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Un entretien de Mgr Vingt-Trois au Figaro le 25 juin 2010

Un entretien de Mgr Vingt-Trois au Figaro le 25 juin 2010

publié dans flash infos le 26 juin 2010


Mgr Vingt-Trois : «L’Église a la capacité de rebondir»

 

Entretien avec le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques, alors que l’Église de Paris donne cette année une importance inédite à l’ordination de nouveaux prêtres.

Le cardinal, nous dit que «l’Église a la capacité de rebondir». Je le veux bien. Je crois, oui,  qu’elle a les promesses de la protection divine. « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle »…Mais rien n’indique que le catholicisme soit éternel en France…à moins qu’il y ait , là, un vrai sursaut de foi. Ce sont les évêques , successeurs des apôtres , qui peuvent le susciter. Ils sont les pasteurs, les bons pasteurs. Si chaque évêque dans son diocèse, avait ordonné autant de prêtres que Mgr Lefebvre, de 1971 à 1991, il n’y aurait pas de crise de vocations. Mais au lieu de s’inspirer de son exemple, beaucoup l’ont combattu…Ce n’est pas comme cela que la situation, en France, rebondira. Il ne faut pas faire des prêtres des animateurs « sociologiques » de communautés. Il faut rappeler aux prêtres qu’ils sont des hommes de prières, d’adoration, qu’ils sont les hommes du « Sacrifice » où se perpétue le mémorial du Christ et le don de la sainte Eucharitie autour de laquelle s’édifie l’Eglise, les communautés ecclésiales. L’adoration de Dieu doit être au coeur de la pensée du prêtre. C’est pourquoi cette idée théocentrique de la liturgie doit être enseignée aux séminaristes et aux jeunes. Elle est capitale si l’on veut « rebondir » et attirer les jeunes au sacerdoce du Chrsit. C’est là, me semble-t-il, une idée essentielle que l’on doit retrouver dans les séminaires. C’est ce qui est enseigné avec beaucoup d’insistance par Benôit XVI. Il attire très opportunément l’attention sur la relation entre le Sacerdoce et l’Eucharistie. L’amour de la belle liturgie fera, peut-être « rebondir » l’Eglise …Mais faut-il encore en prendre les moyens. Voyez, en fin d’entretien « l’ état des lieux » du catholicisme en France.

LE FIGARO. – Pourquoi créez-vous un événement en appelant cette année 10 000 personnes à venir assister aux neuf ordinations sacerdotales à Notre-Dame de Paris ce samedi ?

Cardinal André Vingt-Trois – C’est une façon de terminer l’année sacerdotale lancée par le Pape il y a un an en donnant l’occasion aux catholiques de Paris de manifester un soutien à leurs prêtres. Ce rassemblement va montrer de façon plus visible la force du lien de communion et d’attachement mutuel entre les prêtres et les fidèles.

Est-ce un antidote à la récente crise pédophile ?

Ce rassemblement est prévu depuis le 25 septembre dernier et il n’a rien d’une contre-manifestation !

Cette fête de l’Église chercherait-elle à lutter contre la morosité ambiante ?

Quand je circule dans les paroisses, je vois des églises pleines et des gens qui gardent l’espérance et agissent pour faire changer les choses, même s’ils peuvent être confrontés à des situations personnelles difficiles.

Neuf ordinations cette année, c’est une fourchette basse pour le diocèse de Paris : ce rassemblement entend-il relancer le sacerdoce catholique ?

Nous voulons effectivement donner une visibilité au sacerdoce. Des hommes s’engagent aujourd’hui dans cette voie : c’est du réel et non un effet de communication ! Quant aux statistiques, nous étions dix quand je fus ordonné en 1969, et en 1983, par exemple, il n’y eut que trois ordinations. L’étiage actuel est bas mais stable.

Est-ce l’heure de redorer le blason sacerdotal ?

Redorer un blason serait un objectif de communication. Or, notre objectif est de conforter la place du prêtre au sein de la communauté chrétienne, même si je ne vois pas le corps sacerdotal se déliter. Les prêtres sont généralement en bonne forme. Cette année les a même soudés davantage. Ils ont ressenti de façon aiguë le sens de leur responsabilité. La vie personnelle d’un prêtre ne peut jamais être isolée de la vie de l’Église. Sa vie privée ne peut pas être coupée de sa vie pastorale. C’est une évidence en période calme, mais le choc de la crise en redonne une conscience plus vive.

Le sacerdoce catholique est-il aujourd’hui en crise ?

