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Un nouveau témoignage de Mgr Carlo VIGANO, accablant!

publié dans nouvelles de chrétienté le 23 juin 2019


un document exceptionnel : l’interview de Mgr Viganò au Washington Post

L’interview accordée par l’archevêque Carlo Maria Viganò à Chico Harlan et Stefano Pitrelli, publiée sur le Washingon Post du 10 juin (Archbishop Carlo Maria Viganò gives his first extended interview since calling on the pope to resign) est d’une importance exceptionnelle pour différentes raisons. En premier lieu, en ce que cette interview marque l’échec total de la stratégie vaticane du « silence » face aux accusations circonstanciées de l’ancien nonce des Etats-Unis. Les responsables des médias du Vatican étaient persuadés que les révélations de Mgr Viganò auraient pu rester circonscrites à un public de niche, prêt à oublier après la première vague d’émotion. Mais il en a été autrement. Le Washington Post est l’un des journaux les plus lus de la planète, comptant des millions de lecteurs, et l’interview de l’archevêque est resté près de trois jours le deuxième article le plus diffusé sur son site internet. La parole de Mgr Viganò a eu un retentissement mondial, brisant le mur du silence, et s’imposant comme un témoignage qui ne peut plus être passé sous silence ou sous-estimé.

Ensuite parce que, par cette interview, le Washington Post accrédite Mgr Viganò comme un témoin historique, dont la crédibilité ne peut être aucunement remise en question. L’archevêque n’entre pas dans les problèmes théologiques soulevés par certains documents comme Amoris Laetitia, mais se limite à parler de faits qu’il connaît : l’existence d’une “mafia corrompue” qui « a pris le contrôle de nombreuses institutions de l’Eglise, du haut vers le bas, et se sert actuellement de l’Eglise et des fidèles pour atteindre ses objectifs immoraux ». Cette mafia « est liée non par une intimité sexuelle partagée, mais bien par un intérêt commun de se protéger et de progresser professionnellement, ainsi que de saboter tout effort visant à réformer la corruption sexuelle ».

Lorsque les médias du Vatican ont tenté maladroitement de le discréditer, Mgr Viganò a répliqué : « Dans tous les cas, l’essentiel n’est pas de savoir quelle est ma motivation : poser des questions sur ce point, ce n’est que détourner l’attention. La question vraiment importante est la véracité de mon témoignage. Je le soutiens et je demande que des enquêtes soient menées pour que les faits paraissent au grand jour. Malheureusement, ceux qui remettent en cause mes motivations ne sont pas disposés à mener des enquêtes ouvertes et approfondies ». En s’exprimant ainsi, l’archevêque manifeste un amour de la vérité qui l’empêche de cautionner les erreurs des pontifes précédents, avant le pape François.

Et c’est ainsi que tombent les insinuations de ceux qui tentent de le dresser contre Benoît XVI et Jean-Paul II, comme le fit Vatican Insider dans l’article qu’il a consacré à l’affaire après la publication de l’entretien. Mgr Viganò y a déjà répondu de manière très équilibrée : « Je souhaite sincèrement que tous les documents, s’ils n’ont pas déjà été détruits, soient rendus publics. Il est tout à fait possible que cela porte atteinte à la réputation de Benoît XVI et de saint Jean-Paul II, mais ce n’est pas une raison valable pour ne pas rechercher la vérité. Benoît XVI et Jean-Paul II sont des êtres humains et peuvent avoir commis des erreurs. Si c’est le cas, nous voulons les connaître. Pourquoi devraient-elles rester cachées ? Nous pouvons tous apprendre de nos erreurs. Je regrette moi-même de ne pas avoir parlé publiquement plus tôt. Comme je l’ai dit, j’espérais vraiment contre toute espérance que l’Église puisse se réformer de l’intérieur. Mais lorsqu’il est devenu évident que le successeur de Pierre lui-même était l’un de ceux qui couvraient les crimes, je n’ai pas eu de doute sur le fait que le Seigneur m’appelait à parler, comme je l’ai fait et continuerai à le faire ».

