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Toujours sur le Synode l’Amazonie

publié dans nouvelles de chrétienté le 27 octobre 2019


l’Amazonie à sa source dans la doctrine de l’inculturation de Jean-Paul II

dans Religion Catholique — par Francesca de Villasmundo — 25 octobre 2019

Le rite païen qui a eu lieu dans les jardins du Vatican le 4 octobre dernier et tout le cortège de rituels et vénérations d’idoles païennes durant le Synode sur l’Amazonie font grincer beaucoup de dents dans la sphère conservatrice de l’Église conciliaire. Qui a malheureusement, et paradoxalement en ces temps mémoriels, la mémoire courte…

Cette cérémonie fut certes infâme mais elle n’a rien d’extraordinaire, il faut le rappeler, dans l’Église conciliaire. Les papes conciliaire avant François ont toléré les rituels païens, les ont même encouragés au nom de ce concept sorti des brumes conciliaires qu’est l‘inculturation.

Le pape Jean-Paul II, si vénéré par les conservateurs d’aujourd’hui, plus que tout autre pontife d’après le Concile a favorisé ce retour au paganisme à travers cette pratique de l’inculturation, position conciliaire à laquelle il a été fidèle. Les cérémonies liturgiques qu’il présida aux quatre coins du monde et où des rituels païens furent introduits sont nombreuses et ne dépareillent pas, loin de là, des cérémonies en cours durant ce synode pan-amazonien.

Pour ne pas avoir la mémoire courte, croire que cette terrible crise d’apostasie non pas silencieuse mais visible n’est imputable qu’à l’ère bergoglienne, mais se souvenir qu’elle est profondément enracinée dans le concile Vatican II, ses décrets et la nouvelle doctrine qui en est issue en rupture avec la Tradition bi-millénaire, voici quelques pages du livre de l’abbé Daniel Leroux, paru en juin 1988, et intitulé Pierre m’aimes-tu ? :

« Mais avant d’aborder ce sujet, nous allons montrer que l’œcuménisme du pape envers les religions non chrétiennes, par manque d’esprit surnaturel, amorce, à travers l’inculturation, un retour au paganisme.

Dans la soirée du 8 décembre 1965, quelques heures après la clôture du Concile, Mgr Wojtyla s’entretenait de la réforme liturgique avec le Père Malinski. Tout à coup, l’évêque de Cracovie lui déclara :« Il n’y a pas que les mots qui signifient quelque chose, mais aussi le comportement, les mouvements, les gestes, les bras ouverts, les mains jointes, le baiser de paix, tout ceci ce sont des gestes romains. Et si les Noirs, les Japonais…, veulent traduire ces gestes dans leurs comportements traditionnels, car cela aussi, on doit le traduire, à quoi aboutirons-nous ? En assistant dans cinquante ans à une messe africaine et à une messe européenne, constaterons-nous encore quelque chose de commun ? Certainement on conservera les éléments de base, tels que le pain et le vin, mais tout le reste sera traduit d’après la tradition locale : les mots, les gestes, les couleurs, les habits, les chants, l’architecture, le décor. Le problème de la réforme liturgique est énorme et il est difficile d’imaginer où il se terminera »390.

Fidèle à ses positions conciliaires, Jean-Paul Il déclara même, quinze ans plus tard, dans un discours sur la misère des paysans brésiliens : « La liturgie est l’un de ces domaines et certainement pas le seul, où se fait cet échange entre l’Église et les cultures »391. La mise en pratique de cet échange, par le pape lui-même, s’inscrit dans les pages les plus sombres de la crise dans l’Église. Il nous était difficile en effet d’imaginer les scènes qui vont suivre, et pourtant la réforme liturgique est une dynamique qui ne fait que s’ébranler.

Le 4 mai 1980, devant un million de personnes, le pape ordonne huit évêques africains à Kinshasa au Zaïre. Cette messe, dont plusieurs télévisions européennes ont retransmis les images en direct, a offert au monde un exemple de liturgie africaine où la danse s’intègre à tous les chants :« Vêtus d’aubes aux couleurs du Vatican – jaune et blanc – de jeunes prêtres noirs se déhanchaient doucement autour de l’autel, tandis que la foule chantait le Gloria. Quelques instants plus tard, elle entonnait des cantiques en swahili, en lingala ou en kikongo, masse noire ondulant au rythme des tam-tams, avec accompagnement d’accordéons et de guitares. Sur son fauteuil protégé d’un toit de paille en forme de case, Jean-Paul Il ne boudait pas son bonheur et sa joie »392.

