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Les accords avec Rome. Jugement de l’abbé Aulagnier exprimé déjà en 2008 dans son livre « plaidoyer pour l’unité »

publié dans regards sur le monde le 22 avril 2016


 

M l’abbé Schmidberger vient de faire savoir son jugement sur les « accords » avec Rome. (Voir ITEM du 19 avril 2016). Son texte a certainement eu l’approbation de la Maison Générale. Il ne l’aurait jamais publié sans cet te approbation..

Je me réjouis de la publication de ce texte. Les autorités de la FSSPX  acceptent volontiers une « normalisation canonique » avec Rome. Ce n’est en rien un « accord », une compromission. C’est tenir compte de l’évolution de la situation de l’Eglise. C’est, je pense, être fidèle à la pensée et à l’agir de Mgr Lefebvre.

j’ai écrit, en 2008 un livre que j’ai intitulé « Plaidoyer pour l’unité ». aux éditions    FX de  Guibert. J’y défendais ma position sur cette normalisation, qui me valut à l’époque, l’exclusion de la FSSPX.  Le premier chapitre était consacré à la pensée de Mgr Lefebvre sur ce sujet. Puisque la question revient sur le tapis, je me permets de redonner ici ce chapitre. La pensée de Mgr Lefebvre est peu connu dans toute son ampleur et ses détails. Vous la trouverez ici exprimée. Je vous recommande vivement la lecture de ce livre.

PLAIDOYER POUR L’UNITÉ

aux éditions : François-Xavier de Guibert

3, rue Jean-François-Gerbillon, 75006 Paris

 

LES ACCORDS AVEC ROME

Mgr LEFEBVRE, UN PRÉCURSEUR

Nous nous sommes réjouis de la reprise de contacts de la FSSPX avec Rome. Ce contact « nouveau », remonte au 29 août 2005. Il s’inscrit dans une histoire. Ce n’est pas le premier con – tact qui a lieu entre Rome et la Fraternité. Ce n’est pas la première fois qu’une tentative de rapprochement est envisagée. Nous nous souvenons des contacts que Mgr Lefebvre eut avec Rome lors du Pontificat de Paul VI. Nous nous souvenons de la première visite canonique décidée par Rome et acceptée par Mgr Lefebvre, en novembre 1974. Nous nous souvenons des contacts qu’il eut avec la fameuse commission romaine composée de trois cardinaux Garronne, Tabera et Wright. Mgr Lefebvre avait la bonté de nous faire vivre tous ces événements, au séminaire d’Écône. Il nous livrait sa pensée. Il rédigeait même des articles que Jean Madiran s’honorait de publier dans « Itinéraires ». Nous nous souvenons de sa fameuse rencontre, avec le Pape Paul VI, au palais pontificale de Castel Gandolfo, en ce fameux été chaud 1976. Elle eut lieu contre toute espérance. Nous nous souvenons de son contact avec Jean-Paul II, juste après son élection au Siège de Pierre, en 1982. Nous nous souvenons surtout des contacts qui faillirent aboutir avec Rome en 1987-1988, le 5 mai 1988. Nous étions au plus fort de l’agitation moderniste dans l’Église avec la réunion inter religieuse d’Assise, qui fit date. Et Mgr Lefebvre, pourtant, ne craignit pas en pareille circonstance de se rapprocher de Rome, ou du moins, d’envisager un tel rapprochement, pour « normaliser » sa situation. Aussi ne faut-il pas non plus s’étonner de voir ces con tacts reprendre… Des circonstances particulières et nouvelles peuvent les favoriser. Les accepter, les vouloir, les rechercher, est, à mon point de vue, une excellente chose. C’est très « chrétien ». Voilà qui est très « lefebvriste »

Et de fait, nous nous sommes tous réjouis des contacts qui eurent lieu, à l’issue de l’année Sainte, en l’an 2000. Le pèlerinage de la « Tradition » impressionna par son nombre et son bon ordre. Le pape Jean-Paul II souhaitait régler le problème. Le cardinal Castrillon Hoyos mena ces relations, au nom du Pape, avec énergie et courage. Ce fut la belle période, pleine d’espérance, des six premiers mois de l’année 2001. Les pourparlers échouèrent.

Mais de leur côté, nous le savons, nos amis prêtres du diocèse de Campos, au Brésil, poursuivirent les négociations et en l’an 2002, le 18 janvier 2002, Rome les recevait dans « son sein », en « pleine communion », et créait l’Administration Apostolique Saint Jean-Marie Vianney, avec à sa tête, un évêque ayant sur ses sujets désirant garder la « tradition liturgique ancienne et  latine », pleine juridiction, juridiction personnelle, propre, cumulative avec celle de l’évêque du lieu.