L’un des points centraux de l’interview est sa conviction réitérée que l’homosexualité – et l’absence de réponse du Vatican – soit un élément fondamental dans le problème actuel de l’Eglise face aux abus. A la question du journaliste : « Pouvez-vous expliquer, le plus clairement possible, en quoi l’homosexualité est, à votre avis, liée aux abus sexuels ?», Viganò répond : « Maintenons la distinction : (1) les crimes d’abus sexuels et (2) la dissimulation criminelle d’infractions d’abus sexuels. Aujourd’hui, dans la plupart des cas dans l’Église, les deux ont une composante homosexuelle – généralement minimisée – qui est la clé de la crise. Concernant les crimes d’abus sexuels, les hommes hétérosexuels ne choisissent évidemment pas les garçons et les jeunes hommes comme partenaires sexuels de prédilection : or, il se trouve qu’environ 80 % des victimes sont des hommes, dont la grande majorité des hommes post-pubères. (…). Ce ne sont pas des pédophiles, mais des prêtres gays qui s’attaquent à des garçons post-pubères et ont détruit les diocèses américains ». « Quant aux dissimulations criminelles des abus, la “mafia gay” parmi les évêques n’est pas liée par une intimité sexuelle partagée, mais par un intérêt commun à se protéger, à progresser professionnellement et à saboter tout effort de réforme». En tous les cas, « compte tenu des preuves accablantes, on est surpris que le mot “homosexualité” ne soit pas apparu une seule fois dans aucun des documents officiels récents du Saint-Siège, y compris les deux Synodes sur la famille, celui sur la jeunesse et le récent sommet de février dernier».

Un autre point de l’interview mérite d’être souligné : l’analyse de Mgr Viganò sur la réduction à l’état laïc du cardinal Theodore McCarrick. Cette punition, affirme l’ex-nonce pontifical, « a été, autant qu’on puisse l’affirmer, une juste punition, mais il n’y a aucune raison légitime qu’elle n’est pas été mise en place plus de cinq ans auparavant, et qu’elle n’est pas fait suite à un procès en bonne et due forme, suivant une procédure judiciaire ». Pour le cas de McCarrick, on a procédé en effet non par voie judiciaire, mais par voie administrative. Il est difficile de ne pas penser qu’on a agi ainsi pour «manipuler l’opinion publique»: « CondamnerMcCarrick comme un bouc émissaire par une punition exemplaire – c’était la première fois dans l’histoire de l’Eglise qu’un cardinal était réduit à l’état laïc – soutiendrait la thèse que le pape François est fermement déterminé à lutter contre les abus sexuels du clergé ».

Viganò explique : « D’après une déclaration de la Salle de Presse du Saint-Siège en date du 16 février 2019, McCarrick a été jugé coupable par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) de “sollicitation en confession et violation du sixième commandement du Décalogue avec des mineurs et des adultes, avec la circonstance aggravante d’abus de pouvoir”. La peine infligée est la laïcisation, que le pape François confirme comme “définitive”. Ainsi McCarrick, qui s’est toujours déclaré innocent, a été privé de toute possibilité de faire appel de cette sentence. Où est le procès en bonne et due forme ? Est-ce ainsi que l’on fait justice au Vatican ? En outre, en rendant la sentence définitive, le pape a de fait bloqué toute enquête qui aurait pu révéler quelles étaient les personnes de la Curie et d’ailleurs qui connaissaient les abus de McCarrick, à quel moment elles en ont eu connaissance, et qui l’a aidé à être nommé archevêque de Washington, puis cardinal. Il faut noter, d’ailleurs, que les documents sur ce cas, dont on avait promis la publication, n’ont jamais été produits. Et c’est là le point fondamental : le pape François cache délibérément les preuves sur McCarrick».

