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Ma participation au Congrès de Montfort à Sao Paulo au Brésil . 14 juillet 2019 sur le thème: de l’éducation

publié dans regards sur le monde le 5 juillet 2019


2019
Montfort
conférence
De l’éducation.
Le ver rongeur de l’éducation moderne : l’absence de Dieu. L’athéisme
Les ruses du Démon qui tiennent le monde de l’éducation captif

« Ruses du Démon » dans l’éducation : quelles sont –elles ? Les parents doivent en tenir le plus grand compte s’ils veulent réussir l’éducation de leurs enfants.
Ces ruses » quelles sont –elles ? C’est tout d’abord, l’oubli de Dieu, l’indifférentisme religieux, le matérialisme, Ces erreurs sont en passe de gagner l’univers et de corrompre la véritable éducation et donc la jeunesse.
Mais c’est aussi, comme une conséquence, c’est aussi l’oubli de la loi naturelle. La loi naturelle c’est l’ordre divin inscrit dans la nature créée par Dieu. Elle est le reflet de la Sagesse de Dieu en nos âmes, dans la nature humaine. Ses lois sont l’œuvre divine en nous. Ce sont les dix commandements. Il faut les confesser, les reconnaître. C’est la grandeur de l’homme de s’y conformer, de s’y soumettre, L’athéisme, par principe, les refuse et les exclut de la pensée de l’homme.
Mais on nous dit, aujourd’hui, que la loi n’est plus le respect de la loi divine, mais tout simplement « l’expression de la volonté générale » ou de « l’opinion publique ». La loi était, pendant des siècles, définie comme « l’ordre de la raison pratique édicté par celui qui avait la charge du bien commun » dans la soumission à l’ordre divin, dans la lumière de l’ordre divin.
La loi, la loi nouvelle, ne serait plus l’expression de la volonté de Dieu, du réalisme divin, mais purement et simplement la loi du nombre, du plus grand nombre. L’homme façonne son propre univers, à son gré…selon sa volonté. On le voit bien aujourd’hui…avec la nouvelle définition de la famille, avec la PMA et la GPA… Ainsi l’homme devient son propre maître, le centre de l’univers. Il supplante Dieu. Il prend la place de Dieu. Quel orgueil ! Désormais, l’homme, s’appuyant sur lui-même, sur sa propre sagesse – ou ce qu’il croit être telle – indépendamment de Dieu – se donne à lui-même sa propre loi, selon son caprice. La pierre d’Angle n’est plus le Christ, n’est plus Dieu. C’est l’esprit d’indépendance absolue qui triomphe. Dès lors cet esprit nouveau revendique pour lui-même l’ « aséité », être par soi-même. Oui ! Quel orgueil ! C’est l’esprit de la Révolution dite française, antichrétienne, rationaliste. Cet esprit d’indépendance, cet esprit de révolte, c’est celui du non serviam de Satan. Il s’est introduit victorieusement en Europe avec la Renaissance et la Réforme. Comme le dit Jacques Maritain, « cet esprit nouveau …vise à remplacer partout le culte des trois Personnes divines par le culte du Moi humain. Réprimé au XVII siècle, le plus beau des siècles, lancé au XVIIIe et au XIX siècle à la conquête de l’univers, servi avec persévérance et habileté par la contre-église maçonnique, il réussit à écarter Dieu de tout ce qui est centre de pouvoir ou d’autorité dans les peuples » (Antimoderne. p. 198). Et au terme de cette évolution, est né un monde naturaliste, dédié, par une science matérielle, mécanique et violente, au service de l’orgueil et du luxe humain, totalement étranger à l’esprit chrétien.
« Cavete Consules »…si vous n’y prenez garde, chers Parents : vous engendrerez des petits révolutionnaires, orguellieux et insoumis. En effet, dans cette atmosphère matérialiste, naturaliste, sans Dieu, sans le Dieu de la Révélation, l’homme s’isole de la vie surnaturelle et devient sourd à l’enseignement révélé. Il se soustrait à Dieu par antithéologisme ou anti dogmatisme, il sombre dans le subjectivisme de son Moi et de sa pensée, il se replie sur soi, s’enferme dans sa toute-puissance, dans sa propre immanence, fait tourner l’univers autour de sa cervelle, s’adore enfin comme étant l’auteur de la vérité par sa pensée et l’auteur de la loi par sa volonté. Il ignore par conséquent toute vie surnaturelle, toute vie réelle.
Telle est une présentation juste, me semble-t-il, du monde moderne.