Ainsi, grâce à ces contacts historiques, répétés et  somme toute assez réguliers, nous avons en mains, sur ce sujet, la pensée de Mgr lefebvre. Je voudrais la rappeler alors que les relations reprennent.

A.LA PENSÉE DEMGR LEFEBVRE

1. Les circonstances historiques

Avançant en âge et préoccupé très sérieusement et uniquement de l’avenir du sacerdoce catholique, bien plus que par sa propre œuvre – son œuvre n’étant qu’une condition circonstancielle pour assurer la pérennité du sacerdoce – Mgr Lefebvre annonça lors du sermon des ordinations de juin 1987, à Écône, son intention de se donner des successeurs dans l’épiscopat. Il l’envisageait comme nécessaire au maintien du sacerdoce catholique et de la Tradition. Ils’instituerait des auxiliaires avec la seule mission d’assurer les ordinations sacerdotales et le sacrement de confirmations, sans juridiction. Cet acte ne sera pas fait en secret. Il ne sera pas schismatique. Le cardinal Castrillon Hoyos vient de le rappeler…

Cette annonce provoqua une très intense et immédiate inquiétude du côté de Rome et surtout de l’épiscopat français. Le cardinal Ratzinger se chargea immédiatement du dossier. Il entra en contact avec Mgr Lefebvre et l’invita à une rencontre à Rome. Cette rencontre eut lieu le 14 juillet 1987. C’est avec égard et déférence que Mgr Lefebvre fut reçu au siège de « l’ex Saint Office ». Juste après l’entretien, un communiqué commun fut signé. On pouvait y lire :

« Les entretiens se sont déroulés dans une atmosphère de dialogue ouvert et sincère. Ils ont  eu pour objet les problèmes concernant les rapports entre la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X et le Saint Siège. Les deux parties se sont engagés à ne pas diffuser d’autre com - muniqué » (Fideliter n° 60)

Le 28 juillet 1987, le cardinal adressa une lettre à Mgr Lefebvre. Elle contenait, nous dira Mgr Lefebvre, « des offres généreuses auxquelles on ne s’attendait plus »En effet, sans plus parler d’obtenir de lui une signature préalable de reconnaissance de ses torts comme on voulait l’y astreindre précédemment, – encore que MgrLefebvre par deux fois, en deux lettres, l’une le 8 mars 1980 au Souverain Pontife et l’autre, le 4 avril 1981 au cardinal Seper, l’admettait et l’écrivait même – Rome offrait à la Fraternité:

– la possibilité d’utiliser, sans entrave, le rite de la messe tridentine, les livres liturgiques dits de JeanXXIII, de 1962,

– la possibilité, dans les cinq séminaires de la Fraternité, de former les candidats au sacerdoce selon le « charisme » propre à la Fraternité. Ce mot faisait sourire Mgr Lefebvre. Le cardinal parlait aussi de l’envoi d’un visiteur apostolique, ce que Mgr Lefebvre souhaitait depuis longtemps. Toutefois ce visiteur aurait joui, dans la pensée du cardinal, des pouvoirs les plus étendus. Qu’on en juge : « … le cardinal visiteur se portera garant de l’orthodoxie de l’enseignement dans vos séminaires, de l’esprit ecclésial et de l’unité avec le Saint Siège. Au cours de cette période (précédant l’approbation de la structure juridique définitive de la Fraternité), le Cardinal Visiteur décidera également de l’admission des séminaristes au sacerdoce en tenant compte de l’avis des supérieurs compétents ».

Le 1er octobre, Mgr Lefebvre répondit à la lettre du cardinal et donna son accord pour la visite. Il voyait là quelques indices permettant d’espérer arriver à une solution. Toutefois, il affirmait ne pouvoir se départir de son autorité vis-à-vis des séminaristes, « ce serait contraire au droit que vous avez l’intention de nous accorder », répondait-il. (Fideliter, hors-série, juin 1988). Rome accepta sur ce point de modifier son exigence.

