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Au sujet des récents propos tenus par le Cardinal Burke sur le soi-disant schisme de la Fraternité saint Pie X

publié dans regards sur le monde le 7 octobre 2017


Le cardinal Burke pouvait-il parler de « schisme » à propos de la Fraternité St-Pie X?

SOURCE - FSSPX Actualités – 5 octobre 2017

Le 15 juillet 2017, le cardinal Raymond Burke, Patron de l’Ordre de Malte et ancien Président du Tribunal de la Signature apostolique, donnait une conférence à Medford, dans l’Oregon, aux Etats-Unis. Interrogé sur la Fraternité Saint-Pie X, il a répondu que, selon lui, cette société de prêtres était « en état de schisme », et ce « depuis que feu Mgr Marcel Lefebvre a ordonné quatre évêques sans le mandat du Pontife romain. Il n’est donc pas légitime d’assister à la messe ou de recevoir les sacrements dans une église qui est sous la juridiction de la Fraternité Saint-Pie X ».

Provenant d’un des quatre cardinaux signataires des Dubia sur les passages hétérodoxes d’Amoris lætitia, cette prise de position, publiée sur Internet par un blogueur américain le 30 septembre, est surprenante à plus d’un titre.
Le cardinal Burke, éminent canoniste, s’exprime sans doute de manière juridique, mais il semble ignorer que, quand bien même les sacres épiscopaux de 1988 auraient mérité à leurs auteurs les sanctions les plus élevées, ni les membres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ni les fidèles qui fréquentent ses prieurés, n’ont jamais été déclarés schismatiques.
Certes le prélat romain sait que le pape Benoît XVI a levé le 21 janvier 2009 toute espèce de sanction que les évêques de la Fraternité auraient encourue, et donc il admet que les évêques de la Fraternité « ne sont plus excommuniés », mais, selon lui, « ils ne sont pas en communion régulière avec l’Eglise catholique. » Cette « anomalie » lui semble incompréhensible, comme le fait que le pape François ait donné le pouvoir ordinaire de confesser à tous les prêtres de la Fraternité, et plus encore qu’il les reconnaisse comme des témoins qualifiés de l’Eglise pour les mariages de leurs fidèles. De là, à les déclarer purement et simplement « en état de schisme », il y a un pas qu’aucun pape ne s’est jamais autorisé à franchir, mais que le cardinal Burke franchit un peu vite.
Cette réalité complexe ne rentre pas dans les cases du droit canonique, tant il est vrai qu’il est difficile d’appréhender la situation passée et présente, les yeux rivés sur le seul Code.
Pour éclairer la situation passée, il est bon de rappeler les faits suivants :
Comme on peut le lire sur le site de la Maison générale de la Fraternité Saint-Pie X : « Derrière la question du statut canonique de la Fraternité, se dissimule le véritable problème que traverse l’Eglise aujourd’hui. Depuis le concile Vatican II, en effet, souffle un vent révolutionnaire qui corrompt la foi, le culte et la morale ». – Voir « La Fraternité et Rome ».
La situation réelle qui a conduit Mgr Lefebvre à désobéir à une loi ecclésiastique sans pour autant consommer un schisme est résumée en une page accessible à tous, sur le même site. – Lire « Les sacres de 1988 ».
Sur l’accusation de schisme elle-même, il faut rappeler que « Mgr Lefebvre a toujours reconnu l’autorité du pape. Consacrer un évêque sans mandat pontifical serait un acte schismatique si l’on prétendait conférer non seulement la plénitude du sacerdoce, mais un pouvoir de juridiction, une autorité sur un troupeau particulier. Seul le pape qui a compétence universelle pour toute l’Eglise, peut nommer un pasteur pour un troupeau et l’autoriser à le gouverner. Mais Mgr Lefebvre n’a rien voulu conférer d’autre que la plénitude des ordres sacrés.
« Le cardinal Castillo Lara Rosalio, président de la Commission pontificale pour l’interprétation authentique de Droit canonique, a déclaré à La Repubblica, le 7 octobre 1988, que les consécrations conférées par Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer ne constituaient pas un schisme (“Le simple fait de consacrer un évêque n’est pas en soi un acte schismatique”).
« Le doyen de la Faculté de droit canonique de l’Institut Catholique de Paris, le P. Patrick Valdrini, a confirmé que “ce n’est pas la consécration d’un évêque qui crée un schisme; ce qui consomme le schisme est de conférer à cet évêque la mission apostolique.” (Valeurs Actuelles, 4 juillet 1988)
« Le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, au moins à cinq reprises dans des interviews publiques (cf. 30 Giorni n.9, 2005), a affirmé que la Fraternité Saint-Pie X n’est pas dans une situation de schisme formel. Il a ainsi déclaré que “les évêques, les prêtres et les fidèles de la Fraternité Saint-Pie X ne sont pas schismatiques” (Die Tagespost, 8 février 2007). » – Lire « Les évêques de la Fraternité Saint-Pie X ».
Pour éclairer la situation présente, il est bon de rappeler les faits suivants :
En 1988 et par la suite, des communautés traditionnelles ont vu le jour « en communion régulière avec l’Eglise catholique », afin de ne pas laisser à la Fraternité Saint-Pie X l’exclusivité du rite romain notamment. Fondées grâce ou à cause de la condamnation de Mgr Lefebvre, ces communautés ont pu se développer, souvent en concurrence des prieurés de la Fraternité, tolérées plutôt qu’admises par les épiscopats locaux, dans un évident but de division des forces de la Tradition. Certaines de ces communautés ont cru devoir construire leur légitimité en opposition à la Fraternité Saint-Pie X. Bien souvent, les accusations de schisme ou de désobéissance proviennent de ces milieux rattachés à la Commission pontificale Ecclesia Dei ;
Le cardinal Burke étant proche de ces communautés – le supérieur de la Fraternité Saint-Pierre était présent à sa conférence du 15 juillet dernier -, on ne s’étonnera donc pas qu’il ait recouru à ce vocabulaire, censé éloigner les fidèles des chapelles et églises de la Fraternité.
Il serait injuste de présenter cette déclaration comme un gage donné par le cardinal Burke en vue de réintégrer le Tribunal de la Signature apostolique. Le respect qu’inspire la dignité cardinalice interdit ce genre de considération, comme l’enseigne saint Thomas d’Aquin. Mais il est dommage que le haut prélat se laisse aller à ce type d’argumentation. Il est bien placé pour constater le chaos dans lequel est plongé l’Eglise. Et s’il adresse une « correction fraternelle » au pape à propos d’Amoris lætitia, comme il a dit en avoir l’intention, il saura bien voir qui sont ceux qui soutiennent sa démarche, et qui sont ceux qui s’en abstiennent.
Dans la tempête qui sévit, la Fraternité Saint-Pie X reste fidèle à l’Eglise de toujours, à sa liturgie inchangée mais aussi à son enseignement pérenne, en matière de foi et de morale. C’est là le premier des devoirs, comme l’expliquait Mgr Lefebvre dans un sermon inédit, prononcé à Venise le 7 avril 1980, qui vient d’être publié par FSSPX.Actualités. – Lire « Nous devons conserver la foi dans cette tempête que traverse l’Eglise».
—————————————
Une autre analyse d’Ennemons

