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Le pape François et le patriarche de Moscou: un fait historique d’une immense portée

publié dans nouvelles de chrétienté, regards sur le monde le 15 février 2016


Pour la première fois depuis mille ans, Rome et Moscou parlent d’une même voix
Jour historique que ce jeudi 12 février 2016. Le pape François et le patriarche Cyrille de Moscou se sont rencontrés à Cuba, pour s’entretenir durant quelques heures.

Jour historique que ce jeudi 12 février 2016. Le pape François et le patriarche Cyrille de Moscou se sont rencontrés à Cuba, pour s’entretenir durant quelques heures. C’est la première fois que le chef de l’Église catholique rencontre un patriarche russe. Suite à cet entretien, une déclaration commune a été cosignée par les deux pontifes qui y développent leurs engagements communs et mettent l’accent sur le besoin d’unité entre chrétiens.

Environnement, Ukraine, Proche-Orient, lutte contre la pauvreté : aucun sujet n’aurait été éludé durant cet entretien, dont les deux hommes ont également profité pour faire connaissance.

Il ne s’agit pas de la première rencontre entre un pape et un patriarche orthodoxe. Ce serait oublier les diverses visites effectuées entre les Églises catholique et orthodoxe depuis Vatican II. C’est en effet lors des années 1960 que Paul VI et Athénagoras Ier de Constantinople levèrent l’excommunication réciproque de 1054. Les deux hommes devaient se revoir à deux reprises: à Jérusalem en 1964, puis à Istanbul en 1967. Quant au pape François, il a déjà rencontré le patriarche Bartholomée de Constantinople en mai 2014, lors d’une visite en Terre sainte.

Il n’en demeure pas moins que ce jour est historique. Car si le primat de Constantinople jouit du titre de « patriarche œcuménique », il est plutôt unprimus inter pares qu’un véritable chef de file. Ce n’est un secret pour personne que la Russie est le leader de l’orthodoxie, et que son patriarche a donc – dans les faits – un plus grand pouvoir que celui, tout symbolique, du patriarche de Constantinople.

Cela explique sans doute que plusieurs tentatives de rapprochement entre Rome et Moscou avortèrent dans les années 1990. En effet, au sein des deux Églises, il subsiste des prélats (parfois très haut placés) qui rechignent au rapprochement entre ces deux branches du christianisme. Mais le contexte international y fut sans doute pour beaucoup dans l’accélération de ce processus : face à la menace grandissante que le matérialisme nihiliste et l’islamisme fanatique font peser sur les chrétiens, les deux Églises ont sans doute jugé que le temps n’était plus aux querelles de chapelle et qu’une union (au moins spirituelle) s’imposait.

On ne peut savoir d’avance si ce moment de rencontre augure un renforcement des relations entre le Vatican et la Russie. Cette dernière cherche à sortir du relatif isolement dans lequel les crises syrienne et ukrainienne l’ont plongée ; avoir de bons rapports avec le Saint-Siège serait donc un atout majeur pour le Kremlin.

En tout cas, les deux hommes d’Église ont voulu marquer cette entrevue par un geste symbolique: c’est ainsi que le patriarche Cyrille a offert au pape une copie de l’icône de Kazan (l’une des plus vénérées de Russie) ; François, lui, a fait don au patriarche russe d’une patène et d’un calice en argent, symbole de la nécessaire communion des deux Églises.

 

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La déclaration commune du Pape François et du patriarche Cyrille

Le Pape François et le patriarche Cyrille, après la signature de leur déclaration commune.

Texte de Radio Vatican

Suivi de la déclaration commune

(RV) A l’issue de leur rencontre en privé, le Pape François et le patriarche Cyrille ont signé une déclaration commune, un texte dense et dont chaque mot a été soupesé, témoignant d’une convergence sur de nombreux points. Une déclaration qui comprend trente paragraphes et qui revient sur les grands enjeux contemporains comme les conflits au Moyen-Orient, la liberté religieuse, la famille, la destruction de la création ou encore l’unité de l’Europe. Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, le Pape et le patriarche de Moscou souhaitent, dans leur déclaration commune, que leur rencontre contribue au rétablissement de l’unité voulue par Dieu.Dans ce texte, les deux chefs spirituels font part de leur joie de se retrouver « comme des frères dans la foi chrétienne ». Ils reviennent sur l’importance de Cuba, symbole des espoirs du « Nouveau Monde » et des événements dramatiques de l’histoire du XXe siècle et théatre de cette rencontre.«Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de l’unité voulue par Dieu»écrivent-ils, faisant part de leur détermination commune à entreprendre tout ce qui est nécessaire pour surmonter les divergences historiques, et à répondre ensemble aux défis du monde contemporain.Eviter une nouvelle guerre mondialeLa déclaration revient aussi de façon précise sur la situation des Chrétiens persécutés surtout au Proche et Moyen-Orient et Afrique du Nord : des chrétiens exterminés par familles et villages entiers, des églises détruites et pillées de façon barbare, des objets sacrés profanés, et évoquent l’exode massif qui a transformé l’Irak et la Syrie. Le Pape et le patriarche de Moscou appellent la communauté internationale à trouver des actions urgentes pour faire cesser ces persécutions, mais l’invitent aussi à tout faire pour mettre fin au terrorisme et à trouver des solutions pour rétablir la paix. Toutes les parties sont par ailleurs invitées à agir de façon responsable et prudente et les croyants sont exhortés à prier pour que Dieu protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale, écrivent-ils.Dans ce texte, les Églises catholique et orthodoxe russe sont également préoccupées par la situation qui prévaut dans les sociétés sécularisées où la liberté religieuse est menacée, où les chrétiens n’ont plus le droit de témoigner de leurs convictions religieuses. Ils se déclarent convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Le Pape François et le Patriarche Cyrille espèrent que leur rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent entre gréco-catholiques et orthodoxes. À propos de l’Ukraine, ils appellent leurs Églises à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s’abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit.