Le 29 octobre, le cardinal Ratzinger informait les membres du Synode des évêques qui se tenait à Rome, des « pourparlers » avec Mgr Lefebvre. Il publia le communiqué suivant : « En ce qui concerne le dialogue en cours entre le Saint Siège et Mgr Lefebvre, je suis en mesure de fournir à l’assemblée synodale les informations suivantes : Comme cela a déjà été annoncé par la Salle de Presse du Saint Siège, une rencontre avec ce prélat a eu lieu le 18 octobre, à l’issue de laquelle le prélat a accepté la proposition concernant la nomination d’un visiteur apostolique ayant mission de recueillir tous les éléments d’information susceptibles de permettre de régler la situation canonique de la Fraternité Sacerdotale saint Pie X. A ce sujet, je peux maintenant ajouter que le Saint Père a nommé le visiteur canonique en la personne de S. Em. le cardinal Édouard Gagnon, qui lui rendra compte directement du déroulement de sa mission. Évidemment la solution définitive souhaitée repose sur la condition nécessaire de l’obéissance due au Souverain Pontife et la fidélité au Magistère de l’Église »..

La visite eut lieu, de fait, fin novembre, pour se ter miner le 8 décembre 1987. Le cardinal assista en « habit de chœur » à la messe solennelle célébrée par Mgr Lefebvre en cette fête – il était pourtant « suspens a divinis » – et signa le livre d’or du séminaire. Il écrivait : « Que la Vierge immaculée écoute nos prières ferventes pour que l’œuvre de formation merveilleusement accomplie en cette maison, trouve son rayonnement pour la vie de l’Église ».

C’est à l’issue de cette visite canonique que Mgr Lefebvre remit un pli au Cardinal. Il était daté du 21 novembre 1987. Il comprenait :

– une lettre personnelle adressée au cardinal

– et un dossier intitulé : « Proposition de Règlement apportant une solution au problème des Œuvres et des Initiatives en faveur de la liturgie traditionnelle dans l’Église ».

Dans ces deux textes, Mgr Lefebvre précisait sa pensée sur le règlement de cette crise. C’était comme un modus vivendi entre Rome et la FSSPX.

Il faut connaître ces textes puisque nous trouvons là,ce que j’appellerais volontiers, la « jurisprudence Lefebvre ».

2. La lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Gagnon

Elle est une déclaration claire d’intention. Mgr Lefebvre rappelle ce que nous sommes et rappelle notre « idéal » : « Nous formons une grande famille, vivant dans cette ambiance et cette atmosphère catholique attachée à l’Église Romaine, attachée à Pierre et à ses Successeurs, mais absolument et radicalement allergique à l’esprit conciliaire de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, de la collégialité, à l’esprit d’Assise, fruits du modernisme, du libéralisme tant de fois condamnés par le Saint Siège. Les conséquences de cet esprit sont désastreuses et nous les fuyons comme la peste de nos esprits et de nos cœurs ; nous faisons tout pour nous en protéger et en protéger la jeunesse de nos foyers catholiques. Comparez-nous à Israël au milieu des nations perverses, aux Macchabées et encore à tous ces saints réformateurs du clergé : Saint Charles Borromée, Saint Vincent de Paul, Saint Jean Eudes, Monsieur Olier. Voilà la réalité, nous formons une armada décidée à tout prix à demeurer catholique face à la déchristianisation qui s’opère à l’extérieur et à l’intérieur de l’Église ».

Il affirme, en plus, être disposé à « apporter (sa) collaboration au renouveau de l’Église » dès lors que nous serions « reconnus par le Pape tels que nous sommes ». « Nous désirons avoir un siège dans la Ville Éternelle », « nous n’avons jamais voulu rompre avec le Successeur de Pierre, ni considérer que le Saint Siège est vacant, malgré les épreuves que cela nous a values ».

Se protéger des erreurs, rester indemne de toutes influences « modernistes », rester « ce que nous sommes »exprime bien la pensée de Mgr Lefebvre. Il le répétera sans cesse jusqu’à sa mort, le 25 mars 1991. Et c’est dans ce sens qu’il faut comprendre les propos qu’il tenait en septembre-octobre 1988 dans une interview à Fideliter, après l’échec du 5 mai 1988 : « Je poserai mes conditions à une reprise éventuelles des contacts avec Rome ». Il voulait dire qu’il exigerait une protestation de foi des deux parties sur la doctrine catholique. Ce fut sa constante préoccupation. Son rôle ne fut pas mince, je le sais, dans la résolution prise par Paul VI de professer son « Credo ».