« Cavete Consules » : Il vous faut réagir fortement, chers Parents, dans l’éducation que vous donnerez à vos enfants, contre cet esprit subjectiviste, orgueilleux, en leur faisant aimer la pensée réaliste, l’existence de Dieu et de sa loi. Dieu est au cœur de l’univers. Sa Loi est au cœur de l’ordre, de la morale… C’est un enjeu fondamental. A vos enfants, il est indispensable de leur faire comprendre cela.
L’éducation, nous le dirons dans un instant, c’est de faire grandir l’enfant dans le bien, le vrai.
Comme tout, Ils (les enfants) reçoivent de Dieu tous leurs biens. Dieu est le principe nécessaire de toutes choses. Aussi doivent-ils sans cesse se souvenir de la grande loi ignacienne : « l’homme a été créé pour louer, honorer et servir Dieu et par ce moyen sauver son âme ». Voilà ce que vous saurez apprendre à vos enfants et c’est pourquoi, vous saurez leur faire aimer la sainte Messe qui est, parmi tous les moyens, le grand moyen de louer Dieu par l’intermédiaire, par les mains du Grand Prêtre, Notre Seigneur Jésus-Christ et son acte sublime, son Sacrifice: « omnis honor et gloria ».
Tout, dans ce monde, est créature…et donc dépendant de Dieu, soumis à Dieu. Comme le criait Blanc de saint Bonnet, dans son petit livre : « la Politique réelle » : « Nous dépendons…nous dépendons…nous dépendons ! C’est ce que me révèlent vingt ans d’études faites dans toute l’ardeur et la droiture de mon âme ». Et c’est ce que refusent les puissances sataniques et maçonniques, les défenseurs de l’athéisme. Cette notion de dépendance découle pourtant de la plus profonde métaphysique : « et je la crois fondée en Dieu et fondée sur les faits…. ». Fondée sur l’être, sur l’être des choses, disait encore Blanc de Saint Bonnet. (p. 66). Et c’est, vous dis-je, contre ce grand principe que se dresse le monde moderne et sa philosophie. Le monde moderne ne veut plus entendre cela ! Nous vous le rappellerons dans cet exposé…C’est pourtant le grand principe théologique, celui qu’invoque sans cesse saint Thomas d’Aquin dans sa Somme. C’est pourquoi il ne peut y avoir de bonne éducation sans une vraie théologie, la théologie catholique. Comme le disait encore Blanc de Saint Bonnet : « La théologie, voilà la force à entretenir » dans l’éducation (p. 67). La foi et son dogme doivent être au cœur de votre éducation. Nous sommes créés. Nous sommes dépendants. Notre grandeur, notre être est dans cette dépendance. Voilà le grand principe en matière d’éducation !
Vous devez en tenir compte dans l’éducation que vous devez à vos enfants.
N’ayez pas une éducation molle pour vos enfants. Vous le regretteriez. Saint Léonard de Port Maurice, dans son petit traité : « l’éducation des enfants » vous encourage fortement à mener une éducation virile !.
Libérez-vous, vous-mêmes, en esprit, de ces « ruses du démon » comme le dit saint Ignace, décrites plus haut.. Convertissez-vous ! C’est fondamental. Libérez-vous de cet Athéisme moderne, de cet égocentrisme, de ce naturalisme, de cet immanentisme, de cet anti-dogmatisme. C’est la clef de la victoire en matière d’éducation. Et cette clef ne vaut pas seulement pour l’école, pour l’éducation. Elle vaut pour la famille. Pour les groupements de familles, les associations de famille. Pour toutes les œuvres sociales. Pour les organisations caritatives. Pour les cercles littéraires et philosophiques. Pour toutes les activités civiques. Jean-Paul II y insistait lourdement dans son livre posthume « Mémoire et Identité » : il faut revenir à la philosophie pérenne, à la philosophie de saint Thomas, à la philosophie de l’être. C’est tout l’espace social qui est à libérer de cet athéisme….de ce subjectivisme, au moins en esprit pour espérer aller à la victoire
Comme le dit en conclusion de son beau livre, jean Madiran : « Une civilisation blessée au cœur ». Il le disait pour la France. Je pense que l’on peut le dire pour l’univers entier : « L’univers, sur son chemin de misère, rencontrera un jour la parabole de l’enfant prodigue » (p. 104) Je l’espère profondément. C’est une question de vie ou de mort. L’éducation, l’éducation chrétienne, le respect du père et des anciens, le respect du Père éternel, en confessant nécessairement sa Majesté, est au cœur de la victoire. « J’irai à mon Père…. »

Après cette petite introduction, permettez-moi, tout d’abord, quelques généralités sur l’éducation, une sorte de définition de l’éducation. Ce sera ma première partie. Puis, dans une deuxième partie, j’aborderai le problème de l’éducation face aux « ruses du Démon ». Encore une fois, ayez-les en tête, chers parents, si vous voulez réussir l’éducation de vos enfants. Ces ruses du Démon, sont essentiellement l’athéisme, le refus de Dieu et de sa Loi, sa Loi naturelle, c’est le naturalisme, l’immanentisme….
