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Tournés vers le Seigneur

Tournés vers le Seigneur

publié dans regards sur le monde le 5 décembre 2009


Tournés vers le Seigneur

Nous avons consacré le dernier Regard sur le Monde (du 25 novembre 2009) à l’orientation de l’autel pour la célébration du Saint Sacrifice de la Messe, prêtre et fidèles en direction de l’Orient, ad orientem, l’Orient étant le symbole du Christ. Nous en avons donné les raisons théologiques exposées par le Cardinal Ratzinger dans son livre « L’Esprit de la Liturgie », dans le chapitre 3 de la seconde partie du livre, « Le temps et l’espace de la liturgie ».

 

Nous voulons poursuivre et compléter notre « recherche » par les raisons liturgiques et historiques. Elles ont été exposées par Mgr Gamber dans son livre « Tournés vers le Seigneur » publié aux Editions Sainte-Madeleine, en 1993.

 

Le livre a été de nouveau préfacé par le Cardinal Ratzinger. Il en dit l’importance et conclut : « Ce qui fait l’importance de ce livre, c’est surtout le substrat théologique mis à jour par ces savantes recherches. L’orientation de la prière commune aux prêtres et aux fidèles – dont la forme symbolique était généralement en direction de l’Est, c’est-à-dire du soleil levant – était conçue comme un regard tourné vers le Seigneur, vers le soleil véritable. Il y a dans la liturgie une anticipation de son retour ; prêtres et fidèles vont à sa rencontre. Cette orientation de la prière exprime le caractère théocentrique de la liturgie ; elle obéit à la monition : Tournons-nous vers le Seigneur ». Et il terminait, nous le savons, par ces mots : « Cet appel s’adresse à nous tous, et montre, au-delà même de son aspect liturgique, comment il faut que toute l’Eglise vive et agisse pour correspondre à la mission du Seigneur ».

 

Il écrivait cette préface, le 18 novembre 1992.

 

Mgr Gamber, tout comme le cardinal, constate que depuis une quarantaine d’années, dans l’Eglise latine, le prêtre célèbre face au peuple et non plus face à l’Orient comme cela s’est pourtant toujours fait selon la tradition de l’Eglise.

Condamnation des autels face au peuple.

 

Il condamne très fortement cette façon de faire. Il écrit dans son « avant-propos » : « personnellement, je tiens l’introduction des autels face au peuple et la célébration orientée vers ce dernier pour beaucoup plus graves et génératrices de problèmes pour l’évolution future que le nouveau missel ». Il en donne la raison : « Car à la base de cette nouvelle position du prêtre par rapport à l’autel, il y a une conception nouvelle de la messe : celle qui en fait une « communauté de repas eucharistique ». Le cardinal dit la même chose, nous l’avons vu. Mais c’est un des caractères fondamentaux du Novus Ordo Missæ. Les dangers sont graves, doublement graves.

 

C’est pourquoi Mgr Gamber, comme le Cardinal Ratzinger, voudrait que l’on revienne à l’usage constant de l’Eglise : célébrer la messe ad orientem.

Notre recherche est donc particulièrement importante. Il faut justifier notre choix.

C’est l’objet de son livre. Il répond à 12 questions après une introduction générale.

 

La liturgie céleste, l’archétype de la liturgie terrestre

Dans son introduction, il rappelle un principe fondamental : la liturgie céleste est l’archétype de la liturgie terrestre. Il rappelle la doctrine de saint Paul exposée dans l’Epître aux Hébreux : le Temple de Jérusalem – et son autel – est « l’image du sanctuaire » qui est au Ciel et dans lequel le Christ, éternel grand prêtre, est entré. Et c’est pourquoi la liturgie terrestre doit s’inspirer de la liturgie céleste. Or l’Apocalypse nous dit dans son chapitre 8 verset 3 : « Survint un autre ange qui se plaça devant l’autel, un encensoir d’or à la main. On lui remit quantité de parfums à offrir, avec les prières de tous les saints, devant l’autel d’or qui fait face au trône ». Cette place de l’ange devant l’autel face au trône a toujours « déterminé l’agencement et la position du prêtre devant lui dans la liturgie terrestre », nous dit Mgr Gamber.

 

Les choses ont changé. On pense ainsi avoir fait « revivre un usage de la chrétienté primitive » (p. 20). C’est faux, enseigne Mgr Gamber. Il va le prouver : « Il n’y a jamais eu, ni dans l’Eglise d’Orient ni dans celle d’Occident, de célébration versus populum, mais toujours tous se tournaient vers l’Orient pour prier ad Dominum (vers le Seigneur).

