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Le sillonisme de Marc Sangnier

Le sillonisme de Marc Sangnier

publié dans doctrine politique le 28 juillet 2010


Cent ans après, toujours antisillonnistes

Il est du devoir d’un pape «de veiller à la pureté de la foi et à l’intégrité de la discipline catholique, de préserver les fidèles de l’erreur et du mal, surtout quand l’erreur et le mal leur sont présentés dans un langage entraînant qui, voilant le vague des idées et l’équivoque des expressions sous l’ardeur d’un sentiment et la sonorité des mots, peut enflammer des cœurs pour des causes séduisantes, mais funestes.

Telles ont été naguère les doctrines des prétendus philosophes du XVIIIe siècle, celles de la Révolution et du libéralisme tant de fois condamnées; telles sont encore aujourd’hui les théories du Sillon qui, sous leurs apparences brillantes et généreuses, manquent trop souvent de clarté, de logique et de vérité, et, sous ce rapport, ne relèvent pas du génie catholique et français» (1).

C’était le 25 août 1910. On conçoit facilement que ces lignes papales n’étaient pas faites pour enchanter les sillonnistes.
Le pape a usé d’une longue patience envers eux car il s’était plu à reconnaître en eux «des âmes élevées, supérieures aux passions vulgaires et animées du plus noble enthousiasme pour le bien».

Il a attendu aussi, à cause de la magnifique action entreprise et menée sur le terrain social au début : «c’étaient les beaux jours du Sillon».

Le cœur riche mais l’esprit ignorant

Depuis, le mouvement a dévié. Saint Pie X en donne une raison qui pourrait bien s’adresser à nous encore aujourd’hui et plus que jamais.

«Les fondateurs, jeunes, enthousiastes, et pleins de confiance en eux-mêmes, n’étaient pas suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur cœur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l’obéissance contre les infiltrations libérales et protestantes».

Le pape devait parler pour éclairer tous ceux, jeunes laïcs, prêtres et séminaristes qui étaient entrés dans le sillage de ce mouvement.

On comprend mieux l’intervention du souverain pontife face à la prétention des sillonnistes à se soustraire à l’autorité de l’Eglise. Ils ont des théories spéciales sur tout et «pour justifier leurs rêves sociaux, ils en appellent à l’Evangile interprété à leur manière et, ce qui est plus grave encore, à un Christ défiguré et diminué».

Sans doute poursuivent-ils un noble but, mais ils oublient l’enseignement catholique dont les principes sont fixés et confirmés par l’histoire.

Il y a la diversité des classes que les sillonnistes veulent détruire. La souveraineté du peuple qu’ils prônent est contraire à l’enseignement traditionnel de l’Eglise.

«Ils vont donc au rebours de la doctrine catholique, vers un idéal condamné».

Le pape prouve qu’il connaît ce qu’il condamne, il expose dans sa «Lettre» les théories du Sillon et ses erreurs. Il en montre les conséquences funestes.

L’erreur d’une émancipation à tous crins

Le Sillon est partisan de la démocratie dont les bases sont: liberté, égalité, fraternité. Il veut l’émancipation politique, économique et intellectuelle : l’autorité devra être consentie par les citoyens ; il n’y aura plus de patrons, et ce ne sera pas cependant le socialisme; chacun devra travailler en vue de l’intérêt général, faisant fi de l’intérêt particulier.

Aux erreurs du Sillon, saint Pie X oppose la doctrine catholique. L’autorité ne réside pas dans le peuple, mais elle vient de Dieu qui la délègue à qui il veut. Pour le Sillon, l’autorité vient bien de Dieu, mais elle remonte d’en bas, du peuple, pour investir ceux qui seront les dépositaires de cette autorité.

Dans le système sillonniste, l’autorité disparaît et il n’y a plus d’obéissance.

«La cité future à laquelle Le Sillon travaille n’aura plus de maître, ni de serviteurs; les citoyens y seront tous libres, tous camarades, tous rois».

L’Eglise proclame, elle, la nécessité d’une autorité, laquelle ne détruit pas la liberté et n’attente nullement à la dignité des hommes en exigeant leur soumission, car, en définitive, toute autorité vient de Dieu.

Le Sillon soutient que toute inégalité étant une injustice, la démocratie qui prêche l’égalité absolue entre tous les hommes est la seule forme de gouvernement légitime. Or l’Eglise n’a jamais donné une préférence de gouvernement à la démocratie. Il faudra attendre les derniers papes du XXesiècle et du début du XXIesiècle pour prôner la démocratie universelle au risque, comme l’écrivait saint Pie X, de «se former de la justice et de la légalité un concept qui n’est pas catholique».

(NB: je me permets de nuancer ce jugement :   »Il faudra attendre les derniers papes du XXesiècle et du début du XXIesiècle pour prôner la démocratie universelle ».  Jean-Paul II a eu des propos très durs contre la démocratie. Il suffit de lire le dernier livre de Jean-Paul II « mémoire et identité » pour s’en convaincre. Dans la FSSPX on ne s’informe pas toujours assez, mais on affirme toujours catégoriquement)

La Fraternité

Elle n’a pas pour base l’amour des intérêts communs ou la simple notion d’humanité «englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec leurs misères aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles».