Ce qui est en crise en Occident, c’est la place du prêtre dans la société et sa façon d’exercer son ministère. Il faut s’attendre à de fortes mutations. Nous recevons toujours des jeunes issus de familles chrétiennes. Ces familles, nous les encourageons mais elles sont moins nombreuses, et aujourd’hui se présentent au séminaire de jeunes hommes qui ont vécu loin de la foi et se sont convertis. Nous ne devons pas rêver de retrouver une situation comparable à celui du XIXe siècle.

Y a-t-il une nouvelle façon de susciter des vocations ?

Autrefois, tout le monde savait «pourquoi» nous appelions au sacerdoce. Aujourd’hui, il nous faut dire «pour quoi» nous avons besoin de prêtres. Mais s’engager dans la vie sacerdotale reste toujours une aventure qui repose sur la confiance d’un homme dans l’appel du Christ et dans celui de l’Église.

Y a-t-il une nouvelle façon de former des prêtres ?

Plus qu’à d’autres périodes, les prêtres doivent avoir une double conscience : la cohérence du mystère chrétien et la connaissance de la société sans référence à Dieu dans laquelle ils sont envoyés. Il faut donc les préparer à être des témoins de Dieu avec l’intelligence de la société et de ses courants de pensée. Ils doivent être aussi des leaders, car les communautés chrétiennes n’ont plus la même façon de se rassembler.

L’Église a-t-elle suffisamment fait pour juguler cette crise ? Est-elle close ?

Si les crises sont reniées, on en subit les conséquences ; si elles sont assumées, elles permettent un profit. Il faut que nous assumions les implications de la crise en revivifiant le sens profond du sacerdoce. Depuis six mois, le Pape, avec beaucoup de persévérance et d’endurance, n’a pas fait autre chose. Les chrétiens l’ont bien saisi : on n’a jamais vu autant de monde cette année dans les églises pendant la semaine sainte ! Nous avons montré que l’Église dans son ensemble et le corps sacerdotal avaient la capacité de rebondir pour un renouveau de leur implication dans la vie du monde.

Sortez-vous différent de cette crise ?

J’ai pris davantage conscience de la force de la cohésion ecclésiale. La réaction du corps ecclésial n’a pas été spectaculaire, destinée à faire image, mais elle a été remarquable. Le système ne s’est pas volatilisé sous l’impact d’un missile. Il a encaissé et réagi avec force. Il y a eu aussi une prise de conscience plus vive du drame vécu par les victimes. La stabilité de l’Église ne vient pas d’une navigation paisible. L’Église a une promesse de permanence et de développement à travers le monde mais avec des incidents de parcours. Elle est même équipée pour vivre ces troubles !

Le cardinal André Vingt-Trois vient de publier un livre interview, Une mission de liberté avec Pierre Jouve aux Éditions Denoël (248 p., 18 €), qui donne un visage inattendu de cet homme d’Église habituellement discret sur lui-même.

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ÉTAT DES LIEUX du Catholicisme.

19 640 prêtres, religieux et diocésains, exercent leur ministère en France. Selon une enquête statistique de La Croix publiée en mai dernier, la moitié d’entre eux ont plus de 75 ans. Du coup, dans la centaine de diocèses ­français – mis à part quelques exceptions urbaines et les diocèses de Belley-Ars et Fréjus-Toulon – la tension entre le nombre de postes à pourvoir en paroisses (environ 4 000) et la raréfaction des jeunes prêtres n’a jamais été aussi forte.

La courbe des ordinations sacerdotales est désormais passée sous la barre des 100 annuelles (83 cette année pour toute la France), ce qui ne fait pas un nouveau prêtre par diocèse par an avec de larges disparités puisque ­certains diocèses n’ont plus d’ordinations depuis longtemps.

TENDANCE

Deux tendances structurelles à noter. Une corrélation constante – depuis cinquante ans – entre la courbe de la pratique religieuse et celle des vocations avec une rupture spectaculaire dans la décennie des années 1950 (de 999 ordinations en 1951 à 575 en 1960.) L’Église catholique ne s’attend donc pas à des miracles en ce domaine dans les années à venir.

Seconde évolution : un dynamisme certain dans des congrégations plus classiques ou traditionnelles qui attirent un nombre considérable de jeunes. Près d’un quart des candidats aux sacerdoces choisit ces voies. Sans compter les huit Français qui seront ordonnés à Ecône, soit 10 % des ordinations des prêtres français cette année.

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