communiqué par le Pape, à son gré (ad nutum). La ‘Note Préalable’ rejette pareillement le sentiment des novateurs selon lequel le sujet du pouvoir suprême dans l’Eglise est le collège épiscopal uni au Pape et non sans le Pape qui en est le chef, mais de telle sorte que lorsque le Pape exerce, même à lui seul, le pouvoir suprême, il le fait précisément en tant que chef dudit collège, et donc en tant que représentant ce collège qu’il est obligé de consulter pour en exprimer l’avis. C’est une théorie calquée sur celle qui veut que toute autorité doive son pouvoir à la multitude : théorie difficile à concilier avec la constitution divine de l’Eglise (qui est hiérarchique et d’origine divine, non populaire). En réfutant les deux théories, la Nota praevia tient fermement que le pouvoir suprême appartient au collège des évêques unis à leur chef, mais que le chef peut l’exercer indépendamment du collège, tandis que le collège ne peut l’exercer indépendamment du chef (et ceci serait une concession à la Tradition) ».[4]</p>
<p style="text-align: justify;">Est-il exact de soutenir que l’attribution des pouvoirs juridiques – ceux d’un vrai et propre collège –, à l’institution des Conférences épiscopales, a de fait déprécié et déformé le rôle de l’évêque ? En effet, aujourd’hui, dans l’Eglise, les évêques, pris singulièrement, ne semblent pratiquement compter pour rien (Votre Sainteté nous pardonnera notre franchise). Sur ce point, voici encore Amerio :</p>
<p style="text-align: justify;">« La nouveauté qui a pris le plus de relief dans l’Eglise postconciliaire est d’avoir ouvert à la participation de tous les instances de l’Eglise qui sont des organes juridiquement définis, tels que les Synodes diocésains et nationaux, les Conseils pastoraux et presbytéraux, etc. […] La constitution de Conférences épiscopales a produit deux effets : elle a déformé la structure organique de l’Eglise, et elle a engendré la perte de l’autorité des évêques. Selon le droit en vigueur avant le Concile, les évêques sont successeurs des Apôtres et gouvernent chacun dans son diocèse avec pouvoir ordinaire au spirituel et au temporel, y exerçant un pouvoir législatif, judiciaire et exécutif (can. 329 et 335). L’autorité était précise, individuelle, et sauf l’institution du vicaire général, non susceptible de délégation (le vicaire général dépendant, lui, du bon gré de l’évêque – ad nutum) […]. Le Décret Christus Dominus attribue au corps épiscopal la collégialité au titre de « suprême et plein pouvoir sur l’Eglise universelle » qui serait en tout égal à celui du Pape s’il pouvait s’exercer sans son consentement. Ce pouvoir suprême a toujours été reconnu à l’assemblée des évêques réunis en concile œcuménique par le Pape. Mais la question se pose de savoir si une autorité, qui ne peut être mise en œuvre que par une instance supérieure, peut être considérée comme suprême et ne revient pas à une pure virtualité, à un simple être de raison (ens rationis). Or selon l’esprit de Vatican II, l’exercice du pouvoir épiscopal où se concrétise la collégialité, est celui des Conférences épiscopales.</p>
<p style="text-align: justify;">« Voici une singularité : le Décret trouve (au n°37) la raison d’être de cette nouvelle institution dans la nécessité pour les évêques d’un même pays d’agir de concert, il ne voit pas que ce nouveau lien de coopération, qui a désormais sa configuration juridique, altère l’ordonnance de l’Eglise, en substituant à l’évêque un corps d’évêques, et à la responsabilité personnelle une responsabilité collective, donc une responsabilité fragmentée. […] Par l’institution des Conférences épiscopales l’Eglise est devenue un corps polycentrique. […] La première conséquence de la nouvelle organisation est donc le relâchement du lien d’unité [avec le Pape] ; il s’est manifesté par d’énormes dissensions sur les points les plus graves [par exemple sur la doctrine de l’encyclique Humanae vitae du 25 juillet 1968, qui interdisait l’usage des contraceptifs]. La seconde conséquence de la nouvelle organisation est la perte de l’autorité de chaque évêque pris séparément en tant que tel. Ils ne sont plus responsables devant leur propre peuple, ni devant le Saint-Siège, car à leur responsabilité personnelle s’est substituée une responsabilité collégiale qui, appartenant au corps tout entier, ne peut plus s’imputer aux différents éléments composant ce corps ».[5]</p>
<p style="text-align: justify;">Le prêtre est-il réduit aujourd’hui au rôle d’animateur et de président de l’assemblée du Peuple de Dieu ?</p>
<p style="text-align: justify;">10) Quelle est la signification exacte à donner aujourd’hui au sacerdoce, authentique institution de l’Eglise ? Est-il vrai que depuis le Concile, le prêtre, de « sacerdos Dei » a été réduit à être « sacerdos populi Dei », et réduit principalement au rôle d’ « animateur » et de « président de l’assemblée » du « Peuple de Dieu », et au rôle d’ « assistant social » ? A ce propos, sont objets de critiques : Lumen gentium, 10.2 qui semble vouloir mettre sur le même plan le sacerdoce « ministériel » ou « hiérarchique » et le prétendu sacerdoce « commun des fidèles » – considéré autrefois comme un simple titre d’honneur – avec cette affirmation que tous les deux « sont toutefois ordonnés l’un à l’autre, ad invicem tamen ordinantur » (voir aussi LG, 62.2) ; LG, 13.3 qui semble indiquer le sacerdoce comme simple « fonction » du « Peuple de Dieu » ; le fait qu’on place en premier lieu de la « fonction » sacerdotale la prédication de l’Evangile (Décret Presbytorum Ordinis sur le ministère et la vie sacerdotale, 4 : les prêtres « comme coopérateurs des évêques, ont pour première charge d’annoncer l’Evangile de Dieu ») quand au contraire le concile de Trente a rappelé que ce qui caractérise la mission du prêtre est en premier lieu « le pouvoir de consacrer, d’offrir, d’administrer le corps et le sang du Seigneur» et en second lieu celui « de pardonner ou retenir les péchés » (DS, 957/1764). Est-il vrai que Vatican II déprécie de fait le célibat ecclésiastique, en affirmant que « la continence parfaite et perpétuelle pour le Royaume des Cieux, recommandée par le Christ […] a toujours été considérée par l’Eglise comme particulièrement convenable pour la vie sacerdotale [même si] elle n’est pas requise par la nature même du sacerdoce » (PO, 16) ; cette dernière affirmation ne serait-elle pas justifiée par une fausse interprétation de 1Tm 3, 2-5 et Tt 1,6 ?</p>
<p style="text-align: justify;">11) Quelle est la signification exacte du principe de « créativité » dans la Liturgie, qui sans aucun doute vient du fait d’avoir concédé aux Conférences épiscopales une ample compétence en la matière, y compris la faculté d’expérimenter des formes nouvelles de culte, pour les adapter aux caractères et aux traditions des peuples et pour les simplifier au maximum ? Tout cela est proposé dans la Constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie : art. 22.2 sur les nouvelles compétences des Conférences épiscopales ; 37, 39 et 40 sur l’adaptation aux caractères et aux traditions des peuples et sur les critères d’adaptation liturgique en général ; art. 21 et 34 sur la simplification liturgique. De semblables facultés d’innovation en matière liturgique ne furent-elles pas, en tout temps, réprouvées par le Magistère de l’Eglise ? Il est vrai que la Constitution Sacrosanctum Concilium impose toujours le contrôle du Saint-Siège sur la liturgie et les innovations (SC. 22.1, 40.1 et 2), mais ce contrôle s’est révélé incapable d’empêcher la dévastation diffuse de la liturgie, qui a éloigné les fidèles des églises, cette dévastation continue de se déchainer aujourd’hui encore, malgré l’action disciplinaire et l’élimination des abus voulue par Votre Sainteté. Des études compétentes ne pourraient-elles pas mettre en évidence les motifs de cet échec ?</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle différence y a-t-il entre la liberté religieuse conciliaire et la liberté de conscience laïque ?</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne pouvons évidemment pas formuler toutes les questions que les textes du concile suscitent et qui ont un rapport avec la situation actuelle de l’Eglise. A ce sujet nous nous permettons d’ajouter seulement ce qui suit :</p>
<p style="text-align: justify;">12) Le principe de la liberté religieuse, proclamé par le Concile, pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, comme « droit humain » ou « naturel » de la personne, quelle que soit sa religion, et de ce fait droit supérieur au droit de l’unique Vérité Révélée (notre religion catholique) à être professée comme vraie religion, de préférence aux autres qui ne sont pas révélées et qui donc ne proviennent pas de Dieu ; ce principe de liberté religieuse se fonde sur le présupposé que toutes les religions sont égales, et son application a pour conséquence la promotion de l’indifférentisme, de l’agnosticisme et pour finir de l’athéisme ; telle qu’elle est ainsi comprise par le Concile, en quoi se distingue-t-elle réellement de la liberté de conscience laïque, honorée parmi « les droits de l’homme » qu’a professés la Révolution française antichrétienne ?</p>
<p style="text-align: justify;">13) L’œcuménisme actuel ne semble-t-il pas aussi conduire à un résultat semblable (indifférentisme et perte de la foi), étant donné que son but principal paraît être non pas tant la conversion (autant que possible) du genre humain au Christ que son unité et même son unification en une sorte de nouvelle Eglise ou religion mondiale, capable d’inaugurer une ère messianique de paix et de fraternité entre tous les peuples ? Si ce sont là les finalités de l’œcuménisme actuel – et elles se trouvent déjà en partie dans la Constitution pastorale Gaudium et spes sur l’Eglise et le monde contemporain –, ce dialogue œcuménique ne semble-t-il pas glisser dangereusement vers un certain « accord entre le Christ et Bélial » ? [6] Tout le dialogue de l’Eglise postconciliaire avec le monde contemporain ne devrait-il pas être reconsidéré ?</p>
<p style="text-align: justify;">Très Saint Père,</p>
<p style="text-align: justify;">Les demandes que nous avons eu l’audace de vous adresser dans cette humble supplique, peuvent certainement déplaire à cette partie de la hiérarchie qui a déjà déclaré ne pas apprécier la supplique de Mgr Gherardini, il y a deux ans. Il s’agit de cette partie de la hiérarchie qui ne semble pas avoir encore compris la gravité exceptionnelle de la crise qui afflige l’Eglise depuis cinquante ans ; crise dont les prémisses préconciliaires éclatèrent lors du Concile, comme l’ont démontré le livre du professeur de Mattei et avant lui, d’une manière plus succincte, celui du P. Ralph M. Wiltgen S.V.D. et du professeur Romano Amerio.</p>
<p style="text-align: justify;">En notre âme et conscience de croyants, cette supplique écrite en toute déférence à votre égard, nous semble parfaitement en harmonie, nous osons le dire, avec l’œuvre de restauration, renouvellement et purification de l’Eglise militante, entreprise courageusement par Votre Sainteté, malgré les résistances et difficultés de toutes sortes, et connues de tous. Nous ne nous référons pas seulement à l’inflexible action de Votre Sainteté contre la corruption des mœurs qui a pénétré une partie du clergé, ni à l’opération d’assainissement auprès d’institutions de charité et d’assistance bien connues, qui ne sont plus catholiques que de nom. Nous nous référons aussi à la « libération » de la célébration de la messe de l’ancien rite romain (improprement dite « tridentine » vu que son canon remonte, selon une tradition sûre, aux temps apostoliques) et de l’administration des sacrements et du rite de l’exorcisme, selon le rituel préconciliaire. Nous nous référons aussi à votre rémission des excommunications qui pesaient (pour des motifs disciplinaires connus) sur les évêques de la Fraternité Saint-Pie X, fondée par Mgr Marcel Lefebvre, et dont la « levée » avait été sollicitée auprès de Votre Sainteté, avec respect et ténacité, en lançant à cette fin une « Croisade internationale du Rosaire », qui a reçu une ample adhésion parmi les fidèles.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans toutes ces dispositions, certainement d’une extrême importance pour l’Eglise, prises motu proprio, avec la pleine autorité de Souverain Pontife qui découle de votre potestas iurisdictionis sur toute l’Eglise de Notre Seigneur, en tout cela notre sensus fidei de simples catholiques voit l’œuvre évidente de l’Esprit Saint. Nous concluons donc notre humble supplique, invoquant l’aide de l’Esprit Saint afin que, dans l’entreprise de rétablissement du Christ au cœur de la catholicité, Votre Sainteté puisse inclure aussi la révision souhaitée du Concile.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec l’assurance de notre dévotion filiale et de notre déférence,</p>
<p style="text-align: justify;">In Domino et in corde Mariae.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 24 septembre 2011</p>
<p style="text-align: justify;">Suivent les signatures de près de 50 personnalités parmi lesquelles :</p>
<p style="text-align: justify;">Prof. Paolo Pasqualucci, professeur de philosophie ; Mgr Brunero Gherardini, doyen des théologiens italiens, professeur d’Ecclésiologie ; Mgr Antonio Livi, professeur émérite de philosophie de la connaissance à l’Université du Latran ; Prof. Roberto de Mattei, Università Europea di Roma ; Prof. Luigi Coda Nunziante, à titre personnel et en qualité de président de l’association Famiglia Domani ; Dott. Paolo Deotto, directeur de Riscossa Cristiana (www.riscossa cristiana.it) ; Prof. Piero Vassallo, professeur de philosophie, co-directeur de Riscossa Cristiana ; Dr.ssa Virginia Coda Nunziante ; Dott. Pucci Cipriani ; Don Marcello Stanzione et toute la Milizia di San Michele Arcangelo ; Prof. Dante Pastorelli, Governatore de la Venerabile Confraternita di S. Girolamo e S. Francesco Poverino in S. Filippo Benizi, Florence, président d’Una Voce – Florence ; Calogero Cammarata, président de Inter Multiplices Una Vox – Turin ; Dr.ssa Cristina Siccardi – Castiglione Torinese (TO) ; Dott. Carlo Manetti – Castiglione Torinese (TO) ; Alessandro Gnocchi ; Mario Palmaro ; Mario Crisconio, chevalier de l’Ordre de Malte, Governatore del Pio Monte della Misericordia (Naples), président d’Una Voce – Naples ; Enrico Villari, ingénieur, docteur en philosophie – Naples ; Marcello Paratore, professeur de philosophie – Naples ; Giuseppe De Vargas Machuca, Primo Governatore della Reale Arciconfraternita e Monte del SS. Sacramento dei Nobili Spagnoli – Naples ; Giovanni Turco, professeur d’université, président de la Società Internazionale Tommaso d’Aquino, section de Naples ; Giovanni Tortelli, écrivain, chercheur en droit ecclésiastique et histoire de l’Eglise (Florence).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette Supplique est diffusée par le site Riscossa cristiana, sur lequel se trouve le texte en italien.</p>
<p style="text-align: justify;">(Intertitres et traduction : DICI n°242 du 14/10/11)</p>
<p style="text-align: justify;">[1] B. Gherardini, « Supplique au Saint Père », en appendice à : Le Concile Œcuménique Vatican II. Un débat à ouvrir, Casa Mariana Editrice, Frigento (AV), 2010.<br />
[2] R. de Mattei, Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta (Le concile Vatican II. Une histoire jamais écrite), Lindau, Torino, 2010, p. 591.<br />
[3] B. Gherardini, “Quod et tradidi vobis”. La Tradizione vita e giovinezza della Chiesa, in Divinitas, Nova Series, 2010 (53) nn. 1-2-3, pp. 165-186.<br />
[4] Romano Amerio, Iota Unum. Etude des variations de l’Eglise catholique au XXe siècle, Nouvelles Editions Latines, 1985, pp.82-83 (§44).<br />
[5] Ibid. pp. 431-433 (§ 232 et 233).<br />
[6] B. Gherardini, Quale accordo fra Cristo e Beliar ? Osservazioni teologiche sui problemi, gli equivoci ed i compromessi del dialogo interreligioso, Fede &amp; Cultura, Verona, 2009.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p><span style="color: #cc0000;"><strong>Une proposition audacieuse pour les 50 ans de Vatican II</strong></span></p>
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<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://www.dici.org/wp-content/uploads/2011/01/concile_1.jpg"><img title="concile_1" src="http://www.dici.org/wp-content/uploads/2011/01/concile_1-300x206.jpg" alt="concile_1" width="300" height="206" /></a></em><strong>Le philosophe italien Enrico Maria Radaelli, disciple de l’auteur de<em> Iota unum</em>, Romano Amerio,</strong> propose qu’à l’occasion des 50 ans du Concile Vatican II, il soit respectueusement demandé au pape de poser le « seul acte qui pourrait réconcilier l’enseignement et la doctrine donnés par l’Eglise avant et après la fatale assemblée. Cet acte unique, héroïque, très humble, est d’approcher du feu surnaturel du dogme les doctrines qui sont mal vues par les fidèles de tendance traditionaliste, et celles qui en sont l’opposé : ce qui doit brûler brûlera, ce qui doit resplendir resplendira. D’ici à 2015, nous avons plus de trois ans devant nous. Il faut les utiliser au mieux. » Car pour reconstruire l’Eglise, ajoute-t-il, « le concile œcuménique Vatican II doit être lu selon la grille de la Tradition avec l’audace enflammée du dogme. » C’est pourquoi il souhaite que « cet anniversaire soit pour le Trône le plus élevé la meilleure occasion pour restaurer le divin <em>munus docendi</em> (la charge magistérielle) dans sa plénitude. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que propose le Professeur Radaelli rejoint le souhait profond de la Fraternité Saint-Pie X. Il est nécessaire que ce concile soit jugé à la lumière du dogme, lui qui s’est dit simplement pastoral, mais qui très vite s’est présenté comme un concile dogmatiquement pastoral, exigeant de fait l’obéissance due aux dogmes. Car, à l’usage, il semble bien que Vatican II véhicule des dogmes qui ne disent pas leur nom. Des dogmes qui ne sont pas définis, et qui veulent pourtant être suivis docilement.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p><span style="color: #cc0000;"><strong>Un évêque demande un Syllabus sur le Concile Vatican II</strong></span></p>
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<p><a href="http://www.dici.org/wp-content/uploads/2011/01/AthanasiusSchneider1.jpg"><img title="AthanasiusSchneider1" src="http://www.dici.org/wp-content/uploads/2011/01/AthanasiusSchneider1-300x206.jpg" alt="AthanasiusSchneider1" width="300" height="206" /></a>Le 17 décembre 2010, à l’occasion du colloque organisé à Rome par la Congrégation des Franciscains de l’Immaculée, sur le thème : « <em>Vatican II, un concile pastoral – Analyse historique, philosophique et théologique</em> », Mgr <strong>Athanasius Schneider</strong>, évêque auxiliaire de Karaganda (Kazakhstan), a demandé la rédaction d’un <em>Syllabus</em> condamnant infailliblement « les erreurs d’interprétation du Concile Vatican II ». Car, a-t-il précisé, seul le magistère suprême de l’Église – celui du pape ou d’un nouveau concile œcuménique – peut corriger les abus et les erreurs nés du Concile Vatican II et rectifier sa compréhension et sa réception à la lumière de la tradition catholique. Déclarant qu’il n’était guère possible de réunir un nouveau concile avant 500 ans…, il a considéré qu’il fallait en appeler au magistère suprême du pape. D’où cette demande d’un nouveau Syllabus où figureraient face à face les erreurs condamnées et leur interprétation orthodoxe.</p>
<p>Au cours de ce colloque ont également pris la parole, <a href="http://www.dici.org/documents/exclusif-extraits-du-concile-oecumenique-vatican-ii-un-debat-a-ouvrir-par-mgr-brunero-gherardini/" target="_blank">Mgr <strong>Brunero Gherardini</strong></a>, auteur du livre <em>Concile Vatican II, un débat à ouvrir</em> et le Professeur <strong>Roberto de Mattei</strong>, historien italien, auteur d’un récent volume sur le concile, intitulé <em>Le Concile Vatican II, une histoire jamais écrite</em> (actuellement disponible en italien aux éditions Lindau). Tous les deux ont répondu aux critiques que leurs travaux ont soulevées, surtout dans les milieux conciliaires conservateurs attachés à défendre l’infaillibilité du Concile. (Source : chiesa.espressonline.it – DICI du 22/01/11)</p>


<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/4523/le-pape-raconte-son-concile-vatican-ii/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le pape raconte son Concile Vatican II'>Le pape raconte son Concile Vatican II</a></li>
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		<title>Les juifs sont-ils responsables de la mort de Jésus, d&#8217;un déicide?</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Oct 2011 13:21:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Sur son blog, Mgr Williamson fait un bon résumé de cette question si importante. Saint Thomas traita de cette question dans la Somme: III 47 Aprés l&#8217;article de Mgr Williamson, vous trouverez mon commentaire sur cette question de la Somme de saint Thomas. 15 octobre 2011 [Mgr Williamson - Commentaire Eleison] L&#8217;orgueil des ancêtres SOURCE [...]

<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/1454/decouverte-d%e2%80%99un-reseau-clandestin-de-pie-xii-pour-aider-les-juifs-a-fuir/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Découverte d’un réseau clandestin de Pie XII pour aider les juifs à fuir'>Découverte d’un réseau clandestin de Pie XII pour aider les juifs à fuir</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/3124/le-cardinal-pacelli-futur-pie-xii-et-les-juifs/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le cardinal Pacelli, futur Pie XII, et les juifs'>Le cardinal Pacelli, futur Pie XII, et les juifs</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/316/les-nouvelles-de-chretiente-n%c2%b0-168-de-la-cause-efficiente-de-la-passion-de-notre-seigneur-jesus-christ/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Les Nouvelles de Chrétienté N° 168 : De la CAUSE EFFICIENTE DE LA PASSION de Notre Seigneur Jésus-Christ'>Les Nouvelles de Chrétienté N° 168 : De la CAUSE EFFICIENTE DE LA PASSION de Notre Seigneur Jésus-Christ</a></li>
</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>Sur son blog, Mgr Williamson fait un bon résumé de cette question si importante.</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Saint Thomas traita de cette question dans la Somme: III 47 Aprés l&#8217;article de Mgr Williamson, vous trouverez mon commentaire sur cette question de la Somme de saint Thomas.</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>15 octobre 2011</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] L&#8217;orgueil des ancêtres</strong></span><br />
<span style="color: #cc0000;"><strong>SOURCE &#8211; Mgr Williamson, fsspx &#8211; Commentaire Eleison &#8211; 15 octobre 2011</strong></span><br />
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<br />
<a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2011/10/la-croix-du-Christ.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-5266" title="la croix du Christ" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2011/10/la-croix-du-Christ.bmp" alt="" /></a>Au deuxième volume de sa vie de Jésus publié au début de l’année, le Pape Benoît XVI s’est exprimé sur la mort de Jésus de façon à permettre aux journalistes de conclure hâtivement qu’il ne faut plus imputer aux juifs la responsabilité du déicide, c’est-à-dire d’avoir mis à mort Dieu. Pire encore, le 17 mai le directeur exécutif du Secrétariat pour les Affaires Œcuméniques et Interreligieuses de la Conférence Episcopale des Etats-Unis a affirmé qu’à aucun moment de l’histoire on ne peut accuser les juifs de déicide sans se mettre hors de la communion de l’Eglise catholique. A l’encontre de ce que beaucoup de gens veulent croire aujourd’hui, il est temps de rappeler, même brièvement, ce qu’enseignait toujours l’Eglise sur le meurtre judiciaire de Jésus.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord le meurtre de Jésus fut vraiment un « déicide », c’est-à-dire meurtre de Dieu, parce que Jésus fut une des trois Personnes divines qui outre sa nature divine avait assumé une nature humaine. Qu’est-ce qui fut tué sur la Croix ? Seulement la nature humaine. Mais qui fut tué sur la Croix dans sa nature humaine ? Personne d’autre que la deuxième Personne divine, c’est-à-dire Dieu. Donc c’est bien Dieu qui a été tue, autrement dit, c’est le déicide qui a eu lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite Jésus est mort en croix pour nous sauver tous, tous les hommes pécheurs, de nos péchés, et dans ce sens-ci il est vrai que tous les hommes furent et sont le but de sa mort. Mais uniquement les juifs (chefs et peuple) ont été les principaux agents du déicide parce que dans les Evangiles il saute aux yeux que le non-juif le plus impliqué, Ponce Pilate, n’aurait jamais condamné à mort Jésus si les chefs juifs n’avaient d’abord incité le peuple juif à réclamer sa mise en croix (Mt. XXVII, 20). Certes, les chefs éduqués étaient plus coupables que le peuple ignorant, dit St. Thomas (Somme III, 47, 5), mais tous ensemble ils ont hurlé pour que le sang de Jésus descende sur eux et sur leurs enfants (Mt.XXVII, 25).</p>
<p style="text-align: justify;">En troisième lieu, le Pape Léon XIII au moins a estimé qu’il y a une vraie solidarité entre les juifs qui ont crié pour que Jésus meure et la collectivité des juifs des temps modernes. Dans son Acte de Consécration de la Race Humaine, n’a-t-il pas imposé à l’Eglise universelle à partir de la fin du 19me siècle de prier Dieu pour qu’il regarde enfin avec miséricorde « les enfants de ce peuple qui fut jadis votre préféré ; que sur eux aussi descende, mais aujourd&#8217;hui en baptême de vie et de Rédemption, le sang qu&#8217;autrefois ils appelaient sur leurs têtes. » ?</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Léon XIII est loin d’être le seul à avoir relevé cette solidarité entre les juifs de tous les temps. Aujourd’hui ne réclament-ils pas eux-mêmes la terre de Palestine en faisant valoir que c’est le Dieu de l’Ancien Testament qui la leur a donnée ? De tous les temps y a-t-il jamais eu sur la face de la terre une race-peuple-nation plus orgueilleuse de son identité à travers les siècles ? Elevés à l’origine par Dieu pour servir de crèche à son Messie, lorsqu’il est venu, hélas, ils ont refusé collectivement de le reconnaître. Collectivement aussi, ce qui veut dire qu’il y a toujours de nobles exceptions, ils sont restés fidèles à ce refus, en sorte qu’ils ont changé de religion. Celle d’Abraham, de Moïse et de l’Ancien Testament ils l’ont remplacée par celle d’Anne, de Caïphe et du Talmud. Tragiquement, c’est leur formation messianique même aux mains de Dieu qu’ils tordent pour rejeter sans cesse celui qu’ils tiennent pour un faux messie. L’Eglise a toujours enseigné qu’à la fin du monde ils se convertiront (cf. Rom. XI, 26-27), mais d’ici là il semble fatal qu’ils continueront d’agir, collectivement, en ennemis du vrai Messie.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment le Pape peut-il subvertir des vérités si anciennes?</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p><span style="color: #cc0000;">Cf   III 47 : <strong><span style="text-decoration: underline;">La cause efficiente de la Passion du Christ.</span></strong></span></p>
<p> Quelle est en cette question délicate la doctrine de saint Thomas.</p>
<p style="text-align: justify;"> Saint Thomas d’Aquin  consacre la question 47 de la IIIaParsde la Sommeà cette question. Il l’intitule : « De la cause efficiente de la Passionde NSJC ». Là, il étudie les auteurs de la Passiondu Christ. Quels sont-ils ? Et quelles sont leurs responsabilités respectives. Les réponses de saint Thomas nous permettront de cerner au plus près la vérité avec les distinctions nécessaires.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong><span style="text-decoration: underline;">Saint Thomas se pose 6 questions</span></strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"> 1. Le Christ a-t-il été mis à mort par autrui ou par lui-même? – 2. Pour quel motif s’est-il livré àla Passion? – 3. Est-ce le Père qui l’a livré àla Passion? – 4. Convenait-il qu’il souffre par la main des païens, ou plutôt des Juifs? – 5. Ses meurtriers l’ont-ils connu? – 6. Le péché de ses meurtriers.</p>
<p style="text-align: justify;"> De ces six articles, les deux premiers examinent la part du Christ dans le fait de sa mort ; le troisième, la part du Père ; les trois autres, la part des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"> </span><span style="text-decoration: underline;">Pour ce qui est de la part du Christ,</span> saint Thomas se demande, d’abord, si le Christ peut être dit avoir eu une part dans le fait de sa mort ; et, en second lieu, en cas de réponse positive, quel a été le motif ou le mobile qui a porté le Christ à se livrer ainsi àla Passion et à la mort. Le premier point fait l’objet de l’article premier.</p>
<h3 style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000; text-decoration: underline;">Le Christ a-t-il été mis à mort par autrui ou par lui-même?</span></h3>
<p style="text-align: justify;"> Il semblerait qu’il faille répondre que le Christ n’a pas été mis à mort par d’autre que par lui-même puisqu’Il dit « Personne ne me prend ma vie, c’est moi qui la donne. » (Jn 10, 18).</p>
<p style="text-align: justify;">D’autre part, le fait qu’il ait poussé un « grand cri » remettant son âme entre les mains de son Père montre que le Christ a remis son âme quand il le voulut. C’est dire que le Christ n’a pas été mis à mort par d’autres que  par lui-même. « Il n’a pas quitté sa chair malgré lui, mais parce qu’il le voulut, quand il le voulut, et comme il le voulut ».</p>
<p style="text-align: justify;"> Cependant: le Christ annonçait en parlant de lui-même (Lc 18, 33): « Après l’avoir flagellé, ils le tueront. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alors ? </strong><strong>Comment répond saint Thomas :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">  « Il y a deux manières d’être cause d’un effet.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">1° En agissant directement pour cela</span>. C’est de cette manière que les persécuteurs –  pour l’instant Saint Thomas ne cherche pas à savoir si ce sont les païens ou les Juifs qui l’ont mis à mort- il parle seulement des « persécuteurs » &#8211; du Christ l’ont mis à mort; car ils lui ont fait subir les traitements qui devaient amener la mort, avec l’intention de la lui donner. <span style="text-decoration: underline;">Et la mort qui s’en est suivie a été réellement produite par cette cause.</span></p>
<p style="text-align: justify;"> 2° <span style="text-decoration: underline;">Indirectement, en n’empêchant pas cet effet;</span> par exemple on dira qu’on mouille quelqu’un en ne fermant pas la fenêtre par laquelle entre la pluie. En ce sens, le Christ n’a pas écarté de son propre corps les coups qui lui étaient portés, mais a voulu que sa nature corporelle succombe sous ces coups. « En ce sens,  on peut dire que le Christ a donné sa vie ou qu’il est mort volontairement ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le Christ pouvait en effet empêcher cette Passion et cette mort.</p>
<p style="text-align: justify;">-Il le pouvait d’abord, en réprimant ses adversaires, de telle sorte qu’ils ne voulussent pas ou qu’ils ne pussent pas le mettre à mort. On l’a vu au Jardin des Oliviers. Le Christ a terrassé ses ennemis.</p>
<p style="text-align: justify;">-Il le pouvait aussi, parce que son esprit avait la puissance de conserver la nature de sa chair pour qu’aucune cause de lésion qui lui serait infligée ne parvint à l’accabler : puissance que l’âme du Christ avait parce qu’elle était unie au Verbe de Dieu dans l’unité de sa Personne.</p>
<p style="text-align: justify;"> Par cela donc que le Christ ne repoussa point de son propre corps les coups qui lui étaient portés mais qu’Il voulut que la nature corporelle succombât sous ces coups, Il est dit avoir disposé Lui-même  de son âme ou de sa vie. De cette façon il est dit  « être mort volontairement ».</p>
<p style="text-align: justify;"> Alors lorsque Jésus dit «  Personne ne prend ma vie », il faut sous entendre : « sans que j’y consente », car prendre, au sens propre du mot, c’est enlever quelque chose à quelqu’un contre son gré et sans qu’il puisse résister.</p>
<p style="text-align: justify;"> Et lorsqu’il est dit dans l’Evangile qu’Il a « poussé un grand cri »; c’est là un des miracles de sa mort. D’où la parole de Marc (15, 39): « Le centurion qui se tenait en face, voyant qu’il avait expiré en criant ainsi, déclara: « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Il y eut encore ceci d’admirable dans la mort du Christ, qu’il mourut plus rapidement que les deux larrons. On lit dans S. Jean (19, 32) qu’on « brisa les jambes  » de ceux qui étaient crucifiés avec le Christ  » pour hâter leur mort « : mais « lorsqu’ils vinrent à Jésus, ils virent qu’il était déjà mort et ils ne lui rompirent pas les jambes ». D’après S. Marc (15, 44), «  Pilate s’étonna même qu’il fût déjà mort ». De même que, par sa volonté, sa nature corporelle avait été gardée dans toute sa vigueur jusqu’à la fin, de même c’est lorsqu’il le voulut qu’il céda aux coups qu’on lui avait porté.</p>
<p style="text-align: justify;"> Ainsi, avec Saint Thomas, il faut conclure : « en mourant le Christ, tout à la fois, <span style="text-decoration: underline;">a subi</span> la violence et <span style="text-decoration: underline;">est mort volontairement,</span> puisque la violence faite à son corps n’a pu dominer celui-ci que dans la mesure où il l’a voulu lui-même ».</p>
<p style="text-align: justify;"> Ainsi c’est en toute vérité que le Christ s’est livré Lui-même à la mort ; bien que cependant, en toute vérité aussi, cette mort lui ait été donnée par ses bourreaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous le voyez : les choses ne sont pas aussi simples que çà et les distinctions apportées par Saint Thomas font apprécier particulièrement la liberté  du Christ en sa mort et donc son amour pour nous. Qu’aurait-elle eu de remarquable cette mort du Christ si elle lui eut été imposée? Mais mourant librement, cette mort du Christ fait éclater davantage son amour pour nous. Il est une victime libre. Cette liberté mesure son amour.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pour l’instant, il n’est pas encore question de la « qualité » des bourreaux, des auteurs dela Passiondu Christ. On peut dire que la mort, sous un certain rapport, lui a été donnée par ses bourreaux tout en affirmant que le Christ s’est livré lui-même à la mort, sous un autre rapport. Et sous ce rapport, i.e. en tant qu’Il domine par sa Puissance divine, sur son propre corps et âme, le Christ est seul cause de sa mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais quelle fut,  de sa part, la cause qui le fit ainsi aller à la mort et l’accepter volontairement <strong>? </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><span style="text-decoration: underline;">Autrement dit :</span><strong> </strong><span style="text-decoration: underline;">Quel en fut le motif ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"> A cette question importante, Saint Thomas d’Aquin répond que le Christ est mort par <span style="text-decoration: underline;">obéissance à l’ordre de son Père</span> : « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la reprendre, tel est <span style="text-decoration: underline;">le commandement</span> que j’ai reçu de mon Père. » (Jn 10, 18),  pour réparer la désobéissance d’Adam et Eve en le péché originel.</p>
<p style="text-align: justify;"> C’est l’objet de son <strong>deuxième article</strong>. Il fonde son argument sur la parole de saint Paul: « De même que par la désobéissance d’un seul, beaucoup ont été constitués pécheurs, de même aussi, par l’obéissance d’un seul, beaucoup sont constitués justes  » (Rm 5, 19).</p>
<p style="text-align: justify;">Et le père Pègues fait de cet article un splendide commentaire :</p>
<p style="text-align: justify;">« Cette raison éclaire d’un jour magnifique toute l’histoire du genre humain. On peut dire du genre humain, dans la suite de son histoire, que tout s’y ramène à une question de vie et de mort, rattachée elle-même à une question d’obéissance et de désobéissance. Dieu avait créé l’homme, pouvant cependant être mortel de sa nature, dans un état de vie qui ne connaissait point la mort ; mais à une condition : qu’il observerait un précepte, d’ailleurs très facile que Dieu lui donnait pour marquer sa dépendance à l’endroit du Créateur. Il était du reste, expressément averti que s’il désobéissait, il mourrait de mort. L’homme eut le malheur de ne point tenir compte de cette défense et de cette menace. Emporté par un mouvement d’orgueil, à la suggestion du Tentateur perfide, il désobéit à Dieu. Aussitôt le privilège de vie immortelle, accordée par Dieu à la nature humaine dans la personne du premier homme lui fut enlevé. Pour toujours désormais, la mort devait régner dans le genre humain déchu. Mais Dieu, dans sa miséricorde, allait tout restaurer en vue d’un triomphe éblouissant sur la mort et sur le démon, qui en était le premier auteur. Il allait créer l’Homme Nouveau, par lequel Il remporterait sa victoire. Le démon avait vaincu en amenant l’homme premier à désobéir. Dieu allait vaincre en se donnant, dans l’Homme Nouveau, <span style="text-decoration: underline;">un obéissant parfait</span>. Et, de même que la désobéissance du premier avait causé la mort en violant le précepte auquel était attaché l’immortelle vie ; de même l’Homme Nouveau restaurerait la vie en observant fidèlement et par obéissance au Chef, Dieu lui-même, Souverain maître de la mort et de la vie, <span style="text-decoration: underline;">le précepte qui lui commandait d’aller à la mort. Toute l’économie des conseils de Dieu, dans l’histoire du genre humain, tient dans ce double contraste : d’une vie immortelle perdue par une désobéissance qui méprisait le précepte de la vie ; et de cette même vie immortelle reconquise par une obéissance qui embrasserait amoureusement le précepte de la mort ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"> </span><em>Voilà, mes chers amis, une magnifique présentation du plan divin dans lequel vous êtes insérés depuis votre baptême et dans lequel vous voulez vous insérer d’une manière plus particulière encore dans votre sacerdoce futur. L’histoire que va connaître nécessairement votre sacerdoce est celle de ce conflit entre la désobéissance initiale, la désobéissance satanique, la désobéissance d’Adam et l’obéissance de Nouvel Adam, le Christ. Deux mondes s’affrontent : celui de l’obéissance à Dieu et à son Christ ; celui des la désobéissance du monde contemporain contre Dieu et son Christ. Saint Augustin, lui, parlera du conflit entre un monde  dominé par  « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu » et d’un  monde dominé par «  l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi ». Voilà ce que vous allez connaître. Il n’y a pas de milieu. Les libéraux qui ont cherché le juste milieu ont toujours porté mains fortes aux ennemis du Christ et de son Eglise. Vous avez à choisir. Ce sera votre idéal et votre noblesse. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Je pense que vous avez choisi…en venant dans ce séminaire….</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi le Christ s’est livré <span style="text-decoration: underline;">Lui-même</span> à la Passion et à la mort. Comme Dieu et comme homme, et comme Verbe incarné ou Dieu-Homme, non seulement, il n’y avait, pour Lui, aucune nécessité de souffrir ou de mourir, mais Il avait tout Pouvoir, un pouvoir absolu d’éviter la Passion et la mort. Toutefois Il a voulu les subir. <span style="text-decoration: underline;">Et c’est parce qu’Il a voulu les subir qu’en effet la Passion et la mort l’ont atteint.</span><strong> </strong><span style="text-decoration: underline;">D’où il résulte qu’en toute vérité Il s’est sacrifié lui-même</span> ; ce qui est la raison de son sacerdoce. Or il l’a fait par obéissance, pour accomplir ce qu’Il savait être une pensée arrêtée dans les conseils de Dieu son Père, une volonté ferme portant sur un dessein qui devait montrer en pleine lumière la sagesse, la bonté , la puissance infinie de Dieu dans l’économie de son Œuvre par excellence : la restauration, par la mort volontaire de son Fils surla Croix, de l’œuvre ruinée au début du genre humain par la désobéissance du premier homme détachant de l’arbre du Paradis terrestre, à l’instigation du Démon, le fruit défendu.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce qu’exprime bien <em>Nostra Aetate</em> dans son § 6 : <em>« D’ailleurs, comme l’Église l’a toujours tenu et comme elle le tient encore, le Christ, en vertu de son immense amour, s’est soumis volontairement à la Passion et à la mort à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de toute grâce ».</em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Le Père a-t-il livré à la Passion son Fils ? C’est l’article 3</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Mais alors cette volonté formelle du Père accomplie volontairement et par obéissance par le Fils, permettrait-elle de dire, en toute vérité, que le Père a livré Lui-même son Fils à la Passionet à la mort ? La question est d’une portée extrême pour la parfaite intelligence du langage biblique et chrétien dans le grand mystère de la Rédemption.</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Thomas va la résoudre à <strong>l’article 3</strong> où il se pose la question : « Est-ce le Père qui a livré le Christ àla Passion ? Il semblerait que non puisque c’est  Judas qui livra le Christ aux Juifs, les Juifs, le Christ à Pilate ; Pilate ne disait-il pas : « Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi. » et également Pilate « qui le livra pour qu’il soit crucifié  » ( Jn 19, 16). Alors qu’en est-il du Père ?</p>
<p style="text-align: justify;"> Dans cet article,  Saint Thomas rappelle d’un mot la conclusion de l’article précédent et en tire tout de suite une triple preuve pour établir la conclusion du présent article : « Nous l’avons montré à l’article précédent: le Christ a souffert volontairement, par obéissance à son Père. Aussi Dieu le Père a  livré le Christ à la passion de trois façons :</p>
<p style="text-align: justify;">1° Selon sa volonté éternelle, il a ordonné par avance la passion du Christ à la libération du genre humain, selon cette prophétie d’Isaïe (53, 6): « Le Seigneur a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. » Et il ajoute: « Le Seigneur a voulu le broyer par la souffrance. »</p>
<p style="text-align: justify;"> <em>N’oubliez toujours pas le plan divin de salut. N’oubliez toujours pas le Livre 12 de l’Apocalypse de saint Jean….</em></p>
<p style="text-align: justify;"> 2° Il lui a inspiré la volonté de souffrir pour nous, en infusant en lui la charité. Aussi Isaïe ajoute-t-il  « Il s’est livré en sacrifice parce qu’il l’a voulu. »</p>
<p style="text-align: justify;"> 3° Il ne l’a pas mis à l’abri de la passion, mais il l’a abandonné à ses persécuteurs. C’est pourquoi il est écrit (Mt 27, 46) que, sur la croix, le Christ disait: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?  » Parce que, remarque S. Augustin, Dieu a abandonné le Christ à ses persécuteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi  le Père a livré le Christ à sa Passion en lui inspirant la volonté de souffrir pour nous.</p>
<p style="text-align: justify;">Et Saint Thomas conclut cet article par une phrase capitale : « Par là on constate tout d’abord la <strong>sévérité</strong> de Dieu qui n’a pas voulu remettre le péché sans châtiment, ce que souligne l’Apôtre (Rm 8, 32): « Il n’a pas épargné son propre Fils » ; et sa <strong>bonté</strong> en ce que l’homme ne pouvant pas satisfaire en souffrant n’importe quel châtiment, il lui a donné quelqu’un qui satisferait pour lui, ce que l’Apôtre a souligné ainsi: « Il l’a livré pour nous tous. » Et il dit (Rm 3, 25): « Lui dont Dieu a fait notre propitiation par son sang. »</p>
<p style="text-align: justify;"> Il faut donc dire, en toute vérité, que Dieu le Père a livré son Fils à la Passionet à la mort. Jamais, en effet , le Christ n’eut connu la Passionet la mort si Dieu le Père n’en avait disposé ainsi dans ses conseils éternels, en vue du salut du genre humain : <strong><span style="text-decoration: underline;">non pas que Lui-même ait infligé la mort au Christ, pas plus que le Christ ne se l’est donné Lui-même</span></strong> ; mais Il avait dans son infinie justice, dans sa sagesse et sa miséricorde statué qu’Il inspirerait au Christ, par amour pour nous, la volonté de ne point repousser, comme Il en aurait le droit et le pouvoir, les mauvais traitements et la mort <strong>que lui infligeront des hommes pervers</strong> ; d’accepter même tout cela avec une sorte de saint empressement <strong><span style="text-decoration: underline;">pour que fussent manifestés les infinis trésors de bonté contenus en Dieu et dans son Christ</span></strong>. Le Christ a donc été livré par Dieu son Père et Il s’est livré Lui-même <strong><span style="text-decoration: underline;">pour des raisons d’infinie sagesse</span></strong> »</p>
<p style="text-align: justify;"> Ce qui n’est pas le cas et de Judas, des Juifs et de Pilate. Et de fait qu’en est-il de Judas, des juifs et des Romains</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"> <strong>Alors qu’en est-il de Judas, des Juifs, de Pilate ? des Juifs et des Gentils ? L’ont-ils livré à la Passion ou pas ? </strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Je poursuis cette étude par simple curiosité intellectuelle, la question et la réponse n’étant pas essentielles à notre sujet de retraite : </em></p>
<p style="text-align: justify;"> Saint Thomas n’exclut pas leur responsabilité en la Passiondu Christ :« La même action se juge diversement, en bien ou en mal, suivant la racine dont elle procède. En effet, le Père a livré le Christ et le Christ s’est livré lui-même, <strong>par amour,</strong> et on les en loue. Mais <strong>Judas</strong> a livré le Christ <strong>par cupidité</strong>, les <strong>Juifs</strong> par <strong>envie</strong>, Pilate par <strong>crainte ambitieuse</strong> envers César, et c’est pourquoi on les blâme ».</p>
<p style="text-align: justify;">(Voilà ce qu’aurait du rappeler <em>Nostra Aetate</em>, ce qu’il n’a pas fait).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Alors Saint Thomas va revenir sur le rôle et de Judas et des Juifs, du peuple et des anciens  et de Pilate…Et tout d’abord sur le rôle de Pilate et plus généralement sur le rôle des Gentils</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi dans l’exécution de ce conseil divin, convenait-il que les Gentils eussent une part, la part même décisive – le crucifier -  de telle sorte que ce serait eux qui condamneraient à mort et exécuteraient la sentence ? Il semble, au contraire, qu’ils n’y auraient du avoir aucune part. ?</p>
<p style="text-align: justify;"> Saint Thomas considère la question suivante  dans <strong>son article 4</strong>: « Convenait-il que le Christ souffre de la part des païens »?  Il répond en faisant un  parallèle entre les circonstances de la passion du Christ et les effets de cette même Passion. Il dit :</p>
<p style="text-align: justify;">« Les circonstances mêmes de la passion du Christ ont préfiguré l’effet de celle-ci. D’abord, elle a eu un effet salutaire sur les Juifs, dont beaucoup furent baptisés, d’après les Actes (2, 41 et 4, 42), dans la mort du Christ. Mais ensuite, par la prédication des Juifs, ( juif, saint Pierre, juif , saint Paul…) l’effet de la passion du Christ est passé aux païens. Et c’est pourquoi il convenait que le Christ commence à souffrir de la part des Juifs, et ensuite, les juifs le livrant aux païens, que sa passion soit achevée par ceux-ci ».</p>
<p style="text-align: justify;">Résumons la pensée de saint Thomas : « Il convenait que les auteurs de la mort du Christ fussent, en premier lieu, les Juifs prévaricateurs ; et, en second lieu, les païens eux-mêmes, à l’instigation des Juifs : parce que, en fait, les Juifs, qui pourtant étaient les premiers à vouloir, par haine, la mort du Christ, avaient perdu leur indépendance politique et, par suite, le droit de vie et de mort qui est la prérogative de la souveraineté. D’ailleurs l’ordre même des effets dela Passiondu Christ qui devaient se communiquer d’abord aux Juifs et ensuite aux païens, demandait qu’un ordre semblable se retrouvât dans le mode dela Passiondu Christ ».</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong> Mais quelle est la part de responsabilité des uns et des autres, des Gentils et des Juifs, des « grands du peuple » et du petit peuple » dans cette Passion et cet mort du Christ ? Devons-nous supposer qu’ils connurent Celui qu’ils poursuivaient ainsi, qu’ils condamnaient et qu’ils frappaient. C’est la question même de la responsabilité des auteurs du déicide. Saint Thomas va le résoudre à l’article 5 : « Les meurtriers du Christ l’ont-ils connu »?</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il semble bien que les persécuteurs du Christ, les Juifs, le connurent:</strong></p>
<p style="text-align: justify;"> 1. D’après S. Matthieu (21, 38)  «  Les vignerons, en le voyant, dirent entre eux « Voici l’héritier, venez, tuons-le. » S. Jérôme commente: « Par ces paroles, le Seigneur prouve clairement que les chefs des juifs ont crucifié le Fils de Dieu non par ignorance, mais par envie. Car ils ont compris qu’il est celui à qui le Père avait dit par le prophète (Ps 2, 8): « Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage. » Il semble donc qu’ils ont connu qu’il était le Christ, ou le Fils de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"> 2. Le Seigneur dit (Jn 15, 24): « Maintenant ils ont vu, et ils nous haïssent, moi et mon Père. » Or, ce qu’on voit, on le connaît clairement. Donc, les Juifs connaissant le Christ, c’est par haine qu’ils lui ont infligé la passion.</p>
<p style="text-align: justify;"> 3. On lit dans un sermon du concile d’Éphèse : « Celui qui déchire une lettre impériale est traité comme s’il déchirait la parole de l’empereur et condamné à mort. Ainsi le juif qui a crucifié celui qu’il voyait sera châtié comme s’il avait osé s’attaquer au Dieu Verbe lui-même. » Il n’en serait pas ainsi s’ils n’avaient pas su qu’il était le Fils de Dieu, parce que leur ignorance les aurait excusés. Il apparaît donc que les Juifs qui ont crucifié le Christ ont su qu’il est le Fils de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cependant: il y a la parole de S. Paul (1 Co 2, 8): « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire », et celle-ci de S. Pierre aux Juifs (Ac 3, 17): « je sais que vous avez agi par ignorance, comme vos chefs  » et le Seigneur sur la croix demande (Lc 23, 34): « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(On voit à la lecture de tous ces textes combien délicate est la question posée. Elle est au cœur de la « problématique » de la pensée de Jules Isaac et de ses 18 questions qui influença tellement le Concile Vatican II dans Nosta aetate.)</p>
<p style="text-align: justify;"> Saint Thomas, pour résoudre ce problème, va établir une distinction de la plus haute importance. Il nous avertit que « parmi les Juifs, les uns étaient les notables ou les Grands ; et les « autres » constituent la multitude et la foule ou les « petits »</p>
<p style="text-align: justify;">Chez les Juifs, il y avait les grands et les petits.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les grands,</strong> qui étaient leurs chefs, ont su « qu’il était le Messie promis dans la loi; car ils voyaient en lui tous les signes annoncés par les prophètes; mais ils ignoraient le mystère de sa divinité ». Et c’est pourquoi S. Paul dit: « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire. »</p>
<p style="text-align: justify;"> Mais pour autant <strong>leur ignorance n’excusait pas leur crime</strong>, puisque c’était en quelque manière <strong><span style="text-decoration: underline;">une ignorance volontaire</span> (affectata).</strong> En effet, ils voyaient les signes évidents de sa divinité; <strong>mais par haine et jalousie, ils les prenaient en mauvaise part, et ils refusèrent de croire aux paroles par lesquelles il se révélait comme le Fils de Dieu</strong>. Aussi dit-il lui-même à leur sujet (Jn 15, 22): « Si je n’étais pas venu, et si je ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. » Et il ajoute: « Si je n’avais fait parmi eux les oeuvres que personne d’autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché. » On peut donc leur appliquer ce texte (Job 21, 14): <strong>« Ils ont dit à Dieu: « Éloigne-toi de nous, nous ne voulons pas connaître tes chemins ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le Père Pègues commente ainsi ce passage de Saint Thomas : « On remarquera cette doctrine si ferme de saint Thomas sur <strong>le caractère d’évidence </strong>que portaient les signes ou les miracles faits par le Christ devant les Juifs cultivés et instruits ; <strong>de telle sorte que ceux qui n’en ont pas conclu qu’Il était vraiment Dieu et le Fils de Dieu sont inexcusables</strong> : <strong>seule leur volonté mauvaise en fut la cause</strong>. Ces mêmes miracles, et dans des conditions encore plus convaincantes si l’on peut ainsi dire, sont rapportés dans les quatre Evangiles. Il n’est pas un esprit cultivé ou instruit qui ne puisse les connaître et les reconnaître. Si donc ceux-là qui le peuvent ne les connaissent pas ou ne les reconnaissent pas, et que, par ce motif, ils ne viennent pas au Christ par une foi pleine et aimante, <strong>ce sera pour une raison de mal ou de disposition mauvaise dans leur volonté ; et, par suite, eux non plus n’auront pas d’excuse pour leur péché de n’être point venus au Christ</strong> ».</p>
<p style="text-align: justify;"> L’on voit ainsi combien est fausse la position de Jules Isaac. Ils n’ont pas connu le Christ comme Fils de Dieu parce qu’ils ne voulurent pas le reconnaître. Tous ses faits et gestes montraient  à l’évidence sa Messianité, sa divinité. <strong>Ils sont donc inexcusables dans leur aveuglement ou leur ignorance. Comme le dit Saint Thomas. Les « grands » du peuple Juif sont coupables d’une <span style="text-decoration: underline;">ignorance volontaire.</span> Elle ne peut les excuser dans la Passion du Christ.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme le dit encore saint Thomas : « <strong>L’ignorance volontaire</strong> <strong>n’excuse pas la faute, mais l’aggrave plutôt; car elle prouve que l’on veut si violemment accomplir le péché que l’on préfère demeurer dans l’ignorance pour ne pas éviter le péché, et c’est pourquoi les Juifs ont péché comme ayant crucifié le Christ non seulement comme homme, mais comme Dieu ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ils ont donc toute la responsabilité du déicide. Ils l’ont, parce qu’ils pouvaient, parce qu’ils devaient savoir que Celui qu’ils vouaient au crucifiement était vraiment Dieu Lui-même, le Fils de Dieu en Personne ; qu’ils n’ont pas pu ne pas s’avouer qu’il en était ainsi, mais qu’ils ont détourné volontairement leur esprit de ce qui, dans cette vérité, les aurait contraints d’abdiquer devant le Christ et de se faire ses disciples. Ils ont même entraîné, dans la responsabilité du même déicide, la foule qu’ils ont rendue participante de leur crime<strong>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi est fausse l’opinion de Jules Isaac voulant exempter les Juifs, « les grands » de la moindre responsabilité dansla Passionet la mort du Christ.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quant aux petits,</strong> c’est-à-dire les gens du peuple, qui ne connaissaient pas les mystères de l’Écriture, ils ne connurent pleinement ni qu’il était le Messie, ni qu’il était le Fils de Dieu. Car bien que quelques-uns aient cru en lui, la multitude n’a pas cru. Parfois elle se demandait si Jésus n’était pas le Messie, à cause de ses nombreux miracles et de l’autorité de son enseignement, comme on le voit chez S. Jean (7, 31). Mais ces gens furent ensuite trompés par leurs chefs au point qu’ils ne croyaient plus ni qu’il soit le Fils de Dieu ni qu’il soit le Messie. Aussi Pierre leur dit-il: « je sais que vous avez agi par ignorance, comme vos chefs »; c’est-à-dire « que ceux-ci les avaient trompés».</p>
<p style="text-align: justify;">« Ici encore, dit le Père Pègues, on aura remarqué ce tableau si vrai de l’inaptitude de la foule, comme telle, à saisir, par elle seule, les profondeurs cachées de la doctrine ; et sa facilité à être trompée et égarée par les <strong>conducteurs pervers,</strong> même lorsque sa droiture naturelle l’aurait d’abord portée à se rendre aux signes éclatants plus particulièrement faits pour la convaincre. Sa responsabilité sera donc moindre, <strong>et nul doute que Dieu ne soit plus pitoyable aux petits qu’aux « grands », en pareil cas.</strong> Il n’en faudrait pas conclure pour autant que toute responsabilité disparaît et que les « petits » égarés par les « grands » seront excusés de tout péché par le fait même. Quelque difficulté qu’il y ait en effet pour la multitude de se conduire par elle-même, surtout quand il s’agit d’une multitude plus éloignée de ce qui constitue, à des degrés divers, la culture de l’esprit, il n’en demeure pas moins que <strong>tout être humain ayant l’usage de la raison est à même, absolument parlant, de reconnaître les signes de la vérité,</strong> selon que Dieu, dans sa Providence, les met, d’une manière au moins suffisante à sa portée, en utilisant les lumières indéfectibles du bon sens et les sentiments premiers de l’équité naturelle<strong>. Aussi bien voyons nous que la multitude du peuple juif n’a pas</strong> <strong>été indemne aux yeux de la justice divine, et que non seulement les chefs qui l’avaient égaré, mais aussi le peuple qui avait suivi ses chefs, ont tous été châtiés pour le crime de déicide.</strong> »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cela nous amène à mesurer la gravité du crime commis par ceux qui se rendirent coupables de la mort du Christ sur la Croix. Faut-ildire que ce crime a été de tous le plus grave ? Saint Thomas nous répond à <strong>l’article 6</strong> intitulé : « Le péché des meurtriers du Christ</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Est-il ou non le plus grave des péchés ?</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Comme on peut s’y attendre, Saint Thomas va distinguer la gravité de la faute chez les « grands » et chez les « petits ». Il parlera ensuite de la faute des « romains », des païens.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà le principe de la réponse thomiste : <span style="text-decoration: underline;">La faute de tous est proportionnée à la connaissance que les uns et les autres ont du Christ</span>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Pour les Grands</strong> : « Nous l’avons dit à l’article précédent, les chefs des juifs ont connu le Christ, et <span style="text-decoration: underline;">s’il y a eu chez eux de l’ignorance, elle fut volontaire et ne peut les excuser. </span>C’est pourquoi leur péché fut le plus grave, que l’on considère le genre de leur péché ou la malice de leur volonté ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Quant aux  « petits</strong> », aux gens du peuple, ils ont péché très gravement, si l’on regarde le genre de leur péché, mais celui-ci est atténué quelque peu à cause de leur ignorance. Aussi sur la parole: « Ils ne savent pas ce qu’ils font », Bède nous dit: « Le Christ prie pour ceux qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient, ayant le zèle de Dieu, mais dépourvus de connaissance. »</p>
<p style="text-align: justify;"> Beaucoup plus excusable fut <strong>le péché des païens</strong> qui l’ont crucifié de leurs mains, parce qu’ils n’avaient pas la science de la loi.</p>
<p style="text-align: justify;"> Mais si on peut mettre une « hiérarchie » dans la faute de tous ces gens, il faut dire, avec Saint Thomas : « Judas a livré le Christ non à Pilate mais aux chefs des prêtres, qui le livrèrent à Pilate selon cette parole (Jn 18, 35): « Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi. » Cependant le péché de tous ces gens fut plus grave que celui de Pilate qui tua le Christ par peur de César; et il fut plus grand que celui des soldats qui crucifièrent le Christ sur l’ordre de leurs chefs, non par cupidité comme Judas, ni par envie et par haine comme les chefs des prêtres ».</p>
<p style="text-align: justify;">Conclusion :</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi si nous voulions résumer la pensée de saint Thomas dans cette difficile question de la cause efficiente dela Passionet de la mort du Christ, on pourrait dire : « Si la Passiondu Christ a eu lieu, c’est, à n’en pas douter parce que Lui-même l’a voulu. Et il ne l’a voulu Lui-même qu’en union de volonté parfaite avec la volonté du Père dont l’infinie sagesse avait renfermée dans ce mystère ses plus riches trésors : la justice et la miséricorde. Mais les exécuteurs humains de ce plan divin qui furent les Juifs et les Gentils, ne sauraient bénéficier de la sagesse des conseils de Dieu. C’est par une volonté perverse de leur part qu’ils ont poursuivi le Christ et l’ont conduit à la mort. La perversité de cette volonté n’a pas été la même pour tous. Car tous n’étaient pas éclairés d’une égale lumière au sujet du Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">Les premiers responsables, et, partant, les plus coupables, furent les principaux parmi les Juifs, les chefs du peuple, ceux qui avaient en leurs mains le dépôt des Ecritures. Ils auraient pu et ils devaient reconnaître le Christ dans la Personnede Jésus. <span style="text-decoration: underline;">Mais par jalousie et par haine, ils éteignirent sciemment la lumière qui leur était donnée avec surabondance.</span> Leur crime est sans excuse. Il est le plus grand qui n’ait été jamais commis parmi les hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">Le peuple juif, égaré et trompé par eux, a eu sa responsabilité diminuée en raison de la part d’involontaire qu’il a pu y avoir dans son ignorance.</p>
<p style="text-align: justify;"> Il en fut de même et dans une mesure plus grande encore pour les païens, ignorants les choses dela Loi, qui coopérèrent au crime du déicide. Tous furent coupables ; mais bien moins que les Juifs ; et, à des degrés divers selon le degré de leur culture ou de leur indépendance. »</p>
<p style="text-align: justify;"> Voilà la doctrine de Saint Thomas sur le problème de la cause efficiente dela Passionet de la mort du Christ et donc sur les « intervenants » dans cette mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fut la doctrine de l’Eglise jusqu’à Pie XII.</p>
<p style="text-align: justify;"> (NB : Sans épouser toutes les thèses de Jules Isaac sur ce sujet précis, « <em>Nostra aetate</em> » exprima la doctrine catholique d’une manière équivoque, avec « peur et tremblement », et tout particulièrement sur  les responsables du peuple juif dansla Passion et de la mort de NSJC.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dire seulement que « </strong><em>les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Evangile, et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion</em> », sans rien de plus, est très faible. Et frise l’erreur, la malhonnête intellectuelle. Pour saint Thomas, les « grands » du peuple ont une responsabilité totale en raison de leur volonté perverse refusant l’évidence des signes proposés par le Christ, confirmant les Ecritures. Il est, à mon avis, nécessaire de changer ce passage de <em>Nostra Aetate </em>en s’inspirant de la doctrine de saint Thomas. Il ne correspond pas à la vérité. Le Rabbin Di Segni demande au pape Benoît XVI de choisir : ou « les lefebvristes ou nous », « <em>ou l’acceptation des ouvertures du Concile Vatican II sur le judaïsme ou les lefebvristes ».</em>  Il oublie le seul point, l’essentiel : la vérité.  « Les grands des Juifs, les rabbins, ont ignoré les Christ. Mais leur ignorance n’excusait pas leur crime, puisque c’était en quelque manière une ignorance volontaire (affectata). Ils voyaient les signes évidents de sa divinité, de sa messianité; mais par haine et jalousie, ils les prenaient en mauvaise part, et ils refusèrent de croire aux paroles par lesquelles il se révélait comme le Fils de Dieu ».</p>
<p style="text-align: justify;">Telle est l’aveuglement des Juifs. Retenons que Saint Thomas parle d’ignorance « volontaire ( affectata)». Là est le grand mystère d’Israël. Voilà ce que la déclaration conciliaire devait préciser et n’a pas précisé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le plus grand mystère d’Israël ! Comment un peuple qui avait été préparé par Dieu pendant plus de deux mille ans à accueillir le Messie, le Fils de Dieu, a-t-il pu ne pas le reconnaître ? Comment les grands prêtres et les Juifs de Jérusalem ont-il pu le faire mourir d’une mort infâme, en le crucifiant ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Nostra Aetate</em></strong><strong> dit aussi</strong><strong> </strong> <em>« Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé (en latin : urserunt)à la mort du Christ ce qui a été commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. »</em></p>
<p style="text-align: justify;">Là aussi, après avoir lu l’enseignement de saint Thomas, on voit combien cet texte est vague, terne, et faible. Les pères conciliaires auraient du préciser le mot latin utilisé « <em>urgere </em>». Il fallait préciser la raison de cette opposition du peuple juif et surtout des « Grands » contre Notre Seigneur, sa nature. Souvenez-vous. Les ennemis du Christ,  &#8211; ceux qui, parmi les Juifs, ne cessèrent de le poursuivre de leur haine jusqu’au jour où ils l’eurent fait mourir sur la Croix et scellé dans son tombeau -, <strong>ils s’aveuglaient volontairement,</strong> niant ou dénaturant même l’évidence pour se donner le droit de le détester, de le poursuivre et de le perdre. C’est ce péché contre le Saint Esprit que le Christ leur reproche dans l’Evangile, et qui n’est pas autre, ici, que l’aveuglement volontaire, la perversité suprême consistant à nier l’évidence ou à dire et peut-être à finir par se persuader que cela même qu’on voit être n’est pas pour l’unique raison que la volonté perverse veut que cela ne soit pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais en disant cela, &#8211; et cela a été bien pris en compte par <em>Nostra Aetate </em> - il ne faut pas oublier la belle révélation de saint Paul de la conversion du peuple juif, à la fin des temps, de sa conversion à la messianité et à la divinité de NSJC. Il le dit aux Romains, au chapitre 11 : « « Je demande donc : ont-ils bronché afin de tomber pour toujours ? Loin de là ! Mais par leur chute, le salut est arrivé aux nations de manière à exciter la jalousie d’Israël. Or, si la chute a été la richesse du monde et leur amoindrissement la richesse des nations, que ne sera pas leur plénitude !…Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration sinon une résurrection d’entre les morts ! Si toi (habitants des nations) tu as été coupé sur un olivier de nature sauvage et enté, contrairement à ta nature, sur l’olivier franc, à plus forte raison les branches naturelles seront-elles entées sur leur propre olivier » (Rm X1)</p>
<p style="text-align: justify;">Telle sera la conversion d’Israël. Le mystère d’Israël est grand. Mais faut-il encore le leur prêcher, le leur annoncer et ne pas en rester au simple droit naturel, aux dix commandements. <em>Il faut que leurs yeux s’ouvrent au Mystère du Christ. </em>« Il y a ici plus que Moïse » disait Jésus aux Juifs…</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>


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		<title>Le drame de la fin des temps</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Jan 2011 09:28:22 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/3242/%c2%ab-et-vous-qui-dites-vous-que-je-suis/' rel='bookmark' title='Permanent Link: « Et vous, qui dites-vous que je suis ?'>« Et vous, qui dites-vous que je suis ?</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/4385/le-drame-de-la-fin-des-temps-2/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le drame de la fin des temps'>Le drame de la fin des temps</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/1566/un-salut-universel/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Un salut  universel'>Un salut  universel</a></li>
</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong><span style="color: #cc0000;">Le drame de la fin des temps</span></strong></p></blockquote>
<p><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2011/01/Le-Père-Emmanuel.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-4355" title="Le Père Emmanuel" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2011/01/Le-Père-Emmanuel.jpg" alt="" width="181" height="278" /></a>par le P. Emmanuel</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Un lecteur et ami de Belgique m&#8217; a fait connaître tout récemment cette très belle étude du P. Emmanuel, &laquo;&nbsp;Le drame de la fin des tempse&nbsp;&raquo;.  Je m&#8217;empresse de la mettre sur le site Item pour ses lecteurs.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Article extrait de la revue « Itinéraires » n° 289, 290 et 292 de 1985</p>
<p style="text-align: justify;">Ces articles reprennent une suite d’articles publiés dans le bulletin N-D de la Sainte Espérance</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Premier article (mars 1885) </strong></p>
<p style="text-align: justify;">I. – Nous avons considéré l’Église dans le passé et dans le présent ; il nous reste à la contempler dans l’avenir.</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu a voulu que les destinées de l’Église de son Fils unique fussent tracées d’avance dans les Écritures, comme l’avaient été celles de son Fils lui-même ; c’est là que nous irons chercher les documents de notre travail.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Église, devant être en tout semblable à Notre Seigneur, subira, avant la fin du monde, une épreuve suprême qui sera une vraie Passion. Ce sont les détails de cette Passion, en laquelle l’Église fera voir toute l’immensité de son amour pour son divin Époux, qui se trouvent consignés dans les écrits inspirés de l’Ancien Testament et du Nouveau. Nous les ferons passer sous les yeux de nos lecteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’avons l’intention d’épouvanter personne, en trai­tant un semblable sujet. Nous dirons plus : il nous semble renfermer, à côté de grands enseignements, de grandes conso­lations.</p>
<p style="text-align: justify;">II. – C’est assurément un triste spectacle que de voir l’huma­nité, séduite et affolée par l’esprit du mal, tenter d’étouffer et d’anéantir l’Église sa mère et sa tutrice divine. Mais de ce spectacle sort une lumière qui nous fait apparaître l’histoire tout entière sous son vrai jour.</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme s’agite sur la terre ; mais il est mené par des puissances qui ne sont pas de la terre. A la surface de l’his­toire, l’œil saisit des bouleversements d’empires, des civilisa­tions qui se font et qui se défont. En dessous, la foi nous fait suivre le grand antagonisme entre Satan et Notre Sei­gneur ; elle nous fait assister aux ruses et aux violences de l’Esprit immonde, pour rentrer dans la maison de laquelle l’a expulsé Jésus-Christ. A la fin, il y rentrera, et il voudra éliminer Notre Seigneur. Alors les voiles seront déchirés, le surnaturel éclatera partout ; il n’y aura plus de politique proprement dite ; un drame exclusivement religieux se déve­loppera et enveloppera l’univers entier.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut se demander pourquoi les péripéties de ce drame sont décrites si minutieusement par les écrivains sacrés, alors qu’il n’occupera que peu d’années ? C’est qu’il sera la conclu­sion de toute l’histoire de l’Église et du genre humain ; c’est qu’il fera ressortir, avec un éclat suprême, le caractère divin de l’Église.</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes ces prophéties ont d’ailleurs pour but incontesta­ble de fortifier l’âme des croyants dans les jours de la grande épreuve. Toutes les secousses, toutes les épouvantes, toutes les séductions qui viendront les assaillir, ayant été si exactement prédites, formeront autant d’arguments en faveur de la foi combattue et proscrite. Elle s’affermira en eux, précisément par ce qui devrait la détruire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais nous avons nous-mêmes de grands fruits à retirer de la considération de ces événements étranges et redouta­bles. Après en avoir parlé, Notre Seigneur dit à ses disciples : Veillez donc et priez, pour que vous soyez trouvés dignes de fuir ces choses qui surviendront dans (avenir, et de vous tenir debout en présence du Fils de l’homme. (Luc, XXI, 36.)</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi donc, l’annonce de ces événements est un solennel avertissement donné au monde : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. (Matt., XXVI, 41.)</p>