Voyons, dans une première partie, ce qu’est l’éducation.

Section 1 : définition de l’éducation

Mais qu’est-ce que l’éducation ? Quelle est la nature de l’éducation ? Que veut dire le mot « éducation » ? Ce mot vient du latin, du verbe « e-ducere », on pourrait traduire par « conduire » « ducere », « e », de, « ex », « hors de… », conduire « hors du néant », si vous me le permettez, « ex nihilo », « hors du rien ». Est-ce excessif ? Eduquer, c’est « Conduire hors du rien , vers le bien, vers l’être possédé.
Pour comprendre cette première approche, on peut citer Charles Maurras, dans « Mes idées politiques » :
« Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir. Peu de choses lui manque pour crier : « Je suis libre … » Mais le petit homme ? Au petit homme, il manque tout. (Il n’ a rien, sinon en puissance…). Bien avant de courir, il a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, couvert, nourri. Avant que d’être instruit des premiers pas, des premiers mots, il doit être gardé de risques mortels. Le peu qu’il a d’instinct est impuissant à lui procurer les soins nécessaires, il faut qu’il les reçoive, tout ordonnés, d’autrui. Il est né. Sa volonté n’est pas née, ni son action proprement dite. Il n’a pas dit Je ni Moi , et il en est fort loin, qu’un cercle de rapides actions prévenantes s’est dessiné autour de lui. Le petit homme presque inerte, qui périrait s’il affrontait la nature brute, est reçu dans l’enceinte d’une autre nature empressée, clémente et humaine (la famille) : il ne vit que parce qu’il en est le petit citoyen. Son existence a commencé par cet afflux de services extérieurs gratuits. Son compte s’ouvre par des libéralités dont il a le profit sans avoir pu les mériter, ni même y aider par une prière, il n’en a rien pu demander ni désirer, ses besoins ne lui sont pas révélés encore. … Quand au terme que l’enfant figure, il est muet, infans, et dénué de liberté comme de pouvoir….Il faut, il faut absolument, si l’on veut qu’il survive, que ce pygmée sans force soit environné de géants, dont la force soit employée pour lui, sans contrôle de lui, selon leur goût, selon leur cœur, en tout arbitraire, à la seule fin de l’empêcher de périr : Inégalité sans mesure et Nécessité sans réserve, ce sont les deux lois tutélaires dont il doit subir le génie, la puissance, pour son salut. Ce n’est que moyennant cet Ordre (différencié comme tous les ordres) que le petit homme pourra réaliser ce type idéal du Progrès : la croissance de son corps et de son esprit. …. voici la constance, la règle et la loi générale du premier jour : cette pluie de bienfaits sur le nouveau-né. Au mépris de tout équilibre juridique, on le fait manger sans qu’il ait travaillé ! On le force, oui, ont le force à accepter sans qu’il ait donné ! Si les mères répondent qu’il faut bien faire vivre ce qu’on a fait naître, leur sentiment n’est point à classer entre les durs axiomes du Juste, il procède du souple décret d’une Grâce. Ou, si l’on tient absolument à parler justice, celle-ci se confond certainement avec l’Amour. C’est ainsi ! Nulle vie humaine ne conduit son opération primordiale courante sans qu’on lui voit revêtir ces parures de la tendresse. Contrairement aux grandes plaintes du poète romantique, la lettre sociale, qui paraît sur l’épaule nue, n’est pas écrite avec le fer. On n’y voit que la marque des baisers et du lait : sa Fatalité se dévoile, il faut y reconnaître le visage d’une Faveur…(Charles Maurras).
Oui ! Eduquer c’est, me semble-t-il « créer de rien », c’est créer un être qui est seulement en « puissance » et lui donner une « forme ».
« Créer de rien » : c’est la définition même de la création, selon saint Thomas. Eduquer c’est presque créer, presque tirer du néant, c’est tout au moins tirer du sommeil et de l’engourdissement les facultés endormies. C’est donner la vie, le mouvement et l’action à une existence encore bien imparfaite. Donner une éducation, c’est faire sortir quelqu’un de lui-même ; c’est tirer d’un enfant, un homme, d’un homme un chrétien, d’un chrétien un saint, un élu.
