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De la Transfiguration

publié dans paroisse saint michel le 22 février 2013


Homélie pour le deuxième dimanche de Carême

De la Transfiguration

ou de l’amour de la Croix

C’est sur l’Evangile selon Saint Mathieu au chapitre 17 , versets 1 à 9 que l’Eglise attire, en ce deuxième dimanche de Carême, notre attention. C’est le magnifique récit de la Transfiguration. Nous sommes sur une haute montagne. Elle domine le lac de Tibériade que l’on voit de loin, souvent dans la brume:

« En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme neige. Et voici que leur apparurent Moïse et Elie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors, prenant la parole, dit à Jésus : « Seigneur quel bonheur pour nous d’être ici !Si vous le voulez, faisons ici trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Elie. Il parlait encore qu’une nuée lumineuse les prit sous son ombre ; et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui j’ai mis ma complaisance, écoutez-le. » En entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et ils furent pris d’un grand effroi. Alors Jésus s’approcha et dit : « Relevez-vous, ne vous effrayez pas. » Et levant les yeux, ils ne virent plus personne, que Jésus seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision avant que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts. »

Nous voilà en marche vers la Grande Semaine Sainte, la Semaine Pascale, la semaine de la Passion et de la Résurrection de NSJC, la grande semaine de notre Rédemption, accomplie par la Croix de Notre Seigneur adorable, le « Bien Aimé » du Père, notre « Bien Aimé », s’il est possible, ici, de le murmurer.

L’Eglise veut maintenant préparer notre intelligence à ce mystère de la Croix où éclate, comme un tonnerre, où brille comme un éclair du Ciel, la grande charité de NSJC pour chacun de nous.

L’Eglise veut nous préparer à bien entrer dans ce mystère de la Charité de l’amour de Dieu.
Et voilà pourquoi elle choisit le récit de la Transfiguration de NSJC en la montagne appelée « Thabor ».

Mais quel lien peut-il y avoir entre la Transfiguration et la Croix du Christ ? Je vous le demande bien !
Oui ! Quel lien entre la Transfiguration et la Croix de NSJC ?

Là, au Thabor, d’après le récit de Saint Mathieu et de Saint Luc, éclate la divinité de NSJC. Elle est manifeste et par le miracle lui-même et par la voix du Père qui se fait entendre de tous : « Voici mon Fils Bien aimé en qui je me complais, écoutez-le. »

Il nous est dit également que NSJC prit avec Lui « Pierre, Jacques et Jean son frère. », ceux là même qui assisteront à l’agonie de NSJC dans le jardin des « « Oliviers ». Ce n’est pas pour rien. Il les conduisit à l’écart des autres – sur une haute montagne : le Thabor. Et là, devant eux, il fut transfiguré. Sa divinité se fit visible : « Son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements deviennent blancs comme la neige ». Et en même temps une nuée lumineuse les couvrit tous et du sein de la nuée un voix se fit entendre, disant : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances. Ecoutez-le ».

Oui ! Quel lien y a-t-il entre la Transfiguration et la Croix ? Je vous le demande bien.

N’oubliez pas l’apparition, en cette scène, de « Moïse » et d’ « Elie ». Saint Mathieu le note très clairement : « Et voilà que Moïse et Elie leur apparurent conversant avec Lui ».

Et Saint Luc, le seul, nous rapporte la conversation entre eux trois : « Et voilà, deux hommes conversaient avec Lui : c’étaient Moïse et Elie…Ils s’entretenaient de sa mort qui devait s’accomplir à Jérusalem ».

Nous commençons à mieux voir. Peut-être !

Alors que la divinité de NSJC éclate de toute part, que les Apôtres la voient, la constatent de leur yeux de chair, alors que , dans la seconde, éclate aussi la déclaration de sa divinité par son Père : « Voici, mon Fils bien aimé ».
Alors que la divinité de NSJC éclate de toute part, vous dis-je, de Lui-même, du Ciel, Lui, avec Moïse et Elie s’entretient de sa mort qui va s’accomplir sous peu à Jérusalem.

Etonnant. Non !

Et puis, nous savons, nous pouvons situer le temps de cette Transfiguration. Elle a lieu quelques jours après la multiplication des cinq pains et des petits poissons. Miracle qui prouve sa divinité. Elle a lieu même, pour Saint Mathieu, six jours après la Confession de Saint Pierre à Césarée. Pour Saint Luc, une huitaine de jours après.