Après avoir signé chacun le texte, le Pape et Cyrille ont prononcé à tour de rôle quelques paroles improvisées. «Nous nous sommes parlé comme des frères, nous avons le même baptême, nous sommes des évêques» a relevé François, soulignant  «avoir senti la consolation de l’Esprit au cours de cet entretien»: de son côté, le patriarche russe a souligné que cette discussion «a montré que les deux Églises peuvent travailler ensemble pour défendre le christianisme dans le monde entier, afin qu’il n’y ait plus de guerre et que la vie humaine soit respectée».

(OB-RF)

Voici le texte intégral de cette déclaration commune:

«La grâce de Notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soit avec vous tous» (2 Co 13, 13).

1. Par la volonté de Dieu le Père de qui vient tout don, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et avec le secours de l’Esprit Saint Consolateur, nous, Pape François et Kirill, Patriarche de Moscou et de toute la Russie, nous sommes rencontrés aujourd’hui à La Havane. Nous rendons grâce à Dieu, glorifié en la Trinité, pour cette rencontre, la première dans l’histoire.

Avec joie, nous nous sommes retrouvés comme des frères dans la foi chrétienne qui se rencontrent pour se «parler de vive voix» (2 Jn 12), de cœur à cœur, et discuter des relations mutuelles entre les Eglises, des problèmes essentiels de nos fidèles et des perspectives de développement de la civilisation humaine.

2. Notre rencontre fraternelle a eu lieu à Cuba, à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest. De cette île, symbole des espoirs du « Nouveau Monde » et des événements dramatiques de l’histoire du XXe siècle, nous adressons notre parole à tous les peuples d’Amérique latine et des autres continents.

Nous nous réjouissons de ce que la foi chrétienne se développe ici de façon dynamique. Le puissant potentiel religieux de l’Amérique latine, sa tradition chrétienne séculaire, réalisée dans l’expérience personnelle de millions de personnes, sont le gage d’un grand avenir pour cette région.

3. Nous étant rencontrés loin des vieilles querelles de l’ »Ancien Monde », nous sentons avec une force particulière la nécessité d’un labeur commun des catholiques et des orthodoxes, appelés, avec douceur et respect, à rendre compte au monde de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15).

4. Nous rendons grâce à Dieu pour les dons que nous avons reçus par la venue au monde de son Fils unique. Nous partageons la commune Tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme. Les témoins de cette Tradition sont la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, et les saints que nous vénérons. Parmi eux se trouvent d’innombrables martyrs qui ont manifesté leur fidélité au Christ et sont devenus «semence de chrétiens».

5. Malgré cette Tradition commune des dix premiers siècles, catholiques et orthodoxes, depuis presque mille ans, sont privés de communion dans l’Eucharistie. Nous sommes divisés par des blessures causées par des conflits d’un passé lointain ou récent, par des divergences, héritées de nos ancêtres, dans la compréhension et l’explicitation de notre foi en Dieu, un en Trois Personnes – Père, Fils et Saint Esprit. Nous déplorons la perte de l’unité, conséquence de la faiblesse humaine et du péché, qui s’est produite malgré la Prière sacerdotale du Christ Sauveur : «Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous» (Jn 17, 21).

6. Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié. Puisse notre rencontre inspirer les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur avec une ferveur renouvelée pour la pleine unité de tous ses disciples ! Puisse-t-elle, dans un monde qui attend de nous non pas seulement des paroles mais des actes, être un signe d’espérance pour tous les hommes de bonne volonté !

7. Déterminés à entreprendre tout ce qui nécessaire pour surmonter les divergences historiques dont nous avons hérité, nous voulons unir nos efforts pour témoigner de l’Evangile du Christ et du patrimoine commun de l’Église du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain. Orthodoxes et catholiques doivent apprendre à porter un témoignage unanime à la vérité dans les domaines où cela est possible et nécessaire. La civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d’époque. Notre conscience chrétienne et notre responsabilité pastorale ne nous permettent pas de rester inactifs face aux défis exigeant une réponse commune.

8. Notre regard se porte avant tout vers les régions du monde où les chrétiens subissent la persécution. En de nombreux pays du Proche Orient et d’Afrique du Nord, nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers. Leurs églises sont détruites et pillées de façon barbare, leurs objets sacrés sont profanés, leurs monuments, détruits. En Syrie, en Irak et en d’autres pays du Proche Orient, nous observons avec douleur l’exode massif des chrétiens de la terre d’où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques ensemble avec d’autres communautés religieuses.

9. Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche Orient. Elevant notre voix pour défendre les chrétiens persécutés, nous compatissons aussi aux souffrances des fidèles d’autres traditions religieuses devenus victimes de la guerre civile, du chaos et de la violence terroriste.

10. En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources. Nous appelons la communauté internationale à mettre fin à la violence et au terrorisme et, simultanément, à contribuer par le dialogue à un prompt rétablissement de la paix civile. Une aide humanitaire à grande échelle est indispensable aux populations souffrantes et aux nombreux réfugiés dans les pays voisins.

