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L’apostolat de la FSSPX au Nigéria

publié dans nouvelles de chrétienté le 3 février 2018


Témoignage d’un missionnaire de la Fraternité Saint-Pie X au Nigéria

SOURCE - FSSPX Actualités – 2 février 2018

Le prieuré Saint-Michel-Archange a été inauguré le 26 août 2012 à Enugu dans le sud du Nigéria. Depuis décembre 2013, trois prêtres collaborent à ce magnifique apostolat. Les prêtres desservant aujourd’hui ce prieuré sont le Père Pius Nanthambwe, missionnaire Malawite, le Père Benedict Laignelot et le Père Peter Chrissement, prieur. Ce dernier a accepté de répondre aux questions de FSSPX.Actualités.

Monsieur l’abbé, avant toute chose, pouvez-vous nous présenter le Nigéria ?
Le Nigéria est un pays tropical de près de 170 millions d’habitants, organisé en fédération. On y parle plus de 150 langues et dialectes. L’anglais appris par ceux qui peuvent aller à l’école est la langue officielle. Les Etats du Nord sont musulmans – beaucoup pratiquent la charia –, ceux du Sud plutôt chrétiens – catholiques, anglicans et de plus en plus de sectes. Les Ibos sont une ethnie habitant le sud-est du Nigéria. Ils ont été convertis au catholicisme par les Pères du Saint-Esprit et sont très actifs, ouverts, souriants malgré la grande pauvreté dans laquelle vivent la plupart.
A quelle occasion la Fraternité Saint-Pie X s’est-elle installée au Nigéria ? 
A partir de 1992, la Fraternité Saint-Pie X, invitée par différents groupes de fidèles, a envoyé des prêtres notamment pour prêcher des retraites. Puis un prêtre nigérian, ami de la Fraternité, a permis l’ouverture d’un prieuré en 2012. Nous louons une maison à Enugu, en pays Ibo, où nous disons la messe dominicale dehors, la chapelle étant trop petite. Depuis ce prieuré nous desservons régulièrement Lagos, la plus grande ville du pays avec presque 20 millions d’habitants, Abuja, la capitale administrative, Port-Harcourt et Onitsha, soit 4 villes importantes du pays.
Et comment se sont passés vos premiers mois au Nigéria ?
Plutôt mal ! Le prieuré avait été mis en sommeil peu après son ouverture, les prêtres ayant dû laisser le père nigérian seul parce que les conditions étaient invivables, et l’un d’eux était malade. On arrivait donc pour une nouvelle tentative. Nous avons perdu quelques kilos très rapidement. J’ai attrapé quelques spécialités d’ici : malaria, salmonellose et diverses infections… Heureusement, on finit par résister et aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre. Je dois préciser que nous avons aussi changé la cuisinière qui ne comprenait pas à quoi servent les règles d’hygiène.
Cela a dû résoudre la plupart de vos problèmes…
Malheureusement pas complètement puisque le père nigérian nous a quittés. Les services administratifs, pensant à la bonne aubaine représentée par des blancs, nous ont ensuite posé quelques soucis. Il faut dire que le jour de mon arrivée au Nigéria, mon bagage avec tous les documents nécessaires à mon installation, a disparu. Pourtant, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de candidats européens à l’immigration clandestine au Nigéria, ça se saurait ! Mais heureusement l’accueil des catholiques désorientés par les changements issus de la révolution conciliaire a largement compensé ces tracas. Et puis en mission, comme pour tout apostolat, c’est normal de souffrir un peu, si l’on veut obtenir des fruits.
Quelles ont été vos premières tâches ?
Survivre ! Nous partions de presque rien. Mais, Dieu aidant, peu à peu nous avons pu améliorer les conditions de vie et nous lancer dans l’apostolat.
Et aujourd’hui, êtes-vous bien installés ?
Même s’il nous manque une base tant que nous n’aurons pas construit le prieuré et son église, on peut dire que désormais le ministère est en place et commence à bien se structurer.
A ce propos, comment êtes-vous organisés ?