Là, à Césarée, NSJC interroge ses disciples sur Lui-même. Qui dit-on que je suis ? Les uns disent « ceci »… Les autres disent « cela »…Et vous, « qui dites-vous que je suis ». Saint Pierre prenant la parole lui dit : « Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu vivant ». Emerveillé de cette déclaration, NSJC félicite son disciple, le déclare bienheureux, bienheureux d’avoir eu cette lumière de son Père et le déclare, a cette occasion « pierre fondamentale de son Eglise : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ».

En suite de quoi, NSJC se mit, là aussi, à parler, de suite, de sa Passion, après leur avoir aussi signifié clairement de ne pas dire qui il était : « Il défendit à ses disciples de dire à personne qu’Il était Jésus, le Christ, le Fils de Dieu ».

C’est la même interdiction qu’il fit aux trois disciples ayant vu sa divinité au Thabor : « Ne parlez à personne de cette vision jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts ».

Bien !

Alors qu’éclate au Thabor sa divinité Jésus, Lui, s’entretient de sa mort.
Alors que les disciples à Césarée le reconnaissent et le confessent comme Dieu, là aussi NSJC, immédiatement, leur parle de sa Passion. L’évangéliste est formel : « Alors il défendit à ses disciples de dire à personne qu’Il était le Christ. Jésus commença dès lors à découvrir à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, qu’il souffrit beaucoup de la part des Anciens…qu’Il fut mis à mort… Pierre le reprenant : A Dieu ne plaise Seigneur, cela ne vous arrivera pas. Jésus se tournant, lui dit : Arrière Satan. Retire-toi Tu m’es un scandale. Tu n’as pas l’intelligence des choses de Dieu. Tu n’as que des pensées humaines ».

Ces deux scènes, la Transfiguration et Césarée sont tout à fait semblables.

Dans les deux endroits, éclate sa divinité. Et dans les deux endroits, au Thabor comme à Césarée, Jésus parle de sa Passion à venir.

Il y a là tout un enseignement.

Ces deux scènes nous permettent d’entrer un peu, si cela est possible, dans le cœur de Jésus et de voir en Lui, un « penchant », une « propension ». Il y a, dans son âme, comme un poids qui l’attire à la Croix.

Je m’inspire de la pensée de Louis Chardon, dominicain du 16 siècle, exprimée dans son beau livre : « la Croix de Jésus ». Un chef d’œuvre.

Il a tellement soif de nos âmes, de notre salut, de notre bonheur, de notre éternité qu’Il lui tarde de souffrir sa Passion. Il la désire. Parce qu’Il sait que, par son sacrifice sanglant, il apaise la justice de son Père et qu’Il nous permet alors de retrouver accès auprès du Père et de jouir de la béatitude éternelle. Et c’est pourquoi il préfère toujours s’entretenir de sa Croix que de sa Gloire.

Il a, en effet, en toute liberté, « contracté »le devoir de satisfaire pour les membres qui ont offensé son Père (Péché originel). Aussi lui tarde-t-il d’arriver à cette heure où sera satisfait le penchant de son âme, son désir : notre salut éternel. Et tant qu’Il n’est pas là physiquement, Il y pense sans cesse. La Croix, son heure, et par elle, notre salut, est l’objet de son cœur. L’amour de notre âme , son salut, est comme un poids qui l’entraîne à la mort.

Il a hâte. Il n’a de cesse « de payer pour nous à la rigueur de la justice de Dieu »(Chardon) puisque ce n’est pas sans une « peine » – et quelle peine ! – que Dieu veut nous sauver : notre libération devant être une rédemption.

L’amour de nos âmes, notre salut, la raison pour laquelle Il est là, opérait comme un poids pressant en son âme vers la fin pour laquelle il était venu en ce monde. Il voulait tant remplir l’office dont Il s’était chargé de faire, de réaliser par ses souffrances nécessaires et par sa mort en la Croix, « la purgation de nos péchés ! » (Chardon). Son amour pour nous est comme un poids qui l’incline à la Croix.
Ce poids est très pressant, tellement pressant.

Au Thabor, on lui parle de Gloire, de sa Gloire, de sa divinité. Non ! Il préfère s’entretenir de sa Passion, tant Il a à cœur notre rédemption. Il avait en son âme comme une pente, comme une inclination à mourir. Il désirait cette « heure ». Il en parle comme étant son « heure ».

Jésus admirablement transfiguré, ne s’entretient point avec Moïse et Elie de la splendeur de son corps, ni de la beauté de son âme. Au contraire, Il parle, Il s’entretient non de l’excès de sa béatitude, mais de l’excès de ses souffrances pour satisfaire pour nous la justice du Dieu Vivant.

Entrez-vous un peu mieux dans le cœur aimant de NSJC !

