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Entraide et Tradition

Le document préparatoire du Synode sur l’Amazonie. Analyse de RC

publié dans nouvelles de chrétienté le 18 septembre 2019


Le document préparatoire du Synode sur l’Amazonie crée l’émoi dans l’Eglise

Le pape François l’avait annoncé dès le début de son pontificat : tout en gouvernant avec détermination la barque de Pierre, il souhaitait faire du synode une institution incontournable de l’Église. Après avoir réuni deux assemblées d’évêques pour parler de la famille, en 2014 et 2015 à Rome, le pape avait convoqué des prélats choisis dans le monde entier pour aborder la question de la jeunesse en 2018. À l’automne 2019, il désire faire pencher ses confrères sur un sujet jusqu’ici assez absent des thèmes chers aux hommes d’Église : l’Amazonie

Le 15 octobre 2017, après s’en être déjà ouvert auprès des évêques du Pérou, le pontife romain avait annoncé vouloir s’intéresser au sort des peuples indigènes vivant dans l’immense bassin amazonien. À l’occasion d’une cérémonie de canonisations de nouveaux saints, parmi lesquels figuraient beaucoup de Brésiliens, il faisait cette annonce avec deux années d’avance, signe de l’importance qu’il accordait à ce sujet. Depuis, les commentateurs les plus divers se sont exprimés. L’objectif était-il de parler de la Création ? Mais pourquoi s’en tenir à une partie des surfaces naturelles uniquement ? Fallait-il s’intéresser aux problématiques des terres de mission ? Dans ce cas, pour quelle raison exclure les immenses territoires d’Afrique ou d’Asie dans lesquels le catholicisme est loin d’être profondément implanté ?

Au-delà des hypothèses, la réponse à toutes ces questions a été largement donnée le 17 juin dernier, lors de la publication du long Instrumentum laboris – document de travail de préparation du Synode – intitulé : « Amazonie. Nouveaux Chemins pour l’Église et pour une Écologie Intégrale ». Dans un document fleuve et foisonnant, des membres habilités de l’entourage du pape ont manifesté d’une part leur préoccupation pour la population, la faune et la flore de ce gigantesque ensemble naturel et, dans un questionnaire final, ils ont d’autre part esquissé les pistes vers lesquelles doit pouvoir déboucher ce synode.

L’Amazonie, comme nouvelle Terre Sainte

Disons-le sans ambages, même si le texte présenté n’émane pas du pape directement, il n’apporte aucune considération ni même interrogation directe sur le salut céleste des populations vivant en Amazonie. Que celles-ci puissent progresser dans la connaissance de Notre Seigneur pour se sanctifier n’est visiblement pas l’objectif de cet outil de travail qui appréhende la nécessité d’une présence religieuse afin de s’ouvrir à l’Amazonie ou de défendre son identité. Comme le dit le texte, il s’agit de « dialoguer avec les racines spirituelles des grandes traditions religieuses et culturelles ». Le texte aurait pu s’ancrer sur les récits de la Genèse pour montrer, à la suite de saint François d’Assise, que la nature est un outil confié par Dieu aux hommes mais il ne le fait manifestement pas, du moins que très indirectement. Il s’oriente plutôt vers des tendances panthéistes inquiétantes qui présentent tout à la fois l’Amazonie, selon les défenseurs du synode, comme un « lieu théologique », une « source de la révélation » voire une nouvelle « terre sainte ».

Reprenant tout en les sollicitant les paroles du pape à Puerto Maldonado, le texte assimile cette terre idéalisée à un paradis terrestre, dont les habitants constitueraient presque un nouveau peuple élu, propice à nous enseigner : « Nous qui n’habitons pas ces terres, nous avons besoin de votre sagesse et de votre connaissance pour pouvoir pénétrer, sans le détruire, le trésor que renferme cette région. Et les paroles du Seigneur à Moïse résonnent : “ Retire les sandales de tes pieds, car le sol que tu foules est une terre sainte ” (Ex 3, 5) ». Et plus loin le texte fait des indigènes du Brésil des sources d’enseignement : « Ces peuples “ ont beaucoup à nous enseigner ”. Grâce à leur amour de la terre et à leur relation avec les écosystèmes, ils connaissent le Dieu Créateur, source de vie. Eux, « par leurs propres souffrances, ils connaissent le Christ souffrant ». Dès lors, les peuples d’Amazonie doivent être à tout prix protégés dans une vision de préservation qui tranche de façon spectaculaire avec le discours ambiant des hommes d’Église préconisant en Europe de façon très politique un melting-pot qui tend plutôt à diluer les identités : « Aujourd’hui, être autochtone ne se réduit pas seulement à une appartenance ethnique. Mais cela se réfère aussi à la capacité de conserver leur identité sans s’isoler des sociétés qui les entourent et avec lesquelles elles interagissent. »

