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L’autorité magistérielle de Vatican II: Contribution à un débat actuel

publié dans nouvelles de chrétienté le 26 avril 2012


 L’autorité magistérielle de Vatican II
Contribution à un débat actuel

SOURCE – Abbé Bernard Lucien – Sedes Sapientiae – avril 2012

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Extraits d’une étude de l’Abbé Bernard Lucien – Présentation de l’étude

L’actualité conduit Sedes Sapientiæ à présenter un numéro inhabituel (mars 2012, n° 119). Cette année, l’Église commémore le cinquantenaire de l’ouverture du concile Vatican II. À cette occasion est remise sur le devant de la scène la question des degrés d’autorité et des modes d’exercice du magistère dans ce concile. De plus, cette question se trouve au cœur des discussions entre la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) et le Saint-Siège. Aussi, la rédaction a choisi de publier intégralement cette étude de l’abbé Bernard Lucien, qui vient apporter une contribution essentielle dans ce débat.

Le débat actuel voit deux tendances s’opposer. D’un côté, on insiste sur l’aspect objectif de la Tradition – son contenu – et on souligne les problèmes de continuité avec le magistère antérieur, posés par certains textes de Vatican II. De l’autre côté, on insiste sur l’aspect actif de la Tradition – la transmission –, dont le magistère est un organe éminent, et on souligne la nécessité de recevoir les enseignements de ce concile œcuménique. Il est donc nécessaire de tenter une coordination de ces deux points de vue. C’est ce que fait l’abbé Lucien, appuyé sur quelques principes théologiques arrivés à l’état de doctrine certaine et explicite dans l’Église.

Il procède en plusieurs étapes : dans un premier temps (chapitre 1), il étudie une objection préalable, soulevée notamment par l’abbé Jean-Michel Gleize, de la FSSPX : Vatican II a-t-il eu l’intention d’exercer un magistère réel ? La volonté « pastorale » du Concile l’a-t-il détourné de sa fonction magistérielle ? L’abbé Lucien étaye sa réponse sur les déclarations des papes et du Concile lui-même : oui, Vatican II a bien été, en fait comme d’intention, un exercice du magistère suprême.

Vatican II doit donc être reçu à ce titre par tout catholique. Cela implique un assentiment premier ou « global », au magistère exprimé dans et par le Concile. Ainsi est écartée une critique qui ne serait pas catholique, dans la mesure où elle ne serait pas celle d’un fils qui reconnaît dans la voix du magistère de l’Église la voix de celle qui a été constituée par le Christ Mère et Maîtresse de vérité. Mais est-ce à dire que tous les enseignements de Vatican II possèdent la même autorité magistérielle et réclament notre adhésion au même degré ? Allons plus loin : qu’aucune faiblesse d’expression, voire aucune erreur n’ait pu se glisser dans ses documents ? L’abbé Lucien analyse cette question essentielle en deux temps.

Dans un premier temps (chapitre 2), il rappelle comment, d’une façon générale, le magistère de l’Église s’exerce de différentes manières, qui n’engagent pas de la même façon son autorité. L’auteur distingue trois degrés ou niveaux essentiels d’autorité. Il montre ensuite quels critères permettent de différencier ces trois degrés. L’adhésion requise sera en proportion de l’engagement de l’autorité magistérielle présent dans le texte et de l’assistance du Saint-Esprit, plus ou moins forte, qui accompagne cet engagement. En conséquence, la possibilité d’erreur sera :
soit totalement écartée, en raison de l’infaillibilité (degré maximum d’autorité) ;
soit rendue très improbable, mais non impossible (magistère simplement authentique « autoritaire ») ;
soit encore elle sera plus largement possible, dans le degré le plus bas (magistère « pédagogique »).
Dans un deuxième temps (chapitre 3), l’abbé Lucien applique les principes, discernés au chapitre 2, au cas de Vatican II : quels degrés d’autorité trouve-t-on dans ses enseignements ? L’auteur n’exclut pas la présence du degré maximum : des enseignements infaillibles, non pas parce que le concile Vatican II se serait exprimé selon la forme extraordinaire et solennelle, mais parce que, organe du magistère ordinaire universel, il est assisté infailliblement, si telle doctrine est proposée par le Concile directement et par soi, et si elle est présentée comme révélée, ou bien comme liée nécessairement à la révélation.