Nous demandons à tous ceux qui pourraient influer sur le destin de ceux qui ont été enlevés, en particulier des Métropolites d’Alep Paul et Jean Ibrahim, séquestrés en avril 2013, de faire tout ce qui est nécessaire pour leur libération rapide.

11. Nous élevons nos prières vers le Christ, le Sauveur du monde, pour le rétablissement sur la terre du Proche Orient de la paix qui est «le fruit de la justice» (Is 32, 17), pour que se renforce la coexistence fraternelle entre les diverses populations, Églises et religions qui s’y trouvent, pour le retour des réfugiés dans leurs foyers, la guérison des blessés et le repos de l’âme des innocents tués.

Nous adressons un fervent appel à toutes les parties qui peuvent être impliquées dans les conflits pour qu’elles fassent preuve de bonne volonté et s’asseyent à la table des négociations. Dans le même temps, il est nécessaire que la communauté internationale fasse tous les efforts possibles pour mettre fin au terrorisme à l’aide d’actions communes, conjointes et coordonnées. Nous faisons appel à tous les pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme pour qu’ils agissent de façon responsable et prudente. Nous exhortons tous les chrétiens et tous les croyants en Dieu à prier avec ferveur le Dieu Créateur du monde et Provident, qu’il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale. Pour que la paix soit solide et durable, des efforts spécifiques sont nécessaires afin de redécouvrir les valeurs communes qui nous unissent, fondées sur l’Évangile de Notre Seigneur Jésus Christ.

12. Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l’Évangile, préférant la mort à l’apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Églises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l’unité des chrétiens. A vous qui souffrez pour le Christ s’adresse la parole de l’apôtre :«Très chers !… dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de Sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse» (1 P 4, 12-13).

13. En cette époque préoccupante est indispensable le dialogue interreligieux. Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde. Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d’actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu,«car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix» (1 Co 14, 33).

14. Attestant de la haute valeur de la liberté religieuse, nous rendons grâce à Dieu pour le renouveau sans précédent de la foi chrétienne qui se produit actuellement en Russie et en de nombreux pays d’Europe de l’Est, où des régimes athées dominèrent pendant des décennies. Aujourd’hui les fers de l’athéisme militant sont brisés et en de nombreux endroits les chrétiens peuvent confesser librement leur foi. En un quart de siècle ont été érigés là des dizaines de milliers de nouvelles églises, ouverts des centaines de monastères et d’établissements d’enseignement théologique. Les communautés chrétiennes mènent une large activité caritative et sociale, apportant une aide diversifiée aux nécessiteux. Orthodoxes et catholiques œuvrent souvent côte à côte. Ils attestent des fondements spirituels communs de la convivance humaine, en témoignant des valeurs évangéliques.

15. Dans le même temps, nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique.

16. Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Évangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne.

17. Notre regard se porte sur les personnes se trouvant dans des situations de détresse, vivant dans des conditions d’extrême besoin et de pauvreté, alors même que croissent les richesses matérielles de l’humanité. Nous ne pouvons rester indifférents au sort de millions de migrants et de réfugiés qui frappent à la porte des pays riches. La consommation sans limite, que l’on constate dans certains pays plus développés, épuise progressivement les ressources de notre planète. L’inégalité croissante dans la répartition des biens terrestres fait croître le sentiment d’injustice à l’égard du système des relations internationales qui s’est institué.

18. Les Églises chrétiennes sont appelées à défendre les exigences de la justice, le respect des traditions des peuples et la solidarité effective avec tous ceux qui souffrent. Nous, chrétiens, ne devons pas oublier que «ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu» (1 Co 1, 27-29).

19. La famille est le centre naturel de la vie humaine et de la société. Nous sommes inquiets de la crise de la famille dans de nombreux pays. Orthodoxes et catholiques, partageant la même conception de la famille, sont appelés à témoigner que celle-ci est un chemin de sainteté, manifestant la fidélité des époux dans leurs relations mutuelles, leur ouverture à la procréation et à l’éducation des enfants, la solidarité entre les générations et le respect pour les plus faibles.

20. La famille est fondée sur le mariage, acte d’amour libre et fidèle d’un homme et d’une femme. L’amour scelle leur union, leur apprend à se recevoir l’un l’autre comme don. Le mariage est une école d’amour et de fidélité. Nous regrettons que d’autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l’homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique.

21. Nous appelons chacun au respect du droit inaliénable à la vie. Des millions d’enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu (cf. Gn 4, 10).

Le développement de la prétendue euthanasie conduit à ce que les personnes âgées et les infirmes commencent à se sentir être une charge excessive pour leur famille et la société en général.

Nous sommes aussi préoccupés par le développement des technologies de reproduction biomédicale, car la manipulation de la vie humaine est une atteinte aux fondements de l’existence de l’homme, créé à l’image de Dieu. Nous estimons notre devoir de rappeler l’immuabilité des principes moraux chrétiens, fondés sur le respect de la dignité de l’homme appelé à la vie, conformément au dessein de son Créateur.

22. Nous voulons adresser aujourd’hui une parole particulière à la jeunesse chrétienne. A vous, les jeunes, appartient de ne pas enfouir le talent dans la terre (cf. Mt 25, 25), mais d’utiliser toutes les capacités que Dieu vous a données pour confirmer dans le monde les vérités du Christ, pour incarner dans votre vie les commandements évangéliques de l’amour de Dieu et du prochain. Ne craignez pas d’aller à contre-courant, défendant la vérité divine à laquelle les normes séculières contemporaines sont loin de toujours correspondre.