<p style="text-align: justify;">Vous ne savez pas quand ces choses arriveront : veillez et priez, pour ne pas être surpris.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous savez que dès maintenant la séduction agit sur les âmes, que le mystère d’iniquité fait son œuvre, que la foi est réputée un opprobre (s. Grég.) ; veillez et priez, pour conser­ver la foi.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici l’heure de la nuit, l’heure de la puissance des ténè­bres : veillez afin que votre lampe ne s’éteigne pas, priez afin que l’engourdissement et le sommeil ne vous gagnent pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais plutôt levez vos têtes vers le ciel ; car l’heure de la rédemption approche, car les premières lueurs de l’aube blanchissent déjà la nuit. (Luc, XXI, 28.)</p>
<p style="text-align: justify;">III. – Après avoir parlé des enseignements, disons un mot des consolations.</p>
<p style="text-align: justify;">Jamais on n’aura vu le mal plus déchaîné ; et en même temps plus contenu dans la main de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Église, comme Notre Seigneur, sera livrée sans défense aux bourreaux qui la crucifieront dans tous ses membres ; mais il ne sera pas permis de lui briser les os, qui sont les élus, pas plus qu’à l’agneau pascal étendu sur la croix.</p>
<p style="text-align: justify;">L’épreuve sera limitée, abrégée à cause des élus ; et les élus seront sauvés ; et les élus, ce seront tous les vrais humbles.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin l’épreuve se terminera par un triomphe inouï de l’Église, comparable à une résurrection.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ces temps-là, et même parmi les préludes de la crise suprême, elle verra se convertir les restes des nations. Mais sa plus vive consolation sera le retour des juifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Les juifs se convertiront, soit avant soit durant le triom­phe de l’Église ; et saint Paul, qui annonce ce grand événe­ment, ne se tient pas de joie en en contemplant les suites.</p>
<p style="text-align: justify;">On le voit, la parole des Psaumes peut s’appliquer ici à l’Église : Suivant la multitude des afflictions qui ont rempli mon cœur, vos consolations, Seigneur, ont réjoui mon âme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Deuxième article (avril 1885) </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les signes avant-coureurs<br />
I. – La question de la fin du monde a été agitée dès l’origine de l’Église. Saint Paul avait donné sur ce sujet de précieux enseignements aux chrétiens de Thessalonique ; et comme, malgré ses instructions orales, les esprits ne laissaient pas d’être inquiétés par des prédictions et des rumeurs sans fon­dement, il leur adresse une lettre très grave pour calmer ces inquiétudes.</p>
<p style="text-align: justify;">« Nous vous en prions avec instance, leur dit-il, mes frères, ne vous laissez pas ébranler dans vos résolutions, ni effrayer légèrement, soit par quelque vision, soit par quelque bruit, soit par une lettre qu’on supposerait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était proche. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Que personne ne vous trompe en aucune façon ! Car il faut auparavant que vienne l’apostasie, et que se révèle l’homme de péché, le fils de perdition… »</p>
<p style="text-align: justify;">« Ne vous rappelez-vous pas que, tandis que j’étais auprès de vous, je vous disais ces choses ? »</p>
<p style="text-align: justify;">« Et maintenant vous savez ce qui empêche qu’il ne se révèle. Car le mystère d’iniquité fait déjà son œuvre. Que celui qui tient tienne bon, en attendant qu’il soit mis de côté. » (2 Thes., II, 1, 6.)</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi la fin du monde n’arrivera pas, sans que se révèle un homme effroyablement méchant et impie, que saint Paul qualifie en l’appelant l’homme de péché, le fils de perdition. Et celui-ci à son tour ne se manifestera qu’après une aposta­sie générale, et après la disparition d’un obstacle providentiel sur lequel l’Apôtre avait renseigné de vive voix ses fidèles.</p>
<p style="text-align: justify;">II. – De quelle apostasie saint Paul veut-il parler ? Il ne s’agit pas d’une défection partielle ; car il dit d’une manière abso­lue, l’apostasie. On ne peut l’entendre, hélas ! que de l’apos­tasie en masse des sociétés chrétiennes, qui socialement et civilement renieront leur baptême ; de la défection de ces nations que Jésus-Christ, suivant l’énergique expression de saint Paul, a rendues Con-corporelles à son Église. (Eph., III, 6.) Seule, cette apostasie rendra possible la manifestation, et la domination de l’ennemi personnel de Jésus-Christ, en un mot de l’Antéchrist.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre Seigneur a dit : Pensez-vous que le Fils de l’hom­me, à sa venue, trouvera la foi sur la terre ? (Luc, XVIII, 8.) Le divin Maître voyait la foi décliner, dans le monde vieillis­sant. Ce n’est pas que les vents du siècle puissent faire vacil­ler cet inextinguible flambeau, mais les sociétés, enivrées du bien-être matériel, le repoussent comme importun.</p>
<p style="text-align: justify;">Tournant le dos à la foi, le monde s’en va dans les ténèbres, et il devient le jouet des illusions du mensonge. Il prend pour des lumières de trompeurs météores. Il irait jus­qu’à prendre pour les premiers feux du jour les rougeurs de l’incendie.</p>
<p style="text-align: justify;">Reniant Jésus-Christ, il faut qu’il tombe bon gré mal gré dans les griffes de Satan si bien nommé le prince des ténè­bres. Il ne peut rester neutre ; il ne peut se créer une indé­pendance. Son apostasie le met directement sous la puis­sance du diable et de ses suppôts.</p>
<p style="text-align: justify;">Le docte Estius, étudiant le texte de l’Apôtre, dit que cette apostasie a commencé en Luther et en Calvin. C’est le point de départ. Depuis elle a fait un chemin effrayant. Aujourd’hui elle tend à se consommer. Elle s’appelle la Révolution, qui est l’insurrection de l’homme contre Dieu et son Christ. Elle a pour formule le laïcisme, qui est l’élimina­tion de Dieu et de son Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi que nous voyons les sociétés secrètes, inves­ties de la puissance publique, s’acharner à déchristianiser la France, en lui enlevant un à un tous les éléments surnaturels dont quinze siècles de foi l’avaient imprégnée. Ces sectaires n’ont qu’un but : sceller l’apostasie définitive, et préparer les voies à l’homme de péché.</p>
<p style="text-align: justify;">Il appartient aux chrétiens de réagir, de toutes les éner­gies dont ils disposent, contre cette œuvre abominable ; et pour cela de faire rentrer Jésus-Christ dans la vie privée et publique, dans les mœurs et dans les lois, dans l’éducation et dans l’instruction. Il y a longtemps, hélas ! qu’en tout cela Notre Seigneur n’est plus ce qu’il devrait être, à savoir tout. Il y a longtemps que règne une demi-apostasie. Com­ment par exemple, depuis que l’instruction est paganisée, aurions-nous pu former autre chose que des demi-chrétiens ?</p>
<p style="text-align: justify;">En travaillant dans le sens directement opposé à la Franc-Maçonnerie, les chrétiens retarderont l’avènement de l’hom­me de péché ; ils ménageront à l’Église la paix et l’indépendance dont elle a besoin, pour saisir et convertir le monde qui s’ouvre devant elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Toute la lutte de l’heure présente est donc concentrée là : laisserons-nous, oui ou non, nous baptisés, se consom­mer l’apostasie qui amènera à bref délai l’Antéchrist ?</p>
<p style="text-align: justify;">III. – L’Apôtre parle, en termes pour nous énigmatiques, d’un obstacle qui s’oppose à l’apparition de l’homme de péché « Que celui qui tient, dit-il, tienne bon, jusqu’à ce qu’il soit mis de côté. »</p>
<p style="text-align: justify;">Par ce tenant, les plus anciens Pères grecs et latins entendent presque unanimement l’empire romain. Conséquem­ment ils expliquent ainsi saint Paul : Tant que subsistera l’empire romain, l’Antéchrist ne paraîtra pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Des interprètes plus récents répugnent à cette glose ; ils n’admettent pas que le sort de l’Église semble lié à celui d’un empire ; mais ils cherchent vainement une autre expli­cation qui soit satisfaisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avouons ingénument que la pensée des anciens interprètes ne nous paraît pas si méprisable, pourvu que nous l’entendions avec une certaine ampleur.</p>
<p style="text-align: justify;">Remarquons que saint Paul, en annonçant aux fidèles une apostasie alors que la conversion du monde était à peine ébauchée, avait dû leur donner une vue de tout l’ave­nir de l’Église. Il leur avait fait connaître que les nations se convertiraient, qu’il se formerait des sociétés chrétiennes, puis que ces sociétés perdraient la foi. Il leur avait montré sans aucun doute l’empire romain transformé, un pouvoir chrétien surgissant à la place d’un pouvoir païen, l’autorité des Césars passant à des mains baptisées qui s’en serviraient pour étendre le royaume de Jésus-Christ. Et il avait pu dès lors ajouter : Tant que durera cet état de choses, soyez tranquilles, l’Antéchrist ne paraîtra pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sens de l’Apôtre, entendu largement, serait donc celui-ci : Tant que la domination du monde restera entre les mains baptisées de la race latine, l’ennemi de Jésus-Christ ne se montrera pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Remarquons, comme corollaire de cette interprétation, que les francs-maçons s’opposent avant tout et par-dessus tout à la restauration du pouvoir chrétien. Qu’un prince s’annonce comme chrétien, tous les moyens sont mis en œuvre pour se débarrasser de lui. C’est ce qu’il ne faut à aucun prix ([1]).</p>
<p style="text-align: justify;">Donc le pouvoir politique chrétien est ce qui empêche­rait la secte d’arriver à son but.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un autre côté, les races latines sont vouées à exercer dans le monde une influence catholique, ou bien à abdiquer. Leur mission est de servir à la diffusion de l’Évangile ; et leur existence politique est liée à cette mission. Du jour où elles y renonceraient par l’apostasie complète, elles seraient annihilées ; et l’Antéchrist, surgissant probablement en Orient, les foulerait facilement aux pieds ([2]).</p>
<p style="text-align: justify;">Ici encore il incombe aux chrétiens d’agir sur l’esprit public, de faire reprendre aux gouvernements les traditions chrétiennes, en dehors desquelles il n’y a que décadence pour les nations européennes et spécialement pour notre pauvre patrie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Troisième article (mai 1885) </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’homme de péché<br />
I. – Il est dans les choses possibles, bien que l’apostasie soit fort avancée, que les chrétiens, par un effort généreux, fas­sent reculer les meneurs de la déchristianisation à outrance, – et procurent ainsi à l’Église des jours de consolation et de paix avant la grande épreuve. Ce résultat, nous l’espérons, non pas des hommes, mais de Dieu, non tant des efforts que des prières.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cet ordre d’idées, quelques pieux auteurs attendent, après la crise présente, un triomphe de l’Église, quelque chose comme un jour des Rameaux, dans lequel cette Mère serait saluée par les longs cris d’amour des fils de Jacob, réunis aux nations dans l’unité d’une même foi. Nous nous associons volontiers à ces espérances, qui visent un fait for­mellement annoncé par les prophètes, et dont nous reparle­rons en son lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi qu’il en soit, ce triomphe, si Dieu nous l’accorde, ne sera pas de longue durée. Les ennemis de l’Église, un moment étourdis, reprendront leur œuvre satanique avec un redoublement de haine. On peut se représenter l’état de l’Église alors, comme tout semblable à l’état de Notre Sei­gneur durant les jours qui ont précédé sa Passion.</p>
<p style="text-align: justify;">Le monde sera profondément agité, comme l’était le peuple juif rassemblé pour les fêtes pascales. Il y aura des rumeurs immenses, chacun parlant de l’Église, les uns pour dire elle est divine, les autres elle ne l’est pas. Elle sera en butte aux attaques les plus insidieuses de la libre-pensée ; mais jamais elle n’aura mieux réduit au silence ses contra­dicteurs, en pulvérisant leurs sophismes.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, le monde sera mis en face de la vérité ; il sera frappé en plein visage par le rayonnement divin de l’Église mais il détournera la tête, et dira : Je n’en veux pas !</p>
<p style="text-align: justify;">Ce mépris de la vérité, cet abus des grâces amèneront la révélation de l’homme de péché. L’humanité aura voulu ce maître immonde : elle l’aura. Et par lui se produira une séduction d’iniquité, une efficace d’erreur (c’est ainsi que Bossuet traduit saint Paul) qui punira les hommes d’avoir rejeté et haï la Vérité.</p>
<p style="text-align: justify;">En parlant ainsi, nous ne faisons pas d’imagination, nous suivons l’Apôtre. D’après lui, en effet, toute séduction d’iniquité agira « sur ceux qui périssent, comme n’ayant pas reçu l’amour de la Vérité qui les eût sauvés. C’est pour cette raison que Dieu leur enverra une efficace d’erreur, afin qu’ils croient au mensonge ; et ainsi seront jugés ceux qui n’auront pas cru à la vérité, mais qui auront consenti à l’iniquité ». (2 Thes., II, 11, 12.)</p>
<p style="text-align: justify;">II. – Quand l’homme de péché paraîtra, ce sera donc, comme dit saint Paul, en son temps ; c’est-à-dire à un moment où le corps des méchants, endurci contre les traits de la grâce, rendu compact et intraitable par l’obstination de sa malice, réclamera cette tête.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle surgira, et Satan fera éclater en elle toute l’étendue de sa haine contre Dieu et les hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme de péché, l’Antéchrist, sera un homme, un simple voyageur vers l’éternité. Quelques auteurs ont soup­çonné en lui une incarnation du démon ; cette imagination est sans fondement. Le diable n’a pas la puissance de pren­dre et de s’unir la nature humaine, de singer l’adorable mys­tère de l’Incarnation du Verbe.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Pères pensent unanimement qu’il sera juif d’origine. Ils ajoutent même qu’il sera de la tribu de Dan, se fondant sur ce que cette tribu n’est pas nommée dans l’Apocalypse comme fournissant des élus au Seigneur. Saint Augustin fait écho à cette tradition, dans son livre des Questions sur Josué. Elle est rendue fort vraisemblable par ce fait que la franc-maçonnerie est d’origine juive, que les juifs en tien­nent les fils dans le monde entier ; ce qui donne à croire que le chef de l’empire antichrétien sera un juif. Les juifs, d’ailleurs qui ne veulent pas reconnaître Jésus-Christ, atten­dent toujours leur Messie. Notre Seigneur leur disait : Je suis venu au nom de mon Père et vous ne me recevez pas : si un autre vient en son nom propre, vous le recevrez. (Joan., V, 43.) Par cet autre, les Pères entendent communément l’Antéchrist.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoique l’Antéchrist soit nommé l’homme de péché, le fils de perdition, il ne faut pas croire qu’il sera voué au mal, comme fatalement et irrémissiblement. Il recevra des grâces, il connaîtra la vérité, il aura un ange gardien. Il sera mis en voie de parvenir au salut, il ne se perdra que par sa faute. Toutefois saint Jean Damascène n’hésite pas à dire qu’il sera, dès sa naissance impure, tout imprégné des souffles de Satan. Et il est à croire que, dès l’âge de raison, il entrera en rapports si constants et si étroits avec l’esprit des ténè­bres, il se portera au mal avec une telle opiniâtreté, qu’il ne laissera pénétrer dans son âme aucune lumière surnaturelle, aucune grâce d’en haut. Il restera immuablement rebelle à tout bien.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce qui lui vaudra le nom d’homme de péché. Il poussera le péché à son comble, en ne faisant de toute sa vie qu’un long acte de révolte contre Dieu ; par cette cons­tante application au mal, il atteindra un raffinement d’im­piété auquel aucun homme n’est jamais parvenu.</p>
<p style="text-align: justify;">La qualification de fils de perdition, qui lui est commune avec Judas, veut dire que sa perte éternelle est prévue de Dieu, voulue de Dieu, en punition de son épouvantable malice, à ce point qu’elle est inscrite dans les Écritures et comme enregistrée d’avance. Il est probable – et c’est la pensée de saint Grégoire – que le monstre connaîtra, à une lumière sortie des gouffres de l’enfer, le sort qui l’attend, qu’il renoncera à toute espérance pour haïr Dieu plus à son aise, qu’il se fixera dès cette vie dans l’irrémédiable obstina­tion des damnés. Et il réalisera ainsi le nom terrible de fils de perdition.</p>
<p style="text-align: justify;">Il sera de la sorte vraiment l’Antéchrist, à savoir l’anti­pode de Notre Seigneur. Jésus-Christ était élevé au-dessus des atteintes du péché ; lui se mettra en dehors des atteintes de la grâce, par un abandon de tout son être à l’esprit du mal. Jésus-Christ se portait à son Père de tous les élans d’une nature divinisée et soustraite aux influences mauvai­ses : lui se portera au mal de tous les élans d’une nature profondément viciée et qui renoncera même à l’espérance.</p>
<p style="text-align: justify;">III. – Étant ainsi diamétralement opposé à Notre Seigneur, il fera des œuvres en opposition directe avec les siennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Il sera pour Satan un organe de choix, un instrument de prédilection.</p>
<p style="text-align: justify;">De même que Dieu, envoyant son Fils au monde, l’a revêtu de la puissance de faire des miracles, et même de rendre la vie aux morts, ainsi Satan, passant un pacte avec l’homme de péché, lui communiquera le pouvoir de faire de faux miracles. C’est pourquoi saint Paul dit que « son avè­nement aura lieu suivant l’opération de Satan, avec déploie­ment de puissance, de signes et de prodiges menteurs ». Notre Seigneur n’a fait que des miracles de bonté, il a refusé de faire des prodiges de pure ostentation ; l’Antéchrist s’y com­plaira, et les peuples, par un juste jugement de Dieu, se lais­seront prendre à ses jongleries.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est clair, d’après ce qui précède, que l’Antéchrist se présentera au monde comme le type le plus complet de ces faux prophètes qui fanatisent les masses, et qui les entraî­nent à tous les excès sous le prétexte d’une réforme reli­gieuse. A ce point de vue, Mahomet semble être son vrai précurseur. Mais il le dépassera immédiatement en scéléra­tesse, en habileté, comme aussi par la plénitude de son pou­voir satanique.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous étudierons dans un prochain article les origines et les développements de sa puissance, ainsi que les phases de la guerre d’extermination qu’il déchaînera contre l’Église de Jésus-Christ.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quatrième article (juin 1885</strong>)</p>
<p style="text-align: justify;">L’Empire de l’Antéchrist &#8211; Vision du prophète Daniel<br />
I. – Une nuit, le prophète Daniel eut une vision formidable. Tandis que les quatre vents du ciel se combattaient sur une vaste mer, il vit surgir du milieu des flots, quatre bêtes monstrueuses.</p>
<p style="text-align: justify;">C’étaient une lionne, un ours, un léopard à quatre têtes, puis je ne sais quel monstre d’une force prodigieuse, ayant des dents et des ongles de fer, et dix cornes sur le front.</p>
<p style="text-align: justify;">Il fut révélé au prophète que ces quatre bêtes signifiaient quatre empires qui s’élèveraient successivement sur les flots mouvants de l’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, tandis que Daniel considérait avec épouvante la qua­trième bête, il vit une petite corne naître au milieu des dix autres, en abattre trois, et grandir par-dessus toutes ; et cette corne avait comme des yeux d’homme, et une bouche qui tenait de grands discours ; et elle faisait la guerre aux saints du Très-Haut, et elle l’emportait sur eux.</p>
<p style="text-align: justify;">Le prophète demanda le sens de cette vision étrange. Il lui fut répondu que les dix cornes représentaient dix rois ; que la petite corne était un roi qui finirait par dominer sur toute la terre avec une puissance inouïe.</p>
<p style="text-align: justify;">« Il vomira, lui fut-il dit, des blasphèmes contre Dieu, il broiera sous ses pieds les saints du Très-Haut ; il pensera pouvoir changer les temps et les lois ; et tout lui sera livré pendant un temps, deux temps, et la moitié d’un temps. » (Dan., VII.)</p>
<p style="text-align: justify;">II. – Par ce roi, tous les interprètes entendent l’Antéchrist.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle est la bête sur laquelle surgit, au temps marqué, cette corne d’impiété ? c’est la Révolution, par laquelle on entend tout le corps des impies, obéissant à un moteur occulte, et s’insurgeant contre Dieu : la Révolution, puis­sance à la fois satanique et bestiale, satanique comme ani­mée d’un esprit infernal, bestiale comme livrée à tous les instincts de la nature dégradée. Elle a des dents et des ongles de fer : car elle forge des lois despotiques, au moyen desquelles elle broie la liberté humaine. Elle cherche à s’em­parer des rois et des gouvernements, qui doivent passer un pacte avec elle. Quand paraîtra l’Antéchrist, elle aura dix rois à son service, comme dix cornes sur le front. L’Antéchrist, nous dit Daniel, paraîtra comme une petite corne ; il aura des commencements obscurs. Il ne sera pas issu de famille royale ; ce sera un Mahomet, un Mahdi, qui s’élèvera peu à peu par la hardiesse de ses impostures, secondées de toute la complicité du diable.</p>
<p style="text-align: justify;">La corne en effet qui le représente est très différente des autres. Elle a des yeux comme des yeux d’hommes ; car le nouveau roi est un voyant, un faux prophète. Elle a une bouche disant de grands mots ; car il s’impose non moins par l’éclat de la parole et la séduction des promesses, que par la force des armes et les ruses de la politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout le monde aura bientôt les regards tournés vers l’imposteur, dont les trompettes d’une presse complaisante célébreront les hauts faits. Sa popularité portera ombrage à plusieurs des souverains apostats, qui se partageront alors l’empire de la bête révolutionnaire. Il s’ensuivra une lutte gigantesque, dans laquelle, suivant Daniel, l’Antéchrist abat­tra trois de ses rivaux.</p>
<p style="text-align: justify;">A ce moment tous les peuples, fanatisés par ses prodiges et ses victoires, l’acclameront comme le sauveur de l’huma­nité. Et les autres rois n’auront d’autre ressource que de lui faire leur soumission.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce sera le commencement d’une crise terrible pour l’Église de Dieu. Car la corne d’impiété, parvenue au faîte de la puissance, fera la guerre aux saints et prévaudra contre eux.</p>
<p style="text-align: justify;">III. – Il est probable que, durant toute cette première période qui pourra durer de longues années, l’homme de péché affectera des airs de modération hypocrite.</p>
<p style="text-align: justify;">Juif, il se présentera aux juifs comme le Messie attendu, comme le restaurateur de la loi de Moïse ; il essaiera de tourner en sa faveur les mystérieuses prophéties d’Isaïe et d’Ézéchiel ; il rebâtira, au dire de plusieurs Pères, le temple de Jérusalem. Les Juifs, au moins en partie, éblouis par ses faux miracles et son faste insolent, le recevront, lui le faux Christ ; et ils mettront à son service la haute finance, toute la presse, et les loges maçonniques du monde entier.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est très croyable aussi que l’Antéchrist ménagera, pour s’élever, tous les partisans des fausses religions. Il s’annon­cera comme plein de respect pour la liberté des cultes, une des maximes et un des mensonges de la bête révolution­naire. Il dira aux bouddhistes, que lui-même est un Boud­dha ; aux musulmans, que Mahomet est un grand prophète. Il n’est même rien d’impossible à ce que le monde musul­man accepte le faux messie des juifs comme un nouveau Mahomet.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’en savons-nous ? Peut-être ira-t-il jusqu’à dire, en son hypocrisie, pareil à Hérode son précurseur, qu’il veut adorer Jésus-Christ. Mais ce ne sera qu’une dérision amère. Mal­heur aux chrétiens qui supportent sans indignation que leur adorable Sauveur soit mis, pêle-mêle avec Bouddha et Ma­homet, dans je ne sais quel panthéon de faux Dieux !</p>
<p style="text-align: justify;">Tous ces artifices, pareils aux caresses du cavalier qui veut monter en selle, gagneront insensiblement le monde à l’ennemi de Jésus-Christ ; mais une fois affermi sur les étriers, il fera jouer le frein et les éperons ; et la plus épou­vantable tyrannie pèsera sur l’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">IV. – Saint Paul nous fait connaître d’un seul trait toute l’ex­trémité de cette tyrannie, la plus odieuse qui fut et qui sera jamais.</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme de péché, dit-il, le fils de perdition, l’impie, « se posera en adversaire, s’élèvera au-dessus de tout ce qu’on nomme Dieu ou de ce qu’on honore comme Dieu, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, comme Dieu lui-même ». (2 Th., II, 4.)</p>
<p style="text-align: justify;">Daniel l’avait prédit avant saint Paul. « Il ne comptera pour rien le Dieu de ses Pères ; il se plongera dans les débauches ; il n’aura cure d’aucun Dieu, il se dressera contre tout. » (Dan., XI, 17.)</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, quand l’Antéchrist aura asservi le monde, quand il aura placé partout ses lieutenants et ses créatures, quand il pourra faire jouer à son profit tous les ressorts d’une centra­lisation poussée à son comble : il lèvera le masque, il pro­clamera que tous les cultes sont abolis, il se donnera comme le Dieu unique, et, sous les peines les plus affreuses et les plus infamantes, voudra forcer tous les habitants de la terre à adorer, à l’exclusion de toute autre, sa propre divinité.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est là que viendra aboutir la fameuse liberté des cultes, dont on fait tant d’étalage ; la promiscuité des erreurs exige logiquement cette conclusion.</p>
<p style="text-align: justify;">Tandis qu’il était sur la terre, l’adorable Jésus, doux et humble de cœur, ne s’est jamais proposé à l’adoration de ses apôtres, lui qui était Dieu ; tout au contraire, il s’est mis à genoux devant eux, en leur lavant les pieds. L’Antéchrist, monstre d’impiété et d’orgueil, se fera adorer, lui, par l’hu­manité affolée et séduite ; elle aura choisi ce maître, de pré­férence au premier.</p>
<p style="text-align: justify;">Et qu’on ne pense pas que le piège sera grossier ! N’ou­blions pas, dit saint Grégoire, que le monstre disposera de la puissance du diable pour faire de faux prodiges : au lieu qu’au commencement les miracles étaient du côté des mar­tyrs, ils sembleront alors être du côté des bourreaux. Il y aura un éblouissement, un vertige. Seuls les vrais humbles, affermis en Dieu, démêleront le mensonge et échapperont à la tentation.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais où l’Antéchrist établira-t-il son nouveau culte ? Saint Paul dit dans le temple de Dieu ; saint Irénée, presque contemporain des apôtres, précise davantage, et dit dans le temple de Jérusalem qu’il fera rebâtir. Ce sera le centre de l’horrible religion. Saint Jean d’ailleurs nous fait connaître que l’image du monstre sera proposée partout à l’adoration des hommes. (Ap., XIII, 24.)</p>
<p style="text-align: justify;">Alors bouddhisme, mahométisme, protestantisme, etc., seront supprimés et abolis. Mais il va sans dire que la fureur du monde se dirigera contre Notre Seigneur et son Église. Il fera cesser le culte public ; il enlèvera, dit Daniel, le sacrifice perpétuel. On ne pourra plus célébrer la sainte messe que dans les cavernes et les lieux cachés. Les églises profanées ne présenteront aux regards que l’abomination dans la désolation, à savoir l’image du monstre élevée sur les autels du vrai Dieu. (Daniel, passim.) Il y a eu un essai de tout cela dans la Révolution française.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ici que la main de Dieu se fera sentir. Il abrégera ces jours de suprême angoisse. Cette persécution, qui fera vaciller les colonnes du ciel, ne durera qu’un temps, deux temps et la moitié d’un temps, à savoir trois ans et demi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cinquième article (juillet 1885) </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les prédicateurs de l’Antéchrist &#8211; Vision de saint Jean<br />
I. – Les livres saints, qui entrent en tant de détails sur l’Homme de péché, nous font connaître un agent mystérieux de séduction qui lui soumettra la terre. Cet agent, à la fois un et multiple, est selon saint Grégoire, une sorte de corps enseignant qui propagera partout les doctrines perverses de la Révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Antéchrist aura ses lieutenants et ses généraux ; il pos­sédera une armée innombrable. On ose à peine entendre, au pied de la lettre, le chiffre que saint Jean nous donne en parlant de sa seule cavalerie (Ap., IX, 16) ([3]). Mais il aura surtout à son service de faux prophètes comme lui, des illuminés du diable, des docteurs de mensonges ; ennemi personnel de Jésus-Christ, il singera le divin Maître, en s’en­tourant d’apôtres à rebours.</p>
<p style="text-align: justify;">Parlons donc, d’après saint Jean, de ces docteurs impies, que nous nommerons avec saint Grégoire les prédicateurs de l’Antéchrist.</p>
<p style="text-align: justify;">II. – Saint Jean, au chapitre XIII de son Apocalypse, décrit une vision toute semblable à celle de Daniel. Il voit surgir de la mer un monstre unique, réunissant en lui-même par une horrible synthèse tous les caractères des quatre bêtes aperçues par le prophète. Ce monstre ressemble au léopard ; il a les pieds de l’ours, la gueule du lion ; il a sept têtes et dix cornes.</p>
<p style="text-align: justify;">Il représente l’empire de l’Antéchrist, formé de toutes les corruptions de l’humanité. Il représente l’Antéchrist lui-même qui est le nœud de tout cet assemblage violent de membres incohérents et disparates. On croit voir l’imposteur, avec le cortège de chrétiens apostats, de musulmans fanatisés, de juifs illuminés, qui le suivra partout.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, tandis que saint Jean considérait cette Bête, il vit une des têtes comme frappée de mort ; puis la plaie mortelle fut guérie. Et toute la terre s’émerveilla après la Bête. Les interprètes voient là un des faux prodiges de l’Antéchrist ; un de ses principaux lieutenants, ou peut-être lui-même, paraîtra blessé grièvement, on le croira mort, quand sou­dain, par un artifice diabolique, il se dressera plein de vie. Cette imposture sera célébrée par tous les journaux, ce jour-là fort crédules ; et l’enthousiasme ira jusqu’au délire.</p>
<p style="text-align: justify;">« Alors, continue saint Jean, les hommes adorèrent le dragon qui donna cette puissance à la Bête ; et ils adorèrent la Bête, en disant : Qui est semblable à elle, et qui pourra la combattre ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi le diable sera publiquement adoré, ainsi que l’An­téchrist ; et ce ne sera pas un culte double, le premier étant adoré dans le second. Saint Jean nous fait assister ensuite à la persécution contre l’Église.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et il fut donné à la Bête une bouche disant de grands mots et des blasphèmes ; et elle eut puissance d’agir durant 42 mois. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ceci est la parole même de Daniel, et désigne le temps de la persécution arrivée à son paroxysme. 42 mois, cela fait juste trois ans et demi.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et elle ouvrit sa bouche en blasphèmes contre Dieu, blasphèmes à son nom, à son tabernacle, à ceux qui habi­tent dans le ciel. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre. Et elle reçut puissance sur toute tribu, langue, peuple et nation. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Et tous ceux qui habitent la terre l’adorèrent, hormis ceux dont les noms sont écrits au livre de vie de l’Agneau, qui a été tué dès l’origine du monde. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Si quelqu’un a des oreilles, qu’il entende ! »</p>
<p style="text-align: justify;">« Qui sera conduit en captivité, ira en captivité ; qui tombera sous le glaive, ne pourra échapper au glaive. Là se montreront la patience et la foi des saints. » (XIII, 3-11.)</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi que l’apôtre bien-aimé décrit la terrible persé­cution. A toutes les menaces se joindront toutes les séduc­tions ; il en résultera un fanatisme délirant qui jettera le monde entier aux pieds de la Bête. Mais tous les assauts de l’enfer échoueront devant « la patience et la foi des saints ».</p>
<p style="text-align: justify;">III. – Saint Jean nous peint ensuite le grand agent de séduc­tion qui pliera les esprits des hommes au culte de la Bête.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je vis, dit-il, s’élever de terre une autre Bête ; elle avait deux cornes comme celles de l’Agneau, et elle parlait com­me le dragon. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Et elle exerçait toute la puissance de la première Bête, en sa présence ; et elle fit en sorte que toute la terre et ses habitants adorèrent cette Bête, dont la plaie mortelle avait été guérie. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Et elle fit de grands prodiges, jusqu’à faire descendre le feu du ciel en terre, en présence des hommes. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Et elle séduisit les habitants de la terre par les pro­diges qu’il lui fut donné de faire, leur persuadant de fabri­quer l’image de la Bête qui avait reçu la blessure du glaive et avait survécu. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Et il lui fut donné d’animer l’image de la Bête, de manière à la faire parler ; et de forcer tous les hommes, sous peine de mort, à adorer la Bête. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Et elle fera porter à tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, un caractère à la main droite ou au front ; en sorte que nul ne puisse acheter ou vendre, qu’il n’ait ce caractère, soit le nom de la Bête, soit le chiffre de son nom. »</p>
<p style="text-align: justify;">« Ici est la sagesse. Que quiconque a reçu l’intelligence, suppute le chiffre de la Bête. C’est un nombre d’hommes, et ce nombre est 666. » (Ap., XIII, 11-18.)</p>
<p style="text-align: justify;">Telle est la seconde partie de la prophétie de saint Jean. Saint Grégoire interprète ce mystérieux passage en ce sens que, comme nous l’avons dit, l’Antéchrist aura son collège de prédicateurs et d’apôtres à rebours. Et ces docteurs de mensonge seront quelque chose comme nos savants moder­nes, doublés d’un magicien ou d’un spirite.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils auront l’apparence de l’Agneau. Ils singeront les maxi­mes évangéliques de paix, de concorde, de liberté, de frater­nité humaine ; et sous ces dehors, ils propageront l’athéisme le plus éhonté.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils auront l’apparence de l’Agneau. Ils se donneront comme des agents de persuasion, respectueux pour les consciences ; et puis ils feront mourir dans les tourments ceux qui refuseront de les écouter.</p>
<p style="text-align: justify;">« Leurs auditeurs, dit fortement saint Grégoire, ce seront tous les réprouvés ; leur tactique, dit-il encore, consistera à proclamer que le genre humain, durant les âges de foi, était plongé dans les ténèbres ; et ils salueront l’avènement de l’Antéchrist comme l’apparition du jour et le réveil du mon­de. » (Mor. in Job. lib. XXXIII.)</p>
<p style="text-align: justify;">Ces prédications seront appuyées par de faux prodiges. Instruits par le diable et son suppôt de secrets naturels encore inconnus, les missionnaires de l’Antéchrist épouvante­ront et séduiront les multitudes par toute espèce de sorti­lèges ; ils feront descendre le feu du ciel, et parler les images de l’Antéchrist qu’ils auront érigées.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce n’est pas tout. Ils forceront les hommes, sous peine de mort, à adorer ces images parlantes. Ils les oblige­ront à porter, à la main droite ou au front, le chiffre du monstre. Et quiconque n’aura pas ce chiffre ne pourra ni acheter ni vendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Là se montre l’effroyable raffinement de la persécution suprême. Celui qui ne portera pas l’estampille du monstre sera par là même hors-la-loi, hors-la-société, passible de mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ne voyons-nous pas dès à présent se dessiner quel­que essai de cette tyrannie ?</p>
<p style="text-align: justify;">Que sont tous ces maîtres de l’enseignement sans Dieu, sinon les précurseurs de l’Antéchrist ? La Révolution veut avoir son corps enseignant, chargé officiellement de déchris­tianiser la jeunesse, et d’imprimer au front de tous, petits et grands, pauvres et riches, l’estampille du Dieu-État. L’ensei­gnement obligatoire et laïque n’a pas d’autre but. Déjà on prépare des lois pour interdire l’entrée des carrières publi­ques à quiconque n’aura pas reçu la griffe des écoles de l’État. Le jour où passeront ces lois abominables, on pourra prendre le deuil de la liberté humaine. Nous entrerons sous une tyrannie sombre, étouffante, infernale. L’Antéchrist pourra venir.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voulons l’espérer, la conscience publique est trop chrétienne encore pour supporter une pareille torture. Aussi cherche-t-on, par tous les moyens possibles, à l’endormir. D’ailleurs, que les croyants se consolent ! Toutes ces extrémités ne serviront, dans les desseins de Dieu, qu’à faire éclater la patience et la foi des saints. C’est ce que nous ver­rons au chapitre suivant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sixième article (août 1885) </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’Église durant la tourmente<br />
I. – Saint Grégoire le Grand, en ses lumineux commentaires sur Job, ouvre les aperçus les plus profonds sur toute l’his­toire de l’Église. Il est visiblement animé lui-même de cet esprit prophétique répandu dans toutes les Écritures.</p>
<p style="text-align: justify;">Il contemple l’Église, à la fin des âges, sous la figure de Job humilié et souffrant, exposé aux insinuations perfides de sa femme et aux critiques amères de ses amis ; lui devant qui autrefois les vieillards se levaient, et les princes faisaient silence !</p>
<p style="text-align: justify;">L’Église, dit maintes fois le grand pape, vers le terme de son pèlerinage, sera privée de tout pouvoir temporel ; on cherchera à lui enlever tout point d’appui sur la terre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il va plus loin encore, et il déclare qu’elle sera dépouillée de l’éclat même qui provient des dons surnaturels. « La puissance des miracles, dit-il, sera retirée, la grâce des guérisons enlevée, la prophétie aura disparu, le don d’une longue abstinence sera diminué, les enseignements de la doctrine se tairont, les prodiges miraculeux cesseront. Ce n’est pas à dire qu’il n’y aura plus rien de tout cela ; mais tous ces signes n’éclateront pas ouvertement et sous mille formes comme aux premiers âges. Ce sera même l’occasion d’un merveilleux discernement. Dans cet état humilié de l’Église, grandira la récompense des bons, qui s’attacheront à elle purement en vue des biens célestes ; quant aux mé­chants, ne voyant plus en elle aucun attrait temporel, ils n’auront rien à déguiser, ils se montreront tels qu’ils sont. » (Mor, 1. XXXV)</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle parole formidable : les enseignements de la doc­trine se tairont ! Saint Grégoire proclame ailleurs que l’Église aime mieux mourir que se taire. Elle parlera donc : mais son enseignement sera entravé, sa voix couverte ; mais plu­sieurs qui devraient crier sur les toits n’oseront plus le faire par crainte des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce sera l’occasion d’un discernement redoutable.</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Grégoire revient souvent sur cette donnée, qu’il y a dans l’Église trois catégories de personnes : les hypocrites ou les faux chrétiens, les faibles et les forts. Or, en ces moments d’angoisses, les hypocrites lèveront le masque, et manifeste­ront leur secrète apostasie ; les faibles, hélas ! périront en grand nombre, et le cœur de l’Église en saignera ; enfin plu­sieurs forts eux-mêmes, trop confiants en leur force, tombe­ront comme les étoiles du ciel.</p>
<p style="text-align: justify;">En dépit de toutes ces tristesses poignantes, l’Église ne perdra ni le courage ni la confiance. Elle sera soutenue par la promesse du Sauveur, consignée dans les Écritures, que ces jours seront abrégés à cause des élus. Sachant que les élus seront sauvés quand même, elle se vouera, dans le plus fort de la tourmente, au sauvetage des âmes avec une éner­gie infatigable.</p>
<p style="text-align: justify;">II. – Malgré l’affreux scandale de ces temps de perdition, il ne faut pas penser en effet que les petits et les faibles seront nécessairement perdus. La voie du salut restera ouverte, et le salut sera possible à tous. L’Église aura des moyens de pré­servation proportionnés à la grandeur du péril. Et ceux-là seulement, parmi les petits, tomberont sous la serre de l’oi­seau de proie, qui auront quitté les ailes de leur mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Quels seront ces moyens de préservation ? Les Écritures ne nous laissent pas sans indication à ce sujet ; et nous pouvons sans témérité formuler quelques conjectures.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Église se souviendra de l’avertissement donné par Notre Seigneur pour les temps de la prise de Jérusalem, et appli­cable, du consentement des interprètes, à la dernière persé­cution.</p>
<p style="text-align: justify;">« Quand vous verrez l’abomination de la désolation, prédite par le prophète Daniel, debout dans le lieu saint (que celui qui lit, comprenne !), alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient vers les montagnes… Priez afin que votre fuite n’ait pas lieu en hiver, ni le jour du Sabbat ! Car il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a pas eu depuis l’origine du monde, et qu’il n’y en aura jamais. Et si ces jours n’étaient pas abrégés, nul ne serait sauvé ; mais ils seront abrégés à cause des élus. » (Matth., XXIV, 15, 23.)</p>
<p style="text-align: justify;">Conformément à ces instructions du Sauveur, l’Église mettra en sûreté par la fuite les petits du troupeau ; elle leur ménagera des retraites inaccessibles, où la dent de la Bête ne les atteindra pas.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut se demander comment il y aura des retraites inaccessibles, alors que la terre sera percée et sillonnée de voies de communication. Il faut répondre que Dieu pour­voira lui-même à la sécurité des fugitifs. Saint Jean nous fait entrevoir cette action de la Providence.</p>
<p style="text-align: justify;">Au chapitre XII de l’Apocalypse, il nous présente une femme vêtue du soleil et couronnée d’étoiles ; c’est l’Église. Cette femme souffre les douleurs de l’enfantement ; car l’Église enfante à Dieu des élus, parmi de grandes souf­frances. Devant elle se tient un grand dragon roux, image du diable et de ses continuelles embûches. Mais la femme s’enfuit dans la solitude, en un lieu préparé par Dieu lui-même, et là elle est nourrie durant 1260 jours (V, 6). Ces 1260 jours, qui font 3 ans et demi, indiquent le temps de la persécution de l’Antéchrist, comme il est manifeste par les autres passages de l’Apocalypse. Donc, durant ce temps, l’Église, en la personne des faibles, s’enfuira dans la soli­tude ; et Dieu lui-même prendra soin de la tenir cachée et de la nourrir.</p>
<p style="text-align: justify;">La fin du même chapitre contient des détails sur cette fuite. Il est donné à la femme deux grandes ailes d’aigle, pour la transporter au désert. Le dragon cherche à la poursuivre ; et sa gueule vomit contre elle de l’eau comme un fleuve. Mais la terre vient en aide à la femme et absorbe le fleuve. Ces paroles énigmatiques désignent quelque grande merveille que Dieu fera paraître en faveur de son Église ; la rage du dragon viendra expirer à ses pieds.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, tandis que les faibles prieront en sûreté dans une solitude mystérieuse, les forts et les vaillants engageront une lutte formidable, en présence du monde entier, avec le dragon déchaîné.</p>
<p style="text-align: justify;">III. – Il est hors de doute en effet qu’il y aura, dans les derniers âges, des saints d’une vertu héroïque. Au commence­ment, Dieu a donné à son Église les Apôtres, qui ont abattu l’empire idolâtrique, et qui l’ont fondée et cimentée elle-même dans leur sang. A la fin, il lui donnera des enfants et des défenseurs, qu’on peut dire non moins saints et non moins grands.</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Augustin s’écrie, en pensant à eux : « En compa­raison des saints et des fidèles qui seront alors, que sommes-nous ? Car, pour les mettre à l’épreuve, le diable sera dé­chaîné, lui que nous ne combattons qu’au prix de mille dangers, maintenant qu’il est lié. Et toutefois, ajoute-t-il, il est à croire qu’aujourd’hui même le Christ a des soldats assez prudents et assez forts, pour pouvoir au besoin déjouer avec sagesse les embûches, et subir avec patience les assauts de leur ennemi même déchaîné. » (De Civ. Dei, XX, 8.)</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Augustin se demande ensuite : Y aura-t-il encore des conversions, en ces temps de perdition ? Baptisera-t-on encore les enfants, malgré les prohibitions du monstre ? Les saints d’alors auront-ils la puissance d’arracher des âmes à la gueule du dragon furieux ? Le grand Docteur répond affirmativement à toutes ces questions. Sans doute les conver­sions seront plus rares, mais elles n’en seront que plus écla­tantes. Sans doute, en règle générale, il faut que Satan soit lié pour qu’on puisse le dépouiller (Mat., XI, 29) ; mais, en ces jours, Dieu se plaira à montrer que sa grâce est plus forte que le fort lui-même, en son plus furieux déchaînement.</p>
<p style="text-align: justify;">Chacun remarquera combien ces données sont conso­lantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais quels seront les saints des derniers âges ? Parmi eux nous aimons à penser qu’il y aura des soldats. L’Anté­christ sera un conquérant, il commandera des armées ; il trouvera devant lui des Légions thébaines, des héros de cette lignée glorieuse et indomptable qui a les Macchabées pour ancêtres, et qui compte dans ses rangs les Croisés, les pay­sans de la Vendée et du Tyrol, enfin les Zouaves pontifi­caux. Ces soldats, il pourra les écraser sous le poids de ses hordes innombrables ; il ne les fera pas fuir.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l’Antéchrist sera surtout un imposteur ; par consé­quent il rencontrera comme adversaires principalement des apôtres armés du crucifix. Comme la persécution dernière revêtira l’aspect d’une séduction, ceux-ci uniront à la patience des martyrs la science des docteurs. Notre Seigneur les fit voir un jour à sainte Thérèse, tenant en main des glaives lumineux.</p>
<p style="text-align: justify;">A la tête de ces phalanges intrépides, apparaîtront deux envoyés extraordinaires de Dieu, deux géants de sainteté, deux survivants des anciens âges ; nous avons nommé Hé­noch et Élie, dont nous parlerons à l’article suivant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Septième article (septembre 1885) </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Hénoch et Élie<br />
</strong>Les faits merveilleux que nous allons retracer ne sont pas des suppositions aventurées ; ce sont des vérités prises dans l’Écriture sainte et qu’il serait au moins téméraire de nier.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant la fin des temps, et durant la persécution de l’An­téchrist, on verra réapparaître au milieu des hommes deux personnages extraordinaires, nommés Hénoch et Élie.</p>
<p style="text-align: justify;">Quels sont ces personnages ? Dans quelles conditions feront-ils leur rentrée providentielle sur la scène du monde ? C’est ce que nous allons examiner, à la lumière des Écritures et de la Tradition.</p>
<p style="text-align: justify;">I. – Hénoch est un des descendants de Seth fils d’Adam, et souche de la race des enfants de Dieu. Il est le chef de la sixième génération à partir du père du genre humain. Voici ce que la Genèse nous apprend à son sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">« Jared vécut 162 ans et engendra Hénoch… Or Hénoch vécut 365 ans, et engendra Mathusalem. Et Hénoch marcha avec Dieu, et il vécut, après avoir engendré Mathusalem, 300 ans, et il eut des fils et des filles. Et les jours d’Hénoch furent de 365 ans. Et il marcha avec Dieu, et il disparut, parce que Dieu l’enleva. » (Gen., V, 18-25.)</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu l’enleva âgé de 365 ans, c’est-à-dire, vu cette épo­que d’extrême longévité, dans la maturité de l’âge. Il ne mourut pas, il disparut. Il fut transporté, vivant, en un lieu connu de Dieu seul. Voilà pour Hénoch patriarche de la race de Seth, trisaïeul de Noé, ancêtre du Sauveur.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à Élie, son histoire est mieux connue. Hénoch, antérieur au Déluge, naquit plusieurs milliers d’années avant Jésus-Christ. Élie parut dans le royaume d’Israël moins de mille ans avant le Sauveur ; c’est le grand prophète de la nation juive.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa vie est on ne peut plus dramatique (Reg., III, IV). On pourrait dire qu’elle est une prophétie en action de l’état de l’Église, au temps de la persécution de l’Antéchrist. Il est toujours errant, toujours menacé de mort, toujours à cou­vert sous la main de Dieu. Tantôt Dieu le cache au désert, où des corbeaux le nourrissent ; tantôt il le présente au fier Achab, qui tremble devant lui. Il lui remet les clefs du ciel, pour en faire sortir la pluie ou la foudre ; il le favorise sur le mont Horeb d’une vision pleine de mystères. Il le fait grandir en un mot jusqu’à la taille de Moïse le thaumaturge, de façon qu’avec Moïse il escorte Notre Seigneur sur le Thabor.</p>
<p style="text-align: justify;">La disparition d’Élie répond à une vie d’une étrangeté si sublime. On le voit cheminer avec Élisée son disciple ; il s’ouvre un passage dans le Jourdain, en frappant les eaux de son manteau. Il annonce qu’il va être enlevé au ciel. – Tout à coup « tandis qu’ils allaient et parlaient ensemble, un char de feu et des coursiers de feu les séparèrent, et Élie monta au ciel dans un tourbillon. Élisée le voyait et criait : Mon père, mon père, toi le char d’Israël et son conducteur. Et puis il ne le vit plus » (IV Reg., II, 11-12).</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est ainsi qu’Élie, l’ami de Dieu, le zélateur de sa gloire, fut enlevé et transporté, lui aussi, en une région mysté­rieuse, où il retrouva son ancêtre le grand Hénoch.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle est cette région ? Hénoch et Élie sont vivants, cela est certain. Où Dieu les a-t-il cachés ? Est-ce dans une contrée inaccessible de ce bas monde ? Est-ce dans quelque plage du firmament ? Nul ne le peut dire. On peut seulement affirmer que pour le moment ils sont en dehors des condi­tions humaines ; les siècles coulent à leurs pieds, sans les atteindre ; ils restent dans la maturité de l’âge, et tels sans doute qu’ils ont été enlevés du milieu des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">II. – Leur réapparition sur la scène du monde n’est pas moins certaine que leur disparition.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici en effet comment parle de ces grands personnages l’auteur inspiré de l’Ecclésiastique, exprimant toute la tradi­tion juive.</p>
<p style="text-align: justify;">« Hénoch plut à Dieu, et fut transporté dans le paradis, pour prêcher la pénitence aux nations. » (Eccles., XLIV 15.)</p>
<p style="text-align: justify;">« Qui peut se glorifier à l’égal de toi, ô Élie ? Toi qui as été enlevé par le tourbillon de flammes, et par le char aux coursiers de feu ; toi qui es inscrit dans les jugements des temps futurs, pour apaiser la colère du Seigneur, pour rap­procher le cœur du père vers le fils, et pour rétablir les tri­bus d’Israël. » (Jb., XLVIII, 1-11.)</p>
<p style="text-align: justify;">Ces paroles d’un livre canonique nous font clairement connaître qu’Hénoch et Élie ont une mission ultérieure à remplir. Hénoch doit prêcher la pénitence aux nations, ou, si l’on préfère cette traduction, amener les nations à la pénitence. Élie doit rétablir un jour les tribus d’Israël, c’est-à-dire leur rendre le rang d’honneur auquel elles ont droit dans l’Église de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">L’unanimité des docteurs a compris que cette double mission se réaliserait simultanément vers la fin du monde. Élie en particulier est considéré comme le précurseur de Jésus-Christ venant du ciel comme juge ; cette pensée ressort manifestement des Évangiles. (Matt., XVII ; Marc, IX.)</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, les hommes verront un jour, et non sans épou­vante, Hénoch et Élie redescendre au milieu d’eux, et leur prêcher la pénitence avec un éclat extraordinaire. Saint Jean les nomme les deux témoins de Dieu, et il les dépeint comme il suit dans son Apocalypse (XI, 3-7) :</p>
<p style="text-align: justify;">« Ils prophétiseront durant 1.260 jours, revêtus de sacs.</p>
<p style="text-align: justify;">« Ce sont les deux oliviers, et les deux candélabres qui se tiennent en présence du Seigneur de la terre.</p>
<p style="text-align: justify;">« Si quelqu’un veut leur nuire, le feu sortira de leur bouche et dévorera leurs ennemis. Si quelqu’un porte la main sur eux, il périra nécessairement de la sorte.</p>
<p style="text-align: justify;">« Ils ont la puissance de fermer le ciel, pour qu’il ne pleuve pas durant les jours de leur prédication. Ils ont éga­lement la puissance de changer les eaux en sang, et de frapper la terre de toutes sortes de plaies toutes les fois qu’ils voudront. »</p>
<p style="text-align: justify;">Qui ne reconnaît à ce portrait l’Élie de l’Ancien Testa­ment, fermant le ciel durant trois années, et en faisant des­cendre la foudre sur les soldats qui viennent le saisir ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les 1.260 jours marquent le temps de la persécution finale, comme nous l’avons déjà fait observer. Ainsi l’appari­tion des témoins de Dieu coïncidera avec la persécution de l’Antéchrist.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut reconnaître que le secours apporté à l’Église sera proportionné à la grandeur du péril.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux témoins de Dieu, revêtus des insignes de la plus austère pénitence, iront partout, et partout ils seront invulnérables ; une nuée pour ainsi dire les couvrira, et lancera la foudre contre quiconque osera les toucher. Ils auront dans leurs mains tous les fléaux, pour les déchaîner à leur gré sur la terre. Ils prêcheront avec une liberté souveraine, en présence même de l’Antéchrist.</p>
<p style="text-align: justify;">Celui-ci frémira de rage ; et ce sera un duel formidable entre le monstre et les deux missionnaires de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Huitième article (octobre 1885) </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La crise finale<br />
I. – Arrêtons un instant nos regards sur les intrépides mis­sionnaires de Dieu, et remarquons la divine opportunité de leur apparition.</p>
<p style="text-align: justify;">D’après saint Pierre, « il viendra à la fin des temps des séducteurs, des trompeurs, marchant au gré de leurs convoi­tises, qui diront : Où est la promesse et la venue (de Jésus-Christ) ? Depuis que nos pères sont endormis, tout demeure dans le même état depuis l’origine de toutes choses. » (2 Pet., III, 3-4.)</p>
<p style="text-align: justify;">Ces séducteurs, ces trompeurs, nous les voyons de nos yeux, nous les entendons de nos oreilles. Ils s’appellent rationalistes, matérialistes, positivistes ; ils nient a priori toute cause supérieure, tout fait surnaturel ; ils ne veulent pas s’occuper de savoir d’où ils viennent, ni où ils vont ; pareils aux insensés du livre de la Sagesse, ils regardent la vie comme une de ces nuées du matin qui ne laisse pas de trace au lever du soleil. Ce qui est au delà du tombeau, ils l’ap­pellent le grand inconnu ; ils se refusent absolument à y por­ter la lumière. Par suite, le tout de l’homme, à leurs yeux, est de jouir le plus possible du moment présent, car tout le reste est incertain.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces faux savants relèguent les récits de Moïse parmi les cosmogonies fabuleuses. Ils refusent de reconnaître aux livres saints aucune valeur historique. Suivant leurs dires, tous ces documents, en contradiction avec la science, seraient l’œuvre d’un juif exalté, Esdras, qui a voulu rehausser sa nation. Quant à la venue de Jésus-Christ, à la résurrection géné­rale, au jugement dernier, aux récompenses et aux peines éternelles, ils traitent tout cela de rêveries absurdes. Ils assu­rent que l’humanité, en voie de progrès indéfinis, trouvera un jour son paradis sur la terre.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, pour confondre ces imposteurs, Dieu suscitera Hé­noch, représentant de la période antédiluvienne, Hénoch pres­que contemporain des origines du monde. Il suscitera Élie représentant du judaïsme mosaïque, Élie qui d’un côté touche à Salomon et à David, de l’autre à Isaïe et à Daniel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces grands hommes viendront, avec une autorité indiscu­table, établir l’authenticité de la Bible, et montrer le chris­tianisme se rattachant à l’ère des prophètes jusqu’à Moïse, et à celle des patriarches jusqu’à Adam. En eux, tous les siè­cles se lèveront pour rendre témoignage à la vérité de la révélation. Jamais la divinité de l’Agneau, qui a été tué dès l’origine du monde (Ap., XIII, 8), n’aura resplendi d’une manière plus fulgurante.</p>
<p style="text-align: justify;">En même temps ils annonceront avec force les approches du jugement. Reprenant les paroles de saint Jean, ils crie­ront à tous les coins du monde : « Faites de dignes fruits de pénitence… déjà la cognée est placée à la racine des arbres… Il a le van dans sa main, il nettoiera son aire, il ramassera son grain dans le grenier, il brûlera les pailles d’un feu inex­tinguible. » (Mat. III, 8-13.)</p>
<p style="text-align: justify;">Suivant la prédiction de l’Ecclésiastique, Hénoch prêchera la pénitence aux nations, par quoi l’on entend tous les peu­ples hors le judaïsme ; il leur parlera avec la majesté d’un ancêtre, il leur fera connaître et reconnaître Jésus-Christ le Désiré des nations.</p>
<p style="text-align: justify;">Élie s’adressera spécialement aux juifs, qui attendent sa venue ; il se fera reconnaître à eux par des signes de la der­nière évidence ; il fera briller Jésus à leurs regards, Jésus qui est l’os de leurs os et la chair de leur chair.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est hors de doute que ces prédications, en dépit des menaces et des tourments, seront suivies de conversions nombreuses et éclatantes, notamment du côté des juifs ; cela est formellement prédit.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux témoins de Dieu prêcheront tantôt ensemble, tantôt séparément ; et, durant leurs trois ans et demi, ils parcourront vraisemblablement toute la terre. Les journaux auront beau faire autour d’eux la conspiration du silence (comme autour des miracles de Lourdes) ; ils s’imposeront à l’attention du monde. L’Antéchrist essaiera vainement de les saisir ; car le feu dévorera quiconque osera les toucher. Ils passeront, avec le glaive de la justice de Dieu, au milieu des hommes de plaisir et de débauches ; et ils les frapperont de plaies hideuses.</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, de même que celle de Notre-Seigneur, leur mission n’aura qu’un temps. A un moment donné, ils per­dront l’assistance surnaturelle qui les aura protégés jusqu’a­lors. Mais écoutons saint Jean.</p>
<p style="text-align: justify;">II. – « Quand ils auront fini leur témoignage, la bête qui monte de l’abîme fera contre eux la guerre ; elle les vaincra et les tuera.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et leurs corps seront gisants sur les places de la grande ville qui s’appelle spirituellement Sodome et Égypte, là où leur Seigneur a été crucifié.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et il y en aura de toute tribu, peuple, langue et nation, qui verront leurs corps durant trois jours et demi ; et ils ne laisseront pas placer leurs corps dans les tombeaux.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et les habitants de la terre se réjouiront à leur sujet ; ils s’enverront l’un à l’autre des présents, parce que les deux prophètes les auront tourmentés.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et après trois jours et demi, un souffle de vie envoyé de Dieu entra en eux. Et ils se tinrent debout ; et une grande épouvante se répandit sur tous ceux qui les virent.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et ils entendirent une voix puissante qui leur criait du haut du ciel : Montez ici ! Et ils montèrent au ciel dans un nuage, et leurs ennemis en furent témoins.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et à cette heure, il se fit un grand tremblement de terre ; et la dixième partie de la cité fut renversée ; et sept mille hommes furent tués par la secousse ; et les autres remplis de crainte rendaient gloire au Dieu du ciel. » (Ap., XI, 7-14).</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle conclusion d’un drame inouï ! Quelle affirmation du surnaturel ! Les deux prophètes se donneront rendez-vous à Jérusalem, où leur Seigneur a été crucifié. Là ils participeront aux divines faiblesses de Jésus ; comme lui ils seront saisis, comme lui jugés, comme lui tourmentés, comme lui mis à mort, peut-être sur la croix.</p>
<p style="text-align: justify;">On croira que c’est bien fini. L’Antéchrist semblera triom­pher sur toute la ligne. On bafouera les deux prophètes ; on rira, on dansera autour de leurs cadavres ; on les laissera sans sépulture, pour s’en mieux repaître les yeux tout à loisir.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais tout d’un coup ils ressusciteront ; une grande voix retentira du haut du ciel, et ils y monteront à la vue d’une foule innombrable frappée d’une soudaine épouvante. Il y aura un grand tremblement de terre dans la ville déicide ; sept mille hommes y perdront la vie, les autres se frapperont la poitrine et rendront gloire à Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous le répétons, quel drame ! quel dénouement !</p>
<p style="text-align: justify;">Que fera l’Antéchrist en face de ces prodiges ? Il écu­mera de rage ; il sentira que tout lui échappe, que l’heure de la justice approche.</p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait croire qu’à l’instant même éclatera sa puni­tion décrite par saint Paul, que « Jésus-Christ le tuera du souffle de sa bouche et le détruira par l’éclat de sa venue ». (2 Th., II, 8.)</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, d’après la supputation de Daniel, il semble que le châtiment du monstre sera retardé trente jours après l’assomption triomphante d’Hénoch et d’Élie. Daniel dit en effet que, depuis le moment où sera enlevé le sacrifice per­pétuel, où paraîtra l’abomination de la désolation, il s’écou­lera 1290 jours (Dan., XII, 11), par conséquent 30 jours en outre du temps de la prédication d’Hénoch et d’Élie.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant ce délai, l’Antéchrist tentera par tous les moyens de ressaisir son influence perdue. Nous ne voulons admettre aucune vision dans le cadre de ce récit ; si nous faisons exception pour celle qu’eut sainte Hildegarde sur la fin de l’ennemi de Dieu, c’est qu’elle n’est qu’un commentaire du mot de saint Paul : Jésus le tuera du souffle de sa bouche !</p>
<p style="text-align: justify;">La Sainte vit en esprit le monstre, entouré de ses officiers – et d’une foule immense, gravir une montagne. Arrivé au sommet, il annonça qu’il allait s’élever dans les airs. Il fut soulevé en effet, comme Simon le magicien, par la puissance du démon. Mais en ce moment un effroyable coup de ton­nerre retentit ; et il retomba foudroyé. Son corps aussitôt décomposé répandit une puanteur intolérable, et chacun s’en­fuit épouvanté.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, ou d’une manière analogue, finira l’ennemi de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Et son immense empire s’évanouira comme une fumée. Le monde se sentira soulagé d’un poids écrasant. Et il y aura une conversion générale, qui, au dire de saint Paul, paraîtra une résurrection. Nous en parlerons à l’article suivant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Neuvième article (novembre 1885) </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La conversion des Juifs<br />
</strong>L’Écriture sainte nous signale un grand événement, qu’elle nous montre comme entrelacé dans la guerre que l’Anté­christ déchaînera contre l’Église ; c’est la conversion des Juifs. Nous avons différé d’en parler jusqu’ici, pour traiter ce sujet avec plus de détails. Il sera d’ailleurs fort bien à sa place au point où nous en sommes. Car la conversion du peuple juif nous est présentée comme le fruit de la prédica­tion d’Elfe.</p>
<p style="text-align: justify;">I. – Le peuple juif est le point autour duquel roule l’histoire de l’humanité. Il a reçu l’attouchement de Dieu, en la per­sonne d’Abraham duquel il sort ; il est, avant Notre-Seigneur, le peuple sacerdotal par excellence, dont l’état, au témoi­gnage de saint Augustin, est tout entier prophétique ; il a donné naissance à la Sainte Vierge et au Sauveur du monde ; il a formé le noyau de l’Église naissante. Tous ces privilèges font de la race juive une race exceptionnelle, dont les desti­nées sont toutes mystérieuses.</p>
<p style="text-align: justify;">Par un renversement étrange et lamentable, du moment où elle produit le Sauveur du monde, la race élue, la race bénie entre toutes, mérite d’être réprouvée. Elle refuse de reconnaître, en son humilité, celui dont elle ne sait pas ado­rer les invisibles grandeurs. Il semble que Dieu ait voulu montrer par là qu’il n’y a rien de la chair et du sang dans la vocation au christianisme, puisque ceux mêmes desquels était le Christ selon la chair (Rom., IX, 5), en sont rejetés pour leur orgueil tenace et charnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Leur réprobation toutefois est-elle définitive ? Reste­ront-ils la proie de Satan, exclus du reste du monde par la croix du Sauveur ? A Dieu ne plaise ! Dieu ménage au peuple qui fut le sien de suprêmes miséricordes. A ce peu­ple, auquel il fut dit : « Vous n’êtes plus mon peuple », on dira un jour : « Vous êtes les fils du Dieu vivant. » (Osée, I, 10.) Après être restés de longues années sans roi, sans prince, sans sacrifice, sans autel, les enfants d’Israël cherche­ront le Seigneur leur Dieu ; et cela se fera sur la fin des temps. (Id., III, 4, 5.)</p>
<p style="text-align: justify;">Élie sera l’instrument de ce merveilleux retour. « Je vous enverrai, dit le Seigneur dans Malachie, le prophète Élie, avant que vienne le jour du Seigneur grand et terrible. Et il tournera le cœur des pères vers les enfants, le cœur des enfants vers les pères. » (Matt, IV, 5, 6.) C’est-à-dire il réta­blira l’harmonie des mêmes amours, des mêmes adorations entre les saints ancêtres du peuple juif et leurs derniers descendants.</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Paul appuie à son tour sur cet événement si conso­lant. Il voit dans la réprobation des Juifs la cause occasion­nelle de la vocation des Gentils. Puis il ajoute : « Je ne veux pas vous laisser ignorer ce mystère, mes frères, c’est que l’aveuglement a frappé partiellement Israël jusqu’à ce qu’entrât la plénitude des nations, et qu’alors tout Israël fût sauvé. » (Rom., XI, 25.)</p>
<p style="text-align: justify;">Tel est donc le dessein de Dieu. Il faut que toute la gen­tilité entre dans l’Église ; et quand sera terminé le défilé des nations, Israël à son tour entrera. Ce sera le grand jubilé du monde ; la grâce se répandra par torrents. A prendre les prophéties au pied de la lettre, tous les Juifs vivant alors, fussent-ils nombreux comme les sables de la mer, seront sauvés jusqu’au dernier. (Rom. IX, 27.)</p>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre les tressaillements profonds que ce grand événement fera courir dans le monde, il faut avoir recours aux figures prophétiques, par lesquelles Dieu s’est plu de mille manières à l’annoncer.</p>
<p style="text-align: justify;">Le peuple juif entrant dans l’Église, c’est Ésaü se réconciliant avec Jacob. Avec quelle tendresse ! « Courant au-devant de son frère, Ésaü l’embrassa ; et, lui serrant le cou et le baisant, il pleura. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais c’est surtout Joseph reconnu par ses frères, qui est le vrai symbole de Jésus reconnu par ses frères les Juifs ! Ils l’ont autrefois vendu et crucifié, et voici qu’un impérieux besoin de vérité et d’amour les amène à ses pieds sur la fin des temps. Quelle rencontre ! Quel spectacle ! Jésus, dans tout l’éclat de sa puissance, dévoilant aux Juifs les trésors de son cœur, et leur disant : C’est moi Joseph, c’est moi ce Jésus que vous avez vendu ! (Gen., XLV.)</p>
<p style="text-align: justify;">Ouvrez enfin l’Évangile, à la page de l’enfant prodigue. (Luc, XV.) Ce prodigue, qui vient de si loin, ce sont les pauvres Gentils entrant dans l’Église. Les Juifs sont repré­sentés par le fils aîné, jaloux et égoïste, qui s’obstine à rester dehors parce que son frère a été reçu dans la maison. Le père sort et lui fait des instances touchantes, coepit illum rogare. Ce dénaturé refuse d’écouter son père ; mais à la fin il l’écoutera, il entrera, et ce sera double réjouissance à la maison paternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Non ! on ne peut se figurer les allégresses de l’Église, quand elle ouvrira son sein de mère aux enfants de Jacob. On ne peut se figurer les larmes, les transports d’amour de ceux-ci, quand, le voile étant retiré de leurs yeux, ils recon­naîtront leur Jésus. A quel moment précis aura lieu ce grand événement ? Là est le point de la difficulté. Sans pré­tendre la résoudre, nous espérons quelque peu l’éclaircir.</p>
<p style="text-align: justify;">II. – Il semble certain, d’après la tradition, que l’Antéchrist sera de nationalité juive. Il apparaîtra comme le produit de cette fermentation de haine qui, depuis des siècles, aigrit le cœur des Juifs contre Jésus leur tendre frère, leur incompa­rable ami.</p>
<p style="text-align: justify;">Il semble également certain que les Juifs en bonne partie accueilleront ce faux messie, lui faisant cortège, et lui sou­mettront le monde par la mauvaise presse et la haute finance.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, dès les temps qui précéderont la venue de l’homme de péché, il se formera, parmi les Juifs, un courant d’adhé­sion à l’Église ! Les grands événements ont toujours des pré­ludes qui les annoncent.</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Grégoire déclare que la fureur de la persécution de l’Antéchrist portera principalement sur ces Juifs convertis, dont nul n’égalera la constance à supporter tous les outrages et tous les tourments pour le nom mille fois béni de Jésus.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce passage de saint Grégoire est trop important, pour que nous l’omettions ici.</p>
<p style="text-align: justify;">Le grand pape explique une des mystérieuses prophéties en action d’Ézéchiel. (Ezech., III.) C’est un drame en trois actes. 1° Dieu ordonne au prophète de sortir dans la cam­pagne ; cette sortie représente la diffusion de l’Évangile parmi les Gentils. 2° Il le fait rentrer dans sa maison, où il est chargé de liens, emprisonné et réduit au silence : ceci indi­que comment l’Évangile sera prêché par les Juifs aux Juifs mêmes, dont les uns se convertiront, les autres saisiront les prédicateurs et les accableront de mauvais traitements, à savoir durant la persécution de l’Antéchrist. 3° Dieu paraît, ouvre la bouche au prophète qui parle avec plus de force que jamais : c’est ce qui aura lieu à la venue d’Élie, lequel, par ses prédications enflammées et irrésistibles, convertira les restes de sa nation (In Ezech. lib. I, hom. XIII).</p>
<p style="text-align: justify;">On ne saurait assez admirer ici la lucidité prophétique de saint Grégoire. Il démêle d’avance les phases du grand évé­nement qui nous occupe : scission du peuple juif en deux parties, oppression des convertis par les réfractaires, conver­sion totale opérée par Élie.</p>
