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Entraide et Tradition

De la Joie.

publié dans couvent saint-paul le 28 avril 2012


3ème dimanche après Pâques.
De la Joie.

« Vous êtes maintenant dans la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur se réjouira et personne ne vous ravira votre joie ».

Oh Merveilleuse parole du Seigneur, sur la joie ! Je voudrais en faire le thème de cette homélie. Cette phrase est sublime. En quelques mots, NSJC dit tout ce qu’il faut savoir sur la joie chrétienne. Il dit qu’elle est le bien propre des Apôtres : « mais je vous verrai de nouveau et votre cœur se réjouira et personne ne vous ravira votre joie ». Elle est donc le bien de l’Eglise, fondée sur les Apôtres. Elle est donc le bien de tous ces membres, de tous les fidèles. Elle est donc mon bien propre : « et personne ne vous ravira votre joie ». Elle est éternelle. Cette phrase vaut pour les Apôtres comme pour moi, puisque je communie à la foi des Apôtres.
De cette joie, NSJC en donne la raison fondamentale : « Vous êtes maintenant dans la tristesse, mais je vous verrai de nouveau et votre cœur se réjouira ». C’est NSJC qui est la cause de la joie chrétienne, non seulement sa personne, mais également son œuvre rédemptrice, son mode. Deux choses trop unies entre elles pour les séparer. Notre Seigneur est venu sur la terre, à la plénitude des temps, pour accomplir la volonté de son Père qui est une volonté rédemptrice et comme j’ai déjà eu l’occasion de l’affirmer ici, du haut de cette chaire, cette volonté rédemptrice est une volonté salvatrice, une volonté eschatologique. Une volonté salvatrice : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui efface le péché du monde ». Une volonté eschatologique : « Afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ».
Voilà les quelques idées que je voudrais méditer avec vous en ce dimanche.

Et surtout de la cause de la joie. « Gaudete in domino », nous dit aussi saint Paul. « Réjouissez-vous dans le Seigneur ». Cette joie, dans le Nouveau Testament, est toujours liée à la venue et à la présence du Christ Seigneur.

C’est l’annonce de l’Ange, dans la nuit de Noël : « Mais l’ange leur dit : « ne craigniez pas, car je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple une grande joie » (Lc 2 10). Pour le peuple d’Israël attendant anxieusement le Messie, un Sauveur, Mais une grande joie aussi pour « tous ceux qui, dans la suite des temps, en accueilleront le message et s’efforceront d’en vivre ».

Le Magnificat de la Vierge fut concrètement, comme le dit Paul VI dans son exhortation « Gaudium in Domino » (1975), « l’hymne d’exultation de tous les humbles ». Et c’est ainsi que les mystères joyeux de notre Rosaire, nous remettent toujours devant les yeux du cœur, l’événement joyeux de la Nativité du Christ qui est le centre, le sommet de l’histoire et la source de la joie.

Jean-Baptiste, lui-même, a tressailli d’allégresse dès le sein de sa mère le jour de la Visitation : « Votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plut tôt frappée mon oreille, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein ». (Lc 1 44). De même, lorsque Jésus commence son ministère publique, Jean est « ravi de joie à la voix de l’Epoux ». (Jn 3 29)

Mais si je contemple la personne de Jésus, au cours de sa vie terrestre, je le vois exprimer beaucoup de joie. J’en conclus que la joie est aussi le propre du disciple du Christ. Si le Maître est ainsi, le serviteur doit l’être aussi. Or Jésus, en son humanité, a fait l’expérience de la joie. Il a admiré les oiseaux du ciel et les lys des champs. C’est qu’Il a rejoint d’emblée le regard de Dieu sur la création à l’aube de l’histoire. Il a exalté volontiers la joie du semeur et du moissonneur, celle de l’homme qui trouve un trésor caché, celle du berger qui récupère sa brebis ou de la femme qui retrouve la pièce perdue, la joie des invités au festin, la joie des noces, celle du père qui accueille son fils au retour d’une vie de prodigue et celle de la femme qui vient de mettre au monde son enfant… « Ces joies humaines, dit le pape, ont tant de consistance pour Jésus qu’elles sont pour lui les signes des joies spirituelles du Royaume de Dieu: joie des hommes qui entrent dans ce Royaume, y reviennent ou y travaillent, joie du Père qui les accueillent ».

Jésus lui-même a manifesté sa joie lorsqu’il rencontrait des enfants qui désiraient l’approcher, lorsqu’il a rencontré un jeune homme riche, fidèle et soucieux de faire davantage, lorsqu’il a rencontré des amis qui lui ouvrent leur maison comme Marthe, Marie, Lazare. Sa joie est surtout de voir la Parole de Dieu accueillie, de voir les possédés délivrés, de voir une femme pécheresse, comme Marie Madeleine ou un publicain, comme Zachée se convertir, une veuve prendre sur son indigence pour donner. Il tressaille même de joie lorsqu’il constate que les tout petits ont la révélation du Royaume qui pourtant reste caché, aux sages et aux habiles. « Il tressaillit de joie, nous dit saint Luc, par un mouvement de l’Esprit-Saint et il dit : « Je vous loue o Père Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents et les avez révélées aux petits » (Lc 10 21)

Oui, le Christ a accueilli et éprouvé les joies affectives et spirituelles, comme un don de Dieu. Et il n’a eu de cesse qu’il n’eût « annoncé aux pauvres la Bonne Nouvelle, et aux affligés, la joie ». (Lc 4 18)

« Tout le peuple était ravi – i.e.dans la joie- des choses merveilleuse que Jésus faisait ». Ils savaient en rendre gloire à Dieu. Il suffit pour le confirmer de se souvenir du dimanche des Rameaux. Il venait de ressusciter Lazare. Le bruit s’en est répandu dans tout Jérusalem. Alors le peuple vint au devant de Lui chantant sa joie et son action de grâce : « Alléluia, Alléluia, o Fils de David Hosanna au plus haut des cieux » et tous, de joie, jetaient des branches d’arbres pour l’acclamer, dans l’allégresse.