Le cardinal Burke et la FSSPX

SOURCE - Le Forum Catholique – 6 octobre 2017


En recourant à l’expression de « schisme » pour qualifier l’attitude de la Fraternité Saint-Pie X, le cardinal Burke a effectivement étonné autour de lui. Le fait que son intervention soit publiée avec trois mois de retard risque cependant de faire faire des contresens car elle ne s’inscrit pas dans ce contexte de rentrée, marquée par la diffusion de la correctio filialis. Contrairement à ce qui a pu être avancé, le cardinal Burke n’a pas pu vouloir se démarquer de Mgr Fellay en tant que signataire de la correctio. En effet, quand il a parlé (15 juillet 2017), l’apport de cette signature (septembre 2017) n’était absolument pas d’actualité.
Pour comprendre l’attitude du cardinal Burke, il me semble que deux points sont cependant à considérer.
Le cardinal américain est un canoniste ratzinguérien pointilleux. Il reste attaché à la ligne tracée par le pape Benoît XVI qu’il a admiré. Sans doute doit-il faire siennes les exigences que ce dernier requérait de la Fraternité au cours de son pontificat. En disciple du pape émérite, le cardinal Müller a fait de même. D’une certaine manière, ils se distinguent l’un et l’autre du pontife actuel qui n’a cure des règles et des exigences de façon générale, comme ils tranchent avec le cardinal Castrillon Hoyos, dont le sang latin savait visiblement hâter les solutions pour ne pas avoir à trop tarder sur les conditions. Un futur pape conservateur sera peut-être plus exigeant que ne l’est François.
La formation très légaliste du cardinal Burke fait aussi qu’il ne peut se résoudre à l’irrégularité canonique, d’autant plus que certains n’hésitent pas à laisser entendre ces derniers temps que ses prises de position risquent de lui jouer des mauvais tours et faire de lui un nouveau Lefebvre. D’une certaine manière, comparons-le à l’archevêque de la fin des années 60 lequel, tout en réprouvant les nouveautés du moment, redoublait d’insistance à l’époque pour manifester sa répugnance pour tous les mouvements séparatistes et sa volonté farouche de demeurer attaché à Rome. Sauf que ces hommes d’Église n’ont pas toujours le choix. Ceux-ci leur sont parfois imposés. De ce fait, voyant le risque poindre sous ses yeux, le cardinal insiste pour souligner l’importance de la régularité canonique. De façon symétrique, il n’est pas impossible que celle-ci soit parfois un peu relativisée dans nos rangs pour pouvoir pleinement comprendre le cardinal.
Le contexte de juillet est aussi à prendre en compte. La Fraternité venait de recevoir la lettre très exigeante que le cardinal Müller venait de signer avant de quitter la Doctrine de la Foi. Il n’est pas impossible que son confrère Burke, qui n’a jamais dissimulé sa réprobation de l’irrégularité canonique, ait eu, courant juillet, des échos des réactions au sein de la FSSPX et a-t-il pris peur d’un raidissement alors qu’il n’avait pas hésité en d’autres occasions, à « se mouiller » pour défendre la FSSPX. Ce qui a pu expliquer ces mots forts qui pouvaient presque avoir des allures de menace. Ceci étant dit, il s’agit de propos qui n’étaient pas écrits et dont on verra s’ils sont réitérés. Dans les relations avec Rome depuis vingt ans, qui passionnent et dépassionnent, nous sommes habitués aux petites piques de toutes parts, celles de la déception, qui émaillent les tendances de fond.
On remarquera enfin que, dans son commentaire, la Maison Générale de la FSSPX prend clairement ses distances à l’égard des commentaires hasardeux de deux sites jumeaux qui ont fait ces derniers jours des procès d’intention au cardinal Burke et l’ont accusé de se vendre pour un plat de lentilles, en préjugeant de l’avenir. L’institution qu’est la Fraternité montre qu’elle ne cherche pas à sonder les reins et qu’elle ne sombre pas dans la précipitation idéologique. Faudrait-il s’en plaindre?

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