<p style="text-align: justify;">Le saint pape assure, en ses commentaires sur Job, que ce retour définitif des restes d’Israël aura lieu sous les yeux mêmes et en dépit de la rage de l’Antéchrist. (Mor., lib. XXXV, c. XIV.) Si l’Église jouit de semblables consolations sous le feu même de la persécution, que sera-ce à l’heure du triomphe ! C’est ce que nous allons rapidement considérer.</p>
<p style="text-align: justify;">III. – Il y a des destructions nécessaires, pour lesquelles Dieu emploie les mauvais anges. L’Antéchrist, à sa manière et malgré lui, sera la verge de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette verge de fer pulvérisera les schismes, les hérésies, les fausses religions restes du paganisme, le mahométisme et le judaïsme lui-même ; elle broiera le monde pour une pro­digieuse unité.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand ce colosse d’impiété aura été abattu par la petite pierre, celle-ci deviendra une montagne immense et couvrira la terre ; l’Évangile, n’ayant plus d’obstacle d’aucune sorte, régnera sans contradiction sur l’univers entier.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Juifs seront les principaux ouvriers dans cet établis­sement du royaume de Dieu. Saint Paul s’extasie devant les grandes choses qui résulteront de leur conversion. « Si le péché des Juifs, s’écrie-t-il, a fait la fortune du monde, si leur retranchement a fait les richesses des nations, combien plus leur adhésion totale ? … si leur perte a été la réconcilia­tion du monde, que sera leur entrée dans l’Église sinon une résurrection ? » (Rom. XI, 12, 15.) Nous craindrions d’affai­blir, en les commentant, ces antithèses énergiques. Il est légi­time d’en conclure que les Juifs convertis mettront au ser­vice de l’Église une inexprimable ardeur de prosélytisme. Rajeunie par cette infusion de vie, l’Église sortira des étreintes de la persécution comme de la pierre d’un tombeau ; et elle prendra possession du monde, avec la majesté d’une reine et la tendresse d’une mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces événements seront-ils le prélude immédiat du juge­ment dernier, ou l’aurore d’une ère nouvelle ? Nous dirons les conjectures qu’on peut formuler sur cette question.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>[La revue Itinéraires n’a jamais publié le 10ème article de cette série sur le jugement dernier, ni la conclusion annoncée…]</em></p>
<p>Père Emmanuel.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>[1] – (1) Le P. Deschamps donne de curieux détails sur la haine vivace que la franc-maçonnerie porte aux représentants du pouvoir chrétien. En une certaine épreuve, l’initié reçoit cette devise énigmatique : L. D. P. Or cette devise est à double sens. Dans le premier, elle signifie : Liberté de penser. C’est la révolte contre Dieu. Dans le second : Lilia destrue pedibus. Foule aux pieds les lis : c’est le renversement des monarchies chrétiennes</p>
<p>[2] – (2) C’est la tradition des premiers âges de l’Église, consignée dans Lactance, qu’un jour l’empire du monde retournera en Asie : Imperium in Asiam revertetur.</p>
<p>[3] – (1) Ce passage, d’ailleurs, se rapporte peut-être à des temps antérieurs à ceux de l’Antéchrist. (Cornelius a Lapide.)</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Quatorsième Conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 15:10:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Quatorzième conférence. « domus adorationis » Nous avons dit que le prêtre est un « alter Christus ». Cela se voit excellemment dans sa fonction de consécrateur du Corps et du Sang du Christ, lors du saint Sacrifice de la Messe. Le prêtre dit bien « Ceci est mon Corps. Ceci est mon Sang ». [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Quatorzième conférence.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">« domus adorationis »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale12.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4062" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale12.bmp" alt="" /></a>Nous avons dit que le prêtre est un « alter Christus ». Cela se voit excellemment dans sa fonction de consécrateur du Corps et du Sang du Christ, lors du saint Sacrifice de la Messe. Le prêtre dit bien « Ceci est mon Corps. Ceci est mon Sang ». Agissant « in persona Christi », il s’identifie au Christ Seigneur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Or le Christ fut le « grand priant », le « grand adorateur de Dieu ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est le grand adorateur de Dieu ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il prie souvent sur la montagne Mt 14 24<br />
Seul (ib)<br />
A l’écart Lc 9 18,<br />
Même quand tout le monde le cherche Mc 1 37<br />
Il prie au baptême Lc 3 21<br />
Avant le choix des douze Lc 6 12,<br />
Lors de la transfiguration Lc 9 29<br />
Avant l’enseignement du Pater noster.<br />
Il prie pour la foi des disciples<br />
Il prie lors de son agonie ;<br />
Il prie en s’en remettant à Dieu<br />
Il prie avec intensité Hb 5 7<br />
Il prie lors de la Cène, une prière intime.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Oui Il est le grand adorateur de Dieu, son Père.<br />
Il est le « religieux » de Dieu.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La vertu de religion :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dieu est le principe et la fin de tout. Il est le Maître souverain de tout « pour ce motif que Lui-même a fait toutes choses et qu’il a sur toutes choses le principat souverain. Il s’ensuit qu’à Lui est due une raison spéciale de servitude ou de service » (II II 81 1 ad 3). C’est-à-dire que nul n’a droit à être servi comme lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce service absolument propre à Dieu seul et qui n’est chose due qu’à Lui seul, est appelé chez les grecs du nom de « Latria ». Maître souverain, c’est à ce titre, qu’ il doit être adoré, honoré, qu’il doit être « cultivé » : Celui de qui tout dépend, comme étant le premier principe de toutes choses devra être cultivé ou mieux recevoir un culte que nul autre ne saurait partager avec lui. Ainsi la religion implique une idée de lien qui relie et qui relie sous la forme la plus parfaite, sous la forme de la sujétion à l’endroit du maître ayant à être servi les droits les plus sacrés. Ce service ou culte est l’objet même de la religion, de l’adoration.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a une analogie à établir entre le culte du à Dieu et le cultivateur de sa terre. Le paysan entoure sa terre de beaucoup d’amour et de labeur Ainsi du « religieux ». Il doit avoir pour Dieu le même amour, le même service et plus encore…parce que Dieu est Dieu…</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce service, notre religion, à l’endroit de Dieu, est un bien puisqu’il nous constitue dans l’ordre vis-à-vis de Dieu. Nous rendons à Dieu ce qui lui est du : notre sujétion manifestée. Nous sommes dans la vérité de notre être : créature. Notre religion a pour objet ces actes qui manifestent notre dû à Dieu, notre servitude, notre service à Dieu. Elle n’a pas directement Dieu pour objet, elle n’est pas une vertu théologale, mais a bien pour objet les actes ordonnés à la Majesté de Dieu qui doit être honoré et loué. Comme le dit le père Pègue : « Produire certains actes à l’effet d’honorer Dieu selon que le requièrent les droits de sa Majesté souveraine, ce qui est le propre de la religion, est chose bonne » (p 21)</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Thomas donne cette belle définition de la religion : « Il appartient à la religion de rendre hommage à un seul Dieu, selon une seule raison, savoir : en tant qu’Il est le premier principe de la création et du gouvernement des choses » (II II 81 3)</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi on voit très bien que la raison du culte, du culte qui lui est propre, se tire de l’excellence de Dieu. Saint Thomas l’explique très bien dans l’article 4 de la question 81. Il écrit : « le bien auquel est ordonné la religion est de rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû. D’autre part l’honneur est dû à quelqu’un en raison de son excellence. Et parce qu’à Dieu convient une excellence unique, en tant qu’il dépasse à l’infini toutes choses et dans tous les ordres, il s’ensuit qu’à Lui est dû un honneur spécial. C’est ainsi, du reste, que dans les choses humaines, nous voyons qu’à l’excellence diverse des diverses personne est dû un honneur divers, autre pour le père, autre pour le roi et ainsi des autres ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est le principe de la piété filiale qui lie le fils au père.<br />
C’est le principe du patriotisme qui lie le sujet à sa patrie.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces quelques réflexions, vous font comprendre l’importance de cultiver en vous l’excellence de Dieu. Il doit être votre unique « amour », votre unique bien. Il est votre tout. Il sera votre unique bien parce que vous saurez cultiver en votre âme son excellence. C’est dans la mesure où vous saurez apprécier l’excellence divine tout au long de votre vie que vous resterez fidèles et que vous passerez à travers toutes les épreuves que Satan ne manquera pas de susciter auprès de vous…Il est la « pierre précieuse » dont parle l’Evangile. Il est le « trésor » caché dans un champ qui mérite la vente de tout pour l’acheter…Dieu est l’excellence même. Il est le principe, l’ « Alapha et l’Oméga », le « Principe et la fin »…</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce n’est pas parce que la religion s’exprime par de nombreux actes, qu’elle n’est pas « une ». C’est en effet par un seul et même raison que l’homme sert Dieu et l’honore ou lui rend un culte. Le culte en effet regarde l’excellence divine à laquelle est dû le respect, le « service » ; et le service regarde la sujétion de l’homme qui, en vertu de sa condition, est obligé de rendre à Dieu le respect et l’hommage » (II II 81 3 ad secundum). Le même acte prendra donc le nom de culte, quand on considère l’excellence de Celui à qui il s’adresse ou pour qui il est fait ; et le nom de service, quand on considère la condition de celui qui le rend. Ainsi par tous les actes de religion, l’homme proteste et de l’excellence de Dieu et de sa propre sujétion envers Lui, soit en Lui offrant quelque choses, soit en usant de quelque chose de divin. Sous ce rapport, il est donc aussi important d’entretenir en soi et l’idée de l’excellence divine et l’idée de la sujétion de l’homme à Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Et la vertu de religion « participe » à notre perfection, à notre sainteté, en ce sens qu’elle soumet notre intelligence à Dieu qui est notre principe et que c’est en cette soumission que consiste notre perfection.</p>
<p style="text-align: justify;">La contemplation de NSJC dans sa Passion nous permet de comprendre facilement cela : il identifie sa volonté à la volonté de son Père. Il repart l’insubordination d’Adam qui croyait ravir la dignité divine en affirmant son indépendance, sa volonté indépendante de celle de Dieu. Il se perdit. C’est le contraire qu’il faut faire. L’imitation du Christ en sa Passion est le chemin de la sainteté. : C’est en la soumission à la volonté de Dieu que consiste notre sainteté.</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Thomas l’explique très bien : « Si nous rendons à Dieu hommage et honneur, ce n’est point pour Lui qui est en Lui-même plein de gloire et à qui nous ne pouvons rien ajouter, mais pour nous : en ce sens que du fait que nous révérons Dieu et que nous l’honorons, notre esprit se soumet à Lui ; et c’est en cela que consiste la perfection de cet esprit, car tout être est rendu parfait par cela même qu’il se soumet à son supérieur ; comme le corps, du fait qu’il est vivifié par l’âme ; et l’air du fait qu’il est illuminé par le soleil ». (II II 81 7)</p>
<p style="text-align: justify;">La perfection de l’esprit humain consiste à se soumettre à Dieu. Et parce que la vertu de religion a pour objet ces actes qui soumettent l’esprit humain à Dieu en lui rendant l’hommage et l’honneur qui lui sont dus, il s’ensuit que la religion accomplit les actes qu’elle produit, non pour Dieu Lui-même et comme si Dieu en avait besoin, mais plutôt pour le bien de l’homme lui-même, et afin que sa perfection soit d’autant plus grande qu’il se soumettra plus excellemment à Dieu par les actes de son esprit.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cette vertu de religion peut s’accomplir dans un sujet avec plus ou moins d’empressement, on dira plus précisément plus ou moins de « dévotion ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et saint Thomas nous dira dans II II 82 1 que la « dévotion », qui est un acte intérieur de la vertu de religion, est « une certaine volonté de se livrer promptement aux choses qui sont du service de Dieu ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce service divin sera d’autant plus prompt qu’il sera animé par la contemplation ou méditation. En effet la cause extrinsèque et principale de la dévotion – en tant qu’acte intérieur de la vertu de religion &#8211; est Dieu mais la cause intrinsèque, en ce qui est de nous, il faut que ce soit la méditation ou la contemplation. En effet, nous avons dit que la dévotion est un certain acte de la volonté ordonné à ce que l’homme se livre avec empressement au service divin. Or tout acte de volonté procède de quelque considération, l’objet de la volonté étant le bien perçu par l’intelligence. Il s’ensuit qu’il est nécessaire que la méditation soit la cause de la dévotion en tant que par la méditation l’homme conçoit qu’il doit se livrer au service divin.</p>
<p style="text-align: justify;">L’exemple du paysan.</p>
<p style="text-align: justify;">« Et cette méditation doit porter sur la bonté de Dieu et sur ces bienfaits. Cette considération excite l’amour qui est la cause prochaine de la dévotion. L’autre considération se tire du côté de l’homme et porte sur ses besoins, ses défauts, ses misères qui font qu’il a besoin de s’appuyer sur Dieu. Cette considération exclut la présomption qui empêche que l’homme ne se soumette à Dieu, alors qu’il compte sur sa propre vertu » (II II 82 3)</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi saint Thomas, dans cet article nous montre l’objet de la méditation dans son rapport à la dévotion, acte intérieur propre de la vertu de religion. La religion a pour objet le service de Dieu. Son premier acte, d’où tous les autres dépendront, est l’acte de la volonté se donnant comme il convient, c’est-à-dire avec un saint empressement, à ce divin service. Mais pour que cet acte se produise, dans la mesure où il dépend de l’homme lui-même, il faudra que l’intelligence en montre les motifs à la volonté. Ceci ne peut être que l’acte de l’intelligence considérant d’un côté l’excellence du bien divin et de l’autre, notre dépendance à l’endroit de ce bien. (Père Pègue p 50)</p>
<p style="text-align: justify;">Mais soyez certains que si vous vous adonnez avec dévotion, i.e. avec empressement et promptement, à cette méditation, la joie jaillira spontanément dans votre cœur car, nous dit saint Thomas « l’allégresse est l’effet de la dévotion ». II II 82 4</p>
<p style="text-align: justify;">Il précise : « La dévotion, par soi et principalement, cause l’allégresse spirituelle de l’esprit ; mais par voie de conséquence et accidentellement elle cause la tristesse. Il a été dit que la dévotion procède d’une double considération. Principalement, de la considération de la bonté divine ; car cette considération appartient comme au terme du mouvement de la volonté se livrant à Dieu. Et de cette considération, par soi, résulte la délectation ; mais accidentellement, cette considération cause une certaine tristesse en ceux qui ne jouissent pas encore pleinement de Dieu. – Secondement la dévotion est causée par la considération de nos misères ; car cette considération appartient au terme d’où l’homme se retire par le mouvement de la volonté dévote, en ce sens qu’il ne doit plus se fixer en lui-même, mais se soumettre à Dieu. Cette considération est en sens inverse de la première. Car, de soi elle est de nature à causer la tristesse, en rappelant nos misères ; et, par occasion, l’allégresse, en raison de l’espoir du secours divin. Par où l’on voit, conclut saint Thomas que la dévotion est suivie, premièrement et par soi de la délectation ; mais secondairement et accidentellement, de la tristesse qui est selon Dieu » (2 Cor 7 10) »</p>
<p style="text-align: justify;">Cette attitude religieuse doit être l’attitude fondamentale du prêtre, un « alter Christus ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce qu’il fait en récitant son bréviaire qui vous prendra plus d’une heure par jour. Et qui est une obligation grave du prêtre.</p>
<p style="text-align: justify;">Cf : le canon 1174 §1 et le canon 276 §2 du nouveau code<br />
Can. 1174 §1 : « Sont astreints à l’obligation de la liturgie des heures les clercs selon le canon. 276 §2 n°3 : mais les membres des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique y sont astreints selon leurs constitutions ».<br />
Can 276 §2 n°3 :Les prêtres ainsi que les diacres qui aspirent au presbytérat sont tenus par l’obligation de s’acquitter tous les jours de la liturgie des heures selon les livres liturgiques propres et approuvés… »</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’ancien droit, c’est le canon 135 : « Les clercs des ordres majeurs, à l’exception de ceux que visent les canons 213 et 214, sont tenus à l’obligation de réciter entièrement chaque jour les heures canoniques, conformément à leurs propres livres liturgiques dûment approuvés » (cf le NAZ t 1 p 298)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est ce que lui enseigne son bréviaire qui est le livre du prêtre.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le bréviaire &#8211; ses psaumes et ses hymnes &#8211; est un chant perpétuel de louange, d’adoration de Dieu.</strong> Le bréviaire chante sans cesse, psaumes après psaumes, la grandeur de Dieu, sa majesté, son excellence, sa bonté.<br />
Il faut aimer son bréviaire. Vous passerez plus d’une heure par jour avec votre bréviaire. Il doit être comme votre ami. Vous devez façonner votre âme aux accents des psaumes.</p>
<p style="text-align: justify;">« Venite, exultemus Domino, jubilemus Deo, salutari nostro »</p>
<p style="text-align: justify;">Dès le matin, avec Matines vous ouvrirez votre cœur, votre bouche à la louange divine avec<strong> le psaume 94</strong> : « Venite, exultemus Domino, jubilemus Deo, salutari nostro… » Ce psaume 94 chante l’excellence divine. Grâce à lui, à ce chant, vous accomplirez toute justice, la justice à laquelle vous êtes tenu et à laquelle a droit votre Dieu. En effet à Lui est due votre adoration, votre chant de gloire. Par ce psaume, vous le confessez merveilleusement.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous reconnaissez sa majesté.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce psaume chante le règne universel de Dieu.<br />
Il est heureusement mis au début de l’office : il est une invitation à louer Dieu. Raison de mon existence de prêtre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le v 1</strong> est une invitation, une convocation adressée à toute la communauté, à tout prêtre. Le prêtre doit acclamer Dieu : « venite exultemus Domino »<br />
« Exsulto : se traduit en français par « sauter, bondir, rebondir, s’élancer bouillonner ; bondir de joie, exulter.<br />
« Exultatio : saut, bond, transport de joie »<br />
Nos journées, si nous vivons dans l’esprit liturgique, doivent nécessairement commencer dans la joie.</p>
<p style="text-align: justify;">N’oubliez pas que la vertu de religion a pour effet, de soi et principalement, dans une âme, de lui faire connaître l’allégresse, en latin, saint Thomas utilise le mot : « laetitia » que l’on traduit par : « joie, allégresse » mais aussi « beauté, grâce, ornements » (style), non point une beauté plastique qui passe, mais une beauté spirituelle, une pureté du visage.</p>
<p style="text-align: justify;">Le prêtre doit acclamer Dieu, pousser des cris de jubilation en l’honneur de celui qui est « le rocher de son salut » : « Venite, exultemus Domino, acclamemus petrae salutis nostrae » ou dans la Vulgate « jubilemus Deo salutari nostro »</p>
<p style="text-align: justify;">« Rocher de son salut » est une image utilisée fréquemment dans les psaumes :<br />
Ps 62, 3,7 ; Ps 139 27.</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu est solide comme le roc. La dureté du rocher fait de lui un abri sûr. Il offre refuge et salut. Dieu est appelé le rocher d’Israël parce qu’il lui assure le salut. Les titres divins qui vont de pair avec celui-ci soulignent ce sens : Dieu est citadelle, refuge, rempart, bouclier, tour forte, abri (2 S 22 2 ; Ps 18, 3.32 : 31 4 ; 61 4 ; 144 2). Il est le Rocher éternel (Is 26 4 ; 30 29) et unique (Is 44 8). Dans le NT, c’est le Christ qui est la pierre de fondement (Rm 9 33 ; 1 Pe 2 6ss). L’homme qui écoute sa parole édifie sur le roc (Mt 7 24)</p>
<p style="text-align: justify;">Le rocher du désert d’où l’eau jaillit : il est source de vie du peuple : Ex 17 6<br />
Le Christ ouvre aussi pour les siens la source de l’eau vive en leur donnant l’Esprit-Saint, les sacrements.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’abri de ce rocher, le prêtre sait que ses ennemis ne peuvent l’atteindre. C’est dans la contemplation de ce salut, de ce « mystère de la piété » que nous avons étudié plus haut, que le prêtre doit trouver sa joie, sa paix, l’ordre. Ce salut est pour le prêtre « l’Absolu ». Il doit iterum et iterum considérer cette Charité du Christ et voir tout à cette lumière. Tout le reste doit être considéré comme « secondaire», comme de la « balayeur » dira saint Paul :Cf Phil 3 8 et ss)…</p>
<p style="text-align: justify;">« Présentons-nous devant lui avec nos louanges, célébrons le dans nos cantiques » « et in psalmis jubilemus ei ». « Jubilare : c’est encore un verbe de joie intense ».</p>
<p style="text-align: justify;">De ce culte réclamé par l’Eglise pour son prêtre, le psalmiste donne aussitôt la raison.<br />
D’abord, il est le « Dieu grand » « Deus magnus Dominus », il est le Dieu « puissant et fort ». Il est aussi un grand roi « Rex magnus » au dessus de tous les dieux, i.e. au dessus de toutes créatures que l’homme divinise : le ciel, la soleil, les différentes puissances terrestres. De tous celles-là, les versets 4-5 disent qu’ils sont les créatures, la propriété et les ouvrages de « ses mains », depuis les abîmes de la terre jusqu’au sommet des montagnes. Il est donc le créateur et le maître de tout ce qui existe.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici, vous le voyez, le psalmiste me fait contempler l’excellence divine tiré de son œuvre créatrice. Notre chant liturgique dans ce psaume sera d’autant plus spontané que nous aurons meilleure connaissance de ces qualités divines. La connaissance, la méditation de Dieu et de ses vertus est cause prochaine de la dévotion. Ne l’oublions pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Et le psalmiste en conclut : « venez, prosternons-nous et inclinons-nous, fléchissons le genou devant la face de Dieu, notre créateur ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous retrouvons la raison du culte que l’on doit à Dieu : Il est le Seigneur et Maître, le principe et la fin de tout.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ici, nous constatons que le psalmiste nous appelle à une attitude physique, corporelle. « Fléchissons le genou », « inclinons-nous ». La vertu de religion implique non seulement la méditation intérieure, une attitude spirituelle mais aussi corporelle et physique. Le corps doit exprimer aussi notre acte de religion. Il le manifeste. Et de plus l’âme s’en nourrit. Elle accroît même notre «vertu de religion ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mgr Lefebvre disait un jour, le 2 décembre 1975, dans une conférence spirituelle : « Lorsque vous vous inclinez au Gloria Patri et Filio et Spiritu Sancto, par exemple, vous exprimez votre adoration. C’est peut-être une des plus belles prières après le Pater Noster et l’Ave Maria. Le Gloria Patri est le résumé de toute la prière. Dans les psaumes, nous chantons la gloire de Dieu, qui nous est indéfinissable, ineffable et nous résumons les sentiments que nous avons eus au cours du Psaume dans le Gloria Patri à la fin de chaque psaume. C’est très beau et réconfortant. Ainsi une liturgie bien célébrée avec toutes les inclinations, toutes les révérences nous aide à développer notre vertu de religion. Nous ne faisons pas ces gestes pour donner l’aspect d’un beau théâtre réalisé par l’Eglise, mais pour alimenter notre esprit d’adoration » ( La sainteté sacerdotale. (p220).</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Thomas aussi l’explique dans l’article 2 de la question 84 de la IIa IIae.<br />
Il écrit que l’adoration, qui est un acte de la religion, un acte de « latrie » parce qu’ « elle est ordonnée à la révérence de celui qu’on adore » -ce qui est le propre de la religion – doit s’exprimer d’une double manière parce que nous sommes composés d’une double nature, la nature intellectuelle et la nature sensible. L’adoration spirituelle qui consiste dans la dévotion intérieure de l’esprit ; et l’adoration corporelle qui consiste dans l’humiliation extérieure du corps. Et parce que dans tous les actes de latrie, ce qui est extérieur se réfère à ce qui est intérieur, comme à ce qui est principal, à cause de cela l’adoration extérieure elle-même se fait pour l’adoration intérieure : afin que par les signes d’humilité que nous donnons corporellement, notre cœur soit excité à se soumettre à Dieu ; car il nous est connaturel d’aller par les choses sensibles aux choses intellectuelles ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi donc le psalmiste nous dit : « venez, prosternons-nous et inclinons-nous, fléchissons le genou devant la face de Dieu, notre créateur ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous exprimons ainsi notre humilité devant la Seigneur du Maître.</p>
<p style="text-align: justify;">Benoît XVI insiste lui aussi beaucoup sur cette attitude physique et spirituelle dans la liturgie.</p>
<p style="text-align: justify;">Il en parle, je dois dire merveilleusement, dans son beau livre « L’esprit de la liturgie » et tout particulièrement au chapitre 2 de la Quatrième partie du livre intitulé : « la forme de la liturgie ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce chapitre 2, il parle de la « participation active » ; il parle du « signe de la croix » ; et enfin de « l’agenouillement et de l’inclination » ; puis « de la station debout et assise » ; puis il revient sur « l’inclination » dans son § 5 consacré à certains « gestes » liturgiques ; enfin il parle des paroles et du silence liturgique.<br />
Les objets du chapitre 2 de ce livre vous en disent l’importance.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à notre psaume :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>V 8-9</strong> : Hodie ; si vocem audieritis, nolite oburare corda vestra, sicut in exacerbatione secundum diem tentationis in deserto, ubi tentaverunt me patres vestri, probaverunt et viderunt opera mea »…</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui si vous écoutez ma voix : n’endurcissez pas votre cœur, comme à « Merida », comme au jour de « Massah », au désert. Ces deux noms et l’expression « endurcir » son cœur sont évidemment pris au Pentateuque, mais les deux noms géographiques se rapportent à deux circonstances et deux endroits différents, au campement d’Israël à Raphidim (Ex 17 2-7) où le peuple tente Dieu et querelle Moïse, ou aux eaux de Merida (Num 20 3-20), près de Cadès. Dans ces deux circonstances, Israël se plaint de manquer d’eau et regrette d’avoir quitté l’Egypte, doutant que Dieu lui vienne en aide, bien qu’il eut déjà donné tant de preuves de sa toute puissance et de sa providence vigilante depuis l’exode : « probaverunt et viderunt opera mea ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>V 10-11</strong> : A cause de leur incrédulité et de leur défiance et cela durant quarante ans, j’eus de l’aversion : « offensus fui ».<br />
« offendo : affecter, incommoder, blesser, choquer, déplaire »</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un peuple égaré de cœur et qui ne connaît pas mes voies c’est-à-dire qui ne m’obéit pas, qui ne suit pas les sentiers indiqués par son pasteur<br />
C’est pourquoi, dans ma colère, j’en ai fait le serment : ils n’entreront jamais dans le lieu de mon repos. (la Palestine)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’adoration est la grande loi divine.</strong> Qui ne s’y attache pas, qui ne confesse pas la grandeur de Dieu, sa majesté et ne l’adore, ne connaîtra pas « le repos du Seigneur ». Mais non seulement qui ne confesse pas « la grandeur de Dieu » mais qui murmure contre sa Providence ignorant les bienfaits incessants de Dieu à son Peuple.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>NB : Le laïcisme qui refuse Dieu a une grande part dans la responsabilité du « dévoiement » du peuple et de sa désolation..</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Usage liturgique</strong> : Par ses exhortations répétées à louer Dieu, ce psaume est particulièrement indiqué pour servir d’introduction à l’office divin. Il en est ainsi universellement depuis Saint Benôit.<br />
(Regula c 9 :Combien de Psaumes dire à l’Office de nuit. Le début de l’Office : le premier Nocturne<br />
1 Pendant l&#8217;hiver, du 1er novembre jusqu&#8217;à Pâques, on dit d&#8217;abord trois fois le verset : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange » (Psaume 50, 17).<br />
2 On ajoute le psaume 3 et le « Gloire au Père ».<br />
3 Ensuite on chante le psaume 94 avec antienne, ou bien sans antienne, d&#8217;un bout à l&#8217;autre sans s&#8217;arrêter…)</p>
<p style="text-align: justify;">A la fête de l’Epiphanie, il ouvre le troisième nocturne.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous rencontrerez sans cesse dans le bréviaire, ces psaumes d’adoration, d’allégresse, de bénédiction, de joie qui inspireront le chant choral. Et qui ont inspiré les musiciens, un Bach…</p>
<p style="text-align: justify;">Par exemple <strong>le Ps 95</strong> que l’on chante aux laudes du mardi : « Cantate Dominum canticum novum »</p>
<p style="text-align: justify;">« Chantez au Seigneur un cantique nouveau…Chantez et bénissez son nom raconter sa gloire parmi les nations… »</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un appel pour tous les peuples à louer Dieu, « à bénir son nom ». C’est un<br />
appel à chanter le Seigneur pour sa grandeur infinie, sa puissance, sa bonté dont<br />
il a donné des preuves si fréquentes à son peuple d’Israël et qui exige de lui sa reconnaissance, en même temps que son admiration pour la grandeur et la beauté de ses œuvres et ses merveilles. « mirabilia eius ». Pour l’Ancien estament, on peut penser à toute l’histoire de la délivrance du peuple de l’esclavage du Pharaon… Pour nous, on peut penser à la prière de Notre Dame au jour de la Nativité : Notre Dame gardait toutes ces choses dans son cœur. On peut penser au chant du Magnificat : « Il fit en moi de grandes choses » « « quia fecit mihi magna qui potens est ». On peut penser aux « merveilles » que partirent annoncer les disciples le jour de la Pentecôte…On peut pesner au merveilleux plan divin du salut…</p>
<p style="text-align: justify;">Oui Dieu est grand « et souverainement digne de louange ». Il est appelé ici « terribilis » avec le sens « de digne d’adoration » en opposition à tous les autres dieux qui participent plus au néant qu’à l’être, qui ne sont que des « démons ». Face à ces « néants » de dieux, le Seigneur, lui, a créé les cieux… Le psalmiste leur oppose la puissance de Dieu : Lui, « Dieu a créé les cieux ». Les cieux sont l’œuvre de ses mains. Ils sont le sanctuaire où Il règne entouré de gloire et de majesté, de force et de beauté. Parmi les attributs divins, le psalmiste ne mentionne ici que ceux qui le représentent comme roi, laissant de côté son immensité, son éternité, et même sa sainteté. Il ne parle que de sa gloire et de sa majesté, que de sa puissance et de sa splendeur.</p>
<p style="text-align: justify;">La grandeur de Dieu réclame donc qu’on commence par lui rendre hommage, « gloriam et honorem » et non pas un seul, mais toutes les races et toutes les nations.<br />
« Adferte Domino gloriam nomini eius »<br />
« Tollite hostias et in atria eius » : Il ne faut pas s’arrêter à la simple reconnaissance…le psalmiste demande plus, il demande aussi pour Dieu le culte extérieur. Il faut d’abord se présenter sur les sacrés parvis avec l’offrande des pains, du sacrifice non sanglant : « hostias » et avec ces présents, venez devant Dieu et faites devant Lui les prostrations, le geste de l’adoration et que toute terre se tienne en tremblant devant sa face, c-à-d devant son Temple, avec une humble et totale soumission. La Vulgate traduit ce mouvement par « commoveatur ». C’est un verbe de mouvement : Commoveo, commovi, commotum. : mettre en mouvement, déplacer ; secouer, agiter, remuer ; troubler, émouvoir, exciter. En français, commotion. On peut voir ici une allusion à l’action liturgique, allant jusqu’à la danse sacrée, celle de David lors du transport de l’Arche.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>v/ 10</strong> : Le Seigneur règne ; Dominus regnavit.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce règne de justice et de force et d’amour est la raison de la joie de tout l’univers, ce qui est décrit par les v/ 11-13 : ils décrivent les tressaillements du monde entier à la venue du règne divin. La création inanimée prend part à la joie universelle, allégresse du ciel et de la terre ; la mer avec tout ce qu’elle renferme, exulte avec un bruit de tonnerre, ainsi que les forets…</p>
<p style="text-align: justify;">C’est le très émouvant cantique des trois enfants dans Dan 3 57-88 et 56 que l’on chante à Laudes du dimanche.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons dit plus haut à l’occasion du « Tollite hostias » qu’il faut rendre un culte non seulement intérieur mais un culte extérieur, ce qu’on appelle le l’oblation du sacrifice qui permet de confesser une totale soumission à l’égard de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais offrir le sacrifice à Dieu, qu’est-ce à dire ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Offrir un sacrifice à Dieu est une disposition foncière à l’homme, cela relève de la loi naturelle. Cela relève de sa finitude et donc de sa soumission à l’égard de Dieu dont il reçoit tout. Le Père Pègue dit : « sa condition d’être fini, imparfait et défectueux, dicte à l’homme qu’il a besoin d’un être supérieur à lui dont il dépend et à qui il doit rendre, sous forme d’hommage et selon un mode qui convienne à sa nature d’être sensible, les biens qu’il en reçoit, marquant surtout l’entière dépendance où il est par rapport à Lui. Or c’est en cela même que consiste la raison de sacrifice. D’où il suit que l’obligation d’offrir à Dieu un sacrifice, en ce qu’elle a d’essentiel et de général, sans descendre encore aux déterminations particulières du mode d’y répondre dans la pratique, est une obligation qui relève de la loi naturelle ». (p. 145)</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà ce que nous enseigne le psalmiste, ce qu’il nous fait comprendre. « Tollite hostias »</p>
<p style="text-align: justify;">Et il faut ajouter que « parce que le sacrifice est destiné à signifier la reconnaissance du souverain domaine de Dieu sur nous, domaine qui le constitue notre Maître et Seigneur en raison du bienfait de la création et de celui de la béatitude, où lui seul a, pour chacun d’entre nous, la raison de Principe et de Fin, il s’ensuit que le sacrifice ne peut être offert qu’à Dieu seul. L’offrir à tout autre, quel qu’il pût être, serait un crime de lèse majesté divine » (p 148)</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà ce qui est encore enseigné par notre psaume.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Au Ciel.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette adoration qui est le propre du prêtre est aussi le propre du Ciel.<br />
Saint Jean, dans son Apocalypse entrouvre le ciel et nous permet de contempler la cour céleste, dans sa totalité, les anges et les élus, dans l’adoration du « trône de Dieu et de l’Agneau.<br />
C’est particulièrement émouvant et édifiant.<br />
<strong>C’est tout le chapitre 5 :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chapitre 5 </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Puis je vis dans la main droite de Celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, et scellé de sept sceaux. Et je vis un ange puissant qui criait d&#8217;une voix forte &nbsp;&raquo; Qui est digne d&#8217;ouvrir le livre et de rompre les sceaux? &nbsp;&raquo;<br />
Et personne ni dans le ciel, ni sur la terre, ne pouvait ouvrir le livre ni le regarder.<br />
Et moi je pleurais beaucoup de ce qu&#8217;il ne se trouvait personne qui fût digne d&#8217;ouvrir le livre, ni de le regarder.<br />
Alors un des vieillards me dit : &nbsp;&raquo; Ne pleure point; voici que le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu, de manière à pouvoir ouvrir le livre et ses sept sceaux. &nbsp;&raquo;<br />
Et je vis, et voici qu&#8217;au milieu du trône et des quatre animaux, et au milieu des vieillards, un Agneau était debout: il semblait avoir été immolé; il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés par toute la terre. Il vint, et reçut le livre de la main droite de Celui qui était assis sur le trône. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Quand il eut reçu le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l&#8217;Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d&#8217;or pleines de parfums, qui sont les prières des saints. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant : &nbsp;&raquo; Vous êtes digne de recevoir le livre et d&#8217;en ouvrir les sceaux; car vous avez été immolé et vous avez racheté pour Dieu, par votre sang, des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation ; et vous les avez faits rois et prêtres, et ils régneront sur la terre. &nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Puis je vis, et j&#8217;entendis autour du trône, autour des animaux et des vieillards, la voix d&#8217;une multitude d&#8217;anges, et leur nombre était des myriades et des milliers de milliers. Ils disaient d&#8217;une voix forte : &nbsp;&raquo; L&#8217;Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l&#8217;honneur, la gloire et la bénédiction. &nbsp;&raquo;<br />
Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer, et toutes les choses qui s&#8217;y trouvent, je les entendis qui disaient : &nbsp;&raquo; A Celui qui est assis sur le trône et à l&#8217;Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles! &nbsp;&raquo; Et les quatre animaux disaient : &nbsp;&raquo; Amen ! &nbsp;&raquo; Et les vieillards se prosternèrent et adorèrent [Celui qui vit aux siècles des siècles] »</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais vous avez aussi le chapitre 7 9-17</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Après cela, je vis une foule immense que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue. Ils étaient debout devant le trône et devant l&#8217;Agneau, vêtus de robes blanches et tenant des palmes à la main. Et ils criaient d&#8217;une voix forte, disant : &nbsp;&raquo; Le salut vient de notre Dieu qui est assis sur le trône, et a l&#8217;Agneau ! &nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Et tous les anges se tenaient autour du trône, autour des vieillards et des quatre animaux; et ils se prosternèrent sur leurs faces devant le trône, en disant &nbsp;&raquo; Amen! La louange, la gloire, la sagesse, l&#8217;action de grâces, l&#8217;honneur, la puissance et la force soient à notre Dieu, pour les siècles des siècles! &nbsp;&raquo;<br />
Alors un des vieillards, prenant la parole me dit: &nbsp;&raquo; Ceux que tu vois revêtus de ces robes blanches qui sont-ils, et d&#8217;où sont-ils venus? &nbsp;&raquo;<br />
Je lui dis : &nbsp;&raquo; Mon Seigneur, vous le savez. &nbsp;&raquo; Et il lui dit &nbsp;&raquo; Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation; ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l&#8217;Agneau.<br />
C&#8217;est pour cela qu&#8217;ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son sanctuaire. Et Celui qui est assis sur le trône les abritera sous sa tente; ils n&#8217;auront plus faim, ils n&#8217;auront plus soif; l&#8217;ardeur du soleil ne les accablera plus, ni aucune chaleur brûlante; car l&#8217;Agneau qui est au milieu du trône sera le pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. &laquo;&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Enfin, il faut citer le chapitre 19 1-10 :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chapitre 19 </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Après cela, j&#8217;entendis dans le ciel comme une grande voix d&#8217;une foule immense qui disait ; &nbsp;&raquo; Alléluia ! Le salut, la gloire et la puissance appartiennent à notre Dieu, parce que ses jugements sont vrais et justes. Il a jugé la grande prostituée qui corrompait la terre par son impudicité, il a vengé le sang de ses serviteurs répandu par ses mains. &nbsp;&raquo;<br />
Et ils dirent une seconde fois : &nbsp;&raquo; Alléluia ! Et la fumée de son embrasement monte aux siècles des siècles. &nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Et les vingt-quatre vieillards et les quatre animaux se prosternèrent et adorèrent Dieu assis sur le trône, en disant &nbsp;&raquo; Amen ! Alléluia! &nbsp;&raquo;<br />
Et il sortit du trône une voix qui disait : &laquo;&nbsp;Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, et vous qui le craignez, petits et grands ! &nbsp;&raquo; Et j&#8217;entendis comme la voix d&#8217;une foule immense, comme le bruit des grandes eaux, comme le fracas de puissants tonnerres, disant: &laquo;&nbsp;Alléluia! car il règne, le Seigneur notre Dieu, le Tout-Puissant ! Réjouissons-nous, tressaillons d&#8217;allégresse et rendons-lui gloire; car les noces de l&#8217;Agneau sont venues, et son épouse s&#8217;est préparée, et il lui a été donné de se vêtir de lin fin, éclatant et pur. &nbsp;&raquo; &#8211; Ce fin lin, ce sont les vertus des saints.<br />
Et l&#8217;ange me dit : &nbsp;&raquo; Ecris : Heureux ceux qui sont invités au festin des noces de l&#8217;Agneau! &nbsp;&raquo; Et il ajouta : &nbsp;&raquo; Ces paroles sont les véritables paroles de Dieu. &nbsp;&raquo;<br />
Je tombai alors à ses pieds pour l&#8217;adorer; mais il me dit: &laquo;&nbsp;Garde-toi de le faire! Je suis ton compagnon de service, et celui de tes frères qui gardent le témoignage de Jésus. Adore Dieu.&nbsp;&raquo; Car le témoignage de Jésus est l&#8217;esprit de la prophétie ». </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>.<br />
</em><strong>A cette adoration céleste, notre liturgie fait écho dans son « Te Deum Laudamus » que tous les dimanches et jours de fêtes vous direz dans votre intime :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Texte français (version traduite)<br />
<em>Nous te louons, Dieu,<br />
Nous t&#8217;acclamons, Seigneur.<br />
Père éternel,<br />
Toute la Terre te vénère.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>C&#8217;est pour toi que tous les anges,<br />
les cieux, toutes les puissances,<br />
les chérubins et les séraphins<br />
chantent inlassablement :</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Saint, Saint, Saint,<br />
Dieu, Seigneur de l&#8217;univers ;<br />
le ciel et la terre sont remplis<br />
de la gloire de ta majesté. »</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>C&#8217;est toi que les Apôtres glorifient,<br />
toi que proclament les prophètes,<br />
toi dont témoignent les martyrs.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>C&#8217;est toi que par le monde entier<br />
l&#8217;Église annonce et reconnaît ;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Nous t&#8217;adorons, Père infiniment saint,<br />
ton Fils unique et bien-aimé,<br />
et aussi le Saint Esprit.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Toi, Christ, tu es Seigneur de la gloire,<br />
Tu es le Fils de Dieu,<br />
Toi, pour libérer l&#8217;humanité captive,<br />
Tu n&#8217;as pas craint le corps d&#8217;une vierge.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Par ta victoire sur la mort,<br />
tu as ouvert à tout croyant le Royaume des Cieux ;<br />
tu sièges à la droite de Dieu le Père<br />
dans la gloire.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ici, on peut commenter cette strophe en utilisant Saint Thomas qui nous décrit dans la III pars les bienfaits de la Passion du Christ. Ce que nous avons déjà considéré plus haut.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Nous croyons que tu viendras en juge.<br />
Aussi, défends tes serviteurs,<br />
sauvés par ton sang :<br />
prends-les avec tous les saints<br />
pour jouir avec eux de la gloire éternelle.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Sauve ton peuple, Seigneur,<br />
et bénis ceux qui ont recueilli ton héritage.<br />
Et conduis-les<br />
Et donne-leur l&#8217;éternité.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Chaque jour nous te bénissons ;<br />
Nous louons ton nom pour toujours,<br />
Et pour les siècles des siècles.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Pitié, Seigneur, aujourd&#8217;hui,<br />
garde nous du péché.<br />
Prends pitié de nous, Seigneur,<br />
prends pitié de nous.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Que ta miséricorde, Seigneur, soit sur nous,<br />
ainsi que nous l&#8217;espérons.<br />
C&#8217;est en toi, Seigneur, que j&#8217;ai espéré.<br />
Que je ne sois jamais confondu.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, comme le dit Mgr Lefebvre, dans son livre « la Sainteté sacerdotale », l’Eglise, dans le Te Deum et de nombreux psaumes, multiplie les actes de louange et de reconnaissance, elle nous fait chanter la grandeur de Dieu et ses bienfaits, elle nous fait vivre en Dieu, elle nous fait participer déjà un petit peu au cantique éternel que chantent les saints dans le Ciel : sanctus, sanctus, sanctus » (p. 223).<br />
Ou encore : « A force de louer Dieu, de mettre devant nos yeux sa grandeur, sa toute puissance, sa bonté…peu à peu nous nous mettons aussi à la place qui nous revient, à savoir l’humilité, c’est-à-dire la vérité. Cette humilité nous conduit à la révérence vis-à-vis de Dieu et de tout ce qui vient de Lui » (cf p 220)</p>
<p style="text-align: justify;">Ne trouvez vous pas que le plus beau chant c’est le chant de la Vierge Marie, son Magnificat ! Là éclatent les sentiments d’humilité devant la grandeur de Dieu.</p>


<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/4041/le-sacerdoce-catholique-septieme-conference/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Septième conférence'>Le sacerdoce catholique. Septième conférence</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/4048/4048/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Neuvième conférence'>Le sacerdoce catholique. Neuvième conférence</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/4019/le-sacerdoce-catholique/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Première conférence'>Le sacerdoce catholique. Première conférence</a></li>
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		<title>Le sacerdoce catholique. Douzième et treizième conférences</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 15:01:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Douzième et treizième conférences. L’amour de Dieu Domus caritatis (2) Approchons nous maintenat de la pensée de saint Bernard de Clairvaux dans son traité merveilleux : “de l’amour de Dieu” Chapitre 1 : Pourquoi et comment on doit aimer Dieu ? 1- Tu me demandes de te dire pourquoi il faut aimer Dieu et comment? [...]

<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/2934/cloture-de-lannee-sacerdotale-lamour-de-dieu-et-le-sacerdoce-catholique/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Clôture de l&#8217;année sacerdotale: L&#8217;amour de Dieu et le sacerdoce catholique'>Clôture de l&#8217;année sacerdotale: L&#8217;amour de Dieu et le sacerdoce catholique</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/4038/le-sacerdoce-catholique-sixieme-conference/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Sixième conférence'>Le sacerdoce catholique. Sixième conférence</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/4025/le-sacerdoce-catholique-deuxieme-conference/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Deuxième conférence'>Le sacerdoce catholique. Deuxième conférence</a></li>
</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Douzième et treizième conférences.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">L’amour de Dieu<br />
Domus caritatis (2)</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale11.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4059" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale11.bmp" alt="" /></a>Approchons nous maintenat de la pensée de saint Bernard de Clairvaux dans son traité merveilleux : <strong>“de l’amour de Dieu”</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chapitre 1 : Pourquoi et comment on doit aimer Dieu ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>1- Tu me demandes de te dire pourquoi il faut aimer Dieu et comment? </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Je te réponds: la raison d&#8217;aimer Dieu, c&#8217;est Dieu lui-même !<br />
La mesure de cet amour, c&#8217;est de l&#8217;aimer sans mesure. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Est-ce que cela ne suffit pas ?<br />
Si, bien sûr, mais seulement pour un sage. Or, je parle aussi pour des ignorants (Romains 1, 14).<br />
D&#8217;ailleurs, si cela suffit pour un sage, je dois aussi penser aux autres.<br />
Alors, c&#8217;est avec plaisir que je dirai pour eux la même chose, plus longuement, mais pas plus profondément. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Je crois qu&#8217;il faut dire qu&#8217;il y a deux raisons d&#8217;aimer Dieu pour lui-même:<br />
- d&#8217;abord rien n&#8217;est plus juste.<br />
- ensuite rien ne peut être aussi avantageux pour nous. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>C&#8217;est cela qui vient à l&#8217;esprit quand on pose la question : &nbsp;&raquo; Pourquoi aimer Dieu ? &nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Cette question peut vouloir dire deux choses : &#8211; Est-ce qu&#8217;il faut aimer Dieu parce qu&#8217;il le mérite, ou parce que nous y gagnons quelque chose ? Je ne ferai qu&#8217;une seule réponse à ces deux questions : en effet, je ne vois pas d&#8217;autre bonne raison d&#8217;aimer Dieu que Dieu lui-même. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Voyons, tout d&#8217;abord, pourquoi Dieu est digne d&#8217;être aimé. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Commentaire :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Bernard se pose la question du pourquoi et du comment aimer Dieu :<br />
<strong>« Tu me demandes de te dire pourquoi il faut aimer Dieu et comment</strong> »?</p>
<p style="text-align: justify;">Sa réponse est claire :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1- Sur le « pourquoi »</strong> : « la raison d&#8217;aimer Dieu, c&#8217;est Dieu lui-même » ! Il précise un peu sa réponse, il la subdivise même :<br />
- parce qu’il a mérité notre amour.<br />
- parce qu’il n’y a rien de plus profitable pour notre âme</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>a-Parce qu’il a mérité notre amour :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Toute notre étude sur le salut, sur le plan divin, sur le « mystère de la piété, sur la rédemption opérée par le Christ en sa passion, en est la preuve ; là, sur la Croix, il a vraiment mérité notre amour. En conséquence aimer Dieu est une affaire d’abord de justice. La définition de la justice est de rendre à chacun son du. A Dieu est du notre amour parce qu’il l’a largement mérité en sa Passion douloureuse. Ce serait une injustice que de ne pas l’aimer de retour…après tout ce qu’il a fait pour notre salut. Plus je médite l’amour de Dieu…plus je comprends que je dois l’aimer. Je ne peux pas ne pas l’aimer. Oui ! Vraiment aimer Dieu : il n’y a rien ne soit plus juste. Saint Bernard développera cette idée des chapitres 1à 6.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>b-Parce qu’il n’y a rien de plus profitable pour notre âme. Il</strong> faut aimer Dieu pour l’avantage que nous retirons de cet amour. Dieu étant ce qu’il est, rien ne peut être plus avantageux, plus profitable à mon âme. Il développera cette idée dans son chapitre 7</p>
<p style="text-align: justify;">On retrouve bien sa réponse essentielle à la question posée : « pourquoi il faut aimer Dieu », il dit bien : « Je te réponds: la raison d&#8217;aimer Dieu, c&#8217;est Dieu lui-même » !</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu est tel qu’il est juste d’être aimé et que cela ne peut pas ne pas être profitable à mon âme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2- Quant au « comment », en latin au « modus »,</strong> il faut retenir cette très belle réponse : « <em>La mesure de cet amour, c&#8217;est de l&#8217;aimer sans mesure</em> ». Ce sera l’objet de son chapitre 6.<em> « Modus, sine modo diligeri ».</em></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Bernard va donc commencer par traiter du mérite de Dieu d’être aimé : « <strong>Commençons par traiter de son mérite</strong> ».<br />
Voici son exposé. C’est le chapitre 2 :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Voici pourquoi Dieu est digne de recevoir beaucoup d&#8217;amour de nous: il s&#8217;est donné à nous, même quand nous n&#8217;étions pas dignes de lui (Galates 1, 4).<br />
Est-ce qu&#8217;il pouvait nous donner quelque chose de meilleur que lui-même !<br />
Nous cherchons les raisons d&#8217;aimer Dieu et nous nous demandons: pourquoi Dieu a-t-il droit à notre amour ?<br />
C&#8217;est, tout d&#8217;abord, parce que &laquo;&nbsp;Dieu nous a aimés le premier&nbsp;&raquo; (1 Jean 4, 9).<br />
Vraiment il mérite que nous l&#8217;aimions en retour.<br />
C&#8217;est clair, surtout si nous nous posons ces trois questions :<br />
-Celui qui nous aime, qui est-il ?<br />
-Ceux que Dieu aime, qui sont-ils ?<br />
- Quelle est la mesure de son amour ? </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Celui qui nous aime, qui est-il ? :<br />
C&#8217;est celui que tout être humain reconnaît en disant : &laquo;&nbsp;Tu es mon Dieu parce que tu n&#8217;as pas besoin de mes biens&nbsp;&raquo; (Psaume 15, 2).<br />
Oui, l&#8217;amour que le Dieu Très-Haut nous porte est un amour vrai.<br />
En effet, il ne cherche pas son intérêt (1 Corinthiens 13, 4-5).<br />
Et pour qui Dieu est-il si généreux ?<br />
L&#8217;apôtre Paul le dit: &laquo;&nbsp;Quand nous étions les ennemis de Dieu, il nous a réconciliés avec lui&nbsp;&raquo; (Romains 5, 10).<br />
Donc, Dieu a aimé ses ennemis d&#8217;un amour gratuit. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Enfin, quelle est la mesure de cet amour ? </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>L&#8217;apôtre Jean nous le dit: &laquo;&nbsp;Dieu a tellement aimé le monde qu&#8217;il a donné son Fils unique&nbsp;&raquo; (Jean 3, 16).<br />
L&#8217;apôtre Paul écrit aussi : &laquo;&nbsp;Même son Fils, Dieu ne l&#8217;a pas gardé pour lui, mais il l&#8217;a donné pour nous tous&nbsp;&raquo; (Romains 8, 32).<br />
Et le Fils dit en parlant de lui-même: &laquo;&nbsp;Si quelqu&#8217;un donne sa vie pour ses amis, c&#8217;est la plus grande preuve d&#8217;amour&nbsp;&raquo; (Jean 15, 13).<br />
Voilà ce que le Dieu juste a fait pour des pécheurs! (Romains 5, 6-7)<br />
Voilà ce que le Tout-Puissant a fait pour nous qui sommes si faibles&#8230;<br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Commentaire :<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme vous le voyez, en lisant ce passage du chapitre 2, Saint Bernard consacre son chapitre à répondre à la question : pourquoi aimer Dieu ? Il va répondre parce qu’il l’a mérité. C’est donc simple justice que de l’aimer en retour.<br />
Oui, Notre Dieu a mérité notre amour. Et comment saint Bernard le démontre-t-il ? Il le démontre en méditant le mystère de l’Incarnation Rédemptrice . Il cite d’abord l’épître de saint Paul aux Galates : « que la paix et la grâce vous soient données de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nos péchés ».<br />
Saint Paul, ici, fait nette allusion au mystère de l’Incarnation Rédemptrice.<br />
Et saint Bernard insiste sur cette idée de l’Incarnation Rédemptrice. Il nous fait remarquer, citant saint Jean, que c’est &laquo;&nbsp;Dieu (qui) nous a aimés le premier&nbsp;&raquo; (1 Jean 4, 9). Aussi Dieu a-t-il le droit d’être aimé en retour.<br />
La phrase latine est très forte : « Dignus plane qui redametur ». En français, c’est traduit platement : « Vraiment il mérite que nous l&#8217;aimions en retour ». Le « <em>plane </em>» latin est mal rendu. «<em> Plane</em> » veut dire nettement, franchement, sans détour, sans ambiguïté, clairement, entièrement.<br />
Dieu nous aimé le premier. « <em>Prior dilexit nos</em> ». On retrouve ici l’affirmation de saint Jean dans son évangile : Jn 3 16 : « c’est d’un tel amour que Dieu nous a aimé qu’il a envoyé son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ». L’amour de Dieu est la cause première de l’Incarnation Rédemptrice : « c’est d’un tel amour que Dieu nous a aimé qu’Il a donné son Fils unique ». Mais il faut dire également qu’elle la cause finale de l’Incarnation Rédemptrice : « …afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ». L’Incarnation rédemptrice est vraiment la manifestation de la charité de Dieu. Saint Bernard, du reste, à la fin de son chapitre 7 reprendra merveilleusement l’idée.<br />
<em>« Prior dilexit nos</em> » : il est donc digne d’être aimé en retour : <em>« Dignus plane qui redametur</em> ».<br />
Surtout si l’on comprend bien<br />
-qui est celui qui aime : l’être transcendant, majestueux et tout puissant. Le créateur de toutes choses.<br />
-qui sont ceux qu’Il aime : des « ennemis, des coupables, des pécheurs ». Saint Paul y insiste : « Lorsque nous étions encore ses ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu » (Rm 5 10)<br />
-et combien il les aime : « Quelle est la mesure de son amour ? », un amour immense jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’il aime. : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner vie pour ceux que l’on aime ».<br />
Saint Bernard en tire une première conclusion, une première qualité de cet amour divin : il est miséricordieux et gratuit : « Delexit ergo Deus et gratis et inimicos ». Dieu a donc aimé ses ennemis et les a aimés gratuitement.<br />
Enfin quelle est la mesure de cet amour divin ? Pour en comprendre l’immensité, il cite Jn 3 16. C’est un des plus beaux textes en effet qui permet de comprendre l’immensité de cet amour divin. Cet amour se mesure au don fait : rien d’autre que le Fils de Dieu, le Monogène, le « trésor » de Dieu, « Celui en qui il a mis toutes ses complaisances. Il ne peut faire de don plus grandiose, plus parfait. Or l’amour se mesure au don. Ergo. L’amour de Dieu est immense. (cf la parabole des vignerons homicides)<br />
Il cite également saint Paul : Rm 8 32 : « Il n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré à la mort pour nous ».<br />
Il cite encore le témoignage du Fils de Dieu lui-même : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ».<br />
C’est ainsi que saint Bernard prouve que Dieu a mérité notre amour. Tels sont les mérites que le « juste » s’est acquis auprès de coupables ; tel est l’amour du Très Haut pour d’infimes créatures, du Tout Puissant pour notre extrême faiblesse.<br />
<strong>La conclusion s’impose absolument</strong> : « Il est donc digne d’être aimé en retour ». Oui ! « Dieu mérite notre amour ».<br />
C’est la conclusion non seulement de saint Bernard, mais de tous les saints, de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ».<br />
C’est le langage de la foi. C’est la conclusion de la foi.<br />
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<br />
Mais comment répondre aux infidèles à qui le langage de la foi ne dit rien ?<br />
Saint Bernard répond à cette objection dans son chapitre 3, le chapitre suivant.<br />
Il va utiliser le langage de la raison, le langage philosophique et va démontrer que même ceux qui n’ont pas la lumière de la foi, doivent aimer Dieu. Ils le doivent en raison « des immenses bienfaits de Dieu »<br />
Pourquoi ceux-là doivent-ils aussi aimer Dieu ? Il répond : en raison des bienfaits de Dieu, en invoquant le nombre infini de ses bienfaits. Qui n’aimerait pas Dieu en raison de ses bienfaits ferait preuve d’ingratitude. Et pour reconnaître ces bienfaits divins, il suffit de la connaissance. Saint Bernard va énumérer les bienfaits du corps : &#8211; les aliments qui nous maintiennent dans l’être ; &#8211; la lumière qui nous permet de voir ; &#8211; l’air qui nous permet de respirer. Tout cela est bienfait de Dieu : Nul autre que Dieu ne nous les dispense. Dès lors, à ce seul titre, Dieu a droit à notre amour.<br />
Mais Saint Bernard s’élève plus haut. Ces bienfaits qui viennent d’être énumérés (pain, soleil, air), même s’ils sont très nécessaires, ne sont pas les plus excellents, « parce qu’ils relèvent du corps ». D’autres relèvent de l’âme. Ils sont spirituels. Saint Bernard va énumérer ces bienfaits spirituels qui relèvent tout autant de Dieu :<br />
- Notre dignité humaine en tant qu’être spirituel, intelligent et libre ;<br />
- La connaissance ;<br />
- La vertu (le texte sous vos yeux parle de « force pour faire le bien)<br />
Saint Bernard explicite :<br />
-Notre dignité humaine qui vient de notre âme spirituelle qui nous donne le libre arbitre et la puissance de commander toutes choses<br />
-La connaissance qui vient aussi de notre âme spirituelle qui possède la faculté (l’intelligence), le pouvoir de discerner, ne serait-ce que cette dignité humaine. Ce pouvoir, cette faculté a son origine en Dieu et nullement en soi.: « pouvoir qui ne peut avoir son origine en lui-même »<br />
-Enfin, la vertu : « j’appelle vertu cette force qui pousse l’homme à chercher celui dont il tient son être et à s’attacher à Lui lorsqu’il l’a trouvé ».<br />
Ce sont là les trois bienfaits spirituels de l’homme : dignité humaine, science, vertu, et ces bienfaits spirituels font la grandeur de l’homme.<br />
Et ces trois biens sont relatifs l’un à l’autre. C’est l’objet de l’important §3 :<br />
« La dignité ne sert à rien sans la science et celle-ci sans la vertu (i.e. qui rapporte tout au Créateur) va jusqu’à devenir néfaste » (par l’orgueil qu’elle peut engendrer)<br />
Saint Bernard, vous dis-je, développe longuement ces idées dans son chapitre 3. Il reconnaît cependant à la fin de ce chapitre qu’il s’est un peu égaré par rapport à son sujet de l’amour de Dieu. Il revient vite à son sujet à la fin du Chapitre en utilisant seulement la conclusion de sa démonstration. Aussi peut-on faire abstraction ici de cette démonstration pour cueillir seulement la conclusion. (Mais tout ce développement est fort intéressant. C’est à lire)<br />
La sagesse est donc dans la confession et des bienfaits et du bienfaiteur : « <em>Nous ne revendiquons, Seigneur, rien de notre science, rien de notre dignité. Nous attribuons tout à votre nom, de qui tout provient</em> » (p. 34)<br />
La conclusion est nette : « <em>ceux-là même qui ignorent le Christ sont suffisamment avertis qu’ils doivent aimer Dieu pour lui-même…en raison qu’ils ont reçu de lui les biens du corps et de l’âme ».<br />
</em>Et de fait, tous le biens et du corps et de l’âme ont pour seul auteur, le Dieu de toute bonté. Il résume sa pensée en disant:<br />
« Je résume ce que j&#8217;ai dit jusqu&#8217;ici.<br />
Tout ce qui est nécessaire au corps durant notre vie, tout ce qui nous permet d&#8217;exister, de voir, de respirer, c&#8217;est Dieu qui nous le donne. Quel incroyant ignore cela ?<br />
Ce Dieu donne la nourriture à tous les êtres vivants (Psaume 135, 25). &laquo;&nbsp;Il fait lever son soleil sur les bons et les méchants. Il fait tomber la pluie sur les justes et les injustes&nbsp;&raquo; (Matthieu 5, 45). Dans le livre de la Genèse, Dieu dit: &laquo;&nbsp;Faisons l&#8217;être humain à notre image et à notre ressemblance&nbsp;&raquo; (Gn 1, 26).<br />
C&#8217;est donc le Créateur qui fait briller en nous la dignité humaine.<br />
Celui qui ne respecte pas Dieu, est-ce qu&#8217;il peut douter de tout cela ? C&#8217;est bien Dieu qui donne la connaissance à l&#8217;être humain (Psaume 93, 10)<br />
Enfin, c&#8217;est le Seigneur, le Dieu-Fort lui-même, et personne d&#8217;autre, qui donne la force de faire le bien. Et si nous ne l&#8217;avons pas, nous pouvons espérer la recevoir de lui ».<br />
<strong>La conclusion est ici encore claire : « Par conséquent, Dieu est digne d&#8217;être aimé pour lui-même et par tous, même par celui qui n&#8217;a pas la foi. En effet, celui qui ne connaît pas le Christ se connaît lui-même. Donc, l&#8217;incroyant n&#8217;a pas d&#8217;excuses (Romains 3, 2), s&#8217;il n&#8217;aime pas le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toutes ses forces et par toute sa vie (Marc 12, 30).<br />
Voici ce qu&#8217;il entend au fond de lui-même tu dois aimer de tout ton être le Dieu qui t&#8217;a tout donné. Et son intelligence lui dit que cela est juste ».<br />
Cependant au cœur du paganisme, à un cœur même bien né, avec sa seule raison, cette « redamatio » ne sera jamais totale, absolue car l’homme, livré à ses seules forces, a du mal à tout rapporter, de ces biens , à Dieu seul.<br />
</strong>Et c’est alors que nous allons trouver un merveilleux développement sur l’amour dont est capable, par contre, celui qui vit de la foi. C’est le chapitre 4<br />
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<br />
<strong>Chapitre 4</strong> : <em>Combien Dieu doit être aimé des hommes tant à cause des biens du corps que de ceux de l’âme. De quelle façon discerner ces biens, et comment les posséder sans faire tort au donateur. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>§ 2 : A mon avis, ceux qui comprennent clairement ce qu&#8217;on vient de dire, comprennent clairement aussi pourquoi il faut aimer Dieu.<br />
Je veux dire: ils comprennent pourquoi Dieu mérite notre amour.<br />
Pour ceux qui ne croient pas en lui, cela reste caché.<br />
Mais Dieu peut montrer facilement à ces gens-là qu&#8217;ils ne savent pas reconnaître sa bonté. Qu&#8217;ils regardent donc les bonnes choses que Dieu nous donne toutes celles que nos sens saisissent et qui nous sont utiles.<br />
Oui, qui nous donne les aliments pour nous nourrir, la lumière pour voir, l&#8217;air pour respirer ?<br />
Est-ce que ce n&#8217;est pas Dieu ?<br />
Ce serait stupide de vouloir écrire toutes les bonnes choses que Dieu nous donne.<br />
Il y en a trop! Cela suffit de donner en exemple la nourriture, le soleil, l&#8217;air. Parmi les dons de Dieu, ce ne sont pas les plus grands. Mais j&#8217;en parle parce qu&#8217;ils sont les plus nécessaires pour notre corps.<br />
Mais il y a des biens encore meilleurs. Ceux-là, il faut les chercher dans la meilleure partie de nous-mêmes, c&#8217;est&#8211;à-dire dans notre âme.<br />
Voici ces biens : la dignité, la connaissance et la force de faire le bien. &#8211; J&#8217;appelle &laquo;&nbsp;dignité&nbsp;&raquo; dans l&#8217;être humain la possibilité de choisir librement.<br />
C&#8217;est cela qui nous place au-dessus de tous les autres êtres vivants et nous en fait les maîtres (voir Genèse 1, 26).<br />
La &laquo;&nbsp;connaissance&nbsp;&raquo;, elle, nous permet de reconnaître notre dignité, et de savoir que nous l&#8217;avons reçue de Dieu. Enfin, &laquo;&nbsp;la force de faire le bien&nbsp;&raquo; nous aide à chercher Dieu avec ardeur.<br />
Quand nous avons trouvé Dieu, elle nous aide à nous attacher solidement à lui.<br />
§-3 Chacun de ces trois biens a deux aspects:<br />
§-4 Donc, tu dois savoir deux choses : &#8211; d&#8217;abord, tu dois connaître ce que tu es &#8211; ensuite, tu dois reconnaître que cela ne vient pas de toi. Sinon, tu risques de ne pas reconnaître les dons de Dieu ou de te vanter pour rien&#8230;<br />
§-5 ….<br />
§-6 « Voici ce que je voulais montrer : même ceux qui ne connaissent pas le Christ ont en eux la loi naturelle. Elle leur fait comprendre qu&#8217;ils ont reçu de Dieu beaucoup de biens pour leur corps et pour leur âme. Ils peuvent donc savoir qu&#8217;ils doivent aimer Dieu, simplement parce qu&#8217;il est Dieu.<br />
Je résume ce que j&#8217;ai dit jusqu&#8217;ici.<br />
Tout ce qui est nécessaire au corps durant notre vie, tout ce qui nous permet d&#8217;exister, de voir, de respirer, c&#8217;est Dieu qui nous le donne. Quel incroyant ignore cela ?<br />
Ce Dieu donne la nourriture à tous les êtres vivants (Psaume 135, 25). &laquo;&nbsp;Il fait lever son soleil sur les bons et les méchants. Il fait tomber la pluie sur les justes et les injustes&nbsp;&raquo; (Matthieu 5, 45). Dans le livre de la Genèse, Dieu dit: &laquo;&nbsp;Faisons l&#8217;être humain à notre image et à notre ressemblance&nbsp;&raquo; (Gn 1, 26).<br />
C&#8217;est donc le Créateur qui fait briller en nous la dignité humaine.<br />
Celui qui ne respecte pas Dieu, est-ce qu&#8217;il peut douter de tout cela ? C&#8217;est bien Dieu qui donne la connaissance à l&#8217;être humain (Psaume 93, 10)<br />
Enfin, c&#8217;est le Seigneur, le Dieu-Fort lui-même, et personne d&#8217;autre, qui donne la force de faire le bien. Et si nous ne l&#8217;avons pas, nous pouvons espérer la recevoir de lui. Par conséquent, Dieu est digne d&#8217;être aimé pour lui-même et par tous, même par celui qui n&#8217;a pas la foi.<br />
En effet, celui qui ne connaît pas le Christ se connaît lui-même. Donc, l&#8217;incroyant n&#8217;a pas d&#8217;excuses (Romains 3, 2), s&#8217;il n&#8217;aime pas le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toutes ses forces et par toute sa vie (Marc 12, 30).<br />
Voici ce qu&#8217;il entend au fond de lui-même tu dois aimer de tout ton être le Dieu qui t&#8217;a tout donné. Et son intelligence lui dit que cela est juste. Mais il est difficile, même impossible, avec sa seule liberté, d&#8217;utiliser les biens reçus de Dieu pour faire uniquement ce que Dieu veut.<br />
Chacun a toujours envie de détourner ces biens pour faire sa volonté égoïste. Oui, il est très difficile pour l&#8217;être humain de ne pas garder ces biens comme s&#8217;ils lui appartenaient. Les Livres Saints nous disent : &laquo;&nbsp;Tous cherchent leurs intérêts à eux&nbsp;&raquo; (Philippiens 2, 21). Et aussi : &laquo;&nbsp;L&#8217;intelligence et les pensées du cœur de l&#8217;être humain se tournent vers le mal&nbsp;&raquo; (Genèse 8, 21).<br />
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<br />
</em><strong>Chapitre 5</strong> : <em>Ceux qui ont la foi ont beaucoup plus de raisons d’aimer Dieu que les infidèles<br />
Mais ceux qui ont la foi savent combien ils ont besoin de Jésus, et de Jésus cloué sur la croix (1 Corinthiens 2, 2). Ils admirent cet amour qui dépasse tout ce qu&#8217;on peut connaître (Éphésiens 3, 19), et ils s&#8217;attachent à lui passionnément.<br />
Et, en même temps, ils ont honte de ne pas donner au moins le peu qu&#8217;ils sont, en échange de cet amour et de cette immense bonté. Ils comprennent combien Dieu les aime et, donc, il est facile pour eux d&#8217;aimer davantage. Celui qui reçoit moins, aime moins (Luc 7, 47).<br />
Ceux qui n&#8217;ont pas cette foi ne ressentent pas aussi fort que l&#8217;Église la brûlure de cet amour qui lui fait dire :&nbsp;&raquo;Je suis blessée par l&#8217;amour.&nbsp;&raquo;<br />
Et encore : &laquo;&nbsp;Rendez-moi la force avec des fleurs. Guérissez-moi avec des fruits. Je suis malade d&#8217;amour&nbsp;&raquo; (Cantique 2, 5).<br />
L&#8217;Eglise voit le Roi Salomon : il porte la couronne que sa mère lui a posée sur la tête (Cantique 3, 11).<br />
Elle voit le Fils Unique du Père qui porte sa croix (Jean 19,17), elle voit qu&#8217;on frappe le Seigneur Dieu (1 Corinthiens 2, 8).<br />
Elle voit celui qui donne vie et gloire, attaché à la croix par des clous. On lui perce le côté avec une lance (Jean 19, 34), on l&#8217;insulte et on se moque de lui (Lamentations 3, 30). Enfin, sa vie très précieuse (Jérémie 12, 7), le Christ la donne pour ses amis (Jean 15, 13).<br />
L&#8217;Église voit tout cela et elle sent l&#8217;amour transpercer son cœur comme une épée (Luc 2, 35). Et elle dit: &laquo;&nbsp;Rendez-moi la force avec des fleurs. Guérissez-moi avec des fruits. Je suis malade d&#8217;amour&nbsp;&raquo; (Cantique 2, 5).<br />
L&#8217;Église est l&#8217;épouse du Christ, elle est conduite dans le jardin de celui qu&#8217;elle aime (voir Cantique 6, 10), et elle cueille les beaux fruits de l&#8217;arbre de vie (Genèse 2, 22). Ces fruits ont le goût du Pain descendu du ciel (Jean 6, 41) et la couleur du sang du Christ.<br />
L&#8217;Église voit ensuite la mort frappée à mort. Elle voit le Christ remonter du monde des morts sur la terre, et de la terre dans le ciel, suivi de tous les prisonniers (Éphésiens 4, 8).<br />