« La première lecture a été faite par une jeune Zaïroise à la voix éclatante, en lingala »393.

Un peu plus tard, il célébrait la messe dans le parc Uhuru, au centre de Nairobi. « Après le Credo, chanté en latin, la prière des fidèles a de nouveau été récitée en Kiswahili et l’offrande s’est déroulée suivant un rite purement africain : jeunes gens portant des paniers de fleurs et de fruits, un berger avec un mouton bêlant, jeunes filles avec des objets d’artisanat locaux. Chaque diocèse du Kenya avait tenu à son offrande particulière… »394. Au cours de la grand-messe, le pape n’a pas hésité à porter la coiffure (haute de plus de quarante centimètres et ornée de plumes) ainsi que la cape des Masaï, pour bien montrer combien il est ouvert aux traditions et aux préoccupations des africains.

Le 22 juin 1980 à Rome, le pape béatifie cinq missionnaires du Nouveau Monde. « La cérémonie s’est déroulée dans la basilique Saint-Pierre, en présence de plus de vingt cinq mille fidèles. Des chefs indiens aux costumes traditionnels, représentant les peuples iroquois, cheroquee… et micmac, se sont joints aux Indiens guatémaltèques, à l’offertoire, pour la procession des offrandes : calumet de la paix, couvertures, flûtes, des coiffures de plumes… L’une des femmes indiennes fit la première lecture liturgique »395.

En février 1982, pour sa dernière messe sur la terre africaine, il retrouve le stade de Libreville. « Des chorales très fournies, avec des instruments traditionnels, ont accompagné l’attente de la foule et chanté toute la messe. Voix des femmes aiguës, un peu criardes, sur des rythmes syncopés. Alléluia et Kyrie devenaient des airs obsédants et entêtants, d’autant plus que pendant tout le séjour pontifical au Gabon, la radio nationale Africa numéro un a utilisé ces refrains comme indicatifs à toutes les émissions concernant le voyage de Jean-Paul Il. Femmes et hommes agitaient des plumets blancs en chantant, à la façon des jeunes Américaines encourageant l’équipe de football de leur collège. En fait, ils « dansaient » la messe, se balançant, levant les bras vers le Ciel, joignant les mains. Les petites filles elles-mêmes qui portaient les paniers d’hosties avançaient en dansant et oscillant de la tête »396.

Dès son retour à Rome, le pape s’est félicité d’avoir pu constater, pendant ce voyage en Afrique, « combien toute l’œuvre du Concile Vatican Il a été opportune dans sa théologie de l’Église et ses orientations pastorales ». Et d’affirmer : « Enfin il faut accentuer l’évangélisation de la culture africaine, qui forme une base splendide pour l’incarnation du christianisme »397.

Deux mois plus tard, la Commission nationale de liturgie de l’épiscopat de Haute-Volta définissait un certain nombre de gestes et d’attitudes à adopter au cours de la liturgie. En voici un extrait : « Claquement des mains de toute l’assistance, marquant le rythme de certains cantiques, et cris stridents poussés par des femmes… Proclamation de l’Évangile annoncé par le tam-tam, ou proclamé phrase par phrase, répété par le tam-tam… Batterie de tam-tam à l’élévation… Grand salut mossi à la croix, le Vendredi Saint, ou au Saint Sacrement après l’élévation par un groupe de danseurs ou de danseuses »398.

En mai 1984, au cours de son voyage en Asie, Jean-Paul II célèbre la première messe en Papouasie-Nouvelle Guinée, sur le terrain de rugby de Port-Moresby. « Là, 250 danseurs et danseuses, torse nu, jupes jaunes en fibres de palmier et coiffures de plumes multicolores ont ouvert la célébration (de la messe) à leur manière. Le visage peint en jaune, à l’exception d’un œil maquillé en noir ou en orange, les représentants des tribus Mekeo et Roro ont dansé, chanté et battu le rythme sur des tambours… Le pape a récité la plupart des prières en pidgin (un anglais modifié sous l’influence des dialectes locaux et du malais) et, à chaque passage de l’anglais au langage local compréhensible par tous, les fidèles débordaient d’enthousiasme »399.

