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publié dans magistère de benoît XVI le 27 octobre 2014


 

Traduction intégrale du message de Benoît XVI à l’Université Urbaniana

lu sur le blog de jeanne Smits

Georg Gänswein, son secrétaire privé, a lu un message du pape émérite à l’occasion de la réouverture après réfection, mardi dernier, de la grande salle de conférences de 1800 places de l’Université pontificale Urbaniana à Rome, qui a reçu le nom de Benoît XVI. L’Urbaniana est consacrée à la formation du clergé missionnaire et des étudiants venus des territoires de mission. Texte passionnant en ces moments où l’on reparle de la nécessité pour l’Eglise de s’adapter aux réalités de notre temps, dedialogue inter-religieux et de paix dans le monde. Je vous en propose ici ma traduction. — J.S. 
Je voudrais en premier lieu exprimer mon plus cordial remerciement au Recteur magnifique et aux autorités académiques de l’Université pontificale, aux officiers majeurs et aux représentants des étudiants pour leur proposition de donner mon nom à l’Aula Magna restructurée. Je voudrais remercier de façon toute particulière le grand chancelier de l’Université le cardinal Fernando Filoni, d’avoir accueilli cette initiative. C’est un motif de grande joie pour moi que de pouvoir être ainsi toujours présent aux travaux de l’Université pontificale.
Au cours des différentes visites que j’ai pu y faire comme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, j’ai toujours été frappé par l’atmosphère d’universalité que l’on respire dans cette université où des jeunes venant de quasiment tous les pays de la terre se préparent pour le service de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. Aujourd’hui encore,  je vois intérieurement devant moi dans cette salle une communauté composée de tant de jeunes qui nous font percevoir de manière vivant l’extraordinaire réalité de l’Église catholique.
« Catholique » : cette définition de l’Eglise qui appartient à la profession de foi depuis les temps les plus anciens porte en elle quelque chose de la Pentecôte. Elle nous rappelle que l’Eglise de Jésus-Christ n’a jamais concerné un seul peuple ou une seule culture, mais qu’elle était depuis le début destinée à l’humanité. Les dernières paroles que Jésus a dites à Ses disciples furent celles-ci : « Faites de tous les peuples mes disciples » ‘(Mt 28,19). Et au moment de la Pentecôte, les apôtres ont parlé toutes les langues, pouvant ainsi manifester par la force de l’Esprit Saint, toute l’étendue de leur foi.
 Depuis lors l’Église a réellement grandi sur tous les continents. Votre présence, chères étudiantes et chers étudiants,  reflète le visage universel de l’Eglise. Le prophète Zacharie avait annoncé un règne messianique qui irait d’une mer à l’autre et qui serait un règne de paix. Et de fait, chaque fois que l’Eucharistie est célébrée et que les hommes, à partir du Seigneur, deviennent ensemble un seul corps, quelque chose de cette paix que Jésus-Christ avait promis de donner à Ses disciples est présent. Vous, chers amis, vous êtes les coopérateurs de cette paix que dans un monde défiguré et violent, il devient toujours plus urgent de construire et de garder. C’est pourquoi le travail de votre université est si important, où vous voulez apprendre et connaître de plus près Jésus-Christ, pour pouvoir devenir Ses témoins.
Le Seigneur ressuscité a chargé Ses apôtres, et à travers eux les disciples de tous les temps, de porter Sa parole jusqu’aux confins de la Terre et de faire des hommes Ses disciples. Le concile Vatican II, reprenant dans le décret Ad Gentes une tradition constante, a mis en lumière les raisons profondes de cette tâche missionnaire, et l’a ainsi redonnée avec une force renouvelée à l’Eglise d’aujourd’hui.