Toutefois, avant même le règlement des problèmes doctrinaux existant réellement dans le sein de l’Église,  Mgr Lefebvre envisageait comme possible d’« apporter sa collaboration au renouveau de l’Église », in sinu Ecclesiae, dès lors que nous serions acceptés tels que « nous sommes » et qu’on nous en laisserait les moyens. Se protéger de toutes influences pernicieuses était la préoccupation majeure de Mgr Lefebvre. Se garder du mal est très certainement sa pensée. Mais une fois cette garde assurée, ne pas craindre d’aller au « front », dans la mêlée pour aider au renouveau de l’Église. Participer à ce renouveau de l’Église doit se faire ou peut se faire à l’intérieur de l’Église, dans les structures de l’Église – cela facilite le combat – dès lors que l’on a les garanties de garder son « idéal », c’est-à-dire, la foi et la doctrine de toujours.

Dans ce but clairement affirmé et pour permettre de l’atteindre sûrement, Mgr Lefebvre remettait au cardinal et soumettait à son attention un projet, un projet de « réintégration et de normalisation de nos rapports avec Rome » : « Nous vous soumettons un projet de réintégration et de normalisation de nos rapports avec Rome ».

Tous les mots ont du être pesés par Mgr Lefebvre avant d’être couchés sur le papier…

B. LES PROPOSITIONS DE RÈGLEMENT

1. Sa finalité

Le titre même de ces propositions : « Proposition de règlement apportant une solution au problème des Œuvres et des Initiatives en faveur de la liturgie traditionnelle dans l’Église », nous indique la finalité recherchée : la finalité du « règlement » est d’apporter une solution au problème des « Œuvres et Initiatives » qui sont nées pour vivre de la Traditionet qui sont toutes centrées « sur la liturgie traditionnelle dans l’Église ». C’est vrai pour toutes les œuvres. Quelles soient féminines, masculines, contemplatives, éducatives, apostoliques, missionnaires…

Je peux conclure que la finalité essentielle de ce règlement doit être lui aussi en « faveur de la liturgie traditionnelle dans l’Église », pour la protéger certainement, pour qu’elle reste bien la propriété de ces Œuvres, ce sacrifice dans le rite ancestral les constituant dans ce qu’elles sont toutes. Qu’on veuille bien nous prendre « tels que nous sommes » répétera Mgr Lefebvre. Mais la messe tridentine est notre « être » ; elle dit ce que nous sommes.

 

2. L’analyse du texte : « Proposition de règlement »

Ce texte « Proposition » qui expose la jurisprudence Lefebvre, comprend 24 articles en trois sections précédées d’une introduction. L’introduction fait les six premiers articles. La 1ère section concerne le « secrétariat romain » à créer. C’est l’objet des articles 7 à 11. La 2ème section concerne le statut canonique des diverses sociétés attachées à la messe traditionnelles. Il s’intitule exactement : « Statut canonique des diverses sociétés des prêtres, religieux, religieuses isolés. Relation avec le Secrétariat romain ». Il va de l’article 12 à 18. La 3e section traite de l’incardination et de la juridiction des prêtres de ces Œuvres. « Incardination et Juridiction vis-à-vis des fidèles ». Il comprend trois articles : du numéro 19 au numéro 22. Puis le texte se termine par un conclusion : les numéros 23 et 24. Voilà la présentation « matérielle » de ce texte : jurisprudence Lefebvre.

Il convient de l’analyser.

a. Le N° 10 de Presbyterorum ordinis

Dans le premier paragraphe, Mgr Lefebvre cite un texte du Concile Vatican II, celui de « Presbyterorum ordinis », le n° 10. Ce texte semble être pour Mgr Lefebvre très important. Il le cite en effet deux fois à des moments particulièrement solennels de son action apostolique : lors de la fondation du séminaire de Fribourg et de la Fraternité Sacerdotale en 1969 et dans ce texte qu’il remet dans les mains du cardinal Gagnon, alors qu’il envisage très sérieusement la procédure d’une « réintégration et d’une normalisation » de nos rapports avec Rome. Ces moments sont de fait particulièrement importants.

Que dit cet article 10 : « Là où les conditions de l’apostolat la réclameront, on facilitera non seulement la répartition des prêtres, mais encore les œuvres pastorales adaptées aux différents milieux sociaux à l’échelle d’une région, d’une nation ou de divers endroits dans le monde. Il pourra être utile de créer à cette fin des séminaires internationaux, diocèses particuliers, prélatures personnelles, et autres institutions auxquelles les prêtres pourront être affectés ou incardinés pour le bien commun de toute l’Église, suivants des modalités à établir pour chaque cas et toujours dans le respect des droits des ordinaires locaux ».

Voilà une déclaration de principe du Concile particulièrement souple, tout à fait pastoral permettant de prendre en compte facilement la richesse de la vie faite de particularités, de circonstances propres… pour leur donner cependant un cadre juridique nécessaire dans la société hiérarchisée qu’est l’Église.

