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Pourquoi Trump peut (encore) gagner l’élection

publié dans regards sur le monde le 23 octobre 2016


PUBLIÉ PAR JEAN-PATRICK GRUMBERG LE 22 OCTOBRE 2016

 

Je suis incapable de prédire l’avenir, et je ne m’y risque pas. Je peux en revanche vous apporter quelques éléments factuels — j’ai une faiblesse pour les faits — qui n’ont pas été pris en compte par les analystes.

  1. L’effet Brexit

    L’effet Brexit tient en deux chiffres et une explication : 52 % des Britanniques se sont prononcés pour la sortie de l’Angleterre de l’UE, tandis que les derniers sondages donnaient le Brexit perdant avec 43 %. C’est 9 points de différence, et il faut les expliquer pour comprendre comment ils peuvent revenir à Donald Trump.

    L’ex Premier ministre Cameron n’a pas hésité à qualifier d’immoral le vote pour la sortie de l’UE. Il a accusé ceux qui envisageaient de voter pour Brexit de vouloir « l’auto-destruction » de la Grande-Bretagne.

    Les commentateurs politiques, la BBC en tête, ont dressé le portrait des tenants de la sortie : ce sont des xénophobes, des islamophobes et des identitaires qui refusent la diversité multiculturelle, bref, ce sont des racistes, honte sur eux.

    Résultat, ceux qui désiraient le Brexit étaient si embarrassés d’être ainsi insultés, si humiliés d’être réduits par la police de la pensée à ce qu’ils ne sont manifestement pas, qu’ils ont tout bonnement cessé de répondre aux sondeurs. Cela a donné 9 points d’écart.

    Aux États-Unis, le phénomène est le même. Un ami qui vote pour Clinton et m’assure qu’il est respectueux de toutes les opinions me disait : « mes amis et ma famille ont des valeurs, jamais ils ne voteraient pour Trump ». Je lui a fait remarquer que je vote pour Trump et il a coupé le dialogue, humilié par sa radicalité exposée. Un autre tout aussi « tolérant » m’a dit que voter Trump est une insulte à l’intelligence.

    Partout les gens se font insulter s’ils déclarent préférer Trump, aussi n’est-il pas du tout impossible que ceux qui ont décidé de voter Trump aient choisi de ne plus répondre aux sondeurs : effet Brexit = 9 points.

  2. Le taux d’abstention

    Les sondages ont tous un même point faible : aucun ne sait quel sera cette année le taux d’abstention, et il peut faire basculer l’élection.

    Il est avéré que cette élection, contrairement à toutes les autres, consiste d’abord à voter contre un candidat. Selon un récent sondage du Wall Street Journal, confirmé par celui du Pew research center, 51 % des électeurs de Trump disent que leur vote est destiné avant tout à faire barrage à Clinton. De même, 44 % des électeurs de Clinton déclarent qu’ils voteront Clinton principalement pour que Trump ne soit pas élu. Cela peut conduire à un taux d’abstention record : des gens qui décident tout simplement de ne pas aller voter parce qu’ils considèrent Clinton comme corrompue, menteuse et non fiable (67 % des Américains), et qu’ils pensent dans le même temps que Trump n’est pas apte à gouverner (62 %).

     

    Autre facteur, les révélations de Wikileaks.

    Les supporters de Bernie Sanders, principalement les jeunes, les progressistes et les « socialistes », sont dégoûtés par le contenu des emails publiés par Wikileaks qui montrent que l’élection primaire démocrate a été trafiquée — disons même largement magouillée — par le parti démocrate au profit d’Hillary Clinton : les questions des débats ont été données à l’avance à Clinton ; dans certains États, les dates des débats ont été adaptées pour la favoriser ; dans d’autres qui devaient revenir à Sanders, le Comité électoral démocrate a décidé de réduire le nombre de bureaux de vote pour décourager les gens de se déplacer loin, etc.

