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Les Nouvelles de Chrétienté n°183 : Jean XXIII et son Encyclique sur le Saint Curé d’Ars (2)

Les Nouvelles de Chrétienté n°183 : Jean XXIII et son Encyclique sur le Saint Curé d’Ars (2)

publié dans nouvelles de chrétienté le 26 juin 2009


Jean XXIII a publié, à l’occasion du centenaire de la mort du Curé d’ars, une très belle encyclique. Il est intéressant de la relire à l’occasion de l’ouverture de l’année sacerdotale. Cette encyclique a pour nom : Nostri sacerdotii primitias. Elle comprend trois parties. La première partie est consacrée à l’ascèse sacerdotale. Nous l’avons donnée dans LNDC n° 182. La seconde, à la prière sacerdotale. Nous la  donnons dans ce numéro. La troisième est consacrée à l’apostolat sacerdotal. Nous la donnerons dans le numéro prochain. Vous trouverez ici la deuxième partie du document. Cette deuxième partie est consacrée à la vie de prière du prêtre. Elle est vraiment très belle. Les sous titres sont de nous. Deuxième partie :

« Le prêtre doit être l’homme de la prière »

« Homme de pénitence, saint Jean-Marie Vianney avait également compris que « le prêtre avant tout doit être l’homme de la prière ». Chacun connaît les longues nuits d’adoration que, jeune curé d’un village alors peu chrétien, il passait devant le Saint Sacrement. Le tabernacle de son église devint vite le foyer de sa vie personnelle et de son apostolat, au point qu’on ne saurait évoquer plus justement la paroisse d’Ars au temps du Saint que par ces mots de Pie XII sur la paroisse chrétienne : « le centre en est l’église, et dans l’église le tabernacle, et, à côté, le confessionnal où les âmes mortes retrouvent la vie et les malades la santé ».

Le Curé d’Ars : un modèle de prière assidue

Aux prêtres de ce siècle, volontiers sensibles à l’efficacité de l’action et facilement tentés même par un dangereux activisme, combien salutaire est ce modèle de prière assidue dans une vie entièrement livrée aux besoins des âmes ! « Ce qui nous empêche d’être saints, nous autres prêtres, disait-il, c’est le manque de réflexion. On ne rentre pas en soi-même ; on ne sait pas ce qu’on fait. C’est la réflexion, l’oraison, l’union à Dieu qu’il nous faut ». Lui-même demeurait, au témoignage de ses contemporains, dans un état de continuelle oraison, dont ni le poids harassant des confessions ni ses autres charges pastorales ne le distrayaient. « Il conservait une union constante avec Dieu au milieu de sa vie excessivement occupée ».

Les joies de la prière pour le prêtre

Mais écoutons-le lui-même, car il est intarissable quand il parle des joies et des bienfaits de la prière. « L’homme est un pauvre qui a besoin de tout demander à Dieu… Que d’âmes nous pouvons convertir par nos prières ! » Et il répétait : « La prière, voilà tout le bonheur de l’homme sur la terre ».  Ce bonheur, il l’a longuement goûté lui-même, tandis que son regard éclairé par la foi contemplait les mystères divins et que, par l’adoration du Verbe incarné, il élevait son âme simple et pure vers la Trinité Sainte, objet suprême de son amour. Et les pèlerins qui se pressaient dans l’église d’Ars comprenaient que l’humble prêtre leur livrait quelque chose du secret de sa vie intérieure par cette exclamation fréquente, qui lui était chère :  » Etre aimé de Dieu, être uni à Dieu, vivre en la présence de Dieu, vivre pour Dieu : oh ! belle vie et belle mort ! »

Nécessité pour le prêtre d’être homme d’oraison

Nous voudrions, Vénérables Frères, que tous les prêtres de vos diocèses se laissent convaincre, par le témoignage du saint Curé d’Ars, de la nécessité d’être des hommes d’oraison et de la possibilité de l’être, quelle que soit la surcharge parfois extrême des travaux de leur ministère. Mais il y faut une foi vive, comme celle qui animait Jean-Marie Vianney et lui faisait accomplir des merveilles. « Quelle foi ! s’exclamait un de ses confrères. II y aurait de quoi enrichir tout un diocèse ! »

La prière : un devoir pour le prêtre

Cette fidélité à la prière est d’ailleurs pour le prêtre un devoir de piété personnelle, dont la sagesse de l’Eglise a précisé plusieurs points importants, comme l’oraison mentale quotidienne, la visite au Saint Sacrement, le chapelet et l’examen de conscience. (50) C’est même une stricte obligation contractée envers l’Eglise, quand il s’agit de la récitation journalière de l’office divin. (51) Peut-être est-ce pour avoir négligé telles de ces prescriptions que certains membres du clergé se sont vus peu à peu livrés à l’instabilité extérieure, à l’appauvrissement intérieur, et exposés un jour sans défense aux tentations du monde.