 

Le prêtre face au peuple, une idée de Martin Luther

 

Ce face-à-face, avec l’assemblée, remonte non point à la pratique de l’Eglise primitive mais bel et bien au XVIe siècle, avec le protestantisme luthérien. C’est une idée de Martin Luther qui, dans son livre La messe allemande et l’ordonnance du culte divin, au début du chapitre « Du dimanche pour les laïcs » notait : « Nous conserverons les ornements sacerdotaux, l’autel, les lumières jusqu’à épuisement, ou jusqu’à ce que cela nous plaise de les changer. Cependant, nous laisserons faire ceux qui voudront s’y prendre autrement. Mais dans la vraie messe, entre vrais chrétiens, il faudrait que l’autel ne restât pas ainsi et que le prêtre se tournât toujours vers le peuple comme sans aucun doute Christ l’a fait lors de la Cène. Mais cela peut attendre ». Nous étions en 1526.

 

En a-t-il été ainsi lors de la Cène ? C’est la première question que se pose Mgr Gamber : « Quelle était la situation dans l’Eglise primitive ? Les fidèles n’étaient-ils pas alors assis avec le président à la « table du Seigneur » ?

 

Mgr Gamber écrit qu’il faut bien distinguer entre la célébration de « l’agape », repas fraternel et celle de l’eucharistie qui, primitivement, faisait suite à l’agape. « Alors que pour le repas en commun, l’agape, on était assis à des tables – Mgr Gamber le prouve en citant l’Epître aux Galates (2 11-12) où l’apôtre Paul reproche à Pierre de s’être attablé avec les Juifs convertis, à l’écart des païens convertis – pour la célébration de l’eucharistie, on se levait et on allait se placer derrière le célébrant qui se tenait à l’autel ». Il cite la Didascalie des Apôtres, une instruction des IIe-IIIe siècles exigeant qu’on se tournât strictement vers l’Orient.
Il est de plus impossible, pour justifier la célébration de l’Eucharistie face au peuple, de s’inspirer comme le fait Martin Luther, de la sainte Cène. Elle prouve le contraire. Certes, les représentations habituelles de la Cène au XVIe siècle figuraient Jésus debout ou assis au milieu d’une grande table, les Apôtres l’entourant à sa droite et à sa gauche.
Mais ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées. « Cela aurait contrevenu aux usages domestiques de l’époque » (p. 21) dit Mgr Gamber : « Au temps de Jésus, et encore des siècles plus tard, on utilisait soit une table ronde, soit une table en forme de sigma (en demi-cercle). Le devant de celle-ci demeurait libre pour permettre le service des plats. Les convives étaient assis ou allongés derrière le demi-cercle de la table. A cet effet, ils utilisaient des divans ou un banc, en forme de sigma. La place d’honneur ne se trouvait pas, comme on pourrait le croire au milieu, mais à droite (in cornu dextro). La seconde place d’honneur lui faisait face » (p. 21).
« On trouve, poursuit Mgr Gamber, cette disposition des sièges de façon constante dans les plus anciennes représentations de la Cène de Jésus et jusqu’au cœur du Moyen-Age. Le Seigneur est toujours allongé ou assis du côté droit de la table ». Il cite la fameuse Mosaïque de saint Apollinaire-le-Neuf à Ravenne vers 500. La représentation est claire. Et c’est cette disposition qui permet de comprendre l’attitude de Marie-Madeleine lors du repas du Seigneur chez le pharisien Simon. Autrement, elle n’eut pu arroser de ces larmes les pieds de Jésus. Ou de Saint Pierre faisant signe à saint Jean de demander à Jésus qui était le traite annoncé.
Ce n’est que vers le XIIIe siècle qu’un nouveau type de représentation artistique commence à s’imposer : Jésus est désormais placé derrière la table, au milieu des Apôtres qui l’entourent. Ainsi de la représentation de Léonard de Vinci… « C’est cette image que Luther avait devant les yeux » (p. 21). « Elle a effectivement les apparences d’une célébration versus populum. Pourtant il ne s’agit en réalité de rien de semblable puisque le « peuple » vers lequel le Seigneur aurait dû se tourner était, on le sait, absent de la salle de la Cène. Ce qui enlève toute valeur à l’argumentation de Luther ».

 

Mais alors, comment se fait-il que les « autels face au peuple aient été introduits pratiquement dans le monde entier ? ». Ne serait-ce pas la volonté expresse du Concile ? C’est la deuxième question que se pose Mgr Gamber.

