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Menaces sur kes écoles hors contrat

publié dans regards sur le monde le 12 avril 2016


 

Menaces sur les écoles hors contrat : Anne Coffinier (Fondation pour l’école) répond à Najat Belkacem [interview]

 

Les écoles hors contrat sont elles menacées ? Najat Vallaud- Belkacem a en effet affirmé, mercredi 6 avril sur France 2, que le ministère de l’Éducation nationale envisageait de changer le système d’ouverture des établissements scolaires« hors contrat », pour passer d’une simple déclaration à une autorisation. « Je suis en train de réfléchir actuellement sur ce sujet, car je me demande si n’est pas venu le temps, compte tenu des risques de radicalisation auxquels nous sommes confrontés, de passer peut-être d’un système de simple déclaration (…) à un système de contrôle a priori, c’est-à-dire d’autorisation. Nous sommes en train de travailler sur ce chantier-là. »

Traduction : afin d’éventuellement repérer quelques cas de radicalisation au sein d’écoles musulmanes – les terroristes de Molenbeek ou de Paris n’ayant fréquenté ni les cours Montessori, ni les bancs des écoles catholiques traditionalistes – ce sont l’ensemble des écoles hors-contrats qui seraient visées par des contrôles beaucoup plus drastiques.

Pour les défenseurs de l’école libre et de la liberté d’enseigner, il s’agit d’une attaque de plus de Najat Vallaud-Belkacem, ministre contestée par de nombreux enseignants, mais également régulièrement dénoncée pour belkacem qu’elle distille dans un ministère qui a tout de même en main l’éducation de nos enfants.

Pour faire le point après cette annonce, nous avons interrogé Anne Coffinier, responsable de la Fondation pour l’École, première fondation d’utilité publique en France à s’occuper exclusivement de la création du développement, de l’accompagnement des écoles hors-contrats.

Breizh-info.com : quelle est votre première réaction après les propos de Najat Vallaud-Belkacem à propos des écoles hors contrat et de sa volonté de créer un nouveau cadre ?

Anne Coffinier : Les annonces de Mme Belkacem sont inquiétantes (sous prétexte de lutter contre la radicalisation à l’école, elle prétend rendre extrêmement difficile toutes les ouvertures d’école libre)  et dénotent chez elle d’un mépris et d’une méconnaissance du lien consubstantiel qu’il y a entre la liberté d’enseignement et l’existence effective de l’État de droit. Comme nous l’avons indiqué dans notre communiqué du 7 avril, le projet d’une « autorisation préalable » est une remise en cause du principe fondamental de la liberté d’ouverture d’un établissement d’enseignement, ce qui conduit à restreindre la liberté de l’enseignement, pourtant garantie par la Constitution.

L’État peut déjà, dans le cadre légal existant, s’assurer qu’une école privée indépendante ne dissimule pas une autre activité. Le fait que les contrôles ne soient peut-être pas diligentés de manière satisfaisante ne résulte que de la seule carence des services de l’État. Si ceux-ci n’ont pas le temps de procéder aux contrôles qui seraient souhaitables, ils n’auront pas plus le temps de traiter les dossiers de demande d’ouverture, ce qui retardera ou rendra impossible l’exercice d’une liberté fondamentale dans une démocratie.

En Alsace, régie actuellement – en raison de son statut spécifique – par le système d’autorisation préalable, le préfet autorisant l’ouverture sur avis du recteur, l’expérience montre que des délais déraisonnables sont pris pour traiter les demandes, ce qui conduit trop souvent le préfet à transmettre sa réponse aux créateurs d’école après la date de rentrée.

En outre un contrôle a priori, conditionnant une ouverture d’école, est aussi absurde qu’inutile : on se représente en effet assez difficilement le créateur d’une école « radicalisante » déclarer son intention réelle dans son dossier de demande de création d’une école.

On imagine en revanche très aisément un refus opposé à une demande d’ouverture d’un établissement désireux de proposer une pédagogie « alternative » qui ne répondrait pas au « modèle supposé » de l’Éducation nationale, ou qui ne serait pas rédigé dans le sabir ésotérique et pompeux, que l’on rencontre assez souvent dans les écrits des « pédagogistes » de certains services du ministère.

Il convient de souligner que ce « modèle » produit chaque année 140 000 élèves illettrés ou en très grave difficulté de lecture. Là est la raison qui conduit chaque année de plus en plus de familles à choisir une école libre, plutôt que d’hypothétiques menées « radicalisantes ».

Breizh-info.com :  Comment expliquez vous le manque de consultation, que ce soit auprès de la fondation pour l’école ou de la FNEP ? N’y a t-il donc aucun dialogue depuis l’arrivée de cette ministre ?