En septembre 1984, au Canada, « le pape a célébré une liturgie de la parole, au cours de laquelle il a mandaté huit diacres indigènes et reçu du chef des tribus indiennes – honneur insigne – la plume d’aigle. La cérémonie, qui consiste d’abord à brûler de « l’herbe douce » en l’honneur du grand esprit Ke-Jem-Manito, puis à présenter au pape une plume d’aigle enduite d’essences rares et de sang (allusion à l’attentat commis contre lui), montre jusqu’où on a accepté d’introduire un rite « païen » dans la liturgie »400. Dans l’homélie, il a déclaré : « La vraie foi s’exprime de différentes manières… non seulement le christianisme est très valable pour les peuples indiens, mais le Christ, par les membres de son corps, est lui-même indien ».

En août 1985, au cours de son voyage en Afrique, le pape ordonne 16 prêtres à Yaoundé au Cameroun. « Empreinte de ferveur, la cérémonie a été ponctuée de chants magnifiques interprétés en ewondo par un immense choeur composé de plusieurs centaines de femmes… Elles dansaient pour mieux scander les mélodies. Avant la communion, Jean-Paul Il, souriant et recueilli, s’est fait présenter les cadeaux qui lui étaient offerts à l’occasion de son passage au Cameroun : des défenses d’éléphant, une mosaïque d’ivoire, d’or et d’ébène et un mobilier de rotin… Avant de bénir la foule, il lui a rendu hommage pour “sa participation profondément chrétienne” »401. Quelques heures plus tard, Jean-Paul II est à Garoua : « La messe, au cours de laquelle le pape a baptisé et confirmé une centaine de personnes, a été une véritable fête africaine. Les fidèles ont chanté en langue fulbe et mondang. Plus loin, les jeunes de l’ethnie Mbororo ont dansé leurs danses d’éleveurs de bœufs, courant tête baissée et donnant des coups de canne à l’assistance ».

De retour à Rome, le pape évoquait son voyage à l’audience générale, en déclarant notamment qu’il avait remarqué, lors de la consécration de la cathédrale d’Abidjan « une préparation soignée de la liturgie, une belle participation, la spontanéité du chant, la finesse des gestes de danse africaine, l’ardente prière… »402. Faisant allusion à son passage au Togo, il a redit sa joie d’avoir rencontré des croyants des religions traditionnelles :« Caractéristique a été, en particulier, la rencontre de prière au sanctuaire du lac Togo, où j’ai prié, pour la première fois, avec les animistes ». En effet, pour la première fois, un pape est allé prier dans un lieu consacré au culte des fausses divinités et a accompli des pratiques rituelles païennes dans un bois sacré. Dans un article intitulé Une prière dans la forêt sacrée, l’Osservatore romano raconte le déroulement de la cérémonie. Lorsque Jean-Paul II arrive sur place, un sorcier commence par évoquer les esprits : Puissance de l’eau je t’invoque, Ancêtres, je vous invoque… On présente alors au pape un récipient plein d’eau et de farine ; le Vicaire du Christ fait d’abord une légère inclination, puis disperse le mélange dans toutes les directions. Le matin, il avait accompli la même pratique avant la messe. Ce rite païen signifie que celui qui reçoit l’eau, symbole de la prospérité, la partage avec les ancêtres en la jetant sur la terre.403

Le dimanche 2 février 1986, Jean-Paul II commence son voyage en Inde. A New-Dehii, il célèbre une grand-messe devant 18 000 personnes rassemblées au stade Indira Gandhi. « 300 jeunes filles ont dansé au son des instruments traditionnels de musique indienne. Ces jeunes, aux gestes lents et harmonieux, ont créé une grande émotion parmi la foule »404.