 

Il répond clairement : « On chercherait en vain dans la Constitution sur la liturgie promulguée par le deuxième Concile du Vatican, une prescription exigeant de célébrer la sainte messe tourné vers le peuple » (p. 24). Certes, il y eut bien l’instruction de la Congrégation des Rites « Inter œcumenici » de 1964 qui a inspiré par la suite le nouveau missel, où il est dit « Il est bien de construire l’autel majeur séparé du mur pour qu’on puisse en faire facilement le tour et qu’on puisse y célébrer vers le peuple, et il y sera placé dans l’édifice sacré de façon à être véritablement le centre vers lequel l’attention de l’assemblée des fidèles se tourne spontanément » (n° 91). Mais c’est là une possibilité. Ce n’est pas un ordre. Ce n’est pas une pres¬cription proprement dite. Que l’autel doive être écarté du mur c’est tout à fait conforme à la tradition liturgique. Mais que l’on célèbre la messe face au peuple cela va contre la tradition des églises orthodoxes. C’est fortement préjudiciable à une époque de dialogue œcuménique… De tout temps et en Orient et même en Occident, on cherchait plutôt à dissimuler l’autel, pour en magnifier la sainteté et le sacré : c’est le sens de l’iconostase chez les orthodoxes, des rideaux chez les Arméniens et même en Occident, du baldaquin précieux reposant sur quatre colonnes, des courtines étant fixées aux quatre côtés certainement en référence au rideau du Temple de Jérusalem qui séparait le Saint des Saints du sanctuaire ainsi que Dieu l’avait prescrit à Moïse. Et Mgr Gamber de conclure : « Alors qu’ainsi l’Eglise en ses débuts dissimulait l’autel autant qu’elle le pouvait, tout en l’ornant de tissus précieux et d’antependiums, voici qu’aujourd’hui cet autel se trouve placé, nu, au milieu de l’église exposé à tous les regards. Sa sainteté en tant que lieu de l’offrande du Sacrifice s’en trouve-t-il mieux soulignée ? Sûrement pas. A moins qu’on ne veuille, contre toute tradition, prendre en considération que sa fonction de table du repas et la rendre ainsi manifeste. Alors, bien sûr, il ne me reste qu’à m’incliner… ». Mais avant de s’incliner – et il ne s’incline pas –, il invoque au préalable Pie XII qui, dans son Encyclique Mediator Dei affirmait « combien se fourvoierait celui qui voudrait redonner à l’autel son ancienne forme de mensa (table) (n° 49) (p. 24) et de faire remarquer que « dans ce cas, il ne s’agit plus de rendre présent ici-bas le monde de l’au-delà : il ne s’agirait plus que de l’homme et de son univers. L’univers de Dieu, des anges et des saints deviendrait marginal; à peine toucherait-il le nôtre. Peut-être s’intéressera-t-on malgré tout encore à un homme nommé Jésus et à quelques pages soigneusement sélectionnées de son Evangile » (p. 27). La critique est amère ! Terriblement amère !
 

 

Mgr Gamber constate que, dans bien des églises, on a mis un autre autel en plus du maître-autel ou qu’on a purement et simplement supprimé le maîtr-autel. Cette pratique ne peut-elle invoquer une tradition moyenâgeuse ? « N’y avait-il pas, dit-il, au Moyen-Âge un autel destiné, en plus du maître-autel comme de nos jours ? C’est la troisième question.

 

Sans doute, dit-il. Cela se voyait dans les églises cathédrales et dans les monastères. Depuis la fin de l’époque romane, il y avait, de fait, un autel placé devant le jubé. C’était l’autel que l’on appelait « l’autel de la Croix ». C’est sur cet autel que, dans ces églises, on célébrait la messe pour le peuple, mais toujours dos au peuple, ainsi que toute messe destinée à des assistances nombreuses. De plus, on prêchait du haut du jubé. Seules les messes conventuelles (solennelles) étaient célébrées dans le chœur. Les jubés ont aujourd’hui disparu, sauf exception, comme à la Chaise-Dieu en Haute-Loire. Et dans la plupart des cas, l’ancien maître-autel avec son tabernacle ne servent plus qu’à conserver la sainte communion. Ce qui oblige le prêtre, qui se tient à l’autel face au peuple de tourner constamment le dos au tabernacle « sur lequel jusqu’ici, les yeux des fidèles en prières étaient fixés ». Et cela ne gêne personne ! Même quelques fois, c’est la chorale paroissiale qui s’installe sur les marches du maître-autel, les chanteurs tournant le dos au tabernacle. Et cela ne dérange per¬sonne… Faut-il qu’on ait perdu le sens de l’eucharistie. Souvent aussi, le maître-autel a disparu ainsi que les retables, alors on conserve l’eucharistie dans un tabernacle mural latéral. Ou dans une chapelle latérale de sorte qu’il est difficile de trouver le tabernacle et de venir l’adorer.
Ainsi « aucune de ces solutions n’est satisfaisante » aux yeux de la foi eucharistique. Et de plus, « en installant un nouvel autel, on a fait disparaître le centre de gravité spatial que constituait le maître-autel aux yeux de l’architecte qui avait conçu l’église » (p. 30). Mais nul ne s’en soucie ! Le « centre de gravité spatial »… ! Mais c’est l’autel, c’est le tabernacle qu’il ne fallait dissocier de l’autel, rappelle Pie XII.