Eduquer, c’est donc élever. Nous disons élever la jeunesse ; élever l’âme ; élever les sentiments ; élever les pensées ; élever le caractère etc.
« Elever » c’est porter en haut ; c’est prendre un objet qui est en bas et le hausser dans une région plus haute et plus pure, où il domine et rayonne. On élève le drapeau. On élève la Croix. On élève une âme.
« Elever un enfant », c’est prendre une âme d’enfant si imprécise et si indistincte qu’elle voisine le néant, quant à l’être, sinon quant au physique, et la porter, par ascensions successives, jusqu’aux régions lumineuses de la vérité, jusqu’aux régions plus hautes de la vertu.
« Elever » un enfant c’est donc lui faire prendre toute sa taille d’homme. Le porter dans les « régions de la vérité et la région des vertus »….Vérités et vertus dont il aura besoin face à ce monde nouveau…dont vous connaissez les erreurs démoniaques qui le possède…
Dès lors l’éducation, c’est l’art de cultiver, exercer, développer, fortifier et polir toutes les facultés physiques, intellectuelles, morales et religieuses qui constituent dans l’enfant la nature et la dignité humaines.
« Éduquer », c’est donner aux facultés de l’enfant, leur parfaite intégrité ; les établir dans la plénitude de leur puissance et de leur action ; par-là, c’est former l’homme et le préparer à servir sa patrie dans les diverses fonctions sociales qu’il sera appelé un jour à remplir pendant sa vie sur la terre ; et ainsi, dans une pensée plus haute, de préparer l’éternelle vie en l’élevant dans la vie présente.
Telle est l’œuvre, tel est le but de l’éducation. Magnifique tache !
Elever un enfant, c’est lui faire prendre toute sa taille d’homme et de fils de Dieu. C’est le soulever au-dessus de l’animal, jusqu’à l’homme, bien plus, jusqu’au Christ, jusqu’au ciel, jusqu’à Dieu.
Mais n’oublions jamais que cette éducation est une entreprise à deux : elle est l’œuvre de l’enfant au moins autant que celle des parents. Tout l’art de l’éducateur consiste à provoquer chez l’enfant le désir et l’ambition de se grandir, de se perfectionner lui-même. Rien n’est fait tant qu’il n’aspire pas à se développer lui-même.
Ainsi profondément il faut dire que l’éducation est l’art « d’exercer » les puissances de l’enfant. L’éducation a pour obligation de faire agir. Elle n’est pas seulement œuvre d’autorité, elle est aussi œuvre de respect ; elle réclame de celui qu’elle élève la collaboration d’une docilité respectueuse : elle exerce. Elle propose donc à son élève certains efforts, certains actes. Elle l’y encourage avec persuasion ; elle l’y dirige avec sagesse ; en un mot, elle le fait concourir efficacement à sa propre éducation ; et ceci est nécessaire car on n’élèvera jamais un enfant sans lui ou malgré lui.
L’éducation, c’est aussi l’art de « développer »
L’éducation ne cultive et n’exerce, n’agit et ne fait agir que pour développer. A vrai dire, l’éducation c’est le développement de la nature en tout ce qu’elle a de bon. Il faut suivre et aider la nature, sans oublier jamais que l’enfant est touché lui-aussi par le péché originel qui, malgré le baptême, lui laisse, lui a laissé des tares, le « fomes peccati » qui lui permet, du reste, de mériter. C’est là que l’on comprend que la « théologie » est au cœur de l’éducation…
L’éducation c’est ainsi l’art de fortifier. Du reste ce développement ne va pas sans fortifier l’enfant. C’est, du reste ce que dit l’évangile au sujet de Jésus : « il se développait et se fortifiait » « Puer crescebat et confortabatur » (Lc 1 80 et 2 40). Une éducation qui ne fortifierait pas serait un échec. Développer sans fortifier équivaudrait pratiquement à détruire.
A cette lumière et dans la lumière de ce que nous venons de dire, on comprend que l’éducation soit l’art de polir. Elle est la source d’un aimable ornement. Elle doit adoucir, orner, embellir la nature. L’éducation bien faite, polit l’esprit, polit le caractère et les mœurs ; elle polit la vertu même. La politesse a toujours été le fruit de l’éducation. C’est le savoir-vivre que donne la bonne éducation. Le fruit de l’éducation, c’est une âme saine dans un corps sain : « mens sana in corpore sano »
Cette âme saine, c’est l’intelligence bien formée, c’est la vie morale dépouillée de ses défauts et enrichie de vertus ; c’est la vie surnaturelle assurée, sauvegardée, développée, estimée, défendue. Toutes choses nécessaires pour se tenir droit devant le pire des mondes…
De sorte que l’éducation envisagée en son entier comprend des soins physiques, un enseignement intellectuel, une discipline morale et une formation surnaturelle.
