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« Impensable », le mot de trop

publié dans regards sur le monde le 23 octobre 2016


 

« Impensable », le mot de trop

(Source: Riposte-Catholique

 

Cet article a été rédigé au lendemain des attentats de l’été 2016. La vague compassionnelle passée, il ne choquera plus personne… heureusement. Si les évêques se mettaient à faire du scandale, à chasser les marchands du Temple, à prêcher à temps et à contre-temps, où irait-on ?

Énième étape du tour de France de la terreur : égorgement d’un prêtre dans une église de province au petit matin d’un jour d’été ordinaire, par deux islamo-racailles que la police s’est empressée d’abattre comme les chiens enragés qu’ils étaient devenus.
Larmes, prières, et compassion, jusque dans la campagne électorale américaine. Compassionate business as usual. On finit par s’habituer. Les mêmes perroquets – ici plus densément cléricaux – pérorent et larmoient en direct… Une impression de déjà-vu et de lassitude.
La Conférence des Évêques de France s’est vu dans l’obligation de fournir un communiqué, par la voix de son président. C’est la loi du genre. L’éminent archevêque de Marseille ne se laisse pas aller à quelque exclamation de rage ou de frustration, provoquée par l’impéritie des autorités, leur absence d’autocritique, ou quoi que ce soit du même genre. Pas de « sainte colère » contre l’apathie des Français musulmans incapables de faire la police dans leurs rangs, colère injuste mais qui soulagerait ou manifesterait un peu d’empathie avec le « réel ».
C’est bien pire. Voyez-vous-mêmes. Citation : « De Cracovie, où j’ai appris le drame impensable et horrible de Seine Maritime… » Au sens littéral, pour l’évêque de Marseille, le drame est « impensable ». Dans la pensée-réflexe du premier évêque de France, ce qui vient de se passer est « impensable ». Il ne peut être question, à propos de ces faits, de réflexion. Le malheur tombe du ciel,Fatum incompréhensible et aveugle écrasant la France. Renonçons à comprendre. Subissons… le choc, la sidération, … sans rien dire.
Il y a des mots pour lesquels on est dénoncé, condamné et puni, mis au banc de la société et de l’Église, mais là, rien. L’archevêque de Marseille, en un instant particulièrement solennel et dramatique, renonce à ce qui fait l’essence de l’homme, son éminente dignité d’être pensant, avant même d’être un disciple du Logos, sans que personne ne trouve cela choquant ou indigne. Quand on constate qu’il faut que ce soient des Michel Onfray, des Alain de Benoist, des Camel Bechikh, autrement dit des païens étrangers à l’Église, ou des Philippe Maxence, Guillaume de Tannouarn, Louis-Marie de Blignières, plus ou moins marginaux ou réprouvés, qui tiennent les discours sensés et vrais que nous attendons en vain de la part de nos pasteurs, il faut se pincer.
Un instant, sous les voutes de Notre-Dame de Paris, il a semblé que nous allions sortir de cette ahurissement consenti. Rendormez-vous, ce n’était qu’une illusion. Il fallait d’ailleurs voir les visages hilares du sinistre ministre de l’intérieur et d’un ancien premier ministre pour comprendre que tout cela n’était pas sérieux. De vagues allusions au contexte social ont un instant titillé les édiles venus célébrer non la mort et la résurrection mais le « vivre-ensemble », et engranger au passage quelques dividendes électoraux. Le souffle de la Manif pour Tous est passé… et puis s’est évanoui. Ah, si, tout de même, quelques propos plus fermes sans quoi tout ceci n’aurait servi à rien : la dénonciation du complotisme et de la tentation de fermer les frontières. Pour le dire en langage clair : tout cela est la faut du FN ! Bravo, Éminence. Quel courage politique ! Le cardinal Vingt-Trois, tout le monde le sait dans la capitale, a en pratique déjà cédé la main. Un autre tient sa plume. Soyons rassurés, le candidat in petto à la succession n’a rien à craindre. Il a donné au système, par la voix de son maitre, tous les gages qu’on attend de lui. « Mes frères, en vérité je vous le dis, ce que le pays a le plus à craindre aujourd’hui c’est le complotisme et la fermeture des frontières. Ainsi soit-il ». D’ici à dire que le Brexit serait la cause de tous nos maux, que Daesh roulerait pour Marine, il n’y a qu’un pas que nos excellences franchiront lorsqu’on les sifflera pour le faire. Patience, patience, ils ne nous décevront jamais.
Le vieux cheval de retour, Christian Delorme, est toujours à la manœuvre, pataugeant dans le confusionnisme et l’à-peu-près islamophile avec une obstination que seul son âge avancé peut excuser. Les émoustillés « Padreblogueurs » ne sont pas en reste. Leurs belles gueules se pressent dans les médias pour entonner leurs chansonnettes bisounourso-versaillo-jmjistes sur l’air de « Amour, toujours… ». On n’est plus dans le « vivre ensemble » ni dans la citoyenneté, on est passé du social au pieux, mais l’enfumage demeure. Élever le regard ? Approfondir la vue ? Pas du tout. L’important, c’est l’amour. Bravo, les p’tits gars, vous irez loin.

Gaston Champenier

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