Ainsi, au nom de Jésus, tous ceux qui sont dans le ciel, sur la terre et chez les morts, tomberont à genoux (Philippiens 2, 10). Puis l&#8217;Église se tourne vers la terre&#8230; L&#8217;Église dit au Christ: Comme tu es beau, toi que j&#8217;aime Tu es magnifique ! Notre lit est couvert de fleurs&nbsp;&raquo; (Cantique 1, 15)&#8230;<br />
Le Christ se réjouit de respirer le doux parfum de ces fleurs&#8230; Il vient volontiers dans le cœur qui médite avec attention sur sa Passion pleine d&#8217;amour et sur la gloire de sa Résurrection. Là, il demeure avec joie. Les souvenirs de la Passion sont comme une bonne récolte, un fruit cueilli après tant d&#8217;années mauvaises, où le péché donnait la mort .. (Romains 5, 21).<br />
Ce fruit est apparu quand le moment décidé par Dieu est arrivé. Mais la lumière de la Résurrection, ce sont les fleurs nouvelles qui suivent le temps de la Passion. Sous l&#8217;effet du don de Dieu, elles fleurissent comme les fleurs d&#8217;une belle saison qui revient. L&#8217;Église dit : &laquo;&nbsp;La mauvaise saison est passée, les pluies sont finies, elles ont disparu. Sur notre terre, les fleurs paraissent&nbsp;&raquo; (Cantique 2, 11-12). Cela veut dire : avec le Christ réveillé de la mort, la belle saison est revenue. C&#8217;est pourquoi il dit: &laquo;&nbsp;Voici ! Je fais un monde nouveau&nbsp;&raquo; (Apocalypse 21, 5).<br />
Son corps a été semé dans la mort (1 Corinthiens 15, 42), il a refleuri quand il s&#8217;est réveillé de la mort. Son parfum se répand dans notre vallée. Tout redevient vert, tout se réchauffe, tout ce qui était mort est de nouveau vivant. La nouveauté de ces fleurs et de ces fruits, la beauté de ce champ au parfum agréable, tout cela fait la joie du Père : oui, il la trouve en son Fils qui fait un monde nouveau&#8230;<br />
L&#8217;Église est tellement proche du Christ qu&#8217;elle cueille les fruits et les fleurs, chaque fois qu&#8217;elle le veut. Avec ces fleurs et ces fruits, elle peut décorer l&#8217;endroit le plus secret de son cœur.<br />
Et quand l&#8217;Epoux vient lui rendre visite, le cœur de l&#8217;épouse répand un parfum agréable. Donc, si nous voulons que le Christ habite dans nos cœurs (Éph 3, 17), nous devons les rendre forts dans la foi, en réfléchissant à toutes les preuves de son amour. Les voici : il est mort par amour pour nous, et il s&#8217;est réveillé de la mort avec puissance.<br />
Le roi David dit cela dans un psaume &laquo;&nbsp;J&#8217;ai entendu deux choses : la puissance appartient à Dieu; à toi aussi, Seigneur, appartient l&#8217;amour&nbsp;&raquo; (Psaume 61, 12-13). Et, comme dit un autre psaume, ces &laquo;&nbsp;preuves sont très vraies&nbsp;&raquo; (Psaume 92, 5). En effet, le Christ est mort pour nos péchés et il s&#8217;est réveillé de la mort pour nous rendre justes (Romains 4, 25).<br />
Il est monté aux cieux pour nous protéger. Il nous a envoyé l&#8217;Esprit Saint pour nous consoler (Jean 16, 7), et il reviendra nous prendre avec lui. Ainsi, la mort du Christ prouve son amour pour nous, et son réveil de la mort prouve sa puissance. Et tout ce qu&#8217;il a fait pour nous sauver nous prouve non seulement son amour, mais aussi sa puissance.<br />
En attendant le Christ, l&#8217;épouse demande à être entourée et soutenue par ces fleurs et ces fruits. A mon avis, elle sent que la force de son amour peut facilement devenir tiède et faible. C&#8217;est pourquoi elle a besoin de ces fleurs et de ces fruits pour avoir la force d&#8217;attendre le moment où l&#8217;Epoux viendra la prendre chez lui. Alors, dans le secret, il lui donnera les signes de son amour qu&#8217;elle a si longtemps attendus. Et elle pourra dire : &laquo;&nbsp;Sa main gauche est sous ma tête, et sa main droite me serre contre lui&nbsp;&raquo; (Cantique 2, 6).<br />
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<br />
</em><strong>Commentaire du chapitre 5</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Bernard va réfléchir sur les raisons qui obligent le fidèle à aimer Dieu et plus particulièrement le prêtre qui doit vivre ce plan divin de salut, s’identifier à lui. Nous l’avons dit.<br />
Le fidèle, l’homme de foi cumule les raisons d’aimer Dieu.<br />
Il y a la raison qu’il tire du seul fait que Dieu est créateur et pourvoyeur de tout bien.<br />
Il y a une autre raison : l’amour de Dieu manifesté dans la Rédemption. Il débute par cette raison surnaturelle : « Admirant et adorant en (Jésus) Lui, la suréminente charité de la science, ils (les fidèles) sont confus de ne pas offrir au moins en retour d’un si grand amour et tant de bonté, le peu qu’ils ont » (p37) Il affirme la « redamatio » de la vie chrétienne : « Mieux on comprend qu’on est aimé et plus il est facile d’aimer » (p 37)<br />
Saint Bernard parle ici des « aiguillons d’amour », de la « morsure » de cet amour (p 37). Le païen, le juif, l’infidèle ne connaissent pas cela, ni « aiguillon », ni « morsure ». En effet « les aiguillons d’amour » se tirent de la contemplation de l’amour de Dieu. Et quel amour ! C’est ce qu’il exprime dans : « « L’Eglise) elle voit le Fils unique du Père portant sa croix…. »(p37) Elle voit tout cela et le glaive de l’amour lui transperce le cœur si profondément qu’elle s’écrie…je meurs d’amour » (p 37)<br />
Elle médite sur les fruits de la passion : « Elle voit enfin morte la mort, l’auteur de la mort traîné derrière le char du triomphateur. Elle voit la captivité captive ; elle s’aperçoit que la terre, qui sous l’antique malédiction ne produisait plus que ronces et chardons, refleurit sous l’effet d’une nouvelle bénédiction qui la rajeunit » cf p 39.<br />
Cela me fait penser au livre d’Osée : Os 2 16 ou Os 14 2-9<br />
Ou à l’Apoc 21 5.<br />
«<em><strong> L’époux céleste accourt avec empressement et réside avec délice en un lieu où la grâce de sa Passion et la gloire de sa Résurrection sont l’objet d’une constante méditation »</strong></em> (p38)<br />
Ou encore : « <em><strong>Si nous désirons que le Christ se fasse souvent notre hôte, nous devons conserver dans notre cœur les témoignages fidèles de sa mort miséricordieux et de sa glorieuse résurrection »<br />
Ou encore : « la mémoire de la (passion) sert de consolation à la génération qui poursuit ici bas son pèlerinage</strong></em> (p. 41)<br />
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<br />
Commentaire du chapitre 6.<br />
Saint Bernard se pose alors la question : « Quels sont ceux qui trouvent consolation dans le souvenir de Dieu » ?, dans le souvenir de sa Passion ?<br />
Ce ne sont pas ceux qui mettent leur consolation dans les richesses de ce monde ; ceux-ci, vous dis-je, ont déjà leur récompense.<br />
Mais ce sont ceux qui « ne s’attachent pas aux choses présentes » mais qui n’ont que pensée pour les « choses futures », qui sont ravis par la « mémoire » des biens éternels. Ce sont ceux qui « cherchent le Seigneur et qui, dédaignant leur propre intérêt, veulent voir la face de Dieu de Jacob ». Ce sont ceux encore qui « aspirent à la présence de Dieu ». Ce sont ceux qui mettent leur espérance en Dieu. Ainsi ceux-là et ceux-là seuls trouvent consolation « dans le souvenir de cette charité sans pareille par laquelle l’Epoux a donné sa vie pour ses amis » (p 44).<br />
Ils trouvent consolation, appuie et repos « dans cette dilection merveilleuse toujours remémorée et toujours mémorable » en attendant que s’achèvent les temps de l’iniquité qui précèdent pour elles et pour elles seules le temps de la présence qui est le temps de la joie que leur donnera la présence de la majesté divine, de la « vision déifique » ; c’est le temps de « l’inestimable félicité de la présence divine ».<br />
Et dans « ces temps de l’iniquité » ou de l’absence de Dieu, « il est convenable que ces esprits spirituels consacrent leur attention à la mémoire de la Passion » afin de les empêcher de se soumettre aux désirs de la chair » (p 45)<br />
NB : C’est déjà un point profitable pour l’âme, un fruit de l’amour de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Très beau : « Quel peut-être l’effet d’une attention tournée vers une miséricorde si grande et si imméritée, d’une bonté inespérée, d’une douceur invincible et inattendue. Quel est, dis-je, l’effet de cette contemplation attentive, sinon d’arracher l’âme à tout amour pervers, de la ravir merveilleusement, de se l’attacher avec violence et de lui inspirer le mépris de tout ce qui ne peut être désiré qu’au détriment de ces biens supérieurs »<br />
Vraiment cet amour est profitable.<br />
Et la conséquence de cette contemplation, de cette attention à un si grand amour c’est que l’âme trouve qu’elle aime bien peu en comparaison : « A se voir tant aimée, elle croit aimer bien peu, même si elle est toutes donnée à l’amour »<br />
<strong>Et puis nous arrivons au chapitre 7, un chapitre conclusif<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chapitre 7: L&#8217;AMOUR EST UNE DETTE<br />
</strong><em>Si tu réfléchis à tout ce que je viens de dire, tu comprendras bien, je crois, pourquoi on doit aimer Dieu, pourquoi Dieu mérite d&#8217;être aimé. Celui qui n&#8217;a pas la foi n&#8217;a pas le Fils ( Jean 5, 12). Donc il ne possède pas non plus le Père, ni le Saint-Esprit. En effet, &laquo;&nbsp;celui qui ne respecte pas le Fils, ne respecte pas le Père qui l&#8217;a envoyé&nbsp;&raquo;… (Jean 5, 23). Et il ne respecte pas non plus le Saint-Esprit envoyé par le Fils Jn 15, 26). Ce n&#8217;est pas étonnant.<br />
Celui qui n&#8217;a pas la foi connaît Dieu moins bien que nous, et il montre moins d&#8217;amour. Pourtant, il sait fort bien ceci : Dieu lui a donné tout ce qu&#8217;il est et tout ce qu&#8217;il possède, et il doit se donner tout entier à Dieu. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Mais moi, j&#8217;ai la foi. Qu&#8217;est-ce que je dois donc faire ?<br />
Dieu m&#8217;a donné la vie gratuitement. Il me donne généreusement tout ce qui m&#8217;est nécessaire. Quand je suis dans la peine, il me console avec bonté. Il prend soin de moi et me guide attentivement.<br />
De plus, dans le Christ qui est le Sauveur, Dieu m&#8217;a totalement libéré. Il garde ma vie pour toujours et la remplit de bienfaits et de gloire. On lit dans les Livres Saints : &laquo;&nbsp;Dieu nous a totalement libérés&nbsp;&raquo; … (Psaume 129, 7). Et encore: &laquo;&nbsp;Le Christ est entré une fois pour toutes dans le Lieu saint, près de Dieu. Ainsi, il nous a libérés pour toujours&nbsp;&raquo; (Hébreux 9, 12).<br />
Et, au sujet de notre vie avec Dieu, on lit: &laquo;&nbsp;Il n&#8217;abandonnera pas ses amis, il les gardera pour toujours&nbsp;&raquo; (Psaume 36, 28). Au sujet des bienfaits qu&#8217;il nous donne, on lit encore . &laquo;&nbsp;Vous pouvez tendre le bord de votre vêtement, et on versera dedans beaucoup de grains. Les grains seront bien secoués, serrés, ils déborderont !&nbsp;&raquo; (Luc 6, 38). Les Livres Saints disent aussi &laquo;&nbsp;Il y a des choses que les yeux ne voient pas. Les oreilles ne les entendent pas. Le cœur humain n&#8217;y a jamais pensé. Eh bien, ces choses-là, Dieu les a préparées pour ceux qui ont de l&#8217;amour pour lui&nbsp;&raquo; (Ésaïe 64, 4 ; 1 Corinthiens 2, 9). </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Et au sujet de la gloire que nous allons recevoir, on lit: &laquo;&nbsp;Nous attendons comme Sauveur, le Seigneur, le Christ Jésus. C&#8217;est lui qui changera notre faible corps pour le rendre semblable à son corps glorieux&nbsp;&raquo; (Philippiens 3, 20-21). Et encore : &laquo;&nbsp;On ne peut comparer les souffrances d&#8217;aujourd&#8217;hui avec la gloire que Dieu nous montrera clairement plus tard&nbsp;&raquo; (Rra 8, 18). Et aussi : &laquo;&nbsp;Oui, nos souffrances actuelles sont légères et durent peu de temps. Mais elles nous préparent une gloire extraordinaire. Cette gloire durera toujours et elle est beaucoup plus grande que nos souffrances. C&#8217;est pourquoi nous ne regardons pas vers les choses qu&#8217;on voit, mais vers les choses qu&#8217;on ne voit pas&nbsp;&raquo; (2 Corinthiens 4, 17-18). Que rendrai-je au Seigneur pour tout cela ? (Psaume 115,12). Je dois me donner tout entier à Dieu, parce qu&#8217;il m&#8217;a donné tout ce que je suis. Et je dois l&#8217;aimer de tout mon être. Cela est juste et raisonnable. La foi me fait comprendre ceci plus j&#8217;estime Dieu au-dessus de moi, plus je dois l&#8217;aimer. En effet, ce que je suis, il me l&#8217;a donné. Mais de plus, il s&#8217;est donné lui-même à moi. Nous avons reçu le commandement d&#8217;aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, de toutes nos forces et par toute notre vie (Deut. 6, 5). Cela veut dire : avec tout ce que nous sommes, avec tout ce que nous savons, avec tout ce que nous pouvons faire. Ce commandement, nous l&#8217;avons reçu quand le &laquo;&nbsp;temps de la foi&nbsp;&raquo; n&#8217;était pas encore venu. Dieu n&#8217;était pas encore venu parmi nous comme un homme, il n&#8217;était pas mort sur la croix, il n&#8217;était pas sorti de la tombe, il n&#8217;était pas retourné près du Père. Ainsi, Dieu est juste en réclamant notre reconnaissance pour les dons qu&#8217;il nous a faits&#8230;<br />
Et si je dois me donner tout entier à Dieu parce qu&#8217;il m&#8217;a créé, ma dette est beaucoup plus grande parce qu&#8217;il m&#8217;a recréé d&#8217;une façon plus merveilleuse encore. Oui, pour Dieu, cela a été moins facile de me recréer que de me créer. Pour me créer, et pour créer tout ce qui existe, les Livres Saints disent : &laquo;&nbsp;Dieu a dit une seule parole, et tout a été fait&nbsp;&raquo; (Psaume 148, 5).<br />
Mais celui qui m&#8217;a créé par une seule parole a dû faire beaucoup plus pour me recréer. Il a dû faire des choses merveilleuses. Il a dû supporter des choses dures, et non seulement dures, mais des souffrances qui ne sont pas dignes de Dieu. &laquo;&nbsp;Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu&#8217;il m&#8217;a donnés ?&nbsp;&raquo; (Psaume 115, 12). Au début, quand Dieu m&#8217;a créé, il m&#8217;a donné la vie à moi-même.<br />
Puis, quand Dieu m&#8217;a recréé, il s&#8217;est donné lui-même à moi. Et en se donnant lui-même, il m&#8217;a rendu la vie. C&#8217;est donc une double dette que j&#8217;ai envers lui.<br />
Ainsi, il m&#8217;a donné une première fois à moi-même, puis il m&#8217;a rendu une seconde fois à moi-même.<br />
Mais que rendrai-je à Dieu qui se donne à moi ? Même si je pouvais me donner mille fois, est-ce que je suis quelque chose, moi, à côté de Dieu ?<br />
</em><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Commentaire :<br />
</strong>C’est un chapitre de conclusion. Saint Bernard résume les raisons d’aimer Dieu, non seulement pour les fidèles, mais aussi pour l’infidèle, celui qui est sans la lumière de la foi.<br />
« Celui qui fait toutes ces réflexions voit clairement, je crois, pourquoi l’on doit aimer Dieu i.e. quel amour Dieu mérite » (p 47)<br />
L’infidèle « sait bien qu’il se doit tout entier à ce Dieu qu’il reconnaît pour l’auteur de tout son être » (p 47)<br />
Le fidèle, lui, à plus forte raison et redevable de cet amour.<br />
« A plus forte raison » : i.e. sous une double considération, à savoir :<br />
- de Dieu, auteur de l’être ;<br />
- de Dieu, rédempteur.<br />
« Je suis redevable de cet amour comme celui qui gratuitement m’a donné la vie, qui s’en st fait le généreux ordonnateur, le doux consolateur et le guide attentif »<br />
En outre<br />
« Je vois en lui mon Sauveur, celui qui pour l’éternité à la bonté de conserver ma vie, de l’accomplir et de l’introduire dans la gloire ».<br />
N’oubliez pas la méditation des fruits de la Passion du Christ. Le péché satisfait et expié par le Christ a pour effet de nous ouvrir les portes du Ciel.<br />
Saint Bernard termine ce chapitre dans l’acclamation, dans une belle prière d’action de grâce, de reconnaissance et d’amour.<br />
C’est une page très enflammée, très belle. Il résume les motifs de notre amour pour Dieu :<br />
-parce que Dieu est l’auteur de notre être ;<br />
-parce que Dieu est notre Sauveur et quel Sauveur ! Nous devons l’aimer. Si nous sommes justes, il n’y a pas de choix.<br />
« La raison et l’équité naturelle veulent que je me donne tout entier à celui dont je tiens tout ce que je suis et m’enjoignent de l’aimer de tout mon être » (p 48)<br />
La première raison d’aimer Dieu : c’est qu’il est mon créateur. Dieu mérite mon amour en raison de ce qu’il est Créateur. Et saint Bernard nous dit que cette raison seule est impérative et suffit pour justifier le commandement d’amer de tout son cœur. Car c’est avant même la Rédemption que Dieu a donné à l’homme ce précepte : « Car enfin le temps de la foi n’était pas encore venu, Dieu ne s’était pas encore manifesté dans la chair, n’était pas mort sur la croix, sorti du tombeau, retourné auprès de son Père ; il n’avait pas encore donné toutes les marques du très grand amour dont nous avons parlé longuement tout à l’heure, et déjà l’homme avait reçu le commandement d’aimer le Seigneur, son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ces forces » (Deut 6 5) (p 48)<br />
C’est là une simple justice. Dieu n’est pas injuste, ne demande pas trop en demandant cela : « Dieu ne se montrait pas injuste… »(p 48)<br />
Mais il y a , vous vous en doutez, une autre raison, pour Saint Bernard, d’aimer Dieu, une raison plus sublime encore, plus déterminante, c’est celle du don de la grâce. « Mais la foi m’enseigne que je dois l’aimer d’autant plus…que je sais qu’il m’a donné non seulement mon être, mais par surcroît le sien propre »<br />
Saint Bernard développe magnifiquement la deuxième raison d’aimer Dieu : en raison de la rédemption, en raison de la grâce. : « Et Dieu a ajouté immensément à ses bienfaits envers nous lorsqu’il sauva les hommes (et les bêtes) par la surabondance de sa grâce »<br />
Merveilleuse conclusion. A lire et méditer.<br />
« Et si je dois me donner tout entier à Dieu parce qu&#8217;il m&#8217;a créé, ma dette est beaucoup plus grande parce qu&#8217;il m&#8217;a recréé d&#8217;une façon plus merveilleuse encore. Oui, pour Dieu, cela a été moins facile de me recréer que de me créer. Pour me créer, et pour créer tout ce qui existe, les Livres Saints disent : &laquo;&nbsp;Dieu a dit une seule parole, et tout a été fait&nbsp;&raquo; (Psaume 148, 5).<br />
Mais celui qui m&#8217;a créé par une seule parole a dû faire beaucoup plus pour me recréer. Il a dû faire des choses merveilleuses. Il a dû supporter des choses dures, et non seulement dures, mais des souffrances qui ne sont pas dignes de Dieu. &laquo;&nbsp;Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu&#8217;il m&#8217;a donnés ?&nbsp;&raquo; (Psaume 115, 12). Au début, quand Dieu m&#8217;a créé, il m&#8217;a donné la vie à moi-même.<br />
Puis, quand Dieu m&#8217;a recréé, il s&#8217;est donné lui-même à moi. Et en se donnant lui-même, il m&#8217;a rendu la vie. C&#8217;est donc une double dette que j&#8217;ai envers lui.<br />
Ainsi, il m&#8217;a donné une première fois à moi-même, puis il m&#8217;a rendu une seconde fois à moi-même.<br />
Mais que rendrai-je à Dieu qui se donne à moi ? Même si je pouvais me donner mille fois, est-ce que je suis quelque chose, moi, à côté de Dieu ? »<br />
A la fin du chapitre 7, saint Bernard ajoute un complément très important à la raison d’aimer Dieu. Il revient en effet sur la raison surnaturelle d’aimer Dieu. C’est très fort. C’est une très belle conclusion de la première partie de son traité. Il dit : « la raison pour laquelle on aime Dieu, c’est Dieu lui-même. J’ai dit vrai. Car il est la cause efficiente et finale de cet amour » (p 58)<br />
Il explique cette dernière phrase.<br />
<strong>Il est la cause efficiente</strong> de cet amour en ce sens que « c’est lui qui en fournit l’occasion et qui en suscite le mouvement » i.e. parce qu’il manifeste son amour dans sa Passion. C’est le très beau § 22 de la page 58<br />
<strong>Il est la cause finale de cet amour</strong>, en ce sens qu’il en accomplit le désir » i.e. le désir de l’amour c’est l’union et cette union sera définitivement accomplie dans l’éternité. Il sera possédé inaltérablement, indéfectiblement.<br />
<strong>Il est la cause efficiente de cet amour, en ce sens qu’»il a fait qu’on l’aime ou plutôt il s’est fait tel que l’on doit l’aimer</strong> ; en ce sens aussi qu’il nous inspire l’espérance d’aimer un jour d’un amour plus heureux, puisque sinon nous aimerions en vain.<br />
Vraiment Dieu est cause efficiente et finale de notre amour : « son amour pour nous prépare et récompense notre amour pour lui »<br />
« Il nous prévient par sa bonté, se fait aimer en retour par sa justice et rien n’est plus doux que de l’attendre »<br />
« Il s’est donné pour mériter notre amour, il se réserve pour être notre récompense »<br />
Voici encore une belle phrase : « Il y a ceci d’admirable que nul ne peut le chercher qui ne l’ait trouvé d’abord. Il veut qu’on le trouve afin qu’on le cherche (en ce sens qu’Il est si bon qu’on ne peut pas ne pas le chercher toujours davantage) et qu’on le cherche afin de le trouver (en ce sens que la fin de la quête, de la recherche c’est lui-même, possédé dans l’éternité, qu’on le trouve à jamais)</p>
<p style="text-align: justify;">Le chapitre 8 est un bref résumé de ce qui précède. Il est intéressant de le lire.<br />
<em>Chapitre 6 : Bref résumé de qui précède.<br />
D&#8217;abord reconnais ceci :<br />
Dieu mérite notre amour sans mesure.<br />
Je résume donc ce que j&#8217;ai déjà dit : c&#8217;est lui qui nous a aimés le premier<br />
(1 Jean 4, 10). Lui qui est si grand, il nous a aimés d&#8217;un amour très grand, tout à fait gratuit, nous qui sommes si petits !<br />
Et il nous a aimés tels que nous sommes.<br />
C&#8217;est pourquoi je me souviens d&#8217;avoir dit au début: la mesure pour aimer Dieu, c&#8217;est de l&#8217;aimer sans mesure.<br />
Or, l&#8217;amour qui tend vers Dieu tend vers celui qui est immense et sans limite. Alors, je vous le demande, est-ce que notre amour pour lui peut avoir une mesure et une limite ?<br />
Non ! Il faut encore dire ceci : notre amour pour Dieu n&#8217;est pas gratuit, nous payons une dette.<br />
Dieu est immense, et il nous aime.<br />
Dieu a la vie pour toujours, et il nous aime. Dieu est l&#8217;amour qui dépasse tout ce qu&#8217;on peut connaître (Éphésiens 3, 19), et il nous aime.<br />
La grandeur de Dieu est sans limite (Psaume 144, 3), sa sagesse est sans mesure (Psaume 146, 5), sa paix dépasse tout ce que nous pouvons comprendre (Philippiens 4, 7).<br />
Et nous, est-ce que nous allons mesurer notre amour pour Dieu ?<br />
&laquo;&nbsp;Seigneur, je t&#8217;aimerai. Tu es ma force, je m&#8217;appuie sur toi. C&#8217;est toi qui me protèges et me délivres&nbsp;&raquo; (Psaume 17, 2-3), toi qui es pour moi tout ce que je peux désirer, tout ce que je peux aimer.<br />
Toi, mon Dieu, toi, mon secours, je t&#8217;aimerai selon le don que tu m&#8217;as fait et selon ma mesure. Ma mesure ne peut atteindre ce que tu mérites, mais du moins je ferai tout ce que je peux. Non, je ne suis pas capable de t&#8217; aimer comme je le dois, je ne peux dépasser mes limites. Plus tard, quand tu voudras bien me donner davantage, je t&#8217;aimerai davantage, mais jamais je ne t&#8217;aimerai comme tu le mérites. Tu vois combien je suis imparfait.<br />
Pourtant, tu inscris dans le livre de la vie&nbsp;&raquo; (Psaume 138, 16) ceux qui font ce qu&#8217;ils peuvent, même s&#8217;ils ne peuvent pas faire tout ce qu&#8217;ils doivent.<br />
On voit donc clairement, je crois, comment il faut aimer Dieu, et pourquoi il mérite notre amour. Oui, je dis bien : pourquoi il mérite notre amour. Mais qui peut dire jusqu&#8217;à quel point il faut l&#8217;aimer<br />
</em><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Commentaire.<br />
</strong>Comme vous le voyez ce chapitre se termine par une très belle prière que l’on ne peut pas ignorer : « Je t’aimerai, Seigneur, toi qui est ma force, mon appui, mon refuge, mon libérateur, et tout ce qui peut se dire de désirable et d’adorable. Mon Dieu, mon secours, je t’aimerai pour tes dons, et à ma mesure, qui sera certes bien au dessous de la juste mesure, mais non pas inférieure à mon pouvoir d’aimer. Car bien que je ne puisse donner autant que je dois, je ne saurais aller au-delà de mon pouvoir. Sans doute serais-je capable d’aimer davantage lorsque tu daigneras m’apporter plus d’amour, et pourtant je ne t’aimerai jamais à proportion de ce que tu mérites. Tes yeux ont vu mon imperfection, mais dans ton livre seront inscrits ceux qui font tout ce qu’ils peuvent, même s’ils ne peuvent faire tout ce qu’ils doivent ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà enfin le chapitre 9 qui contient les considérations sur le profit pour l’âme de son amour de Dieu.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chapitre 9</strong> : <em>On ne peut aimer Dieu sans profit et le cœur humain ne saurait se rassier des biens temporels.<br />
</em>Un très beau passage de ce chapitre :<br />
<em>Voyons maintenant ce que nous gagnons en aimant Dieu&#8230; Quand on aime Dieu, on reçoit de lui une récompense. Mais nous ne devons pas l&#8217;aimer pour recevoir cette récompense.<br />
En effet, l&#8217;amour vrai reçoit toujours quelque chose en échange. Pourtant, il ne veut rien gagner, parce qu&#8217;il &laquo;&nbsp;ne cherche pas ses intérêts&nbsp;&raquo; (1 Corinthiens 13, 5).<br />
C&#8217;est un mouvement du cœur, ce n&#8217;est pas un contrat. L&#8217;amour ne s&#8217;achète pas et il n&#8217;achète rien.<br />
L&#8217;amour est spontané, et nous fait agir spontanément. L&#8217;amour vrai trouve toute sa joie en lui-même. La récompense de l&#8217;amour, c&#8217;est la chose qu&#8217;on aime&#8230;<br />
L&#8217;amour vrai ne cherche pas de récompense, mais il en mérite une. Bien sûr, on promet une récompense à quelqu&#8217;un qui n&#8217;aime pas encore vraiment. On doit cette récompense à celui qui aime, et on la donne à celui qui est fidèle dans l&#8217;amour&#8230; Si quelqu&#8217;un aime Dieu, il cherchera, comme seule récompense, le Dieu qu&#8217;il aime. S&#8217;il cherche autre chose que Dieu, il n&#8217;aime pas vraiment Dieu, c&#8217;est sûr. »<br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Commentaire :<br />
</strong>Saint Bernard, il vous en souvient, nous a dit dans son chapitre 1 qu’il allait aimer Dieu pour deux raisons majeurs :<br />
-en raison des mérites divins ;<br />
-en raison des avantages que l’âme fidèle peut en retirer.<br />
Dans les 8 premiers chapitre, il a expliqué la Première raison de l’amour divin : en raison des mérites de Dieu.<br />
Maintenant il commence à expliquer qu’il faut aimer Dieu en raisons des avantages pour l’âme fidèle. « Ayant parlé du mérite de Dieu, non pas certes d’une manière digne de Lui, mais dans la mesure où il m’a donné d’en savoir quelque chose, il me reste maintenant à traiter de la récompense promise à l’amour » (p 52)<br />
Il est intéressant de remarquer le rapport entre « avantage » et « récompense ». et « profit, profitable ». « L’avantage » pour notre âme, « sa récompense », son « profit » sera de posséder Dieu éternellement ; cela est promis à celui qui aime.<br />
Saint Bernard développe « le profit » de l’amour dans son chapitre 9.<br />
« Nous n’aimons pas Dieu sans récompense, bien qu’il faille l’aimer sans espérer en obtenir aucune » (p 52). Dieu est aimé pour lui-même. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus donne la même raison. « La véritable charité ne saurait rester sans salaire et cependant elle n’est pas mercenaire puisqu’elle ne cherche pas son propre intérêt » (1 Cor 13 5). « C’est un mouvement du cœur, non pas un contrat ». Même si c’est justice que d’aimer Dieu, ce n’est pas au titre d’un pacte qu’on aime Dieu et en reçoit une récompense. C’est qu’il y a dans la charité vraie, une spontanéité, un désintéressement, une promptitude. « On ne l’acquiert pas et elle-même ne produit pas son bénéfice en vertu de quelque pacte. Elle nous meut spontanément et nous rend spontanés. L’amour véritable trouve satisfaction en lui-même. Il a sa récompense qui n’est autre que l’objet aimé…L’amour vrai ne réclame pas sa récompense. Il la mérite. La récompense est proposée à qui n’aime pas encore ; elle est due à qui aime et accordée à qui persévère ».<br />
<strong>Explication de cette phrase</strong> : « La récompense est proposée à qui n’aime pas encore » i.e pour provoquer l’amour. En effet dit Saint Bernard : « lorsque nous voulons obtenir l’acquiescement d’autrui, au sujet de choses toutes quotidiennes, nous usons de promesses ou de cadeaux pour décider ceux qui résistent. Mais l’âme qui aime, dit Saint Bernard, n’est pas ébranlée par la récompense, mais ne désire que l’être aimé : « Une âme qui aime Dieu ne voudra d’autre prix de son amour que Dieu lui-même. Si elle réclamait une autre récompense, elle montrerait que ce qu’elle aime n’est pas Dieu, mais cette récompense » (p 53)<br />
Saint Bernard fait ensuite, dans le § 18-19 20, une belle analyse psychologique de l’âme à la recherche de biens temporels. Il montre la vanité de cette recherche. Les biens de la terre ne peuvent apaiser l’infinité des désirs de l’âme. Il en conclut que seul Dieu peut satisfaire les désirs infinis de l’âme. « L’argent n’apaise pas même la faim de l’esprit que le vent ne comble la faim du corps. Si l’on voyait un homme affamé ouvrir la bouche au vent et aspirer l’air à pleines gorges dans l’espoir de calmer sa faim, on le tiendrait pour un fou. Mais ce n’est pas une moindre folie de croire que les choses corporelles peuvent nourrir un esprit doué de raison, alors qu’elles ne font que l’enfler. Qu’y a-t-il en effet de commun entre les corps et l’esprit ? Ni les corps ne peuvent se repaître des choses spirituelles ni l’esprit se satisfaire des corps ». Et Saint Bernard de conclure que seul Dieu peut satisfaire et apaiser l’âme. Il cite les psaumes 111 (p. 50)<br />
Et le spectacles de ces deux sortes d’âmes, l’une à la recherche des biens temporels, toujours insatisfaite, toujours à la recherche de quelque chose de plus, de plus beau… et l’autre à la recherche de Dieu seul, toujours apaisée parce que possédant d’un coup le bien infini qu’est Dieu, me fait déjà comprendre combien il est préférable d’aimer Dieu plus que le monde<br />
..</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Onzième conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 14:35:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Onzième Conférence. L’amour de Dieu Domus caritatis. (1) L’œuvre salvifique de Dieu étant ce qu’elle est, nous devons y répondre par le plus grand des amours. C’est ce que nous enseigne les saints. Et plus particulièrement saint Grignon de Montfort et saint Bernard. Nous allons méditer leurs pensées sur leurs textes Et tout d’abord sur [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Onzième Conférence.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">L’amour de Dieu</span></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">Domus caritatis. (1)</span></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">L’œuvre salvifique de Dieu étant ce qu’elle est, nous devons y répondre par le plus grand des amours.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale10.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4056" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale10.bmp" alt="" /></a>C’est ce que nous enseigne les saints.<br />
Et plus particulièrement saint Grignon de Montfort et saint Bernard.<br />
Nous allons méditer leurs pensées sur leurs textes</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et tout d’abord sur le texte de saint Grignon de Montfort, son chapitre 13 de son livre « l’amour de la Sagesse éternelle » intitulé : </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Abrégé des douleurs inexplicables que la Sagesse incarnée a voulu souffrir pour notre amour.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>[1. La raison la plus puissante d'aimer la Sagesse]<br />
</strong>154. Entre toutes les raisons qui nous peuvent exciter à aimer Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, la plus puissante à mon avis [ce] sont les douleurs qu&#8217;il a voulu souffrir pour nous témoigner son amour. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;Il y a, dit saint Bernard, un motif qui l&#8217;emporte par- dessus tous, que me pique plus sensiblement et me presse d&#8217;aimer Jésus-Christ, c&#8217;est, ô bon Jésus, le calice d&#8217;amertume que vous avez bu pour nous, et l&#8217;oeuvre de notre rédemption qui vous rend aimable à nos coeurs; car ce souverain bienfait et ce témoignage incomparable de votre amour acquiert aisément le nôtre: il nous attire plus doucement, il nous demande plus justement, il nous presse plus étroitement et il nous touche plus puissamment: Hoc est quod nostram devotionem et blandius allicit et justius exigit etarctius stringit et afficit vehementius.&nbsp;&raquo; Et la raison qu&#8217;il en donne en peu de mots: &laquo;&nbsp;Multum quippe laboravit sustinens: parce que ce cher Sauveur a beaucoup travaillé et beaucoup souffert pour venir à bout de nous racheter. Oh! combien de peines et d&#8217;angoisses il a essuyées!&nbsp;&raquo;<br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>[2. Les circonstances de la Passion de la Sagesse]<br />
</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>155. Mais ce qui nous fera voir clairement cet amour infini de la Sagesse pour nous, [ce] sont les circonstances qui se rencontrent en ses souffrances, dont [a] la première est l&#8217;excellence de sa personne qui, étant infinie, élève infiniment tout ce qu&#8217;elle a souffert en sa passion. Si Dieu eût envoyé un séraphin ou un ange du dernier ordre pour se faire homme et mourir pour nous, c&#8217;eût été, sans doute, une chose très admirable et digne de nos reconnaissances éternelles; mais le Créateur du ciel et de la terre, le Fils unique de Dieu, la Sagesse éternelle, étant venue elle-même donner sa vie, auprès de laquelle les vies de tous les anges et de tous les hommes et de toues les créatures ensemble sont infiniment moins considérables que la vie d&#8217;un seul moucheron comparé à celle de tous les monarques du monde, quel excès de charité nous fait-il voir en ce mystère, et quel doit être notre étonnement et notre reconnaissance!<br />
</em><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi, pour Saint Grignon de Montfort, c’est la qualité de la victime, Dieu lui-même, qui manifeste l’immensité de l’amour divin pour nous et notre rachat. Saint Bernard, lui aussi, pour nous parler de l’amour divin en ce mystère de la Rédemption, nous demande de nous arrêter quelques instanst sur la « qualité de Dieu » : « Qui est Dieu ? »<br />
</strong><em></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>156. [b] La seconde circonstance est la qualité des personnes pour lesquelles il souffre. Ce sont des hommes, de viles créatures et ses ennemis, dont il n&#8217;avait rien à craindre ni rien à espérer. Il s&#8217;est trouvé quelquefois des amis qui sont morts pour leurs amis; mais trouvera-t-on jamais autre que le Fils de Dieu qui soit mort pour son ennemi?<br />
Commendat charitatem suam [Deus] in nobis; quoniam cum adhuc peccatores essemus secundum tempus Christus pro nobis mortuus est. [Rm 5,8-9]. Jésus-Christ a fait paraître l&#8217;amour qu&#8217;il nous porte en mourant pour nous, lors même qui nous étions encore pécheurs et par conséquent ses ennemis.<br />
C’est également la pensée de saint Bernard. Il demande de mesurer qui nous sommes face à Dieu.<br />
157. [c] La troisième circonstance, c&#8217;est la multitude, la grièveté et la durée de ses souffrances. La multitude de ses douleurs est si grande qu&#8217;il est appelé: vir dolorum, l&#8217;homme de toutes les douleurs, dans lequel, depuis la plante des pieds jusqu&#8217;au sommet de la tête, il n&#8217;y a pas une partie sans blessure: a planta pedis usque ad verticem, non est in eo sanitas. [Is 1,6]<br />
Ce cher ami de nos âmes a souffert en toutes choses: dans l&#8217;extérieur et dans l&#8217;intérieur, dans le corps et dans l&#8217;âme.<br />
Là, sur ce sujet, Saint Grignon de Montfort s’inspire manifestement de la pensée de saint Thomas. En effet saint Thomas fait la description des souffrances du Christ dans la question 46 de la III.<br />
158. Il a souffert en ses biens, car sans parler de la pauvreté de sa naissance, de sa fuite et de sa demeure en Egypte et de toute sa vie, il fut en sa Passion dépouillé de ses habits par les soldats qui les partagèrent entre eux, et puis attaché tout nu au gibet, sans qu&#8217;on lui laissât un pauvre haillon pour le couvrir.<br />
159. En son honneur et en sa réputation, pour avoir été chargé d&#8217;opprobres, et appelé blasphémateur, séditieux, ivrogne, gourmand et endiablé.<br />
En [sa] sagesse, parce qu&#8217;il fut tenu pour [un] ivrogne et un imposteur et traité comme un fol et un insensé.<br />
En sa puissance: réputé comme un enchanteur et un magicien, qui faisait de faux miracles par l&#8217;intelligence qu&#8217;il avait avec le diable.<br />
En ses disciples dont l&#8217;un le vendit et le trahit, le premier d&#8217;entre eux le renia, et les autres l&#8217;abandonnèrent.<br />
160. Il souffrit de toutes sortes de personnes: des rois, des gouverneurs, des juges, des courtisans, des soldats, des pontifes, des prêtres, des ecclésiastiques et des séculiers, des Juifs et des Gentils, des hommes et des femmes, et généralement de tous; sa sainte Mère même lui fut un terrible surcroît d&#8217;afflictions, la voyant présente à sa mort, noyée dans un océan de tristesses au pied de la croix.<br />
161. Notre cher Sauveur a de plus enduré en tous les membres de son corps: sa tête fut couronnée d&#8217;épines, ses cheveux et sa barbe arrachés, ses joues souffletées, son visage couvert de crachats, son col et ses bras étreints de cordes, ses épaules accablées et écorchées par le poids de la croix, ses pieds et ses mains percés de clous, son côté et son coeur ouverts d&#8217;une lance, et tout son corps déchiré sans pitié de plus de cinq mille coups de fouets, en sorte qu&#8217;on lui voyait les os à demi décharnés.<br />
Tous ses sens furent encore noyés en cette mer de douleurs: ses yeux, en voyant les grimaces et les moqueries de ses ennemis et les larmes de la désolation de ses amis; ses oreilles, en entendant les injures, les faux témoignages, les calomnies et les horribles blasphèmes que ces bouches maudites vomissaient contre lui; son odorat, par l&#8217;infection des crachats qu&#8217;on lui vomit au visage; son goût, par une très ardente soif en laquelle on ne lui donna que du fiel et du vinaigre; et les sens du toucher, par les excessives douleurs que lui firent les fouets, les épines et les clous.<br />
162. Sa très sainte âme fut très grièvement tourmentée des péchés de tous les hommes, comme [d']autant d&#8217;outrages faits à son Père qu&#8217;il aimait infiniment, et comme la source de la damnation de tant d&#8217;âmes qui, malgré sa mort et Passion, seraient damnées; et elle avait compassion, non seulement de tous les hommes en général, mais de chacun en particulier, qu&#8217;elle connaissait distinctement.<br />
Ce qui augmenta tous ses tourments, ce fut leur durée, qui commença depuis le premier instant de sa conception et dura jusqu&#8217;à sa mort; parce que, par la lumière infinie de sa sagesse, il voyait distinctement et avait toujours présents tous les maux qu&#8217;il devait endurer.<br />
Ajoutons à tous ses tourments le plus cruel et le plus épouvantable de tous, qui fut son abandon sur la croix, lorsqu&#8217;il s&#8217;écria: &laquo;&nbsp;Deus [meus], Deus meus, ut quid dereliquisti me: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m&#8217;avez-vous quitté, pourquoi m&#8217;avez-vous abandonné?&nbsp;&raquo;<br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est bien ce que décrit aussi saint Thomas dans la question 46 de la III pars toute consacrée à la Passion du Christ.<br />
</strong>Voyez.<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>QUESTION 46: LA PASSION DU CHRIST<br />
</strong>1. Était-il nécessaire que le Christ souffrit pour délivrer les hommes? &#8211; 2. Y avait-il une autre manière possible de délivrer les hommes? &#8211; 3. Cette manière était-elle la plus appropriée? &#8211; 4. Convenait-il que le Christ souffre sur la croix? &#8211; 5. Le caractère universel de sa passion. &#8211; 6. La douleur qu&#8217;il a endurée dans sa passion fut-elle la plus grande? &#8211; 7. Toute son âme a-t-elle souffert? &#8211; 8. Sa passion a-t-elle empêché la joie de la jouissance béatifique? &#8211; 9. Le temps de sa passion. &#8211; 10. Le lieu de sa passion. &#8211; 11. Convenait-il qu&#8217;il soit crucifié avec des bandits? &#8211; 12. La passion du Christ doit-elle être attribuée à la divinité?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ARTICLE 1: Était-il nécessaire que le Christ souffrît pour délivrer les hommes?<br />
</strong>Objections:<br />
1. Le genre humain ne pouvait être libéré que par Dieu, selon Isaïe (45,21): &laquo;&nbsp;N&#8217;est-ce pas moi, le Seigneur? Il n&#8217;y a pas d&#8217;autre Dieu que moi. Un Dieu juste et sauveur, il n&#8217;y en a pas excepté moi.&nbsp;&raquo; Or Dieu ne subit aucune nécessité, car cela serait contraire à sa toute-puissance. Donc il n&#8217;était pas nécessaire que le Christ souffrît.<br />
2. Le nécessaire s&#8217;oppose au volontaire. Or le Christ a souffert par sa propre volonté (Is 53, 7): &laquo;&nbsp;Il a souffert parce que lui-même l&#8217;a voulu.&nbsp;&raquo; Sa souffrance n&#8217;était donc pas nécessaire.<br />
3. Il est dit dans le Psaume (25, 10): &laquo;&nbsp;Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité.&nbsp;&raquo; Mais il ne semble pas nécessaire qu&#8217;il souffre, ni du côté de la miséricorde divine, qui distribue gratuitement ses dons, si bien qu&#8217;elle remet gratuitement les dettes sans exiger aucune satisfaction; ni non plus du côté de la justice divine, selon laquelle l&#8217;homme avait mérité la damnation éternelle.<br />
4. La nature angélique est supérieure à la nature humaine, comme le montre Denys. Mais le Christ n&#8217;a pas souffert pour restaurer la nature angélique, qui avait péché. Il n&#8217;était donc pas nécessaire non plus qu&#8217;il souffrît pour le salut du genre humain.<br />
<strong>Cependant</strong>: il y a cette parole de S. Jean (3, 16): &laquo;&nbsp;De même que Moïse à élevé le serpent dans le déserts il faut que le Fils de l&#8217;homme soit élevé, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu&#8217;il ait la vie éternelle.&nbsp;&raquo; Ce qui s&#8217;entend de l&#8217;élévation du Christ en croix. Il apparaît donc que le Christ devait souffrir.<br />
<strong>Conclusion</strong>:<br />
Selon l&#8217;enseignement d&#8217;Aristote, &nbsp;&raquo; nécessaire &nbsp;&raquo; se dit en plusieurs sens.<br />
I. Au sens de ce qui, par sa nature, ne peut pas être autrement. En ce sens, il est évident que la souffrance du Christ n&#8217;était pas nécessaire, ni de la part de Dieu, ni de la part de l&#8217;homme.<br />
II. Au sens où quelque chose est nécessaire du fait d&#8217;une cause extérieure. Si c&#8217;est une cause extérieure ou motrice, elle produit une nécessité de contrainte, par exemple si quelqu&#8217;un ne peut marcher à cause de la violence de celui qui le retient. Mais si la cause extérieure qui introduit la nécessité est une cause finale, l&#8217;acte sera dit nécessaire en raison de la fin, par exemple dans le cas où une fin ne peut être aucunement réalisée, ou ne peut l&#8217;être de façon appropriée, si telle autre fin n&#8217;est pas présupposée.<br />
Donc la souffrance du Christ n&#8217;a pas été nécessaire d&#8217;une nécessité de contrainte, ni de la part de Dieu qui a décidé cette souffrance, ni de la part du Christ qui a souffert volontairement. Mais elle a été nécessaire en raison de la fin, ce qu&#8217;on peut comprendre à trois points de vue.</p>
<p style="text-align: justify;">1° Par rapport à nous, qui avons été délivrés par la passion, selon la parole de S. Jean (3, 15): &laquo;&nbsp;Il faut que le Fils de l&#8217;homme soit élevé, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu&#8217;il ait la vie éternelle.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">2° Par rapport au Christ lui-même: par l&#8217;abaissement de sa passion, il a mérité la gloire de l&#8217;exaltation, comme il le dit en S. Luc (24, 26): &laquo;&nbsp;Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans la gloire? &laquo;&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">3° Par rapport à Dieu: il fallait accomplir ce qu&#8217;il avait décidé touchant la passion du Christ prophétisée dans l&#8217;Écriture et préfigurée dans l&#8217;ancienne loi: &laquo;&nbsp;Le Fils de l&#8217;homme s&#8217;en va selon ce qui a été décidé&nbsp;&raquo;, dit-il en S. Luc (22, 22); et encore (Lc 24, 44. 46): &laquo;&nbsp;C&#8217;est là ce que je vous disais étant encore avec vous: il fallait que s&#8217;accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes&#8230; Car il était écrit que le Christ devait souffrir, et ressusciter d&#8217;entre les morts le troisième jour.&nbsp;&raquo;<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Solutions:<br />
</strong>1. Cet argument procède de la nécessité de contrainte du côté de Dieu.<br />
2. Celui-ci procède de la nécessité de contrainte du côté de l&#8217;humanité du Christ.<br />
3. Que l&#8217;homme soit délivré par la passion du Christ, cela convenait et à la justice et à la miséricorde de celui-ci. A sa justice parce que le Christ par sa passion a satisfait pour le péché du genre humain, et ainsi l&#8217;homme a été délivré par la justice du Christ. Mais cela convenait aussi à la miséricorde parce que, l&#8217;homme ne pouvant par lui-même satisfaire pour le péché de toute la nature humaine, comme nous l&#8217;avons déjà dit Dieu lui a donné son Fils pour opérer cette satisfaction; S. Paul le dit (Rm 3, 24): &laquo;&nbsp;Vous avez été justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus, lui que Dieu a destiné à servir d&#8217;expiation par la foi en son sang.&nbsp;&raquo; Et cela venait d&#8217;une miséricorde plus abondante que s&#8217;il avait remis les péchés sans satisfaction: &laquo;&nbsp;Dieu qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts du fait de nos péchés, nous a vivifiés dans le Christ &nbsp;&raquo; (Ep 2, 4).<br />
4. Le péché de l&#8217;ange n&#8217;était pas réparable comme celui de l&#8217;homme, nous l&#8217;avons montré dans la première Partie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ARTICLE 2: Y avait-il une autre manière possible de délivrer les hommes?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Objections:<br />
</strong>1. Le Seigneur a dit (Jn 12, 24) &nbsp;&raquo; Si le grain de froment tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s&#8217;il meurt il porte beaucoup de fruit.&nbsp;&raquo; Et S. Augustin explique: &laquo;&nbsp;C&#8217;est lui-même qu&#8217;il désignait comme le grain.&nbsp;&raquo; Donc, s&#8217;il n&#8217;avait pas subi la mort, il n&#8217;aurait pas pu produire le fruit de notre libération.<br />
2. Le Seigneur a dit à son Père (Mt 26, 42) &nbsp;&raquo; Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite.&nbsp;&raquo; La coupe dont il parle est celle de sa passion. Donc la passion du Christ ne pouvait être esquivée, comme dit S. Hilaire: &laquo;&nbsp;Si le calice ne peut pas passer loin de lui sans qu&#8217;il le boive, c&#8217;est parce que nous ne pouvons être rachetés que par sa passion.&nbsp;&raquo;<br />
3. La justice de Dieu exigeait que l&#8217;homme soit délivré du péché par la satisfaction que procurait la passion du Christ. Mais le Christ ne pouvait transgresser sa propre justice, car S. Paul dit (2 Tm 2, 13): &laquo;&nbsp;Si nous devenons infidèles, lui demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même&nbsp;&raquo;. Or il se renierait s&#8217;il reniait sa justice, puisqu&#8217;il est lui-même la justice. Il semble donc qu&#8217;il aurait été impossible que l&#8217;homme ait été libéré autrement que par la passion du Christ.<br />
4. La foi ne peut comporter d&#8217;erreur. Mais les anciens pères ont cru que le Christ souffrirait. Il semble donc avoir été impossible que le Christ ne souffre pas.<br />
<strong>Cependant:</strong> voici ce qu&#8217;écrit S. Augustin: &laquo;&nbsp;Ce moyen que Dieu a daigné choisir pour nous libérer: par le médiateur entre Dieu et les hommes, l&#8217;homme Jésus Christ, nous affirmons qu&#8217;il est bon et conforme à la dignité divine, et même nous montrerons que Dieu pouvait employer un autre moyen, car tous les êtres sont également soumis à sa puissance.&nbsp;&raquo;<br />
<strong>Conclusion:<br />
</strong>Possible et impossible peuvent s&#8217;entendre de deux façons différentes: ou bien simplement et absolument, ou bien en tenant compte d&#8217;une condition. A parler simplement et absolument, il était possible que Dieu délivre l&#8217;homme par un autre moyen que la passion du Christ &nbsp;&raquo; parce que rien n&#8217;est impossible à Dieu &nbsp;&raquo; (Lc 1, 37).<br />
Mais si l&#8217;on se place dans une condition donnée, cela était impossible. En effet, il est impossible que la prescience de Dieu se trompe ou que sa volonté ou son plan soit annulé. Or, si l&#8217;on tient comme établi que la passion du Christ a été connue et préordonnée par Dieu, il n&#8217;était pas possible en même temps que le Christ ne souffre pas, ou que l&#8217;homme soit libéré autrement que par sa passion. Et l&#8217;argument est le même pour tout ce qui est su et ordonné préalablement par Dieu, comme on l&#8217;a vu dans la première Partie.<br />
<strong>Solutions:<br />
</strong>1. A cet endroit, le Seigneur parle en supposant la prescience et la préordination divine; dans cette hypothèse, le fruit du salut de l&#8217;humanité ne pouvait être obtenu que par la passion du Christ.<br />
2. Même réponse.&nbsp;&raquo; Si cette coupe ne peut passer sans que je la boive&nbsp;&raquo;, c&#8217;est parce que tu l&#8217;as ainsi disposé. Aussi le Seigneur ajoute-t-il &nbsp;&raquo; Que ta volonté se fasse.&nbsp;&raquo;<br />
3. La justice de Dieu dépend elle-même de la volonté divine, qui exige du genre humain satisfaction pour le péché. Car si Dieu avait voulu libérer l&#8217;homme du péché sans aucune satisfaction, il n&#8217;aurait pas agi contre la justice. Un juge ne peut sans léser la justice remettre une faute ou une peine, car il est là pour punir la faute commise contre un autre, soit un tiers, soit tout l&#8217;État, soit le chef qui lui commande. Mais Dieu n&#8217;a pas de chef, il est lui-même le bien suprême et commun de tout l&#8217;univers. C&#8217;est pourquoi, s&#8217;il remet le péché, qui a raison de faute en ce qu&#8217;il est commis contre lui, il ne fait de tort à personne, pas plus qu&#8217;un homme ordinaire qui remet, sans exiger de satisfaction, une offense commise contre lui; il agit alors avec miséricorde, non d&#8217;une manière injuste. Et c&#8217;est pourquoi David demandait miséricorde en disant (Ps 51, 6): &laquo;&nbsp;Contre toi seul j&#8217;ai péché &nbsp;&raquo; comme pour dire: Tu peux me pardonner sans injustice.<br />
4. La foi de l&#8217;homme, et aussi les Saintes Écritures qui l&#8217;établissent s&#8217;appuient sur la prescience et la préordination divines. Aussi la nécessité qui découle des assertions de la foi est-elle de même nature que la nécessité qui provient de la prescience et de la volonté divines.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ARTICLE 3: Cette manière de délivrer les hommes était-elle la plus appropriée?<br />
Objections:<br />
</strong>1. La nature, dans son activité, imite les oeuvres divines, car elle est mue et réglée par Dieu. Mais la nature n&#8217;emploie pas deux moyens là où elle peut agir par un seul. Puisque Dieu aurait pu délivrer l&#8217;homme par sa seule volonté, il ne semble pas normal d&#8217;y ajouter la passion du Christ pour le même but.<br />
2. Ce qui se fait selon la nature se fait mieux que par la violence, parce que, dit Aristote, &nbsp;&raquo; la violence est une brisure ou une chute de ce qui est conforme à la nature&nbsp;&raquo;. Mais la passion du Christ entraîne sa mort violente. Donc le Christ aurait délivré l&#8217;homme de façon plus appropriée par une mort naturelle que par la souffrance.<br />
3. Il semble tout à fait approprié que celui qui retient un butin par la violence et l&#8217;injustice en soit dépouillé par une puissance supérieure. Car, selon Isaïe (52, 3): &laquo;&nbsp;Vous avez été vendus pour rien, vous serez rachetés sans argent.&nbsp;&raquo; Mais le démon n&#8217;avait aucun droit sur l&#8217;homme, il l&#8217;avait trompé par le mensonge et le maintenait en esclavage par une sorte de violence. Il semble donc qu&#8217;il aurait été tout à fait approprié, pour le Christ, de dépouiller le diable par sa seule puissance, et sans endurer la passion.<br />
Cependant: S. Augustin écrit: &laquo;&nbsp;Pour guérir notre misère, il n&#8217;y avait pas de moyen plus adapté &nbsp;&raquo; que la passion du Christ.<br />
<strong>Conclusion:<br />
</strong>Un moyen est d&#8217;autant plus adapté à une fin qu&#8217;il procure à cette fin un plus grand nombre d&#8217;avantages. Or, du fait que l&#8217;homme a été délivré par la passion du Christ, celle-ci, outre la libération du péché, lui a procuré beaucoup d&#8217;avantages pour son salut.<br />
1° <strong>Par elle, l&#8217;homme connaît combien Dieu l&#8217;aime et par là il est provoqué à l&#8217;aimer, et c&#8217;est en cet amour que consiste la perfection du salut de l&#8217;homme.</strong> Aussi S. Paul dit-il (Rm 5, 8): &laquo;&nbsp;La preuve que Dieu nous aime, c&#8217;est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.&nbsp;&raquo;<br />
2°<strong> Par la passion, le Christ nous a donné l&#8217;exemple de l&#8217;obéissance, de l&#8217;humilité, de la constance, de la justice et des autres vertus nécessaires au salut de l&#8217;homme.</strong> Comme dit S. Pierre (1 P 2, 21): &laquo;&nbsp;Le Christ a souffert pour nous, nous laissant un modèle afin que nous suivions ses traces.&nbsp;&raquo;<br />
3°<strong> Le Christ, par sa passion, n&#8217;a pas seulement délivré l&#8217;homme du péché; il lui a en outre mérité la grâce de la justification et la gloire de la béatitude, comme nous le dirons plus loin.<br />
4° Du fait de la Passion, l&#8217;homme comprend qu&#8217;il est obligé de se garder pur de tout péché lorsqu&#8217;il pense qu&#8217;il a été racheté du péché par le sang du Christ</strong>, selon S. Paul (1 Co 6, 20): &laquo;&nbsp;Vous avez été rachetés assez cher ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps.&nbsp;&raquo;<br />
<strong>5° La Passion a conféré à l&#8217;homme une plus haute dignité:</strong> vaincu et trompé par le diable, l&#8217;homme devait le vaincre à son tour, ayant mérité la mort, il devait aussi, en mourant, la dominer elle-même, et S. Paul nous dit (1 Co 15, 57): &laquo;&nbsp;Rendons grâce à Dieu qui nous a donné la victoire par Jésus Christ.&nbsp;&raquo;<br />
Et pour toutes ces raisons, il valait mieux que nous soyons délivrés par la passion du Christ plutôt que par la seule volonté de Dieu.<br />
<strong>Solutions:<br />
</strong>1. La nature elle-même, pour mieux accomplir son oeuvre, utilise parfois plusieurs moyens, par exemple elle nous donne deux yeux pour voir. Et on pourrait citer d&#8217;autres exemples.<br />
2. S. Jean Chrysostome répond ainsi à cette objection: &laquo;&nbsp;Le Christ est venu afin de consommer non sa propre mort, puisqu&#8217;il est la vie, mais celle des hommes. Il ne déposa pas son corps par une mort qui aurait été naturelle, mais il accepte celle que lui infligeaient les hommes. Si son corps avait été malade, et que le Verbe s&#8217;en soit séparé à la vue de tous, il n&#8217;aurait pas été convenable que celui qui avait guéri le corps des autres ait son corps épuisé par la maladie. Mais s&#8217;il était mort sans aucune maladie, et qu&#8217;il ait caché son corps quelque part pour se montrer ensuite, on ne l&#8217;aurait pas cru lorsqu&#8217;il aurait affirmé qu&#8217;il était ressuscité. Comment la victoire du Christ sur la mort aurait-elle éclaté, si en supportant la mort devant tous, il n&#8217;avait pas prouvé qu&#8217;elle était anéantie par l&#8217;incorruption de son corps? &nbsp;&raquo;<br />
3. Le diable avait attaqué l&#8217;homme injustement; cependant il était juste que l&#8217;homme, en raison de son péché, soit abandonné par Dieu à la servitude du diable. C&#8217;est pourquoi il convenait que l&#8217;homme soit libéré en justice, grâce à la satisfaction payée pour lui par le Christ dans sa passion.<br />
Il convenait aussi, pour vaincre l&#8217;orgueil du diable &nbsp;&raquo; qui fuit la justice et recherche la puissance&nbsp;&raquo;, que le Christ &nbsp;&raquo; vainque le démon et libère l&#8217;homme, non par la seule puissance de la divinité, mais aussi par la justice et l&#8217;humilité de sa passion&nbsp;&raquo;, remarque S. Augustin.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ARTICLE 4: Convenait-il que le Christ souffre sur la croix?<br />
Objections:<br />
</strong>1. La réalité doit répondre à la figure. Mais dans tous les sacrifices de l&#8217;Ancien Testament qui ont préfiguré le Christ, les animaux étaient mis à mort par le glaive, puis brûlés. Il semble donc que le Christ ne devait pas mourir sur la croix, mais plutôt par le glaive et par le feu.<br />
2. Selon S. Jean Damascène le Christ ne devait pas accepter des &nbsp;&raquo; souffrances dégradantes&nbsp;&raquo;. Mais la mort de la croix paraît avoir été souverainement dégradante et ignominieuse. Comme il est écrit (Sg 2, 20): &laquo;&nbsp;Condamnons-le à la mort la plus honteuse.&nbsp;&raquo;<br />
3. On a acclamé le Christ en disant: &laquo;&nbsp;Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur &nbsp;&raquo; (Mt 21, 5). Or la mort de la croix était un supplice de malédiction, selon le Deutéronome (21, 23): &laquo;&nbsp;Il est maudit de Dieu, celui qui est pendu au bois.&nbsp;&raquo; Donc la crucifixion du Christ n&#8217;était pas acceptable.<br />
Cependant: il est écrit (Ph 2, 3) &nbsp;&raquo; Il s&#8217;est fait obéissant jusqu&#8217;à la mort, la mort sur une croix.&nbsp;&raquo;<br />
<strong>Conclusion</strong>:<br />
Il convenait au plus haut point que le Christ souffre la mort de la croix.<br />
1<strong>° Pour nous donner un exemple de vertu.</strong> C&#8217;est ce qu&#8217;écrit S. Augustin&nbsp;&raquo;: &laquo;&nbsp;La Sagesse de Dieu assume l&#8217;humanité pour nous donner l&#8217;exemple d&#8217;une vie droite. Or une condition de la vie droite, c&#8217;est de ne pas craindre ce qui n&#8217;est pas à craindre&#8230; Or il y a des hommes qui, sans craindre la mort elle-même, ont horreur de tel genre de mort. Donc, que nul genre de mort ne soit à craindre par l&#8217;homme dont la vie est droite, c&#8217;est ce que nous a montré la croix de cet homme, car, entre tous les genres de mort, c&#8217;est le plus odieux et le plus redoutable.&nbsp;&raquo;<br />
2°<strong> Ce genre de mort était parfaitement apte à satisfaire pour le péché de notre premier père</strong>; celui-ci l&#8217;avait commis en mangeant le fruit de l&#8217;arbre interdit, contrairement à l&#8217;ordre de Dieu. Il convenait donc que le Christ, en vue de satisfaire pour ce péché, souffre d&#8217;être attaché à l&#8217;arbre de la croix, comme pour restituer ce qu&#8217;Adam avait enlevé, selon le Psaume (69, 5): &laquo;&nbsp;Ce que je n&#8217;ai pas pris, devrai-je le rendre? &nbsp;&raquo; C&#8217;est pourquoi S. Augustin dit: &laquo;&nbsp;Adam méprise le précepte en prenant le fruit de l&#8217;arbre, mais tout ce qu&#8217;Adam avait perdu, le Christ l&#8217;a retrouvé sur la croix.&nbsp;&raquo;<br />
3<strong>° Comme dit S. Jean Chrysostome: &laquo;&nbsp;Le Christ a souffert sur un arbre élevé et non sous un toit, afin de purifier la nature de l&#8217;air. La terre elle-même a ressenti les effets de la Passion; car elle a été purifiée par le sang qui coulait goutte à goutte du côté du Crucifié</strong>.&nbsp;&raquo; Et à propos de ce verset de S. Jean (3, 4): &laquo;&nbsp;Il faut que le Fils de l&#8217;homme soit élevé&nbsp;&raquo;, il écrit r: &laquo;&nbsp;Par &laquo;&nbsp;fut élevé&nbsp;&raquo;, entendons que le Christ fut suspendu entre ciel et terre, afin de sanctifier l&#8217;air, lui qui avait sanctifié la terre en y marchant.&nbsp;&raquo;<br />
<strong>4° &nbsp;&raquo; Par sa mort sur la croix, le Christ a préparé notre ascension au ciel&nbsp;&raquo;,</strong> d&#8217;après Chrysostome,. C&#8217;est pourquoi il a dit lui-même (Jn 12, 32): &laquo;&nbsp;Moi, lorsque j&#8217;aurai été élevé de terre, j&#8217;attirerai tout à moi.&nbsp;&raquo;<br />
<strong>5° Cela convenait au salut de tout le genre humain.</strong> C&#8217;est pourquoi S. Grégoire de Nysse a pu dire: &laquo;&nbsp;La figure de la croix, où se rejoignent au centre quatre branches opposées, symbolise que la puissance et la providence de celui qui y est suspendu se répandent partout.&nbsp;&raquo; Et S. Jean Chrysostome dit encore: &laquo;&nbsp;Il meurt en étendant les mains sur la croix; de l&#8217;une il attire l&#8217;ancien peuple, de l&#8217;autre ceux qui viennent des nations.&nbsp;&raquo;<br />
<strong>6° Par ce genre de mort sont symbolisées diverses vertus,</strong> selon S. Augustin: &laquo;&nbsp;Ce n&#8217;est pas pour rien que le Christ a choisi ce genre de mort, pour montrer qu&#8217;il est le maître de la largeur et de la hauteur, de la longueur et de la profondeur &nbsp;&raquo; dont parle S. Paul (Ep 3, 18).&nbsp;&raquo; Car la largeur se trouve dans la traverse supérieure: elle figure les bonnes oeuvres parce que les mains y sont étendues. La longueur est ce que l&#8217;on voit du bois au-dessus de la terre, car c&#8217;est là qu&#8217;on se tient pour ainsi dire debout, ce qui figure la persistance et la persévérance, fruits de la longanimité. La hauteur se trouve dans la partie du bois située au-dessus de la traverse; elle se tourne vers le haut, c&#8217;est-à-dire vers la tête du crucifié parce qu&#8217;elle est la suprême attente de ceux qui ont la vertu d&#8217;espérance. Enfin la profondeur comprend la partie du bois qui est cachée en terre; toute la croix semble en surgir, ce qui symbolise la profondeur de la grâce gratuite.&nbsp;&raquo; Et comme S. Augustin le dit ailleurs: &laquo;&nbsp;Le bois auquel étaient cloués les membres du crucifié était aussi la chaire d&#8217;où le maître enseignait.&nbsp;&raquo;<br />
<strong>7° Ce genre de mort répond à de très nombreuses préfigurations.</strong> Comme dit S. Augustin: &laquo;&nbsp;Une arche de bois a sauvé le genre humain du déluge. Lorsque le peuple de Dieu quittait l&#8217;Égypte, Moïse a divisé la mer à l&#8217;aide d&#8217;un bâton et, terrassant ainsi le pharaon, il a racheté le peuple de Dieu. Ce même bâton, Moïse l&#8217;a plongé dans une eau amère qu&#8217;il a rendue douce. Et c&#8217;est encore avec un bâton que Moïse a fait jaillir du rocher préfiguratif une eau salutaire. Pour vaincre Amalec, Moïse tenait les mains étendues sur son bâton. La loi de Dieu était confiée à l&#8217;arche d&#8217;Alliance, qui était en bois. Par là tous étaient, comme par degrés, amenés au bois de la croix.&nbsp;&raquo;<br />
<strong>Solutions:<br />
</strong>1. L&#8217;autel des holocaustes, sur lequel on offrait les sacrifices d&#8217;animaux, était fait de bois (Ex 27, 1). Et à cet égard la réalité correspond à la figure.&nbsp;&raquo; Mais il ne faut pas qu&#8217;elle y corresponde totalement, sinon la figure serait déjà la réalité&nbsp;&raquo;, remarque S. Jean Damascène. Toutefois, d&#8217;après Chrysostome.&nbsp;&raquo; on ne l&#8217;a pas décapité comme Jean Baptiste, ni scié comme Isaïe, pour qu&#8217;il garde dans la mort son corps entier et indivis, afin d&#8217;enlever tout prétexte à ceux qui veulent diviser l&#8217;Église&nbsp;&raquo;. Mais au lieu d&#8217;un feu matériel, il y eut dans l&#8217;holocauste du Christ le feu de la charité.<br />
2. Le Christ a refusé de se soumettre aux souffrances qui proviennent d&#8217;un défaut de science, de grâce, ou même de force, mais non aux atteintes infligées de l&#8217;extérieur. Bien plus, selon l&#8217;épître aux Hébreux (12, 2) &nbsp;&raquo; Il a enduré, sans avoir de honte, l&#8217;humiliation de la croix.&nbsp;&raquo;<br />
3. Selon S. Augustin, le péché est une malédiction, et par conséquent la mort et la mortalité qui résultent du péché.&nbsp;&raquo; Or la chair du Christ était mortelle, puisqu&#8217;elle était semblable à une chair de péché.&nbsp;&raquo; Et c&#8217;est ainsi que Moïse l&#8217;a qualifiée de &nbsp;&raquo; maudite &laquo;&nbsp;; de la même manière, l&#8217;Apôtre l&#8217;appelle &nbsp;&raquo; péché &nbsp;&raquo; (2 Co 5, 21): &laquo;&nbsp;Il a fait péché celui qui ne connaissait pas le péché&nbsp;&raquo;, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il lui a imposé la peine du péché. Lorsque Moïse prédit du Christ qu&#8217;il est &nbsp;&raquo; maudit de Dieu&nbsp;&raquo;, &nbsp;&raquo; il ne marque donc pas une plus grande haine de la part de Dieu. Car, si Dieu n&#8217;avait pas détesté le péché et, par suite, notre mort, il n&#8217;aurait pas envoyé son Fils endosser et supprimer cette mort&#8230; Donc, confesser qu&#8217;il a endossé la malédiction pour nous revient à confesser qu&#8217;il est mort pour nous&nbsp;&raquo;. C&#8217;est ce que dit S. Paul (Ga 3, 13): &laquo;&nbsp;Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi en se faisant pour nous malédiction.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ARTICLE 5: Le caractère universel de la Passion<br />
Objections:<br />
</strong>1. S. Hilaire écrit: &laquo;&nbsp;Le Fils unique de Dieu, pour accomplir le mystère de sa mort, a attesté qu&#8217;il avait consommé tous les genres de souffrances humaines lorsqu&#8217;il inclina la tête et rendit l&#8217;esprit.&nbsp;&raquo; Il semble donc qu&#8217;il a enduré toutes les souffrances humaines.<br />
2. Isaïe (52, 13) avait prédit: &laquo;&nbsp;Voici que mon serviteur prospérera et grandira, il sera exalté et souverainement élevé. De même, beaucoup ont été dans la stupeur en le voyant, car son apparence était sans gloire parmi les hommes, et son aspect parmi les fils des hommes.&nbsp;&raquo; Or le Christ a été exalté en ce sens qu&#8217;il a possédé toute grâce et toute science, ce qui a plongé dans la stupeur beaucoup de ses admirateurs. Il semble donc qu&#8217;il a été sans gloire en endurant toutes les souffrances humaines.<br />
3. La passion du Christ, on l&#8217;a dit &#8216; était ordonnée à libérer l&#8217;homme du péché. Or le Christ est venu délivrer les hommes de tous les genres de péché. Il semble donc qu&#8217;il devait supporter tous les genres de souffrances.<br />
Cependant: nous savons par S. Jean (19, 32) que &nbsp;&raquo; les soldats brisèrent les jambes du premier, puis du second qui avaient été crucifiés avec Jésus; mais venant à lui, ils ne lui rompirent pas les jambes&nbsp;&raquo;. Le Christ n&#8217;a donc pas enduré toutes les souffrances humaines.<br />
<strong>Conclusion:<br />
</strong>Les souffrances humaines peuvent être considérées à deux points de vue.<br />
Tout d&#8217;abord selon leur espèce. De ce point de vue, il n&#8217;était pas nécessaire que le Christ les endure toutes. Beaucoup de ces souffrances sont, par leur espèce, opposées les unes aux autres, comme par exemple être dévoré par le feu ou submergé par l&#8217;eau. Nous n&#8217;envisageons ici, en effet, que les souffrances infligées de l&#8217;extérieur; celles qui ont une cause intérieure, comme les infirmités corporelles, ne lui auraient pas convenu, nous l&#8217;avons déjà montré.<br />
<strong>Mais, selon leur genre, le Christ les a endurées toutes, sous un triple rapport.<br />
1° De la part des hommes qui les lui ont infligées.</strong> Il a souffert de la part des païens et des juifs, des hommes et des femmes, comme on le voit avec les servantes qui accusaient Pierre. Il a encore souffert de la part des chefs et de leurs serviteurs, et aussi de la part du peuple, comme l&#8217;avait annoncé le psalmiste (2, 1): &laquo;&nbsp;Pourquoi ce tumulte des nations, ce vain murmure des peuples? Les rois de la terre se soulèvent, les grands se liguent entre eux contre le Seigneur et son Christ.&nbsp;&raquo; Il a aussi été affligé par tous ceux qui vivaient dans son entourage et sa familiarité, puisque Judas l&#8217;a trahi et que Pierre l&#8217;a renié.<br />
<strong>2° Dans tout ce qui peut faire souffrir un homme.</strong> Le Christ a souffert dans ses amis qui l&#8217;ont abandonné; dans sa réputation par les blasphèmes proférés contre lui; dans son honneur et dans sa gloire par les moqueries et les affronts qu&#8217;il dut supporter; dans ses biens lorsqu&#8217;il fut dépouillé de ses vêtements; dans son âme par la tristesse, le dégoût et la peur; dans son corps par les blessures et les coups.<br />
<strong>3° Dans tous les membres de son corps.</strong> Le Christ a enduré: à la tête les blessures de la couronne d&#8217;épines; aux mains et aux pieds le percement des clous; au visage les soufflets, les crachats et, sur tout le corps, la flagellation. De plus il a souffert par tous ses sens corporels: par le toucher quand il a été flagellé et cloué à la croix; par le goût quand on lui a présenté du fiel et du vinaigre; par l&#8217;odorat quand il fut suspendu au gibet en ce lieu, appelé Calvaire, rendu fétide par les cadavres des suppliciés; par l&#8217;ouïe, lorsque ses oreilles furent assaillies de blasphèmes et de railleries; et enfin par la vue, quand il vit pleurer sa mère et le disciple qu&#8217;il aimait.<br />
<strong>Solutions:<br />
</strong>1. Les paroles de S. Hilaire visent tous les genres de souffrances endurées par le Christ, mais non leurs espèces.<br />
2. Cette comparaison ne porte pas sur le nombre des souffrances et des grâces, mais sur leur grandeur. Si le Christ a été élevé au-dessus de tous les hommes par les dons de la grâce, il a été abaissé au-dessous de tous par l&#8217;ignominie de sa passion.<br />
3. En ce qui concerne leur efficacité, la moindre des souffrances du Christ aurait suffi pour racheter le genre humain de tous les péchés; mais si l&#8217;on considère ce qui convenait il suffisait qu&#8217;il endure tous les genres de passion, comme on vient de le dire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ARTICLE 6: La douleur que le Christ a endurée dans sa passion fut-elle la plus grande?<br />
Objections:<br />
</strong>1. La douleur augmente avec la violence et la durée de la souffrance. Mais certains martyrs ont enduré des supplices plus terribles et plus prolongés que le Christ, par exemple S. Laurent qui a été rôti sur un gril, ou S. Vincent dont la chair a été déchirée par des crocs de fer. Il apparaît donc que la douleur du Christ dans sa passion n&#8217;a pas été la plus grande.<br />
2. La force de l&#8217;esprit atténue la douleur, si bien que les stoïciens prétendaient que &nbsp;&raquo; la tristesse ne s&#8217;introduit pas dans l&#8217;âme du sage&nbsp;&raquo;. Et Aristote enseigne que la vertu morale fait garder le juste milieu dans les passions. Or le Christ possédait la force morale la plus parfaite. Il apparaît donc que sa douleur n&#8217;a pas été la plus grande.<br />
3. Plus le patient est sensible, plus sa souffrance lui inflige de douleur. Or l&#8217;âme est plus sensible que le corps, puisque le corps est sensible par elle. Et même, dans l&#8217;état d&#8217;innocence Adam eut un corps plus sensible que le Christ, qui a assumé un corps humain avec ses défauts de nature. Il apparaît donc que la douleur de l&#8217;âme, chez celui qui souffre au purgatoire ou en enfer, ou même la douleur d&#8217;Adam s&#8217;il avait souffert, aurait été plus grande que celle du Christ dans sa passion.<br />
4. Plus le bien que l&#8217;on perd est grand, plus la douleur est grande. Mais l&#8217;homme, en péchant, perd un plus grand bien que le Christ en souffrant, parce que la vie de la grâce est supérieure à la vie naturelle. Et même, le Christ, qui a perdu la vie pour ressusciter trois jours plus tard, a perdu moins que ceux qui perdent la vie pour demeurer dans la mort. Il apparaît donc que la douleur du Christ ne fut pas la pire des douleurs.<br />
5. L&#8217;innocence de celui qui souffre diminue sa douleur. Or le Christ a souffert innocemment selon Jérémie (11, 19): &laquo;&nbsp;Mais moi, je suis comme un agneau docile que l&#8217;on mène à l&#8217;abattoir.&nbsp;&raquo;<br />
6. Dans le Christ il n&#8217;y avait rien de superflu. Mais la plus petite douleur du Christ aurait suffi pour obtenir le salut du genre humain, car elle aurait eu, en vertu de sa personne divine, une puissance infinie. Il aurait donc été superflu qu&#8217;il assume le maximum de douleurs.<br />
Cependant: on lit dans les Lamentations (1, 12) cette parole attribuée au Christ: &laquo;&nbsp;Regardez et voyez s&#8217;il est une douleur comparable à ma douleur.&nbsp;&raquo;<br />
<strong>Conclusion:<br />
Nous l&#8217;avons déjà dit, à propos des déficiences assumées par le Christ: dans sa passion, le Christ a ressenti une douleur réelle et sensible, causée par les supplices corporels; et une douleur intérieure, la tristesse, produite par la perception de quelque nuisance. L&#8217;une et l&#8217;autre de ces douleurs, chez le Christ, furent les plus intenses que l&#8217;on puisse endurer dans la vie présente. Et cela pour quatre raisons.<br />