Anne Coffinier : Dans une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale », telle que la France est définie par l’article 1er de la Constitution, on ne peut que déplorer qu’une annonce de cette nature ait pu être faite par Madame la ministre sans qu’aucune consultation n’ait eu lieu :

  • ni de la Fédération nationale de l’enseignement privé, seule organisation professionnelle nationale déclarée, par arrêté du Ministre du Travail, représentative de l’ensemble de l’enseignement privé indépendant (dit « hors contrat »),
  • ni, semble-t-il, des organisations syndicales de salariés de cette branche professionnelle,
  • ni de la Fondation pour l’école, seule organisation reconnue d’utilité publique œuvrant au développement des écoles privées primaires et secondaires, pourtant « ciblées » par ce projet.

Nous avons pris l’attache du cabinet de Mme Belkacem vendredi dernier pour demander à rencontrer cette dernière. Il nous a été répondu que nous serions contactés le moment venu, mais que notre demande était prématurée, les consultations n’ayant pas encore commencé. Ce doit certainement être une manière innovante de faire de la politique que d’annoncer ce qu’on va faire publiquement, avant de consulter qui que ce soit, puis, une fois que le pays réagit, de procéder à des consultations ex post!

Ce qui est certain, c’est que les personnes attachées aux libertés dans notre pays – et Dieu merci, elles sont nombreuses- ont parfaitement pris la mesure des intentions liberticides de ces projets gouvernementaux et sont déterminées à réagir fortement si la menace venait à se préciser.

Breizh-info.com : Sur 800 écoles recensées en France (hors contrat), seules 50 sont des écoles musulmanes (chiffres du Monde). 750 ne sont donc a priori pas concernant par de possibles « radicalisations » . Ne serait-ce pas une forme de discrimination à l’envers pour ne pas stigmatiser une communauté ?

Anne Coffinier : Premièrement, il n’y a aucune certitude sur les chiffres d’écoles musulmanes annoncées par le ministère, pas plus qu’il n’y en a sur le nombre de lieux de culte musulman. Parle-t-on des écoles dûment déclarées (celles que la ministre a dit vouloir passer sous contrat sous prétexte de les contrôler davantage, et qui par conséquent ne relèveront donc plus du régime hors contrat visé par ce durcissement) ou des écoles clandestines? Le dispositif évoqué par la ministre n’aura aucune prise sur les écoles non déclarées que le ministère n’est pas du tout organisé pour détecter. Or n’est-ce pas celles-ci qui doivent nous préoccuper avant tout? La politique esquissée par la ministre manquerait donc très probablement sa cible si cette dernière était les écoles musulmanes radicalisantes.

Breizh-info.com : Finalement, derrière la lutte contre la radicalisation, n ‘y a- t-il pas une volonté de la ministre de vouloir brimer au maximum (et brider) tout ce qui sortirait de l’Éducation nationale ? Pour quelles raisons selon vous ?

Anne Coffinier : Si l’objectif réel de  la ministre est de juguler l’expansion des écoles entièrement libres (ces écoles indépendantes en pleine croissance que l’administration appelle hors contrat), alors les moyens qu’elle prend semblent en effet tout à fait adaptés.  Le régime d’autorisation ralentira considérablement- s’il ne le tarit pas – le processus de création d’école ou alors le privera de son intérêt éducatif et pédagogique en exigeant des écoles se créant un alignement de fait sur les conceptions, l’organisation, les programmes  et le jargon de l’Éducation nationale.

Ce n’est certainement pas les 40% d’enfants en échec scolaire dans notre pays qui en sortiront gagnants. Ni les libertés publiques.

Breizh-info.com : quels recours avez vous aujourd’hui ? La ministre peut-elle encore faire marche arrière ?

Anne Coffinier : La ministre n’a fait pour l’heure que des annonces politiques. Rien n’est inscrit dans le marbre et nous nous battrons avec une extrême détermination contre ce projet auquel nous ne reconnaissons, en l’état actuel des annonces, aucune légitimité.

Breizh-info.com : Comment se portent les écoles hors-contrat en cette année 2016 en France ? En Bretagne plus particulièrement ?

Anne Coffinier : Les écoles indépendantes sont en plein essor. 67 nouveaux établissements scolaires indépendants se sont créés à la rentrée dernière contre 3-4 fermetures sur près de 800 groupes scolaires indépendants existants. On peut donc dire que ces écoles connaissent une croissance exponentielle. Elles témoignent de la vitalité et de la créativité de la société civile qui se prend en main et a compris que l’éducation n’était pas un domaine régalien, à savoir qu’il ne fallait pas se demander ce que l’Etat allait faire pour nous mais bien plutôt ce que nous, société civile, allions bien pouvoir faire pour notre jeunesse et notre pays.

Bref, les écoles indépendantes incarnent une sorte d’ »empowerment » de la société civile qui prend en main son destin intellectuel et moral en  fondant des écoles entièrement libres. La carte en ligne www.ecoles-libres.fr permet de suivre l’actualité des créations d’école dans chacune des régions, et la Bretagne est loin d’être en reste.

Propos recueillis par Yann Vallerie

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