23. Dieu vous aime et attend de chacun de vous que vous soyez ses disciples et apôtres. Soyez la lumière du monde, afin que ceux qui vous entourent, voyant vos bonnes actions, rendent gloire à votre Père céleste (cf. Mt 5, 14, 16). Eduquez vos enfants dans la foi chrétienne, transmettez-leur la perle précieuse de la foi (cf. Mt 13, 46) que vous avez reçue de vos parents et aïeux. N’oubliez pas que vous «avez été rachetés à un cher prix» (1 Co 6, 20), au prix de la mort sur la croix de l’Homme-Dieu Jésus Christ.

24. Orthodoxes et catholiques sont unis non seulement par la commune Tradition de l’Église du premier millénaire, mais aussi par la mission de prêcher l’Évangile du Christ dans le monde contemporain. Cette mission implique le respect mutuel des membres des communautés chrétiennes, exclut toute forme de prosélytisme.

Nous ne sommes pas concurrents, mais frères : de cette conception doivent procéder toutes nos actions les uns envers les autres et envers le monde extérieur. Nous exhortons les catholiques et les orthodoxes, dans tous les pays, à apprendre à vivre ensemble dans la paix, l’amour et à avoir «les uns pour les autres la même aspiration» (Rm 15, 5). Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Église à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul : «Je me suis fait un honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui» (Rm 15, 20).

25. Nous espérons que notre rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent entre gréco-catholiques et orthodoxes. Il est clair aujourd’hui que la méthode de l’«uniatisme» du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Église, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité. Cependant, les communautés ecclésiales qui sont apparues en ces circonstances historiques ont le droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables.

26. Nous déplorons la confrontation en Ukraine qui a déjà emporté de nombreuses vies, provoqué d’innombrables blessures à de paisibles habitants et placé la société dans une grave crise économique et humanitaire. Nous exhortons toutes les parties du conflit à la prudence, à la solidarité sociale, et à agir pour la paix. Nous appelons nos Églises en Ukraine à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s’abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit.

27. Nous exprimons l’espoir que le schisme au sein des fidèles orthodoxes d’Ukraine sera surmonté sur le fondement des normes canoniques existantes, que tous les chrétiens orthodoxes d’Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront, de sorte que soit toujours plus visible notre fraternité chrétienne.

28. Dans le monde contemporain, multiforme et en même temps uni par un même destin, catholiques et orthodoxes sont appelés à collaborer fraternellement en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, à témoigner ensemble de la dignité morale et de la liberté authentique de la personne,«pour que le monde croie» (Jn 17, 21). Ce monde, dans lequel disparaissent progressivement les piliers spirituels de l’existence humaine, attend de nous un fort témoignage chrétien dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. De notre capacité à porter ensemble témoignage de l’Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l’avenir de l’humanité.

29. Que dans le témoignage hardi de la vérité de Dieu et de la Bonne Nouvelle salutaire nous vienne en aide l’Homme-Dieu Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur, qui nous fortifie spirituellement par sa promesse infaillible : «Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume» (Lc 12, 32) !

Le Christ est la source de la joie et de l’espérance. La foi en Lui transfigure la vie de l’homme, la remplit de sens. De cela ont pu se convaincre par leur propre expérience tous ceux à qui peuvent s’appliquer les paroles de l’apôtre Pierre : «Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde» (1 P 2, 10).

30. Remplis de gratitude pour le don de la compréhension mutuelle manifesté lors de notre rencontre, nous nous tournons avec espérance vers la Très Sainte Mère de Dieu, en l’invoquant par les paroles de l’antique prière : «Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu». Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, par son intercession, conforter la fraternité de ceux qui la vénèrent, afin qu’ils soient au temps fixé par Dieu rassemblés dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu, à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité !

François                                                         Kirill

Évêque de Rome                                            Patriarche de Moscou et de toute la Russie

Pape de l’Eglise catholique

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Adresse du Saint-Père
après la signature de la Déclaration commune avec le Patriarche Kirill

Sainteté,
Eminences,
Révérendes autorités religieuses,

Nous nous sommes parlé comme des frères, nous avons le même Baptême, nous sommes évêques. Nous avons parlé de nos Eglises, et nous sommes tombés d’accord sur le fait que l’unité se fait en marchant. Nous avons parlé clairement, sans détours, et moi, je vous avoue que j’ai senti la consolation de l’Esprit dans ce dialogue. Je remercie Votre Sainteté pour l’humilité, pour la fraternelle humilité et le fort désir de l’unité.

Nous nous quittons avec une série d’initiatives dont je crois qu’elles sont viables et pourront être réalisées. C’est pourquoi je voudrais remercier, une fois encore, Votre Sainteté pour l’accueil chaleureux, ainsi que les collaborateurs – et j’en nomme deux – : Son Eminence le Métropolite Hilarión et Son Eminence le Cardinal Koch – qui y ont contribué avec toutes leurs équipes.

Je ne saurais m’en aller sans exprimer une sincère gratitude à Cuba, au grand peuple cubain et à son Président ici présent. Je vous remercie de votre efficace disponibilité. Si vous continuez ainsi, Cuba sera la capitale de l’unité. Et que tout cela soit pour la gloire de Dieu, le Père, le Fils et le Saint Esprit, ainsi que pour le bien du saint peuple de Dieu, sous le manteau de la Sainte Mère de Dieu.