Je résumerai volontiers cet article en disant que l’Église aime l’ordre mais aussi les initiatives. Elles ne doivent pas être étouffées, mais, bien au contraire, aidées. Ce principe est à l’opposé de tout centralisme, centralisme qui est le fait de tout esprit « jacobin et socialiste».

Là, dans cet article 10, l’Église donne un principe réaliste qui épouse la vie qui est toujours diverse et variée. C’est ce principe vrai, nullement laxiste, que Mgr Lefebvre va invoquer pour présenter ses initiatives à la hiérarchie catholique, hier, la création de son séminaire à Fribourg, de sa Fraternité Sacerdotale Saint Pie ; aujourd’hui, cette réintégration et cette normalisation des « forces de la Tradition » dans le sein de l’Église. Il veut, ici et là, l’appliquer à la réalité, à la vie de la Tradition. Il prend en compte cette réalité : face au progressisme, s’est dressé, se dresse un courant traditionaliste. C’est un fait qu’on ne peut nier. Ce courant perdure, s’intensifie. On a tout tenté pour le faire disparaître. Rien n’y a fait. Il demeure et s’est développé. C’est une condition particulière de l’apostolat d’après le Concile. Les autorités ne peuvent éternellement nier la réalité. De guerre lasse, peut-être, mais c’est ainsi. Il faut la prendre en compte. Des fidèles sont attachés, restent attachés à la messe latine et grégorienne, dite de saint Pie V. Il faut les prendre en compte. Voilà une condition particulière de l’après concile. C’est incontestable. On peut le regretter. Ce regret ne facilitera pas le règlement du problème… On en sait quelque chose. On peut le tolérer, la situation s’améliorera alors. On peut le justifier, on finit par reconnaître sa légitimité, une solution sera alors facilement trouvée. Cette « condition nouvelle », cette vie de la Tradition fut, de fait, pris en compte dans le discours du cardinal Ratzinger au Chili alors qu’il s’adressait à l’épiscopat chilien, juste après les sacres. Mgr Ricard de Bordeaux nous a dit, le samedi, 18 février 2006, que l’épiscopat français allait se réunir à Lourdes en mars pour examiner, lui aussi, cette réalité « nouvelle ». L’épiscopat pou vait se fonder sur l’article 10 de « Presbyterorum ordinis». Mais c’est surtout Benoît XVI qui prit le mieux en compte cette nouvelle réalité en permettant d’abord la fondation de l’Institut du Bon Pasteur, le 8 septembre 2006, et en publiant tout dernièrement sa lettre apostolique en forme de Motu Proprio « Summorum Ponticum », le 7 juillet 2007, permettant à tout ce courant qui, depuis longtemps le souhaitait vivement, la célébration de la messe de « toujours », dite rite extraordinaire du rite romain.

Et Jean-Paul II fut le précurseur de telles décisions heureuses puisqu’il créait, au Brésil, l’Administration Apostolique saint Jean Marie Vianney, réunissant les « traditionalistes » du diocèse de Campos. Ici, vous aviez tout un diocèse dans la division : des églises « conciliaires » restant attachées à l’ordinaire du lieu ; des églises « sauvages » créées tout à côté gardant la messe « tridentine ». Un nombre important de prêtres du diocèse voulait garder cette messe traditionnelle. Ce conflit durait depuis de nombreuses années. Rome était là face à une « situation particulière ». Elle finit par trouver que cette fidélité à la messe tridentine était bien légitime. Elle voulut régler le problème. Les circonstances le permirent. Un nouvel évêque est nommé dans le diocèse. Il a des amis dans ce clergé « rebelle », des amis de « cœur ». Les vraies amitiés sont éternelles… Une solution peut être trouvée. Les prêtres de Campos au Brésil seront organisés en véritable « diocèse » par la création d’une Administration apostolique. Rome nomme un évêque à sa tête avec juridiction cumulative, l’un sur le territoire, l’autre sur les fidèles qui veulent la Tradition. Certains, même des évêques, pourront trouver la chose étonnante, voire même la refuser dans leur diocèse…Toujours est-il qu’aujourd’hui la paix règne, là où il y avait la guerre. Et la situation canonique trouvée respectent parfaitement « l’idéal » et des prêtres et des fidèles. Rome les a pris tous « comme ils sont ». Ils gardent la messe tridentine et tous les autres sacrements. Les fidèles entendent la prédication qu’ils ont toujours entendue, le catéchisme qui leur fut toujours enseigné. La paix règne.