Au contraire, « en travaillant incessamment au bien des âmes, M. Vianney ne négligeait pas la sienne. Il se sanctifiait lui-même pour être plus apte à sanctifier les autres ». Avec saint Pie X « … considérons donc comme certain et bien établi que le prêtre, pour tenir dignement sa place et remplir son devoir, doit se consacrer avant tout à la prière… Plus que tout autre, il doit obéir au précepte du Christ : il faut toujours prier ; précepte que saint Paul recommande avec instance : persévérez dans la prière, avec vigilance et dans l’action de grâces… Priez sans cesse ». Et, volontiers, Nous reprendrions Nous-même, en terminant ce point, le mot d’ordre que Notre Prédécesseur immédiat donnait aux prêtres, dès le début de son pontificat :  » Priez, priez toujours davantage et avec plus de ferveur ».

La prière du curé d’Ars : une prière surtout eucharistique

La prière du Curé d’Ars, qui passa pour ainsi dire les trente dernières années de sa vie dans son église où le retenaient ses innombrables pénitents, était surtout une prière eucharistique. Sa dévotion envers Notre-Seigneur présent dans le Très Saint Sacrement de l’autel était vraiment extraordinaire. Il est là, disait-il, Celui qui nous aime tant ; pourquoi ne l’aimerions-nous pas ? » (55) Et, certes, il l’aimait et se sentait comme irrésistiblement attiré vers le tabernacle :  » On n’a pas besoin de tant parler pour bien prier, expliquait-il à ses paroissiens. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint tabernacle ; on lui ouvre son coeur ; on se complaît en sa sainte présence. C’est la meilleure prière celle-là ». En toutes circonstances, il inculquait aux fidèles le respect et l’amour de la divine présence eucharistique, les invitant à s’approcher fréquemment de la Table sainte ; et lui-même donnait l’exemple de cette profonde piété :  » Pour s’en convaincre, rapportèrent les témoins, il suffisait de le voir dire la messe, faire la génuflexion en passant devant le tabernacle… « 

« L’exemple admirable du saint Curé d’Ars garde aujourd’hui encore toute sa valeur », atteste Pie XII. 58 Rien ne saurait remplacer dans la vie d’un prêtre la prière silencieuse et prolongée devant l’autel. Tour à tour, l’adoration de Jésus, notre Dieu, l’action de grâces, la réparation pour nos propres fautes et celles des hommes, la supplication pour tant d’intentions qui lui sont confiées, élèvent ce prêtre à plus d’amour pour le Maître divin à qui il a donné sa foi et pour les hommes qui attendent son ministère sacerdotal. C’est par la pratique d’un tel culte, éclairé et fervent envers l’Eucharistie, qu’un prêtre accroît sa vie spirituelle et que se forgent les énergies missionnaires des plus valeureux apôtres.

Et faut-il ajouter le bienfait qui en découle pour les fidèles, témoins de cette piété de leurs prêtres et attirés par leur exemple. « Si vous voulez que les fidèles prient avec dévotion, disait Pie XII au clergé de Rome, donnez-leur vous-même d’abord l’exemple, à l’église, faisant oraison en leur présence. Un prêtre agenouillé devant le tabernacle dans une pose digne, dans un profond recueillement, est, pour le peuple un sujet d’édification, un avertissement, une invitation à l’émulation dans la prière ». Ce fut par excellence l’arme apostolique du jeune Curé d’Ars ; ne doutons pas de sa valeur en toutes circonstances.

La prière du prêtre : animée du saint sacrifice de la messe

Nous ne saurions oublier toutefois que la prière eucharistique au sens plénier du terme est le saint sacrifice de la messe. Il convient, Vénérables Frères, d’insister spécialement sur ce point puisqu’il touche à l’un des aspects essentiels de la vie sacerdotale. Sans doute, Notre intention n’est-elle pas de reprendre ici l’exposé de la doctrine traditionnelle de l’Eglise sur le prêtre et le sacrifice eucharistique ; Nos Prédécesseurs, Pie XI et Pie XII d’heureuse mémoire, dans des documents magistraux, ont rappelé avec tant de clarté cet enseignement que Nous ne pouvons que vous exhorter à le faire largement connaître aux prêtres et aux fidèles qui vous sont confiés. Ainsi seraient dissipées des incertitudes ou des hardiesses de pensée qui ont pu, ici ou là, se manifester à cet égard.

Mais il est bon de montrer dans cette Encyclique en quel sens profond le saint Curé d’Ars, héroïquement fidèle aux devoirs de son ministère, mérita vraiment d’être proposé en exemple aux pasteurs d’âmes et proclamé leur céleste patron. S’il est vrai, en effet, que le prêtre a reçu le caractère de l’Ordre pour le service de l’autel et a commencé l’exercice de son sacerdoce avec le sacrifice eucharistique, celui-ci ne cessera d’être, tout au cours de sa vie, au principe de son action apostolique et de sa sanctification personnelle. Et tel fut bien le cas de saint Jean-Marie Vianney.