De quoi s’agit-il au total quand on parle d’éducation :
Il s’agit de former l’homme ; l’homme avec ses facultés générales et ses qualités individuelles, tel que la société et la religion le demandent ; l’homme de raison, de jugement et de goût ; l’homme de cœur ; l’homme d’imagination réglée ; l’homme de volonté ferme et droite ; l’homme tel que Dieu l’a fait « à son image et ressemblance » et que Jésus-Christ l’a régénéré ; l’homme de foi et de conscience ; l’homme de son pays. Il s’agit de former l’élu et l’héritier du ciel. En élevant un enfant, il faut donc songer à son éternité. Il faut de l’enfant, faire un homme d’abord, puis un élu pour le ciel. Ceci, bien sûr, ne se fait pas successivement, mais conjointement…
En résumé, éduquer, élever un enfant, c’est aider l’enfant à devenir ce qu’il est (en puissance) ; à acquérir la plénitude de sa personnalité ; à mettre en valeur toutes ses richesses cachées ; à lui assurer, enfin, la possession même de Dieu en qui réside notre bonheur.
Eduquer est un vrai sacerdoce.
Pie XII avait raison de dire : « il faut éduquer et bien éduquer : éducation physique qui fortifie les énergies du corps, éducation intellectuelle qui développe et enrichit les ressources de l’esprit, éducation morale et religieuse qui éclaire et guide l’intelligence, qui forme et fortifie la volonté qui discipline et sanctifie les mœurs et donne ainsi à l’image de Dieu une ressemblance avec le prototype divin qui la rend digne de figurer dans les palais éternels » (Radio-message au IV congrès interaméricains)
L’éducation est ainsi une tache grande et noble ! On le voit.
On le voit, il serait grave d’identifier éducation et instruction. L’éducation ne se réduit pas du tout à l’instruction. Elles sont fausses ces paroles de Victor Hugo disant : « quand vous ouvrez une école, vous fermez une prison » ou encore : « la criminalité diminue avec l’instruction ». L’instruction seule ne fait pas l’homme complet. Non ! L’instruction scolaire sans morale n’est qu’une facilité de plus de mal faire. Ce n’est pas l’instruction qui moralise ; ce n’est qu’un sens, qu’une facilité de plus, un instrument de perte aussi bien que de salut. Ce n’est pas l’instruction qui moralise mais l’éducation et surtout l’éducation religieuse. L’enfant n’est pas un vase à remplir mais une âme à élever. La raison nous dit que l’éducation est la formation de tout l’homme dans sa vie matérielle, dans sa vie intellectuelle, dans sa vie morale.
C’est en dire l’importance. L’éducation est donc un devoir fondamental qui en revient en premier au père et à la mère. Ils doivent élever ce qu’ils ont engendré : élever l’enfant, c’est nécessairement développer en lui la vie personnelle ; l’initier à son rôle social –où mieux qu’en famille donner cette initiation -, lui apprendre à se conduire non seulement en chrétien, mais en catholique. Toute éducation qui restreint ses visées à la vie purement naturelle de l’enfant, sans se préoccuper de sa destinée surnaturelle doit être considérée comme déficiente et incomplète, dira Pie XII. (Discours de 6 janvier 1954)

Section 2 : les enjeux de l’éducation. L’éducation face aux ruses du Démon.

Il est indispensable que les parents comprennent les dangers du monde moderne, « les ruses de Satan » dira Saint Ignace dans ses Exercices pour donner une bonne éducation. De ces ruses, saint Ignace en parle dans sa magnifique contemplation des Deux Etendards. Je disais en introduction qu’Il faut connaître le « ver rongeuse » de l’éducation, les « ruses du Démon », essentiellement l’athéisme, le refus de Dieu qui est pourtant le Premier principe de toutes choses.

A- La première erreur. L’athéisme. Le monde n’est plus chrétien.

On assiste à la victoire de l’athéisme. Et si les parents n’en tiennent pas compte, ils seront « mangés » et leurs enfants aussi.
Je ne sais pas si nous sommes arrivés à la fin des temps…mais ce que je sais c’est que nous sommes arrivés à la fin d’un temps, de ce temps qui s’appelait jadis « chrétienté ». Nous sommes arrivés à la fin de ce temps, à la fin de cette chrétienté qui vit le jour avec la conversion de Constantin, avec la conversion du pouvoir temporel épousant – enfin – la loi évangélique et l’instaurant, la faisant rayonner dans les mœurs et les institutions et la défendant dans la juste et libre autonomie de son pouvoir temporel vis-à-vis de l’Eglise.