 

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Quelques commentaires:A- L’Agrif

Un très grand texte pour l’avenir du christianisme : la Déclaration commune à Cuba du pape François et du patriarche Kirill.‏

infolettre haut
Bernard Antony, président de Chrétienté-Solidarité, communique : Les cheminements de l’histoire, si souvent humainement imprévisibles, auront été marqués ce vendredi 12 février 2016 par la rencontre dans l’aéroport de Cuba du chef de l’Église catholique, le pape François, avec le patriarche Kirill, le chef d’un des neuf patriarcats byzantins orthodoxes , le plus important aujourd’hui sous bien des aspects, celui de Moscou.La rencontre a été d’autant plus marquante qu’avec ce patriarcat byzantin de Moscou, à la différence de certains autres, et notamment de celui de Constantinople, elle a été la première après le millénaire de rupture consécutif au grand schisme de 1054 du patriarche de Constantinople Michel 1° Cérulaire.La Déclaration commune en trente points qui s’en est suivie aussitôt, simultanément publiée en italien et russe, et traduite en bien des langues, est un texte d’une très grande clarté et lisibilité, à la différence de certains autres du pape François nécessitant un effort de clarification. On en retiendra pour le moins les traits essentiels que voici :-         Un texte placé dans le rappel du partage de « la tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme » dans l’invocation de « la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, des saints et des « innombrables martyrs ayant manifesté leur fidélité au Christ ».-         Dès le 8° point, François et Kirill expriment : « Notre regard se porte avant tout vers les nombreux pays où des chrétiens subissent la persécution ».

-         Ils évoquent « les nombreux pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord où nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers ».

-         Très clairement, au point 9, ils appellent « la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche-Orient ».

-         On retrouve là, mille ans après, avec les formes actuelles, les accents des appels pour faire cesser les effroyables abominations en Terre Sainte des Turcs Seldjoukides et les perversions massacreuses du calife al-Hâkim, modèles des terroristes de l’État islamique aujourd’hui. Les « actions urgentes » contre les barbares à l’appel du pape et des patriarches s’appelaient alors « croisades ».

-         François et Kirill dénoncent aussi vigoureusement (point 15) « la restriction de la liberté religieuse dans tant de pays, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles ». Ils déplorent « la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme souvent agressif s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique ». Comment ne pas voir que cette préoccupation s’applique explicitement à bien des pays d’occident et particulièrement à la France ?

-         François et Kirill poursuivent très fermement en effet : « Nous mettons en garde contre une intégration européenne qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses ». Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Et sans ambiguïté encore : « Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Évangile pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne ». Nous retrouvons là les accents de Saint Jean-Paul II qui, le 10 avril 1985, à Rome m’encourageait : « Oui, opposez-vous avec vigueur à la décadence de l’Europe ! ».

-         La Déclaration continue ensuite notamment (points 19 et 20) avec les propos d’une réitération impérative de la commune doctrine chrétienne sur la famille « fondée sur le mariage, acte d’amour libre et fidèle d’un homme et d’une femme ». On y lit : « Nous regrettons que d’autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l’homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique ». On ne peut avoir plus claire condamnation de la loi Taubira et autres législations semblables.

-         Enfin, le point 21 rappelle l’exigence du respect du droit inaliénable à la vie. « Des millions d’enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu. (cf. Gn 4, 10). Ces lignes se poursuivent avec la totale condamnation de « la manipulation de la vie humaine, atteinte aux fondements de l’existence de l’homme, créé à l’image de Dieu ». Sur tous les points essentiels de la doctrine sociale, la Déclaration est donc très encourageante pour les chrétiens fidèles, aussi bien orthodoxes que catholiques.

-         Ces derniers pourraient en revanche considérer que le pape a fait une inutile concession historique au patriarche qui se manifeste dans les lignes exprimant le regret de la méthode de « « l’uniatisme » du passé. On le sait, ce fut là un des points d’achoppement entre Moscou et Rome alors que les uniates ukrainiens gréco-catholiques ont payé très lourdement leur fidélité à la papauté.

-         Mais le texte lève toute ambiguïté sur le présent en réaffirmant leur « droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. »

-         On y lit : « Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier » et plus loin, le clair appel à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit ukrainien.

C’est là bien sûr le dossier dans lequel le Vatican et le patriarcat de Moscou devront exemplairement s’employer à œuvrer pour la paix.

La Déclaration est d’une portée immense. Elle constitue comme une réanimation de la réalité et d’une conception moderne de la chrétienté. Les militants et amis de Chrétienté-Solidarité, catholiques et orthodoxes, l’accueillent avec une grande et confiante ferveur.

 

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B- M l’abbé de Tanoüarn

François et Cyrille se sont entendus pour dire tout le mal qu’ils pensaient de l’Union européenne

De l’abbé de Tanoüarn à propos de la rencontre entre le pape François et le patriarche orthodoxe :

« [...] Ce qui est surprenant ? François – est-ce parce qu’ils se sent issu du Nouveau monde ? – et Cyrille se sont entendus pour dire tout le mal qu’ils pensaient de l’Union européenne :

« Nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique ».

Images-22La liberté religieuse mise en cause par les tenants du sécularisme (ainsi dans les Pays anglo-saxons appellent-ils la sacro-sainte laïcité), c’est une excellente formule, dont on espère qu’on la reverra souvent dans les textes du magistère authentique.

Depuis son passage devant le Conseil de l’Europe, François insiste sur la défense des peuples, de leur identité (il emploie le terme de temps à autre) et de leurs « racines chrétiennes », bref – le mot y est cette fois-ci : de leur civilisation.