L’article 10 de Presbyterorum ordinis permet de prendre en compte de telles circonstances. L’Église s’est même engagée solennellement, dans un Concile, d’en prendre acte et de faciliter la création d’œuvres pastorales adaptées à de légitimes désirs. Dans cette création, le droit est respecté, celui prévu par l’article 10 de Presbyterorum ordinis, le droit des fidèles et des prêtres à garder la « tradition latine », le droit de l’ordinaire du lieu. Vraiment cet article 10 est la preuve que l’Église sait garder grand amour du respect de la vie.

Mais plus encore.

Voilà tout un ensemble de fidèles de par le monde qui résiste à « l’esprit faussement conciliaire », une grande famille attachée à l’Église Romaine, attachés à Pierre et à ses Successeurs, mais absolument et radicalement allergique à l’esprit conciliaire de la liberté religieuse, du dialogue inter religieux tel que pratiqué à Assise, de la collégialité comprise en dehors de la « nota brevia » de Paul VI… Voilà « une armada décidée à tout prix à demeurer catholique face à la déchristianisation qui s’opère à l’extérieur et à l’intérieur de l’Église » Et ce courant dure et s’accroît. L’Église doit en prendre compte.  Ces circonstances sont aujourd’hui considérées, peu ou prou, comme légitimes par le Vatican. Alors l’Église pourrait envisager d’organiser une structure particulière pour gérer ce problème pastoral nouveau à l’échelon du monde entier. Cela est prévu par le n° 10 : « On facilitera… les œuvres pastorales adaptées aux différents milieux sociaux à l’échelle d’une région, d’une nation, ou de divers endroits dans le monde. Il pourra être utile de créer à cette fin des séminaires internationaux, diocèses particuliers, prélatures personnelles et autres institutions ». L’avantage évident de ces créations « possibles », « légitimes», est de prendre en compte non seulement des circonstances particulières, mais aussi d’assurer « l’affectation et l’incardination des prêtres pour le bien commun de toute l’Église ».

Ainsi, fort de ce principe reconnu, déclaré solennellement par l’Église au Concile Vatican II, Mgr Lefebvre donnait, dans son pli du 21 novembre 1987, « sa » solution, une jurisprudence et précisait les « modalités » à établir pour une telle fondation. Il le fait dans le respect et l’amour de l’Église et du Bien commun.

b. La condition « sine qua non ».

Mais il y a une condition sine qua non pour aboutir à la solution souhaitée : « Il nous semble indispensable avant d’aller plus avant dans les entretiens avec le Saint Sièged’exprimer une condition sine qua non nous faisant l’écho de tous les prêtres et fidèles attachés à la Tradition » (n° 3)

Cette condition ne lui est pas personnelle. Il la formule au nom de tous les prêtres et des fidèles. Il se fait en quelque sorte leur porte parole. C’est important de remarquer cela. C’est aussi un principe de gouvernement.

Quelle est donc cette condition dite sine qua non ?

« Si le Saint Siège désire sincèrement que nous devenions officiellement des collaborateurs efficaces pour le renouveau de l’Église, sous son autorité, il est de toute nécessité que nous soyons reçus comme nous sommes, qu’on ne nous demande pas de modifier notre enseignement, ni nos moyens de sanctification, qui sont ceux de l’Église de toujours » (n° 4).

Or l’application de cette condition sine qua non, – et là on voit le réalisme pratique, pastoral de Mgr Lefebvre – suppose que ces relations, ces entretiens, ces contacts qui devraient aboutir à la création de cette « œuvre », dans l’esprit de l’article 10 de Presbyterorum ordinis, soient confiées à des personnes jouissant de deux qualités:

« à la fois très respectueuses et attachées au Saint Siège,

-mais aussi convaincues de l’urgente nécessité pour l’Église de favoriser les initiatives qui maintienne la Tradition et de ne rien faire qui les contraignent à s’éloigner de nouveau ». (n° 5) Il ne cessera d’être fidèle à cette condition. La Tradition est la lumière de toute sa vie et de tout son apostolat.

Ce sont donc de telles personnes, animées et de l’amour du Saint Siège et de l’amour de la Tradition et de son maintien ou de son retour qui doivent composer le « Secrétariat Romain » dont Mgr Lefebvre suggère la création. Il serait une sorte de Congrégation Romaine chargée de cette Tradition à sauvegarder, à développer, à respecter. Un peu, comme le dira plus loin Mgr Lefebvre, un peu comme la Congrégationdes Églises orientales, « l’Orientale », chargée de la protection et de la sauvegarde des spécificités propres aux églises uniates, aux églises d’Orient restées ou revenues dans l’unité romaine.