A Ranchi, capitale de l’État de Bihar, où il a fait escale, « il s’est prêté, devant 400 000 catholiques des environs, pour la plupart membres convertis de tribus animistes, à une cérémonie traditionnelle. Il n’a pas hésité, pour être purifié selon la coutume locale, à avancer précautionneusement dans les petits paniers ornés de fleurs que de jeunes danseuses, bouquets de plumes de paon sur la tête, déplaçaient au fur et à mesure sous ses pieds »405. « Le pape …a fait escale à Ranchi …où il a célébré la messe. Le pape, selon un rite de purification, s’est approché de l’autel en mettant les pieds dans des paniers, au rythme des tambours »406.

Lors de la rencontre de Madras, préparée par la Commission épiscopale régionale pour « la proclamation, l’œcuménisme, le dialogue et les communications sociales », Mgr Duraisamy, évêque de Salem « a accueilli le pape, sur les épaules duquel a été imposé un châle de brocart vert et or, en signe d’honneur. Une chorale hindoue a chanté l’hymne védique : “Seigneur, conduis-nous du mensonge à la vérité” »407. Le védisme est une ancienne religion de l’Inde, consistant en un polythéisme plus ou moins panthéiste, et datant du XIIè siècle avant Jésus-Christ. Toujours à Madras, le 5 février 1986, on a apporté en présence du pape une canne à sucre tressée en forme de crosse, qui signifie l’offrande hindoue au dieu charnel. Peu après, au cours de la procession d’offertoire, on apporta aussi à l’autel une noix de coco, offrande typique de la religion hindoue à ses idoles. Enfin, un homme lui imposa les cendres sacrées en lui passant la main sur le front. Il ne s’agit pas du « Tilac », mais des cendres sacrées ou « Vibhuti »408. Trois jours plus tôt, le 2 février, il avait en effet reçu sur le front le « Tilac » – ou « Tika » – la pastille de poudre rouge des hindouistes, le signe de reconnaissance des adorateurs de Shiva409.

Pendant son voyage aux îles Fidji, en 1986, il célèbre une messe pontificale. La couverture de la Documentation Catholique410 nous montre le cortège liturgique : le thuriféraire est torse nu, revêtu seulement d’un pagne, le pourtour du nez et de la bouche sont peints.

Enfin, lors de sa visite aux Philippines, en février 1981, le pape rencontre la communauté chinoise et déclare :« Le Père Matteo Ricci a compris et apprécié pleinement la culture chinoise dès le début, et son exemple doit servir d’inspiration à beaucoup. Il est arrivé que d’autres n’aient pas fait preuve de la même compréhension. Mais quelles que soient les difficultés qui ont pu avoir lieu, elles appartiennent au passé et, maintenant, c’est vers l’avenir que nous devons nous tourner »411. Dès son arrivée en Chine, à la fin du XVIème siècle, le Père Ricci avait en effet accepté que certaines pratiques païennes soient permises chez les nouveaux convertis. Mais un siècle plus tard, Rome dirimera la « querelle des rites » ainsi suscitée, en promulguant, en 1715 sous Clément XI, deux décrets, puis, en juillet 1742, la bulle Ex quo Singulari de Benoît XIV, documents qui interdiront la reconnaissance des rites chinois. A chaque fois, ces mises au point du Saint-Siège déclencheront de cruelles persécutions, ce qui prouve que les papes avaient visé juste. On comprend que le pape, aujourd’hui, demande de se tourner vers l’avenir en oubliant le passé. Ces quelques faits sont accablants et d’une gravité extrême. N’est-ce pas un encouragement effectif et public donné au culte des idoles ? Le psalmiste ne nous dit-il pas (Ps. 95) que « Tous les dieux de ceux qui n’ont pas la vraie foi sont des démons ».

Saint Paul, dans sa première épître aux Corinthiens (X, 14-22), affirme de même que ce sont les démons qui se font adorer dans les idoles païennes : « C’est pourquoi mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie… Ce qu’on sacrifie, c’est à des démons qu’on le sacrifie et à ce qui n’est pas Dieu. Or, je ne veux pas que vous entriez en communion avec les démons. Vous ne pouvez boire à la coupe du Seigneur et à la coupe des démons ; vous ne pouvez partager la table du Seigneur et la table des démons. Ou bien voudrions-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Serions-nous plus forts que lui ? » Saint Jean (I, 5, 19-21) nous met pareillement en garde contre les idoles : « Nous savons que nous sommes de Dieu et que le monde entier est plongé dans le mal. Mais nous savons que le Fils de Dieu est venu, et qu’Il nous a donné l’intelligence pour connaître le vrai Dieu, et nous sommes en ce vrai Dieu, étant en son Fils Jésus-Christ. C’est Lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle. Mes petits enfants, gardez-vous des idoles ».