François insiste ici à nouveau avec le Patriarche Cyrille sur l’importance de l’identité des peuples de l’Union européenne :

« Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité.Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses.Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Evangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne ».

Jean-Paul II parlait déjà de l’âme de l’Europe. Mais la nouveauté du discours pontifical par rapport à Jean-Paul II est dans cette notion d’ »intégration européenne ». On l’avait déjà constaté (je l’avais montré dans Monde et Vie à l’époque) : le pape parle des peuples chrétiens de l’Union européenne, il défend les peuples – à la bonne heure – comme il a toujours défendu le peuple argentin, en bon péroniste qu’il est… Il défend aussi (cela va de pair) les « identités », en particulier « religieuses », on peut le constater dans le petit livre de ses sermons aux Argentins, publié chez Parole et silence sous le beau titre : La patrie est un don et la nation un devoir. Mais, cette fois, il a oublié les nations au profit de ce qu’il nomme « l’intégration » dans l’UE., c’est-à-dire l’abandon consenti de souveraineté qui est actuellement en cours au profit de la Superstructure bruxelloise.

Que sont les peuples sans les nations ? Une formule de Jean-Paul II dans son Discours à l’ONU en 1980 le dit très clairement : « Les nations sont les grandes institutrices des peuples ». Un peuple sans institutrice est un sauvageon… Gare aux sauvageons par intégration forcée dans un magma sans souveraineté où – au nom du multiculturalisme – on parviendrait encore à reconnaître des peuples (avec éventuellement leurs droits propres) mais plus des nations. L’Union Européenne est en train de faire disparaître ce trésor millénaire de la politique chrétienne, né en France, poursuivi en Angleterre, que l’on appelle la nation. La nation est la seule structure politique qui, dans sa définition même, ne puisse pas prétendre être le tout (contrairement à l’Empire, dont on sait combien les papes ont souffert jusqu’à, inclusivement la prise de Rome en 1527).

L’Empire représente une mystique et l’empire de la mondialisation ne fera pas exception. A cette grande Idée, comme naguère au Moloch, certains sont prêts à tout sacrifier. La nation se veut un service politique du peuple (voir le sacre des rois de France). La politique nationale reste toujours dans l’ordre des moyens, à dimension humaine.

François Mitterrand, jamais vraiment remis de son rêve collaborationniste et toujours fasciné par « l’Europe nouvelle », disait « Les nations c’est la guerre ». On s’aperçoit au contraire aujourd’hui que les nations c’est la paix et que là où la nation est ébranlée (Irak, Syrie, Libye, Kosovo, Tunisie and so on), la guerre n’est jamais loin. [...]« 

Michel Janva

 

C- Le Monde

 

François et Cyrille, unis pour les chrétiens d’Orient

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante) et Cécile Chambraud

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Le pape François et le patriarche Cyrille, à La Havane, le 12 février.

Pour une fois, le qualificatif « historique » semble approprié : près de mille ans après le grand schisme entre Rome et Constantinople qui a coupé la chrétienté en deux, en 1054, le chef de l’Eglise catholique a rencontré le patriarche russe, à la tête de la plus importante des Eglises orthodoxes, en terrain neutre, dans une salle de l’aéroport de La Havane, à Cuba, vendredi 12 février. « Enfin, nous nous voyons ! », a lancé le pape François à Cyrille. « Oui, les choses sont beaucoup plus faciles maintenant », lui a répondu le patriarche russe, arrivé la veille pour une visite dans l’île. Puis les deux dignitaires se sont entretenus comme prévu pendant deux heures.

A l’issue de leur conversation, en présence du président cubain Raul Castro, ils ont signé une déclaration commune préparée pendant des mois. Celle-ci comporte un appel pressant en défense des chrétiens d’Orient, dont le sort actuel a été l’un des facteurs qui a poussé au rapprochement les chefs de ces deux Eglises chrétiennes qui se sont si longtemps tourné le dos. « Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche-Orient » et à « mettre fin au terrorisme à l’aide d’actions communes, conjointes et coordonnées ».

Lire aussi : Cyrille, un patriarche féru de politique étrangère

Le patriarche de Moscou, qui a pleinement soutenu l’intervention militaire russe enSyrie, n’a de cesse de mettre en avant « le génocide des chrétiens au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et centrale » et « dans de telles conditions, tout le monde comprend qu’il faut se soutenir les uns les autres ». De son côté, François est convaincu que se concilier avec Moscou est indispensable pour pouvoir pesersur le cours des événements au Proche-Orient. « La Russie peut donnerbeaucoup » pour la paix, a récemment déclaré le pape. François a du reste reçu deux fois le président russe, Vladimir Poutine, depuis le début de son pontificat.

« Rome a fait des pas positifs »

Bien qu’entretenant des relations étroites avec Vladimir Poutine, le patriarcat nie toute ingérence « politique » dans la décision de rencontrer le pape. « Cela n’a rien à voir avec la politique. C’est un signal clair pour que le monde comprenne que nos Eglises ont un point de vue commun » sur le sort des chrétiens.

Encore fallait-il surmonter les séquelles du passé. A Rome comme à Moscou, cette rencontre est vue comme « le résultat d’un travail de vingt ans ». La précédente tentative de rapprochement, en 1997, avait tourné court à l’initiative des orthodoxes russes, qui voyaient en Jean Paul II un pape animé d’un dessein« politique » envers les pays de l’ancien bloc soviétique et favorisant le prosélytisme dans ces nouveaux Etats surgis après la chute de l’URSS. La situation, en Ukraine, avait alors été particulièrement tendue et Jean Paul II n’avait pas contribué, de leur point de vue, à apaiser les tensions.

