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Mgr Schneider

publié dans regards sur le monde le 11 décembre 2016


Conserver l’esprit du combat chrétien – Entretien avec Mgr Schneider

SOURCE - Mgr Schneider / Anne Le Pape – Présent – 9 décembre 2016

Mgr Athanasius Schneider, de passage en France à l’occasion de la journée du livre de Renaissance catholique, a accepté avec sollicitude de répondre une nouvelle fois à Présent.

— Une lettre signée par quatre cardinaux, sous forme de dubia, vient d’être envoyée au pape (voir article de Guy Rouvrais dans Présent du 3 décembre), demandant ce qu’il faut comprendre de certaines phrases ambiguës d’Amoris Laetitia. C’est la première fois depuis le Concile que l’on interroge le magistère sur un de ses actes de façon aussi contraignante et rigoureuse. Qu’en pensez-vous ?

— Cette pratique (comme les cardinaux eux-mêmes l’affirment dans leur texte explicatif) est courante dans la tradition de l’Eglise. Les fidèles ou les évêques ont toujours pu poser des questions au Saint-Père qui, en général, répondait. Dans les cas où le contenu touchait un thème important pour le public, le Saint-Siège lui-même publiait les textes, dubia et réponses.
La nouveauté dans ce cas précis est que les dubia ont été rendues publiques par les cardinaux après que le pape a décidé de ne pas répondre. Les cardinaux ont voulu montrer que le thème qu’ils abordent est important et touche toute l’Eglise. Cette démarche publique est faite au service de l’Eglise et du pape, pour demander des éclaircissements sur des éléments vitaux de l’Eglise au sujet desquels ont été livrées des déclarations ambiguës.

— Vous qui accomplissez de fréquents voyages à travers le monde, comment voyez-vous l’ensemble des fidèles du rite traditionnel ? Quelle place occupent-ils dans l’Eglise aujourd’hui ?

— Mon expérience propre me permet de dire qu’il s’agit d’un mouvement inspiré de façon évidente par le Saint-Esprit. Ce mouvement – lancé par Benoît XVI, même si avant lui on pouvait revenir à la célébration de la messe traditionnelle, mais pas dans cette mesure universelle – a encouragé et favorisé la forme extraordinaire de la liturgie et lui a reconnu les mêmes droits qu’à la forme ordinaire. Je constate que cette liturgie est toujours plus diffusée et appréciée, surtout par une population jeune, ce qui prouve qu’il ne s’agit pas de « nostalgie ». Nombreux sont, dans la jeune génération (séminaristes, jeunes gens, jeunes familles) ceux qui sont attirés spontanément par cette richesse de l’Eglise qui a plus de 1 000 ans, car elle existait bien avant le concile de Trente. Il s’agit de la messe qu’ont connue bien des saints. Si l’on traite les gens qui aiment cette liturgie de personnes rigides, on doit traiter de même les saints… Or, « qui suis-je pour juger ? » Je constate que les âmes qui aiment cette liturgie ont un sens profond de la foi en Dieu. Il s’agit d’une liturgie très pastorale. C’est un mouvement qu’aucune autorité ne peut arrêter, s’opposer au Saint-Esprit est dangereux…

— Le souverain pontife a prorogé la possibilité de confesser pour les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X au-delà de l’Année de la Miséricorde. Cela vous paraît-il une décision importante ?

— Oui, bien sûr, et j’en suis très heureux ! Voilà un geste très pastoral, très miséricordieux, selon moi un des gestes les plus importants du pontificat du pape François, qui aide le processus d’intégration canonique de cette réalité ecclésiale qui existe depuis 50 ans et qui porte des fruits spirituels évidents. Beaucoup de jeunes familles regroupées autour de la Fraternité Saint-Pie X aiment l’Eglise, prient pour le pape, comme le faisaient leurs ancêtres avant eux. L’Eglise contient diverses maisons, diverses spiritualités. Seuls les ecclésiastiques hostiles à la Fraternité lui présentent des exigences exagérées. Jean XXIII comme Paul VI ont toujours insisté sur le caractère pastoral du Concile. Si la Fraternité a des difficultés pour accepter certains documents de Vatican II, il faut replacer cela dans le contexte de l’objectif pastoral du Concile. Le dogme n’a pas changé. Nous avons la même foi. Il n’y a donc pas de problème pour une intégration canonique de la fraternité Saint-Pie X.

— Vous avez été un des hommes d’Eglise envoyés par le Vatican pour visiter des séminaires et des prieurés de la Fraternité. Quelle solution pensez-vous possible à sa position controversée ?