Or le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des erreurs ni dans l’indifférence en face de l’erreur et du mal, mais bien dans le zèle pour la vérité qui améliore intellectuellement et moralement, et même matériellement, les autres hommes. La source de l’amour mutuel des hommes les uns pour les autres, c’est l’amour de Dieu, notre Père commun, et l’amour de Jésus-Christ dont nous sommes les membres. C’est donc l’amour de Dieu et de Jésus-Christ qui procurera le plus grand bonheur des hommes ici-bas.

La dignité humaine

Elle demande, selon la théorie sillonniste, que chaque individu puisse se libérer de toute tutelle étrangère. La dignité humaine consiste en réalité dans l’accomplissement du devoir d’état là où la Providence a placé chacun.

«Et donc les humbles de la terre […] qui se contentent de tracer modestement leur sillon, au rang que la Providence leur a assigné en remplissant énergiquement leurs devoirs dans l’humilité, l’obéissance et la patience chrétienne, ne seraient-ils pas dignes du nom d’homme, eux que le Seigneur tirera un jour de leur condition obscure pour les placer au ciel parmi les princes de son peuple»?

Le pape n’a pas tout dit des erreurs du Sillon, mais il s’arrête ici pour envisager maintenant «l’influence de ses erreurs sur la conduite pratique du Sillon et sur son action sociale».

Le Sillon en pratique est l’image de cette cité future à l’élaboration de laquelle il prétend travailler de toutes ses forces. Chez lui, il n’y a plus de hiérarchie, les chefs sont sortis de la masse, la plus grande liberté est laissée à tous et à chacun, aucune autorité intellectuelle n’est admise pour la direction des études, la camaraderie la plus absolue règne entre tous ses membres, qu’ils soient laïques ou prêtres. Voilà ce qui explique que, même chez les séminaristes et les prêtres, on ne rencontre plus le respect, la docilité, l’obéissance dus aux évêques. Les évêques représentent le passé, tandis que les sillonnistes eux, représentent l’avenir.

L’Eglise, pour le Sillon, n’aurait pas encore réussi à réaliser l’œuvre sociale voulue par le Christ et «les grands évêques et les grands monarques qui ont créé et glorieusement gouverné la France n’ont pas su donner à leur peuple ni la vraie justice, ni le vrai bonheur, parce qu’ils n’avaient pas l’idéal du Sillon».

Le souffle de l’Esprit ou de la Révolution ?

Il n’y a pas de doute que «le souffle de la Révolution a passé par là».

Quand on considère l’action sociale du Sillon, on est bien forcé de reconnaître qu’il ne donne pas satisfaction à l’Eglise. Il inféode l’Eglise au parti de la démocratie universelle. Les sillonnnistes ne défendent l’Eglise que s’ils y trouvent leur avantage. Et pourtant, ils ne craignent pas d’afficher leur foi catholique. En eux il y a deux personnes, l’individu et le sillonniste.

Il fut un temps où Le Sillon se proclamait catholique. Plus tard on affirma qu’il ne serait pas anticatholique : «ce fut l’époque du plus Grand Sillon». On conviait alors tous les hommes, catholiques, protestants, francs-maçons à travailler avec une généreuse émulation à l’œuvre commune. Une telle promiscuité, on le sait, engendre de graves dangers. De toute cette agitation du Sillon, il ne pouvait résulter que des avantages pour le socialisme.

«Oui, vraiment, on peut dire que Le Sillon convoie le socialisme, l’œil fixé sur une chimère».

Ce désir latent d’une sorte de religion plus vaste que l’Eglise catholique, déjà bien présent dans cette pensée sillonniste, c’est celui que l’on retrouve dans les officines qui réclament un nouvel ordre mondial.

Toutes ces aberrations s’expliqueront toujours par le travail des loges maçonniques et par les accointances de tant de catholiques libéraux (les idiots utiles) avec la Révolution.

Saint Pie X conclut sa lettre en rappelant aux évêques qu’ils doivent continuer la mission des apôtres et ne pas négliger les questions sociales.

Quant aux sillonnnistes qui désirent collaborer à la réorganisation chrétienne de la société, ils doivent se placer sous l’autorité des évêques et sous l’appellation de «Sillons catholiques».

Le souverain pontife exprime l’espoir d’une soumission des sillonistes. Marc Sangnier enverra au pape une lettre de soumission, mais la suite obligera à reconnaître qu’il n’a jamais abandonné ses erreurs dans la lutte pour son idéal démocratique et social. C’est ainsi qu’on le vit, lors des campagnes antimilitaristes qui faisaient rage après la guerre, être un partisan résolu du désarmement universel; ou encore pendant son passage à la chambre bleu-horizon, Sangnier était toujours prêt à soutenir de ses votes les propositions socialistes. Depuis, il ne cessera d’avoir les compromissions les plus dangereuses avec les pires ennemis de notre foi, jusqu’à, dit-on, faire des conférences en tenue blanche dans les loges.

Ses plus chers disciples n’ont-ils pas donné leur adhésion au serment du Front populaire ? Marc Sangnier, malgré sa soumission, n’a jamais abandonné ses erreurs premières, qu’il a continué de plus belle à défendre et à propager.

Saint Pie X, ici comme dans le modernisme, avait vu clair. Les condamnations, comme toujours, étaient fortement motivées et la suite des événements jusqu’à nos jours, tant dans l’Eglise que dans certains syndicats dits chrétiens, est venue apporter de nouvelles preuves de sa haute sagesse.

Abbé Xavier Beauvais , curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet

Extrait du Chardonnet n° 260

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