Une modification des réalités spirituelles

Les concepts traditionnels sont donc mis de côté dans ce texte. On ne parle plus de salut, de sanctification ou de grâce sacramentelle. Ces termes laissent place à des termes sociologiques confus dans lesquels la dimension surnaturelle semble complètement absente : qu’est-ce qu’une « Église au visage amazonien » ? Que retenir de « l’interprétation intégrale » ou de la « cosmovision » lues sous la plume de l’auteur ? Seul le dessein tant espéré du « bien vivre » semble démontrer la théologie naturaliste du document tandis que certaines formulations morales sont détournées de leur acceptation traditionnelle pour recevoir une nouvelle réalité. Ainsi le concept de « communion » est-il élargi. Il ne suffit plus d’être en union avec les saints mais il faut « vivre en communion avec la terre, avec l’eau, avec les arbres, avec les animaux, avec le jour et la nuit. » De même, la charité ne paraît plus s’opérer auprès de deux acteurs que seraient Dieu et le prochain mais également à l’égard de la terre, devenue désormais un véritable sujet puisque le texte définit « trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre (…) les trois relations vitales ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture est le péché ».

Notre Seigneur, dans ses enseignements, n’a pas insisté sur le péché contre l’environnement. Aucune parabole ne s’attarde à aborder ces sujets dans les Évangiles. Dieu nous appelle davantage à nous sanctifier pour nous conformer aux préceptes du décalogue. Il en résulte indirectement qu’il ne nous est pas permis de gâcher inutilement les outils confiés par Dieu. Et pourtant le terme de « conversion » est lui-même altéré dans le document présynodal. La conversion ne consiste plus à être plus saint pour être toujours plus proche de Notre Seigneur. Il faudrait être toujours plus écologique pour être à l’écoute de la nature dans « une harmonie personnelle, sociale et écologique, qui doit passer par une conversion personnelle, sociale et écologique ». L’instrumentum laboris ne parle plus des péchés contre la foi ou contre les mœurs. Les seules atteintes faites à Dieu qui sont mentionnées dans les paragraphes sont celles qui touchent l’environnement. « L’Église reconnaît la lourde hypothèque et le pouvoir du péché surtout sur la destruction sociale et environnementale, elle ne se décourage pas dans son cheminement commun avec le peuple amazonien et s’engage à vaincre la source du péché, soutenue par la grâce du Christ ». Subrepticement, c’est toute la théologie qui est modifiée par ces nouvelles théories, inaugurant de nouveaux recueils de péchés.

Le para-synode

Mais si le texte paraît en bien des endroits confus, les défenseurs du texte, par leurs commentaires bien ciblés, ont montré, ces derniers mois, quelles étaient les intentions cachées de ces journées romaines sur l’Amazonie : Mettre les catholiques devant le fait accompli par une réunion préparée et ficelée. C’est ainsi qu’ont fonctionné les précédents synodes, sur le schéma du dernier Concile. Les intentions des préparateurs étaient généralement plus instructives que les pistes de pensée officiellement présentées. Ainsi, lors des sessions relatives à la famille, plusieurs évêques ne dissimulaient pas leurs intentions de voir les divorcés remariés accéder à la table de communion. Cette fois-ci, le cardinal Walter Kasper n’y est pas allé par quatre chemins. Pour lui, l’Église doit « écouter ce que l’Esprit suggère aux Églises, de réfléchir et de méditer consciencieusement sur la question de savoir si, sur cette situation (de l’Amazonie), il est souhaitable, avec le consentement du pape, d’ordonner au sacerdoce des hommes de foi éprouvée qui vivent mariés et en famille (appelés viri probati) ». Or au moins de juin dernier, le même cardinal participait précisément à une réunion à Rome avec les cardinaux Lorenzo Baldisseri, Claudio Hummes, et Christoph Schönborn, ainsi qu’avec les évêques Franz-Josef Overbeck et Erwin Kräutler, acteurs clefs de ce synode, pour préparer les réunions. Ce dernier, évêque autrichien, en poste au Brésil, est un fervent partisan de l’ordination d’hommes mariés et de l’installation de diaconesses pour œuvrer en Amazonie. Sur ce point, le texte présynodal ouvre d’ailleurs une inquiétante brèche en affirmant qu’il « convient de discerner le type de ministère officiel qui peut être conféré aux femmes, en tenant compte du rôle central joué aujourd’hui par les femmes dans l’Église amazonienne ». Quant à Mgr Overbeck, il affirme que, « après le synode sur l’Amazonie, rien ne sera plus comme avant », notamment en ce qui regarde la morale et la hiérarchie de l’Église. C’est dire s’il est légitime de s’inquiéter des journées qui vont se dérouler à l’automne à Rome.