« Pour le chrétien, comme pour Jésus, il s’agit de vivre dans l’action de grâces au Père les joies humaines que le Créateur lui donne ».

Mais il faut approfondir. Si Jésus rayonne une telle allégresse, c’est à cause de l’amour ineffable dont il se sait aimer de son Père. Lors de son baptême sur les bords du Jourdain, cet amour, présent dès le premier instant de son Incarnation, est manifesté: «Tu es mon Fils bien-aimé; en qui je me complais ». (Lc 3 22) Cette certitude est la raison de la joie de Jésus.

Et voilà que les disciples, et tous ceux qui croient dans le Christ, sont appelés à participer à cette joie. Jésus veut qu’ils aient en eux-mêmes sa joie en plénitude : puisqu’ils participent du même amour : «Je leur ai révélé ton nom et le leur révélerai, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi aussi en eux ». Et l’amour vrai est le principe de la joie.

Cette joie de demeurer dans l’amour de Dieu commence dès ici-bas. C’est celle du Royaume de Dieu qui est précisément le royaume des béatitudes. « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume des Cieux est à vous. Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez ». Et enfin cette béatitude s’épanouira dans le ciel, définitivement au jugement particulier : « C’est bien bon et fidèle serviteur, entrez dans la joie de votre Maître ».

Remarquez également que la résurrection du Seigneur fut la source de la joie immense des apôtres. En effet les disciples furent « établis dans une joie indéracinable en voyant le Seigneur, le soir de Pâques ». Et l’Eglise en la nuit pascale, nous fait exulter d’allégresse dans le chant, précisément, de l’Exultet
L’Exsultet pascal chante l’annonce joyeuse de la résurrection. La plénitude de la joie surgit de la victoire du Crucifié, de son Cœur transpercé, de son Corps glorifié, et éclaire les ténèbres des âmes: « Et nox illuminatio mea in deliciis meis ».

Mais la joie pascale est celle aussi de la nouvelle Présence du Christ ressuscité dispensant aux siens l’Esprit Saint pour qu’il demeure avec eux. Ainsi l’Esprit Paraclet est donné à l’Eglise comme principe inépuisable de sa joie d’épouse du Christ glorifié. Il lui remet en mémoire, l’enseignement même du Seigneur. Il suscite en elle la vie divine et l’apostolat. Et cette joie que donne l’Esprit-Saint ne sera jamais éteinte au cours de l’histoire. « Et cette joie, nul, jamais, ne vous la ravira ». Elle consiste en ce que l’esprit humain trouve le repos et une intime satisfaction dans la possession du Dieu trinitaire, connu par la foi et aimé avec la charité qui vient de lui. Une telle joie caractérise dès lors toute vie chrétienne. « Nul vous la ravira », dit Jésus aux Apôtres.

Et c’est pourquoi la joie est au cœur de la vie des saints. Et en premier lieu au cœur de la Vierge Marie, pleine de grâces, la Mère du Sauveur. Accueillante à l’annonce d’en haut, servante du Seigneur, épouse de l’Esprit-Saint, mère du Fils éternel, elle laisse éclater sa joie devant sa cousine Elisabeth qui célèbre sa foi: « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit exulte de joie en Dieu mon Sauveur… Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse ». (Lc 1, 46-48) Elle a saisi, mieux que toutes les autres créatures, que Dieu fait des merveilles: son Nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Non point que les souffrances lui soient épargnées: elle est debout au pied de la croix, associée éminemment au sacrifice du Serviteur innocent, mère des douleurs. Mais elle est aussi ouverte sans mesure à la joie de la Résurrection, qui est la gloire de son Fils; elle est aussi élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. Première rachetée, immaculée dès le moment de sa conception, incomparable demeure de l’Esprit, très pur habitacle du Rédempteur des hommes, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, dans le Christ, la Mère universelle. Elle est le type parfait de l’Eglise terrestre et glorifiée. C’est pourquoi lui sont appliquées merveilleusement les paroles prophétiques concernant la nouvelle Jérusalem: « J’exulte de joie dans le Seigneur, mon âme jubile en mon Dieu, car il m’a revêtu des vêtements du salut, il m’a drapé dans le manteau de la justice, comme un jeune époux se met un diadème, comme une mariée se pare de ses bijoux ». Près du Christ, elle récapitule toutes les joies, elle vit la joie parfaite promise à l’Eglise: « Mater plena sanctae laetitiae » et c’est à bon droit que ses fils de la terre, se tournant vers elle l’invoquent comme la cause de leur joie: « Causa nostrae laetitiae ».

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