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Saint Benoît -Joseph Labre

publié dans nouvelles de chrétienté le 15 avril 2017


SAINT BENOÎT-JOSEPH LABRE : LE VAGABOND DE DIEU

 

Saint Benoît-Joseph Labre : le vagabond de Dieu

 

Patron des sans-abri encore méconnu du grand public, saint Benoît-Joseph Labre (1748-1783), natif du Nord de la France, passa de nombreuses années de sa vie à parcourir, comme un mendiant, les églises et sanctuaires de France et d’ailleurs pour prier Dieu.
Extrait de l’Homélie du Pape Benoît XVI pour la messe de son 85e anniversaire (Rome, 16 avril 2012) : « Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril, la liturgie de l’Église a placé trois signes qui m’indiquent où conduit la route et qui m’aident à la trouver. En premier lieu, il y a la mémoire de sainte Bernadette Soubirous, la voyante de Lourdes ; puis il y a l’un des saints les plus particuliers de l’histoire de l’Église, Benoît-Joseph Labre. (…) Benoît-Joseph Labre, le pieux pèlerin mendiant du XVIIIe siècle qui, après plusieurs tentatives inutiles, trouve finalement sa vocation de partir en pèlerinage comme mendiant – sans rien, sans aucun soutien et en ne gardant rien pour lui de ce qu’il recevait, si ce n’est ce dont il avait strictement besoin -, partir en pèlerinage à travers toute l’Europe, dans tous les sanctuaires de l’Europe, de l’Espagne jusqu’à la Pologne, et de l’Allemagne jusqu’à la Sicile : un saint vraiment européen ! Nous pouvons également dire : un saint un peu particulier qui, en mendiant, vagabonde d’un sanctuaire à l’autre et ne veut rien faire d’autre que prier et, avec cela, rendre témoignage à ce qui compte dans cette vie : Dieu. (…) Ainsi, c’est un saint de la paix, précisément dans la mesure où c’est un saint sans aucune exigence, qui meurt pauvre de tout et qui est pourtant béni par chaque chose. »

Nous découvrons donc en ce 15 avril, veille de sa fête, l’importance pour Benoît XVI (et pour nous tous) de ce saint méconnu mort pauvre et « SDF », à Rome le 16 avril 1783. Il avait 35 ans. On meurt jeune quand on est sans-abri ! En France, aujourd’hui, la moyenne d’âge des 501 morts de la rue de l’année 2016 est de 49 ans. Benoît-Joseph eut cependant la consolation de rendre le dernier soupir dans une maison, celle du boucher Zaccarelli qui le recueillit après l’avoir trouvé évanoui sur les marches de Notre-Dame-des-Monts, son église romaine préférée.

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Un « saint est mort ». Le jour de sa mort, le Mercredi Saint, les enfants – qui avaient de son vivant accablé Benoît de détritus et des pires injures – s’élancèrent soudain dans les rues de Rome avec tous les gosses du quartier en criant : « Le saint est mort ! Le saint est mort ! » La foule accourut attirée par la rumeur et réclama son transfert à sa chère église de Notre-Dame-des-Monts. Le curé s’y opposa – pour enterrer un pauvre, il n’était pas besoin de grande cérémonie – mais il y eut dans le quartier une sorte de révolte populaire à laquelle on dut céder. Il fallut même faire appel aux soldats pour frayer un chemin au travers de la multitude au convoi qui l’emmenait à Notre-Dame-des-Monts au milieu des cris des enfants : « Le saint est mort ! »

Les premiers miracles.
 Certains pensaient que cette excitation populaire s’apaiserait vite. Mais le Vendredi Saint, une foule si grande se pressa devant Notre-Dame-des-Monts qu’on dut surseoir à la sépulture et porter le corps de Benoît dans la nef. Le peuple célébrait un des siens à la face de Rome. Quelques grands seigneurs ou dignitaires se présentèrent le soir et demandèrent la faveur d’entrer dans l’église par l’arrière. Le Samedi Saint, la foule fut encore plus nombreuse et une première femme souffrant d’ulcères à la gorge depuis trois ans fut guérie. On cria au miracle. Les carrosses arrivèrent par les ruelles, la foule se grossit de bourgeois, d’artisans, de grands seigneurs, de prélats. Le jour de Pâques, les soldats furent débordés : on venait maintenant des alentours de Rome. Quand on ensevelit Benoît, ses membres restèrent souples et de son corps s’exhala seulement l’odeur des fleurs. L’église resta fermée plusieurs jours, ce qui n’arrêta pas l’affluence qui empêchait désormais les offices. Le Saint-Sacrement dut être transféré dans une autre église. Et ce fut seulement vers la fin du mois de juin, plus de deux mois après sa mort, que l’on put congédier les soldats. L’ouverture officielle du procès informatif débuta quelques semaines avant, le 13 mai, moins d’un mois après sa mort.