 

Notre auteur en arrive à l’argument que l’on croit absolu, celui de l’autel de Saint-Pierre au Vatican. « Le pape ne célèbre-t-il pas, depuis des temps immémoriaux, tourné vers le peuple et n’y a-t-il pas dans Saint-Pierre de Rome un autel isolé sur un podium, comme dans la plupart des églises modernes ? ».

 

Il faut le reconnaître : l’autel papal sous son fameux baldaquin, le Bernin, « se trouve isolé au milieu de l’Eglise, juste au-dessous de la coupole centrale qui surplombe la confession avec le tombeau de saint Pierre » et le pape y célèbre, non pas devant l’autel, mais derrière, face au peuple. De là à conclure que la célébration du Sacrifice de la messe face au peuple était la manière de célébrer dans l’église primitive, il n’y a qu’un pas. Il fut franchi, de fait. On entend aujourd’hui encore l’argument. Mais c’est oublier que l’église de saint Pierre, pour des raisons typographiques, n’a pas, comme dans la majorité des églises anciennes, l’abside à l’Est mais à l’Ouest » (p. 33). De sorte que, lorsque le pape célèbre à l’autel de saint Pierre, il ne célèbre pas face au peuple, il célèbre face à l’Orient, tourné face à l’Orient.

 

De plus, parce que le prêtre s’est mis à célébrer face au peuple, il a fait enlever croix et cierges. C’est aller contre les prescriptions même du NOM. Dans l’« institutio generalis » du nouveau missel, il est écrit : « de même, sur l’autel ou à proximité, il y aura une croix bien visible par l’assemblée » (n° 270) (p. 33). C’est sa réponse à la cinquième question.

 

Mais n’était-ce pas inconvenant que le prêtre ait prié jusqu’ici en direction du mur ? C’est quand même bien mieux de le voir tourné vers l’assemblée ? C’est la sixième question.

 

Il n’est pas question de prier en direction du mur. Il est question de prier « en direction du Seigneur ».Voilà la réponse de notre auteur : « Lorsqu’il se tient devant l’autel, le prêtre ne prie pas en direction d’un mur, mais tous ceux qui sont présents prient ensemble en direction du Seigneur. D’autant plus que jusqu’ici, ce qui importait, ce n’était pas de réaliser une communauté, mais de rendre un culte à Dieu par l’intermédiaire du prêtre, représentant des participants et unis à eux » (p. 34). Ce qui est hautement traditionnel. Ainsi le demandait saint Augustin : « Quand nous nous levons pour prier, nous nous tournons vers l’Orient (ad orientem convertimur). Ainsi le réclamait Tertullien. Et l’on peut même penser que saint Paul dans 2 Cor 5, 6-8 souhaitait ardemment de se tourner vers le Seigneur. Ce serait, du reste, le sens de la réponse des fidèles : « Habemus ad Dominum » (Nous le tournons vers le Seigneur) au prêtre leur demandant d’élever leur cœur : Sursum corda (élevons nos cœur). Il fait remarquer qu’il en fut toujours ainsi, même chez les Juifs. Même chez les Romains. Il cite le Romain Vitruve qui écrit dans son étude sur l’architecture : « Les temples des dieux doivent être tournés de telle sorte que… l’image qui est dans le temple regarde vers le couchant, afin que ceux qui iront sacrifier soient tournés vers l’Orient et vers l’image, et qu’ainsi, faisant leurs prières, ils voient tout ensemble et le temple et la partie du ciel qui est au levant et que les statues semble se lever avec le soleil pour regarder ceux qui les prient dans les sacrifices » (p. 35). N’oublions pas la finalité théocentrique de la liturgie.