Notre-Seigneur aurait-il versé tout Son Sang sur la Croix pour que les successeurs de Pierre aillent encore aux idoles ? Les saints martyrs avaient bien compris cette exigence de la Révélation. Contraints de choisir entre l’idolâtrie et la mort, ils ont préféré suivre leur Maître sur la voie douloureuse du calvaire et sceller dans leur sang leur fidélité au vrai Dieu.

Saint Cyprien, évêque de Carthage, fut exilé, en août 257, par le proconsul pour avoir refusé d’associer le culte des idoles à celui de Dieu :« Un an après il était rappelé à Carthage par le nouveau proconsul Galerius Maximus. Il comparut devant ce magistrat le 14 septembre. – Vous êtes bien, lui dit le juge, Thascius Cyprianus ? – Je le suis. – C’est vous qui étiez le pape de la secte sacrilège ? – C’est moi. – Les très saints empereurs vous ordonnent de sacrifier. – Je ne le fais pas. – Réfléchissez. – Faites ce qui vous est prescrit. En chose si juste, il n’y a pas à réfléchir. Valerius s’entretint quelques instants avec ses assesseurs. Puis il lut sur une tablette la sentence : « Thascius Cyprianus est condamné à être puni par le glaive ». Saint Cyprien dit alors ce simple mot : « Dieu soit béni ». Il eut la tête tranchée le jour même, 14 septembre 258 »412.

Plus près de nous, l’âme du bienheureux Théophane Vénard était remplie d’une angoisse toute surnaturelle en voyant l’idolâtrie installée dans les pays d’Extrême-Orient. Ces lignes qu’il écrivit au Père Dallet, son confrère des Indes, devraient s’inscrire en lettres d’or dans le cœur des disciples du Christ :« En l’état de persécution incessante où nous sommes, qui nous empêche d’avoir communication avec les pauvres païens, l’œuvre de leur conversion est à peu près impossible, si ce n’est que de temps en temps il nous est donné de glaner quelques âmes pour le paradis… Oh ! que c’est triste de regarder autour de soi et de n’apercevoir que des villages païens, que des toits de pagodes, de n’entendre que le son des cloches des bonzes, de ne voir que les cérémonies diaboliques paraître au grand jour ! Pour la religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il faut qu’elle courbe son front humilié devant Confucius et Bouddha, ses ministres se cachent, leur tête est mise à prix, et mandarins et peuples vexent à qui mieux mieux ses adorateurs… La foi achetée au prix du sang est forte et vigoureuse, et produit des fruits : sanguis martyrum, le sang des martyrs est une semence de chrétiens ; mais la foi conservée avec de l’argent demeure faible et stérile »413.