Qu’est-il donc l’apostolat du prêtre, considéré dans son action essentielle, si ce n’est de réaliser, partout où vit l’Eglise, le rassemblement autour de l’autel d’un peuple uni dans la foi, régénéré et purifié ? C’est alors que le prêtre, par les pouvoirs qu’il a seul reçus, offre le divin sacrifice où Jésus lui-même renouvelle l’immolation unique accomplie sur le calvaire pour la rédemption du monde et la glorification de son Père ; c’est là que les chrétiens réunis offrent au Père céleste la divine Victime par le moyen du prêtre et qu’ils apprennent à s’immoler eux-mêmes en  » hosties vivantes, saintes, agréables à Dieu  » (Rm 12, 1) ; c’est là que le peuple de Dieu, éclairé par la prédication de la foi, nourri du corps du Christ, trouve sa vie, sa croissance et, s’il en est besoin, renforce son unité ; c’est là en un mot que, de générations en générations, dans toutes les contrées du monde, se construit dans la charité le Corps mystique du Christ, qui est l’Eglise.

A cet égard, le saint Curé d’Ars fut chaque jour davantage exclusivement engagé dans l’enseignement de la foi et dans la purification des consciences, et, donc, tous les actes de son ministère convergeaient vers l’autel, et une telle existence doit justement être dite éminemment sacerdotale et pastorale. Sans doute, à Ars, les pécheurs affluaient-ils d’eux-mêmes à l’église, attirés par le renom de sainteté du pasteur, alors que tant de prêtres doivent consacrer de longs et laborieux efforts à rassembler leur peuple ; sans doute d’autres, à la tâche plus missionnaire, en sont-ils encore à la première annonce de la bonne Nouvelle du Sauveur : mais ces travaux apostoliques si nécessaires et parfois si difficiles ne peuvent faire oublier aux apôtres la fin qu’ils doivent poursuivre et qu’atteignait le Curé d’Ars quand, dans son humble église de campagne, il se consacrait aux tâches essentielles de l’action pastorale. Ainsi la sanctification du prêtre doit se modeler sur le sacrifice qu’il célébre.

Il y a plus. C’est toute la sanctification personnelle du prêtre qui doit se modeler sur le sacrifice qu’il célèbre, selon l’invitation du Pontifical romain. « Considérez l’action que vous accomplissez ; imitez le sacrifice que vous offrez ». Mais laissons ici la parole à Notre Prédécesseur immédiat, dans son Exhortation apostolique Menti nostrae : « De même que toute la vie du Sauveur fut ordonnée au sacrifice de lui-même, ainsi toute la vie du prêtre, qui doit reproduire en soi l’image du Christ, doit être avec Lui, par Lui et en Lui, un sacrifice agréable… Le prêtre ne se contentera pas de célébrer le sacrifice eucharistique, mais il devra le vivre d’une manière très profonde. Ainsi y puisera-t-il la force surnaturelle qui le transformera complètement et le fera participer à la vie expiatrice du Rédempteur lui-même ». Et le même Pontife de conclure : « C’est donc une obligation pour le prêtre de reproduire dans son âme ce qui se produit sur l’autel, et puisque le Christ Jésus s’y immole lui-même, son ministre s’y immolera avec lui ; puisque Jésus expie les péchés des hommes, le prêtre parviendra à sa propre purification et à celle des autres en suivant la voie ardue de l’ascèse chrétienne ».

C’est cette haute doctrine que l’Eglise a en vue quand elle invite ses ministres à une vie d’ascèse et leur recommande de célébrer avec une profonde piété le sacrifice eucharistique.
N’est-ce pas faute d’avoir assez bien compris le lien étroit, et comme réciproque, qui unit le don quotidien de soi-même à l’offrande de la messe, que des prêtres en sont venus peu à peu à perdre la ferveur première de leur ordination ? Telle était l’expérience acquise par le Curé d’Ars : « La cause, disait-il, du relâchement du prêtre, c’est qu’on ne fait pas attention à la messe ». Et le Saint, qui avait lui-même l’héroïque « habitude de s’offrir en sacrifice pour les pécheurs », versait d’abondantes larmes « en pensant au malheur des prêtres qui ne correspondent pas à la sainteté de leur vocation ».

D’un coeur paternel, Nous demandons à Nos chers prêtres de s’examiner régulièrement sur la façon dont ils célèbrent les saints mystères, et surtout sur les dispositions spirituelles avec lesquelles ils montent à l’autel et sur les fruits qu’ils s’appliquent à en retirer. Le centenaire de ce prêtre admirable, qui puisait dans « la consolation et le bonheur de célébrer la sainte messe » le courage de son propre sacrifice, les y invite : son intercession leur vaudra, Nous en avons la ferme confiance, d’abondantes grâces de lumière et de force. »

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