Mais cela vaut-il encore pour aujourd’hui ?, se demandent de nombreuses personnes à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise : la mission est-elle vraiment encore d’actualité ? Ne serait-il pas plus approprié de se retrouver dans le dialogue entre les religions et de servir ensemble à cause de la paix dans le monde ? La question inverse est celle-ci : Le dialogue peut-il se substituer à la mission ? Beaucoup partagent en effet aujourd’hui l’idée que les religions devraient se respecter et devenir, à travers leur dialogue, une force commune pour la paix. Dans cette manière de penser on considère le plus souvent comme acquis le fait que les diverses religions sont des variantes d’une seule et même réalité ; que la religion serait le genre commun qui assume des formes différentes selon les différentes cultures, mais qui exprime de toute façon une seule réalité. La question de la vérité qui depuis l’origine a préoccupé les chrétiens plus que toute autre, est ici mise entre parenthèses. On présuppose qu’il serait impossible d’atteindre en dernière analyse l’authentique vérité sur Dieu, et que l’on pourrait tout au plus rendre présent ce qui est ineffable seulement à travers une variété de symboles. Cette renonciation à la vérité semble réaliste et utile à la paix entre les religions dans le monde.
Mais cette renonciation est mortelle pour la foi. En réalité la foi perd son caractère contraignant et son sérieux, si tout s’y réduit à des symboles au fond interchangeables, capables de renvoyer seulement de loin à l’inaccessible mystère du divin.
Chers amis, vous voyez que la question de la mission se pose non seulement face aux questions fondamentales de la foi, mais aussi par rapport à celle de ce qu’est l’homme. Dans le cadre d’un bref propos de salutation, je ne peux évidemment pas tenter d’analyser de manière exhaustive cette problématique qui aujourd’hui nous concerne profondément, chacun de nous. Je voudrais cependant au moins mentionner les directions que devrait prendre notre pensée. Je le fais à partir de deux points de départ différents.
I.
1.  L’opinion commune voudrait que les religions soient pour ainsi dire côte à côte, comme les continents et les pays sur les cartes géographiques. Cependant cela n’est pas exact. Les religions sont en mouvement sur le plan historique, de même que sont en mouvement les peuples et les cultures. Il existe des religions en attente. Les religions tribales sont de ce type : elles ont leur moment historique et elles sont toujours en attente d’une rencontre plus grande qui les porte vers la plénitude.
Nous, en tant que chrétiens, sommes convaincus de ce que dans le silence, elles attendent la rencontre avec Jésus-Christ, la lumière qui vient de Lui, qui seule peut les conduire complètement vers leur vérité. Et le Christ les attend. La rencontre avec Lui n’est pas l’irruption d’un étranger qui détruit leur propre culture et leur propre histoire. Elle est au contraire l’entrée dans quelque chose de plus grand, vers quoi ils sont en chemin. C’est pourquoi cette rencontre est toujours, à un moment donné, purification et maturation. Par ailleurs la rencontre est toujours réciproque. Le Christ est attentif à leur histoire, à leur sagesse, à leur vision des choses.
Aujourd’hui nous voyons de manière toujours plus nette un autre aspect : tandis que dans les pays de sa grande histoire le christianisme est devenu, par tant de côtés, las, et que certaines branches de ce grand arbre qui a grandi à partir du grain de sénevé de l’Évangile sont devenus sèches et tombent à terre, une nouvelle vie surgit de la rencontre du Christ avec les religions en attente. Là où il n’y avait d’abord que lassitude, de nouvelles dimensions de la foi se manifestent et portent la joie.
2. La religion n’est pas en soi un phénomène unitaire. On y trouve toujours plusieurs dimensions distinctes. D’un côté il y a la grandeur de pouvoir tendre, au-delà du monde, vers le Dieu éternel. Mais de l’autre on y trouve des éléments qui proviennent de l’histoire des hommes et de leur pratique de la religion. On peut certes y retrouver des choses belles et nobles, mais aussi des choses viles et destructrices, là où l’égoïsme de l’homme a pris possession de la religion, et au lieu d’une ouverture, l’a transformée en renfermement dans son propre espace.
 C’est pourquoi la religion n’est plus simplement un phénomène uniquement positif ou uniquement négatif : l’un et l’autre aspect y sont mélangés. A ses débuts, la mission chrétienne a perçu de manière très forte surtout les éléments négatifs des religions païennes qu’elle rencontrait. Pour cette raison, l’annonce chrétienne fut dans un premier temps extrêmement critique vis-à-vis des religions. Ce n’est qu’en dépassant leurs traditions qu’elle considérait pour partie même démoniaques que la foi pouvait développer sa force rénovatrice. Sur la base d’éléments de ce genre, le théologien évangélique Karl Barth met en opposition religion et foi, jugeant la première de manière absolument négative, comme le comportement arbitraire de l’homme qui tente, à partir de lui-même, de saisir Dieu.