Dès lors, comme toutes les Congrégations romaines, ce « Secrétariat Romain » aura à sa tête un cardinal, un secrétaire et des minutanti, tous animés d’un même amour du saint Siège et de la Tradition ancestrale (n° 6).

c. Le « secrétariat romain »

1. Son but :

• Le premier but

Il existera pour « le maintien et le développement de la liturgie latine selon les prescriptions de Jean XXIII » (n° 7). Ce secrétariat tirera, de sa finalité, sa raison d’être, la raison de son existence. Ce secrétariat existera « pour le maintien et le développement de la liturgie latine selon les prescriptions de Jean XXIII ».

• Le deuxième but

Ce « secrétariat romain » aurait pour but aussi « de veiller au développement harmonieux et dans la paix vis-à-vis des évêques diocésains et de la part de ceux-ci ».

 

C. LES EXIGENCES DE MGR LEFEBVRE

1. La levée des « suspens et interdits »

Avant tout, il demande la « levée des suspens et interdits» : « Avant de procéder à l’étude et à la normalisation de toutes ces sociétés et personnes adonnées à la Tradition, ce qui peut se réaliser avec le temps, il est urgent de lever les suspens et interdits ».

2. La reconnaissance des statuts dela FSSPX

Ensuite, Mgr Lefebvre demande que soient reconnus, de nouveau, les statuts dela FSSPX, comme avant 1975 : (n° 12-2). Je ferais remarquer que Mgr Lefebvre utilise le verbe

« reconnaître ». Il demande une reconnaissance des statuts… alors qu’il a toujours affirmé que les statuts de la FSSPX étaient toujours valables, existaient toujours parce qu’injustement abrogés. C’est ainsi qu’il a toujours considéré que la FSSPX était toujours apte à incardiner ses membres, comme les statuts le prévoyaient. C’est pourquoi, et de la même manière, je peux parler de retrouver le « sein de l’Église », in sinu Ecclesiae… alors que je sais pertinemment n’avoir jamais quitté l’Église… Mais les circonstances étant ce qu’elles sont, il est bien légitime de soumettre, comme le fait Mgr Lefebvre, « un projet de réintégration et de normalisation de nos rapports avec Rome ». (lettre du 21 nov. 1987). De « réintégration » ?…Alors nous étions en dehors ? De « reconnaissance » ? Alors nous étions condamnés ? Il y a des gens qui ont tellement « l’esprit géométrique » qu’ils ne comprennent jamais rien ?

3. Assurer la pérennité de l’œuvre par l’octroi de l’épiscopat

Il est encore urgent, dit-il, d’assurer la pérennité de l’œuvre en prévoyant la succession épiscopale de Mgr Lefebvre. C’est le troisième point du n° 12 : « Il est urgent de modifier quelques articles de ses statuts afin de pourvoir à la succession épiscopale de Mgr Lefebvre ». Le principe fut accepté dans le protocole du 5 mai 1988 mais aucune date ne fut prévue et Rome restera sur ce sujet dans le vague, ce qui inquiétera Mgr Lefebvre et lui fera retirer sa signature du protocole du 5 mai 1988.

C’est ce qui fut prévu et là obtenu – le temps passe et les circonstances aussi – lors du règlement de l’affaire de Campos. Le pape, le 25 décembre 2001, écrivait à Mgr Rangel : « … Après avoir considéré toutes ces choses et ayant devant les yeux la gloire de Dieu, le bien de la sainte Église, ainsi que cette loi suprême qu’est la salut des âmes, et étant d’accord sincèrement avec votre requête de pouvoir être admis à l’entière communion avec l’Église catholique, nous reconnaissons que vous lui appartenez canoniquement. En même temps, nous vous informons, Vénérable frère, qu’un document législatif va être préparé, document qui établira la forme juridique de la confirmation de vos biens ecclésiastiques et par lequel, le respect de vos biens sera garanti. Par ce document, l’Union sera érigée canoniquement en une Administration apostolique personnelle qui sera directement soumise au Siège apostolique et aura son territoire dans le diocèse de Campos. La question de la juridiction cumulative avec l’ordinaire du lieu sera traitée. Son gouvernement vous sera confié, Vénérable Frère, et votre succession sera prévue ».