— La prélature personnelle est une position très adaptée à la réalité de la Fraternité Saint-Pie X et à sa mission. Je suis convaincu que Mgr Lefebvre aurait accepté volontiers et avec gratitude cette structure ecclésiale officielle, reconnaissance par l’Eglise de l’apostolat mené. Ce ne serait que rendre justice, bien tardivement, à l’injuste suppression de la Fraternité en 1975 de la part du Saint-Siège. A ce moment-là, Mgr Lefebvre a présenté un recours. L’érection d’une prélature serait en quelque sorte accepter le recours canonique de Mgr Lefebvre avec un retard de 40 ans.
D’autre part, la Fraternité ne doit pas exiger des garanties à 100 %, ce qui reste irréaliste : nous sommes sur terre, pas au Ciel ! Ce serait un geste qui trahirait un certain manque de confiance en la Providence.

— Les attentats islamistes ont jeté le trouble dans le monde. Cela a-t-il entraîné près des catholiques tièdes un regain d’intérêt pour leur religion ? Ressentez-vous à travers le monde une certaine « renaissance catholique » ?

— De façon individuelle, sans doute. Mais pas généralement en Europe, où règnent une grande tiédeur et un climat de culture du consumérisme, du matérialisme et de l’immoralité. Cette réaction que vous évoquez reste trop limitée.

— La Russie vit une sorte de renaissance religieuse. En ressentez-vous les effets au Kazakhstan, dans votre diocèse ? Quelles sont les relations « sur le terrain » avec les orthodoxes ?

— Nous avons connu les uns et les autres 70 ans de communisme athée durant lesquels toute religion et même toute pensée « différente » étaient persécutées, et cela nous a en quelque sorte rapprochés. Nous avons de bons rapports avec les prêtres orthodoxes qui sont d’ailleurs eux aussi, comme nous, minoritaires. D’autre part le métropolite, chef de l’Eglise orthodoxe au Kazakhstan, se montre très fraternel envers l’Eglise catholique.

— La société au Kazakhstan demeure-t-elle très laïcisée ?

— Les années de matérialisme ont laissé des traces profondes et, depuis la chute du communisme, le consumérisme occidental est apparu avec ses éléments négatifs. Mais la mentalité du peuple est plus respectueuse envers le sacré qu’en Occident. On y a gardé le respect instinctif du prêtre. Tout blasphème contre le Christ et l’Eglise, tel que vous en voyez en Occident, est impensable, même pour une personne non pratiquante.

— Monseigneur, quelles sont les joies et les peines d’un évêque catholique au seuil de l’année 2017 ?

— La plus grande joie est de voir de petites communautés qui, souvent même non favorisées par de grandes structures officielles de l’Eglise, vivent leur foi avec pureté, avec l’aide d’une liturgie célébrée dignement, qui porte ses fruits. Je vois dans ces communautés, qui sont dans les périphéries spirituelles en quelque sorte, le signe du printemps de l’Eglise.
Les peines ? La situation de l’Eglise, qui connaît une crise inouïe de la foi, une confusion de la doctrine, spécialement sur le sacrement de mariage, et une banalisation du cœur de l’Eglise qu’est la sainte Eucharistie. L’évêque que je suis souffre de voir que beaucoup d’âmes, dans l’Eglise ou hors de l’Eglise, n’écoutent pas cette félicité de la vérité intégrale sur notre foi, alors qu’elles ont faim de la vérité divine. La faute en est au clergé qui ne prêche pas une formation doctrinale complète.
Mais je reste serein : cette crise passera, le Cœur immaculé de Marie triomphera.

— Vos séjours en France sont assez fréquents. Comment voyez-vous notre pays ?

— La Manif pour tous représente en France un événement exceptionnel, dont je me réjouis. Votre pays a donc conservé l’esprit du combat chrétien, qu’il doit développer selon l’exemple de Jeanne d’Arc et de Saint Louis. La France est aussi le pays où, proportionnellement, la messe traditionnelle est célébrée le plus souvent. C’est une belle contribution pour l’Eglise universelle. Elle a été le pays où, après le Concile, on a conservé le plus le trésor de la foi, de la messe traditionnelle.
La France devrait peut-être se montrer plus sensible aux difficultés de l’Eglise universelle et pas seulement aux problèmes français. De nombreux diocèses dans le monde ont réagi aux difficultés posées par l’exhortation Amoris Laetitia. Les catholiques de France devraient peut-être se montrer plus soucieux de ce problème.
Propos recueillis par Anne Le Pape

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