Dietrich Bonhoffer a repris ce point de vue on se prononçant en faveur du christianisme « sans religion ». Il s’agit sans aucun doute d’une vision unilatérale qui ne peut pas être acceptée. Il est toutefois correct d’affirmer que toutes les religions, pour demeurer dans le juste, doivent aussi être en même temps toujours critiques à l’égard des religions. Cela vaut clairement, depuis ses origines et sur la base de sa nature, pour la foi chrétienne qui, d’un côté, considère avec un grand respect la profonde attente et la profonde richesse des religions, mais qui de l’autre côté, voit aussi de manière critique ce qui est négatif. Il va de soi que la foi chrétienne doit toujours de nouveau développer cette force critique même à l’égard de sa propre histoire religieuse.
Pour nous chrétiens Jésus-Christ est le Logos de Dieu, la lumière qui aide à distinguer entre la nature des religions de la religion et leur distorsion.
3. En notre temps la voix de ceux qui veulent nous persuader que la religion en tant que telle est dépassée devient toujours plus forte. Seule la raison critique devrait orienter l’agir de l’homme. Derrière une telle conception se trouve la conviction qu’avec la pensée positiviste la raison dans toute sa pureté aurait définitivement acquis la suprématie. En réalité, cette façon de penser et de vivre est elle aussi historiquement conditionnée et liée à des cultures historiques déterminées. La considérer comme seule valide diminuerait l’homme, lui enlèverait une dimension essentielle de son existence. L’homme devient plus petit, et non plus grand lorsqu’il n’y a plus d’espace pour un éthos qui, sur le fondement de son authentique nature, renvoie au loin le pragmatisme ; lorsqu’il n’y a plus d’espace pour le regard tourné vers Dieu. Le lieu propre de la raison positiviste se trouve dans les grands champs d’action de la technique et d’économie, et celles-ci n’épuisent toujours pas l’humain.  Ainsi, à nous qui croyons, il nous appartient d’ouvrir toujours de nouveau les portes qui, au-delà de la simple technique et du pur pragmatisme, conduisent à toute la grandeur de notre existence, à la rencontre avec le Dieu vivant.
II.
1. Ces réflexions, quoiqu’un peu difficile, devraient montrer que même aujourd’hui, dans un monde profondément changé, la tâche de communiquer aux autres l’Évangile de Jésus-Christ demeure raisonnable.
Mais il y a aussi une deuxième façon, plus simple, de justifier aujourd’hui cette tâche. La joie exige d’être communiquée. L’amour exige d’être communiquée. La vérité exige d’être communiquée. Celui qui a reçu une grande joie ne peut la garder simplement pour lui : il doit la transmettre. La même chose vaut pour le don de l’amour, pour le don de la reconnaissance de la vérité qui se manifeste.
Lorsqu’André rencontre le Christ il ne peut rien faire d’autre que de dire à son frère : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). Et Philippe, à qui avait été donnée la même rencontre, ne peut rien faire d’autre que de dire à Nathanaël qu’il avait trouvé celui à propos duquel avaient écrit Moïse et les prophètes (Jn 1, 45). Nous annonçons Jésus-Christ non pour procurer à notre communauté le plus de membres possible ; et encore moins par la force. Nous parlons de Lui parce que nous sentons le devoir de transmettre cette joie qui a été donnée.
Nous serons des annonciateurs crédibles de Jésus-Christ lorsque nous L’aurons véritablement rencontré dans les profondeurs de notre existence, lorsque par l’intermédiaire de la rencontre avec Lui, nous sera donnée la grande expérience de la vérité, de l’amour et la joie.
2. Elle fait partie de la nature de la religion, cette profonde tension vers l’offrande mystique à Dieu, dans laquelle on se consacre totalement à Lui, tout comme la responsabilité pour le prochain et pour le monde qu’ll a créé. Marthe et Marie sont toujours indissociables même si, dans tel ou tel cas, l’accent peut être mis sur l’une ou sur l’autre. Le point de rencontre entre ces deux pôles est l’amour où nous touchons en même temps Dieu et Ses créatures. « Nous avons connu l’amour et nous y avons cru » (1 Jn 4, 16) : cette phrase exprime la nature authentique du christianisme. L’amour qui se réalise et se reflète de manière multiforme dans les saints de tous les temps, est la preuve authentique de la vérité du christianisme.

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