N’oublions pas que Mgr Rangel fut sacré évêque par Mgr Tissier de Mallerais…

Ainsi le Pape prévoyait-il dans cette lettre, comme le suggérait Mgr Lefebvre dans son rapport à cardinal Gagnon, d’assurer la pérennité de l’œuvre des pères de Campos, par la création de cette Administration, ayant à sa tête un évêque qui préside à son gouvernement. Ici comme là, il était nécessaire de « pourvoir à la succession épiscopale » et de Mgr Lefebvre et Mgr Rangel. Si cette succession épiscopale était difficilement acceptée par Rome en 1988, pour la FSSPX, elle ne l’était plus en 2002 pour les pères de Campos. Les mentalités en avaient accepté le principe et la nécessité. La succession épiscopale était nécessaire pour maintenir la liberté des œuvres dans leur choix de la liturgie traditionnelle.

4. Comme un « ordin ariat aux armées »

Enfin et c’est le quatrième point, il est urgent que l’on s’inspire pour l’organisation canonique de ces œuvres désirant garder la liturgie traditionnelle, du document daté du 21 avril 1986, créant ce qu’on appelle aujourd’- hui, l’Ordinariat aux armées, publié par Jean-Paul II dans sa constitution apostolique : « Spirituali militu curae ».

C’est un document très simple de 14 articles qui prévoit l’organisation de ce qu’on appelait jadis les «Vicariats militaires ». Ce problème canonique, de fait, ne serait pas un problème difficile dès lors que l’on voudrait bien respecter l’entité de ces œuvres attachées à la Tradition latine et les recevoir vraiment dans l’Église.

« Respecter l’entité de ces œuvres attachées à la liturgie latine »… C’est ce qu’a demandé à plusieurs reprises le cardinal Ratzinger. Une seule citation suffira à la prouver, celle d’un des ses derniers livres, « Voici quel est notre Dieu ». Il écrivait : « Pour la formation de la conscience dans le domaine de la liturgie, il est important aussi de cesser de bannir la forme de la liturgie en vigueur jusqu’en 1970. Celui qui, à l’heure actuelle, intervient pour la validité de cette liturgie, ou qui la pratique, est traité comme un lépreux : c’est la fin de toute tolérance. Elle est telle qu’on n’en a pas connue durant toute l’histoire de l’Église. On méprise par là tout le passé de l’Église. Comment pourrait-on avoir confiance en elle au présent, s’il en est ainsi. J’avoue aussi que je ne comprends pas pourquoi beaucoup de mes confrères évêques se soumettent à cette loi d’intolérance, qui s’oppose aux réconciliations nécessaires dans l’Église sans raison valable » (p. 291).

Tout cela me donne personnellement bon espoir !

5. La juridiction

Mgr Lefebvre attire l’attention sur le problème de la juridiction de cet ordinariat. C’est le § 4 de « Spirituali militum curae » qui dit : « La juridiction de l’Ordinariat

militaire est :

– personnelle, de sorte qu’elle s’exerce sur les personnes qui appartiennent à l’Ordinariat, même si elles se trouvent parfois en dehors des frontières nationales ;

– ordinaire, tant au for interne qu’au for externe ;

– propre, mais cumulative avec la juridiction de l’évêque diocésain, car les personnes appartenant à l’Ordinariat continuent à être des fidèles de cette église particulière dont ils sont une partie du peuple en raison du domicile ou du rite ».

L’intérêt de cet article sur la juridiction cumulative n’a pas échappé à Mgr Lefebvre. Lui-même écrit dans son texte : « … Viendra alors une étude plus approfondie des applications à faire de l’exemple de l’Ordinariat aux armées à la situation de la Fraternité saint Pie X. Ainsi l’application de la juridiction cumulative semble très réaliste et résout beaucoup de problème » (n° 16).

6. Relations des différentes œuvre appartenant à cet« ordinariat »

Enfin dans son article 18, Mgr Lefebvre parle des relations entre les différentes œuvres amies qui appartiendraient à cette « Ordinariat pour la liturgie latine » :

« Les relations entre les diverses Œuvres et initiatives d’une part et la Fraternité d’autres part, demeureraient celles qu’elles sont actuellement pour les ordinations, confirmations et autres assistances : bénédictions, retraites, cérémonies de professions etc. Mais tout ce qui concerne le statut canonique et les dispenses à soumettre à Rome, irait directement au Secrétariat Romain ». (n° 18).

Ainsi, j’y insiste, rien ne serait changé, par suite de la création de ce cadre juridique légitime, dans nos relations avec ce que nous avons connu jusque là… … sinon que les choses se feraient dans l’ordre et légitimement. La forme canonique aurait bien son intérêt… Ne pas le voir m’étonna, m’étonnera toujours.

 

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