1° Par rapport aux causes de la douleur.</strong> La douleur sensible fut produite par une lésion corporelle. Elle atteignit au paroxysme, soit en raison de tous les genres de souffrances dont il a été parlé à l&#8217;Article précédent, soit aussi en raison du mode de la passion; car la mort des crucifiés est la plus cruelle: ils sont en effet cloués à des endroits très innervés et extrêmement sensibles, les mains et les pieds. De plus le poids du corps augmente continuellement cette douleur; et à tout cela s&#8217;ajoute la longue durée du supplice, car les crucifiés ne meurent pas immédiatement, comme ceux qui périssent par le glaive. &#8211; Quant à la douleur intérieure du coeur, elle avait plusieurs causes; en premier lieu, tous les péchés du genre humain pour lesquels il satisfaisait en souffrant, si bien qu&#8217;il les prend à son compte en parlant dans le Psaume (22, 2) du &nbsp;&raquo; cri de mes péchés&nbsp;&raquo;. Puis, particulièrement, la chute des juifs et de ceux qui lui infligèrent la mort, et surtout des disciples qui tombèrent pendant sa Passion. Enfin, la perte de la vie corporelle, qui par nature fait horreur à la nature humaine.<br />
On peut mesurer l&#8217;intensité de la douleur à la sensibilité de celui qui souffre, dans son âme et dans son corps. Or le corps du Christ était d&#8217;une complexion parfaite, puisqu&#8217;il avait été formé miraculeusement par l&#8217;Esprit Saint. Rien n&#8217;est plus parfait que ce q s souffrants la tristesse intérieure, et même la douleur extérieure sont tempérées par la raison, en vertu de la dérivation ou rejaillissement des puissances supérieures sur les puissances inférieures. Or, chez le Christ souffrant, cela ne s&#8217;est pas produit, puisque, à chacune de ses puissances &nbsp;&raquo; il permit d&#8217;agir selon sa loi propre&nbsp;&raquo;, dit S. Jean Damascène.<br />
4<strong>° On peut enfin évaluer l&#8217;intensité de la douleur du Christ d&#8217;après le fait que sa souffrance et sa douleur furent assumées volontairement en vue de cette fin: libérer l&#8217;homme du péché.</strong> Et c&#8217;est pourquoi il a assumé toute la charge de douleur qui était proportionnée à la grandeur ou fruit de sa passion.<br />
Toutes ces causes réunies montrent à l&#8217;évidence que la douleur du Christ fut la plus grande.<br />
S<strong>olutions</strong>:<br />
1. Cette objection est fondée sur une seule des causes de souffrance que nous avons énumérées: la lésion corporelle qui cause la douleur sensible. Mais la douleur du Christ en sa passion s&#8217;est accrue bien davantage en raison des autres causes, nous venons de le dire.<br />
2. La vertu morale n&#8217;atténue pas de la même façon la tristesse intérieure et la douleur sensible extérieure, car elle y établit un juste milieu, et c&#8217;est là sa matière propre. Or c&#8217;est la vertu morale qui établit le juste milieu dans les passions, nous l&#8217;avons montré dans la deuxième Partie non d&#8217;après une quantité matérielle, mais selon une quantité de proportion, de sorte que la passion n&#8217;outrepasse pas la règle de raison. Et parce qu&#8217;ils croyaient que la tristesse n&#8217;avait aucune utilité, les stoïciens la croyaient en désaccord total avec la raison; par suite ils jugeaient que le sage devait l&#8217;éviter totalement. Il est pourtant vrai, comme le prouve S. Augustin, qu&#8217;une certaine tristesse mérite l&#8217;éloge lorsqu&#8217;elle procède d&#8217;un saint amour; ainsi lorsque l&#8217;on s&#8217;attriste de ses propres péchés ou de ceux des autres; la tristesse a aussi son utilité lorsqu&#8217;elle a pour but de satisfaire pour le péché, selon S. Paul (2 Co 7, 10): &laquo;&nbsp;La tristesse selon Dieu produit un repentir salutaire que l&#8217;on ne regrette pas.&nbsp;&raquo; Et c&#8217;est pourquoi le Christ, afin de satisfaire pour les péchés de tous les hommes, a souffert la tristesse la plus profonde, en mesure absolue, sans néanmoins qu&#8217;elle dépasse la règle de la raison.<br />
Quant à la douleur extérieure des sens, la vertu morale ne la diminue pas directement; car cette douleur n&#8217;obéit pas à la raison, mais elle suit la nature du corps. Cependant, la vertu morale diminue indirectement la tristesse, par voie de rejaillissement des puissances supérieures sur les puissances inférieures. Ce qui ne s&#8217;est pas produit chez le Christ, nous l&#8217;avons dit.<br />
3. La douleur de l&#8217;âme séparée appartient à l&#8217;état de damnation, qui dépasse tous les maux de cette vie, comme la gloire des saints en dépasse tous les biens. Lorsque nous disons que la douleur du Christ était la plus grande, nous ne voulons donc pas la comparer à celle de l&#8217;âme séparée.<br />
D&#8217;autre part, le corps d&#8217;Adam ne pouvait souffrir avant de pécher et de devenir ainsi mortel et passible; et ses souffrances furent alors moins douloureuses que celles endurées par le Christ, nous venons d&#8217;en donner les raisons. Ces raisons montrent aussi que, même si, par impossible, Adam avait pu souffrir dans l&#8217;état d&#8217;innocence, sa douleur aurait été moindre que celle du Christ.<br />
4. Le Christ s&#8217;est affligé non seulement de la perte de sa vie corporelle, mais aussi des péchés de tous les autres hommes. Sous cet aspect, sa douleur a dépassé celle que pouvait provoquer la contrition chez n&#8217;importe quel homme. Car elle avait sa source dans une sagesse et une charité plus grandes et augmentait en proportion. D&#8217;autre part, le Christ souffrait pour tous les péchés à la fois, selon Isaïe (53, 4) &nbsp;&raquo; Il a vraiment porté nos douleurs.&nbsp;&raquo;<br />
Quant à la vie corporelle, elle était dans le Christ d&#8217;une dignité telle, surtout par la divinité qui se l&#8217;était unie, qu&#8217;il souffrit davantage de sa perte, même momentanée, qu&#8217;un homme ne peut souffrir en la perdant pour un grand laps de temps. Aussi, remarque Aristote, le vertueux aime-t-il d&#8217;autant plus sa vie qu&#8217;il la sait meilleure, mais il l&#8217;expose à cause du bien de la vertu. De même le Christ a offert, pour le bien de la charité, sa vie qu&#8217;il aimait au plus haut point, comme l&#8217;a dit Jérémie (12, 7 Vg): &laquo;&nbsp;J&#8217;ai remis mon âme bien-aimée aux mains de mes ennemis.&nbsp;&raquo;<br />
5. L&#8217;innocence diminue la douleur de la souffrance quant au nombre, parce que le coupable souffre non seulement de la peine, mais aussi quant à la coulpe, tandis que l&#8217;innocent souffre uniquement de la peine. Toutefois cette douleur augmente en lui en raison de son innocence, en tant qu&#8217;il saisit combien ce qu&#8217;il souffre est plus injuste. C&#8217;est pourquoi les autres sont plus répréhensibles s&#8217;ils ne compatissent pas à sa peine, selon Isaïe (57, 1): &laquo;&nbsp;Le juste périt, et nul ne s&#8217;en inquiète.&nbsp;&raquo;<br />
6. Le Christ a voulu délivrer le genre humain du péché, non seulement par sa puissance, mais encore par sa justice. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il a tenu compte, non seulement de la puissance que sa douleur tirait de l&#8217;union à, sa divinité, mais aussi de l&#8217;importance qu&#8217;elle aurait selon la nature humaine, pour procurer une si totale satisfaction</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ARTICLE 7: Toute l&#8217;âme du Christ a-t-elle souffert dans sa passion?<br />
Objections:<br />
</strong>1. Si l&#8217;âme souffre en même temps que le corps, c&#8217;est par accident, en tant qu&#8217;elle est l&#8217;acte de ce corps. Or, elle n&#8217;est pas l&#8217;acte du corps dans toutes ses parties, car l&#8217;intellect n&#8217;est l&#8217;acte d&#8217;aucun corps, écrit Aristote. Il semble donc que le Christ n&#8217;a pas souffert selon toute son âme.<br />
2. Chaque puissance de l&#8217;âme pâtit de son objet propre. Mais l&#8217;objet de la partie supérieure de l&#8217;âme consiste dans les idées éternelles, &nbsp;&raquo; qu&#8217;elle s&#8217;applique à contempler et à consulter&nbsp;&raquo;, dit S. Augustin. Or le Christ ne pouvait ressentir aucune souffrance des idées éternelles, puisqu&#8217;elles ne lui étaient contraires en rien.<br />
3. Lorsque la passion sensible va jusqu&#8217;à la raison, on le nomme une passion accomplie. Or il n&#8217;y eut pas chez le Christ de passion parfaite, mais seulement, selon S. Jérôme une &nbsp;&raquo; propassion&nbsp;&raquo;. Aussi Denys écrit-il à S. Jean l&#8217;Évangéliste: &laquo;&nbsp;Tu ne ressens les souffrances qui te sont infligées que dans la mesure où tu les perçois.&nbsp;&raquo;<br />
4. La passion ou souffrance cause la douleur. Mais dans l&#8217;intellect spéculatif il n’y a pas de douleur parce que, selon Aristote, &nbsp;&raquo; on ne peut opposer aucune tristesse à la délectation qui naît de la contemplation&nbsp;&raquo;. Le Christ n&#8217;a donc pas souffert, semble-t-il, selon toute son âme.<br />
<strong>Cependant</strong>: il y a cette parole du Psaume (88, 4) mise sur les lèvres du Christ: &laquo;&nbsp;Mon âme est rassasiée de maux &nbsp;&raquo; qui, selon la Glose, &nbsp;&raquo; ne sont pas des vices, mais des douleurs par lesquelles l&#8217;âme compatit à la chair, ou aux maux du peuple en train de se perdre&nbsp;&raquo;. Donc le Christ a souffert selon toute son âme.<br />
<strong>Conclusion:<br />
</strong>Le tout se dit par rapport aux parties. On appelle les parties de l&#8217;âme ses puissances. Pour l&#8217;âme, pâtir tout entière, c&#8217;est pâtir selon son essence, ou selon toutes ses puissances.<br />
Mais il faut remarquer que chaque puissance de l&#8217;âme peut pâtir d&#8217;une double manière: en premier lieu d&#8217;une souffrance qui lui vient de son objet propre; la vue, par exemple pâtit d&#8217;un objet visible éblouissant. En second lieu, la puissance pâtit de la souffrance de l&#8217;organe où elle siège; la vue pâtit si l&#8217;on touche l&#8217;oeil qui est son organe, par exemple si on le pique, ou s&#8217;il est affecté par la chaleur&#8217;<br />
Donc, si l&#8217;on entend &nbsp;&raquo; toute l&#8217;âme &nbsp;&raquo; selon son essence, il est évident que l&#8217;âme du Christ a pâti; car l&#8217;essence de l&#8217;âme est tout entière unie au corps, de telle sorte qu&#8217;elle est tout entière dans tout le corps et dans chacune de ses parties. Voilà pourquoi, lorsque le corps du Christ souffrait et allait être séparé de l&#8217;âme, toute son âme pâtissait.<br />
Mais si l&#8217;on entend par &nbsp;&raquo; toute l&#8217;âme &nbsp;&raquo; toutes ses puissances, en parlant des passions propres à chacune d&#8217;elles, l&#8217;âme du Christ pâtissait selon toutes ses puissances inférieures; car, dans chacune de ses puissances qui ont pour objet les réalités temporelles, il se trouvait une cause de douleur dans le Christ, ainsi que nous l&#8217;avons montré. Mais sous ce rapport, la raison supérieure, dans le Christ, n&#8217;a point pâti de la part de son objet, qui est Dieu, car Dieu n&#8217;était pas pour l&#8217;âme du Christ une cause de douleur, mais de délectation et de joie.<br />
Cependant, si l&#8217;on considère la souffrance qui affecte une puissance du fait de son sujet, on peut dire que toutes les puissances de l&#8217;âme ont pâti. Car elles sont toutes enracinées dans l&#8217;essence de l&#8217;âme, et l&#8217;âme pâtit quand le corps, dont elle est l&#8217;acte, souffre.<br />
<strong>Solutions:<br />
</strong>1. L&#8217;intellect, en tant que puissance, n&#8217;est pas l&#8217;acte du corps; c&#8217;est l&#8217;essence de l&#8217;âme qui en est l&#8217;acte, et c&#8217;est en elle que s&#8217;enracine la puissance intellective, comme nous l&#8217;avons vu dans la première Partie.<br />
2. Cet argument se fonde sur la souffrance ou passion qui vient de l&#8217;objet propre, selon laquelle la raison supérieure, chez le Christ, n&#8217;a pas souffert.<br />
3. La douleur est appelée une passion accomplie, qui trouble l&#8217;âme, lorsque la souffrance de la partie sensible va jusqu&#8217;à faire dévier la raison de la rectitude de son acte au point qu&#8217;elle suit la passion et ne la dirige plus par son libre arbitre. Mais chez le Christ la souffrance sensible n&#8217;est point parvenue jusqu&#8217;à la raison; elle ne l&#8217;a atteinte que par l&#8217;intermédiaire du sujet, comme nous venons de le préciser.<br />
4. L&#8217;intellect spéculatif ne peut endurer ni douleur ni tristesse de la part de son objet. Celui-ci est le vrai, considéré de façon absolue, et qui est la perfection de l&#8217;intellect. La douleur ou sa cause peuvent toutefois l&#8217;atteindre de la manière exposée dans la Réponse.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>[3. L'affection extrême de la Sagesse dans ses douleurs]<br />
</strong>163. De tout ceci il faut inférer, avec saint Thomas et les saints Pères, que notre bon Jésus a plus souffert que tous les martyrs ensemble, tant ceux qui seront jusqu&#8217;à la fin du monde que ceux qui ont été. Si donc la moindre douleur du Fils de Dieu est plus estimable et nous doit toucher plus sensiblement que si tous les anges et les hommes étaient morts et anéantis pour nous, quelle doit être notre douleur, notre reconnaissance et notre amour pour lui, puisqu&#8217;il a souffert pour nous tout ce qu&#8217;on peut souffrir, et avec une affection extrême, sans y être obligé! Proposito sibi gaudio sustinuit crucem. Heb.12. Ayant devant soi la joie, il a porté la croix.<br />
C&#8217;est-à-dire, selon les saints Pères, Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, pouvant demeurer là-haut au ciel, dans sa gloire, infiniment éloigné de nos misères, il a mieux aimé, en notre considération, descendre en terre, se faire homme et être crucifié. Après s&#8217;être fait homme, elle pouvait communiquer à son corps la même joie, la même immortalité et la même béatitude dont il jouit maintenant; mais elle ne le voulut pas, afin de pouvoir souffrir.<br />
164. Rupert ajoute que le Père éternel proposa à son Fils, au moment de son incarnation, le choix de sauver le monde par les plaisirs ou par les afflictions, par les honneurs ou par les mépris, par les richesses ou par la pauvreté, par la vie ou par la mort; en sorte qu&#8217;il eût pu, s&#8217;il eût voulu, avec la joie, les délices, les plaisirs et les honneurs et les richesses, glorieux et triomphant, racheter les hommes et les mener avec soi en paradis. Mais il choisit plutôt les maux et la croix, pour rendre à Dieu son Père plus de gloire et aux hommes un témoignage d&#8217;un plus grand amour.<br />
165. Bien plus, il nous a tant aimés, qu&#8217;au lieu d&#8217;abréger ses peines, il désirait de les prolonger et d&#8217;en endurer encore mille fois davantage; c&#8217;est pourquoi, sur la croix, lorsqu&#8217;il était foulé d&#8217;opprobres et abîmé dans la souffrance, comme s&#8217;il ne souffrait pas assez, il s&#8217;écria: &laquo;&nbsp;Sitio: J&#8217;ai soif.&nbsp;&raquo;<br />
Et de quoi avait-il soif? &laquo;&nbsp;Sitis haec&nbsp;&raquo;, dit saint Laurent Justinien, &laquo;&nbsp;de ardore dilectionis, de amoris fonte, de latitudine nascitur et charitatis: sitiebat nos et dare se nobis desiderabat: Cette soif provenait de l&#8217;ardeur de son amour, de la fontaine et de l&#8217;abondance de sa charité. Il avait soif de nous, et de se donner à nous et de souffrir pour nous.&nbsp;&raquo;<br />
[4. Conclusion]<br />
166. Après cela, n&#8217;avons-nous pas raison de nous écrier avec saint François de Paule: &laquo;&nbsp;O charité! ô Dieu charité! Oh! que la charité que vous nous avez montrée, en souffrant et mourant, est excessive!&nbsp;&raquo; ou, avec sainte Marie-Madeleine de Pazzi embrassant un crucifix: &laquo;&nbsp;O amour! ô amour! combien peu êtes-vous connu!&nbsp;&raquo; ou, avec saint François d&#8217;Assise se traînant dans la boue au milieu des rues: &laquo;&nbsp;Oh! Jésus, mon amour crucifié, n&#8217;est point connu! Jésus, mon amour, n&#8217;est point aimé!&nbsp;&raquo;<br />
En effet, la sainte Eglise fait dire avec vérité tous les jours: &laquo;&nbsp;Mundus eum non cognovit: Le monde ne connaît point Jésus-Christ, la Sagesse incarnée; et, à parler sainement, connaître ce que Notre-Seigneur a enduré pour nous et ne point l&#8217;aimer ardemment, comme le monde fait, est une chose moralement impossible</em>.</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Dixième conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 14:15:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Dixième conférence. Domus salutis (7) Les fruits du sacrifice de NSJC Arrivé à ce point de notre méditation, il ne nous reste plus qu’à expliquer — mais avec soin — les avantages et les biens que la Passion du Sauveur nous a procurés. §-1 En premier lieu, Jésus-Christ par ses souffrances nous a délivrés du [...]

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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dixième conférence.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">Domus salutis (7)<br />
Les fruits du sacrifice de NSJC</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale9.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4052" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale9.bmp" alt="" /></a>Arrivé à ce point de notre méditation, il ne nous reste plus qu’à expliquer — mais avec soin — les avantages et les biens que la Passion du Sauveur nous a procurés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>§-1 En premier lieu, Jésus-Christ par ses souffrances nous a délivrés du péché. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le catéchisme du Concile de Trente</strong> donne deux citations de l’Ecriture, une de saint Jean et une de saint Paul :</p>
<p style="text-align: justify;">« Il nous a aimés, dit Saint Jean (Apoc 1 5) et Il nous a lavés de nos péchés dans son sang. Et encore, comme dit l’Apôtre (Col 2 13-14) Il nous a fait revivre avec Lui, nous remettant tous nos péchés, effaçant l’arrêt de condamnation écrit et porté contre nous, l’abolissant et l’attachant à la Croix. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais on peut développer davantage cette idée merveilleuse :</p>
<p style="text-align: justify;">En effet c’est bien sous l’idée générale de délivrance que l’AT annonce la Rédemption. Isaïe prophétise ces heureux temps messianiques où seront prêchées aux pauvres la bonne nouvelle, aux captifs la délivrance, aux opprimés la liberté : Is 61 et 68.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le NT précise qu’il s’agit avant tout de la délivrance du péché.</strong> Le nom même que Dieu donne au Messie, Jésus, exprime que sa mission est de sauver les hommes de leurs fautes (Mt 1 21). Son rôle sera celui de l’Agneau de Dieu, effacer les péchés du monde (Jn 1 29) ; les actes de son ministère seront de remettre les péchés (Mt 9 1-6 ; Mc 2 5-12 ; Lc 5 20-26) : il exerce lui-même cette œuvre de purification sur Madeleine pénitente : Lc 7 48. et avant de quitter ce monde pour monter au ciel, il établira dans son Eglise le sacrement de pénitence.<br />
Aussi bien s<strong>aint Jean </strong>pourra-t-il résumer l’œuvre de Jésus Christ en disant qu’elle est une propitiation immense pour tous les crimes de l’univers (1 Jn 2 2) <strong>et saint Paul</strong> tiendra-t-il à associer indissolublement la rédemption par le sang de NSJC et la rémission des péchés : Col 1 4 ; Eph 1 7</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Toute la doctrine de l’Apôtre converge vers cette vérité capitale : la grâce de Jésus-Christ nous délivre du péché.</strong> Tous les hommes sont coupables, tous ont besoin de la gloire de Dieu ; la grâce de Jésus-Christ nous justifie et remet nos fautes (Rm 3 23-25). Celui qui nous affranchit, c’est le Christ : Rm 7 14-25. Le Christ nous a arraché à la malédiction, s’étant fait malédiction pour nous : Gal 3 13.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Thomas explique que la passion de Jésus-christ est cause de la rémission des péchés de trois manières</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">« Après avoir cité saint Jean dans l&#8217;Apocalypse (1, 5): &laquo;&nbsp;Il nous a aimés et il nous a lavés de nos péchés dans son sang.&nbsp;&raquo; &#8211; texte que reprend le catéchisme du Concile de Trente, saint Thomas donne trois raisons<br />
Conclusion:<br />
<strong>La passion du Christ est la cause propre de la rémission des péchés de trois manières.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1° Par mode d&#8217;excitation à la charité</strong>; car selon S. Paul (Rm 6, 8): &laquo;&nbsp;La preuve que Dieu nous aime, c&#8217;est que dans le temps où nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous.&nbsp;&raquo; Or, par la charité, nous obtenons le pardon des péchés, suivant cette parole (Lc 7, 47): &laquo;&nbsp;Ses nombreux péchés lui ont été remis parce qu&#8217;elle a beaucoup aimé.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2° Par mode de rédemption.</strong> En effet, le Christ est notre tête. Par la passion qu&#8217;il a subie en vertu de son obéissance et de son amour, il nous a délivrés de nos péchés, nous qui sommes ses membres, comme si sa passion était le prix de notre rachat. C&#8217;est comme si un homme, au moyen d&#8217;une oeuvre méritoire accomplie par sa main, se rachetait du péché commis par ses pieds. Car, de même que le corps naturel est un, alors qu&#8217;il consiste en membres divers, l&#8217;Église tout entière, corps mystique du Christ, est comptée pour une seule personne avec sa tête, qui est le Christ.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3° Par mode d&#8217;efficience.</strong> La chair dans laquelle le Christ a souffert sa passion est l&#8217;instrument de sa divinité, et c&#8217;est en raison de sa divinité que ses souffrances et ses actions agissent dans la vertu divine, en vue de chasser le péché ».<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Deux mots de commentaire :<br />
</strong>Reprenons l’argument théologique. Que faut-il pour nous délivrer de nos fautes et les effacer ?<br />
Plusieurs causes doivent exercer ici leur concours.<strong> Une cause propitiatoire ou de réconciliation,</strong> pour désarmer la colère de Dieu et l’incliner à pardonner, à remettre l’offense ; <strong>une cause satisfactoire,</strong> qui offre au souverain Seigneur, une réparation proportionnée à l’outrage. Enfin <strong>la cause formelle</strong> de la rémission des péchés, c’est la grâce sanctifiante qui lave la faute mortelle, à la manière dont la chaleur chasse le froid, et la lumière les ténèbres : sans elle il ne peut y avoir de justification, pas plus qu’il ne peut y avoir d’âme belle sans la beauté.</p>
<p style="text-align: justify;">La passion de Jésus-Christ fait tout cela. En tant que sacrifice, elle est la <strong>cause propitiatoire</strong> qui apaise Dieu et nous le rend favorable ; en tant que <strong>satisfaction surabondante,</strong> elle répare et au delà toute l’injure faite à Dieu, par nos fautes. Elle est aussi <strong>la cause de la grâce</strong> : cause méritoire principale de tous biens surnaturels, de telle sorte que depuis la chute, aucun d’eux ne descend sur l’humanité que par la vertu du Rédempteur.<br />
Il reste donc établi que la Passion est une vraie délivrance du péché, puisqu’elle en opère la rémission comme cause propitiatoire, satisfactoire, méritoire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>§-2 Ensuite Il nous a arrachés à la tyrannie du démon. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le catéchisme du Concile de Trente cite cette très belle phrase de NSJC : « Voici maintenant le jugement du monde, dit le Sauveur Lui-même (Jn 12 30, 32) et le prince de ce monde va en être chassé, et Moi, quand j’aurai été élevé de la terre, J’attirerai tout à Moi. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais on peut un peu expliciter</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A- La liturgie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La rédemption a pour effet de détruire le règne de Satan. La foi de l’Eglise à ce sujet s’est traduite dans le chant triomphal de <strong>la préface de la Passion</strong> : le démon qui avait vaincu l’homme par l’arbre du paradis terrestre, est vaincu à son tour sur l’arbre de la croix, par Jésus-Christ Notre seigneur ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B- C’est l’écho de l’Ecriture :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est l’enseignement de saint Jean : 1 Jn 3 8<br />
C’est l’enseignement de saint Paul : Col 1 13 ; Hb 2 14-15.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment, pratiquement, s’accomplit ce grand triomphe sur notre ennemi.</p>
<p style="text-align: justify;">Le démon n’a d’action efficace sur l’homme qu’à raison du péché. Dans le degré où le chrétien s’affranchit du mal, il se dégage du pouvoir de Satan ; et donc dans la mesure où les hommes savent s’appliquer la Rédemption et se soustraire au péché, ils échappent au prince des ténèbres. Ainsi le royaume du démon recule partout où s’établit le règne de l’Evangile et de la grâce ; et il revient et il s’avance partout où les peuples modernes s’excluent volontairement des bienfaits de l’Evangile et se soumettent de nouveau au paganisme et au péché.<br />
La Rédemption a d’elle-même anéanti la puissance diabolique ; elle a préparé à tous les membres de la famille humaine les secours qui leur permettent de secouer et de briser le joug de Satan ; la condition, c’est que les hommes, par leur libre coopération, sachent s’approprier cette vertu et consentent à s’appliquer le remède. « C’est pourquoi, dit saint Thomas, si les idolâtres demeurent sous la servitude du démon, cela vient de ce qu’ils négligent de recevoir les secours qui dérivent de la Passion du Christ ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voici l’enseignement de saint Thomas dans la Somme</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>III 49 2 Par la passion du Christ sommes-nous délivrés de la puissance du démon?<br />
</strong>Cependant: le Seigneur dit en S. Jean (12, 31) à l&#8217;approche de la passion: &laquo;&nbsp;Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors; et moi, quand j&#8217;aurai été élevé de terre, j&#8217;attirerai tout à moi.&nbsp;&raquo; Or le Christ a été élevé de terre par la passion de la croix. C&#8217;est donc par elle que le démon a été dépouillé de son pouvoir sur les hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">Conclusion:</p>
<p style="text-align: justify;">Au sujet du pouvoir que le diable exerçait sur les hommes avant la passion du Christ, trois points de vue entrent en ligne de compte.</p>
<p style="text-align: justify;">1° Celui de l&#8217;homme qui, par son péché, a mérité d&#8217;être livré au pouvoir du péché, dont la tentation l&#8217;avait dominé. &#8211; 2° Celui de Dieu que l&#8217;homme avait offensé en péchant, et qui en vertu de la justice l&#8217;avait abandonné au pouvoir du diable. &#8211; 3° Celui du démon qui, par sa volonté très perverse, empêchait l&#8217;homme d&#8217;atteindre son salut.<br />
Or, <strong>1° l&#8217;homme a été délivré du pouvoir du démon par la passion du Christ en tant que celle-ci est cause de la rémission des péchés. &#8211; 2° Elle nous a délivrés du pouvoir du démon en tant qu&#8217;elle nous a réconciliés avec Dieu, comme on le verra tout à l&#8217;heure. &#8211; 3° Elle nous a délivrés du pouvoir du démon en tant que celui-ci a dépassé la mesure du pouvoir que Dieu lui avait accordé, en complotant la mort du Christ, qui n&#8217;avait pas mérité la mort, puisqu&#8217;il était sans péché.</strong> Ce qui fait dire à S. Augustin: &laquo;&nbsp;Le démon a été vaincu par la justice de Jésus Christ, parce qu&#8217;il l&#8217;a tué, bien qu&#8217;il n&#8217;ait rien trouvé en lui qui mérite la mort. Dès lors il est juste que les débiteurs retenus par lui soient libérés, puisqu&#8217;ils mettent leur confiance en celui que le démon a mis à mort sans aucun droit.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>§-3 En troisième lieu, Il a payé la peine qui était due pour nos péchés : Délivrance des peines du péché.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les peines du péché ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est un point de l’enseignement catholique que la mort est entrée dans le monde par le péché : Rm 5 12<br />
C’est encore un point de l’enseignement catholique que la désobéissance de nos premiers parents nous a transmis et la mort et les autres peines corporelles et le péché qui est la mort de l’âme : Concile de Trente, session 5 can I et 2.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La rédemption nous délivre de tout cela. Comment ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La mort éternelle, la peine éternelle, effets du péché mortel, ne peuvent subsister que là où subsiste la faute grave.</strong> <strong>Du moment qu’elle efface le péché, la Passion remet la peine capitale ; et c’est pourquoi saint Paul assure qu’elle nous préserve de la colère de Dieu (Rm 5 9). Tous ceux donc qui veulent profiter de la Passion rédemptrice sont soustraits de la damnation.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais le péché lavé et l’âme purifiée, ne reste-t-il aucune dette à payer à la justice divine ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons vu précédemment que la Passion a satisfait surabondamment pour toutes les fautes, payé pour toutes les dettes, et plus que cela, à l’infini. La somme est versée d’avance.</p>
<p style="text-align: justify;">Seulement il faut la toucher, nous l’appliquer, la faire notre…Pour cela nous devons nous rendre semblables à NSJC, nous configurer en quelques sorte à sa passion et nous y associer. <strong>L’efficacité rédemptrice ne nous sera appliquée que par notre libre coopération. C’est la loi du salut.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La manière parfaite de nous ensevelir avec le Christ, c’est le baptême (Rm 6 3, ss). Voilà pourquoi les baptisés n’ont à offrir aucun autre paiement, délivrés qu’ils sont par la satisfaction de Jésus-Christ.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le Sauveur n’étant mort qu’une fois pour les péchés, on ne peut s’ensevelir qu’une fois avec lui par le bain sacramentel. Ceux donc qui pèchent ensuite, doivent, pour obtenir le pardon, se rendre semblables au Sauveur en participant à ses souffrances. S’ils savent s’associer entièrement à lui par la douleur et l’amour, i.e. par la contrition et la charité parfaites, ils s’approprient ses satisfactions et sont exempts de tout autre tribut à la justice divine.<br />
Beaucoup d’hommes, même après la justification au tribunal de la pénitence, n’arrivent pas à se conformer parfaitement à NSJC par l’intensité de leurs actes, et c’est pourquoi ils n’obtiennent pas la rémission totale de leur dette : il reste une partie de leur peine, qui doit être payée en ce monde ou en purgatoire ; (C de Trente, session 6 can 30)<br />
Mais c’est en vertu de la Passion que cette peine sera un jour remise. Dès que l’âme se sera transfigurée en son Sauveur, ou par les satisfactions volontaires et méritoires de cette vie ou par les purifications du purgatoire, elle recevra les effets pléniers de la Rédemption.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’âme refuse d’entrer en union avec le Christ, elle s’exclut elle-même de tous ses bénéfices. Il reste toujours vrai, cependant, que le Rédempteur a payé aussi pour elle et qu’il ne tenait qu’à elle de s’appliquer la valeur versée pour son rachat.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi pour tous ceux qui se rendront semblables à Jésus-Christ par leur libre coopération, la Rédemption sera une complète délivrance et de la peine éternelle et, tôt ou tard, de la dette temporelle contractée par le péché.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quant à la mort et aux autres pénalités, l’Ecriture nous assure que la Rédemption doit un jour nous y soustraire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le prophète Osée dit que le Christ sera la mort de la mort : Ero mors tua, o mors (os 13 41) Saint Paul commente cette parole : la mort, dit-il, sera anéantie, elle perdra son aiguillon, elle sera absorbée dans la victoire définitif de la Rédemption (1 Cor 15 26 54-55. Plus de mort, plus de larmes, plus de douleurs, s’écrit le voyant de l’Apocalypse, tout cela est le passé. Apoc 21 4.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La raison théologique est toujours la même : ce qui retranche la cause supprime les effets. La source de la mort et des autres pénalités corporelle, c’est le péché. Une fois admis que la Rédemption nous délivre de nos fautes, il faut conclure qu’elle doit un jour nous soustraire à la mort et à la souffrance</strong>. <strong>Le Sauveur ayant payé pour tout cela et pris sur lui nos peines afin de nous en excepter nous-mêmes, nous devons croire que nous en serons tôt ou tard affranchis.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais il faut remarquer que si la passion est d’une efficacité surabondante, elle ne produit ses effets dans les individus que dans la mesure où ceux-ci savent s’assimiler ses énergies.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Or pour nous assimiler la vertu rédemptrice, nous devons nous incorporer au Christ, nous unir à lui comme les membres à leur chef</strong> (III 49 3 ad 3). Il doit y avoir, en effet, conformité entre les membres et la tête. La Passion nous délivrera bien des pénalités, mais en suivant la gradation et les phases par lesquelles NSJC a voulu passer lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Christ a eu d’abord la grâce dans l’âme, en gardant une chair passible ; et c’est en souffrant et en mourant que NSJC est arrivé à la gloire de l’immortalité. Ainsi nous-mêmes : nous recevons d’abord dans l’âme l’Esprit d’adoption, qui nous donne droit à l’héritage de la gloire, tout en nous laissant encore une chair passible et mortelle ; ensuite nous devons porter la ressemblance des douleurs et de la mort du Christ, souffrir avec lui ; et voilà à quelle condition nous serons glorifiés avec lui pour toute l’éternité : si tamen compatimur, ut et conglorificemur (Rm 8 17)</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est aisé de constater combien cette doctrine est profonde, pratique,grande, consolante.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Profonde,</strong> car elle nous montre comment la Rédemption se réalise d’après les lois admirables du gouvernement divin, lequel demande la coopération des créatures et exige que l’homme s’assimile l’efficacité surnaturelle par les actes et les efforts de sa liberté ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>pratique,</strong> puisqu’elle nous prêche de nous rendre semblables à Jésus-Christ par l’imitation de ses souffrances et de ses vertus ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>grande et consolante,</strong> car elle nous garantit la délivrance définitive : oui, si nous savons nous conformer au Rédempteur, nous sommes absolument assurés d’obtenir par lui et avec lui l’impassibilité, l’immortalité, la gloire du corps, de l’âme et des facultés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>§-4 De plus, comme on ne pouvait offrir à Dieu un sacrifice qui fût plus digne ou plus agréable, Il nous a réconciliés avec son Père (2 Cor 5 18) Il L’a apaisé, et nous L’a rendu favorable.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est l’œuvre de son sacrifice : il est agréé de son Père, nous le rendant ainsi favorable et l’apaisant. Nous en avons dit assez plus haut sur ce sujet pour aller de l’avant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>§-5 Enfin, en enlevant nos péchés, Il nous a ouvert la porte du ciel que le péché commun à tous les hommes avait fermée.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que l’Apôtre nous marque bien dans ces paroles: Nous avons la confiance d’entrer dans le Sanctuaire, par le Sang de Jésus-Christ.(Hb 10 19) Et l’Ancien Testament ne manquait pas de symboles et de figures qui exprimaient la même vérité. Ainsi (Num 35 25)les citoyens qui ne pouvaient rentrer dans leur pays qu’à la mort du grand prêtre, étaient l’image des Justes à qui l’entrée dans la Céleste Patrie était interdite, malgré toute leur sainteté, jusqu’à la Mort du Souverain et Eternel Pontife, Jésus-Christ. Mais depuis que le Rédempteur l’a subie, cette Mort, les portes du ciel sont ouvertes à tous ceux qui, purifiés par les Sacrements, et possédant la Foi, l’Espérance et la Charité, deviennent participants des mérites de sa Passion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà comme s’explique saint Thomas :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>III 49 5 : Par la Passion du Christ, la porte du ciel nous a-t-elle été ouverte ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">.<br />
Cependant: il est écrit (He 10, 19): &laquo;&nbsp;Nous avons l&#8217;assurance d&#8217;entrer au sanctuaire &nbsp;&raquo; c&#8217;est-à-dire au ciel, &nbsp;&raquo; par le sang du Christ&nbsp;&raquo;.<br />
Conclusion:<br />
La fermeture d&#8217;une porte est un obstacle qui empêche les gens d&#8217;entrer. Or les gens étaient empêchés d&#8217;entrer dans le royaume céleste par le péché, parce que, dit Isaïe (35, 8): &laquo;&nbsp;On appellera cette voie la voie sacrée, et l&#8217;impur n&#8217;y passera pas.&nbsp;&raquo; Le péché qui empêche d&#8217;entrer dans le royaume du ciel est de deux sortes: 1° L&#8217;un est le péché commun à toute la nature humaine: c&#8217;est le péché du premier père. Par ce péché l&#8217;entrée du royaume céleste était fermée à tout homme. Aussi lit-on dans la Genèse (3, 24) qu&#8217;après le péché du premier homme &nbsp;&raquo; Dieu plaça un Chérubin avec un glaive de feu tournoyant pour garder le chemin de l&#8217;arbre de vie&nbsp;&raquo;. &#8211; 2° L&#8217;autre est le péché spécial à chaque personne: c&#8217;est le péché que chaque homme commet par son acte personnel.<br />
Or, par la passion du Christ non seulement nous avons été délivrés du péché commun à toute la nature humaine et quant à la faute, et quant à l&#8217;obligation de la peine, lui-même en payant le prix à notre place; mais encore nous sommes délivrés des péchés individuels de chacun de ceux qui communient à sa passion par la foi et la charité, et par les sacrements de la foi, on l&#8217;a dit Et c&#8217;est pourquoi la passion du Christ nous a ouvert la porte du royaume céleste. C&#8217;est ce que dit l&#8217;Apôtre (He 9, 11. 12): &laquo;&nbsp;Le Christ, survenu comme grand prêtre des biens à venir, entra une fois pour toutes dans le sanctuaire par son sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.&nbsp;&raquo; Et cela est symbolisé au livre des Nombres (35, 25 s. ): L&#8217;homicide &nbsp;&raquo; demeurera là&nbsp;&raquo;, dans la ville de refuge, &nbsp;&raquo; jusqu&#8217;à ce que meure le grand prêtre consacré par l&#8217;huile sainte &laquo;&nbsp;; après la mort de celui-ci, il pourra retourner dans sa maison. »</p>
<p style="text-align: justify;">Je résumerai ce point des effets de la Passion du Christ en disant, avec le catéchisme du Concile de Trente : « que tous ces avantages, tous ces divins Bienfaits nous viennent de la Passion de notre Seigneur. En premier lieu, parce que sa mort fut une satisfaction pleine et entière qui Lui fournit le moyen admirable de payer à Dieu son Père toute la dette de nos péchés. Et ce prix qu’Il paya pour nous, non seulement égale notre obligation, mais lui est infiniment supérieur. En second lieu, parce que le sacrifice de la Croix fut infiniment agréable à Dieu. A peine Jésus-Christ l’eut-Il offert que la colère et l’indignation de son Père furent entièrement apaisées. Aussi l’Apôtre a-t-il soin de nous faire remarquer que la Mort du Sauveur fut un vrai Sacrifice :Jésus-Christ nous a aimés, dit-il, et Il s’est livré Lui-même pour nous en s’offrant à Dieu comme une Victime et une Oblation d’agréable odeur.(Eph 5 2). En troisième lieu, enfin, parce que la Passion fut pour nous cette Rédemption dont parle le prince des Apôtres, quand il dit :ce n’est ni par l’or ni par l’argent corruptibles que vous avez été rachetés de la vanité de votre vie, que vous avez héritée de vos pères, mais par le Sang précieux de l’Agneau Saint et Immaculé, Notre-Seigneur Jésus-Christ.(1 Pet 1 18-19) Et Saint Paul dit à son tour : Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en devenant malédiction pour nous. (Gal 3 13)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Que d’avantages qui nous obligent à chanter notre reconnaissance à Dieu, qui fondent notre acte de charité et l’obligation de l’aimer en retour.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le catéchisme du Concile de Trente termine son exposé en disant : « Voilà ce que nous avions à dire ici sur la Passion et la Mort si salutaires de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Puissions-nous méditer sans cesse ces mystères au fond de nos cœurs ! Puissions-nous apprendre par là à souffrir, à mourir, à être ensevelis avec ce divin Sauveur ! C’est alors que purifiés des souillures du péché, et ressuscitant avec Lui à une vie nouvelle, nous mériterons, par sa Grâce et par sa Miséricorde, de participer un jour à la gloire de son Royaume céleste ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la pensée de tous les saints et plus particulièrement de Saint Bernard, de saint Grignon de Montfort, de sainte Thérèse de l’enfant Jésus.</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Neuvième conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 13:59:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Neuvième conférence Domus salutis (6) Le mystère de la rédemption. Mais pourquoi le sacrifice de Jésus-Christ ? Le sacrifice, expression de l’amour du Christ Dieu pouvait nous relever par pure miséricorde, sans nous racheter ; et même dans l’hypothèse du rachat, où la justice exige un paiement complet, le sacrifice proprement dit n’était pas nécessaire. [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Neuvième conférence</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">Domus salutis (6)</span></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">Le mystère de la rédemption. </span></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">Mais pourquoi le sacrifice de Jésus-Christ ?<br />
Le sacrifice, expression de l’amour du Christ</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale8.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4049" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale8.bmp" alt="" /></a>Dieu pouvait nous relever par pure miséricorde, sans nous racheter ; et même dans l’hypothèse du rachat, où la justice exige un paiement complet, le sacrifice proprement dit n’était pas nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;">S’il est vrai que la rédemption demande une satisfaction, nous avons montré également que celle-ci peut-être équivalente, surabondante même sans aller jusqu’à la souffrance et sans se terminer dans l’immolation. Il y a surabondance de satisfactions, avons-nous dit, lorsqu’une personne divine offre à Dieu, dans une nature créée, raisonnable et libre, des hommages et des réparations proportionnées à l’offense et dignes d’un Dieu. La moindre opération, même celle qui n’exige aucune peine comme la contemplation et la charité, à cause de la valeur personnelle infinie, pouvait satisfaire et surabondamment, pour toutes les créatures.<br />
<strong>Pourquoi donc encore s’imposer le sacrifice ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A- Saint Bernard</strong> nous donne deux explications, une dans son petit traité <strong>« de l’amour de Dieu »</strong> et l’autre dans <strong>le « sermon 11 de son commentaire du « Cantique des Cantiques ». </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il dit que le sacrifice du Christ était nécessaire pour arracher enfin un mouvement de charité de notre cœur humain, plus coeur de pierre que cœur de chair.</strong> L’acte créateur n’a pas suffi pas pour arracher du cœur humain, un acte d’amour de Dieu ni un acte de reconnaissance. <strong>Par son sacrifice, Dieu fit, cette fois, assez pour arracher du cœur humain, un cri d’amour. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Et si je dois me donner tout entier à Dieu parce qu&#8217;il m&#8217;a créé, ma dette est beaucoup plus grande parce qu&#8217;il m&#8217;a recréé d&#8217;une façon plus merveilleuse encore. Oui, pour Dieu, cela a été moins facile de me recréer que de me créer. Pour me créer, et pour créer tout ce qui existe, les Livres Saints disent : &laquo;&nbsp;Dieu a dit une seule parole, et tout a été fait&nbsp;&raquo; (Psaume 148, 5).<br />
Mais celui qui m&#8217;a créé par une seule parole a dû faire beaucoup plus pour me recréer. Il a dû faire des choses merveilleuses. Il a dû supporter des choses dures, et non seulement dures, mais des souffrances qui ne sont pas dignes de Dieu. &laquo;&nbsp;Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu&#8217;il m&#8217;a donnés ?&nbsp;&raquo; (Psaume 115, 12). Au début, quand Dieu m&#8217;a créé, il m&#8217;a donné la vie à moi-même. Puis, quand Dieu m&#8217;a recréé, il s&#8217;est donné lui-même à moi. Et en se donnant lui-même, il m&#8217;a rendu la vie. C&#8217;est donc une double dette que j&#8217;ai envers lui. Ainsi, il m&#8217;a donné une première fois à moi-même, puis il m&#8217;a rendu une seconde fois à moi-même. Mais que rendrai-je à Dieu qui se donne à moi ? Même si je pouvais me donner mille fois, est-ce que je suis quelque chose, moi, à côté de Dieu ? »</em> (Saint Bernard)</p>
<p style="text-align: justify;">On peut aussi citer <strong>le sermon 11 de son commentaire du « Cantique des Cantiques ».<br />
</strong>Voici :<em> 7. Quant à la manière de la rédemption, que nous avons dit, si vous vous en souvenez, être l&#8217;anéantissement de Dieu, je vous prie d&#8217;y considérer aussi principalement trois choses. Car ce n&#8217;a pas été un simple, un médiocre anéantissement; mais un anéantissement qui est allé jusqu&#8217;à la chair, jusqu&#8217;à la mort, jusqu&#8217;à la croix. Qui peut se faire une juste idée de cet excès d&#8217;humilité, de douceur, de bonté ineffable, qui a porté une Majesté si haute et si souveraine à se couvrir d&#8217;une chair, à souffrir la mort, à être déshonorée sur une croix? Mais on dira peut-être: Le Créateur ne pouvait-il réparer son ouvrage sans tant de peines? Il le pouvait, mais il a mieux aimé le faire par les souffrances, afin que désormais les hommes n&#8217;eussent plus aucun sujet de tomber dans le vice si détestable et si odieux de l&#8217;ingratitude. Sans doute il a enduré beaucoup de travaux, mais ce fut afin de se rendre les hommes redevables de beaucoup d&#8217;amour, et pour que la difficulté de la rédemption portât à la reconnaissance ceux à qui la facilité de leur création en avait si peu inspiré. Car, que disait l&#8217;homme ingrat, lorsqu&#8217;il n&#8217;était encore que créé ? J&#8217;ai été créé gratuitement, je le confesse, mais mon Créateur n&#8217;a eu ni peine ni mal à me former. Il m&#8217;a créé comme tous les autres êtres, d&#8217;un seul mot. La grande affaire de donner même les plus grandes choses, quand il n&#8217;en coûte qu&#8217;une parole! Voilà comment l&#8217;impiété des hommes diminuait le bienfait de la création, et tirait un sujet d&#8217;ingratitude de ce qui devait être la cause de leur amour, et cela pour avoir une excuse dans leurs péchés. Mais la bouche de ceux qui tenaient de méchants discours a été fermée. On voit plus clair que le jour, ô homme misérable, tout ce qu&#8217;il en a coûté à Dieu pour te sauver, car il n&#8217;a pas dédaigné de se faire esclave de Seigneur, pauvre de riche, chair de Verbe, fils de l&#8217;homme de fils de Dieu qu&#8217;il était. Souvenez-vous que si vous avez été créés de rien, vous n&#8217;avez pas été rachetés pour rien. C&#8217;est en six jours qu&#8217;il a créé toutes choses, et vous avec elles. Mais il a mis trente ans à opérer votre salut sur la terre. O que de travaux il a soufferts! N&#8217;a-t-il pas accru par l&#8217;ignominie de la croix, les infirmités de la chair, et les tentations de l&#8217;ennemi, et ne les a-t-il pas comblées par l&#8217;horreur de sa mort? Aussi était-il nécessaire, Seigneur, que voulant ainsi sauver les hommes et les bêtes, pour user de l&#8217;expression de votre Prophète, vous augmentassiez le nombre et la grandeur de vos miséricordes (Psal. XXXV, 8). </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi le sacrifice du Christ ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B- Saint Thomas nous livre lui aussi à ce propos une doctrine profonde et originale et fort belle</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici.<br />
Pour que la justice soit parfaite, il convient que la réparation vienne de l’humanité ; et, par suite, il ne faudra pas considérer seulement la valeur que la Passion tire de la personne divine qui l’offre, mais, faisant, pour ainsi dire abstraction, un instant, de la divinité, examiner ce qui selon la nature humaine peut-être regardé comme suffisant pour une telle satisfaction, i.e. toutes les douleurs qu’il faudrait subir dans l’hypothèse où il n’y aurait que la nature humaine pour expier.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>On trouve cette doctrine thomiste exprimée dans III 46 6 ad 6</strong> : « <em>Le Christ a voulu délivrer le genre humain du péché, non seulement par sa puissance, mais encore par sa justice. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il a tenu compte, non seulement de la puissance que sa douleur tirait de l&#8217;union à sa divinité, mais aussi de l&#8217;importance qu&#8217;elle aurait selon la nature humaine, pour procurer une si totale satisfaction »</em></p>
<p style="text-align: justify;">“Ad sextum dicendum quod Christus voluit genus humanum a peccatis liberare, non sola potestate, sed etiam iustitia. Et ideo non solum attendit quantam virtutem dolor eius haberet ex divinitate unita, sed etiam quantum dolor eius sufficeret secundum naturam humanam, ad tantam satisfactionem”.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une pensée très touchante qui devrait nous arracher des cris de reconnaissance! Une telle réparation, à cette lumière, demande un sacrfice et des douleurs insondables.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici en substance le commentaire qu&#8217;en fait le Père Hugo OP</p>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre à quel degré de souffrnace doit aller la satisfaction, considérons ce que fait l’homme par le péché mortel. Il cherche dans le bien périssable une indigne jouissance, qu’il aime jusqu’au mépris de Dieu, jusqu’à ravaler Dieu dans son appréciation, au-dessous de la créature. L’ordre exige donc que celui qui répare subisse une peine sensible en comparaison du plaisir illégitime goûté par le pécheur; et, puisque l’attachement à la créature a été immense, jusqu’au mépris du Crétauer, la douleur subie pour la réparation doit être immense aussi, aller jusqu’au mépris de la nature qui a été choisie pour satisfaire: en sorte que cette nature soit comme brisée et broyée, réduite comme néant, de même que Dieu, dans le jugement et le choix du pécheur a été mis au-dessous du créé, au niveau de rien.<br />
Donc, la satisfaction considérée ainsi, du côté de la nature qui expie, requiert déjà des douleurs effroyables, même s’il ne s’agissait que d’un seul homme et d’un seul péché mortel&#8230; Que sera-ce donc s’il faut réparer pour tous les crimes du genre humain tout entier! Puisque le Christ est le représentant universel des hommes et qu’il se substitue à la place de chacun d’eux, sa passion aura quelque chose d’universel&#8230;Comme si toutes les souffrances du genre humain s’étaient concentrées en lui seul, qui souffre pour tous à la fois, au point que sa douleur surpassera toutes les autres, en intensité et en étendue, et qu’il n’y aura jamais sur terre une douleur pareille à cette douleur. (III 86 6 et 7)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C- Une autre explication: le sacrifice est la confession de la sujetion de l’homme à Dieu. Le sens du sacrifice du Christ.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Définition du mot “sacrifice” : le sacrifice désigne un acte extérieur de religion par le quel la créature reconnait le souverain domaine de Dieu. C’est la définition donnée par saint Thomas.</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme dépend dans son être et son existence essentiellement de Dieu. Il doit donc affirmer pratiquement sa sujétion, cette soumission. Il le fera par cet acte extérieur et sensible: le sacrifice. Par cet acte, il confesse que Dieu a un total droit sur lui. Comment mieux exprimer cette dépendance qu’en offrant ou mieux en détruisant en l’honneur de Dieu, une chose, extérieure et visible, qui sert à son soutien et existence. Ainsi l’homme confesse-t-il sa dépendance, sa sujétion. Et par le fait même, c’est conquomittant, il confesse aussi le souverain domaine que Dieu a sur lui.</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme signfie ce souverain domaine de Dieu sur lui , être créé, nullement mieux que par la “déstruction” &#8211; et non seulement par l’offrande &#8211; par la destruction de la chose qui soutient ou alimente sa vie. C’est la destruction et non seulement l’offrande qui est de l’essence du sacrifice. La sacrifice est la destruction de la chose offerte en manifestation du souverain domaine de Dieu et de la sujétion de la créateur. Le sacrifice implique non seulement une offrande mais une immolation. Le sacrifice est plus qu’une simple offrande&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Et cela est d’autant plus vrai s’il s’agit d’une créature pécheresse qui, par son péché, a voulu ravaler Dieu au niveau du néant. Le péché délibéré contre Dieu est quasi un attentat. Refuser de tenir compte du précepte de Dieu, répondre “je ne veux pas” quand Dieu dit” Je veux”, c’est se mettre à la place de Dieu, c’est vouloir détrôner Dieu de son souverain domaine, c’est décréter la déchéance de Dieu, sa disparition, son anéantissement.<br />
Ce ne serait donc pas trop pour le pécheur d’expier par l’effusion de son sang et même par sa destruction totale son crime de lèse-divinité. En un mot, parce que l’offense est infinie, elle exige de la part de la créature tout ce dont celle-ci est capable en fait d’expiation pénale, par conséquent le dernier supplice, la mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi deux obligations fondamentales sont inclues dans les sacrifices de l’humanité actuelle, i.e. pécheresse : ce sont l’adoration et l’expiation. On offre le sacrifice pour adorer Dieu, souverain Maître, ainsi que pour expier. Nous voyons que le sacrifice a ici deux finalités; la finalité latreutique et la finalité expiatoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant Dieu ne veut pas, ne permet pas que notre sang soit versé pour reconnaître son souverain domaine ou pour expier nos crimes. Il faut donc nous subroger une créature inférieure qui sera notre substitut et deviendra victime à notre place.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour que nous soyons remplacés plus effectivement dans cette immolation, il faudra réserver comme objets du sacrifice les créatures qui sont comme le soutien de notre existence: tels le pain, le vin, le fruit, les animaux.<br />
On voit que l’idée de substitution et l’idée de destruction vont là aussi ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voyez! c’est typique du sacrifice d’Isaac par Abraham.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et suite à ce sacrifice d’Isaac par Abraham, Dieu renouvela son Alliance avec Abraham. L’alliance apparait être l’effet infaillible du sacrifice.<br />
Parce que l’hommes s’est humilié, Dieu est attiré vers lui, disposé à descendre jusqu’à lui. Parce qu’une hostie de propitiation a été offerte pour le péché, Dieu consent, son seulement à octroyer le pardon, mais encore à admettre dans son intimité le groupement humain qui vient de sacrifier et à contracter un pacte avec lui.<br />
Il en fut ainsi chez le peuple juif:</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’exemple de Moïse: Ex 24 4-8</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ajoutons que, le sacrifice étant l’acte officiel du culte au nom de la société toute entière, il faut pour l’offrir, pour le faire agréer de Dieu, un ministre légitime, représentant la société. Si le sacrifice est la fonction auguste et sacrée par excellence, ainsi que le nom l’indique, sacrum facere, l’expression la plus solennelle de la religion, l’exercice le plus relevé, qui adore et apaise Dieu et fait entrer l’humanité en contact avec son Créteur, le sacrificateur aussi doit être un homme sacré, revêtu d’un caractère divin, ayant pour mission et pour vocation de donner les choses sacrées et divines, en un mot, un prêtre, sacerdos, sacra dans.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi il apparait clairement que le sacrifice exprime quatre finalités, quatre raisons:<br />
Le sacrifice est d’abord l’adoration expressive qui proclame très haut les droits de Dieu et son souverain domaine, on l’appelle latreutique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sacrifice est une action de grâces pour les bienfaits reçus, il devient eucharistique.<br />
Il attire de nouvelles faveurs sur l’humanité toujours pauvre et qui n’a d’elle que le néant, il est impétratoire<br />
Enfin, dans l’hypothèse de la chute, il offre une réparation pour nos fautes et nous rend favorable le Dieu justement irrité, il devient ainsi expiatoire, satifactoire, propitiatoire. Ces trois termes ne traduisent que des nuances de la même pensée: propitiatoire par rapport à Dieu, dont il nous restitue la faveur; expiatoire par rapport à la coulpe, dont il obtient la rémission; satisfactoire par rapport à la peine et à la dette, dont il est comme le paiement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le sacrifice de la Croix.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour la foi catholique, c’est un dogme que la mort du Sauveur fut un véritable sacrifice. Et cette foi est tellement fondamentale qu’elle a pénétré toute la liturgie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>§-1 la liturgie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>a-1: La séquence Victimae paschali en est la preuve.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Victimæ paschali laudes (Séquence du Dimanche de Pâques)<br />
1. Victimæ paschali laudes immolent Christiani.<br />
1. A la Victime pascale, chrétiens offrons nos louanges.</p>
<p style="text-align: justify;">2. Agnus redemit oves, Christus innocens Patri reconciliavit peccatores.<br />
2. L’Agneau sauva les brebis, le Christ innocent réconcilia les pécheurs avec le Père.</p>
<p style="text-align: justify;">3. Mors et vita duello conflixere mirando, dux vitæ mortuus regnat vivus.<br />
3. La mort et la vie ont combattu en un duel prodigieux, le maître de la vie mourut, vivant Il règne.</p>
<p style="text-align: justify;">4. Dic nobis Maria quid vidisti in via ?<br />
4. Dis-nous Marie [Magdeleine] qu’as-tu vu en chemin ?</p>
<p style="text-align: justify;">5. Sepulchrum Christi viventis et gloriam vidi resurgentis.<br />
5. J’ai vu le Christ vivant en son sépulcre et la gloire du Ressuscité.</p>
<p style="text-align: justify;">6. Angelicos testes, sudarium et vestes.<br />
6. J’ai vu les Anges témoins, le suaire et les vêtements.</p>
<p style="text-align: justify;">7. Surrexit Christus spes mea : præcedet suos in Galilæam.<br />
7. Le Christ, mon Espérance, est ressuscité, il vous précédera en Galilée.</p>
<p style="text-align: justify;">8. Scimus Christus surrexisse a mortuis vere. Tu nobis victor Rex, miserere ! Amen ! Alleluia !<br />
8. Nous savons le Christ vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends pitié de nous ! Ainsi soit-il ! Louez le Seigneur !</p>
<p style="text-align: justify;">La séquence Victimae paschali laudes chante les effets de cette mort triomphale:<br />
-c’est un sacrifice satisfactoire, qui nous rachète : Agnus redemit oves.<br />
-un sacrifice propitiatoire, qui nous réconcilie avec Dieu: Christus innocens Patri reconciliavit peccatores.</p>
<p style="text-align: justify;">a-2: <strong>La Préface pascale</strong> est aussi claire: “Notre sacrifice pascal c’est le Christ immolé: le voilà le véritable Agneau qui efface les péchés du monde, qui en mourant a détruit notre mort et qui en réssuscitant a réparé la vie”.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous les éléments du sacrifice y sont: l’idée de substitution et d’immolation, car le Christ meurt à notre place, pour détruire notre mort; les idées de réconciliation et d’alliance puisqu’il éfface nos péchés et nous rend la vie, la grâce de Dieu, en sa qualité de véritable Agneau pascal.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>§-2 le dogme.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le Concile de Trente enseigne que Jésus-Christ s’est offert à Dieu son Père sur l’autel de la Croix, opérant par sa mort la rédemption éternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Cf Session 22 chapitre 1 et 2.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Concile de Trente &#8211; SESSION XXII &#8211; 17 septembre 1562<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Doctrine et canons sur le très saint sacrifice de la messe:<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour que l’on garde dans la sainte Église catholique la foi et la doctrine anciennes, absolues et en tout point parfaites sur le grand mystère de l’Eucharistie, et qu’on les conserve dans leur pureté, après avoir repoussé erreurs et hérésies, le saint concile œcumenique et général de Trente, assemblé dans l’Esprit Saint sous la présidence des mêmes légats du Siège apostolique, instruit par la lumière de l’Esprit Saint, enseigne, déclare et décrète ce qui suit, qui doit être prêché aux peuples fidèles, concernant l’Eucharistie en tant que véritable et unique sacrifice.<br />
<strong>Chapitre I<br />
</strong>Parce que la perfection n’avait pas été réalisée sous la première Alliance, au témoignage de l’apôtre Paul, en raison de la faiblesse du sacerdoce lévitique, il a fallu, Dieu le Père des miséricordes l’ordonnant ainsi, que se lève un autre prêtre selon l’ordre de Melchisédech1, notre Seigneur Jésus Christ, qui pourrait amener à la plénitude et conduire à la perfection tous ceux qui devaient être sanctifiés. Sans doute, lui, notre Dieu et Seigneur, allait-il s’offrir lui-même une fois pour toutes à Dieu le Père sur l’autel de la croix par sa mort2, afin de réaliser pour eux un rédemption éternelle. Cependant, parce qu’il ne fallait pas que son sacerdoce soit éteint par la mort, lors de la dernière Cène, la nuit où il fut livré3, il voulut laisser à l’Église, son épouse bien-aimée, un sacrifice qui soit visible (comme l’exige la nature humaine). Par là serait représenté le sacrifice sanglant qui devait s’accomplir une fois pour toutes sur la croix, le souvenir en demeurerait jusqu’à la fin du monde et sa vertu salutaire serait appliquée à la rémission de ces péchés que nous commettons chaque jour. Se déclarant établi prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech4, il offrit à Dieu le Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin ; sous le symbole de celles-ci, il les donna aux apôtres (qu’il constituait alors prêtres de la nouvelle Alliance) pour qu’ils les prennent; et à ceux-ci ainsi qu’à leurs successeurs dans le sacerdoce, il ordonna de les offrir en prononçant ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi5, comme l’a toujours compris et enseigné l’Église catholique. En effet, ayant célébré la Pâque ancienne, que la multitude des enfants d’Israël immolait en souvenir de la sortie d’Égypte, il institua la Pâque nouvelle où lui-même doit être immolé par l’Église, par le ministère des prêtres, sous des signes visibles en mémoire de son passage de ce monde à son Père, lorsque, par l’effusion de son sang, il nous racheta et nous arracha à la puissance des ténèbres et nous fit passer dans son royaume6. Et c’est là l’oblation pure, qui ne peut être souillée par aucune indignité ou malice de ceux qui l’offrent, dont le Seigneur a prédit par Malachie qu’elle devrait être offerte pure en tout lieu en son nom, qui serait grand parmi les nations7, que l’apôtre Paul a désigné sans ambiguïté lorsque, écrivant aux Corinthiens, il dit: ceux qui se sont souillés en participant à la table des démons ne peuvent participer à la table du Seigneur8, entendant par le mot ´ table ª, dans l’un et l’autre cas, l’autel. C’est elle, enfin, qui, au temps de la nature et de la Loi, était figurée par les diverses images des sacrifices, en teint que renfermant en elle tous les biens que ceux-ci signifiaient, en étant la consommation et la perfection de tous.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chapitre II<br />
</strong>Parce que, dans ce divin sacrifice qui s’accomplit à la messe, ce même Christ est contenu et immolé de manière non sanglante, lui qui s’est offert une fois pour toutes de manière sanglante sur l’autel de la Croix, le saint concile enseigne que ce sacrifice est vraiment propitiatoire, et que par lui il se fait que, si nous nous approchons de Dieu avec un cœur sincère et une foi droite, avec crainte et respect, contrits et pénitents, nous obtenons miséricorde et nous trouvons la grâce d’un secours opportun9. Apaisé par l’oblation de ce sacrifice, le Seigneur, en accordant la grâce et le don de la pénitence, remet les crimes et les péchés, même ceux qui sont énormes. C’est, en effet, une seule et même victime, c’est le même qui, s’offrant maintenant par le ministère des prêtres, s’est offert alors lui-même sur la Croix, la manière de s’offrir étant seule différente. Les fruits de cette oblation &#8211; celle qui est sanglante &#8211; sont reçus abondamment par le moyen de cette oblation non sanglante ; tant il s’en faut que celle-ci ne fasse en aucune façon tort à celle-là. C’est pourquoi, conformément à la tradition des apôtres, elle est légitimement offerte, non seulement pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres besoins des fidèles vivants, mais aussi pour ceux qui sont morts dans le Christ et ne sont pas encore pleinement purifiés ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ces expressions “s’offrir sur l’autel et jusqu’à la mort” désigne très nettement le sacrifice véritable; et pour mieux préciser sa pensée, le concile ajoute que le sacrifice de l’Eucharistie n’est que la représenttation du sacrifice sanglant accompli une fois sur la croix (Can 3).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>§-3 L’Ecriture Sainte.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1- L’Ancien Testament.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Serviteur souffrant d’Isaïe: Isaïe 52-53.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette prophétie nous montre réalisée dans la mort du Messie toutes les qualités du véritable sacrifice.<br />
Voici d’abord l’immolation totale et volontaire: c’est un innocent qui s’offre pour nous, qui est broyé, transpercé parce qu’il l’a voulu, qui se laisse mener au trépas comme la berbis muette sous le fer qui la tond.<br />
Ensuite, l’idée de substitution: il prend sur lui nos souffrances, il est brisé par nos péchés, il porte nos iniquités pour nous en décharger nous-mêmes, et par ses plaies nous sommes guéris.<br />
Enfin l’idée d’alliance: parce quil s’est offert comme une hostie, il réconcilie le peuple avec Dieu, il justifie des multitudes, il acquiert une psotérité qui prospère devant le Seigneur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2- Le nouveau Testament.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sans employer le terme même de sacrifice, le NT énonce tous les éléments qu’il contient.<br />
L’immolation sacrificale est indiquée à maintes reprises.<br />
D’abord dans les passages où NSJC s’applique la prophétie du Serviteur souffrant:<br />
Marc 9 11:”Il est écrit du Fils de l’homme qu’il doit souffrir beaucoup et être méprisé”<br />
Puis dans ceux où il est dit que ses souffrances doivcent aller jusqu’à la mort : Mt 16 21; 21 38. Mc 8 31; 12 7-8. Qu’il doit livrer son âme pour la rançon des hommes (Mt 20 28; 22 31), sa chair pour la vie du monde (Jn 6 52), semblable au pasteur qui donne sa vie pour ses brebis (Jn 10 10-15), dans ceux également où il considère sa mort comme un baptême de sang, comme un calice que son Père lui a comandé de boire (Mt 20 22; 16 37-47) Enfin c’est en propres termes que NSJC parle de son immolation: sanctifico meipsum (Jn 17 19), i.e. je me consacre en vue de mon sacrifice, je me voue à la mort en qualité de victime.</p>
<p style="text-align: justify;">Les trois idées d’immolation, de substitution et d’alliance sont réunies ensemble dans les récits de l’institution de l’Eucharistie.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans saint Marc et saint Mathieu, le corps et le sang sont représentés comme séparés, ce qui annonce l’immolation violente de Jésus. Saint Mathieu, en outre, indique explicitement l’idée de substitution et de valeur expiatoire: c’est à la place des hommes et pour la rémission des péchés que le Sauveur est mis à mort, in remissionem peccatorum.<br />
Dans saint Luc et saint Paul, le corps est représenté comme livré et le sang comme versé pour nous, ce qui insinue à la fois et l’immolation et la substitution volontaire.<br />
Enfin dans les quatre récits, la notion d’alliance est exprimée en propres termes; il est dit dans les deux premeirs: Ceci est mon sang de la nouvellle Alliance; dans les deux autres: ce Calice est la nouvelle Alliance dans mon sang.<br />
Il ressort de tout le contexte que le sang de Jésus, versé pour nous, est bien la cause de l’Alliance et que c’est grace à lui que nous sommes réconciliés avec Dieu. On retrouve dans la mort du Sauveur tous les caractères du sacrifice véritable:immolation complète, valeur expiatoire pour la rémission des péchés, valeur propitiatoire qui nous fait rentrer dans l’amitié divine par une nouvelle et éternelle alliance.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Paul: </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Paul attribue à Jésus-Christ le titre et la qualité de victime: “Notre sacrifice pascal c’est le Christ immolé” (1 Cor 5 7)<br />
Le Christ nous a aimés et il s’est livré pour nous comme une offrande et une hostie, hostiam, de suave odeur (Eph 5 2)<br />
Il reconnaît à la mort du Sauveur les effets du sacrifice, c’est-à-dire d’être des moyens et un instrument de propitiation pour nos péchés et la cause de notre justification: “Dieu l’ a établi instrument de propitiation pour nos péchés dans son sang (Rom 3 25); nous sommes justifiés dans son sang ( Rm 5 9). L’incise in sanguine suo marque l’immolation et les idées de substitution volontaire, de réconciliation et d’alliance sont contenues dans les termes : propitiationem, justificati.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’épître aux Hébreux</strong> est un grandiose exposé de ce dogme. Le Christ est prêtre, et, à ce titre, il doit offrir un véritable sacrifice, car telle est la fonction spécifique du sacerdoce: Hb 5 1 ; 7 27. La victime qu’il a immolée c’est lui-même sur la croix. Le Sauveur est ensuite comparé avec le pontife de l’ancienne Loi: celui-ci n’entrait dans le Saint des saints que par le sang, après avoir offert des victimes; le Christ, par son sang et après l’oblation de son sacrifice sur la calvaire, entre pour toujours dans le ciel. Le sang des victimes répandu par le grand prêtre ne purifiat que des souillures légales, ad emundationem carnis; le sang du Chrsit lave notre conscience de nos oeuvres de mort et nous consacre au service du Dieu vivant.C’est affiremr et démontrer que la mort du Rdéempteur est un sacrifice plus réel et plus efficace que ceux de l’antique alliance.<br />
Toutes les conditions du scarifice sont signalées:<br />
-immolation sanglante, per propriam sanguinem;<br />
-substitution, car il est pontife pour les hommes et afin des les purifier de leurs péchés;<br />
-réconciliation et alliance, puisque par la vertu de ce sang, les homes sont appelés à servir le Dieu vivant.; et, d’ailleurs, l’épître dit expressément que le sang de Jésus-Christ est le sang de l’alliance (Hb 10 29), le sang de l’alliance éternelle</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Jean:</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Jean expose en termes rapides et pleins, la réalité et les effets de sacrifice. C’est un eimmolation: le Christ nous a lavé dans son sang (I Jn 1 7; Apoc 1 3); c’est une substitution avec une valeur expiatoire et propitiatoire pour tous nos péchés et pour tous ceux du monde entier (I Jn 2 2); enfin, grâce à elle, le Christ notre avocat nous fait entrer en alliace et en amitié avec le Père (I Jn 2 1).</p>
<p style="text-align: justify;">Le Père Prat (SJ) conclut: “A qui étudie san sparti pris la d=signification de la mort de Jésus dans les synoptiques, dans saint Jean, dans l’épître aux Hébreux, dans saint Paul et les auttres écritys apostoliques, il est impoossible d’ôter à cette mort le caractère de sacrifice et de sacrifice de propitiation. Le Christ mourant est comparé à toutes les victimes de l’ancienne Loi, à l’agneau pascal, au sang de l’alliance et de l’expiation, à l’offrande pour le péché; presque tous les termes du rituel des sacrifcies lui sont appliqués; et la manière dont il parle lui-même de sa propre mort ne permet guère de douter que l’enseignement des apôtres ne rmonte jusqu’à lui. D’un autre côté, la rémission des péchés est constamment mise en rapport avec la mort de Jésus; c’est l’aspersion de ce sang divin qui purifie les âmes; de quelque manière. De tous les textes, il se dégage invinciblement l’idée d’expiation et de propitiation, i&gt;.e. d’une action du Christ qui apaise la colère de Dieu et nous le rend propice et en même temps annule les éffets du péchés . En cela saint Paul ne se distingue pas des autres apôtres, mais il aide à les expliquer comme ils servent eux-mêmes à le comprendre”. (P Prat Théologie de saint Paul p. 283)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La raison théologique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Fondé sur ces bases scripturaires, largument théologique devient aussi démonstratif qu’il est intéressant.<br />