De vives réactions

Les conséquences du synode sur l’Amazonie sont si importantes que plusieurs cardinaux préparent la riposte, certains ayant déjà dénoncé de façon ouverte et solennelle le texte publié. Le cardinal Walter Brandmüller a, par exemple, souligné le caractère fort peu spirituel du document et parlé « d’une ingérence agressive dans les affaires purement temporelles de l’État et de la société du Brésil ». Devant la confusion des termes et l’inversion des concepts, il porte une accusation fort grave en parlant d’hérésie et d’apostasie : « Il faut donc à présent affirmer avec force que l’Instrumentum Laboriscontredit l’enseignement impérieux de l’Église sur des points essentiels et qu’il doit donc être considéré comme hérétique. Dans la mesure où le fait de la révélation divine y est remis en question, ou mal comprise, il faut en plus également parler d’apostasie ». Ce n’est pas en des termes bien différents que le cardinal américain Raymond Burke s’est exprimé en confiant que « le document était une apostasie. Cela ne peut pas devenir l’enseignement de l’Église, et si Dieu le veut, on mettra fin à toute cette affaire. »

Mais c’est certainement le cardinal allemand Gerhard Müller, ancien préfet de la Congrégation pour le Culte divin, qui a porté le plus grand coup au texte. Dans un long texte paru dans Die Tagespost, il dénonce l’accroissement de la sécularisation voulue par l’Instrumentum laboris, « la mythologie de l’Amazonie et de la théologie écologique occidentale, élevées au rang de Révélation, tout comme l’hégémonie de leurs idéologues » à savoir ses compatriotes progressistes, « portée plus haut que l’autorité spirituelle des apôtres dans leur office apostolique. » Après avoir noté que le document ne disposait d’aucune référence aux Saintes Écritures, aux Pères, aux conciles et aux papes, il en vient à démasquer la manœuvre qu’il voit dans le prochain synode : présenter l’Amazonie comme un laboratoire atypique pour y introduire de façon exceptionnelle des prêtres mariés et des diaconesses pour ensuite permettre l’extension de ces innovations au reste de l’Église. Il est évident que si tel est le cas, le subterfuge relève de l’escroquerie intellectuelle. Jamais le monde n’a été aussi christianisé et les prêtres aussi dispersés à travers le monde du fait de la mobilité facilitée, et des siècles de missions. Il serait pour le moins inouï que ce soient les grandes distances imposées par la forêt amazonienne qui soient présentées comme l’alibi pour permettre des révolutions libérales contraires à toute la Tradition latine.

Néanmoins, les mises en garde contre le texte d’esprit teilhardien, si elles sont encore plus musclées que par le passé, ne sont pas non plus légions. Que feront les cardinaux et évêques convoqués ? L’avenir prochain le dira. Sont-ils nombreux ceux qui s’offusquent du nouvel état d’esprit ? Ou bien sont-ils prêts à écouter les nouveaux chemins ouverts par les progressistes allemands ? Ce qui est certain, c’est qu’une passe d’armes risque d’avoir lieu au cœur de la Ville Éternelle, tant le thème anodin de l’Amazonie cache des enjeux gigantesques pour la Tradition de l’Église catholique. Le cardinal brésilien Claude Hummes a déclaré que « le pape sait à quel point le synode peut être historique pour toute l’Église », tout en lui prêtant l’intention d’avoir encouragé cette dernière « à ne pas rester immobile et trop sûre de sa théologie ». On ne peut que trembler et prier pour que les âmes ne soient pas à nouveau tributaires des innovations de ceux qui réfèrent imposer leurs intuitions personnelles plus ou moins bien ordonnées aux principes séculairement éprouvés.

Côme de Prévigny

Tiré de la revue Renaissance Catholique n° 158.

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