    Ensuite, les emails révèlent ce que les progressistes craignaient le plus : il est avéré que dans ses conférences payées par les banquiers, Clinton s’est présentée comme la complice de Wall Street en déclarant que les banques « sont mieux placées que quiconque pour se réformer elles-mêmes », elle a dit ne pas être opposée à l’achèvement du pipeline Keystone que les écologistes ont réussi à bloquer, et a dit – entre portes closes – que l’extraction du pétrole de schiste n’est pas si mal que ça, et que le réchauffement climatique n’est pas une chose certaine. Et les immigrationnistes ont également noté qu’elle a avoué qu’il n’est pas possible de savoir si les immigrés syriens sont des terroristes ou pas.

    Il se pourrait pour cela que l’électorat jeune décide de rester chez lui.

    Enfin, on doit considérer le vote noir. Rien ne permet de déduire que la même proportion de noirs, qui traditionnellement votent peu, se déplacera en nombre pour Clinton. J’ai l’impression que le bon sens a tant disparu qu’il faut rappeler que si les Afro-américains ont voté en masse, c’est parce que Obama est noir, que c’était un vote de race. Dois-je préciser que Clinton n’est pas noire ?

    Là encore, personne ne sait quelle proportion de la communauté noire restera chez elle.

  3. Le taux de participation

    19,214,513 républicains ont voté à la primaire de 2012. Ils étaient 31,108,968 en 2016, soit +62%. Les presque 12 millions de plus se retrouveront-ils dans le taux de participation le 8 novembre ?

    En 2008, 38,111,341 démocrates se sont déplacés pour voter à la primaire. En 2016, ils étaient 29,939,251. Soit une baisse de 8,172,090 de personnes, égale à -21%. Seront-ils 21% de moins à aller voter pour Clinton ?

    Historiquement, il n’existe aucun rapport entre le taux de participation à la primaire et la victoire. Mais s’il existe bien un point sur lequel démocrates et républicains sont tous d’accord, c’est que cette élection ne ressemble en rien aux élections précédentes, et il est dans ce contexte plus qu’hasardeux de comparer le présent avec les élections passées. Les sondeurs, en tous cas, ne tiennent pas compte de cet écart dans l’échantillon de personnes qu’ils interrogent, et cela pose un autre problème de fiabilité.

  4. Les derniers sondages

    Dans plusieurs sondages nationaux publiés hier 21 octobre, Trump fait un bond impressionnant. Rappelons qu’il y a encore 3 jours, après la publication d’une vieille vidéo où il se vantait de ses capacités à séduire les femmes, Hillary Clinton était en tête de 4 à 9 points nationalement.

    1. IBD/TIPP Tracking : Trump 41%, Clinton 40.
    2. Rasmussen Reports : Trump 43 %, Clinton 41.
    3. LA Times/USC Tracking : Trump 45 %, Clinton 45.
  5. Wikileaks

    Dans le dernier jet de publication d’emails de Wikileaks, on apprend que Huma Abedin, qui est la plus proche de Clinton, craignait qu’éclate en plein jour une affaire de corruption impliquant Clinton et la fondation. Le Maroc avait reçu la visite officielle d’Hillary Clinton en échange d’un « don » de 12 millions de dollars à la fondation.

    Dans plusieurs emails, datés de janvier à avril 2015, l’équipe de campagne de Clinton était très inquiète que l’affaire éclate.

    « C’est elle qui a créé ce bordel et elle le sait, » avait écrit Abedin dans un email envoyé à John Podesta, le responsable de la campagne de Clinton, et à Robby Mook, son conseiller électoral.

  6. Conclusion

    Ma conclusion se trouve dans mon introduction : je suis incapable de prédire l’avenir, mais je vous ai apporté quelques éléments factuels qui n’ont pas été pris en compte par les analystes. Si vous avez une boule de cristal, dites-nous ce qu’elle vous révèle…

 

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