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Un passionné de Dieu. Arrêtons-nous un instant sur la vie de Benoît. Né le 26 mars 1748 à Amettes (Pas-de-Calais), au diocèse de Boulogne, dans le Nord de la France, il est l’aîné d’une famille de 15 enfants. Alors qu’il rêve de devenir moine pour être au plus proche de Dieu, il passe son enfance dans les champs avec son père cultivateur et ses frères. Mais dès l’âge de 19 ans, il tente sa chance auprès de différents monastères pour accomplir ce qu’il pense être sa destinée. Sans succès. Ici, on ne prend pas de novices, là on le trouve trop jeune, ailleurs, sa santé est trop fragile. Il finira par entendre de la bouche du Père Abbé de la Grande Trappe de Sept-Fons (Allier) : « Dieu vous veut ailleurs. » Qu’à cela ne tienne. Le jeune homme ira ailleurs, sur la route, sur les routes, prier Dieu sans cesse et toujours.

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Sur le chemin du Seigneur. Pendant sept ans, de 1770 à 1777, Benoît n’a de cesse de visiter tous les sanctuaires célèbres ; il sillonne sans trêve ni repos tous les chemins, cherchant de préférence les chemins de traverse, où il peut s’entretenir plus commodément avec Dieu. Il connaît toutes les églises entre le Rhône et les Alpes. La marche a cette vertu : le silence et les pas deviennent une prière. Il a cet art merveilleux d’arrêter les sots discours, en mettant un frein à tout ce qui peut blesser la bonté et la modestie. En sept ans, il parcourt près de 30 000 kilomètres dans le plus grand dénuement, vivant uniquement de la charité des personnes rencontrées. Vers la fin de sa vie, Rome devient l’élue de son cœur. Il y passe des journées entières en prière dans les églises, suivant notamment la dévotion des Quarante-Heures devant le Saint-Sacrement (d’où son surnom de « saint des Quarante-Heures »), logeant avec d’autres pauvres dans les ruines du Colisée, distribuant ce qu’on lui donne. C’est dans cette ville qu’il est retrouvé mourant le 16 avril 1783.

Un amour particulier pour Marie.
 Benoît portait le rosaire autour du cou et le priait chaque jour. Une dévotion spéciale l’unissait au culte marial : devant l’image de la Sainte Vierge, dans les différentes abbayes ou églises de France, d’Allemagne de Belgique ou d’Italie (il aimait en particulier la basilique de Lorette, sur la côte adriatique), à chaque fois émanait de lui un ravissement, un silence, des jeûnes, une longue assistance aux offices… et surtout des heures passées dans la contemplation du « Fiat voluntas tua ! » (« Que votre volonté soit faite ! »).

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Une question demeure… En revenant de Saint-Jacques-de-Compostelle l’année 1773, il s’arrêta à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), à Rians (Var), puis à Artigues (Var) où il logea au hameau des Bellons entre décembre 1773 et février 1774. Pour un bon marcheur comme lui, le sanctuaire de Cotignac se trouvait donc à moins d’une journée de marche, mais chose très étonnante, on ne trouve aucune trace de son passage dans ce lieu ; ni chez les historiens ni même dans les nombreuses légendes. J’ai personnellement rencontré Labre lors de mon propre chemin vers Compostelle en 2008, dans un petit livret du pèlerin, où j’ai pu longuement méditer ses mots en marchant, qui devraient percuter chacun de nous, hommes et femmes du XXIe siècle : « Ce que vous possédez vous possède. » Le poète français Paul Verlaine dira de lui : « Saint Benoît-Joseph Labre, la seule gloire française du XVIIIe siècle, mais quelle gloire ! »

Benoît fut déclaré vénérable le 31 mars 1792 puis élevé au rang de bienheureux par le pape Pie IX le 2 juin 1859. Il fut canonisé à Rome par Léon XIII le 8 décembre 1881, jour de la fête de l’Immaculée Conception. Saint Benoît-Joseph Labre est le saint patron des sans-abri. Sa devise est la suivante : « Quaere super nos » « Cherche au-dessus de nous », empruntée au livre X des Confessions de saint Augustin (lorsque le saint se rend compte que Dieu n’est pas dans la nature autour de nous, mais se trouve bien au-dessus).

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