 

Et quand le prêtre se trouvait placé « derrière » l’autel dans les églises ayant leur abside « occidentée » comme Saint-Pierre de Rome, ou à Saint-Clément de Rome, n’aboutissait-on pas malgré tout à une célébration face au peuple ? C’est la huitième question, neuvième et dixième questions.

 

Non, répond-il, car « pendant la prière eucharistique, non seulement le célébrant mais aussi les fidèles étaient tournés vers l’Orient » (p. 37). En effet, « Tous regardaient en direction des portes ouvertes de l’église par où pénétrait la lumière du soleil levant, symbole du Christ ressuscité qui revient ». Cela était possible parce que « à l’origine, les fidèles se tenaient, non pas dans la nef mais dans les bas-côtés ». Il le prouve en invoquant l’exemple de l’église Saint-Clément de Rome. L’espace central devant l’autel est, en effet, occupé par la Schola cantorum (enceinte réservé aux chanteurs) et par les deux ambons pour la lecture de l’épître, du graduel et de l’évangile. C’était la même chose pour l’église de Sabratha en Lybie. « Dans les basiliques à bas-côtés multiples, ayant l’abside orientée vers l’Est, les participants à la messe se trouvaient au début, eux aussi, la plupart du temps, dans les bas-côtés ainsi que dans la partie arrière de la nef. Ils formaient de la sorte, écrit-il, un demi-cercle ouvert vers l’Orient, le célébrant se trouvant au point de convergence de ce dernier » (p. 43). Cette disposition symbolisait merveilleusement l’attente des fidèles de la venue du Seigneur qui, monté au ciel vers l’Orient, en reviendrait lors de son retour en gloire (Mt 24 27 ; Act 1, 11). « C’est ainsi, écrit-il, que lorsqu’une personnalité éminente est attendue, on écarte les rangs pour former un demi-cercle, afin d’y accueillir l’hôte d’honneur en son centre » (p. 43). Et de citer saint Jean Damascène : « Lors de son Ascension, Il monta vers l’Orient et c’est ainsi que les Apôtres L’adorèrent, et c’est ainsi qu’Il reviendra, de la même manière qu’ils Le virent monter au ciel comme le Seigneur Lui-même l’a dit : Tel l’éclair qui jaillit de l’Orient et brille jusqu’à l’Occident, tel sera le retour du Fils de l’homme ». Parce que nous L’attendons, nous L’attendons tournés vers l’Orient. C’est là une tradition non écrite des Apôtres » (p. 44). Et cette idée explique la représentation dans de nombreuses églises orientées, « depuis le VIe siècle, de l’Ascension du Seigneur, sous la voûte principale de l’abside : en haut de l’image, le Christ en gloire porté par deux anges, au-dessous Marie représentant l’Eglise » (p. 44). Alors, il conclut cette très belle idée par ces mots qui donne tout le sens de la liturgie : « Regardez vers l’Est, ce n’est pas seulement regarder vers le Seigneur transfiguré au ciel et revenant à la fin des temps, mais c’est aussi le désir de la manifestation ultime, de la révélation de la gloire future » (p. 45).

 

Il faut le reconnaître, l’homme moderne n’est plus très sensible à ce symbolisme de l’orientation de la prière vers l’Orient. « Pour les chrétiens d’aujourd’hui, c’est quand même la communauté de table qui prime » (p. 48). C’est la onzième question ou objection.

 

Il ne faut pas se décourager. Il faut insister et rappeler le symbolisme liturgique : « De toute façon, l’usage pour tous ceux qui sont présents d’être orientés tous ensemble vers le Seigneur est intemporel et garde aujourd’hui encore tout son sens » (p. 49). Ce qu’il faut rappeler et enseigner : « La Liturgie n’est pas une « offre » comme l’est la liturgie de la Parole qui doit être célébrée face au peuple. Elle est un événement sacré au cours duquel le ciel et la terre s’unissent et où le Dieu de grâces s’incline vers nous ». Comme le dit Origène, cité par Gamber, « la liturgie est un symbole, celui de l’âme regardant vers le lever de la vraie lumière » « dans l’attente de la bienheureuse espé¬rance et de la glorieuse manifestation de son grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ ». La célébration face au peuple oublie tout cela pour centrer toute l’attention des fidèles sur le prêtre. Cette nouvelle liturgie a entraîné une « clérification » de l’acte liturgique. C’est horrible ! Sans parler des aspects sociologiques du nouveau mode de célébrer qui ne sont pas toujours flatteurs !
 