Que faut-il pour un sacrifce? D’abord une victime sensible. Le Christ est cela par sa nature humaine: il peut bien, à raison de sa divinité recevoir les sacrifices et les adorations, mais l’immolation répugne à une nature qui est l’Invisible, l’Immortalité, la Souveraineté absolue; en révêtant la forme d’esclave, en prenant une chair passible, il s’est fait la matière du sacrifice.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut ensuite l’immolation, pour reconnaître le suprême domaine de Dieu, son droit de vie et de mort, et, dans l’état présent de la nature déchue, pour réparer, par cette sorte de destruction, l’injure faite à Dieu, attendu que le péché grave, attentat contre la vie divine, mériterait l’anéantissement du pecheur. Or quoi de plus efficace, pour rendre ces deux témoignanges, obtenir ces deux résultats, que la passion du Sauveur?</p>
<p style="text-align: justify;">Si un Homme-Dieu subit la mort pour l’humanité, c’est une éclatante démonstration que toutes les créatures, même les plus parfaites, dépendent entièrement duCréateur et souverain Seigneur; si un Homme-Diue se voue au dernier supplice à cause de nos péchés, c’est une preuve que toutes les vies humaines sont incapables d’expier et de satisfaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sacrifice demande encore que la substitution soit asssez excellente pour que Dieu nous tienne quittes et que ses droits à lui restent saufs&#8230;Jésus-Christ, chef et représentant de l’humanité et devenu un seul corps mystique avec nous, comme la tête et les membres, se substitue à nous en tout, pour adorer, mériter et satisfaire. Cette victime d’une dignité infinie offre à Dieu pour nous une compensation surabondante, lui procure plus d’honneur que le péché ne lui a fait d’injure, solde toutes nos dettes, et plus que tout cela, à l’infini.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, le sacrifice implique une sorte d’alliance entre Dieu et son peuple. La Passion du Sauveur a scellé le nouveau et éternel testament de Dieu avec l’humanité. Les préléminiares en avaient été posés dès le premier instant de l’Incarnation, car Jésus, dès lors fut prêtre et commença l’exercice de son sacerdoce; mais, dans le plan divin, le dernier acte devait être la mort du Christ et c’est alors que l’Alliance devint définitive. Aussi bien, à ce momement unique de l’histoire humaine où un Homme-Dieu subit le trépas, le voile du Temple se déchire dans toute sa longueur (Mt 27 51), indice dramatique que l’ancienne alliance est abrogée et la nouvelle établie, qu’il n’y a désormais plus de séparation entre Dieu et nous et que l’entrée du Saint des saints est ouverte (Rm 7 1-7; Gal 2 19,20 Hb 9 6; 10 19)</p>
<p style="text-align: justify;">Le sacrifice doit être offert par un prêtre, ambassadeur attitré auprès de Dieu: Jésus-Christ, pontife par le sacre de l’union hypostatique, représentant-né des fidèles qui doivent être ses membres, a qualité pour offrir cette hostie qui n’est autre que lui-même. Il est à la fois prêtre, victime et sacrifice&#8230;.Dans la Passion, les sacrificatuers ne furent pas les bourreaux, dont les actes étaient un crime et un sacrilège; l’unique sacrificateur ce fut Jésus-Christ en se livrant volontairement à la mort et en donnant son sang pour nous. Disposant d’une puissance infinie, qui peut le soustraire à tous ses ennemis, il renonce de plein gré à une vie que personne ne peut lui arracher: c’est donc bien lui qui s’offre, s’immole, fait l’office de prêtre.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà comment la passion du Rédempteur réalise toutes les conditions du véritable sacrifice et comment Jésus est à la fois le prêtre et la victime, le temple et l’autel.<br />
Prêtre et victime, car c’est lui-même qui offre et qui est offert; temple, puisque Dieu habite en lui et est honoré en lui de la manière la plus excellente; autel, car il s’est offert en lui-même et a été arrosé de son propre sang.</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Huitième conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 13:47:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Huitième Conférence</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">Domus salutis (5)</span></strong></p>
<p><strong><span style="color: #cc0000;">La passion : expression de l’amour de Jésus pour son Père et pour nous.<br />
Un amour totalement libre</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale7.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4045" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale7.bmp" alt="" /></a>Sans doute, d’abord et avant tout, c’est par amour pour son Père que Jésus a voulu subir la mort de la Croix. Il le dit lui-même explicitement : « Afn que le monde sache que j’aime mon Père, j’accomplis sa volonté, qui est que je me livre à la mort »…<br />
Mais c’est aussi en raison de l’amour qu’il nous porte. A la dernière Cène, quand va sonner l’heure « d’achever » son oblation, que dit-il à ses apôtres réunis autour de lui ? « Il n’est pas d’amour plus grand que celui de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15 13) Et cet amour qui surpasse tout amour, Jésus va nous le montrer, car, dit saint Paul, « c’est pour nous tous qu’il s’est livré » (2 Cor 5 15) Il est mort pour nous « alors que nous étions ses ennemis (Rm 5 10). Quelle marque plus grande d’amour pouvait-il nous donner ? Aucune. Aussi l’Apôtre ne cesse-t-il de proclamer que « c’est parce qu’il nous a aimés que le Christ s’est livré » ( Gal 2 20, « à cause de l’amour qu’il m’a porté, il s’est donné pour moi ». Et livré et donné dans quelle mesure ? Jusqu’à la mort : semetipsum tradidit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et ce qui rehausse infiniment cet amour, c’est la liberté souveraine avec laquelle le Christ s’est offert : « Oblatus est quia ipse voluit » Cf Jn 10 17-18…</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une liberté souveraine : le Christ s’offre lui-même. Nul ne lui ravit la vie. « Il se donne lui-même »<br />
</strong>(Le Christ dans ses mystères. P 277-286)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour bien faire ressortir cette liberté dans le don sacrificiel de NSJC, on peut utiliser très heureusement la pensée de saint Thomas dans sa question sur la « cause efficiente de la mort de NSJC.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cf III 47 : La cause efficiente de la Passion du Christ.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelle est en cette question délicate la doctrine de saint Thomas.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Thomas d’Aquin consacre la question 47 de la IIIa Pars de la Somme à cette question. Il l’intitule : « De la cause efficiente de la Passion de NSJC ». Là, il étudie les auteurs de la Passion du Christ. Quels sont-ils ? Et quelles sont leurs responsabilités respectives.</strong> Les réponses de saint Thomas nous permettront de cerner au plus près la vérité avec les distinctions nécessaires.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Thomas se pose 6 questions </strong></p>
<p style="text-align: justify;">1. Le Christ a-t-il été mis à mort par autrui ou par lui-même? – 2. Pour quel motif s’est-il livré à la Passion? – 3. Est-ce le Père qui l’a livré à la Passion? – 4. Convenait-il qu’il souffre par la main des païens, ou plutôt des Juifs? – 5. Ses meurtriers l’ont-ils connu? – 6. Le péché de ses meurtriers.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De ces six articles, les deux premiers examinent la part du Christ dans le fait de sa mort ; le troisième, la part du Père ; les trois autres, la part des hommes.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour ce qui est de la part du Christ,</strong> saint Thomas se demande, d’abord, si le Christ peut être dit avoir eu une part dans le fait de sa mort ; et, en second lieu, en cas de réponse positive, quel a été le motif ou le mobile qui a porté le Christ à se livrer ainsi à la Passion et à la mort. Le premier point fait l’objet de l’article premier.<br />
<strong>Le Christ a-t-il été mis à mort par autrui ou par lui-même?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il semblerait qu’il faille répondre que le Christ n’a pas été mis à mort par d’autre que par lui-même puisqu’Il dit « Personne ne me prend ma vie, c’est moi qui la donne. » (Jn 10, 18).<br />
D’autre part, le fait qu’il ait poussé un « grand cri » remettant son âme entre les mains de son Père montre que le Christ a remis son âme quand il le voulut. C’est dire que le Christ n’a pas été mis à mort par d’autres que par lui-même. « Il n’a pas quitté sa chair malgré lui, mais parce qu’il le voulut, quand il le voulut, et comme il le voulut ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cependant: le Christ annonçait en parlant de lui-même (Lc 18, 33): « Après l’avoir flagellé, ils le tueront. »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Alors ?</p>
<p style="text-align: justify;">Comment répond saint Thomas :</p>
<p style="text-align: justify;">« Il y a deux manières d’être cause d’un effet.<br />
1° En agissant directement pour cela. C’est de cette manière que les persécuteurs – pour l’instant Saint Thomas ne cherche pas à savoir si ce sont les païens ou les Juifs qui l’ont mis à mort- il parle seulement des « persécuteurs » &#8211; du Christ l’ont mis à mort; car ils lui ont fait subir les traitements qui devaient amener la mort, avec l’intention de la lui donner. Et la mort qui s’en est suivie a été réellement produite par cette cause.</p>
<p style="text-align: justify;">2° Indirectement, en n’empêchant pas cet effet; par exemple on dira qu’on mouille quelqu’un en ne fermant pas la fenêtre par laquelle entre la pluie. En ce sens, le Christ n’a pas écarté de son propre corps les coups qui lui étaient portés, mais a voulu que sa nature corporelle succombe sous ces coups. « En ce sens, on peut dire que le Christ a donné sa vie ou qu’il est mort volontairement ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Christ pouvait en effet empêcher cette Passion et cette mort. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">-Il le pouvait d’abord, en réprimant ses adversaires, de telle sorte qu’ils ne voulussent pas ou qu’ils ne pussent pas le mettre à mort. On l’a vu au Jardin des Oliviers. Le Christ a terrassé ses ennemis.</p>
<p style="text-align: justify;">-Il le pouvait aussi, parce que son esprit avait la puissance de conserver la nature de sa chair pour qu’aucune cause de lésion qui lui serait infligée ne parvint à l’accabler : puissance que l’âme du Christ avait parce qu’elle était unie au Verbe de Dieu dans l’unité de sa Personne.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Par cela donc que le Christ ne repoussa point de son propre corps les coups qui lui étaient portés mais qu’Il voulut que la nature corporelle succombât sous ces coups, Il est dit avoir disposé Lui-même de son âme ou de sa vie. De cette façon il est dit « être mort volontairement ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Alors lorsque Jésus dit « Personne ne prend ma vie », il faut sous entendre : « sans que j’y consente », car prendre, au sens propre du mot, c’est enlever quelque chose à quelqu’un contre son gré et sans qu’il puisse résister.</p>
<p style="text-align: justify;">Et lorsqu’il est dit dans l’Evangile qu’Il a « poussé un grand cri »; c’est là un des miracles de sa mort. D’où la parole de Marc (15, 39): « Le centurion qui se tenait en face, voyant qu’il avait expiré en criant ainsi, déclara: « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Il y eut encore ceci d’admirable dans la mort du Christ, qu’il mourut plus rapidement que les deux larrons. On lit dans S. Jean (19, 32) qu’on « brisa les jambes » de ceux qui étaient crucifiés avec le Christ » pour hâter leur mort « : mais « lorsqu’ils vinrent à Jésus, ils virent qu’il était déjà mort et ils ne lui rompirent pas les jambes ». D’après S. Marc (15, 44), « Pilate s’étonna même qu’il fût déjà mort ». De même que, par sa volonté, sa nature corporelle avait été gardée dans toute sa vigueur jusqu’à la fin, de même c’est lorsqu’il le voulut qu’il céda aux coups qu’on lui avait porté.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi, avec Saint Thomas, il faut conclure : « en mourant le Christ, tout à la fois, a subi la violence et est mort volontairement, puisque la violence faite à son corps n’a pu dominer celui-ci que dans la mesure où il l’a voulu lui-même ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi c’est en toute vérité que le Christ s’est livré Lui-même à la mort ; bien que cependant, en toute vérité aussi, cette mort lui ait été donnée par ses bourreaux.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vous le voyez : les choses ne sont pas aussi simples que çà et les distinctions apportées par Saint Thomas font apprécier particulièrement la liberté du Christ en sa mort et donc son amour pour nous. Qu’aurait-elle eu de remarquable cette mort du Christ si elle lui eut été imposée? Mais mourant librement, cette mort du Christ fait éclater davantage son amour pour nous. Il est une victime libre. Cette liberté mesure son amour.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pour l’instant, il n’est pas encore question de la « qualité » des bourreaux, des auteurs de la Passion du Christ. On peut dire que la mort, sous un certain rapport, lui a été donnée par ses bourreaux tout en affirmant que le Christ s’est livré lui-même à la mort, sous un autre rapport. Et sous ce rapport, i.e. en tant qu’Il domine par sa Puissance divine, sur son propre corps et âme, le Christ est seul cause de sa mort.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais quelle fut, de sa part, la cause qui le fit ainsi aller à la mort et l’accepter volontairement ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit : Quel en fut le motif ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A cette question importante, Saint Thomas d’Aquin répond que le Christ est mort par obéissance à l’ordre de son Père :</strong> « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la reprendre, tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. » (Jn 10, 18), pour réparer la désobéissance d’Adam et Eve en le péché originel.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est l’objet de son deuxième article. Il fonde son argument sur la parole de saint Paul: « De même que par la désobéissance d’un seul, beaucoup ont été constitués pécheurs, de même aussi, par l’obéissance d’un seul, beaucoup sont constitués justes » (Rm 5, 19).</p>
<p style="text-align: justify;">Et le père Pègues fait de cet article un splendide commentaire :</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>« Cette raison éclaire d’un jour magnifique toute l’histoire du genre humain. On peut dire du genre humain, dans la suite de son histoire, que tout s’y ramène à une question de vie et de mort, rattachée elle-même à une question d’obéissance et de désobéissance. Dieu avait créé l’homme, pouvant cependant être mortel de sa nature, dans un état de vie qui ne connaissait point la mort ; mais à une condition : qu’il observerait un précepte, d’ailleurs très facile que Dieu lui donnait pour marquer sa dépendance à l’endroit du Créateur. Il était du reste, expressément averti que s’il désobéissait, il mourrait de mort. L’homme eut le malheur de ne point tenir compte de cette défense et de cette menace. Emporté par un mouvement d’orgueil, à la suggestion du Tentateur perfide, il désobéit à Dieu. Aussitôt le privilège de vie immortelle, accordée par Dieu à la nature humaine dans la personne du premier homme lui fut enlevé. Pour toujours désormais, la mort devait régner dans le genre humain déchu. Mais Dieu, dans sa miséricorde, allait tout restaurer en vue d’un triomphe éblouissant sur la mort et sur le démon, qui en était le premier auteur. Il allait créer l’Homme Nouveau, par lequel Il remporterait sa victoire. Le démon avait vaincu en amenant l’homme premier à désobéir. Dieu allait vaincre en se donnant, dans l’Homme Nouveau, un obéissant parfait. Et, de même que la désobéissance du premier avait causé la mort en violant le précepte auquel était attaché l’immortelle vie ; de même l’Homme Nouveau restaurerait la vie en observant fidèlement et par obéissance au Chef, Dieu lui-même, Souverain maître de la mort et de la vie, le précepte qui lui commandait d’aller à la mort. Toute l’économie des conseils de Dieu, dans l’histoire du genre humain, tient dans ce double contraste : d’une vie immortelle perdue par une désobéissance qui méprisait le précepte de la vie ; et de cette même vie immortelle reconquise par une obéissance qui embrasserait amoureusement le précepte de la mort ».</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà, mes chers amis, une magnifique présentation du plan divin dans lequel vous êtes insérés depuis votre baptême et dans lequel vous voulez vous insérer d’une manière plus particulière encore dans votre sacerdoce futur. L’histoire que va connaître nécessairement votre sacerdoce est celle de ce conflit entre la désobéissance initiale, la désobéissance satanique, la désobéissance d’Adam et l’obéissance de Nouvel Adam, le Christ. Deux mondes s’affrontent : celui de l’obéissance à Dieu et à son Christ ; celui des la désobéissance du monde contemporain contre Dieu et son Christ. Saint Augustin, lui, parlera du conflit entre un monde dominé par « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu » et d’un monde dominé par « l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi ». Voilà ce que vous allez connaître. Il n’y a pas de milieu. Les libéraux qui ont cherché le juste milieu ont toujours porté mains fortes aux ennemis du Christ et de son Eglise. Vous avez à choisir. Ce sera votre idéal et votre noblesse.<br />
Je pense que vous avez choisi…en venant dans ce séminaire….</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi le Christ s’est livré Lui-même à la Passion et à la mort. Comme Dieu et comme homme, et comme Verbe incarné ou Dieu-Homme, non seulement, il n’y avait, pour Lui, aucune nécessité de souffrir ou de mourir, mais Il avait tout Pouvoir, un pouvoir absolu d’éviter la Passion et la mort. Toutefois Il a voulu les subir. Et c’est parce qu’Il a voulu les subir qu’en effet la Passion et la mort l’ont atteint. D’où il résulte qu’en toute vérité Il s’est sacrifié lui-même ; ce qui est la raison de son sacerdoce. Or il l’a fait par obéissance, pour accomplir ce qu’Il savait être une pensée arrêtée dans les conseils de Dieu son Père, une volonté ferme portant sur un dessein qui devait montrer en pleine lumière la sagesse, la bonté , la puissance infinie de Dieu dans l’économie de son Œuvre par excellence : la restauration, par la mort volontaire de son Fils sur la Croix, de l’œuvre ruinée au début du genre humain par la désobéissance du premier homme détachant de l’arbre du Paradis terrestre, à l’instigation du Démon, le fruit défendu.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce qu’exprime bien <strong>Nostra Aetate</strong> dans son § 6 : « D’ailleurs, comme l’Église l’a toujours tenu et comme elle le tient encore, le Christ, en vertu de son immense amour, s’est soumis volontairement à la Passion et à la mort à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de toute grâce ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Père a-t-il livré à la Passion son Fils ? C’est l’article 3</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais alors cette volonté formelle du Père accomplie volontairement et par obéissance par le Fils, permettrait-elle de dire, en toute vérité, que le Père a livré Lui-même son Fils à la Passion et à la mort ? La question est d’une portée extrême pour la parfaite intelligence du langage biblique et chrétien dans le grand mystère de la Rédemption.</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Thomas va la résoudre à l’article 3 où il se pose la question : « Est-ce le Père qui a livré le Christ à la Passion ? Il semblerait que non puisque c’est Judas qui livra le Christ aux Juifs, les Juifs, le Christ à Pilate ; Pilate ne disait-il pas : « Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi. » et également Pilate « qui le livra pour qu’il soit crucifié » ( Jn 19, 16). Alors qu’en est-il du Père ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cet article, Saint Thomas rappelle d’un mot la conclusion de l’article précédent et en tire tout de suite une triple preuve pour établir la conclusion du présent article : <strong>« Nous l’avons montré à l’article précédent: le Christ a souffert volontairement, par obéissance à son Père. Aussi Dieu le Père a livré le Christ à la passion de trois façons :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1° Selon sa volonté éternelle, il a ordonné par avance la passion du Christ à la libération du genre humain, selon cette prophétie d’Isaïe (53, 6): « Le Seigneur a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. » Et il ajoute: « Le Seigneur a voulu le broyer par la souffrance. »</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>N’oubliez toujours pas le plan divin de salut. N’oubliez toujours pas le Livre 12 de l’Apocalypse de saint Jean….</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2° Il lui a inspiré la volonté de souffrir pour nous, en infusant en lui la charité. Aussi Isaïe ajoute-t-il « Il s’est livré en sacrifice parce qu’il l’a voulu. »</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3° Il ne l’a pas mis à l’abri de la passion, mais il l’a abandonné à ses persécuteurs. C’est pourquoi il est écrit (Mt 27, 46) que, sur la croix, le Christ disait: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Parce que, remarque S. Augustin, Dieu a abandonné le Christ à ses persécuteurs.<br />
Ainsi le Père a livré le Christ à sa Passion en lui inspirant la volonté de souffrir pour nous. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et Saint Thomas conclut cet article par une phrase capitale : « Par là on constate tout d’abord la sévérité de Dieu qui n’a pas voulu remettre le péché sans châtiment, ce que souligne l’Apôtre (Rm 8, 32): « Il n’a pas épargné son propre Fils » ; et sa bonté en ce que l’homme ne pouvant pas satisfaire en souffrant n’importe quel châtiment, il lui a donné quelqu’un qui satisferait pour lui, ce que l’Apôtre a souligné ainsi: « Il l’a livré pour nous tous. » Et il dit (Rm 3, 25): « Lui dont Dieu a fait notre propitiation par son sang. »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut donc dire, en toute vérité, que Dieu le Père a livré son Fils à la Passion et à la mort. Jamais, en effet , le Christ n’eut connu la Passion et la mort si Dieu le Père n’en avait disposé ainsi dans ses conseils éternels, en vue du salut du genre humain : non pas que Lui-même ait infligé la mort au Christ, pas plus que le Christ ne se l’est donné Lui-même ; mais Il avait dans son infinie justice, dans sa sagesse et sa miséricorde statué qu’Il inspirerait au Christ, par amour pour nous, la volonté de ne point repousser, comme Il en aurait le droit et le pouvoir, les mauvais traitements et la mort que lui infligeront des hommes pervers ; d’accepter même tout cela avec une sorte de saint empressement pour que fussent manifestés les infinis trésors de bonté contenus en Dieu et dans son Christ. Le Christ a donc été livré par Dieu son Père et Il s’est livré Lui-même pour des raisons d’infinie sagesse »</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui n’est pas le cas et de Judas, des Juifs et de Pilate. Et de fait qu’en est-il de Judas, des juifs et des Romains</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alors qu’en est-il de Judas, des Juifs, de Pilate ? des Juifs et des Gentils ? L’ont-ils livré à la Passion ou pas ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je poursuis cette étude par simple curiosité intellectuelle, la question et la réponse n’étant pas essentielles à notre sujet de retraite :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Thomas n’exclut pas leur responsabilité en la Passion du Christ</strong> :« La même action se juge diversement, en bien ou en mal, suivant la racine dont elle procède. En effet, le Père a livré le Christ et le Christ s’est livré lui-même, par amour, et on les en loue. Mais Judas a livré le Christ par cupidité, les Juifs par envie, Pilate par crainte ambitieuse envers César, et c’est pourquoi on les blâme ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>(Voilà ce qu’aurait du rappeler Nostra Aetate, ce qu’il n’a pas fait).</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Alors Saint Thomas va revenir sur le rôle et de Judas et des Juifs, du peuple et des anciens et de Pilate…Et tout d’abord sur le rôle de Pilate et plus généralement sur le rôle des Gentils</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi dans l’exécution de ce conseil divin, convenait-il que les Gentils eussent une part, la part même décisive – le crucifier &#8211; de telle sorte que ce serait eux qui condamneraient à mort et exécuteraient la sentence ? Il semble, au contraire, qu’ils n’y auraient du avoir aucune part. ?</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Thomas considère la question suivante dans son article 4: « <strong>Convenait-il que le Christ souffre de la part des païens »?</strong> Il répond en faisant un parallèle entre les circonstances de la passion du Christ et les effets de cette même Passion. Il dit :</p>
<p style="text-align: justify;">« Les circonstances mêmes de la passion du Christ ont préfiguré l’effet de celle-ci. D’abord, elle a eu un effet salutaire sur les Juifs, dont beaucoup furent baptisés, d’après les Actes (2, 41 et 4, 42), dans la mort du Christ. Mais ensuite, par la prédication des Juifs, ( juif, saint Pierre, juif , saint Paul…) l’effet de la passion du Christ est passé aux païens. Et c’est pourquoi il convenait que le Christ commence à souffrir de la part des Juifs, et ensuite, les juifs le livrant aux païens, que sa passion soit achevée par ceux-ci ».</p>
<p style="text-align: justify;">Résumons la pensée de saint Thomas : « Il convenait que les auteurs de la mort du Christ fussent, en premier lieu, les Juifs prévaricateurs ; et, en second lieu, les païens eux-mêmes, à l’instigation des Juifs : parce que, en fait, les Juifs, qui pourtant étaient les premiers à vouloir, par haine, la mort du Christ, avaient perdu leur indépendance politique et, par suite, le droit de vie et de mort qui est la prérogative de la souveraineté. D’ailleurs l’ordre même des effets de la Passion du Christ qui devaient se communiquer d’abord aux Juifs et ensuite aux païens, demandait qu’un ordre semblable se retrouvât dans le mode de la Passion du Christ ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais quelle est la part de responsabilité des uns et des autres, des Gentils et des Juifs, des « grands du peuple » et du petit peuple » dans cette Passion et cet mort du Christ ?</strong> Devons-nous supposer qu’ils connurent Celui qu’ils poursuivaient ainsi, qu’ils condamnaient et qu’ils frappaient. C’est la question même de la responsabilité des auteurs du déicide. Saint Thomas va le résoudre à l’article 5 : « Les meurtriers du Christ l’ont-ils connu »?</p>
<p style="text-align: justify;">Il semble bien que les persécuteurs du Christ, les Juifs, le connurent:</p>
<p style="text-align: justify;">1. D’après S. Matthieu (21, 38) « Les vignerons, en le voyant, dirent entre eux « Voici l’héritier, venez, tuons-le. » S. Jérôme commente: « Par ces paroles, le Seigneur prouve clairement que les chefs des juifs ont crucifié le Fils de Dieu non par ignorance, mais par envie. Car ils ont compris qu’il est celui à qui le Père avait dit par le prophète (Ps 2, 8): « Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage. » Il semble donc qu’ils ont connu qu’il était le Christ, ou le Fils de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">2. Le Seigneur dit (Jn 15, 24): « Maintenant ils ont vu, et ils nous haïssent, moi et mon Père. » Or, ce qu’on voit, on le connaît clairement. Donc, les Juifs connaissant le Christ, c’est par haine qu’ils lui ont infligé la passion.</p>
<p style="text-align: justify;">3. On lit dans un sermon du concile d’Éphèse : « Celui qui déchire une lettre impériale est traité comme s’il déchirait la parole de l’empereur et condamné à mort. Ainsi le juif qui a crucifié celui qu’il voyait sera châtié comme s’il avait osé s’attaquer au Dieu Verbe lui-même. » Il n’en serait pas ainsi s’ils n’avaient pas su qu’il était le Fils de Dieu, parce que leur ignorance les aurait excusés. Il apparaît donc que les Juifs qui ont crucifié le Christ ont su qu’il est le Fils de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant: il y a la parole de S. Paul (1 Co 2, 8): « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire », et celle-ci de S. Pierre aux Juifs (Ac 3, 17): « je sais que vous avez agi par ignorance, comme vos chefs » et le Seigneur sur la croix demande (Lc 23, 34): « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »</p>
<p style="text-align: justify;">(<strong>On voit à la lecture de tous ces textes combien délicate est la question posée. Elle est au cœur de la « problématique » de la pensée de Jules Isaac et de ses 18 questions qui influença tellement le Concile Vatican II dans Nosta aetate.)</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Thomas, pour résoudre ce problème, va établir une distinction de la plus haute importance. Il nous avertit que « parmi les Juifs, les uns étaient les notables ou les Grands ; et les « autres » constituent la multitude et la foule ou les « petits »<br />
<strong>Chez les Juifs, il y avait les grands et les petits.<br />
Les grands,</strong> qui étaient leurs chefs, ont su « qu’il était le Messie promis dans la loi; car ils voyaient en lui tous les signes annoncés par les prophètes; mais ils ignoraient le mystère de sa divinité ». Et c’est pourquoi S. Paul dit: « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pour autant leur ignorance n’excusait pas leur crime, puisque c’était en quelque manière <strong>une ignorance volontaire</strong> (affectata). En effet, ils voyaient les signes évidents de sa divinité; mais par haine et jalousie, ils les prenaient en mauvaise part, et ils refusèrent de croire aux paroles par lesquelles il se révélait comme le Fils de Dieu. Aussi dit-il lui-même à leur sujet (Jn 15, 22): « Si je n’étais pas venu, et si je ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. » Et il ajoute: « Si je n’avais fait parmi eux les oeuvres que personne d’autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché. » On peut donc leur appliquer ce texte (Job 21, 14): « Ils ont dit à Dieu: « Éloigne-toi de nous, nous ne voulons pas connaître tes chemins ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le Père Pègues commente ainsi ce passage de Saint Thomas : « On remarquera cette doctrine si ferme de saint Thomas sur le caractère d’évidence que portaient les signes ou les miracles faits par le Christ devant les Juifs cultivés et instruits ; de telle sorte que ceux qui n’en ont pas conclu qu’Il était vraiment Dieu et le Fils de Dieu sont inexcusables : seule leur volonté mauvaise en fut la cause. Ces mêmes miracles, et dans des conditions encore plus convaincantes si l’on peut ainsi dire, sont rapportés dans les quatre Evangiles. Il n’est pas un esprit cultivé ou instruit qui ne puisse les connaître et les reconnaître. Si donc ceux-là qui le peuvent ne les connaissent pas ou ne les reconnaissent pas, et que, par ce motif, ils ne viennent pas au Christ par une foi pleine et aimante, ce sera pour une raison de mal ou de disposition mauvaise dans leur volonté ; et, par suite, eux non plus n’auront pas d’excuse pour leur péché de n’être point venus au Christ ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’on voit ainsi combien est fausse la position de Jules Isaac.</strong> Ils n’ont pas connu le Christ comme Fils de Dieu parce qu’ils ne voulurent pas le reconnaître. Tous ses faits et gestes montraient à l’évidence sa Messianité, sa divinité. Ils sont donc inexcusables dans leur aveuglement ou leur ignorance. Comme le dit Saint Thomas. Les « grands » du peuple Juif sont coupables d’une ignorance volontaire. Elle ne peut les excuser dans la Passion du Christ.<br />
Comme le dit encore saint Thomas : <strong>« L’ignorance volontaire n’excuse pas la faute, mais l’aggrave plutôt; car elle prouve que l’on veut si violemment accomplir le péché que l’on préfère demeurer dans l’ignorance pour ne pas éviter le péché, et c’est pourquoi les Juifs ont péché comme ayant crucifié le Christ non seulement comme homme, mais comme Dieu ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ils ont donc toute la responsabilité du déicide.</strong> Ils l’ont, parce qu’ils pouvaient, parce qu’ils devaient savoir que Celui qu’ils vouaient au crucifiement était vraiment Dieu Lui-même, le Fils de Dieu en Personne ; qu’ils n’ont pas pu ne pas s’avouer qu’il en était ainsi, mais qu’ils ont détourné volontairement leur esprit de ce qui, dans cette vérité, les aurait contraints d’abdiquer devant le Christ et de se faire ses disciples. Ils ont même entraîné, dans la responsabilité du même déicide, la foule qu’ils ont rendue participante de leur crime.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi est fausse l’opinion de Jules Isaac voulant exempter les Juifs, « les grands » de la moindre responsabilité dans la Passion et la mort du Christ. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quant aux petits,</strong> c’est-à-dire les gens du peuple, qui ne connaissaient pas les mystères de l’Écriture, ils ne connurent pleinement ni qu’il était le Messie, ni qu’il était le Fils de Dieu. Car bien que quelques-uns aient cru en lui, la multitude n’a pas cru. Parfois elle se demandait si Jésus n’était pas le Messie, à cause de ses nombreux miracles et de l’autorité de son enseignement, comme on le voit chez S. Jean (7, 31). Mais ces gens furent ensuite trompés par leurs chefs au point qu’ils ne croyaient plus ni qu’il soit le Fils de Dieu ni qu’il soit le Messie. Aussi Pierre leur dit-il: « je sais que vous avez agi par ignorance, comme vos chefs »; c’est-à-dire « que ceux-ci les avaient trompés».</p>
<p style="text-align: justify;">« Ici encore, dit le Père Pègues, on aura remarqué ce tableau si vrai de l’inaptitude de la foule, comme telle, à saisir, par elle seule, les profondeurs cachées de la doctrine ; et sa facilité à être trompée et égarée par les conducteurs pervers, même lorsque sa droiture naturelle l’aurait d’abord portée à se rendre aux signes éclatants plus particulièrement faits pour la convaincre. Sa responsabilité sera donc moindre, et nul doute que Dieu ne soit plus pitoyable aux petits qu’aux « grands », en pareil cas. Il n’en faudrait pas conclure pour autant que toute responsabilité disparaît et que les « petits » égarés par les « grands » seront excusés de tout péché par le fait même. Quelque difficulté qu’il y ait en effet pour la multitude de se conduire par elle-même, surtout quand il s’agit d’une multitude plus éloignée de ce qui constitue, à des degrés divers, la culture de l’esprit, il n’en demeure pas moins que tout être humain ayant l’usage de la raison est à même, absolument parlant, de reconnaître les signes de la vérité, selon que Dieu, dans sa Providence, les met, d’une manière au moins suffisante à sa portée, en utilisant les lumières indéfectibles du bon sens et les sentiments premiers de l’équité naturelle. Aussi bien voyons nous que la multitude du peuple juif n’a pas été indemne aux yeux de la justice divine, et que non seulement les chefs qui l’avaient égaré, mais aussi le peuple qui avait suivi ses chefs, ont tous été châtiés pour le crime de déicide. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cela nous amène à mesurer la gravité du crime commis par ceux qui se rendirent coupables de la mort du Christ sur la Croix. Faut-il dire que ce crime a été de tous le plus grave ? Saint Thomas nous répond à l’article 6 intitulé : « Le péché des meurtriers du Christ<br />
Est-il ou non le plus grave des péchés ?<br />
Comme on peut s’y attendre, Saint Thomas va distinguer la gravité de la faute chez les « grands » et chez les « petits ». Il parlera ensuite de la faute des « romains », des païens.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà le principe de la réponse thomiste : La faute de tous est proportionnée à la connaissance que les uns et les autres ont du Christ.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour les Grands</strong> : « Nous l’avons dit à l’article précédent, les chefs des juifs ont connu le Christ, et s’il y a eu chez eux de l’ignorance, elle fut volontaire et ne peut les excuser. C’est pourquoi leur péché fut le plus grave, que l’on considère le genre de leur péché ou la malice de leur volonté ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quant aux « petits »,</strong> aux gens du peuple, ils ont péché très gravement, si l’on regarde le genre de leur péché, mais celui-ci est atténué quelque peu à cause de leur ignorance. Aussi sur la parole: « Ils ne savent pas ce qu’ils font », Bède nous dit: « Le Christ prie pour ceux qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient, ayant le zèle de Dieu, mais dépourvus de connaissance. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Beaucoup plus excusable fut le péché des païens</strong> qui l’ont crucifié de leurs mains, parce qu’ils n’avaient pas la science de la loi.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si on peut mettre une « hiérarchie » dans la faute de tous ces gens, il faut dire, avec Saint Thomas : « Judas a livré le Christ non à Pilate mais aux chefs des prêtres, qui le livrèrent à Pilate selon cette parole (Jn 18, 35): « Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi. » Cependant le péché de tous ces gens fut plus grave que celui de Pilate qui tua le Christ par peur de César; et il fut plus grand que celui des soldats qui crucifièrent le Christ sur l’ordre de leurs chefs, non par cupidité comme Judas, ni par envie et par haine comme les chefs des prêtres ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi si nous voulions résumer la pensée de saint Thomas dans cette difficile question de la cause efficiente de la Passion et de la mort du Christ, on pourrait dire : « Si la Passion du Christ a eu lieu, c’est, à n’en pas douter parce que Lui-même l’a voulu. Et il ne l’a voulu Lui-même qu’en union de volonté parfaite avec la volonté du Père dont l’infinie sagesse avait renfermée dans ce mystère ses plus riches trésors : la justice et la miséricorde. Mais les exécuteurs humains de ce plan divin qui furent les Juifs et les Gentils, ne sauraient bénéficier de la sagesse des conseils de Dieu. C’est par une volonté perverse de leur part qu’ils ont poursuivi le Christ et l’ont conduit à la mort. La perversité de cette volonté n’a pas été la même pour tous. Car tous n’étaient pas éclairés d’une égale lumière au sujet du Christ.<br />
Les premiers responsables, et, partant, les plus coupables, furent les principaux parmi les Juifs, les chefs du peuple, ceux qui avaient en leurs mains le dépôt des Ecritures. Ils auraient pu et ils devaient reconnaître le Christ dans la Personne de Jésus. Mais par jalousie et par haine, ils éteignirent sciemment la lumière qui leur était donnée avec surabondance. Leur crime est sans excuse. Il est le plus grand qui n’ait été jamais commis parmi les hommes.<br />
Le peuple juif, égaré et trompé par eux, a eu sa responsabilité diminuée en raison de la part d’involontaire qu’il a pu y avoir dans son ignorance.<br />
Il en fut de même et dans une mesure plus grande encore pour les païens, ignorants les choses de la Loi, qui coopérèrent au crime du déicide. Tous furent coupables ; mais bien moins que les Juifs ; et, à des degrés divers selon le degré de leur culture ou de leur indépendance. »</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà la doctrine de Saint Thomas sur le problème de la cause efficiente de la Passion et de la mort du Christ et donc sur les « intervenants » dans cette mort.<br />
Ce fut la doctrine de l’Eglise jusqu’à Pie XII.</p>
<p style="text-align: justify;">(NB : Sans épouser toutes les thèses de Jules Isaac sur ce sujet précis, « Nostra aetate » exprima la doctrine catholique d’une manière équivoque, avec « peur et tremblement », et tout particulièrement sur les responsables du peuple juif dans la Passion et de la mort de NSJC.<br />
Dire seulement que « les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Evangile, et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion », sans rien de plus, est très faible. Et frise l’erreur, la malhonnête intellectuelle. Pour saint Thomas, les « grands » du peuple ont une responsabilité totale en raison de leur volonté perverse refusant l’évidence des signes proposés par le Christ, confirmant les Ecritures. Il est, à mon avis, nécessaire de changer ce passage de Nostra Aetate en s’inspirant de la doctrine de saint Thomas. Il ne correspond pas à la vérité. Le Rabbin Di Segni demande au pape Benoît XVI de choisir : ou « les lefebvristes ou nous », « ou l’acceptation des ouvertures du Concile Vatican II sur le judaïsme ou les lefebvristes ». Il oublie le seul point, l’essentiel : la vérité. « Les grands des Juifs, les rabbins, ont ignoré les Christ. Mais leur ignorance n’excusait pas leur crime, puisque c’était en quelque manière une ignorance volontaire (affectata). Ils voyaient les signes évidents de sa divinité, de sa messianité; mais par haine et jalousie, ils les prenaient en mauvaise part, et ils refusèrent de croire aux paroles par lesquelles il se révélait comme le Fils de Dieu ».<br />
Telle est l’aveuglement des Juifs. Retenons que Saint Thomas parle d’ignorance « volontaire ( affectata)». Là est le grand mystère d’Israël. Voilà ce que la déclaration conciliaire devait préciser et n’a pas précisé.<br />
Le plus grand mystère d’Israël ! Comment un peuple qui avait été préparé par Dieu pendant plus de deux mille ans à accueillir le Messie, le Fils de Dieu, a-t-il pu ne pas le reconnaître ? Comment les grands prêtres et les Juifs de Jérusalem ont-il pu le faire mourir d’une mort infâme, en le crucifiant ?<br />
Nostra Aetate dit aussi « Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé (en latin : urserunt)à la mort du Christ ce qui a été commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. »<br />
Là aussi, après avoir lu l’enseignement de saint Thomas, on voit combien cet texte est vague, terne, et faible. Les pères conciliaires auraient du préciser le mot latin utilisé « urgere ». Il fallait préciser la raison de cette opposition du peuple juif et surtout des « Grands » contre Notre Seigneur, sa nature. Souvenez-vous. Les ennemis du Christ, &#8211; ceux qui, parmi les Juifs, ne cessèrent de le poursuivre de leur haine jusqu’au jour où ils l’eurent fait mourir sur la Croix et scellé dans son tombeau -, ils s’aveuglaient volontairement, niant ou dénaturant même l’évidence pour se donner le droit de le détester, de le poursuivre et de le perdre. C’est ce péché contre le Saint Esprit que le Christ leur reproche dans l’Evangile, et qui n’est pas autre, ici, que l’aveuglement volontaire, la perversité suprême consistant à nier l’évidence ou à dire et peut-être à finir par se persuader que cela même qu’on voit être n’est pas pour l’unique raison que la volonté perverse veut que cela ne soit pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais en disant cela, &#8211; et cela a été bien pris en compte par Nostra Aetate &#8211; il ne faut pas oublier la belle révélation de saint Paul de la conversion du peuple juif, à la fin des temps, de sa conversion à la messianité et à la divinité de NSJC. Il le dit aux Romains, au chapitre 11 : « « Je demande donc : ont-ils bronché afin de tomber pour toujours ? Loin de là ! Mais par leur chute, le salut est arrivé aux nations de manière à exciter la jalousie d’Israël. Or, si la chute a été la richesse du monde et leur amoindrissement la richesse des nations, que ne sera pas leur plénitude !…Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration sinon une résurrection d’entre les morts ! Si toi (habitants des nations) tu as été coupé sur un olivier de nature sauvage et enté, contrairement à ta nature, sur l’olivier franc, à plus forte raison les branches naturelles seront-elles entées sur leur propre olivier » (Rm X1)<br />
Telle sera la conversion d’Israël. Le mystère d’Israël est grand. Mais faut-il encore le leur prêcher, le leur annoncer et ne pas en rester au simple droit naturel, aux dix commandements. Il faut que leurs yeux s’ouvrent au Mystère du Christ. « Il y a ici plus que Moïse » disait Jésus aux Juifs…</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Septième conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 13:17:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Septième Conférence. Domus salutis (4) Le mystère de la Rédemption. Œuvre d’amour de Dieu. La Révélation nous dit, ce que nous n’aurions pu imaginer, ni même oser soupçonner, que pour nous sauver, Dieu s’est rendu notre égal, qu’il s’est fait homme. C’est, nous venons de le voir, ce que saint Paul appelle le « mystère [...]

<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/4035/le-sacerdoce-catholique-cinquieme-conference/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Cinquième conférence'>Le sacerdoce catholique. Cinquième conférence</a></li>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><strong>Septième Conférence.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Domus salutis (4)</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #cc0000;"><strong>Le mystère de la Rédemption. Œuvre d’amour de Dieu</strong></span>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale6.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4042" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale6.bmp" alt="" /></a>La Révélation nous dit, ce que nous n’aurions pu imaginer, ni même oser soupçonner, que pour nous sauver, Dieu s’est rendu notre égal, qu’il s’est fait homme. C’est, nous venons de le voir, ce que saint Paul appelle le « mystère de la piété ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le mystère de la Rédemption dit plus que cela encore. Comme nous avions offensé, par le péché originel, péché de nature qui se transmet à tous par génération, une majesté infinie, Dieu, et que nous n’aurions jamais pu égaler la réparation à l’outrage, Dieu s’est substitué à nous, en souffrant dans la nature humaine qu’il a prise, s’est constitué notre rançon, a satisfait pour nous et nous a rendu l’héritage perdu par notre faute. Voilà la volonté salvifique qui décrète qu’une personne divine prendra notre humanité afin de souffrir et d’expier pour nous : voilà l’incarnation rédemptrice. Un Homme-Dieu se fait victime pour racheter les hommes. Un Homme-Dieu souffre, satisfait, mérite pour ses créatures. Quel mystère ! Voilà ce qui émerveillait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus…Le Fils de Dieu consent à faire de son existence sur la terre un sacrifice continuel. Sa vie est fondée sur son sacrifice. Ainsi de son Eglise. Elle est basée sur le sacrifice. Elle s’origine en son sacrifice. Ainsi du sacerdoce. Il est fondé sur le sacrifice. Ainsi de toute sainteté sacerdotale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notre Evangile est cela, n’est que cela : un mystère d’amour, un mystère de mal, un mystère de triomphe. Un mystère du mal qui se dresse contre Dieu. Un mystère d’amour qui terrasse le mal et triomphe de lui par le sacrifice.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Notre Evangile est cela : il nous montre la malice du mal parce qu’il nous fait voir la justice divine demander au Christ innocent, l’effrayante rançon de la croix. Il se fait victime pour nous,</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notre Evangile est cela : l’annonce de la victoire du Christ sur le mal et donc la gloire possédée de nouveau par la Vie Eternelle gagnée par le sang de la Victime : Jésus.<br />
</strong>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>saint Grignon de Montfort</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut se souvenir des considérations enflammées de saint Grignon de Montfort dans son ouvrage : l’amour de la Sagesse éternelle, en son chapitre 6 : <strong>Les désirs empressés que la divine Sagesse a de se donner aux hommes.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« 64. Il y a une si grande liaison d&#8217;amitié entre la Sagesse éternelle et l&#8217;homme, qu&#8217;elle est incompréhensible. La Sagesse est pour l&#8217;homme, et l&#8217;homme pour la Sagesse. Thesaurus infinitus hominibus: c&#8217;est un trésor infini pour les hommes, et non pour les anges ou pour les autres créatures.<br />
Cette amitié de la Sagesse pour l&#8217;homme vient de ce qu&#8217;il est, dans sa création, l&#8217;abrégé de ses merveilles, son petit et son grand monde, son image vivante et son lieutenant sur la terre. Et, depuis que, par l&#8217;excès de l&#8217;amour qu&#8217;elle lui portait, elle s&#8217;est rendue semblable à lui en se faisant homme, et s&#8217;est livrée à la mort pour le sauver, elle l&#8217;aime comme son frère, son ami, son disciple, son élève, le prix de son sang et le cohéritier de son royaume, en sorte qu&#8217;on lui fait une violence infinie lorsqu&#8217;on lui refuse ou on lui arrache le coeur d&#8217;un homme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>………….<br />
[2. L'Incarnation, la mort et l'Eucharistie]<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">70. Enfin la Sagesse éternelle, pour s&#8217;approcher de plus près des hommes et leur témoigner plus sensiblement son amour, est allée jusqu&#8217;à se faire homme, jusqu&#8217;à devenir enfant, jusqu&#8217;à devenir pauvre et jusqu&#8217;à mourir pour eux sur la croix.<br />
Combien de fois s&#8217;est-elle écriée, lorsqu&#8217;elle vivait sur la terre: &laquo;&nbsp;Venez à moi, venez tous à moi; c&#8217;est moi, ne craignez rien; pourquoi craignez-vous? Je suis semblable à vous; je vous aime. Est-ce parce que vous êtes pécheurs? Eh! c&#8217;est eux que je cherche; je suis l&#8217;amie des pécheurs. Est-ce parce que vous vous êtes égarés du bercail par votre faute? Eh! je suis le Bon Pasteur. Est-ce parce que êtes chargés de péchés, couverts d&#8217;ordures, accablés de tristesse? Eh! c&#8217;est justement pourquoi vous devez venir à moi; car je vous déchargerai, je vous purifierai, je vous consolerai.&nbsp;&raquo;<br />
71. Voulant d&#8217;un côté montrer son amour pour l&#8217;homme jusqu&#8217;à mourir en sa place afin de le sauver, et ne pouvant de l&#8217;autre se résoudre à quitter l&#8217;homme, elle trouve un secret admirable pour mourir et pour vivre tout à la fois, et demeurer avec l&#8217;homme jusqu&#8217;à la fin des siècles: c&#8217;est l&#8217;invention amoureuse de l&#8217;Eucharistie; et pour venir à bout de contenter son amour en ce mystère, elle ne fait point de difficulté de changer et renverser toute la nature.<br />
Si elle ne se cache pas sous [l']éclat d&#8217;un diamant ou autre pierre précieuse, c&#8217;est qu&#8217;elle ne veut pas seulement demeurer extérieurement avec l&#8217;homme: mais elle se cache sous l&#8217;apparence d&#8217;un petit morceau de pain, qui est la nourriture propre de l&#8217;homme, afin que, étant mangée de l&#8217;homme, elle entrât jusqu&#8217;en son coeur pour y prendre ses délices: Ardenter amantium hoc est. &laquo;&nbsp;O Deum vere prodigum sui prae desiderio hominis! O Sagesse éternelle, dit un saint, ô Dieu vraiment prodigue de lui-même par le désir qu&#8217;il a de l&#8217;homme.&nbsp;&raquo;<br />
[3. Ingratitude de ceux qui refusent]<br />
72. Si nous ne sommes pas touchés des désirs empressés, des recherches amoureuses et des témoignages d&#8217;amitié de cette aimable Sagesse, quelle est notre dureté et notre ingratitude?<br />
Mais si, au lieu de l&#8217;écouter, nous lui fermons l&#8217;oreille; si, au lieu de la chercher, nous la fuyons; si, au lieu de l&#8217;honorer, de l&#8217;aimer, nous la méprisons et l&#8217;offensons, quelle est notre cruauté, et quel sera notre châtiment, même dès ce monde! &laquo;&nbsp;Ceux, dit le Saint-Esprit, qui ne se sont pas mis en peine d&#8217;acquérir la Sagesse non seulement sont tombés dans l&#8217;ignorance du bien mais ils ont encore laissé aux hommes des marques de leur folie, sans que leurs fautes aient pu demeurer cachées: Sapientiam enim praetereuntes, non tantum in hoc lapsi sunt ut ignorarent bona, sed et insipientiae suae reliquierunt hominibus memoriam, ut in his quae peccaverunt, nec latere potuissent.&nbsp;&raquo; Sap 10. [Sg 10,8]<br />
Fin de cette longue citation.<br />
.<br />
<strong>La rédemption comme satisfaction. Mystère de Charité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Pour réparer le péché mortel, d’une manière condigne, il faut une personne d’une dignité infinie ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voici l’argument de saint Thomas :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est bien certain que le péché par de nombreux côtés reste toujours fini. Ne serait-ce parce qu’il procède de facultés finies et limités, celles de l’homme.<br />
Mais pour apprécier le dommage, l’offense, il faut considérer, non pas précisément l’acte et le sujet, mais la dignité de la personne qu’on offense. L’offense est proportionnée à la valeur de la personne offensée, à sa dignité. Si la dignité est infinie, l’offense est infinie.<br />
C’est ici que vaut l’adage : « honor est in honorante, injuria in injuriato », l’honneur se mesure à la personne qui honore et l’offense à la personne offensée.<br />
L’honneur se tire de la personne qui honore. L’offense se tire de la dignité de la personne offensée.<br />
Or quelle est la dignité lésée par le péché originel ? C’est Dieu d’une dignité, d’une majesté infinie. Le péché, dit saint Thomas, parce qu’il est commis contre Dieu, a une certaine infinité, à cause de l’infinité de la majesté divine ; l’offense est d’autant plus grave que l’offensé est plus digne (III 1 2 ad 2)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cette vérité établie, il devient manifeste qu’une créature ne sera jamais capable d’égaler la réparation à l’outrage. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons dit tout de suite que l’honneur est proportionné à celui qui honore. Dès lors, l’honneur d’un homme, quelle que soit sa sainteté, ne sera jamais de taille d’une offense infinie. Toutes les saintetés accumulées, tous les martyrs sont radicalement et à jamais incapables d’expier un seul péché mortel. N’oublions pas que l’offense contre Dieu est absolument d’un ordre transcendant parce qu’elle se mesure à la personne offensée et participe de son infinité. Et Dieu est toujours dans un ordre supérieur à l’ordre créé parce qu’il est infini. L’offense reste dans un ordre transcendant parce qu’elle est infinie tandis que les satisfactions des créatures, même les plus parfaites, restent limitées.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il reste donc désormais acquis qu’il faut pour réparer l’offense infinie une personne d’une dignité infinie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais cela ne suffit pas.</strong> Car Dieu, restant en lui-même, peut bien pardonner et remettre l’injure infinie &#8211; Il est libre et ne relève de personne, que de lui-même – Mais il ne saurait satisfaire. Pourquoi ? Parce que les satisfactions, les réparations, les excuses, les honneurs, s’adressent à un supérieur et Dieu ne relève que de lui-même. <strong>Il faut donc qu’une personne d’une dignité infinie prenne une nature créée, dépendante, soumise à un maître.</strong> Dès lors parce qu’il y aura nature inférieure, les actes pourront aller à un supérieur. Parce qu’il y aura personne infinie et que toutes les actions appartiennent à la personne, les satisfactions et les mérites auront une infinie valeur. (Il ne faut pas oublier que les droits, les devoirs, les actes et les actions sont attribuées à la personne mais seulement en raison, au titre de sa nature considérée en elle-même. Les droits et les devoirs se diversifient donc selon la diversité des natures. Ainsi dans la Trinité où Trois personnes divines subsistent consubstantiellement dans une seule et même nature, il n’y a qu’un droit indivisible.)<br />
Dans le Verbe incarné où la même personne subsiste en deux natures, il y a diversité de droits et de devoirs. En tant que nature divine, la personne du Verbe ne peut rendre aucun devoir religieux à la sainte Trinité ; <strong>mais en tant que subsistant dans la nature humaine, la personne du Verbe endosse ses devoirs, et, comme inférieure, peut et doit adorer. Elle put au même titre, offrir à Dieu des réparations. Celles-ci maintenant seront égales à l’offense. Mesurée à la dignité infinie de la personne outragée, l’offense est infinie, mesurée à la dignité infinie de la personne divine qui répare, la satisfaction est infinie. Il y a donc payement rigoureux et total : la réparation, enfin, est de condigno.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi il fallait un Dieu-Homme pour réparer le péché des hommes. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dès lors NSJC a offert à Dieu, à notre place, une véritable satisfaction pour tous nos péchés. Restant innocent, toujours agréable à son Père, Jésus-Christ a soldé pour nous et gratuitement la rançon due à la justice divine à cause de nos péchés, semblable à un bienfaiteur libéral payant pour ses sujets la dette qu’il n’a jamais contractée lui-même. Le Rédempteur a pris sur lui la peine de nos fautes, sans en avoir jamais encouru ni accepté la souillure, et il a offert une réparation égale, supérieure même, à l’offense faite à Dieu pour tous les crimes du genre humain.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S’il n’y a pas à ce sujet de définition explicite et formelle, le dogme est équivalemment affirmé dans les symboles de foi et les allusions des conciles.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est pour nous, hommes et pour notre salut, dit le <strong>symbole de Nicée,</strong> que Jésus Christ est descendu des cieux, s’est incarné, s’est fait homme et a souffert.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise nous fait chanter cette profession de foi dans la formule définitive après <strong>les conciles de Constantinople, d’Ephèse et de Chalcédoine</strong> : Pour nous hommes et pour notre salut, Jésus-Christ est descendu des cieux, s’est incarné par la vertu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie et s’est fait homme. C’est pour nous aussi qu’il a été crucifié, sous Ponce Pilate (Session 6 c. 7 concile de Trente) Les pères d’Ephèse déclarent que Jésus-Christ est le pontife de notre religion et qu’il s’est offert pour nous à Dieu le Père comme une victime de suave odeur. <strong>Le Concile de Trente ajoute</strong> : « Lorsque nous étions ennemis, le Christ, à cause de l’immense charité dont il nous a aimés, nous a mérité la justification par sa très sainte Passion sur l’arbre de la Croix et a offert une satisfaction pour nous à Dieu le Père : Pro nobis Deo Patri satisfecit » Denzinger 86.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le serviteur souffrant d’Isaïe</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est là qu’il faut citer ce très beau et émouvant passage de l’Ecriture Sainte, le Serviteur souffrant d’Isaïe. C’est le chapitre 53 :</p>
<p style="text-align: justify;">1 <em>Qui a cru ce que nous avons entendu, et à qui le bras de Dieu a-t-il été révélé?<br />
2 Il s&#8217;est élevé devant lui comme un frêle arbrisseau ; comme un rejeton gui sort d&#8217;une terre desséchée; il n&#8217;avait ni forme ni beauté pour attirer nos regards, ni apparence pour exciter notre amour.<br />
3 Il était méprise et abandonné des hommes, homme de douleurs et familier de la souffrance, comme un objet devant lequel on se voile la face; en butte au mépris, nous n&#8217;en faisions aucun cas.<br />
4 Vraiment c&#8217;était nos maladies qu&#8217;il portait, et nos douleurs dont il s&#8217;était chargé; et nous, nous le regardions comme un puni, frappé de Dieu et humilié.<br />
5 Mais lui, il a été transpercé à cause de nos péchés, broyé à cause de nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix a été sur lui, et c&#8217;est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.<br />
6 Nous étions tous errants comme des brebis, chacun de nous suivait sa propre voie ; et Dieu a fait retomber sur lui l&#8217;iniquité de nous tous.<br />
7 On le maltraite, et lui se soumet et n&#8217;ouvre pas la bouche, semblable à l&#8217;agneau qu&#8217;on mène à la tuerie, et à la brebis muette devant ceux qui la tondent; il n&#8217;ouvre point la bouche.<br />
8 Il a été enlevé par l&#8217;oppression et le jugement, et, parmi ses contemporains, qui a pensé qu&#8217;il était retranché de la terre des vivants, que la plaie le frappait à cause des péchés de mon peuple?<br />
9 On lui a donné son sépulcre avec les méchants, et dans sa mort il est avec le riche, alors qu&#8217;il n&#8217;a pas commis d&#8217;injustice, et qu&#8217;il n&#8217;y a pas de fraude dans sa bouche.<br />
10 Il a plu à Dieu de le briser par la souffrance; mais quand son âme aura offert le sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et le dessein de Dieu prospérera dans ses mains ». </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Dans cette belle description, nous trouvons toute la satisfaction que le Christ a offerte pour le rachat de nos péchés. On peut mesurer également la charité qui animait le coeur douloureux de Jésus, lui l’innocence même, s’offre à l’expiation et s’offre en rançon pour notre salut.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le mystère de la rédemption. La surabondance des satisfactions. Une surabondance d’amour.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les témoignages de l’Ecriture sainte sont catégoriques. Saint Jean a posé le principe : Jésus est une victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier : 1 Jn 2 2. Saint Paul s’est plu à faire ressortir les supériorités de la Rédemption sur la faute : il y avait abondance du côté du péché, il y a surabondance du côté de la grâce. Pour que ces paroles soient vraies dans toute leur plénitude, et par rapport à Dieu et par rapport à l’homme, il faut que la Rédemption apporte aux hommes plus de bien que la chute ne leur a fait de mal et rende à Dieu plus d’honneur que le péché ne lui a fait d’injure.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Voici la pensée de saint Thomas ! III 48 2</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Satisfaire, c’est offrir à l’offensé quelques chose de tellement parfait que celui-ci l’estime et l’aime autant et même plus qu’il ne déteste l’offense. Eh bien Jésus en s’immolant par obéissance et par amour, a offert à Dieu cette compensation excellente : il a donné plus que n’exigeait la réparation pour les crimes du genre humain tout entier. D’abord à cause de sa charité : elle était portée au degré suprême et tellement héroïque qu’à elle seule déjà et sans la passion, elle honorait Dieu bien plus que le péché ne peut l’injurier. Ensuite à cause de la dignité de la valeur que possède la vie du Christ, offerte comme satisfaction pour nous : c’est la vie d’un Dieu-Homme, de quelqu’un qui, à raison de sa nature humaine, peut offrir à la Trinité comme à un supérieur des réparations et des hommages et dans lequel la personne divine confère à tous les actes une infinie valeur. En troisième lieu, à cause de l’universalité de sa passion et de la grandeur de ses souffrances, car Jésus a souffert de toutes les manières et sa douleur surpasse toutes les autres douleurs ».</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Donc la raison fondamentale est celle tirée de l’union hypostatique : c’est la satisfaction d’un Dieu-Homme ; donc elle est infinie ; donc elle est surabondance.<br />
Telle est la vérité catholique : Le catéchisme du Concile de Trente l’a condensée en quelques mots, pleins et concis cette doctrine: « La satisfaction payée à Dieu par Jésus-Christ, pour nos péchés, est complète, entière, parfaite de tous points, non moins qu’admirable ». </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Donc le Rédempteur a, par ses satisfactions, payé à Dieu toutes nos dettes, et plus encore, il est manifeste que nous lui appartenons comme son vrai bien, que nous sommes véritablement sa conquête. Il a un droit réel à ce que le juge nous pardonne, quoique nous ne puissions invoquer nous-mêmes aucun titre personnel pour que le bienfait nous soit appliqué. Voilà comment se rencontre la justice et la miséricorde : c’est justice que le Christ soit écouté et ses satisfaction agréées ; c’est miséricorde qu’il nous communique ses trésors satisfactoires.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>La liturgie céleste : le sacrifice de la cour céleste</em></p>
<p style="text-align: justify;">Je peux maintenant comprendre beaucoup mieux cette liturgie céleste qui s’exerce toute à l’honneur de celui qui est sur le trône et à l’Agneau :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chapitre 4<br />
</strong><em>1 Après cela, je vis, et voici qu&#8217;une porte était ouverte dans le ciel, et la première voix que j&#8217;avais entendue, comme le son d&#8217;une trompette qui me parlait, dit &laquo;&nbsp;Monte ici, et je te montrerai ce qui doit arriver dans la suite. &nbsp;&raquo;<br />
2 Aussitôt je fus ravi en esprit; et voici qu&#8217;un trône était dressé dans le ciel, et sur ce trône quelqu&#8217;un était assis.<br />
3 Celui qui était assis avait un aspect semblable à la pierre de jaspe et de sardoine ; et ce trône était entouré d&#8217;un arc-en-ciel, d&#8217;une apparence semblable à l&#8217;émeraude.<br />
4 Autour du trône étaient vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, avec des couronnes d&#8217;or sur leurs têtes.<br />
5 Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres; et sept lampes ardentes brûlent devant le trône : ce sont les sept Esprits de Dieu.<br />
6 En face du trône, il y a comme une mer de verre semblable à du cristal ; et devant le trône et autour du trône, quatre animaux remplis d&#8217;yeux devant et derrière.<br />
7 Le premier animal ressemble à un lion, le second à un jeune taureau, le troisième a comme la face d&#8217;un homme, et le quatrième ressemble à un aigle qui vole.<br />
8 Ces quatre animaux ont chacun six ailes ; ils sont couverts d&#8217;yeux tout à l&#8217;entour et au dedans, et ils ne cessent jour et nuit de dire : &nbsp;&raquo; Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant, qui était, qui est et qui vient ! &nbsp;&raquo;<br />
9 Quand les animaux rendent gloire, honneur et actions de grâces à Celui qui est assis sur le trône, à Celui qui vit aux siècles des siècles,<br />
10 les vingt-quatre vieillards se prosternent devant Celui qui est assis sur le trône, et adorent Celui qui vit aux siècles des siècles, et ils jettent leurs couronnes devant le trône, en disant<br />
11 &nbsp;&raquo; Vous êtes digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l&#8217;honneur, et la puissance, car c&#8217;est vous qui avez créé toutes choses, et c&#8217;est à cause de votre volonté qu&#8217;elles ont eu l&#8217;existence et qu&#8217;elles ont été créées.<br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Chapitre 5<br />
</strong>1 Puis je vis dans la main droite de Celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, et scellé de sept sceaux.<br />
2 Et je vis un ange puissant qui criait d&#8217;une voix forte &nbsp;&raquo; Qui est digne d&#8217;ouvrir le livre et de rompre les sceaux? &nbsp;&raquo;<br />
3 Et personne ni dans le ciel, ni sur la terre, ne pouvait ouvrir le livre ni le regarder.<br />
4 Et moi je pleurais beaucoup de ce qu&#8217;il ne se trouvait personne qui fût digne d&#8217;ouvrir le livre, ni de le regarder.<br />
5 Alors un des vieillards me dit : &nbsp;&raquo; Ne pleure point; voici que le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu, de manière à pouvoir ouvrir le livre et ses sept sceaux. &nbsp;&raquo;<br />
6 Et je vis, et voici qu&#8217;au milieu du trône et des quatre animaux, et au milieu des vieillards,<br />
7 un Agneau était debout: il semblait avoir été immolé; il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés par toute la terre. Il vint, et reçut le livre de la main droite de Celui qui était assis sur le trône.<br />
8 Quand il eut reçu le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l&#8217;Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d&#8217;or pleines de parfums, qui sont les prières des saints.<br />
9 Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant : &nbsp;&raquo; Vous êtes digne de recevoir le livre et d&#8217;en ouvrir les sceaux; car vous avez été immolé et vous avez racheté pour Dieu, par votre sang, des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation ;<br />
10 et vous les avez faits rois et prêtres, et ils régneront sur la terre. &nbsp;&raquo;<br />
11 Puis je vis, et j&#8217;entendis autour du trône, autour des animaux et des vieillards, la voix d&#8217;une multitude d&#8217;anges, et leur nombre était des myriades et des milliers de milliers.<br />
12 Ils disaient d&#8217;une voix forte : &nbsp;&raquo; L&#8217;Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l&#8217;honneur, la gloire et la bénédiction. &nbsp;&raquo;<br />
13 Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer, et toutes les choses qui s&#8217;y trouvent, je les entendis qui disaient : &nbsp;&raquo; A Celui qui est assis sur le trône et à l&#8217;Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles! &nbsp;&raquo;<br />
14 Et les quatre animaux disaient : &nbsp;&raquo; Amen ! &nbsp;&raquo; Et les vieillards se prosternèrent et adorèrent [Celui qui vit aux siècles des siècles]. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je peux aussi mieux comprendre et chanter ici le « Benedictus » de Zacharie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’apprécierai d’autant mieux cette satisfaction du Christ que je comprendrai le zèle qu’il mit à l’accomplir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voici comment Dom Marmion explique ce mystère de la Passion et entre en ce mystère :<br />
</strong>« La Passion marque le point culminant de l’œuvre qu’il vient réaliser ici-bas ; pour Jésus, c’est l’œuvre où il consomme le sacrifice qui doit donner une gloire infinie à son Père, racheter l’humanité, et rouvrir aux hommes les sources de la vie éternelle. Aussi NSJC qui s’est livré tout entier au bon plaisir de son Père, depuis le premier moment de son Incarnation, désire-t-il ardemment voir arriver ce qu’il appelle son heure (Jn 13 1), l’heure par excellence. « Je dois être baptisé d’un baptême, le baptême de sang – et quelle angoisse me presse jusqu’à ce qu’il soit accompli ». Il tarde à Jésus de voir sonner l’heure où il pourra se plonger dans la souffrance et subir la mort pour nous donner la vie.<br />
Certes, il ne veut pas la devancer cette heure ; Jésus est pleinement soumis à la volonté de son Père. Saint Jean note plus d’une fois que les Juifs ont taché de surprendre le Christ et de faire mourir ; toujours NSJC s’est échappé, même par miracle, « parce que son heure n’était pas venue. (Jn 7 30)<br />
Mais quand elle sonne, le Christ se livre avec la plus grande ardeur, bien qu’il connaisse d’avance toutes les souffrances qui doivent atteindre son corps et son âme : »J’ai désiré d’un vif désir de manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir ma Passion » (Jn 8 20).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’épître de saint Paul aux Ephésiens.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un texte de la lettre de saint Paul aux Ephésiens résume les points essentiels que nous devons considérer dans ce mystère : « le Christ, dit-il, a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle, afin de faire apparaître devant lui, une société glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais qui soit sainte et immaculée » (Eph 5 25-27)<br />
Dans ces paroles est indiqué le mystère même de la Passion : -Jésus s’est livré en personne, semetipsum tradidit. Et qu’est-ce qui l’a poussé à se livrer? L’amour est la raison profonde du mystère : Dilexit ecclesiam. Et le fruit de cette oblation de tout lui-même par amour, c’est la sanctification de l’Eglise.<br />
Saint Paul nous dit que le Christ a aimé l’Eglise…Le Christ a aimé cette Eglise qu’il s’est livré pour elle. C’est l’amour qui a commandé la Passion.</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Sixième conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 13:06:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Sixième Conférence « Domus salutis » (3) A- Jn 3 16 : Saint Jean exprime la même pensée que saint Paul dans son Evangile et son fameux chapitre 3 verset 16. Il faut sans cesse vous rappeler cette doctrine johannique : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il donna son Fils unique afin que [...]