Le second degré d’autorité est celui du « magistère simplement authentique et autoritaire ». Il concerne les cas où une doctrine est affirmée directement et par soi, sans que le lien nécessaire avec la révélation soit explicité. L’auteur en voit de nombreux cas dans Vatican II. Cet enseignement réclame une vraie adhésion de la part du croyant, car bien qu’il ne bénéficie pas d’une assistance infaillible, l’assistance y est cependant suffisante pour qu’il y ait une grande probabilité de vérité : la proposition enseignée ainsi est « probable », c’est-à-dire « digne d’être approuvée ». Elle n’exclut cependant pas absolument toute possibilité d’erreur. Néanmoins, affirme l’abbé Lucien, « ce magistère, non infaillible mais pourtant divinement assisté et par là enraciné dans l’infaillibilité, réclame a priori et de soi une vraie adhésion de tous les fidèles, ce qui exclut le dissentiment de principe, le rejet pour simple motif d’insuffisance argumentative ou même l’attentisme du doute ou la prétention de se poser en “instance critique” ».

Enfin se présente le troisième degré, celui que l’auteur appelle « le magistère seulement pédagogique, non autoritaire ». À ce niveau, « de nombreux passages de Vatican II, sans doute la plus grande partie, se présentent, non comme enseignés directement et par soi, mais comme énoncés à titre d’introduction, d’explication, d’argumentation, de conséquence par rapport à ce qui est affirmé directement et par soi : en un mot, indirectement. C’est le cas de la plus grande partie de la déclaration Dignitatis humanæ ». « L’attitude demandée au fidèle n’est pas de soi l’adhésion, mais plutôt l’attention docile, répondant précisément au souci pédagogique du magistère. »

Au cours de cette étude, l’abbé Lucien présente également des suggestions sur ce qui serait souhaitable en raison des controverses actuelles :
la reconnaissance officielle de l’existence du niveau pédagogique du magistère, de sa vaste présence à Vatican II, et de la légitimité d’une discussion respectueuse à ce niveau, où se situent la plupart des éléments déficients reprochés au Concile ;
la distinction entre l’accueil global de Vatican II comme un acte du magistère, avec la réception différenciée de chaque point (ce qui est requis) et une adhésion absolue à toute et chacune des propositions (ce qui ne saurait être exigé) ;
la clarification sur le fait que l’infaillibilité ne se restreint pas aux jugements solennels, et que Vatican II n’a pas exclu de parler infailliblement sur le mode du magistère ordinaire universel ;
pour ce qui apparaît comme des « innovations », la nécessité :
de conduire loyalement les deux approches, celle de la recherche du degré d’autorité (qualification doctrinale), et celle du contenu objectif ;
de distinguer l’ordre pratique, où les ruptures ne sont pas de soi impensables, et l’ordre doctrinal ;
et de souligner qu’il ne suffit pas que le fidèle ne voit pas la continuité pour suspendre une adhésion, proportionnée au degré d’autorité magistérielle du point concerné.
Enfin, l’abbé Lucien souligne la nécessité d’un travail des théologiens sur les problèmes de continuité objective, posés par les quatre points les plus délicats (liberté religieuse, affirmation que l’unique Église du Christ « subsiste dans » l’Église catholique, œcuménisme, collégialité), et opportunité d’une intervention du magistère sur ces points. Cet exposé veut contribuer à dépasser le dialogue de sourds qui semble s’être installé, en prenant en compte, dans leur unité, les vérités essentielles qui préoccupent respectivement et à bon droit les uns et les autres. Puisse cette œuvre de pacification et de formation des esprits porter tous ses fruits dans les intelligences et les cœurs!

La rédaction de Sedes Sapientiae

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On peut se procurer la version intégrale de cette étude, d’une longueur double que celle du texte ci-dessous, pour 10 € port compris, auprès de la : Société Saint-Thomas d’Aquin, F – 53340 Chémeré-le-Roi (chèques au nom de la Société Saint-Thomas d’Aquin).

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