 

Enfin, voila la dernière question, la dernière interrogation. La réfutation de la raison la plus importante de ce problème : célébrer la messe le prêtre tourné vers le peuple permet d’accentuer l’aspect repas et de mettre à l’ombre l’aspect sacrificiel.

 

C’est cela que les « réformateurs » veulent. Alors que toute la tradi¬tion demande la célébration ad orientem pourquoi ne supprime-t-on pas les « tables du repas » « érigées avec une étonnante unanimité dans le monde entier » ? La réponse tombe de la plume de notre auteur comme un couperet : « Bien probablement parce qu’elles répondent davantage que l’ancienne pratique à la nou¬velle conception de la messe et de l’eucharistie » (p. 53). « Il est très net que l’on voudrait aujourd’hui éviter de donner l’impression que la « sainte table » puisse être un autel du sacrifice. « L’autel » doit rester la « table du repas » (p. 53). « Certains théologiens catholiques modernes ne nient pas directement le caractère sacrificiel de la messe, mais ils aimeraient le faire passer à l’arrière-plan afin de pouvoir d’autant mieux souli¬gner le caractère de repas de la célébration. Cela, le plus souvent, à cause de considérations œcuméniques en faveur des protestants ».
Mais à l’église, nous avons l’autel du sacrifice. Or, « on se tient devant l’autel du Sacrifice. On ne se tient pas derrière. Il en était déjà ainsi pour le prêtre sacrificateur chez les païens. Dans le sanctuaire, son regard se dirigeait vers la représentation de la divinité à qui le sacrifice était offert. Il en était de même dans le Temple de Jérusalem, où le prêtre chargé d’offrir la victime se tenait devant la « table du Seigneur » (Mal 1 12), comme on appelait le grand autel de l’holocauste dans la cour du Temple, face au temple intérieur abritant l’Arche d’Alliance dans le Saint des Saints, le lieu où habite le Très-Haut. Un repas se déroule sous la présidence du père de famille, au milieu du cercle familial ; en revanche, dans toutes les religions, c’est un liturge, désigné à cet effet, qui accomplit le sacrifice et cela, dans ou devant un sanctuaire (qui peut-être aussi un arbre sacré). Le liturge est séparé de la foule et se tient devant elle, devant l’autel, tourné vers la divinité. De tout temps, les hommes qui offraient un sacrifice se sont tournés vers celui auquel ce sacrifice était destiné et non pas vers les participants à la cérémonie » (p. 53).

 

Et la conclusion de notre auteur est drastique : « Seuls l’élimination de la table du repas et le retour à la célébration au maître-autel pourront amener un revirement dans la conception de la messe et de l’eucharistie, à savoir la messe comprise comme acte d’adoration et de vénération de Dieu, comme acte d’action de grâces pour les bienfaits, pour notre salut et notre vocation au royaume céleste, et comme repré¬sentation mystique du Sacrifice de la Croix du Seigneur » (p. 54). « Cela n’exclut pas que la liturgie de la parole soit célébrée non à l’autel, mais au siège ou à l’ambon, comme elle l’était autrefois lors de la messe épisco¬pale. Mais les prières, elles, doivent toutes être dites vers l’Orient, c’est-à-dire vers l’image du Christ à l’abside et vers la croix sur l’autel » (p. 54).

 

Concluons, avec Mgr Gamber en disant : « Ce qui est décisif pour la place du prêtre à l’autel, c’est le caractère sacrificiel de la messe. Le sacrificateur se tourne vers celui à qui le sacrifice est offert. C’est pourquoi il se tient devant l’autel ad Dominum, vers le Seigneur. Or, on le sait la messe est plus qu’une communauté de repas faisant mémoire de Jésus de Nazareth. L’important n’est pas la constitution d’une communauté et ce qu’elle vit – quoi que cela ne soit pas à être sous-estimé – mais bien le culte rendu à Dieu. C’est Dieu qui doit toujours être le point de référence et non l’homme. D’où, dès l’origine, l’orientation de tous vers Lui et non un face-à-face entre le prêtre et l’assemblée » (p. 59).
« Il nous faut en tirer la conséquence et reconnaître franchement que la célébration versus populum est une erreur. Car elle est, en définitive, orientation vers l’homme et non vers le Seigneur ».

 

Merveilleuse justification de la coutume immémoriale de l’Eglise. Célébrer les Saints Mystères tous « tournés vers le Seigneur » !

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