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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="color: #000000;">Sixième Conférence</span></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">« Domus salutis » (3)</span></strong></p>
<p><strong>A- Jn 3 16 :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale5.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4039" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale5.bmp" alt="" /></a>Saint Jean exprime la même pensée que saint Paul dans son Evangile et son fameux chapitre 3 verset 16. Il faut sans cesse vous rappeler cette doctrine johannique : <strong>« Dieu a tellement aimé le monde qu’il donna son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est admis quasi unanimement que cette phrase n’est pas de Jésus mais de l’Evangéliste qui commente le discours de Jésus à Nicodème et veut préciser la nature de la mission du Fils ; plus précisément Jean fait œuvre de théologien et rend compte de la mystérieuse affirmation : « il faut que le Fils de l’homme soit élevé » (v 15) Quel en est le sens ? S’agit-il d’une tragique nécessité ? Est-ce une contrainte imposée à Jésus, et par qui ? Pourquoi et dans quel but ?</p>
<p style="text-align: justify;">A l’origine de la mission du Christ et de son œuvre rédemptrice il y a l’amour de Dieu pour les hommes, plus exactement son agapé, i.e. l’amour le plus généreux, le plus constant et le plus universel. Tout l’accent de cette phrase repose sur cette charité, sur sa nature, l’extension et les réalisations d’un amour aussi exceptionnel. Il s’agit, en effet, de l’amour propre à Dieu. Saint Jean vise ici la charité éternelle de Dieu qui a le privilège de toutes les initiatives et se manifeste dans une double intervention historique : l’Incarnation et le calvaire doivent considérés comme l’épiphanie de l’agapé divine (I Jn 4 9). On pourrait légitimement traduire : « C’est de cette façon que la charité divine s’est prouvé, à savoir… ».</p>
<p style="text-align: justify;">(Le plan de salut est ainsi manifestement une œuvre de charité.)</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est révélé en premier lieu, c’est l’objet de cet amour et d’abord son extension : le monde entier. Le choix du terme « cosmos » interdit toute limitation. Il ne s’agit plus de la prédilection de Dieu pour Israël ni même du Père céleste pour ses enfants, mais de l’humanité : tous et chacun de ses membres.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut relever le paradoxe d’un tel attachement. Concrètement ce monde est celui de pécheurs, d’ennemis de Dieu, et lorsque celui-ci décide de manifester sa charité, c’est en faveur de coupables. Et l’on sait que l’Agneau de Dieu viendra précisément enlever les péchés du monde (Jn 1 29)</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’objet de cet amour est surprenant, c’est de la stupeur que l’on éprouve en apprenant que Dieu livre aux pécheurs son propre Fils.</p>
<p style="text-align: justify;">La pointe de l’affirmation est dans la correspondance entre ce don insigne et la charité du Père. Il y a un rapport de cause à effet entre celle-ci et celui-là. Elle traduit l’émotion de l’écrivain : Dieu a aimé les hommes de cette façon et à ce point, i.e. sous cette forme stupéfiante, que, de fait, il a donné son Fils ! Jamais aucun esprit humain n’aurait pu concevoir chose pareille !</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu donne aux hommes ce qui lui est le plus cher ! C’est une libre décision Il n’y a aucune contrainte dans cette initiative du Tout Puissant : Il aime les hommes, mais il offre son Fils unique aux croyants. Or cet amour divin qui se manifeste à un moment précis c’est le Fils fait chair, au milieu de nous, descendu du ciel et envoyé. De sorte que ce verset vise d’abord l’Incarnation, épiphanie de la charité (Tit 3 4) Toutefois le don est si complet, si total, qu’il englobe et la naissance de Jésus et sa mort et c’est même sur cet abandon que saint Jean met l’accent principal. N’oublions pas que saint Jean veut expliquer la typologie du serpent d’airain (Jn 3 14). Si l’amour se mesure au don, l’immensité de la charité du Père s’apprécie en fonction de cet envoi qui « est celui d’une victime » (Lc 20 13)</p>
<p style="text-align: justify;">La désignation de Jésus comme le Monogène relève non seulement sa dignité, sa divinité, mais sa proximité avec le Père et à quel point il en est aimé. Le Monogène, c’est le Fils chéri entre tous. Ainsi Dieu aime les hommes à ce point qu’il leur livre son Unique, l’Aimé par excellence. Le Père sacrifie son propre Fils.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’intention du Père et le but de l’envoi du Fils sont précisés dans la deuxième partie du verset :</strong> que nul ne se perde, que chacun vive. La double forme positive et négative de l’énoncé a valeur superlative : un salut universel, immédiat et définitif.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>On ne peut signaler plus clairement que l’agapé divine est une volonté de bien des autres.</strong> Vouloir si sincère et fort qu’il consent au sacrifice le plus absolu pour obtenir ce bien, en l’espèce la vie éternelle, i.e. la participation à la vie même de Dieu, en définitive une réciprocité d’amour Ainsi l’amour du Père, le don du Fils –incarnation et mort – vie éternelle s’enchaînent rigoureusement dans le plan divin et l’économie du salut.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il reste toutefois à l’homme de s’approprier le salut offert</strong>. La seule réponse qui lui est demandée à l’initiative divine est la foi en la personne du Christ incarné. D’après le contexte, le croyant confesse que Jésus est le Monogène, mais d’abord il le reçoit et même il le voit comme une épiphanie de la charité du Père : Dieu étant dans le Christ se réconciliant le monde (2 Cor 5 19). Selon saint Jean le salut d’un chacun se décide en fonction de l’acceptation ou du refus de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ révélateur et victime.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet de la foi vivante est cet agapé comme il sera dit clairement en I Jn 4 16<strong>)</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est à juste titre que l’on considère ce verset comme le résumé de l’Evangile de saint Jean et le verbe agapan comme la clef de toute la Révélation i.e. du mystère de Dieu, de la christologie et de la sotériologie , en un mot du plan divin du salut. C’est l’amour, en effet qui fait le lien entre Dieu et les hommes, l’éternité et l’histoire et c’est dans le Christ que le croyant accède à la connaissance et à la vie de Dieu.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Aucun texte de l’Ecriture ne donne davantage de lumière sur la « charité ». Il révèle que cet amour est un attribut du Père ; qu’il est éternel, puisqu’il est antérieur à l’envoi du Fils et inspire le plan de salut ; universel, car il s’étend au monde entier ; parfaitement gratuit, sans autre motif que lui-même ; non seulement il est toute bienveillance et miséricorde, mais actif, dynamique, il prend l’initiative et veut se prouver. Ce qui est révélé surtout c’est son immensité.<br />
Et cependant, malgré cet amour immense et insigne et si généreux de Dieu, les hommes se perdent…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B &#8211; La parabole des vignerons homicides.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette parabole allégorisante, prélude à la Passion est la seule, avec celles du Semeur et du grain de sénevé qui soit rapportée par les trois synoptiques.<br />
Dieu est assimilé au propriétaire d’une vigne, laquelle symbolise le peuple élu qu’il a comblé de biens par des interventions succesives et gratuit au cours de l’histoire. Il en exige des revenus, i.e. la reconnaissance de ses droits souverains, par la docilité aux messages de ses prophètes et l’observation de ses commandements.</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu est en relation avec ses vignerons par l’entremise de ses envoyés. Il envoie un, puis deux, puis trois, puis beaucoup d’autres serviteurs (litt. Des esclaves) Ce sont tous les prophètes et saints hommes de Dieu de l’A T. A ce titre, et comme représentants de Dieu, ces serviteurs de Dieu sont des personnages hautement honorables et revêtus d’un caractère sacré. Cependant depuis Elie jusqu’à Jean Baptiste, ils ont rarement reçu bon accueil ; bien plus, ils ont été méprisés, rejetés, frappés, insultés et même assassinés et suppliciés. Jésus évoque l’ignominie et la constance de ces mauvais traitements qui se renouvellent et s’aggravent à chaque nouvelle ambassade A tout envoi de Dieu correspond la férocité croissante des vignerons, sans que le propriétaire du clos semble songer à sévir ni à demander réparations des outrages ; à telle enseigne que les vignerons semblent prendre cette mansuétude pour de la faiblesse et abusent de l’impunité.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette patience, en réalité, est tellement invraisemblable qu’elle ne correspond à aucun cas humain, et qu’elle ne peut relever que de la longanimité divine. Dans sa conduite envers les hommes, Dieu ne tient pas compte de l’injure à son égard que constitue leur désobéissance ou leur révolte ; il n’impose pas le respect de ses droits souverains ; au lieu de châtier sur le champ les coupables, il leur laisse le temps de se convertir.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi que le propriétaire semble faire confiance aux vignerons. Sans tenir compte de l’expérience passée, malgré leur méchanceté persévérante, il envoie serviteurs sur serviteurs, escomptant un sursaut de bonne volonté toujours possible. Aucun homme n’agirait de la sorte, mais les décisions de l’amour divin déroutent la sagesse humaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Or le premier enseignement de la parabole est de révéler dans cette patience et cette magnanimité l’extraordinaire bonté de Dieu. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Jésus fait connaître la charité divine en manifestant la longanimité et les prévenances inlassables de sa Providence à l’égard du peuple élu. En face de l’incroyable méchanceté des hommes et, il faut bien le dire, de leur stupidité, l’amour généreux de Dieu apparaît dans la lumière la plus crue et sous une forme tragique. C’est la leçon même des faits au cours d’un millénaire d’histoire ; et cependant la patience divine, loin d’être lassée et épuisée, tente la démarche la plus osée.</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes les missions de serviteurs ayant échoué, Dieu se décide à faire choix de son Fils ; résolution dont saint Marc a saisi le pathétique. C’est toujours le maître de la vigne qui garde l’initiative ; il se décide à l’envoi d’une nouvelle députation, mais en changeant la qualité de l’ambassadeur ; celui-ci sera tel que les vignerons n’oseront mettre la main sur lui, ni même ne pourront le renvoyer les mains vides ; s’il en avait été ainsi, il semble que les crimes précédents auraient été oubliés ou tacitement pardonnés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les mots avec lesquels est désigné l’ultime envoyé montrent le respect et l’amour que Dieu lui porte</strong>. « Il n’y avait plus d’autre qu’un seul, un Fils bien aimé ; c’est lui qu’en dernier il leur envoya ». Au lieu d’un esclave, c’est le fils ; au lieu des serviteurs nombreux, c’est l’unique Fils ; au lieu de domestiques anonymes et sans personnalité, c’est le Fils bien aimé. L’expression est matériellement identique à celle du Baptême et de la Transfiguration, mais dans ce contexte, elle revêt une force particulière. Saint Marc précis que c’est le seul que le Père ait engendré. Si Dieu l’envoi en mission, en dernier, il n’y aura plus la possibilité d’envoyer personne d’autre, car c’est le seul messager qui lui reste « encore ». Le Fils unique et bien aimé, qui est l’héritier ne peut avoir de successeur ni de remplaçant. Ici l’accent est mis sur l’exceptionnelle dilection dont celui-ci est l’objet. Le Maître de la vigne qui ne craint pas d’exposer de nouveaux serviteurs à des sévices, sacrifie maintenant l’être qui lui est le plus cher, son aimé. Sans doute il escompte dans la Parabole que les réfractaires respecteront son Unique, et se laisseront « attendrir par ses bons procédés » mais Lui, le maître de l’histoire, il sait bien à quel sort il voue son Fils et que sa décision équivaut à une condamnation à mort…Sic Deus dilexit mundum ut Filium suum unigenitum daret !Au Maître, il reste encore quelqu’un, un fils bien-aimé ! Et ce fils bien aimé, il l’enverra seul après tous et le fils ira courageusement à ce sort qu’il connaît ; telle en deux mots l’histoire poignante de notre rédemption, la preuve éclatante de l’amour divin pour le peuple juif et pour l’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En d’autres termes, agapetos est un des mots clef du récit.</strong> Celui-ci n’est pas simplement un rappel de l’histoire des relations de Dieu avec Israël, ni une prophétie de la passion imminente, il est l’explication théologique de cette histoire et de cette passion dont il révèle le secret : Dieu a agi et agira encore par amour envers sa vigne. Il lui est tellement attaché qu’il manifeste à son égard d’une patience inlassable et d’une générosité sans limite ; il lui veut tellement de bien qu’il est décidé à lui sacrifier ce qu’i a de plus cher, son Bien-aimé. Même le Fils unique est livré aux vignerons.<br />
Mais ce dernier venant cher les siens ne l’ont pas reçu. Les vignerons incapables de saisir l’infini de l’amour de Dieu, ne pensent qu’à eux-mêmes et à s’approprier l’héritage. Ils tuent le Fils ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà le plan divin du salut merveilleusement raconté dans cette parabole.<br />
Les Vignerons, i. e. le monde, tuèrent Jésus.<br />
Le monde cherche à « détruire » l’Eglise, le sacerdoce, l’œuvre de salut. Lucifer inspire tout ce monde. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">On pourrait commenter aussi la parabole du bon samaritain qui montre la charité de Dieu pour sauver le genre humain laissé comme mort sur le bord de la route.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C-Révélation du mystère.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Jusqu’à l’apparition du Christ sur terre, le mystère divin fut caché ; ce temps de silence fut toutefois interrompu, encore que faiblement et plus ou moins indistinctement, par des révélations prophétiques ; si bien que les apôtres de la loi nouvelle pourront se servir de ces écrits inspirés dans leur prédication relative au Christ ( Rom 1 2 ; 16 17).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais maintenant la plénitude des temps étant accomplie, Dieu par bienveillance (Eph 1 10) a voulu révéler son secret par son Esprit (1 Cor 2 10), lequel est un principe de connaissance et qui communique la sagesse divine concernant le Christ (Jn 14 26).</strong> Il a donné à cette divulgation la plus grande publicité possible ; il met en lumière (Eph 3 9), annonce, manifeste (Col 1 26) ; Et voici que ce mystère divin qui, de sa nature est essentiellement un secret, est mis constamment en relation avec les termes de «révélation (Rm 16 25), révéler (1 Cor 2 10), manifester (Rm 16 26), faire connaître, illuminer (Eph 3 9). Le secret divin est manifesté dans le monde, vu par les anges, attesté aux païens, cru dans l’univers entier (1 Tim 3 16).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et pour ce faire, Dieu a choisi des hommes privilégiés et les a désignés officiellement pour communiquer au monde le mystère du salut. Voilà les Apôtres, les prêtres…Ils sont eux-mêmes les premiers dépositaires du secret révélé en vue de le divulguer : Tit 1 1-3 ; Rm 3 21 ; 1 Cor 1 23. A ce titre les apôtres sont les ministres des mystères de Dieu</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et donc on peut dire que cette révélation est comme le couronnement du mystère de la piété.</strong> A tel point que le Christ et sa rédemption ne nous sauveraient pas s’ils n’étaient pas annoncés (Rm 10 14. C’est par les apôtres que les hommes reçoivent la communication du secret. Ils sont instruits de sa nature et de son objet ; ils savent que c’est un mystère à la fois sotériologique comportant le plan divin de salut, et eschatologique, en tant qu’il comprend tous les biens futurs. C’est ainsi que l’on parle sans cesse de la gloire.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce mystère divin qui n’était à l’origine qu’un propos divin, a été mis à exécution, il acquiert une existence objective. Il est devenu dans le Christ, un événement historique ; les apôtres en proclament la réalisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est ainsi que s’accomplit le plan de salut. Il a besoin de ministres. Vous serez ces ministres.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dès lors on peut dire que le mystère de la piété, c’est le dessein de Dieu parvenu au stade de l’histoire actuelle, c’est la vie, la crucifixion et la résurrection du Christ, en tant que ces réalités ont été conçues et voulues par Dieu pour sauver les hommes. Les hommes sont invités à donner leur adhésion. Et c’est par cette croyance qu’ils se sauvent : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2 4) Le parallélisme des deux propositions atteste que c’est l’acceptation des dispositions providentielles qui permet de bénéficier des richesse du salut acquises par le Christ.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous voyez qu’il ne s’agit pas d’une vérité abstraite, encore moins d’une philosophie ou d’une doctrine sociale quelconque. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Non !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le mystère de la piété c’est le Christ Jésus en personne, vérité vivante, unissant en lui toute l’humanité pour la référer à Dieu.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Or c’est l’Eglise apostolique qui a la garde de cette vérité révélée. Sa mission est de la conserver sans défaillance, intégralement. Et c’est pourquoi on comprend que Saint Paul puisse dire en son Epître aux Ephésiens que la sagesse divine s’est révélée dans le Christ par l’Evangile et par l’Eglise (Eph 3 6 10)</p>
<p style="text-align: justify;">Ces deux expressions sont à peu près synonymes :</p>
<p style="text-align: justify;">En effet le Christ n’est que la révélation de Dieu voulant sauver tous les hommes ; l’Eglise continue cette révélation et prolonge cette médiation entre Dieu et les hommes. Elle est le lieu permanent de cette activité salutaire. Ce salut, dans le Christ, c’est fait dans son sacrifice. C’est pourquoi le sacrifice est, pour le Christ, si important, ainsi que pour le prêtre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et si l’Eglise est le lieu permanent de cette activité salutaire qui s’est accomplie par le sacrifice, on comprend que dans l’Eglise, le plus important soit aussi le sacrifice, le sacrifice de la messe. Tout se tient. « Domus sacrificii », c’est le séminaire. Sa raison. « Domus salutis ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le mystère de salut, obscurément annoncé dans les écrits prophétiques de l’AT, est désormais ouvertement promulgué et effectivement réalisé dans l’Eglise. Elle propose et applique actuellement aux hommes les moyens efficaces que Dieu a décrétés pour leur conférer la vie éternelle : et avant tout le sacrifice. Vraiment le prêtre est au cœur de l’Eglise parce que le salut et le sacrifice sont au cœur du Christ et de l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;">« Assurément grand est le mystère de la piété » dira Saint Paul à Timothée : 1 Tim 3 14-16.</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Cinquième conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 12:57:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Cinquième conférence. « Domus salutis » (2) Le Christ, Rédempteur et Victime. Ainsi, de même que le regard du Christ fut comme « focalisé » par le Golgotha, de même le prêtre doit être « obsédé » par la volonté salvatrice de Dieu, par l’amour du sacrifice de la messe, par le salut, en vivre, [...]

<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/4041/le-sacerdoce-catholique-septieme-conference/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Septième conférence'>Le sacerdoce catholique. Septième conférence</a></li>
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</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Cinquième conférence.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">« Domus salutis » (2)</span></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><span style="color: #cc0000;">Le Christ, Rédempteur et Victime.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale4.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4036" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale4.bmp" alt="" /></a>Ainsi, de même que le regard du Christ fut comme « focalisé » par le Golgotha, de même le prêtre doit être « obsédé » par la volonté salvatrice de Dieu, par l’amour du sacrifice de la messe, par le salut, en vivre, le méditer, le contempler pour l’annoncer, pour se sanctifier – ce que nous verrons plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi vous ne serez pas étonnés d’entendre saint Paul résumer aussi clairement qu’il est possible sa conception et son expérience du ministère ecclésiastique en disant : « Notre Sauveur Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité. Car il n’y a qu’un seul Dieu, un seul médiateur aussi de Dieu et des hommes : le Christ Jésus, qui, s’est donné lui-même en rançon pour tous ; ce témoignage fut rendu en son temps, pour lequel j’ai été établi héraut et apôtre…docteur des nations dans la foi et la vérité » (1 Tim 2 3-7).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi saint Paul prétendait n’avoir qu’une science, celle de Jésus-Christ et de Jésus Christ rédempteur : « 1 Cor 2 2 : Car je n’ai pas jugé que je dusse savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Annoncer le Christ et le Christ crucifié » : telle est la mission de Saint Paul.</strong> Ce qui nous permet de dire que le prêtre, en tant que prêtre et ministre du « Christ Crucifié » et donc du « Dieu Sauveur » par le sacrifice, n’a pas à apporter aux hommes une panacée de leurs maux physiques et sociaux, ce qui, du reste, serait une contradiction radicale avec la charte des béatitudes évangéliques, mais il doit annoncer le salut de leur âme, l’accès du Royaume de Dieu. Il est le « héraut » du Royaume de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Le salut est l’initiative de Dieu seul. Ce salut est un don gratuit de Dieu indépendamment de nos propres qualités, mieux, alors que nous étions pécheurs&#8230;. Ce salut, voulu par simple miséricorde divine, a suscité la stupeur et l’enthousiasme d’abord des apôtres… C’est saint Jean qui le confesse : <strong>« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3 16).</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Commentaire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi de ce salut, Saint Jean en a scruté les raisons, en a explicité les effets : la vie éternelle, en a défini l’étendu : « quiconque croit en Lui », un salut universelle.<br />
On peut dire que le mystère de la « sotériologie universelle » dans et par le Christ est la raison essentielle de toute la prédication des apôtres. Ils expliquent tout, l’Ancien Testament, l’Histoire Sainte, l’Histoire du peuple hébreu en fonction de ce salut apporté par le Christ. Le Christ est le point central de tout. On comprendra pourquoi saint Jean parle du Christ comme étant l’ « Alpha et l’Oméga », le « Principe et la Fin » de tout. Tel est l’axe de sagesse de leur vue sur le monde et l’objet unique peut-on dire de leur prédication. Ce qu’ils ont contemplé, ils l’ont annoncé. Fasse le Ciel qu’ils en soient de même pour vous.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voyez votre séminaire comme ce lieu de contemplation du Christ Crucifié, le lieu du sacrifice du Christ à aimer et à adorer, ce lieu où l’on contemple l’œuvre du salut : « Domus salutis».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est cette doctrine centrale de l’économie du salut que Saint Paul évoque dans l’expression : « le mystère de la piété».</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne cesse d’en parler dans ces Epîtres : « De cette Eglise, je suis de venu le ministre, en vertu de la charge que Dieu m’a confiée parmi vous d’annoncer dans sa plénitude la parole de Dieu, (à savoir) le mystère tenu caché aux siècles et aux générations, mais qui vient d’être révélé à ses saints, auxquels Dieu a daigné faire connaître quelle est pour les Gentils la richesse et la gloire de ce mystère qui n’est autre que le Christ en nous l’espérance de votre béatitude » ( Col 1 25-27)</p>
<p style="text-align: justify;">Voir aussi : 1 Cor 2 7-10 ; Ephg 1 8-10 ; Eph 3 9-11.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Grignon de Montfort</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce « mystère de la piété » est donc le mystère de l’amour de Dieu pour nous. De cet amour, Saint Grignon de Montfort en a merveilleusement parlé dans son petit chef d’œuvre : « L’amour de la sagesse éternelle »</p>
<p style="text-align: justify;">NB : Saint Grignon de Montfort.</p>
<p style="text-align: justify;">Il contemple d’abord la création du monde, puis de l’homme, sa déchéance suite au péché originel et la volonté de la Trinité sainte de procéder au salut de l’homme. Sa description est assez palpitante</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Grignon parle donc de la beauté de cette création et de sa finesse : les fleurs, les abeilles, les fourmis…Et cela en deux numéros. Les n° 33 et 34.<br />
Puis arrive son texte sur la création de l’homme : « 38. Tout dans l&#8217;homme était lumineux sans ténèbres, beau sans laideur, pur sans souillure, réglé sans désordre et sans aucune tache ni imperfection. Il avait pour apanage la lumière de la Sagesse dans son esprit, par laquelle il connaissait parfaitement son Créateur et ses créatures. Il avait la grâce de Dieu dans son âme, par laquelle il était innocent et agréable aux yeux du Très-Haut. Il avait dans son corps l&#8217;immortalité. Il avait le pur amour de Dieu dans son coeur, sans crainte de la mort, par lequel il l&#8217;aimait continuellement, sans relâche, et purement, pour l&#8217;amour de lui-même. Enfin il était si divin, qu&#8217;il était continuellement hors de lui-même, transporté en Dieu, sans qu&#8217;il eût aucune passion à vaincre ni aucun ennemi à combattre.<br />
O libéralité de la Sagesse éternelle envers l&#8217;homme! O heureux état de l&#8217;homme dans son innocence! »<br />
Mais voilà que cette si belle créature commit le péché :<br />
39. Mais, malheur des malheurs! Voilà ce vaisseau tout divin qui se brise en mille morceaux; voilà cette belle étoile qui tombe; voilà ce beau soleil qui est couvert de boue; voilà l&#8217;homme qui pèche, et qui, en péchant, perd sa sagesse, son innocence, sa beauté, son immortalité. Et enfin il perd tous les biens qu&#8217;il avait reçus, et est assailli d&#8217;une infinité de maux. Il a l&#8217;esprit tout hébété et ténébreux: il ne voit plus rien. Il a le coeur tout glacé pour Dieu: il ne l&#8217;aime plus. Il a l&#8217;âme toute noire de péchés: elle ressemble au démon. Il a des passions toutes déréglées: il n&#8217;en est plus le maître. Il n&#8217;a que la compagnie des démons, il en est devenu la demeure et l&#8217;esclave. Il est attaqué des créatures: elles lui font la guerre. Voilà l&#8217;homme en un instant devenu l&#8217;esclave des démons, l&#8217;objet de la colère de Dieu et la victime des enfers! Il se paraît à lui-même si hideux que de honte il va se cacher. Il est maudit et condamné à la mort; il est chassé du paradis terrestre et il n&#8217;en a plus dans les cieux. Il doit mener, sans aucune espérance d&#8217;être heureux, une vie malheureuse sur la terre maudite. Il y doit mourir en criminel, et, après sa mort, être comme le diable, à jamais damné dans son corps et dans son âme, lui et tous ses enfants.<br />
Tel est le malheur épouvantable où l&#8217;homme, en péchant, tomba; tel est l&#8217;arrêt équitable que la justice de Dieu prononça contre lui.<br />
40. Adam, en cet état, est comme désespéré; il ne peut recevoir de remède ni des anges ni des autres créatures. Rien n&#8217;est capable de le réparer parce qu&#8217;il était trop beau et trop bien fait en sa création, et qu&#8217;il est, par son péché, trop hideux et trop souillé. Il se voit chassé du paradis et de la présence de Dieu, il voit la justice de Dieu qui le poursuit avec toute sa postérité; il voit le ciel fermé et l&#8217;enfer ouvert, et personne pour lui ouvrir l&#8217;un et fermer l&#8217;autre ».<br />
C’est là alors qu’éclate la bonté de la Sagesse éternelle en décidant en accord avec son Père de s’incarner et de s’offrir pour le salut de tous. C’est l’objet du chapitre 4 qui a pour titre : « Merveilles de la bonté et miséricorde de la Sagesse éternelle » :<br />
« 41. La Sagesse éternelle est vivement touchée du malheur du pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un grand déplaisir, son vaisseau d&#8217;honneur brisé, son portrait déchiré, son chef-d&#8217;oeuvre détruit, son vicaire sur la terre renversé.<br />
Elle prête tendrement l&#8217;oreille à sa voix gémissante et à ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front, les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de son coeur et l&#8217;affliction de son âme.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est alors que la Trinité décide l’Incarnation.<br />
« 42. Il me semble voir cette aimable Souveraine appeler et assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité pour réparer l&#8217;homme, comme elle avait fait pour le former. Il me semble que, dans ce grand conseil, il se fait une espèce de combat entre la Sagesse éternelle et la Justice de Dieu.<br />
43. Il me semble que j&#8217;entends cette Sagesse qui, dans la cause de l&#8217;homme, dit qu&#8217;à la vérité l&#8217;homme mérite, par son péché, avec sa postérité, d&#8217;être à jamais damné avec les anges rebelles; mais qu&#8217;il faut avoir pitié de lui, parce qu&#8217;il a plus péché par faiblesse et par ignorance que par malice. Elle représente, d&#8217;un côté, que c&#8217;est un grand dommage qu&#8217;un chef- d&#8217;oeuvre si accompli demeure pour jamais l&#8217;esclave de son ennemi, et que des millions de millions d&#8217;hommes soient à jamais perdus par le péché d&#8217;un seul. Elle montre, de l&#8217;autre, les places du ciel vacantes par la chute des anges apostats, qu&#8217;il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu recevra dans le temps et l&#8217;éternité si l&#8217;homme est sauvé.<br />
44. Il me semble que j&#8217;entends la Justice qui répond que l&#8217;arrêt de mort et de damnation éternelle est porté contre l&#8217;homme et ses descendants, et qu&#8217;il doit être exécuté sans remise et sans miséricorde, ainsi que contre Lucifer et ses adhérents; que l&#8217;homme est un ingrat pour les bienfaits qu&#8217;il a reçus; qu&#8217;il a suivi le démon en sa désobéissance et en son orgueil, et qu&#8217;il le doit suivre dans ses châtiments, parce qu&#8217;il faut nécessairement que le péché soit puni.<br />
45. La Sagesse éternelle, voyant qu&#8217;il n&#8217;y avait rien dans l&#8217;univers qui fût capable d&#8217;expier le péché de l&#8217;homme, de payer la justice et d&#8217;apaiser la colère de Dieu, et voulant cependant sauver le pauvre homme qu&#8217;elle aimait d&#8217;inclination, trouve un moyen admirable.<br />
Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu&#8217;à l&#8217;excès, cette aimable et souveraine Princesse s&#8217;offre elle- même en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour calmer sa colère et pour nous retirer de l&#8217;esclavage du démon et des flammes de l&#8217;enfer et nous mériter une éternité de bonheur.<br />
46. Son offre est acceptée; le conseil en est pris et arrêté: la Sagesse éternelle, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans le temps convenable et dans les circonstances marquées ».</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà comment Saint Grignon de Montfort raconte ce « mystère de la piété » don t parle saint Paul.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il importe de dégager les éléments de ce mystère :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>a- La mystère avant sa révélation.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La sagesse divine qui est une Providence a donc conçu le dessein de sauver tous les hommes et elle a constitué, « prédestiné » (1 Cor 2 7) tout un plan de réalisation et de promulgation de ce salut. C’est le mystère du bon vouloir divin et cette volonté divine ne s’est destinée que d’après son bon vouloir (Eph 1 9). Ce propos sauveur et que Dieu s’est fixé de toute éternité, selon une initiative par conséquent absolument gratuite, a été tu (Rm 16 25), caché aux siècles et aux générations passées (1 Cor 2 7 ; Eph 3 5, 9 ; Col 1 26) ; il est par nature inconnaissable aux hommes aussi longtemps qu’il n’est pas manifesté (Eph 3 5). Ce dessein rédempteur est donc essentiellement un mystère, c’est-à-dire un secret, une connaissance réservée, la propriété de Dieu seul (Eph 3 9). Ce n’est qu’à la plénitude des temps, à l’âge messianique qui clôt l’histoire de l’humanité, que Dieu en a décrété l’exécution et la révélation (Eph 1 10). La sagesse de Dieu est donc dans l’établissement de ce plan de salut, dans la garde de ce secret jusqu’à la révélation de ce secret et sa promulgation de cette économie salvifique. Et donc révéler ce secret c’est parler de la sagesse de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>b- Le contenu du Mystère.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce dessein éternel conçu par Dieu depuis toujours et que Paul et les apôtres ont reçu la charge de mettre en lumière dans les derniers temps, c’est donc la « sagesse » multiforme de Dieu (Eph 3 10), c’est-à-dire le salut de tous, notre gloire ( 1 Cor 2 7) c’est-à-dire la vie éternelle qui commence dès ici bas par la connaissance de la vérité et comme une récompense de l’amour qu’on a pour Dieu. Le contenu de ce secret, c’est donc le bonheur du ciel et l’ensemble des moyens infiniment variés de miséricorde par lesquels Dieu entend conduire les fidèles à cette rédemption consommée. Mais il est un moyen essentiel, hors de pair, qui est au centre de ce dessein et vers lequel tout converge, c’est le Christ Jésus. C’est pourquoi saint Paul identifie le mystère de piété » au Christ lui-même et donc à la sagesse de Dieu, au « mystère de Dieu » (Col 2 2 ; 4 3) Il s’agit de la personne même du Seigneur, de son avènement sur la terre, de son rôle salutaire, de tous les biens qu’il communique aux hommes – ce que l’Apôtre appelle « la richesse insondable du Christ » ( Eph 3 8) et notamment de son habitation dans les chrétiens : « Le Christ en vous l’espérance de la gloire » ( Col 1 27)</p>
<p style="text-align: justify;">Le Christ, si vous le voulez, est comme l’expression et comme le porteur de la sagesse cachée de Dieu (1 Cor 1 24) : il la notifie, il en exécute les desseins et en quelque sorte la résume, la réalise. De fait, si Dieu veut sauver tous les hommes et les faire parvenir au ciel, c’est le Christ qui est le sauveur de l’humanité, l’unique médiateur, obtenant pour tous ses frères en humanité la vie éternelle. Donc en le Christ se concentre et se dévoile le « mystère de Dieu ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’un des objets de ce mystère sur lequel saint Paul insiste davantage, c’est l’appel des païens à la foi du Christ et au salut. La doxologie de l’Epître au Romains signale expressément cette vocation de toutes les nations : Rm 16 25-27. Dieu veut les faire participer par la foi aux biens du salut communiqués par le Christ. L’Epître aux Ephésiens affirme que les païens sont admis au même héritage que le peuple élu, donc de posséder les mêmes dons spirituels ; à constituer avec eux un même corps, donc à constituer une même Eglise ; enfin a bénéficier des mêmes promesses, donc à n’avoir qu’un seul et même esprit : Eph 3 3-6. D’après Col 1 27, c’est aux païens que le Christ est révélé, c’est à eux qu’il réside comme un gage d’espérance certaine. Présent, vivant et agissant dans les Gentils et les comblant de ses dons, il les fait bénéficier en particulier de la béatitude.</p>
<p style="text-align: justify;">La formule la plus compréhensive du mystère est donnée par Eph 1 10, où il est dit que Dieu s’est proposé de « tout réunir dans le Christ ». Dans son dessein de salut, le Dieu éternel a décrété que le Christ Seigneur serait le centre, le lien vivant, le principe de convergence, d’harmonie et d’unité de toutes créatures quelles qu’elles soient, terrestres, humaines et célestes.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous le voyez : mystère, Evangile, prédication, salut, Eglise, sacerdoce : toutes ces notions coïncident et elles sont unies dans le Christ. Le Christ est tout, la raison de tout.</p>
<p style="text-align: justify;">En ce sens que le Christ est le « mystère de Dieu», c’est l’objet de Evangile, c’est l’objet de la prédication, c’est le salut, c’est même l’Eglise, et par suite c’est le sacerdoce. Oui ! Toutes ces réalités coïncident ; elles ont toutes le même objet ; elles recouvrent toutes les mêmes réalités, elles visent les mêmes destinataires et sont toutes harmonieusement unies dans le dessein éternel de Dieu en faveur de l’humanité. Le Christ, son avènement, sa médiation, ses dons, le succès de son œuvre rédemptrice, ce sont les éléments composants du mystère ; c’est l’objet même de l’Evangile, le thème central de la prédication, la vérité, le dépôt dont l’Eglise a la garde et que le sacerdoce met en œuvre. Y adhérer par la foi c’est s’insérer dans le plan de salut et obtenir la vie éternelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès lors on ne saurait trop se convaincre que l’objet du ministère sacerdotal ne peut être que prêcher Jésus-Christ, exposer le mystère de salut par la foi au Christ, annoncer l’Evangile du Christ et en exprimer toutes les grâces aux âmes de bonne volonté. (Eph 6 18-20)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà ce qu’est le salut. C’est d’une profondeur inouïe, une profondeur toute divine. Le prêtre doit en vivre, le connaître. Voilà la doctrine du prêtre : se mouvoir dans la pensée salvifique de Dieu. </strong></p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Quatrième conférence</title>
		<link>http://www.revue-item.com/4032/le-sacerdoce-catholique-quatrieme-conference/</link>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 12:46:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Quatrième conférence : « domus salutis » (1) Nous avons dit que le prêtre est un « alter Christus ». C’est une vérité qui éclate à l’évidence à l’autel du Seigneur. Les paroles de la consécration sont dites « au nom du Christ », « in persona Christi » : « Hoc est corpus meum [...]

<ul><li><a href='http://www.revue-item.com/4035/le-sacerdoce-catholique-cinquieme-conference/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Cinquième conférence'>Le sacerdoce catholique. Cinquième conférence</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/4019/le-sacerdoce-catholique/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Première conférence'>Le sacerdoce catholique. Première conférence</a></li>
<li><a href='http://www.revue-item.com/4038/le-sacerdoce-catholique-sixieme-conference/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Le sacerdoce catholique. Sixième conférence'>Le sacerdoce catholique. Sixième conférence</a></li>
</ul>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Quatrième conférence :</strong></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #cc0000;"><strong>« domus salutis » (1)</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale3.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4033" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale3.bmp" alt="" /></a>Nous avons dit que le prêtre est un « alter Christus ». C’est une vérité qui éclate à l’évidence à l’autel du Seigneur. Les paroles de la consécration sont dites « au nom du Christ », « in persona Christi » : « Hoc est corpus meum ». L’identité est totale. « Hic est enim calix sanguinis mei, novi et aeterni testamenti, mysterium fidei, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum ». Le prêtre s’identifie à l’œuvre du Christ, une œuvre salvifique : « in remissionem peccatorum ». C’est une œuvre de salut que le Christ est venu accomplir. C’est le salut des âmes que NSJC est venu accomplir. C’est l’enseignement du Concile de Trente et de son catéchisme. C’est l’enseignement du chapitre 12 de l’Apocalypse ! « Maintenant le salut, la puissance et l’empire sont à notre Dieu, et l’autorité à son Christ »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est pourquoi, le prêtre, étant un « alter Christus », doit avoir même préoccupation : l’œuvre salvifique. L’être du prêtre doit s’identifier à l’être du Christ, au Christ, à son œuvre. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Or l’œuvre du Christ se résume en son sacrifice. C’est pourquoi l’œuvre du prêtre, c’est la messe, c’est le sacrifice. <strong>Il n’ y a rien de plus important pour le prêtre que la messe.</strong> Il n’y a rien de plus éloquent que ces phrases que le prêtre dit à la messe : « Offerimus praeclarae majestati tuae, de tuis donis ac datis, hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam, panem sanctum vitae aeternaeet calicem salutis perpetuae » (nous offrons à Votre Majesté suprême, l’Hostie pure, l’Hostie sainte, l’Hostie sans tache, le pain sacré de la vie éternelle et Calice de l’éternel salut »).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà la fonction du prêtre, sa raison d’être. Offrir la Victime sainte : offerimus Hostiam sanctam.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est que le Christ fut de son sacrifice, la Victime. C’est pourquoi, nous, prêtres, nous sommes prêtres, en conséquence, d’un sacerdoce d’immolation. Telle est l’œuvre du salut, son mode. « sanglant » </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Oui ! La messe est la grande « œuvre » du prêtre parce qu’elle fut la grande œuvre du Christ, le calvaire : œuvre de salut des âmes, œuvre d’immolation. La rédemption est une œuvre de salut par l’immolation d’une Victime sainte.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà ce que je voudrai contempler avec vous maintenant dans cette conférence. « Domus salutis »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le mystère de la Rédemption : Œuvre du salut des âmes.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette « œuvre » du salut des âmes, saint Paul l’appelle aussi l’œuvre de la piété, en I Timothée 3 16 : « Et de l’aveu de tous, il est grand le mystère de la piété, Jésus-Christ, qui a été manifesté en chair et justifié en Esprit, a été vu des anges et prêché parmi les nations, a été cru dans le monde et élevé dans la gloire ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Il est grand le mystère de la piété, Jésus-Christ ». </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quel est « ce mystère de la piété » ? Quel est son objet ?<br />
C’est le « Christ ». Et quel est ce « Christ » ? C’est celui qui est venu accomplir le salut voulu par le Père, accepté par le Fils, réalisé en l’Esprit Saint. Dès lors le « mystère de la piété » c’est, dira le Père Spicq, « le secret de Dieu relatif au salut des hommes ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et si le Christ est le salut du Père, je veux dire son réalisateur, le prêtre, un « alter Christus », doit faire de ce « mystère de la piété » le tout de sa vie sacerdotale. D’où l’importance d’en bien connaître l’objet.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le père Spicq a, sur ce sujet, des paroles très fortes qu’il vous faut méditer :</p>
<p style="text-align: justify;">« Un prêtre n’est au service de l’Eglise que pour en recevoir la communication, s’en instruire, puis le révéler aux hommes, en leur appliquant toute sa puissance salutaire. Il n’est peut-être pas de vérité plus importante à rappeler de nos jours que cette « essence du christianisme » et cette fonction de l’apostolat chrétien, (qui est aussi l’essence du sacerdoce). Les prêtres du Christ poursuivent l’œuvre de leur Maître, le mystère de la piété ; ils ne sont pas les gardiens d’une civilisation terrestre ni les agents d’une révolution sociale ; ils n’ont même pas pour premier but de transformer les mœurs et encore moins d’assurer le bonheur en ce monde de leurs contemporains. Toute leur vocation est de sauver les hommes » (Spiritualité sacerdotale p. 17) parce que toute la vie du Christ fut de sauver les âmes. C’est la raison de son Incarnation. C’est sa raison : le salut par son sacrifice. Réaliser la volonté salvatrice de Dieu par le sacrifice de la Croix. C’est pourquoi le sacrifice, c’est son « heure » ; Il ne vit que pour cette « heure ». « Mon heure n’est pas encore venue, dira-t-il à sa Mère lors des fêtes de Cana. « Mon heure vient ». Mon « heure est venue ». Quelle est cette heure ? C’est l’heure de son sacrifice. Il est « focalisé » par son sacrifice, par « cette heure ».<br />
Alors qu’il est transfiguré sur le Thabor, au lieu de contempler sa propre gloire, il s’entretient avec Moïse et Elie, des douleurs de son sacrifice qui doit être consommé à Jérusalem.</p>
<p style="text-align: justify;">Là, il faut se rappeler les belles méditations de <strong>Louis Chardon.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les méditations de Louis Chardon vous permettront de comprendre qu’il y a dans l’âme du Christ comme un poids qui l’incline à la Croix.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette « thèse » a été particulièrement expliquée par <strong>le Père Garrigou Lagrande</strong> dans son livre « l’amour de Dieu et la Croix de Jésus », surtout en son chapitre 4 du premier tome, et plus particulièrement dans son paragraphe intitulé : « le désir de la croix et de notre salut dans la prédication du Sauveur » (p 211 et suivantes).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La révélation divine est formelle.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Saint Paul a écrit dans l’Epître aux Hébreux 10 7 : « Le Christ dit en entrant dans le monde : « Vous n’avez voulu ni sacrifice, ni oblation ( du sang des taureaux et des boucs) mais vos m’avez formé un corps…Me voici, je viens , O mon Dieu, pour faire votre volonté ». Cet acte d’oblation de lui-même, NSJC l’a incessamment renouvelé au cours de sa vie ; c’est ainsi qu’il marchait vers le but de sa mission rédemptrice. C’est ce même acte qu’il exprime à nouveau à Gethsémani, en disant : « Mon Père, s’il est possible que ce calice s’éloigne de moi ! Cependant que votre volonté soit faite et non la mienne » (Mt 26 39-42. Il y a ici l’angoisse de la croix toute proche et le désir efficace d’être pleinement fidèle à la mission de prêtre et de victime, et c’est ce désir qui l’emporte pour se réaliser dans le Consummatum est.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cette soif ardente de notre salut a été comme l’âme de l’apostolat de NSJC.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Des modernistes ont prétendu que l’idée de sacrifice de la Croix était une invention du génie de saint Paul et qu’elle était étrangère à la prédication de Jésus. Mais c’est à chaque instant qu’elle fut affirmé par lui, non seulement sous la forme où elle nous est rapportée par saint Jean, mais sous les formes variées conservées dans les trois premiers évangiles.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans l’Evangile selon saint Mathieu (20 28) que Jésus dit : « Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption de beaucoup » (Mc 10 45 Lc 1 68 ; 2 38 ; 21 28)</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une de ses plus belles paraboles, Jésus dit : Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme mon Père me connaît et comme je connais mon Père, et je donne ma vie pour mes brebis…Il y aura une seule bergerie, un seul pasteur. C’est pour cela que mon Père m’aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre. Personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre : tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père » ( Jn 10 11-18)</p>
<p style="text-align: justify;">La même pensée revient toujours dans la prédication de Jésus : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu’il s’allume ? Je dois encore être baptisé d’un baptême, et quelle angoisse en moi jusqu’à ce qu’il soit accompli » (Lc 12 49). Il parlait du baptême de sang, le plus parfait de tous.<br />
« Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. Ce qu’il disait, ajoute saint Jean, pour marquer de quelle mort il devait mourir » (Jn 12 32)</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque Pierre, ne pouvant porter l’annonce de la Passion, prend à part NSJC et se met à le reprendre en disant : « A Dieu ne plaise, Seigneur, cela ne vous arrivera pas », Jésus répond : « Retire-toi de moi, Satan, tu m’es en scandale ; car tu n’as pas l’intelligence des choses de Dieu ; tu n’as que des pensées humaines » (Mt 16 23)De fait, les pensées humaines de Pierre en cet instant étaient contraires au mystère même de la Rédemption et à toute l’économie de notre salut, du plan de salut..</p>
<p style="text-align: justify;">La pensée et le désir de la croix sont si fréquents chez NSJC qu’il la présente à tous comme l’unique voie du salut. Comme le rapporte saint Luc (9 23) : « S’adressant à tous il dit : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera ». De même il dit plus loin en saint Luc (14 27) : « Quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple ».</p>
<p style="text-align: justify;">Aux fils de Zébédée : « Vous ne savez pas ce que vous demandez ; pouvez vous boire le calice que je dois boire ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? (Marc 10 38)</p>
<p style="text-align: justify;">La grandeur du désir qu’il avait d’accomplir sa mission de Prêtre et de victime, Jésus l’exprima encore la veille de la Passion, à la Cène, en instituant le sacrifice eucharistique, qui s’identifie en substance avec celui de la croix. Comme il est rapporté en saint Luc (22 15) : « Il dit alors : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir, antequam patiar. Car je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu’à la Pâque parfaite, célébrée dans le royaume de Dieu…et prenant du pain, après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : Ceci est mon Corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il fit de même pour la coupe, après le souper disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est versé pour vous »<br />
C’est au sortir de la Cène, en allant au jardin de Gethsémani, que Jésus dit encore : « Le Prince de ce monde vient, et il n’a rien en moi, mais afin que le monde sache que j’aime mon Père et que j’agis selon le commandement que mon Père m’a donné, levez-vous, partons d’ici » (Jn 14 31). <strong>Comme le remarque saint Thomas d’Aquin, Jésus parle manifestement ainsi selon l’inspiration de son Père, qui le porte à vouloir mourir pour nous par amour et par obéissance.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un peu plus loin (Jn 15 13) il dit plus clairement encore : « Il n’y a point de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » et dans l’oraison sacerdotale : « Père saint…sanctifie-les dans la vérité.. . Je me sacrifie moi-même pour eux afin qu’eux aussi soient sanctifiés en vérité » (Jn 17 17).<br />
C’est ce qui fait dire à Saint Jean : « Nous avons connu l’amour de Dieu, en ce qu’il a donné sa vie pour nous ; nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères » (I J 3 16)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En d’autres termes, cet effet de la plénitude de grâce en NSJC doit se retrouver selon une participation plus ou moins parfaite dans les membres de son corps mystique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La croix et toutes ses circonstances douloureuses étaient ainsi comprises dans le décret de la Rédemption, consommation de l’œuvre du Christ et de sa destinée de prêtre et de victime.<br />
La sainte âme de Jésus, du fait qu’elle a été personnellement unie au Verbe et constituée tête de l’Eglise, a contracté l’obligation de satisfaire pour l’humanité. La tête doit réparer le désordre auquel les membres se sont livrés. La plénitude de grâce, disposant Jésus au parfait accomplissement de sa mission, est donc en lui comme un poids qui l’incline vers la Croix et la lui fait ardemment désirer pour notre salut. » (p.211-215)</p>
<p style="text-align: justify;">Louis Chardon a magistralement mis en lumière, vous dis-je, ce point de doctrine, en montrant que la grâce du Christ est le principe de deux forces, de deux poids, qui le tirent, pour ainsi parler, en sens inverse : le poids de la gloire et l’inclination à la croix. Même au Thabor, Jésus pense surtout à s’offrir et c’est de sa Passion qu’il parle avec Moïse et Elie.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous trouvons ce commentaire dans « La Croix de Jésus » au T 1 p 94, au chapitre 8.<br />
Cf. p. 96 : « Sur le Thabor….<br />
Cf. p 98 : « Lors de son entrée à Jérusalem…</p>
<p style="text-align: justify;">Louis Chardon, de ces deux exemples, tire la conclusion : « Jésus met sa grandeur dans les tourments de sa passion, et l’amour qu’il a pour la croix ne peut permettre à aucune autre pensée d’altérer l’attrait que la grâce lui donne de mourir entre ses bras. C’est pourquoi il incline son souvenir vers sa condition d’homme mortel, et se plaît à exposer les circonstances qui doivent le faire paraître en proie à la honte, aux opprobres et à la souffrance. Il supprime ainsi, autant qu’il le peut, les conditions qui le rendent adorable et le montrent plein de la gloire qui lui est due. De cette gloire il ne parle que sobrement et le moins possible, si ce n’est lorsqu’il se souvient que sa qualité de Fils de Dieu doit être cause de sa mort. Sans cesse et en tout lieu, il s’appelle le Fils de l’homme, parce qu’il veut prendre de sa nature mortelle le devoir de souffrir et le motif d’éloigner de sa pensée tout ce qui peut le réjouir ». (p 101)</p>
<p style="text-align: justify;">C’est à cette lumière que Louis Chardon explique l’attitude de Jésus à l’égard de Marthe et de sa sœur Marie Madeleine :<br />
Cf p.101 : « De cette hauteur….</p>
<p style="text-align: justify;">Il en conclut : « A vrai dire, la vie lui est à charge tant qu’il ne la donne point pour le salut des hommes. C’est pourquoi il loue Marie et paraît blâmer Marthe. Il console celle-là et l’approuve publiquement de sa piété, tandis qu’il manifeste ne goûter que peu les actives sollicitudes de sa sœur aînée, si généreuse pourtant, et si pleine de foi. On dirait que ce qui ne porte pas le caractère de sa mort lui est pénible ; au lieu que ce qui en révèle les moindres traces est pour son esprit un sujet de joie ». (p 104)</p>
<p style="text-align: justify;">C’est encore à cette lumière que Louis Chardon interprète la scène du baptême de Jésus et sa fuite au désert</p>
<p style="text-align: justify;">Cf. p. 106-107 : « Lors du baptême de Jésus….<br />
Et il conclut : ‘Proclamé, par la bouche même de Dieu, l’Image de sa gloire, il (Jésus) semble ne plus oser paraître en la présence des hommes » (p. 107)</p>
<p style="text-align: justify;">C’est encore à cette lumière que Louis Chardon interprète la scène de Jésus et de saint Pierre lors de la confession de Césarée, ainsi que l’attitude de Jésus à l’égard de Judas lors de l’arrestation ;</p>
<p style="text-align: justify;">Cf. p. 115-124 : Avec saint Pierre….<br />
Cf. p. 124-128 : Avec Judas…</p>
<p style="text-align: justify;">Manifestement la plénitude de grâce produisit en la sainte âme de Jésus un très ardent désir de l’accomplissement parfait de sa mission de Rédempteur ; c’est le motif même de l’incarnation, qui a été voulue par Dieu surtout comme Incarnation rédemptrice.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Père Garrigou Lagrange soutient cette idée comme tous les dominicains thomistes. Cf, « L’amour de Dieu pour nous » T 1 p. 217-220.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi, nous l’avons déjà dit, Jésus parlait souvent de son « heure », l’heure de sa passion, son heure par excellence ; elle avait infailliblement été déterminée de toute éternité par la divine Providence, et avant qu’elle en fut arrivée ses ennemis ne pouvaient rien contre lui…Il a voulu souffrir jusqu’au couronnement d’épines, jusqu’à la flagellation, qui réduisit tout son corps à n’être qu’une plaie…Il a voulu être cloué sur la croix…Il a voulu souffrir à notre place de la malédiction due au péché…Le Seigneur a voulu le briser par la souffrance. Il est le serviteur souffrant d’Isaïe.</p>
<p style="text-align: justify;">La plénitude de grâce a conduit NSJC jusqu’à cette extrémité ; c’était là sa mission de Rédempteur et de Victime.<br />
C’était ainsi que devait s’accomplir l’œuvre du salut.</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Troisième cnférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 12:36:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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		<description><![CDATA[Troisième Conférence De la dignité sacerdotale. Il faut avoir une haute estime du prêtre. Vous qui entrez au séminaire pour devenir un jour prêtre, il est de la plus haute importance que vous sachiez bien, comme le demande l’Eglise et particulièrement le catéchisme du Concile de Trente « à quel genre de dignité » vous [...]