Pour Théophane Vénard et les glorieux martyrs, il n’était point question d’accepter les pratiques païennes. « Plusieurs fois au cours de l’année, les païens de la contrée (le Tonkin) célèbrent des fêtes qui, commencées à la maison commune par des offrandes aux idoles, s’y terminent ordinairement par un festin. Ceux des chrétiens qui assistaient à ces cérémonies étaient regardés comme des apostats… La veille de la Toussaint, retentit dans Kim-Bang un appel de tambour. Qu’est-ce que cela ? interroge le Père Ven (Théophane Vénard) – C’est, lui explique son hôte, une convocation pour le repas de demain. – Le repas de demain ? – Oui, Père. C’est demain la fête de l’automne. – Demain ! … Mais n’est-ce pas pour nous la fête de tous les saints ? Et les chrétiens iront à la maison commune prendre part à la fête de l’automne ! Ils offriront un sacrifice aux idoles, c’est-à-dire aux démons ! – Oh ! non, Père. Tous sont convoqués, il est vrai, à la maison commune ; mais en réalité il n’y aura pas de sacrifice aux idoles. Cette réponse ne pouvait satisfaire Théophane. Le lendemain, il envoya Pierre Khang inspecter le lieu du festin. Justement il y avait là un autel garni d’une cassolette à brûler de l’encens. (Les meneurs protestèrent)… Le signal du tambour a été donné hier et cet autel a été élevé ici uniquement pour sauver la face. Les païens s’imagineront que nous gardons les rites accoutumés, voilà tout. Le catéchiste revint conter au Père ce qu’il avait vu et entendu. Allez, ordonna celui-ci, et rapportez-moi tout de suite le vase dans lequel brûle l’encens… Et lorsque Pierre fut de retour : « Brisez cela ! », commanda Théophane. L’urne de porcelaine, ornée de figures grimaçantes, était d’un certain prix. N’importe ! »414. A l’heure du martyre, les païens disaient aux chrétiens : « Gardez votre religion, restez chrétiens dans votre cœur, personne ne vous en empêche ; mais ici signez ce billet, faites un pas au-dessus de la croix. Votre Dieu sait bien votre situation, vos prêtres aussi : tous vous pardonneront »415. Refusant ce simulacre, ils répondirent comme Théophane : « Grand mandarin, je ne crains pas la mort. Je suis venu ici prêcher la vraie religion… J’ai prêché la religion de la Croix jusqu’à ce jour ; comment voulez-vous que je l’abjure ? Je n’estime pas tant la vie de ce monde que je veuille la conserver au prix d’une apostasie »416.

Ils sont au Ciel et Jésus-Christ a effacé toute larme de leurs yeux ; ils prient pour nous, pour que nous gardions la foi catholique. Comme l’affirmait Pie XII : « Il n’y a jamais eu et il n’y a pour l’Église aucune hésitation, aucun compromis, ni en théorie, ni en pratique… Son attitude n’a pas changé durant le cours de l’histoire, et elle ne peut changer dans les circonstances les plus diverses qui la mettent en face de l’alternative : l’encens aux idoles ou le sang pour le Christ »417.

L’attitude de l’Église ne peut changer et ne changera jamais, c’est notre consolation. Nous savons qu’un jour les idoles tomberont, parce que seule l’Épouse du Christ a les promesses de la vie éternelle. Comme l’a écrit le poète418 :

L’ouvrage des méchants demeure périssable,

Les idoles d’argent qu’ils se sont élevées

S’écrouleront un jour sur leur base de sable

Et la nuit tombera sur leurs formes rêvées.

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(386 La Croix du 29.1.1985. 387 La Croix du 26.3.1985.388 Ouest France du 24.7.1987.389 Ouest France du 25.8.1987.390 Malinski, op. cité, p. 220.391 Le Monde du 9.7.1980.392 Le Point du 18.5.1980. 393 La Croix du 6.5.1980. 394 Le Monde du 8.5.1980.395 La Croix du 24.6.1980.396 La Croix du 20.2.1982.397 La Croix du 22.2.1982.398 La Croix du 22.4.1982.399 La Croix des 8/9.5.1984, p. 2.400 Le Monde du 18.9.1984.401 La croix du 13.8.1985 402 La Croix du 23.8.1985.403 OR, édition italienne, du 11.8.1985, p. 5.404 La Croix du 4.2.1986.405 La Croix du 5.2.1986, p. 15.406 DC du 16.3.1986, p. 291.407 DC du 16.3.1986, p. 297.408 Mgr Lefebvre, op. cité, p. 177.409 La Croix du 6.2.1986 et l’Express du 7/13.2.1986, avec photo. 410 N° 1931 du 4.1.1987. 411 DC du 15.3.1981, p. 269. 412 Chne Bayard : « Tertullien et saint Cyprien », coll. « Les Moralistes chrétiens », p. 16. 413 Mgr Trochu : « Le bienheureux Théophane Vénard », p. 312. 414 Mgr Trochu, op. cité, p. 401. 415 Ibidem, p. 320. 416 Ibidem, p. 439. 417 Discours du 6.12.1953. 418 Robert Brasillach : « Poèmes de Fresnes », psaume 1, p. 25)“

Francesca de Villasmundo

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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