Que ce soit au prieuré ou dans les 4 chapelles desservies régulièrement dans le pays, une équipe sur place, sérieuse, seconde activement le prêtre desservant. Sous la responsabilité du coordinateur local, plusieurs fidèles se mobilisent pour assurer le catéchisme, un service de messe de qualité, la chorale, la sacristie, la diffusion du bulletin, le prêt de livres, la vente d’articles religieux, le transport et l’hébergement du prêtre… Sachant que bien souvent il faut tout apporter, tout monter puis tout démonter, même au prieuré où la messe est toujours célébrée à l’extérieur. C’est toute une organisation qu’il a fallu mettre en place.
Et cela porte ses fruits ?
Ah oui ! A l’exception d’une ville où les catholiques sont proportionnellement moins nombreux, partout le nombre et la conviction des fidèles augmentent.
Justement, pourriez-vous nous décrire les différents lieux de messe ? 
Au prieuré à Enugu, nous avons une trentaine de fidèles chaque jour à la messe. Ils sont environ 175 le dimanche. A Lagos, la capitale économique, nous célébrons la messe dominicale pour une centaine de fidèles.
Et comment vous y rendez-vous ? Le Nigéria est un grand pays…
Le père arrive par avion, avec une compagnie locale, le samedi pour les confessions et la messe. Puis le dimanche, les confessions sont à 7 heures et la messe à 8 heures. Ce qui permet ensuite d’assurer des conférences, le catéchisme… ou de sauter dans un autre avion pour assurer le ministère à Abuja ou Port-Harcourt.
Tous les dimanches ?
Nous desservons ces deux chapelles, Abuja et Port-Harcourt, tous les 15 jours. Les effectifs croissent doucement et chacune atteint la quarantaine de fidèles malgré des locaux de fortune.
Y a-t-il un lieu de culte proche du prieuré ?
Oui, dans la ville d’Onitsha où nous nous rendons en voiture. Le trajet dure deux heures quand tout va bien, plutôt quatre ou cinq quand la pluie transforme la route en rivière de boue. Les fidèles sont une bonne cinquantaine mais nous allons devoir rapidement trouver une autre chapelle, le propriétaire nous mettant tout simplement dehors.
Depuis le Nigéria, pouvez-vous accéder à d’autres pays ?
Oui tout à fait, nous desservons le Ghana et le Bénin trois ou quatre fois par an.
Pouvez-vous nous parler de vos paroissiens ? Comment sont-ils, qu’est-ce qui les amène à la Fraternité Saint-Pie X ? 
Ce sont, pour la plupart, des catholiques fervents scandalisés par leur curé ou déçus par la sécheresse liturgique de la nouvelle messe. Quelques-uns sont des convertis de l’islam ou des sectes qui pullulent de plus en plus. Enfin d’autres nous découvrent « par hasard » parce que nous sommes disponibles pour les confesser ou les écouter. Alors ils reviennent et découvrent la messe. Leur émerveillement devant la liturgie romaine est la plus belle réponse à la stupidité de l’inculturation prônée aujourd’hui.
Avez-vous des anecdotes particulières les concernant ? Ou vous concernant ?
Oui, certainement, des dizaines et des dizaines ! Il y aurait un livre à écrire. Mais je manque de temps, de talent et de courage, le soir, pour toutes les consigner par écrit. Nos mentalités sont si différentes.
Avez-vous malgré tout quelques souvenirs ?
Un matin, un peu après 6 heures, quand on commence déjà à transpirer, nous étions à la chapelle pour notre méditation quotidienne. Nous sommes soudain dérangés par un bruit de coups de pelle. Rapidement, le calme revient et nous n’y pensons plus. Plus tard, peu après le petit-déjeuner, près du poste du gardien, un peu de fumée se dégage. C’est notre garde, tout souriant, qui cuit à la broche sur un feu de trois petites branches le fruit de sa chasse à la pelle : un énorme rat !
Et alors, l’avez-vous dégusté ?
Non, nous nous sommes bien gardés de priver notre gardien de son butin en le partageant !
Et j’ai repensé au siège de 1870, quand les pauvres Parisiens devaient survivre en mangeant du rat. Finalement…
Vous nous parliez de votre cuisinière. Qu’avait-elle de si particulier ?