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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Troisième Conférence<br />
De la dignité sacerdotale.</strong></p>
<p><strong><span style="color: #cc0000;">Il faut avoir une haute estime du prêtre.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale2.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4030" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale2.bmp" alt="" /></a>Vous qui entrez au séminaire pour devenir un jour prêtre, il est de la plus haute importance que vous sachiez bien, comme le demande l’Eglise et particulièrement le catéchisme du Concile de Trente « à quel genre de dignité » vous aspirez, à « quel genre de dignité » vous êtes appelés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelle est donc la dignité sacerdotale ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et ceci en mode d’introduction à notre retraite.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce sujet nous ne pourrons trouver meilleur guide que le Catéchisme du Concile de Trente dans son exposé sur le sacrement de l’Ordre. On trouve cet exposé dans le chapitre 26 du catéchisme consacré au Sacrement de l’Ordre.</p>
<p style="text-align: justify;">En premier lieu, nous dit le Catéchisme, « il faut enseigner aux Fidèles quelle est l’excellence et la dignité de ce Sacrement, considéré dans son degré le plus élevé, c’est-à-dire dans le Sacerdoce ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le Catéchisme considère le sacerdoce, dans sa fonction ou ses fonctions.</strong> Les prêtres sont « <strong>comme les interprètes et les ambassadeurs de Dieu</strong>, chargés d’enseigner en son nom la Loi divine et les règles de la bonne conduite ». Voilà une première considération. Il la résume en disant « en un mot, les prêtres tiennent « <strong>sur la terre la place de Dieu Lui-même</strong> ». (Cf la notion d’ambassadeur, l’ambassade représente le président de la République, il agit en son nom et parle en son nom…)</p>
<p style="text-align: justify;">On ne saurait imaginer « des fonctions plus nobles » que celles-là : tenir « sur la terre la place de Dieu même »</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, il n’est pas étonnant, poursuit le Catéchisme, que l’Ecriture leur donne « quelquefois, et à juste titre, <strong>les noms d’anges et même de dieux,</strong> parce qu’ils exercent en quelque sorte au milieu de nous la Puissance même du Dieu immortel », comme l’amabssade la puissance de l’autorité suprême de son pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le Catéchisme ne reste pas dans cette simple généralité. Tout de suite il rentre dans le concret et rappelle que <strong>la plus noble des fonctions, le plus grand des pouvoirs du prêtre est « de consacrer et d’offrir le Corps et le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ », mais aussi « de remettre les péchés ».</strong> Tout cela, dit-il, « dépasse toutes nos<strong> </strong>conceptions humaines. On ne peut rien trouver de comparable sur la terre ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi vous le voyez, le catéchisme rappelle en premier lieu le pouvoir d’ordre sur le corps du Christ et le pouvoir de juridiction sur le Corps mystique du Christ, deux pouvoirs inhérents au sacerdoce catholique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce pouvoir d’ordre, ce pouvoir de consécration, on sait, que le prêtre l’exerce « in persona Christi », non en son nom propre, mais dans la personne du Christ. Il s’identifie au Christ.<strong> Il est « un autre Christ ». </strong>« Alter Christus ». Un autre Christ ! Le prêtre, dans ses fonctions, dans son pouvoir sacerdotal &#8211; qui l’ordonne au sacrifice sacramentel, à la Sainte Eucharistie -, est identifié au Christ. « Ceci est mon Corps, Ceci est mon sang ». Quelle dignité ! Digne, non point en sa propre personne qui reste en elle-même misérable, mais dignité de cette personne en raison de son pouvoir tout divin : sur le Corps du Christ.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il ne faut jamais cesser de méditer cela…</strong>Chaque matin, chaque fois que l’on monte à l’autel. Comment ne pas trembler ! Comment ne pas être admiratif.<br />
C’est quand même plus que de descendre du mont Sinaï avec seulement les tables de la Loi. Et déjà le peuple juif était dans la crainte, dans la stupéfaction…nous dit l’Ecriture Sainte.<br />
Mais avec le sacerdoce du Christ, avec le sacerdoce du Nouveau Testament, ce n’est pas la Loi que le prêtre porte, c’est la Sainte Eucharistie, l’auteur de la Loi, l’auteur de toutes lois, Dieu lui-même, le Sauveur. Le prêtre « actualise » pour cette génération le plan divin.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vous garderez toujours cela dans votre cœur. Ainsi vous garderez toujours le sens de la dignité sacerdotale : le prêtre, un autre Christ, vérité qui se réalise essentiellement lors de la « réalisation» de la Sainte Eucharistie…Fonction particulièrement digne et première !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’enseignement de Saint Pie X dans « Haerent animo »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais plus encore et surtout, nous dit saint Pie X, cette sainteté nous est une obligation du fait que nous sommes ministres de l’autel : « Mais par-dessus tout, en tant que ses ministres dans l’offrande du Sacrifice par excellence, perpétuellement renouvelé pour le salut du monde, nous devons nous mettre dans le même état d’esprit que celui dans lequel, Hostie immaculée, il s’est offert à Dieu sur l’autel de la Croix. ». Là, il cite et saint Jean Chrysostome et saint Charles Borromée. Saint Charles Borromée : « Avec une grande justesse, saint Charles Borromée insistait sur ce point dans ses discours à son clergé : “ Si nous nous rappelions, nos très chers frères, quelles grandes et saintes choses le Seigneur Dieu a déposées en nos mains, quelle force aurait cette considération pour nous porter à mener une vie digne d’hommes d’Église ! Qu’y a-t-il que le Seigneur n’ait mis dans ma main quand il y a déposé son Fils unique, coéternel et égal à lui ? Il a mis en ma main tous ses trésors, ses sacrements et ses grâces ; il y a placé les âmes, qui sont ce qu’il a de plus cher, qu’il a préférées à lui-même dans son amour, qu’il a rachetées de son sang ; il a mis en ma main le ciel pour que je puisse l’ouvrir et le fermer aux autres… Comment donc pourrais-je être assez ingrat, après tant de faveurs et d’amour, pour pécher contre lui ? Pour lui manquer de respect ? Pour souiller un corps qui est le sien ? Pour déshonorer cette dignité, cette vie consacrée à son service ? (Hom. Milan 1748, tom. V, p. 77. Orat. II in syn. Dioec. XI, a. 1584) ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est cette troisième raison – ministres de l’autel &#8211; qui sera particulièrement développée par Mgr Lefebvre dans son enseignement auprès des prêtres de la FSSPX.</strong> Il voit une relation ontologique entre le sacerdoce et le sacrifice du Christ, le sacrifice de la Messe qui le prolonge, l’actualise. Et c’est de ce sacrifice du Christ qu’il tirera toutes les vertus du prêtre, sa sainteté, sa dignité. Autre la raison de sainteté du prêtre. Autre la raison de sainteté du religieux. Le prêtre a pour raison de sa sainteté le saint Sacrifice de la messe. Le religieux, les vœux de religions : pauvreté, chasteté, obéissance. Non point que le prêtre ne soit pas tenu aux mêmes vertus. Bien sûr que si, mais le prêtre y est tenu en raison de la relation ontologique de son sacerdoce avec le sacrifice du Christ. Et c’est pourquoi le prêtre développera en son âme les vertus qu’il voit briller en le sacrifice du Christ qui sont, au dire du catéchisme du Concile de Trente : « La passion met sous nos yeux les exemples les plus frappants de toutes les vertus : la patience, l’humilité, la charité admirable, la douceur, l’obéissance, un courage surhumain à souffrir pour la justice, non seulement des douleurs, mais la mort elle-même. Et nous pouvons dire en vérité, que notre Sauveur, dans le seul jour de sa Passion, voulut représenter en Lui toutes les vertus dont Il avait recommandé la pratique pendant le cours entier de sa prédication » (p 61)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pie XII, aussi, dans son Encyclique « Mediator Dei » développera abondamment cette très belle idée.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>A cette sainteté, l’Eglise ne cesse d’appeler ses « lévites » aux différentes étapes du sacerdoce, nous dit encore saint Pie X</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi dans la cérémonie de <strong>la tonsure,</strong> l’Eglise leur rappelle le psaume XV : « Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice : c’est Vous Seigneur qui me rendrez mon héritage ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Au sous-diaconat</strong>, l’Eglise tient ce noble langage : « Si jusqu’à présent vous avez été négligents en ce qui concerne l’Église, désormais vous devez être assidus ; si jusqu’à présent vous avez été somnolents, vous devez désormais être vigilants ; si jusqu’à présent vous avez été déshonnêtes, désormais vous devez être chastes… Songez au ministère qui vous est confié ! (Ibid., Monition aux ordinands) ”<br />
« Pour ceux qui vont recevoir <strong>le diaconat</strong>, l’Église adresse à Dieu cette prière par la bouche de l’évêque : “ Qu’il y ait en eux abondance de toute sorte de vertus, une autorité modeste, une pudeur constante, la pureté de l’innocence et la fidélité à la discipline spirituelle. Que vos préceptes, Seigneur, resplendissent dans leurs moeurs, et que leur chasteté exemplaire porte le peuple à les imiter saintement ” (Pontifical Romain, Ordination des diacres. Préface avec imposition de la main).</p>
<p style="text-align: justify;">Mais les avertissements qu’elle adresse à ceux qui vont recevoir <strong>le sacerdoce</strong> émeuvent encore plus profondément : « C’est avec une grande crainte qu’il faut s’élever à une si haute dignité, et l’on doit veiller à ce que ceux qui sont élus se recommandent par une sagesse céleste, des moeurs sans reproche et une continuelle observation de la justice… Que le parfum de votre vie soit un des attraits de l’Église de Dieu, en sorte que, par la prédication et l’exemple, vous construisiez la maison, c’est-à-dire la famille de Dieu. ” Plus pressant que tous est le conseil très grave qu’elle ajoute : « Conformez votre vie aux mystères que vous célébrez » (Pontifical Romain, Ordination des prêtres. Monition aux ordinands ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Oui ! La sainteté est requise à un tel ministère. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il conclut, du reste, sa pensée par cette belle phrase du psaume 92 : « La sainteté convient à ta maison ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dignité du sacerdoce : le prêtre est « l’envoyé de NSJC »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le catéchisme ajoute encore une autre raison. Le prêtre est « l’envoyé de NSJC » avec les mêmes pouvoirs…de sorte que le Christ a pu dire à ses disciples « Qui vous reçoit me reçoit ».</p>
<p style="text-align: justify;">Voici comment le catéchisme de Trente s’exprime sur cette idée : « Enfin, comme notre Sauveur a été envoyé par son Père, comme les Apôtres et les disciples à leur tour ont été envoyés par Jésus-Christ dans le monde entier ; ainsi tous les jours les Prêtres sont envoyés avec les mêmes pouvoirs, pour travailler à la perfection des saints, à l’œuvre du Ministère, à l’édification du Corps de notre Seigneur » (Eph 4 12.) (Voilà une formulation parfaite du plan divin du salut voulu par Dieu).</p>
<p style="text-align: justify;">C‘est ici encore une claire allusion au pouvoir de juridiction du prêtre sur le « Corps mystique du Christ qu’est l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Saint Alphonse de Liguori</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Tout cet enseignement du Catéchisme du Concile de Trente a du certainement inspirer, un siècle plus tard, saint Alphonse de Liguori dans son beau traité sur le sacerdoce. Il commence précisément par rappeler aux prêtres leur dignité, en des termes très enflammés, s’inspirant des Pères de l’Eglise et rappelant les nobles fonctions sacerdotales. Voici un résumé des premiers chapitres :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Dignité du sacerdoce catholique</strong> <strong>par saint Alphonse Marie de Liguori</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Ignace Martyr dit que le Sacerdoce est la plus grande de toutes les dignités créées. Saint Ephrem l’appelle une dignité infinie : « La dignité du Sacerdoce est un miracle merveilleux, grand, immense, infini ». Saint Chrysostome dit que, quoique le Sacerdoce soit exercé sur la terre, il doit néanmoins être rangé parmi les choses célestes. Cassien disait que le prêtre est placé plus haut que toutes les puissances de la terre et que toutes les hauteurs des cieux, et qu’il n’est inférieur qu’à Dieu seul. Et Innocent III ajoute que le prêtre est « un médiateur entre Dieu et l’homme, inférieur à Dieu, mais plus grand que l’homme ». Saint Denis appelle le prêtre un homme divin ; « qui dit prêtre, dit homme divin ». D’où le saint concluait que le Sacerdoce est une dignité divine. Aussi saint Ephrem croit que « le Sacerdoce excède toute pensée ». Et c’est assez de savoir que Jésus-Christ a dit que les prêtres doivent être traités comme sa personne elle-même : « Qui vos audit, me audit ; et qui vos spernit, me spernit » (Luc X, 16). Ce qui fait dire à saint Jean Chrysostome : « Qui honore le prêtre, honore le Christ ; et qui offense le prêtre, offense le Christ ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En second lieu, l’on doit apprécier la dignité des prêtres, par la grandeur des fonctions qu’ils exercent.</strong> Les prêtres sont les élus du Seigneur pour traiter sur la terre tout ce qui concerne ses affaires et ses intérêts divins : « Genus divinis ministeriis mancipatum ». Le ministère sacerdotal est appelé par saint Ambroise une profession divine. Le prêtre est le ministre que Dieu destine à le servir en qualité d’ambassadeur public de toute son Eglise, pour l’honorer et pour obtenir ses grâces pour tous les fidèles.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La dignité sacerdotale et la sainte messe.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’Eglise entière ne peut pas honorer Dieu et en obtenir des grâces aussi bien que peut le faire un seul prêtre qui célèbre la messe ; car l’Eglise, sans les prêtres, ne pourrait honorer Dieu d’une manière plus grande qu’en lui sacrifiant la vie de tous les hommes ; mais la vie de tous les hommes quel prix a-t-elle en comparaison du sacrifice de la vie de Jésus-Christ, qui est un sacrifice d’une valeur infinie ? Et que sont devant Dieu les hommes, sinon un peu de poussière ? (Is. XL, 15). Ils ne sont même rien : « toutes les nations sont comme rien devant lui » (Is. XL, 17). De sorte que le prêtre, en célébrant une messe, honore bien plus Dieu, en lui sacrifiant Jésus-Christ, que si tous les hommes en mourant lui sacrifiaient leur vie. De plus, le prêtre, par l’oblation d’une seule messe, honore infiniment plus Dieu que ne l’ont honoré, et que ne l’honoreront tous les anges et les saints du ciel réunis à la Vierge, car ils ne peuvent pas lui rendre un culte infini, comme celui que lui rend un prêtre en offrant le sacrifice de l’autel.</p>
<p style="text-align: justify;">Le prêtre, en célébrant la messe, offre à Dieu de dignes actions de grâces pour toutes les faveurs qu’il a faites même aux bienheureux du paradis, actions de grâces que tous les bienheureux du paradis ne peuvent pas lui rendre dignement ; et c’est pour ce motif aussi que la dignité du prêtre est supérieure à toutes les dignités, même célestes. De plus, le prêtre est l’ambassadeur du monde entier auprès de Dieu, pour en obtenir les grâces pour toutes les créatures. Le prêtre « traite familièrement avec Dieu », dit saint Ephrem. Il n’y a pas de porte fermée pour les prêtres.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jésus-Christ est mort pour créer un prêtre.</strong> Il n’était pas nécessaire en effet que notre Rédempteur mourût pour sauver le monde, c’était assez d’une goutte de sang, d’une larme, d’une prière pour obtenir le salut du monde entier, car il y aurait eu dans cette seule prière tant de mérite qu’elle aurait suffi pour sauver non seulement un monde, mais mille mondes ; mais la mort de Jésus-Christ a été nécessaire pour créer un prêtre, car où aurait-on trouvé la victime qu’offrent à Dieu les prêtres de la loi nouvelle ? Où aurait-on trouvé une victime assez sainte et immaculée pour rendre à Dieu un honneur digne de lui ? Oh ! toutes les vies des hommes et des anges ne sont pas suffisantes pour rendre à Dieu la gloire que lui rend un prêtre en disant la messe ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Prudence pour conférer le sacerdoce.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Alors la dignité du prêtre est telle que l’ « on ne doit pas imposer témérairement, dit le Catéchisme du Concile de Trente, à personne le fardeau de fonctions si augustes. Ceux-là seuls doivent en être revêtus qui peuvent le soutenir par la sainteté de leur vie, par leur science, leur Foi et leur prudence. « Que nul ne vienne (donc) s’attribuer lui-même cet honneur s’il n’y est appelé de Dieu comme Aaron » (Hb 5 4) c’est-à-dire s’il n’y a été appelé par les Ministres légitimes de l’Eglise. Quant aux téméraires qui osent s’ingérer et s’introduire d’eux-mêmes dans ce ministère, il ne faut pas manquer de faire observer que Dieu les avait en vue, quand Il disait: [3] « Je n’envoyais point ces Prophètes, et ils couraient. » Il n’y a rien tout à la fois de plus pitoyable et de plus misérable que ces intrus, ni de plus funeste à l’Eglise ». (Cdu C de Trente p. 304)</p>
<p style="text-align: justify;">Vous voilà prévenus.<br />
Vous voilà avertis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est noblement que vous devez chercher à devenir prêtre, que vous devez « entreprendre » cette course vers le sacerdoce.<br />
</strong>Vous devez vous « proposer une bonne fin, dit le Catéchisme, puisque c’est de la bonté de la fin que dépend en grande partie la bonté des actes ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dès lors « la première recommandation » que je vous fais c’est que vous ayez « en vue rien qui soit indigne de si hautes fonctions ». </strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Ce point demande à être traité avec soin ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous seriez indignes si vous cherchiez le Sacerdoce « par la soif des honneurs et par l’ambition ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous seriez indignes si vous n’embrassiez l’état ecclésiastique que pour vous procurer uniquement les nourritures terrestres et le seul gain que le sacerdoce procure.<br />
« Il est bien vrai comme l’enseigne l’Apôtre, d’après la loi naturelle et la Loi divine, que « celui qui sert à l’Autel, doit vivre de l’Autel » (1 Cor 9 13), cependant c’est un grand sacrilège d’approcher de l’Autel en vue du profit qui en résulte ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous seriez indignes si vous recherchiez les Ordres que pour vous enrichir. « Ce sont ceux-là que notre Sauveur appelle des mercenaires, et dont le Prophète Ezéchiel disait: « Ils se paissent eux-mêmes, et non leurs brebis. »(Ezech 34 1) Leur bassesse et leur avidité ont déshonoré l’état ecclésiastique aux yeux des Fidèles ».<br />
Si telle était votre intention, sachez que vous ne tireriez « point d’autre fruit de votre Sacerdoce, que celui que recueillit Judas de son apostolat, c’est-à-dire votre perte éternelle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il n’y a donc, conclut le Catéchisme, « que ceux qui, étant légitimement appelés de Dieu, embrassent la carrière ecclésiastique dans le seul but de travailler à sa Gloire, il n’y a que ceux-là dont on peut affirmer qu’ils entrent vraiment par la porte dans l’Eglise. (Jn 10 12)</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dignité sacerdotale et la puissance ecclésiastique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est donc en étudiant la nature même du sacerdoce que le Catéchisme du Concile de Trente veut faire ressortir la dignité de ce sacrement. Il faut, dit-il développer aussi les explications qui « se rattachent à proprement parler à la nature même du Sacrement, afin que les fidèles qui désirent entrer dans l’état ecclésiastique, sachent bien à quel genre de dignité ils sont appelés et quelle est l’étendue de la puissance que Dieu a donnée à son Eglise et à ses Ministres. » (p. 306)<br />
Il développe cette idée dans le § 2 intitulé : « De la puissance ecclésiastique » :</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que fera également Saint Alphonse de Liguori dans son traité sur le Sacerdoce. Nous le verrons.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tout d’abord l’enseignement du Catéchisme du Concile de Trente</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« La puissance ecclésiastique est double, dit-il ; elle se partage<br />
1° en pouvoir d’Ordre,<br />
2° en pouvoir de Juridiction.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Le pouvoir d’Ordre a pour objet le Corps adorable de Notre Seigneur Jésus-Christ dans la Sainte eucharistie ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vous noterez immédiatement la relation que le Catéchisme établit entre le sacerdoce et l’Eucharistie. Le sacerdoce est pour l’Eucharistie. Il a été institué pour l’Eucharistie. « Faites ceci en mémoire de moi ». Nous aurons l’occasion d’y revenir</p>
<p style="text-align: justify;">« Le pouvoir de Juridiction s’exerce tout entier sur son Corps mystique. C’est à lui qu’il appartient de gouverner le peuple chrétien, de le conduire et de le diriger dans la voie de la céleste et éternelle félicité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pouvoir d’Ordre n’a pas seulement la vertu et la propriété de consacrer l’Eucharistie ; il prépare encore les cœurs à recevoir ce Sacrement, il les en rend dignes, et, en général, il s’étend à tout ce qui peut avoir quelque rapport avec l’Eucharistie.</p>
<p style="text-align: justify;">Cf les statuts de l’IBP, de la FSSPX</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le pouvoir de juridiction</strong> : « Nos Saints Livres parlent de ce pouvoir en beaucoup d’endroits. Mais nulle part il n’est exprimé plus clairement, ni d’une manière plus expresse, que dans Saint Matthieu et dans Saint Jean [8]. « Comme mon Père m’a envoyé. dit Notre-Seigneur, ainsi je vous envoie: recevez le Saint-Esprit: les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Ailleurs, il disait: [9] « En vérité Je vous le dis ; tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans Ie ciel. » Ces deux textes pourront jeter une lumière très grande sur la Vérité que nous exposons, si les Pasteurs ont soin de les expliquer d’après la doctrine et l’autorité des saints Pères.</p>
<p style="text-align: justify;">- Combien une telle puissance ne l’emporte-t-elle pas sur celle qui fut accordée sous la loi de nature aux hommes chargés du soin des choses sacrées ! Car l’âge qui précéda la Loi écrite, eut, lui aussi, son sacerdoce et son pouvoir spirituel, puisqu’il est certain qu’il avait sa loi: loi et sacerdoce tellement inséparable, au témoignage de l’Apôtre, que le changement de l’une entraîne nécessairement le changement de l’autre. Guidés par un instinct, ou plutôt par une inspiration naturelle, les hommes de ce temps-là sentaient qu’ils devaient honorer Dieu, et, par une conséquence nécessaire, ils durent, dans chaque pays, confier à quelques personnes choisies le soin des choses saintes et du service divin: ce qui constitue par le fait une sorte de pouvoir spirituel.</p>
<p style="text-align: justify;">- Chez les Juifs, on vit aussi un pouvoir sacerdotal, bien supérieur, il est vrai, à celui dont les Prêtres étaient revêtus sous la loi de nature, et cependant infiniment moins excellent que la puissance spirituelle de la Loi Evangélique ; puissance toute céleste, qui surpasse celle des Anges mêmes, qui d’ailleurs vient, non de Moise, mais de Jésus-Christ, Prêtre selon l’ordre de Melchisédech, et non selon l’Ordre d’Aaron. Oui, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ qui, possédant le pouvoir de conférer la Grâce et de remettre les péchés, a laissé à son Eglise ce même pouvoir, en le limitant il est vrai dans son exercice, et en l’attachant aux Sacrements ».</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà la raison de la dignité des ministres de Dieu : « C’est pour exercer ce pouvoir que des Ministres particuliers ont été institués et consacrés avec des Cérémonies solennelles. Cette Consécration a reçu le nom de sacrement de l’Ordre ou de sainte Ordination » Et c’est par cette consécration et les cérémonies qui l’entourent que l’Eglise veut ainsi « faire mieux apprécier la dignité et l’excellence des Ministres de Dieu », de l’ordre sacerdotal.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà le développement qu’en fait Saint Alphonse de Liguori :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il développe la même idée :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« La dignité du prêtre se mesure encore au pouvoir qu’il a sur le corps réel, et sur le corps mystique de Jésus-Christ. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quant au corps réel,</strong> c’est un article de foi que, quand le prêtre prononce les paroles de la consécration, le Verbe incarné est obligé d’obéir, et de venir entre ses mains sous les espèces sacramentelles. On est étonné quand on lit que Dieu obéit à Josué : obediente Deo voci hominis, et qu’il fit arrêter le soleil à la voix de cet homme : « Soleil, ne te meus point contre Gabaon… Le soleil s’arrêta au milieu du ciel » (Josué X, 12-13). Mais l’on doit s’étonner bien davantage que Dieu, obéissant à quelques paroles du prêtre « Ceci est mon corps », descende sur l’autel, ou partout ailleurs où le prêtre l’appelle, et toutes les fois qu’il l’appelle, vienne se mettre dans les mains du prêtre, quand bien même il serait son ennemi. Et depuis qu’il y est descendu, il y reste à la disposition du prêtre, qui peut le transporter d’un lieu à l’autre, soit qu’il le renferme dans le tabernacle, soit qu’il l’expose sur l’autel, ou le transporte hors de l’église. Il est en son pouvoir, s’il le veut, de s’en nourrir lui-même ou de le donner aux autres.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quant au corps mystique de Jésus-Christ</strong> qui consiste dans tous les fidèles, le prêtre a le pouvoir des clefs ; c’est-à-dire, qu’il peut délivrer le pécheur de l’enfer, et le rendre digne du paradis, en le rendant, d’esclave du démon qu’il était, un véritable fils de Dieu ; et Dieu lui-même s’est obligé de sanctionner le jugement du prêtre, et de pardonner, ou de ne pas pardonner, selon que le prêtre absout le pénitent, ou le condamne, pourvu cependant qu’il soit bien disposé. « Le pouvoir de juger donné au prêtre est si grand que le jugement céleste se règle sur son propre jugement ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dieu confirme la sentence que le prêtre prononce « La sentence de Pierre précède la sentence du Rédempteur ; le Seigneur suit le serviteur, et tout ce que ce dernier juge ici-bas, le Seigneur l’approuve au ciel » dit saint Pierre Damien.</p>
<p style="text-align: justify;">Si notre Rédempteur descendait dans une église, et qu’il se mît dans un confessionnal pour administrer le sacrement de pénitence, et qu’un prêtre se trouvât placé dans un autre confessionnal, Jésus dirait : « Ego te absolvo », le prêtre dirait en même temps, « Ego te absolvo », et les pénitents seraient également absous par l’un et par l’autre. Quel honneur ne serait-ce pas pour un sujet, si un roi lui accordait le privilège de délivrer de prison qui bon lui semblerait ? Mais n’est-il pas bien plus grand le pouvoir étonnant que Dieu le Père a accordé à Jésus-Christ, et Jésus-Christ aux prêtres de délivrer de l’enfer non seulement les corps, mais encore les âmes, dit saint Jean Chrysostome.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi donc la dignité sacerdotale est la plus noble des dignités de ce monde.</strong> Elle est supérieure à toutes les dignités des rois, des empereurs et des anges, affirme saint Bernard. Saint Ambroise dit que la dignité des prêtres diffère de celle des rois, comme l’or diffère du plomb. (…) Saint François d’Assise disait : « Si je voyais un ange du ciel et un prêtre ensemble, je plierais d’abord le genou devant le prêtre, ensuite devant l’ange ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le pouvoir du prêtre est supérieur à celui de la Sainte Vierge,</strong> car si la Mère de Dieu peut prier pour une âme, et obtenir en priant ce qu’elle veut, elle ne peut cependant l’absoudre de la moindre des fautes. Innocent III dit : « Bien que la Sainte Vierge fût plus excellente que les Apôtres, ce n’est pas à elle mais à eux que le Seigneur a confié les clefs du royaume des cieux ». Saint Bernardin de Sienne s’écrie : « Vierge bénie, je vous prie de m’excuser : je ne parle pas contre vous en disant que le Sacerdoce est au-dessus de vous ». Et il en donne pour raison que Marie conçut Jésus-Christ une seule fois, mais que le prêtre en consacrant le conçoit autant de fois qu’il le veut, de manière que si la personne du Rédempteur n’eût pas encore été dans le monde, le prêtre en proférant les paroles de la consécration, ferait naître cette grande personne de l’Homme-Dieu. « O vénérable dignité des prêtres, dans les mains desquels le Fils de Dieu s’incarne comme dans le sein de la Vierge ! » dit saint Augustin.</p>
<p style="text-align: justify;">(Fin du résumé).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La dignité sacerdotale et les ordres qui précédent le sacerdoce.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et le catéchisme de Trente enseigne ensuite que c’est en raison de la dignité du sacerdoce que l’Eglise a établi en son sein une succession d’ordres, les 7 ordres, les ordres mineurs et les ordres majeurs. Il écrit : « l’exercice d’un Sacerdoce si sublime étant une chose toute divine, il était de toute convenance, pour y attacher plus de dignité et lui attirer plus de vénération, qu’il y eût dans l’Eglise plusieurs sortes de Ministres de rangs différents, et destinés à assister les Prêtres, chacun selon ses fonctions propres. Voilà pourquoi ces fonctions sont distribuées de telle sorte que ceux qui ont reçu la tonsure cléricale, sont élevés ensuite aux Ordres supérieurs, en passant par les Ordres inférieurs.<br />
II faudra donc enseigner, et l’Eglise catholique l’a toujours fait, que ces Ordres sont au nombre de sept, désignés sous les noms de Portier, de Lecteur, d’Exorciste, d’Acolyte, de Sous-Diacre, de Diacre et de Prêtre. Et c’est avec une grande sagesse que ces Ordres ont été établis en pareil nombre ». I</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tous « sont nécessaires pour célébrer le Saint Sacrifice de la Messe, et pour administrer la Sainte eucharistie.</strong> Car c’est pour ces deux fins qu’ils ont été spécialement institués. Ces Ordres se divisent en majeurs, et en mineurs. Les Ordres majeurs, qu’on appelle aussi Ordres sacrés, sont la Prêtrise, le Diaconat et le Sous-diaconat. Les Ordres mineurs sont ceux d’Acolyte, d’Exorciste, de Lecteur et de Portier. Nous allons dire un mot de chacun d’eux, afin que les Pasteurs puissent les expliquer, surtout à ceux qui, selon eux, seraient appelés à les recevoir ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il suit alors, dans le catéchisme, tout un exposé sur les différents ordres, mineurs et majeurs. (cf p 309- 315)</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Deuxième conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 11:28:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Deuxième conférence.</strong></p>
<p><strong><span style="color: #cc0000;">Vos dispositions en entrant au séminaire.<br />
« Domus caritatis »</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale1.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4026" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale1.bmp" alt="" /></a>NSJC a donc voulu s’adjoindre des hommes pour participer à l’oeuvre qu’il est venu réaliser sur la terre : une œuvre de sanctification par l’offrande de son sacrifice, signe et preuve de son immense charité. Il leur a dit : « Désormais, je fais de vous des pécheurs d’hommes ». Et, dit l’Evangile, « ayant tout abandonné, ils l’ont suivi » (Mt 4 19-21)</p>
<p style="text-align: justify;">Plus loin, toujours dans saint Matthieu, il est écrit : « Ayant appelé ses douze disciples, il leur donna pouvoir de chasser les esprits impurs (…) Voici les noms des douze apôtres » (Mt 10 1-2)</p>
<p style="text-align: justify;">Il leur donne ensuite un ensemble de considérations très belles qu’il faut lire et méditer. Votre sacerdoce n’est pas livré à votre fantaisie, votre bon plaisir. Il est essentiellement l’œuvre du Christ. Il faut donc en connaître la pensée pour conformer votre être à l’idéal sacerdotal tel que voulu par NSJC.<strong> Le sacerdoce est un œuvre « christique ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Ce sont ces douze que Jésus envoya, après leur avoir donné ces instructions :</p>
<p style="text-align: justify;">« N&#8217;allez point vers les Gentils, et n&#8217;entrez dans aucune ville des Samaritains;<br />
allez plutôt aux brebis perdues de la maison d&#8217;Israël.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Sur votre chemin, annoncez ceci : « Le royaume des cieux est proche ». </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà précisé l’objet de la prédication des apôtres de Jésus-Christ : prêcher le royaume de cieux. Le royaume de la béatitude.</p>
<p style="text-align: justify;">« Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons : <strong>vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà un beau conseil sacerdotal qu’il faut méditer…Générosité dans la vie sacerdotale, dans l’apostolat. L’égoïsme est au antipode de l’idéal sacerdotal. Un prêtre qui ne pense qu’à lui est une « contradiction ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Ne vous procurez ni or, ni argent, ni petite monnaie pour vos ceintures, ni besace pour la route, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton; car l&#8217;ouvrier mérite sa nourriture ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà la pauvreté enseignée par le Maître</strong>. Elle doit être vécue dans le ministère. <strong>L’accomplir sans esprit de lucre.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« En quelque ville ou bourg que vous entriez, informez-vous qui y est honorable, et demeurez là jusqu&#8217;à votre départ ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ici, il faut noter la prudence dans le ministère</strong> : « qui est honorable ».</p>
<p style="text-align: justify;">« En entrant dans la maison, saluez-la; et si la maison en est digne, que votre paix vienne sur elle; mais si elle n&#8217;est pas digne, que votre paix vous revienne.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ici je retiendrai la politesse dans le ministère. La politesse n’est pas la vertu la mieux partagée dans le monde sacerdotal.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Si l&#8217;on refuse de vous recevoir et d&#8217;écouter vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville en secouant la poussière de vos pieds.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ici, je retiendrai le sens de l’honneur et de la justice,</strong> sachant que Dieu en a la garde pour ses ministres : « Je vous le dis en vérité : il y aura moins de rigueur, au jour du jugement, pour le pays de Sodome et de Gomorrhe que pour cette ville ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups : soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. Tenez-vous en garde contre les hommes, car ils vous livreront aux sanhédrins et vous  flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez traduits à cause de moi devant gouverneurs et rois, en témoignage pour eux et les Gentils ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Donc ici le Seigneur nous rappellent le grande « prudence » dans notre apostolat.</strong> Ne pas se faire d’illusion sur les hommes…N’oubliez jamais le plan divin de salut. Il est au cœur du grand combat politique entre l’Eglise et le monde. Ce combat est actuel en chaque génération. Il fut particulièrement féroce pendant les quatre premiers siècles de l’Eglise jusqu’à la conversion de Constantin. Puis l’Eglise eut un temps de paix. Puis aux siècles des invasions l’Eglise connut de nouveau les persécutions. Puis ce fut la très belle période du Moyen Age, jusqu’à la Renaissance. Avec elle, le conflit devint plus intellectuel, plus moral, plus littéraire. C’est le retour à l’idéal païen. C’est le refus de l’autorité du Christ, la négation de son domaine souverain. Cette opposition éclata au grand jour avec la Révolution française et l’affirmation de la Raison opposée au Christ, du Naturalisme, nouvelle négation de Dieu et de son Christ. Le combat luciférien s’incarna alors de nouveau et dans le cœur des personnes et dans les Institutions. Le refus de Dieu est le formel des temps modernes. « Ecrasons l’Infâme » disait Voltaire. Et ce fut la chute des monarchies, le sacrifice de Louis XVI, parce que Roi très chrétien. Ce fut la persécution des prêtres, terribles persécutions. Le formel de la pensée révolutionnaire reste le formel de la politique contemporaine. La réunification italienne s’est faite contre l’autorité du pape, contre les Etats pontificats, garants de l’indépendance du Pontife Romain. Cette opposition au Christ et à l’Eglise est au cœur de toutes les loges maçonniques qui prolifèrent en ce 18ème siècle et ce 19 siècle…Et c’est alors le triomphe du laïcisme qui se dresse lui aussi contre le Christ et son autorité, contre l’Eglise. C’est alors au début du 20ème siècle l’expulsion du territoire nationale des congrégations religieuses, des Jésuites, des Carmes, des Bénédictins…. C’est le monopole de l’école au profit de l’Etat, de la délivrance des diplômes. C’est le fruit du laïcisme. Et puis nous avons, dans le milieu du 20ème le développement de ces « idéologies du mal » dont nous parle Jean-Paul II dans son livre « Mémoire et Identité », que sont le nazisme et le communisme qui n’ont cessé de combattre l’Eglise et ses prêtres…Et le pape Jean-Paul II de démontrer que ces « idéologies du mal » ne sont rien d’autre que le fruit de l’idéalisme qui plonge ses racines dans le « cogito ergo sum » de Descartes. Et avec cet idéalisme philosophique qui s’installe dans bien des Universités européennes, va se développer, comme une conséquence, le modernisme que Saint Pie X va condamner au début du 20ème siècle et qui sera triomphant à l’occasion du Concile Vatican II dans bien des documents conciliaires et tout particulièrement dans le document sur la liturgie. La réforme liturgique et la messe de Paul VI en seront une triste application. Et pour complaire au courant libéral et protestant, cette réforme cherche à effacer, a étouffer les affirmations tellement essentielles à la messe : la notion de sacrifice propitiatoire, la notion de présence réelle du Christ sous les apparences du pain et du vin, la notion du sacerdoce ministériel…tous éléments constitutifs du plan divin du salut.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au milieu de tous ces drames, le saint Esprit protège son Eglise et suscite les martyrs, les Vierges, les confesseurs, les docteurs, les saints Rois, saint Louis, Saint Etienne, les saintes Congrégations, les Franciscains, les Dominicains, les Jésuites, lors de la Réforme et de la Contre Réforme, les saints Conciles et tout particulièrement le saint Concile de Trente face au protestantisme et ses admirables Décrets et Canons et son merveilleux catéchisme pour les Curés et le peuple. Le Saint Esprit suscite les Pontifes, saint Pie V, qui nous donna comme dans un écrin à garder le mystère du Christ Jésus sainte Victime de propitiation, saint Pie X qui lutta contre le modernisme et enfin comme mille autres dans le temps, Mgr Lefebvre, qui nous donna sa si importante déclaration du 21 novembre 1974 s’opposant avec Mgr de Castro Mayer à ce Concile Vatican II si dramatique pour l’Eglise et son unité.</p>
<p style="text-align: justify;">« Lorsqu&#8217;on vous livrera, ne vous préoccupez ni de la manière dont vous parlerez, ni de ce que vous aurez à dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné à l&#8217;heure même. Car ce n&#8217;est pas vous qui parlerez, c&#8217;est l&#8217;Esprit de votre Père qui parlera en vous ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelles que soient les difficultés rencontrées, il faut garder grand abandon et grande confiance en Dieu.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant, et les enfants s&#8217;élèveront contre leurs parents et les feront mettre à mort ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Vous serez en haine à tous à cause de mon nom; mais celui qui persévérera jusqu&#8217;à la fin, celui-là sera sauvé. Lorsqu&#8217;on vous poursuivra dans cette ville, fuyez dans une autre. En vérité, je vous le dis, vous n&#8217;aurez pas achevé (de parcourir) les villes d&#8217;Israël; avant que le Fils de l&#8217;homme ne soit venu ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Il n&#8217;y a pas de disciple au-dessus du maître, ni de serviteur au-dessus de son seigneur. Il suffit au disciple d&#8217;être comme son maître, et au serviteur comme son seigneur. S&#8217;ils ont appelé le maître de maison Béelzéboul, combien plus les gens de la maison ! Ne les craignez donc point : car il n&#8217;y a rien de caché qui ne doive se découvrir, rien de secret qui ne doive être connu ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Souvenez-vous de cet ordre du Seigneur : Il suffit au disciple d&#8217;être comme son maître, et au serviteur comme son Seigneur.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour, et ce que vous entendez à l&#8217;oreille, publiez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l&#8217;âme; craignez plutôt celui qui peut perdre l&#8217;âme et le corps dans la géhenne ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Avoir la crainte de Dieu et nullement la crainte du monde. Avoir confiance en Dieu : tel est l’ordre du Seigneur</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">« Deux moineaux ne se vendent-ils pas un as? Et pas un d&#8217;entre eux ne tombe sur la terre, sans (la permission de) votre Père. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point : vous valez, vous, plus que beaucoup de moineaux ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Celui donc qui me confessera devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux; mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Avoir l’audace dans notre ministère.</strong> Cela paye auprès de Dieu…Saint Pierre et Saint Jean nous en donne la preuve dès l’origine de l’Eglise. Souvenez vous des Actes des Apôtres, du Chapitre 4 :<br />
<em>« Or, pendant qu&#8217;ils parlaient au peuple, survinrent près d&#8217;eux, les prêtres, le commandant du temple et les Sadducéens, fort mécontents de ce qu&#8217;ils enseignaient le peuple et annonçaient en Jésus la résurrection d&#8217;entre les morts.<br />
Ils portèrent les mains sur eux et (les) mirent en prison jusqu&#8217;au lendemain,<br />
car c&#8217;était déjà le soir. Cependant beaucoup de ceux qui avaient entendu le discours crurent, et le nombre des hommes devint de cinq mille environ.<br />
« Puis, le lendemain, leurs chefs, les Anciens et les scribes de Jérusalem<br />
s&#8217;assemblèrent, ainsi que Anne le grand prêtre, Caïphe, Jean, Alexandre, et tous ceux qui étaient de famille pontificale. Et les ayant fait comparaître devant eux, ils demandèrent : &nbsp;&raquo; Par quel pouvoir et au nom de qui avez-vous fait cela? &nbsp;&raquo; </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Alors Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit : &nbsp;&raquo; Chefs du peuple et Anciens, puisqu&#8217;on nous interroge aujourd&#8217;hui sur un bienfait (accordé) à un infirme, (pour savoir) comment cet homme a été guéri, sachez-le bien, vous tous, et tout le peuple, d&#8217;Israël : C&#8217;est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, que Dieu a ressuscité des morts, c&#8217;est par lui que cet homme est présent devant vous en pleine santé. C&#8217;est lui, la pierre rejetée par vous les constructeurs, qui est devenue tête d&#8217;angle. Et le salut n&#8217;est en aucun autre, car il n&#8217;est sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. &nbsp;&raquo;<br />
</em>Vous le voyez, saint Pierre confesse merveilleusement le plan divin de salut, tout résumé dans le Christ.<br />
<em>« Lorsqu&#8217;ils virent l&#8217;assurance de Pierre et de Jean, sachant qu&#8217;ils étaient des hommes sans instruction et du commun, ils étaient étonnés, et ils les<br />
reconnaissaient pour avoir été avec Jésus. Mais, comme ils voyaient debout, avec eux, l&#8217;homme qui avait été guéri, ils n&#8217;avaient rien à répliquer. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Les ayant fait sortir du sanhédrin, ils se consultèrent entre eux, disant : &nbsp;&raquo; Que ferons-nous à ces hommes? Qu&#8217;un miracle manifeste soit arrivé par eux, la chose est claire pour tous les habitants de Jérusalem, et nous ne<br />
pouvons le nier. Mais pour que cela ne se répande pas davantage parmi le peuple, défendons-leur avec menaces de parler désormais en ce nom-là à qui que ce soit. &nbsp;&raquo; Et, les ayant rappelés, ils leur interdirent absolument de parler et<br />
d&#8217;enseigner au nom de Jésus. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Pierre et Jean, répliquant, leur dirent : &nbsp;&raquo; Jugez s&#8217;il est juste devant Dieu<br />
de vous écouter plutôt que Dieu; car, pour nous, nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu. &nbsp;&raquo;<br />
« Après leur avoir fait des menaces, ils les relâchèrent, ne trouvant aucun<br />
moyen de les punir, à cause du peuple, parce que tous glorifiaient Dieu de ce<br />
qui était arrivé.<br />
En effet, l&#8217;homme à qui était arrivée cette guérison merveilleuse avait<br />
plus de quarante ans.<br />
« Une fois relâchés, ils allèrent vers les leurs et racontèrent tout ce que les<br />
grands prêtres et les Anciens leur avaient dit. Ce qu&#8217;ayant entendu, eux élevèrent d&#8217;un même cœur la voix vers Dieu, en disant : &nbsp;&raquo; Maître, c&#8217;est vous qui avez fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu&#8217;ils renferment; qui avez dit par l&#8217;Esprit-Saint, [par la] bouche de [notre père] David, votre serviteur : Pourquoi les nations ont-elles frémi, et les peuples ont-ils formé de vains (projets)?<br />
Les rois de la terre se sont présentés, et les chefs se sont ligués ensemble<br />
contre le Seigneur et contre son Oint. Car, en vérité, ils se sont ligués dans cette ville contre votre saint serviteur Jésus, que vous avez oint, Hérode et Ponce-Pilate avec les nations et les peuples d&#8217;Israël, afin de faire ce que votre main et votre volonté avaient fixé d&#8217;avance pour arriver. Et maintenant, Seigneur, considérez leurs menaces, et donnez à vos serviteurs d&#8217;annoncer votre parole en toute assurance, en étendant votre main pour qu&#8217;il se fasse des guérisons, des miracles et des prodiges, par le nom de votre saint serviteur Jésus. &laquo;&nbsp;Quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient réunis trembla, et ils furent tous remplis du Saint-Esprit; et ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance ». </em></p>
<p style="text-align: justify;">« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je suis venu apporter, non la paix, mais le glaive. Car je suis venu séparer le fils de son père, la fille de sa mère, et la bru de sa belle-mère; et on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pensez au glaive de Notre Dame dans la prophétie de Siméon.<br />
Pensez à cette opposition acharnée du monde contre le Christ…ce que les fidèles de saint Pierre viennent juste de nous rappeler.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n&#8217;est pas digne de moi; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n&#8217;est pas digne de moi ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le <strong>don de soi pour le choix de Dieu doit être absolu</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n&#8217;est pas digne de moi. Celui qui cherche à conserver sa vie, la perdra; et celui qui perd sa vie à cause de moi, la retrouvera ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comme le Christ qui a pris sa Croix, le prêtre doit aussi prendre sa croix. Voilà l’imitation de NSJC affirmée</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m&#8217;a envoyé. Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra une récompense de prophète; et celui qui reçoit un juste en qualité de juste, recevra une récompense de juste ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelle dignité du prêtre puisqu’il est identifié ici au maître.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Et quiconque donnera à boire seulement un verre d&#8217;eau fraîche à l&#8217;un de ces petits parce qu&#8217;il est disciple, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense. »</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’Evangile de saint Marc, il y a un petit détail qui n’est pas dans l’évangile de saint Matthieu : « Etant monté sur la montagne, il appela ceux que lui-même voulut, et ils vinrent à lui » (Mc 3 13).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Sur la montagne ».</strong> Vous savez que dans l’Ecriture sainte, la montagne, c’est le Christ. On va « à la Montagne qu’est le Christ ». « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste (…) du médiateur de la nouvelle alliance, Jésus » (Hb 12 22 24) (Voir aussi la collecte de la fête de sainte Catherine d’Alexandrie, 25 novembre qui se termine par ces mots : « nous puissions parvenir à cette montagne qu’est le Christ ».<br />
On va « à la montagne qui est le Christ », de même qu’on monte à l’autel qui est aussi comme une montagne représentant le Christ. Nous montons vers le Christ. Lui aussi a voulu aller sur la montagne pour appeler ses apôtres afin de leur manifester la séparation du siècle qu’il attendait d’eux. Il leur demandait par là de quitter le monde afin d’être d’avantage unis à Lui.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà votre préoccupation ici en entrant dans ce séminaire. Ce séminaire est pour vous comme « la montagne », comme le Seigneur : vous désirez vous unir totalement à Lui en quittant le monde.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quelle leçon pour vous !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Laissant tout »</strong> : Eux aussi quittent leur foyer, leurs parents, leur famille. Ils abandonnent tout pour suivre NSJC. Comme eux, vous devez tout abandonner pour être au séminaire de NSJC, à l’école de NSJC, l’écoutant, le voyant agir admirant son enseignement, ses vertus…sa passion, son sacrifice. Suivre NSJC plus complètement afin de monter à l’autel offrir le saint sacrifice et vous offrir en victime avec la Victime qui s’offre sur l’autel. Voilà le prêtre : aimer le Bon Dieu au point de tout quitter pour se donner à NSJC.</p>
<p style="text-align: justify;">NSJC appela ceux qu’Il voulut (Mc 3 13) et il choisit les douze. Il vous choisit.<br />
Saint Paul affirme aussi que ceux qui sont appelés ne se choisissent pas eux-mêmes. « Personne ne reçoit cet honneur par lui-même, mais on y est appelé.<br />
<strong>Vous êtes appelés</strong>…Saint Paul, lui, a été terrassé sur le chemin de Damas… et c’est cet appel qui fait votre vocation. <strong>Ce n’est pas tellement votre désir personnel. Ce désir est comme une conséquence de l’appel de Dieu.</strong> Vous pouvez repasser l’histoire de votre vocation dans votre mémoire et vous vous rendrez compte que c’est Dieu qui vous a appelé secrètement.<br />
« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dit NSJC mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jn 15 16). Jésus nous a choisis. Nous croyons souvent que c’est nous qui avons choisis de devenir prêtre. Quelle illusion ! C’est méconnaître la toute puissance de Dieu qui nous mène bien plus que nous ne nous menons nous-mêmes. NSJC nous a conduits jusqu’au séminaire. Il nous a choisi pour cette vocation sacerdotale. <strong>Nous sommes choisis et envoyés dans le monde par Lui.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est là pour nous une source de confiance.</strong> Nous avons confiance qu’ayant été choisi par Dieu, d’être soutenus par sa main dans notre activité et notre sanctification sacerdotale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi que cela soit clair pour vous : totalité du don de vous-même, et totale confiance en Dieu qui mènera à bonne fin son œuvre. Voilà une disposition foncière de votre âme en entrant au séminaire.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Qu’il soit clair aussi que « la vocation consiste essentiellement dans l’appel de l’Eglise confirmant le désir et les dispositions nécessaires pour collaborer à l’œuvre de la Rédemption voulue et accomplie par NSJC afin de rendre gloire à Dieu et de sauver les âmes ». (ib p. 34). C’est çà le plan de salut…« C’est ce désir d’offrir sa vie, de la mettre à la disposition de NSJC pour aider à parfaire l’œuvre de la Rédemption, de quelque manière que ce soit, qui est un premier signe de l’appel de Dieu, si par ailleurs les dispositions de l’esprit et du cœur et du corps sont présentes. Mais c’est l’Eglise, par l’intermédiaire des évêques et des supérieurs, qui jugera de l’authenticité de cet appel, qui d’intérieur doit devenir effectif et public » (ib 34-35)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>N’oubliez pas : la vocation sacerdotale exige de vous un don total mais une grande confiance en Dieu.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les dispositions du séminariste et le Catéchisme du Concile de Trente.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voici comment le Catéchisme du Concile de Trente parle des dispositions qu’il convient d’avoir pour gagner le « Royaume de Dieu » l’objet de la seconde demande du Pater, « que votre Règne arrive », l’objet, je pense de votre cœur, la raison de votre venue au séminaire : chercher le royaume de Dieu pour vous et pour d’autres. Il y a des affirmations qui peuvent vous être utiles dans votre vie de séminaristes et de futurs prêtres, (car, enfin, vous êtes séminaristes pour être prêtres).</p>
<p style="text-align: justify;">Selon l’enseignement de ce catéchisme, je me dois de vous exhorter d’abord à bien peser toute la force et la portée de cette parabole du Sauveur: « Le Royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ. Un homme vient-il à le trouver, il le cache de nouveau, et dans sa joie, il s’en va, vend tout ce qu’il possède et achète ce champ. » (Mt 13 44)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi celui qui connaîtra les richesses de Notre Seigneur Jésus-Christ, pour lui, méprisera tout le reste.</strong> Biens, fortune, puissance, tout sera vil à ses yeux. Rien ne saurait être comparé à ce souverain Bien, ou plutôt rien ne saurait tenir devant Lui. C’est pourquoi ceux qui auront le bonheur de connaître ces richesses du Royaume de Dieu, s’écrieront avec l’Apôtre: « Je me suis dépouillé de tout, je fais cas de toutes choses comme de la boue, pour gagner Jésus-Christ. » (Phi 3 8).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est la perle précieuse de l’Evangile.</strong> Celui qui aura dépensé pour l’acheter tout l’argent qu’il avait retiré de la vente de tous ses biens jouira d’un bonheur éternel, source de la joie..</p>
<p style="text-align: justify;">Heureux serions-nous, si Notre Seigneur Jésus-Christ daignait nous éclairer assez pour faire voir cette perle de la Grâce divine, par laquelle Il règne en tous ceux qui Lui appartiennent ! (Cette perle : c’est le sacrifice du Christ, sacrifice qui est la raison du Christ et donc la raison du prêtre, un autre Christ).</p>
<p style="text-align: justify;">Nous serions prêts à tout vendre et à tout donner, jusqu’à nous-mêmes, pour l’acquérir et pour la conserver. C’est alors que nous pourrions dire, sans la moindre crainte: « Qui pourra nous séparer de la Charité de Jésus-Christ ? » (Rm 8 35). Que si nous voulons savoir quelle est l’excellence de la gloire du Royaume céleste, et combien elle l’emporte sur tout le reste, écoutons ce que dit le Prophète Isaïe, et après lui l’Apôtre Saint Paul: « L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, le cœur de l’homme n’a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. » (Is 64 4 ; 1 Cor 2 9).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je souhaite que vous ayez cette même ardeur ici décrite. Et cette même joie. Ce qui est premier, dans la pesnée du catéchisme de Trente, c’est la connaissance de cette «perle ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais pour obtenir plus sûrement cette « perle » il est très utile de vous redire à vous-mêmes « qui suis-je »,</strong> c’est-à-dire enfant d’Adam, trop justement chassé du paradis, condamné à l’exil, et digne par mes misères et mes péchés, de toute la colère de Dieu et des éternels supplices. Alors nous nous tiendrons dans l’abaissement et l’abjection. <strong>Notre Prière sera pleine d’humilité.</strong> Nous nous défierons de nous-mêmes, pour nous jeter, comme le Publicain de l’Evangile, dans le sein de la Miséricorde de Dieu. Nous rapporterons tout à sa Bonté, et nous lui rendrons d’immortelles actions de grâces, d’avoir bien voulu « nous donner son esprit dans lequel nous avons la confiance de crier: Père, Père ! » (Rm 8 15)</p>
<p style="text-align: justify;">Nous cherchons ensuite à bien connaître ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter pour parvenir au Royaume céleste, à posséder cette « perle précieuse ». Nous nous souviendrons que « Dieu ne nous a pas appelés à l’oisiveté et à la paresse ; Il nous dit au contraire: « Le Royaume des cieux souffre violence, et ce sont les violents qui l’emportent. » (Mat 11 12) Et ailleurs: « Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les Commandements. »Mt 19 17)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Ce n’est donc point assez de demander le Royaume de Dieu, si en même temps on ne travaille avec soin et avec zèle à le mériter.</strong> Il faut aider la grâce, et devenir les coopérateurs de Dieu dans la route à suivre pour arriver au ciel. Dieu ne nous abandonne jamais. Il nous a promis d’être toujours avec nous. A nous de prendre garde de ne point quitter Dieu et de ne point nous abandonner nous-mêmes. Dieu a mis dans son Eglise, qui est son Royaume ici-bas, tout ce qui est nécessaire pour protéger notre vie mortelle et assurer notre Salut éternel: et ces légions d’Anges invisibles, et ce trésor visible des Sacrements, si riches en grâces célestes. Je veux parler surtout du sacrement de l’Eucharistie, du Sacrifice du Christ, qui contient tout du Christ, toutes ses vertus. Avec de tels secours, que la bonté de Dieu nous a ménagés, non seulement nous n’avons rien à craindre de la puissance de nos ennemis acharnés, &#8211; n’oublions jamais le combat acharné que Lucifer, avec ses suppôts, mène dans le monde &#8211; mais même nous pouvons terrasser le tyran des enfers et le fouler aux pieds avec ses cruels satellites ». Il faut se confier à la Vierge Marie et à la protection de saint Michel…</p>
<p style="text-align: justify;">« Demandons donc très instamment au Saint Esprit qu’Il nous enseigne à faire toutes choses selon sa volonté ; qu’Il détruise l’empire de Satan, afin qu’au dernier jour il n’ait aucun pouvoir sur nous. Demandons que Jésus-Christ soit vainqueur, et qu’Il triomphe ; que ses lois soient en vigueur par toute la terre, que ses décrets soient partout exécutés, qu’il n’y ait ni traître ni déserteur parmi les siens, et que tous se montrent tels qu’ils puissent se présenter avec confiance devant Dieu leur Souverain, et entrer ensuite en possession du Royaume céleste qui leur a été préparé de toute éternité, et où ils jouiront avec Jésus-Christ d’un bonheur qui n’aura point de fin ». (p 507-508)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>N’oubliez pas que la vocation sacerdotale c’est le désir de s’attacher au Créateur et Sauveur Jésus-Christ d’un amour exclusif et partager sa soif de sauver les âmes.</strong> « Un jour je serai envoyé vers les âmes pour les convertir, pour leur donner cette lumière dont elles ont besoin, pour les mener à la vie éternelle, pour leur faire gagner le Royaume de Dieu. Quelle joie de participer à la mission de NSJC »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Don total de soi-même</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet dans la mesure où un séminariste se donne seulement à moitié et où il ne veut pas se détacher de lui-même, il risque de devenir un prêtre médiocre.<strong> Or un prêtre médiocre est un pauvre prêtre, un triste prêtre,</strong> parce qu’il reste en lui l’amour du monde et qu’il veut quand même l’amour de Dieu. Il est toujours partagé entre ses deux désirs. Il ne sait pas exactement qui il préfère, si c’est Dieu ou si c’est le monde, si ce sont ses satisfactions ou si ce sont celles de Dieu. C’est un pauvre prêtre et il risque un jour, devant la tentation, devant les difficultés, de sombrer comme l’ont fait tant de prêtres depuis le Concile Vatican II. <strong>Il faut être des hommes de désir.</strong> On ne peut pas refuser indéfiniment l’appel de Dieu sans se mettre dans une situation toujours proche de la chute, proche de l’abandon. De la qualité du don de nous-mêmes, dépend notre fidélité. Il faut se donner complètement à Dieu, sans limite, sans mesure. « La mesure d’aimer Dieu c’est de l’aimer sans mesure » dit saint Bernard dans son traité de l’amour de Dieu. A la différence des vertus morales, il n’y a pas de mesure dans les vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Don de soi avec promptitude, avec spontanéité, avec Charité. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Thomas dit que la promptitude avec laquelle nous ouvrons notre cœur à Dieu manifeste que nous aimons Dieu, que nous sommes prêts à obéir à sa volonté, à nous donner à lui.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>II II 82 2 ad 2 : « …la charité engendre la dévotion, car l&#8217;amour rend prompt au service de l&#8217;ami; et en outre, la dévotion nourrit la charité, de même que toute amitié se conserve et s&#8217;accroît par l&#8217;exercice et la pensée de services amicaux ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voir aussi la règle de saint Benoît chapitre 5</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce que dit aussi saint Paul : « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Cor 9 7). Il semble que le Bon Dieu n’aime pas celui qui donne avec tristesse, comme s’il regrettait le don qu’il fait de lui-même.<br />
Et c’est encore saint Paul qui dit aussi aux Corinthiens : « Je vous parle comme à mes enfants : vous aussi élargissez vos cœurs » (2 Cor 6 13)<br />
« Notre bouche s’est ouverte pour vous, ô Corinthiens, notre cœur s’est élargi » (ib 11). N’ayez pas des cœurs étroits, fermés, égoïstes qui craignent de se donner à Dieu. (C’est ce texte de saint Paul que cite Benoît XVI dans sa lettre aux évêques accompagnant son Motu Proprio « Summorum Pontificum »).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Elargissez, ouvrez, dilatez donc vos cœurs.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà les dispositions qui peuvent vous faire croître dans l’amour de Dieu et vous faire recevoir les grâces des sacrements avec abondance, et ainsi vous faire monter dans l’union à Dieu, dans l’intimité avec Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est cette intimité avec Dieu qui vous donnera un équilibre, une paix, une fermeté, une constance à toutes épreuves</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’intimité avec Dieu. La connaissance intime de Dieu(Saint Ignace)</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les séminaristes qui ont compris la nature de leur vocation viennent au séminaire comme les moines viennent dans un monastère, <strong>pour chercher Dieu.</strong> Lorsqu’un jeune aspirant à la vie bénédictine se présente, le père abbé lui demande : « Pourquoi viens-tu » au monastère ? Celui-ci répond : « Pour chercher Dieu ». Alors le père abbé poursuit : « Si vraiment tu cherches Dieu », alors viens entre au monastère. C’est cela le séminaire. C’est cela votre préoccupation : approcher de Dieu, le connaître comme peut le connaître une créature transformée par la grâce, dont l’âme est devenue vraiment divine par participation. Sans doute vous croyez déjà en Dieu. Mais autre chose est de savoir que Dieu est, autre chose de s’approcher vraiment de lui. C’est cela que vous venez chercher au séminaire et c’est en cela que consiste la sainteté, la perfection, la justice.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cherchez Dieu constamment.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Non de cette recherche agnostique et sans fin…(Tertullien se moque de cette recherche…dans son œuvre « de prescriptione haereticorum »)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais se rapprocher de Dieu par la science, par la foi mais aussi par l’amour.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vous me direz que l’amour n’est pas source de connaissance. Bien sûr que ci. A travers l’amour il y a une source de connaissance. Il y a une connaissance. Celui qui aime beaucoup sa mère, devine ses pensées ; et la mère qui aime son fils connaît son enfant peut-être mieux que quiconque, précisément en raison de son amour maternel. Il en est de même de l’âme par rapport à Dieu. L’amour que l’âme porte à Dieu lui donne une connaissance par connaturalité qui lui fait connaître Dieu d’une manière plus parfaite qu’on peut même le connaître dans les livres. C’est pourquoi on peut comprendre que des âmes très simples qui n’ont jamais fait de théologie ni de philosophie, aient une connaissance de Dieu plus parfaite que les plus grands philosophes ou théologiens. Cet amour fait saisir la grandeur de Dieu. Il fait estimer Dieu comme il doit l’être et mettre chaque chose à sa place. Dieu donne ses grâces de lumière. Cela est très important pour notre perfection. « Est-ce que je cherche Dieu » : telle doit être votre question.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>N’oubliez pas la raison du sacerdoce, c’est la rédemption qui fut opérée par le sacrifice de NSJC. Et donc notre recherche de Dieu en tant que séminariste, futurs prêtres, doit se focaliser sur le sacrifice, manifestation de la charité du Christ. C’est la « perle précieuse » du « royaume de Dieu » : « Nous sommes les ministres de NSJC, les dispensateurs des mystères de Dieu » (1Cor 4 1). Le mystère de Dieu est son amour manifesté et connu en ce mystère de la Rédemption</strong></p>


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		<title>Le sacerdoce catholique. Première conférence</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Dec 2010 10:53:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[la doctrine catholique]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong><span style="color: #cc0000;"><a href="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale.bmp"><img class="alignleft size-full wp-image-4021" title="année sacerdotale" src="http://www.revue-item.com/wp-content/uploads/2010/12/année-sacerdotale.bmp" alt="" /></a>Au cours de l&#8217;annnée sacerdotale  de 2009-2010, décrétée par Benoît XVI, pour l&#8217;Eglise Universelle, j&#8217;ai eu la joie de prêcher au séminaire de Courtalain de l&#8217;Institut du Bon Pasteur,  la retraite d&#8217;entrée des nouveaux séminaristes. Je leur ai essentiellement parlé de &laquo;&nbsp;la dignité du Sacerdoce&nbsp;&raquo; en 14 conférences. Je les mets sur mon site en cette rubrique &laquo;&nbsp;l&#8217;année sacerdotale&nbsp;&raquo;. Ce fut ma petite contribution pour faire aimer le sacerdoce catholique.</span></strong></em></p>
<p><strong><span style="color: #cc0000;">« Domus sanctitatis ».</span></strong></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Première conférence.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"> Au fronton du séminaire saint Vincent de Paul, il devrait être marqué cette inscription : « domus sanctitatis ». « Ici, c’est une maison de sainteté » parce que c’est une maison sacerdotale, de formation sacerdotale. Il faudrait aussi y ajouter : « Domus sacrificii » parce que le sacerdoce est ordonné à l’Eucharistie qui est, avant tout, « sacrifice » ; « Faites ceci en mémoire de moi ». Il faudrait aussi y ajouter : « Domus orationis » parce que le sacerdoce que vous souhaitez recevoir, un jour, est un sacerdoce de prière, Jésus se retirait souvent pour prier, de jour et de nuit. Telles seront, de fait, les idées sur lesquelles nous méditerons au cours de cette retraite.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Christ prêtre, « souverain prêtre selon l’ordre de Melchisédech » est la raison, est la cause de cette maison. Il en est le modèle. Or ce Christ est « saint ». Il est même  « la sainteté ». « Tu solus sanctus, tu solus Altissimus, tu solus Dominus ». Et les anges et les élus du ciel chantent à l’adresse de l’Agneau immolé: « Sanctus, Sanctus, Sanctus »</p>
<p style="text-align: justify;">Suite, ou mieux, en raison de la faute originelle, le Fils de Dieu, dans le Conseil trinitaire, a résolu de s’incarner et de s’offrir à son Père, en son sacrifice, pour racheter les hommes de ce péché et de leurs péchés personnels.  Il a voulu verser son sang pour nous rendre de nouveau la vie divine.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai : une seule parole, un seul acte d’amour de NSJC incarné aurait suffi pour nous racheter tous. Mais NSJC a voulu prouver son amour d’une manière plus sensible encore en versant son sang pour nous, tout son sang ! Et il n’a pas voulu le faire pour une seule génération, sa génération. Il est venu sauver l’humanité toute entière et toutes les générations, celles d’avant son Incarnation, comme celles d’après. Il est le seul Sauveur. Avant comme après l’Incarnation, il faut, il fallait se soumettre « à l’autorité du Christ » (Apoc 12), au  Christ a venir ou au Christ venu. Saint Thomas d’Aquin le dit clairement dans son traité sur les sacrements lorsqu’il parle de la nécessité des sacrements.   </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Tel est, du reste,  le plan divin.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"> Juste un mot dans cette introduction, nous aurons l’occasion d’y revenir longuement dans la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ce plan divin fut l’occasion d’un grand conflit dans le ciel. Il est aujourd’hui encore l’occasion d’une lutte profonde sur cette terre. C’est le combat de l’Eglise et de la Révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">Et sachez que votre sacerdoce se situe en plein cœur de ce combat. Ceux qui ne le comprennent pas, seront, nécessairement, un jour les membres de la « cinquième colonne », la colonne des traites, de ceux qui travaillent pour la Révolution qui s’oppose à « l’autorité du Christ », comme jadis, au Ciel, Lucifer s’opposa au plan du salut.</p>
<p style="text-align: justify;">Souvenez-vous de la deuxième antienne des Vêpres de la fête de saint Michel : « Et tandis que l’archange Michel luttait contre le dragon, on entendit la voix de ceux qui disaient : «le  Salut est à notre Dieu ».</p>
<p style="text-align: justify;">Saint Michel prit, si l’on peut dire,  le parti de Dieu. Dieu, après avoir créé les anges, leur révéla le mystère de l’Incarnation du Verbe dans le sein d’une femme sans égale, l’Immaculée. Il leur donna l’ordre d’honorer le Verbe incarné comme leur Roi et de l’adorer comme leur Dieu : « Et que tous les anges l’adorent », lisons nous dans l’Epître aux Hébreux (Hb 1 6). Ils reçurent aussi l’ordre d’honorer et de vénérer la Mère, créature pourtant non angélique et seulement humaine, comme leur Reine et leur Souveraine : « Ave Regina Coelorum, Ave, Domina Angelorum ». Salut, Reine des Cieux ! Salut, Souveraine des Anges » chantons nous à Complies du 2 février au mercredi saint.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le  salut par le Christ Jésus qui est le fruit de la Vierge Marie : tel est le plan de Dieu pour réparer la faute originelle.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le plus grand nombre des anges se soumit au décret divin et fut confirmé en grâce, obtenant la béatitude parfaite de la vison de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Lucifer, le premier des Anges, pourtant l’ange de Lumière, refusa de se soumettre au décret divin. Il considéra comme un déshonneur de s’incliner devant une nature inférieure, la nature humaine et du Fils, en tant qu’Homme et de la Mère.  C’est alors qu’Il prit la tête d’une redoutable rébellion, entraînant à sa suite un tiers des anges. Michel prit l’étendard de la fidélité et lui cria : « Quis ut Deux », pour te permettre de contester ses décrets.</p>
<p style="text-align: justify;">Ecoutez ! C’est le fameux chapitre 12 de l’Apocalypse :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Puis il parut dans le ciel un grand signe : une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. Elle était enceinte, et elle criait, dans le travail et les douleurs de l&#8217;enfantement. Un autre signe parut encore dans le ciel : tout à coup on vit un grand dragon rouge ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes, sept diadèmes; de sa queue, il entraînait le tiers des étoiles du ciel, et il les jeta sur la terre. <span style="text-decoration: underline;">Puis le dragon se dressa devant la femme qui allait enfanter afin de dévorer son enfant, dès qu&#8217;elle l&#8217;aurait mis au monde&nbsp;&raquo;. </span></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Voilà le combat des mauvais anges. Voilà le combat, sur la terre, en la politique, des suppôts des mauvais anges.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Or, elle donna le jour à un enfant mâle, qui doit gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer; et son enfant fût enlevé auprès de Dieu et auprès de son trône, et la femme s&#8217;enfuit au désert, où Dieu lui avait préparé une retraite, afin qu&#8217;elle y fût nourrie pendant mille deux cent soixante jours&nbsp;&raquo;. </em><span style="text-decoration: underline;">« <em>Et il y eut un combat dans le ciel.  Michel et ses anges combattaient contre le dragon; et le dragon et ses anges combattaient; mais ils ne purent vaincre, et leur place même ne se trouva plus dans le ciel. Et il fût précipité, le grand dragon, le serpent ancien, celui qui est appelé le diable et Satan, le séducteur de toute la terre, il fût précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. Et j&#8217;entendis dans le ciel une voix forte qui disait : </em></span><em><span style="text-decoration: underline;">« Maintenant le salut, la puissance et l&#8217;empire sont à notre Dieu, et l&#8217;autorité à son Christ ; car il a été précipité, l&#8217;accusateur de nos frères, celui qui les accuse jour et nuit devant notre Dieu.  Eux aussi l&#8217;ont vaincu par le sang de l&#8217;Agneau et par la parole à laquelle ils ont rendu témoignage, et ils ont méprisé leur vie jusqu&#8217;à mourir.</span>».</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em><span style="text-decoration: underline;"><strong>« Et j&#8217;entendis dans le ciel une voix forte qui disait : « Maintenant le salut, la puissance et l&#8217;empire sont à notre Dieu, et l&#8217;autorité à son Christ » </strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà la voix de saint Michel, son témoignage, voilà son testament qu’il crie du haut du ciel : <span style="text-decoration: underline;">« Maintenant le salut, la puissance et l&#8217;empire sont à notre Dieu, et l&#8217;autorité à son Christ ».</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà le cri de Saint Michel. Voilà le cri de l’Eglise.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà le cri du sacerdoce, sa raison d’être. Voilà ce que nous avons recueilli de Saint Jean et de son Apocalypse.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà votre sacerdoce : « confesser que « le salut, la puissance et l’empire sont à notre Dieu et <span style="text-decoration: underline;">l’autorité à son Christ »</span>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vous aussi, comme sain t Michel et ses anges,  vous voulez vous soumettre à l’autorité de ce Christ. Qui est aussi l’autorité de l’Eglise. Vous aussi vous voulez vous abreuver du « sang de l’Agneau ». C’est pourquoi vous aimez tout particulièrement son Eucharistie.  C’est pourquoi vous aimez, tout particulièrement le Golgotha, le sacrifice rédempteur du Golgotha,  sa sainte Messe, &#8211; raison du choix du séminaire de Courtalain.-  car, là, vous trouvez aussi « le sang de l’Agneau » grâce auquel vous serez vainqueur du Dragon et du monde<span style="text-decoration: underline;">, par la contemplation de la charité débordante  de ce Christ, au cœur du plan divin.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et de fait, pour la réalisation de ce plan de salut dans le temps, dont son sacrifice de la Croix en est le coeur, NSJC a pensé se choisir parmi les hommes des élus qu’il ferait semblables à Lui, auxquels il donnerait ce pouvoir extraordinaire d’être d’autre Christ, « Alter Christus »</strong> i.e. de continuer son Calvaire, de continuer son sacrifice, de répandre son sang et sa grâce, de donner Son Corps en nourriture aux fidèles. Ce sont là, de fait, des éléments constitutifs du plan du salut. La charité, le sacrifice, le sacerdoce, l’Eglise : voilà  ce salut en acte.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi qu’il a pensé aux prêtres.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voilà le grand mystère de l’amour de Dieu, de NSJC : « Vouloir s’associer des créatures, pécheresses, mais rachetées par son Sang, en les marquant du caractère sacerdotal et leur permettant de prononcer les paroles qui continueront sa Rédemption »</strong> (Mgr Lefebvre. La sainteté sacerdotale. p 22).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fut la grande idée de  Mgr Lefebvre dans la création de la FSSPX.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle merveille ! Voilà l’essence du sacerdoce.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le mystère du sacerdoce – qui est aussi le mystère de l’Eglise – est l’œuvre de la charité de Dieu.</strong> Comment cela ? La charité se définit comme cette disposition habituelle et constante de se donner elle-même. « Bonum diffusivum sui ». Si Dieu « fait » le prêtre, institue l’Eglise, &#8211; l’Eglise est essentiellement sacerdotale, elle est sacerdotale ou elle n’est rien…-  c’est pour  se donner lui-même, pour se continuer lui-même, pour continuer ce « don » à travers les siècles. C’est par ce « don » du Christ que le monde est sauvé. Il est le seul « Sauveur ». Il s’est donné au prêtre, « faites ceci en mémoire de moi » pour continuer cette œuvre de Rédemption, son Calvaire, son sacrifice, pour communiquer sa Vie, la Vie éternelle.</p>
<p style="text-align: justify;"> Ecoutez et méditez ces paroles formidables de saint Jean, tout un programme :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu,<br />
ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché, du Verbe de vie,  - car la Vie a été manifestée, et nous l&#8217;avons vue, et nous lui rendons témoignage, et nous vous annonçons la Vie éternelle, qui était dans le sein du Père et qui nous a été manifestée &#8211; ce que nous avons vu et entendu, nous nous l&#8217;annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous, et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ.  Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit complète. ….et le sang de Jésus[-Christ], son Fils, nous purifie de tout péché ».</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ce sont les premières paroles de saint Jean dans sa première épître.</p>
<p>Son « sacrifice » est « purificateur : « et le sang de Jésus[-Christ], son Fils, nous purifie de tout péché » </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Et ce sacrifice, il le  donne à son Eglise, à son prêtre,  pour qu’elle poursuive, pour qu’il poursuive  son œuvre purificatrice, son œuvre de sainteté : « Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22 19) a.v.  « continuez mon sacrifice ». tel est le plan divin.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà ce que NSJC a dit à la Cène à ses disciples. A ce moment-là, les Apôtres sont devenus prêtres, participants du sacerdoce de NSJC. Ainsi le sacerdoce est le grand héritage, le don de NSJC. NSJC a remis son sacerdoce entre les mains de l’Eglise afin qu’il continue jusqu’à la fin des temps, l’œuvre essentielle de sa charité : son sacrifice qui est le cœur du plan divin. Le prêtre est le don de NSJC  fait à son Eglise, à l’humanité. Si nous n’avions pas de prêtres, nous n’aurions pas la sainte communion, nous ne pourrions pas communier à NSJC, nous ne pourrions pas recevoir la grâce de l’Esprit Saint par les sacrements, nous n’aurions pas ni communication du plan de salut, ni la foi, ni la doctrine. <strong>Le prêtre est ainsi au cœur du salut et de son plan.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vous connaissez tous ce si beau texte de <span style="text-decoration: underline;"><strong>Saint Paul aux Romains</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>« Si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur, et si tu crois dans ton<br />
cœur que Dieu l&#8217;a ressuscité des morts tu seras sauvé. Car c&#8217;est en croyant de cœur qu&#8217;on parvient à la justice, et c&#8217;est en  confessant de bouche qu&#8217;on parvient au salut, selon ce que dit l&#8217;Ecriture : « Quiconque croit en lui ne sera pas confondu ». Il n&#8217;y a pas de différence entre le Juif et le Gentil, parce que le même  Christ est le Seigneur de tous, étant riche envers tous ceux qui l&#8217;invoquent. Car &nbsp;&raquo; quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. « Comment donc invoquera-t-on celui en qui on n&#8217;a pas encore cru? Et comment croira-t-on en celui dont on n&#8217;a pas entendu parler? Et comment en entendra-t-on parler s&#8217;il n&#8217;y a pas de prédicateur?  Et comment seront-ils prédicateurs, s&#8217;ils ne sont pas envoyés? selon qu&#8217;il  est écrit : &nbsp;&raquo; Qu&#8217;ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent le bonheur ! »  Mais tous n&#8217;ont pas obéi à l&#8217;Evangile; car Isaïe dit : &nbsp;&raquo; Seigneur, qui a cru à  notre prédication? » Ainsi la foi vient de la prédication entendue, et la prédication se fait par la parole de Dieu. Mais je demande : n&#8217;ont-ils pas entendu? Au contraire : &nbsp;&raquo; Leur voix est  allée vers toute la terre, et leurs paroles jusqu&#8217;aux extrémités du monde. &laquo;&nbsp;. Je demande encore : Israël n&#8217;en a-t-il pas eu connaissance? Moïse le premier a dit : J&#8217;exciterai votre jalousie contre une nation qui n&#8217;en est pas une; j&#8217;exciterai votre colère contre une nation sans intelligence. &nbsp;&raquo; Et Isaïe pousse la hardiesse jusqu&#8217;à dire : &nbsp;&raquo; J&#8217;ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, je me suis manifesté à ceux qui ne me demandaient pas. &nbsp;&raquo; Mais au sujet d&#8217;Israël il dit : &nbsp;&raquo; J&#8217;ai tendu mes mains tout le jour vers un peuple incroyant et rebelle. »</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi le sacerdoce est bien au coeur du plan salvifique. Il doit le faire connaître.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le prêtre est comme le « canal » de la grâce divine pour notre sanctification.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Alors vous qui voulez participer à ce sacerdoce, <em>sacrum dare, </em> qui allez toucher et donner les choses saintes et en particulier la sainte Eucharistie, « la Vie » combien grande doit être votre soif de sainteté. Vous qui êtes, depuis ce jour, sur la route du sacerdoce, qui allez donner les choses sacrées, combien vous devez avoir conscience que vous êtes, dès l’entrée au séminaire, une personne sacrée, vouée à la sainteté.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Domus sanctitatis » : tel est le séminaire pour vous.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vous êtes donc tous des aspirants à la sainteté parce que vous vivez dans un  plan substantiellement « sain t », « sanctificateur ». Vous soumettre à l’autorité du Christ qui est saint.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut avoir grande estime du sacerdoce, pour avoir grand souci de sainteté. Cette estime du sacerdoce est le meilleur garant pour la recherche de la sainteté. <strong>Estime du sacerdoce, sainteté</strong> :<strong> voilà deux choses qui sont profondément liées…comme les deux piliers  de votre nouvelle vie.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette recherche de sainteté : Vous pouvez compter sur les grâces du Bon Dieu, sur le soutien des prêtres ici présents, sur la prière de vos parents, des fidèles…Mais comptez surtout sur le soutien de la Sainte Vierge. C’est la grande pensée de Mgr Lefebvre, ce grand réformateur du sacerdoce au XXème siècle :</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">La médiation de Notre Dame.</span></p>
<p style="text-align: justify;">« Si le Verbe Incarné, qui n’avait nullement besoin d’une mère pour venir parmi nous afin d’accomplir sa tâche de Rédempteur, a voulu que sa personne divine reçût son corps et son âme dans le sein de Marie et, que pendant trente année sur trente trois, il demeurât soumis à sa Mère et fut en quelque sorte formé par Marie, comment, pourrions nous imaginer que nous, pauvres créatures pécheresses, nous n’ayons pas besoin de l’aide efficace de Marie pour former en nous le prêtre » (Mgr Lefebvre ib. p. 25)</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>


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