Au patriarcat de Moscou – dont un tiers des paroisses est en Ukraine –, on considère que, cette fois, « Rome a fait des pas positifs ». De fait, François s’est abstenu, depuis le début de la crise ukrainienne, de critiquer Moscou et de faire un abcès de fixation de la situation de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne, héritage du retour vers Rome d’une partie des orthodoxes à la fin du XVIe siècle, qui a pris aujourd’hui le parti de Kiev.

« Pas concurrents, mais frères »

Les deux chefs religieux abordent franchement cette question dans leur déclaration commune. « Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de seréconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables, y écrivent-ils. Nous appelons nos Eglises en Ukraine à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s’abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit. » « Nous ne sommes pas concurrents, mais frères, affirment-ils encore. Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Eglise à une autre. »

« Loin des vieilles querelles de l’Ancien Monde », comme le dit leur déclaration commune, Cyrille venant à Cuba, François le non-Européen allant au Mexique, ils ont ainsi pu se rencontrer et espérer que cela favorise le « rétablissement de cette unité voulue par Dieu ».

Le texte ne néglige pas les questions morales de l’Europe, au cœur des préoccupations du patriarcat de Moscou. Le concile des évêques orthodoxes russes, réuni en amont de cette rencontre, a débattu de l’avortement, considéré comme « un problème sérieux, le plus important en Russie ». Le texte s’en fait l’écho. Il prend la défense de la famille et du mariage. Il insiste sur le « respect du droit inaliénable à la vie », allusion aux avortements et au « développement de la prétendue euthanasie ». Il enjoint aussi l’Europe « de rester fidèle à ses racines chrétiennes » et demande aux chrétiens des deux bords de « s’unir » pour « que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne ».

 

 

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     D- Le professeur de mattei

Parmi les nombreux succès attribués par les médias au Pape François, il y a celui de la «rencontre historique», qui a eu lieu le 13 Février à La Havane, avec le patriarche de Moscou Cyrille. Un événement, a-t-on écrit, qui a vu tomber le mur qui depuis mille ans divisait l’Église de Rome de celle d’Orient.

L’importance de la rencontre, selon les mots de François lui-même, n’est pas dans le document, de caractère purement «pastoral», mais dans le fait d’une convergence vers un but commun, non pas politique ou moral, mais religieux. Au Magistère traditionnel de l’Église, exprimé par des documents, le Pape François semble donc vouloir substituer un néo-magistère, véhiculé par des événements symboliques.

Le message que le Pape entend donner est celle d’un tournant dans l’histoire de l’Eglise.

Mais c’est précisément de l’histoire de l’Église qu’il faut partir pour comprendre la signification de l’événement. Les inexactitudes historiques sont en effet nombreuses et doivent être corrigées parce que c’est justement sur les faux historiques que se construisent souvent les déviations doctrinales.

Tout d’abord, il est faux de dire que mille ans d’histoire divisent l’Eglise de Rome du Patriarcat de Moscou, étant donné que celui-ci n’est né qu’en 1589.

Au cours des cinq siècles précédents, et encore avant, l’interlocuteur oriental de Rome était le Patriarcat de Constantinople. Durant le Concile Vatican II, le 6 Janvier 1964, Paul VI rencontra à Jérusalem le patriarche Athénagoras pour entamer un «dialogue œcuménique» entre le monde catholique et le monde orthodoxe. Ce dialogue n’a pas pu se poursuivre en raison de l’opposition millénaire des orthodoxes à la primauté de Rome. Paul VI lui-même l’admit dans un discours au Secrétariat pour l’unité des chrétiens du 28 Avril 1967, affirmant: «Le pape, nous le savons bien, est sans aucun doute le plus grand obstacle sur le chemin de l’œcuménisme» (1).

Le Patriarcat de Constantinople constituait l’un des cinq sièges principaux de la chrétienté établis par le Concile de Chalcédoine en 451. Les patriarches byzantins soutenaient cependant que depuis la chute de l’Empire romain, Constantinople, siège de l’Empire romain d’Orient rené, aurait dû devenir la « capitale » religieuse du monde. Le canon 28 du concile de Chalcédoine, abrogé par saint Léon le Grand, contient en germe tout le schisme byzantin, parce qu’il attribue à la suprématie du Pontife romain un fondement politique et non divin. C’est pourquoi en 515, le pape Hormisdas (514-523) fit souscrire aux évêques orientaux une Formule d’Union, par laquelle ils reconnaissaient leur soumission à la Chaire de Pierre (2).

Entre les cinquième et dixième siècles, tandis qu’en Occident s’affirmait la distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, en Orient naissait ce qui est connu sous le nom de « césaropapisme »(3), dans lequel l’Eglise est de fait subordonnée à l’empereur qui s’en considère comme le chef, en tant que délégué de Dieu, tant dans le domaine ecclésial que dans le domaine séculier. Les patriarches de Constantinople étaient de fait réduits à des fonctionnaires de l’Empire byzantin et continuaient à alimenter une aversion radicale pour l’Eglise de Rome.