En effet à partir de Constantin Ier le grand, empereur romain, de l’an 306 à l’an 337 de notre ère, la religion chrétienne est devenue « religion d’Etat ». Et depuis les Pays de l’Europe étaient ceux où régnait un Prince chrétien, un pouvoir chrétien, une loi chrétienne. Cette période qui dura plus d’un millénaire, jusqu’au I8ème siècle, est connue dans l’histoire sous le nom du « Constantinisme ». Le Constantinisme est la doctrine et la situation où le prince chrétien assure chrétiennement l’ordre temporel et porte l’Evangile dans le monde entier.
Comment ne pas appeler cette situation de nos vœux ?
Car ce fut une très riche période,
– d’abord pour l’honneur et la gloire de Dieu qu’il faut toujours avoir en vue. Notre mission est d’abord théocentrique. L’adoration de Dieu doit être la lumière de votre éducation auprès de vos enfants ;
– ensuite c’est une période riche pour l’Eglise, pour ses fidèles
– enfin pour les Nations, pour les Arts, l’architecture et les Lettres, la musique ; la musique « endiablée » d’aujourd’hui n’aurait pas eu de place. Qu’il en soit de même dans vos maisons.
L’Eglise a besoin du bras temporel chrétien pour rayonner. Partout où elle n’a plus la collaboration sincère d’un pouvoir politique indépendant d’elle, mais s’inspirant de l’Evangile du Christ, conformément à l’axiome : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », l’Eglise ne peut plus survivre. Elle redevient physiquement une « Eglise du silence », une Eglise des martyrs, ce qu’elle fut jusqu’à la victoire de Constantin dressant son « labarum » face à Maxence au pont de Milvius.
Inculquez à vos enfants la volonté de servir l’Eglise de leur intelligence, de leur force, de leur vertu…autrement l’Eglise redeviendra une Eglise des « catacombes », une « église du silence ».

N’est-ce pas ce qu’elle redevient, aujourd’hui, une Eglise du silence, à l’occasion de ce temps nouveau… « N’assistons-nous pas à l’agonie et à la mort de la chrétienté » ? En ce sens que l’esprit d’indépendance absolue à l’égard de la doctrine de l’Eglise triomphe partout, dans tous les partis politiques, dans toutes les instances étatiques. Désormais, aucun pouvoir ne prend comme pierre d’angle : le Christ, l’enseignement de l’Eglise. L’homme politique revendique « l’indépendance absolue à l’égard du Christ et de son Eglise ». Il revendique pour lui-même « l’aséité », avons-nous dit. Il est par lui-même, il existe par lui-même indépendant du Créateur ; il est à lui-même sa propre loi. Il soustrait à l’ordre chrétien, ici, la sensibilité esthétique, là, la spiritualité religieuse et, partout, il vise à remplacer le culte des Trois Personnes divines, comme le dit Jacques Maritain, « par le culte du moi humain ». Dieu, par suite de ce combat acharné des instances maçonniques, est écarté de tout pouvoir. La pensée politique aujourd’hui se nourrit d’ « antithéologisme » et d’ « idéalisme ». Ce temps est donc un temps nouveau, un temps, diront les papes, saint Pie X, Jean Paul II, un temps d’ « apostasie », d’ « apostasie silencieuse » et donc pour nous, l’Europe, un temps d’athéisme profond. C’est la victoire de l’athéisme.
Réagissez, chers Parents, dans votre éducation à donner à vos enfants. Apprenez-leur à mettre le Christ au cœur de tout leur idéal, au cœur de leur journée. Qu’ils ne puissent se passer de la charité de Dieu. « Deus caritas est ». « Voici ce Cœur qui a tant aimé le monde et qui reçoit en échange tant d’ingratitude…. »
Oui l’athéisme l’a emporté en Occident. Il l’a emporté dans tout l’espace social des institutions, du droit en vigueur, de l’idéologie dominante dans les medias et dans l’école publique. Hier, l’Empire soviétique était l’empire de l’athéisme. Aujourd’hui, c’est l’Occident qui souffle ce vent de folie. Il faut réagir. Agere contra.