« Mais considérons maintenant que la dimension spirituelle, bien plus importante, a été complètement absente de toute déclaration sur McCarrick ou de toute conférence de presse au sommet. Le but principal des sanctions dans l’ordre canonique est d’obtenir le repentir et la conversion : “Suprema ratio est salus animarum” (la loi suprême est le salut des âmes). Je crois donc que la simple “réduction à l’état laïc” est tout à fait inadaptée, puisqu’elle ne fournit pas de remède et n’exprime pas de préoccupation quant à l’objectif le plus important de la punition, le salut de l’âme de McCarrick. En effet, à moins que d’autres mesures soient mises en place, une simple laïcisation pourrait être considérée comme une expression de mépris pour l’état laïc. L’idée qu’un prélat qui se comporte mal soit puni par la simple “réduction” à l’état laïc est une sorte de cléricalisme ». « Je crois, et je ne suis pas le seul à le penser, que la peine de l’excommunication – dont il pourrait être absout à tout moment – devrait être imposée également à McCarrick. Tel un médicament bien dosé, cette mesure aurait dû être prise pour le pousser à assumer la responsabilité de ses péchés, à se repentir, à se réconcilier avec Dieu, et enfin à sauver son âme ».

Ces propos permettent de mieux comprendre une question importante. Aujourd’hui, qui gouverne l’Église avance à coups de placements sous tutelle d’un commissaire des instituts religieux qui dérangent et de démissions de l’état clérical de ceux qui pourraient causer des problèmes avec l’opinion publique. La réduction à l’état laïc est conçue comme un “licenciement” de l’“entreprise-Eglise”, qui peut subvenir aussi bien sans raison valable. Le tout par décret pontifical, sans possibilité d’user de recours canoniques. On oublie pourtant que le sacrement de l’Ordre, une fois reçu, ne devient jamais caduc, car son caractère est indélébile. Aucune autorité ne peut supprimer la condition ontologique du prêtre, envers qui il faudra toujours faire preuve de miséricorde. Mais surtout, on ne peut en arriver à des actes extrêmes, tels que la réduction à l’état laïc, sans procédure régulière permettant à l’accusé d’expliquer ses raisons.

Qui n’entend pas raison, n’a peut-être tout simplement pas de raisons et se trouve ainsi poussé à mentir pour justifier ses actes : c’est ce qui arrive avec le pape François qui était au courant des abus de McCarrick au moins depuis le 23 juin 2013, lorsque Mgr Viganò, répondant à l’une de ces questions précises, lui révéla l’existence d’un lourd dossier à charge du cardinal américain.

Mgr Viganò est, à ce jour, le seul évêque qui ait publiquement désigné le pape François comme le responsable direct de la crise terrible qui ébranle l’Eglise. A la question de savoir si « le Vatican, sous la conduite du pape François, prend actuellement les mesures adaptées pour affronter les graves problèmes des abus sexuels », l’archevêque répond : « Non seulement le pape François ne fait rien ou presque pour punir ceux qui ont commis des abus, mais il ne fait absolument rien pour dévoiler et traduire en justice ceux qui, des décennies durant, ont facilité et couvert les auteurs d’abus».

Et lorsque les journalistes lui demandent : «Pensez-vous que le fait d’avoir demandé la démission du pape ait détourné l’attention de votre message ?», il répond avec humilité et fermeté qu’ : « il aurait été préférable d’aborder cette question que vous posez de la façon suivante, en commençant par un point que j’ai inclus dans mon troisième témoignage : je demande, et même j’implore vivement le Saint-Père d’assumer les engagements qu’il a pris lui-même en acceptant la charge de successeur de Pierre. Il a pris cette mission de confirmer ses frères et de mener toutes les âmes à la suite du Christ, dans le combat spirituel, le long du chemin de la Croix. Admettez vos erreurs, repentez-vous, manifestez votre volonté de respecter le mandat confié à Pierre et, une fois converti, confirmez vos frères (Lc 22, 32)».

(Roberto de Mattei) (Traduction de Marie P.)

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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