Nous considérons Jésus au milieu de la gloire éclatante du Thabor, abîmé dans l’essence divine et absorbé en la plénitude du bonheur éternel qui fait, en toutes ses facultés…un déluge de joie ( Imaginez ! la possession actuelle, essentielle du bien absolu) proportionnée à la grandeur du mérite du Fils unique de l’Eternité, avoué pour tel par une protestation ineffable du Père céleste …Et néanmoins, au lieu de retenir son esprit arrêté à tant de biens qui portent leurs effets jusque dessus ses vêtements, – au contraire -, Il l’en retire et divertit sa pensée ( non point, vous dis-je, de sa gloire) pour envisager de loin les fouets, les épines, les clous et la mort honteuse d’une cruelle croix…

Oui… Au travers de tant de lumières béatifiques, Il regarde, mieux, la Croix. Il soupire après elle, après les horreurs de la Passion.. La contemplation de la gloire éternelle ne peut le détourner de la soif qu’Il a de souffrir. Il oblige alors Moïse et Elie de l’entretenir de l’excès qu’Il devait accomplir en Jérusalem, comme si tout ce qui est en Lui devait concourir à une unique fin : la réparation de l’homme.

Voyez encore :

Deux excès se présentent en son esprit, l’un de gloire, l’autre de confusion, un comble de vie bienheureuse et une extrémité de malheur.

Mieux encore.

La condition de vie heureuse est présente, celle du déshonneur est absente… Et néanmoins, le poids que la grâce fait en son âme pour l’accomplissement du prix de notre rançon, arrête les effets du premier excès et l’amour qu’il a de notre salut fait que son cœur, son amour, son esprit et son attention soient moins sur le Thabor que sur le Calvaire.

Etrange poids.
Insolente disposition.
Farouche inclination qui se complet davantage en sa Passion qu’en sa Transfiguration.
La Passion est son désir.
L’amour béatifique dont il doit jouir en toute paix ne l’emportera donc pas sur l’amour de la Croix qui possède son cœur. Oui !

Le Père Garrigou Lagrange commentant Louis Chardon répète inlassablement : « Il y a dans l’âme de Jésus comme un poids qui l’incline à la Croix ».

Oui !

Lorsqu’au Thabor, Il entend la voix du Père qui crie des cieux : « Vous êtes Mon Fils », Il le dissimule. Il n’y porte attention pour s’entretenir des horreurs du Calvaire. Il quitte l’attention de sa glorieuse Transfiguration pour emplir son esprit des laideurs de sa mort…et transporte son cœur sur les plaies sanglantes de tout son corps. Il remplit son esprit des trois croix sur l’une desquelles on le doit attacher… Les moqueries, les mépris, les blasphèmes exécrables font plus d’effet en son âme que le témoignage adorable des ses grandeurs. Et de crainte qu’on ne publie sa gloire avant sa Passion, Il impose le silence aux trois disciples des choses qu’ils avaient vues et qu’ils avaient entendues durant leur ravissement sur cette heureuse montagne.

C’est ainsi que Jésus nous fait voir qu’Il met sa grandeur, plus dans les tourments de sa Passion que dans sa propre exaltation comme Fils de Dieu. L’amour qu’Il a pour la croix ne peut permettre qu’aucune autre pensée vienne altérer l’inclination que la grâce lui donne de mourir entre ses bras.
Là, au Thabor, comme en toutes autres situations, il bannit de son souvenir la pensée de sa filiation divine afin de faire place au désir de sa Passion. Jésus a une inclination plus grande de mourir que de vivre. C’est pourquoi Il donne préférence à son âme de réfléchir sur la Croix plutôt que sur sa propre gloire.

Sa divinité est nécessaire pour donner une force infinie à sa Rédemption.
Son humanité est nécessaire. C’est elle qui sera la matière du sacrifice rédempteur.
La propension de son cœur le portant à préférer la Passion à sa propre Gloire qu’Il a en tant que Fils de Dieu, me permet de mesurer l’amour qu’Il a du salut de mon âme.
Je comprends Saint Paul disant : « Dilexit me. Tradidit semetipsum pro me ». Il m’a aimé. Il s’est lui-même livré pour moi ».
Je comprends Saint François traversant la compagne d’Assise disant « l’amour n’est pas connu, l’amour n’est pas aimé »

Que les fidèles de la « Paroisse  Saint Michel » aiment davantage, après cette méditation,  leur Maître. Et pour ce faire qu’ils retiennent quelques instants leur esprit à méditer cela et qu’ils gardent, dans leur cœur, l’argument. Qu’il en soit ainsi aussi de leur « curé ».

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