Grâce à Dieu, partout des familles, des chapelles, des paroisses, des écoles, des communautés et des associations, des séminaires, votre séminaire à Courtalain…qui est le vôtre autant que celui des français… , la preuve…son recteur n’est-il pas un brésilien…se rencontrent où la foi chrétienne est ardente et fidèle. L’athéisme contemporain, n’arrive pas à arrêter leur extension… -c’est un gage d’avenir – mais, toutefois, il leur retire – pour l’instant encore – l’accès à tout ce qui a une décisive dimension sociale. Il leur interdit d’avoir réellement voix au chapitre :
-pour la définition des droits qui sont désormais ceux de l’homme sans Dieu, sans foi ni loi, sans obligation ni sanction,
-pour la doctrine et les mœurs de l’école publique,
-pour l’idéologie dominante dans l’information et les spectacles,
-pour la soi-disant « éthique » qui prétend se substituer à tout ordre moral dans la politique, dans la bioéthique.
La voix chrétienne en faveur de l’institution familiale et la protection de l’enfance dès sa conception, se fait entendre avec bien du mal…
Oui ! L’athéisme tient l’Etat et ses institutions. Il est victorieux.
Et pourtant, hier, cette Europe fut façonnée par Charlemagne. Il a établi une « synthèse grandiose entre la culture de l’antiquité classique, principalement romaine et les cultures des peuples germaniques et celtes, une synthèse réalisée sur la base de l’Evangile de Jésus-Christ. Voilà ce que fut le continent européen. Et grâce à elle, votre continent, votre pays. L’Europe s’est constituée sur l’acceptation de la foi chrétienne. Elle est cela ou elle n’est rien.
Que votre éducation le comprenne et le fasse comprendre à vos enfants.
C’est ce que disait Jean Paul II, le Ier janvier 2001. Il nous avertissait que « les modèles du monde occidental, désormais affranchis du terreau chrétien, sont inspirés par une conception pratiquement athée de la vie ».
Qu’il n’en soit pas ainsi de votre éducation !
L’Occident est entré dans une ère nouvelle où « ses lumières » ne l’entrainent plus vers le bien : « En raison de leur forte connotation scientifique et technique, les modèles culturels de l’Occident apparaissent séduisants et fascinants, mais malheureusement, ils se révèlent, avec une évidence toujours plus grande, un appauvrissement progressif dans les domaines humanistes, spirituels et morals. La culture qui les engendre est marquée par la prétention dramatique de vouloir réaliser le bien de l’homme en se passant de Dieu, le Souverain Bien. Mais la créature sans son Créateur s’évanouit. Une culture qui refuse de se référer à Dieu perd son âme en même temps que son orientation, devenant une culture de mort, comme en témoignent les tragiques événements du vingtième siècle et comme le montrent les conséquences nihilistes que l’on constate actuellement dans de larges sphères du monde occidental ».
« Cavete consules »…. « Prenez garde » chers parents
Parents chrétiens entendaient ce langage….Ou vous et vos enfants seront emportés par « ce culte de mort » et pourquoi ne pas dire « ce culte du moi », oublieux de Dieu et de son Christ et de son Eglise. Oui ! L’Eglise est la « source de la sève » chrétienne, de la vie sanctifiante par les sacrements que Jésus lui a confiés, comme l’écrit Blanc de saint Bonnet. (p. 53). Faites leur aimer cette église romaine !
La cause de cette catastrophe occidentale, c’est la prétention dramatique de vouloir réaliser le bien de l’homme en se passant de Dieu. C’est cela l’athéisme.
Et cet athéisme faisait dire à Soljénitsyne, le 8 juin 1978, dans son discours d’Harvard, aux USA : « Non, je ne peux pas recommander votre société comme un idéal pour la transformation de la nôtre », i.e. pour la transformation de la société soviétique qui était encore sous la domination communiste et athée.
Aux émissaires parisiens qui étaient venus à Moscou, le 13 décembre 2000, lui porter le « prix charlemagne », il parlait encore aussi clairement, il leur parlait, il nous parlait de « la crise profonde qui s’annonce ». Il en indiquait la cause : « Il y a cinq siècles, l’humanisme s’est laissé entrainer par un projet séduisant : emprunter au christianisme ses lumineuses idées, son sens du bien, sa sympathie à l’égard des opprimés et des miséreux, son affirmation de la libre volonté de chaque être humain, mais en essayant de se passer du Créateur de l’univers ».
Votre éducation ne sera juste et portera des fruits que si le Christ est au cœur de votre enseignement et de votre propre vie…L’exemple étant toujours premier….
« Il y a cinq siècle », nous dit Soljénistsine, ce projet « de se passer du Créateur de l’univers » commençait à se façonner, s’esquissait, se mitonnait, se vivait parmi les philosophes et les artistes. C’était la Renaissance. La philosophie tournait le dos à ce qui avait fait sa grandeur au Moyen Age, d’être « ancilla theologiae », « servante de la théologie ». « Les arts perdaient leur inspiration surnaturelle pour se faire l’ornement d’un humanisme sans Dieu ».