Après une première rupture, causée par le patriarche Photius au IXe siècle, le schisme officiel eut lieu le 16 juillet 1054, quand le patriarche Michel Cérulaire déclara Rome tombée dans l’hérésie à cause du « Filioque »(4) et sous d’autres prétextes. Les légats romains déposèrent alors contre lui la sentence d’excommunication sur l’autel de l’église de Sainte-Sophie à Constantinople. Les princes de Kiev et de Moscou, convertis au christianisme en 988 par saint Vladimir, suivirent dans le schisme les patriarches de Constantinople, dont ils reconnaissaient la juridiction religieuse.

Les désaccords semblaient insurmontables, mais un événement extraordinaire eut lieu le 6 juillet 1439 dans la cathédrale florentine de Santa Maria del Fiore, quand le pape Eugène IV annonça solennellement, avec la bulle ‘Laetentur Coeli‘ ( « que les cieux se réjouissent »), la recomposition advenue du schisme entre les Eglises d’Orient et d’Occident.

Au cours du Concile de Florence (1439)(5), auquel avait participé l’empereur d’Orient Jean VIII Paléologue et le patriarche de Constantinople Joseph II, un accord sur tous les problèmes avait été trouvé, du Filioque à la Primauté Romaine. La Bulle pontificale se concluait avec cette définition dogmatique solennelle, signée par les Pères grecs: «Nous établissons que le Saint Siège apostolique et le Pontife Romain ont la primauté sur tout l’univers; que le même Pontife Romain est le successeur du bienheureux Pierre Prince des Apôtres, est l’authentique vicaire du Christ, chef de l’Église toute entière, père et docteur de tous les chrétiens; que Notre Seigneur Jésus-Christ a transmis à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, le plein pouvoir de paître, diriger et gouverner l’Eglise universelle, comme cela est attesté également dans les actes des conciles œcuméniques et les canons sacrés» (6).

Ce fut l’unique véritable accolade historique entre les deux églises au cours du dernier millénaire.

Parmi les participants les plus actifs au Concile de Florence, il y avait le métropolite de Kiev et de toute la Russie, Isidor. A peine de retour à Moscou, il annonça publiquement la réconciliation advenue sous l’autorité du Pontife Romain, mais le prince de Moscou, Vassili l’Aveugle, le déclara hérétique et le remplaça par un évêque qui lui était soumis. Ce geste marqua le début de l’autocéphalie de l’Eglise de Moscou, indépendante non seulement de Rome, mais aussi de Constantinople.

Peu de temps après, en 1453, l’Empire byzantin fut conquis par les Turcs et entraîna dans sa chute le patriarcat de Constantinople. Naquit alors l’idée que Moscou devait recueliir l’héritage de Byzance et devenir le nouveau centre de l’Eglise chrétienne orthodoxe. Après son mariage avec Zoe Paléologue, nièce du dernier empereur d’Orient, le Prince de Moscou Ivan III se donna le titre de Tsar et introduisit le symbole de l’aigle à deux têtes. En 1589, le Patriarcat de Moscou et de toute la Russie fut établi. Les Russes devenaient les nouveaux défenseurs de « l’orthodoxie », annonçant l’avènement d’une « Troisième Rome », après celle catholique et celle byzantine.

Face à ces événements, les évêques de cette région qui se nommait alors Ruthénie et qui correspond aujourd’hui à l’Ukraine, et à une partie de la Biélorussie, se réunirent en octobre 1596, dans le Synode de Brest, et proclamèrent l’union avec le Siège Romain. Ils sont connus sous le nom d’Uniates, en raison de leur union avec Rome, ou Greco-catholiques, parce que, tout en étant soumis à la primauté romaine, ils conservaient la liturgie byzantine.

Les Tsars russes entreprirent une persécution systématique de l’Eglise uniate, laquelle, parmi ses nombreux martyrs, compte le moine Jean (Josaphat) Kuncevitz (1580-1623), archevêque de Polotsk, et le jésuite Andrea Bobola (1592-1657), apôtre de la Lituanie. Tous deux furent torturés et tués en haine de la foi catholique et sont aujourd’hui vénérés comme saints.

La persécution se fit encore plus âpre sous l’empire soviétique. Le Cardinal Jossyp Slipyj (1892-1984), déporté pendant 18 ans dans les camps de concentration communistes, fut le dernier défenseur intrépide de l’Eglise catholique ukrainienne.

Aujourd’hui, les uniates forment le plus important groupe de catholiques de rite oriental et constituent un témoignage vivant de l’universalité de l’Eglise catholique.

Il est dépouvu de générosité d’affirmer, comme le fait le document de François et Cyrille, que la «méthode de l’uniatisme», entendue «comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Eglise, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité» et qu’«Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus (ndt: traduction officille en français; le texte italien dit « déloyaux ») pour pousser des croyants à passer d’une Eglise à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres».

Le prix que François a dû payer pour ces mots requis par Cyrille est très élevé: l’accusation de « trahison » qui lui est aujourd’hui adressée par les catholiques uniates, toujours fidèles à Rome.

Mais la rencontre de François avec le patriarche de Moscou va bien au-delà de celle de Paul VI avec Athénagoras. L’accolade à Cyrille tend surtout à accueillir le principe orthodoxe de la synodalité, nécessaire pour « démocratiser » l’Eglise romaine.

En ce qui concerne non pas la structure de l’Eglise, mais la substance de sa foi, l’événement symbolique le plus important de l’année sera peut-être la commémoration par François du 500e anniversaire de la Révolution protestante, prévue pour Octobre prochain à Lund, en Suède.

Roberto de Mattei - 17 février 2016

Sources : Corrispondenza Romana du 17 février 2016/Traduction de Benoit-etmoi/LPL du 18 février 2016

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