Un jour, lors d’une visite de l’abbé Alain-Marc Nély, ce dernier lui explique pour la énième fois qu’un produit décongelé ne doit pas retourner dans le congélateur. Le lendemain matin, on y retrouve la viande qu’elle avait décongelée la veille mais qu’elle n’avait pas cuite… « Sorry, Father. Sorry ! » C’est généralement la réponse apportée dans ces circonstances. Vous comprenez pourquoi la santé connaît des hauts et des bas…
Et concernant l’apostolat, avez-vous eu quelques surprises ?
Oh oui ! Près d’un de nos centres de messe, on me signale une vieille dame quasiment abandonnée dont des fidèles s’occupent comme ils peuvent. Elle vit dans une pièce de terre battue sur une natte, à côté d’une chèvre, mangeant ce qu’on veut bien lui apporter. Les fidèles lui ayant parlé, elle demande le baptême et après un temps de formation accélérée, un soir après la messe, je la baptise en suivant le rite pour les adultes.
Comment s’est déroulée la cérémonie ?
Il faut avoir vécu ces moments pour comprendre la Providence ! Imaginez ce village perdu dans la brousse, la nuit qui tombe, les moustiques, cette petite vieille dame qui ne comprend pas un mot d’anglais, moi-même qui le parle si mal, les fidèles tentant de traduire, elle de répondre. On doit interrompre pour accéder au besoin pressant de la nature : elle a 97 ans ! Et puis on reprend comme on peut… Et enfin, la cérémonie se termine et voilà un nouvel enfant de Dieu ! Enfin, un grand enfant… Peu de temps après, le Bon Dieu l’a rappelée à Lui. Encore une ouvrière de la 11e heure ! Elle a eu droit à une belle messe de funérailles qui contrastait avec sa vie si pauvre, tel un nouveau Lazare.
La crise de l’Eglise a-t-elle touché le Nigéria ? 
Oui, comme elle touche le monde entier. Mais les effets de la révolution conciliaire sont arrivés tardivement dans un pays très attaché à ses traditions, encore peu sensible à la modernité et, jusqu’il y a peu, protégé des grands médias. Je dois admettre que le clergé se tient encore, malgré de tristes exceptions. Beaucoup de catholiques connaissent bien leur catéchisme. Ce qui prouve qu’il est encore assez bien enseigné. Les séminaires regorgent de candidats, même si beaucoup sont là pour échapper à la misère et trouver un statut social confortable. C’est d’ailleurs un point sur lequel nous sommes très vigilants concernant les vocations qui se présentent à nous.
Le nord du pays est en proie aux islamistes, le sud aux brigands, vous sentez-vous en sécurité ?
Nos fidèles étant localisés dans la moitié sud du pays, nous ne dépassons pas Abuja dans le Nord. Donc pour l’instant, Boko Haram – la secte islamiste terroriste – n’est pas un souci. En revanche l’augmentation des vols et des violences, et la multiplication des enlèvements nous incitent à la prudence.
Y a-t-il des précautions particulières à prendre dans la vie de tous les jours ? 
La plupart des expatriés vivent dans des camps ultra-sécurisés et ne sortent qu’accompagnés par une escorte armée. Vous imaginez bien que l’apostolat, dans ces conditions, n’est pas possible ni à la portée de nos bourses. Aussi nous évitons tout risque inutile, nous ne faisons pas étalage de richesse, nous essayons d’être imprévisibles dans nos déplacements et surtout nous nous confions à nos anges gardiens.
Quels sont vos rapports avec les autorités ecclésiastiques ? 
Elles étaient assez tendues dans les débuts. D’après un évêque local, nos baptêmes eux-mêmes étaient invalides ! Mais après avoir rencontré quelques prêtres et l’évêque d’Enugu, ce dernier nous fait meilleure figure. Il ne comprend pas le pourquoi de nos positions, mais semble admettre que nos efforts concourent au bien des âmes selon des voies qui lui semblent « impénétrables »…
Quels sont les projets de la Fraternité Saint-Pie X au Nigéria aujourd’hui ? 
Il n’y en a qu’un, mais il est de taille : construire une Mission digne de ce nom.
Comment allez-vous procéder ?
