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Trump reconnait Jérusalem, capital d’Israël.

publié dans regards sur le monde le 12 décembre 2017


Trump reconnaît Jérusalem comme capitale d’Israël sous le feu des critiques internationales

 

George W. Bush puis Barak Obama s’y étaient engagés devant leurs électeurs: une fois élus, ils reconnaîtraient Jérusalem comme capitale d’Israël, transférant l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à la cité du roi David. Ils n’en ont rien fait. Donald Trump l’avait promis, lui aussi et il le fait! On félicite les deux premiers, et l’on crie haro sur le troisième ! Ceux qui ont trahi leur promesse électorale et leurs électeurs ont bien agi, celui qui a été loyal vis-à-vis de ceux qui l’ont élu est un malfaisant. C’est ce paradoxe qu’il faut souligner avant de tenter d’aborder le fond d’une question qui n’est pas simple. La surprise pour la communauté internationale unanimement indignée est que Trump a fait ce qu’il a dit qu’il ferait ! L’étonnement devrait être tempéré puisque, depuis le début de son mandat, il honore ses engagements autant que la justice américaine le lui permet, que ce soit dans le domaine fiscal ou celui de l’immigration musulmane. Il veut que l’Amérique soit « great again » (de nouveau grande), selon son slogan de campagne, ce qui implique, a-t-il dit, que ce qui concerne l’Amérique soit décidé par les seuls Américains, via leur gouvernement. En conséquence, les USA se retirent de l’accord écologique Cap21, de l’Unesco et, plus récemment, de la convention de l’ONU sur les migrants. Bien entendu, à chaque fois, les capitales étrangères déplorent ou s’indignent de ce cavalier seul – pourtant annoncé ! – de Donal Trump, lequel n’en a cure et continue à tracer le chemin qu’il a défendu devant ses électeurs. Lesquels, contrairement à la classe politico-médiatique nationale et internationale applaudissent à ses initiatives. C’est pourquoi, même si tous les pays – sauf Israël, bien entendu – s’en prennent à lui – y compris le Vatican ! – pour la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, il y a peu de chances que cela le fasse changer d’avis. C’est à lui qu’il appartient de décider de ce qu’il estime bon pour son pays. On nous annonce une déstabilisation totale du Proche-Orient, une région à feu et à sang et une reprise de l’intifada (la guerre des pierres.) Mais la réalité est que cette zone est perpétuellement instable depuis la création de l’Etat Israël ; la guerre y est permanente, endémique ou ouverte, qu’elle prenne le visage du terrorisme ou de l’attaque frontale d’armées régulières. D’un point de vue diplomatique ou politique, chaque fois que l’une ou l’autre partie déplace une pièce de l’invraisemblable jeu de patience politico-religieux dans la région, c’est l’ensemble qui est déstabilisé. La décision de Donald Trump s’inscrit dans ce contexte mais n’est qu’un élément parmi d’autres qui pèsera plus ou moins sur la situation dans la région. Nous pencherions plutôt pour le « moins » car les états arabes ont eu une réaction relativement modérée, plus symbolique que menaçante. Car la question palestinienne est devenue, de fait, secondaire par rapport au conflit entre l’Iran et l’Arabie saoudite. C’est ce conflit pour l’instant larvé qui, aujourd’hui comme il le fera demain, déstabilise la région plutôt que l’initiative de Trump. L’Arabie saoudite, wahhabite (un sunnisme rigoriste) et la République islamique d’Iran, chiite, ont rompu leurs relations diplomatiques en 2016 et, dans leur lutte d’influence, soutiennent des camps rivaux au Liban, en Irak, en Syrie et au Yémen. Depuis le 4 novembre, la tension entre les deux pays est exacerbée par la dé- mission du premier ministre libanais Saad Hariri qui, de Ryad, a accusé l’Iran d’ingérence au pays du Cèdre par le biais du Hezbollah, mouvement chiite soutenu par Téhéran. Depuis, libéré, Hariri, de retour dans son pays, via la France, a repris sa démission. La tension est encore montée d’un cran quand le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, a accusé l’Iran d’avoir agressé son pays, en rendant Téhéran responsable d’un tir de missile des rebelles houthis au Yémen intercepté près de Ryad. La décision de Trump ne pèse guère dans ce contexte. Quant à savoir si Jérusalem peut être la capitale d’Israël, c’est au terme de la résolution du conflit israélo-palestinien que la réponse sera donnée, puisque la question fait partie des enjeux des négociations dites de paix, mais qui sont au point mort. Autrement dit, ce ne peut être une question préalable. Les Etats-Unis attendaient un accord entre Israéliens et Palestiniens pour cette reconnaissance, symbolisée par le dé- placement de leur ambassade. C’était même une obligation pour le chef de l’Etat américain. Trump a justifié ainsi sa décision : « Il est temps d’officiellement reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël », avec la volonté, a-t-il dit de constater une simple « réalité. » « Après plus de deux décennies de dérogations » à une loi votée par le Congrès en 1995 imposant le déplacement de l’ambassade, nous ne sommes pas plus près d’un accord de paix entre Israël et les Palestiniens, en conséquence, rien ne sert d’attendre davantage. » Au demeurant, Jérusalem, est d’abord la cité religieuse des trois grands monothéismes avant d’être la capitale d’un Etat. Pour les chrétiens, elle est le lieu de la mort et de résurrection du Christ ; pour les juifs, c’est la cité du roi David, là où, lors de la venue du Messie, doit être reconstruit le temple (sur l’emplacement de l’actuelle mosquée d’Omar.) Pour l’islam, c’est là que les musulmans se réuniront le jour du jugement dernier. C’est dire si sa dimension mystique transcende son caractère politique. Quel que soit son statut diplomatique et politique, son caractère religieux subsistera pour les croyants des trois religions.

 

(Source Bulletin d’André Noël)

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