Grâce à l’appui des supérieurs et à la générosité de quelques fidèles, la Providence nous a permis l’achat d’un terrain en plein centre d’Enugu, vraiment facile d’accès pour les fidèles dont la plupart ne possède pas de voiture.
Et que souhaitez-vous exactement y construire ?
En s’inspirant de l’expérience de la Fraternité dans les autres pays de mission, nous voulons bâtir un prieuré suffisamment grand pour héberger une grosse équipe de prêtres et frères, ainsi que quelques postulants et des jeunes volontaires bénévoles, une église assez grande pour accueillir 500 à 600 fidèles et assez belle pour attirer les milliers de catholiques qui passent tous les jours à côté, une école primaire mixte, une école secondaire pour garçons avec son pensionnat, sans oublier une maison pour les sœurs missionnaires de la Fraternité.
A quel stade du projet êtes-vous aujourd’hui ?
Aujourd’hui nous sommes dans la phase 1 qui se résume en trois points. D’abord construire le prieuré pour enfin avoir un havre de paix où les prêtres puissent se recueillir, se reposer et se préparer pour l’apostolat. Ensuite, bâtir une église provisoire sur l’emplacement de l’école, pouvant accueillir 300 fidèles à chaque messe. Et enfin aménager le terrain qui nécessite un nivellement, des travaux d’accès, d’évacuation d’eau – quand la pluie tombe, c’est le déluge ici –, de sécurisation des murs, etc.
Avez-vous estimé le coût de ces travaux ?
A l’heure où je vous parle, les plans du prieuré sont achevés, et ce bâtiment est estimé à environ 200.000 euros.
Que peut-on faire pour vous aider ? 
Trois choses.
Commençons par la plus importante…
Priez ! Tout ce que vous venez d’entendre est très matériel, terrestre, et les missionnaires savent, hélas, que c’est une grande part de leur activité. Mais nous savons tous que ceci n’a qu’un but : chercher les âmes pour les sauver. « Etendre le Royaume de Notre Seigneur », prêchait sans cesse Mgr Lefebvre, un missionnaire qui savait de quoi il parlait. Or dans ces conditions difficiles, nous ne pouvons persévérer qu’avec le secours de vos prières. Et bien plus encore, nos efforts, notre prédication ne portent des fruits que parce que pendant ce temps des âmes se sacrifient et prient pour les Missions. Donc priez, faites prier les enfants : ils sont si puissants auprès du Bon Dieu.
Et ensuite ?
Donnez ! C’est un peu abrupt mais le missionnaire est un mendiant : cela le maintient dans l’humilité. Comprenez-vous que deux euros, c’est un salaire quotidien ici ? Imaginez ce qu’on peut faire alors avec 50 ou 100 euros ! Est-ce que ça ne vaut pas le coup de vous priver un tout petit peu pour faire beaucoup de bien ?
Et enfin ?
Faites connaître la Mission ! Soyez vous-mêmes apôtres autour de vous, même chez des gens qui semblent éloignés de la Tradition catholique, du Bon Dieu. Beaucoup sont touchés par le travail de ces pères, de ces frères et de ces religieuses qui ont tout quitté pour se dévouer auprès des plus abandonnés. Qui sait ? Le Bon Dieu peut se servir de cela pour les ramener à Lui. Un bienfait n’est jamais perdu. N’hésitez pas à contacter SOS Africa l’association spécialement créée pour nous soutenir, qui donne régulièrement des nouvelles de la Mission à tous ceux qui le désirent.
Un dernier mot pour nos lecteurs, mon Père ?
Que Notre Dame, Reine des Apôtres, intercède auprès de son Fils pour bénir votre générosité !
Pour aider à construire la Mission :
• en envoyant un chèque à l’ordre de “Missions de la Fraternité Saint-Pie X”, à l’adresse: SOS Africa – 5 rue de la Ceinture – Bâtiment B8 – 78000 Versailles
• en faisant un virement ayant pour mention “pour le Nigéria”
IBAN : FR76 3000 3008 1400 0372 6218 101 – BIC : SOGEFRPP
• en faisant un don en ligne : mission-sosafrica.org - (onglet DONS) 
 

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