Que votre éducation s’éloigne de cet humanisme délétère, desséchant, finalement déshumanisant. Que le Christ soit tout, en tout et partout. Le sarment doit être uni au cep sinon, il dessèche et meurt, on le coupe et il est mis au feu…Comprenez donc !
Victoire de l’athéisme. Il n’y a donc plus d’Etat chrétien en Europe. Et pourtant il y a des Etats islamiques, oh Combien ! Et pourtant il y a des Etats protestants, officiellement. Islamisme. Protestantisme…Ne sont-ce pas là des religions d’Etat ?
Voilà l’Eglise ramenée à la situation que tant de théologiens et d’évêques ont tellement souhaitée et exprimée au Concile Vatican II : « une Eglise libre dans un Etat libre ». Et donc une situation antérieure à l’empereur Constantin et au « constantinisme ». Le pouvoir n’apporte plus à l’Eglise aucune espèce de soutien temporel. Bien au contraire….Voilà ce qu’ont demandé les Pères conciliaires tout au long du Concile : une indépendance nécessaire du pouvoir temporel pour une soi-disant authentique liberté de l’Eglise. « Une Eglise libre dans un Etat libre », c’est ce que réclamait Paul VI dans son fameux discours de clôture du Concile Vatican II.
J’ai entendu cela de mes oreilles à la clôture du Concile. Véritable aberration ! Au lieu de l’aider, les pouvoirs politiques la combattent pour la détruire…
C’est la victoire de l’Athéisme. Y consentirez-vous,-vous aussi ? C’est ce qui vous oblige à prendre pour vos enfants un établissement authentiquement catholique…Liberez vous de cette erreur pour que vos enfants en soient eux-aussi libérés !

B- Une éducation face au subjectivisme moderne

Mais l’athéisme n’est pas la seule caractéristique du monde moderne, une autre caractéristique est aussi manifeste, et c’en est une conséquence, c’est l’oubli de la loi naturelle. C’est la volonté formelle de l’homme d’être à lui-même sa propre loi, de se donner sa propre loi indépendamment de la loi divine. C’est le fruit de l’immanentisme, avons-nous dit, le fruit de l’athéisme, le fruit du refus de Dieu. Dès lors, dans une telle conception, l’homme devient le centre de toute chose. Quel orgueil ! Désormais, l’animal raisonnable va s’appuyer sur lui-même, indépendamment de Dieu pour légiférer. La pierre d’Angle ne sera plus le Christ, ne sera plus Dieu, mais l’homme. « Ainsi il réussit à écarter Dieu de tout ce qui est centre de pouvoir ou d’autorité dans les peuples » (J Maritain. Antimoderne. p. 198). Et au terme de cette évolution, est né un monde naturaliste, dédié, par une science matérielle, mécanique et violente, au service de l’orgueil et du luxe humain, totalement étranger à l’esprit chrétien.
« Cavete Consules »…si vous n’y prenez garde : vous engendrerez des petits révolutionnaires, orgueilleux et insoumis.
En effet, dans cette atmosphère matérialiste, naturaliste, immanentiste, sans le Dieu de la Révélation, l’homme s’isole de la vie surnaturelle et devient sourd à l’enseignement révélé. Il se soustrait à Dieu par anti-théologisme ou anti-dogmatisme, avons-nous déjà dit. il sombre dans le subjectivisme de son Moi et de sa pensée, il se replie sur soi, s’enferme dans « sa toue puissance », » dans sa propre immanence », fait tourner l’univers autour de sa cervelle, s’adore enfin comme étant l’auteur de la vérité par sa pensée et l’auteur de la loi par sa volonté. Il ignore par conséquent toute piété. (J Maritain)
Il vous faut réagir fortement, chers Parents dans l’éducation que vous donnerez à vos enfants, contre cet esprit « subjectiviste », « orgueilleux » « immanentiste », en leur faisant aimer l’humilité. C’est un enjeu fondamental.
Il est indispensable de leur faire comprendre qu’ils doivent être « humbles ». L’humilité, c’est la vérité. C’est le « réalisme », leur disant qu’ils reçoivent tout de Dieu, de la famille, de la Patrie, en un mot, leur être. « Qu’as-tu que tu n’es reçu » affirme saint Paul et si tu l’as reçu pourquoi t’en orgueillir ?. Les enfants sont des « héritiers » ; ils reçoivent plus qu’ils ne pourront jamais donner… Ils sont des êtres insolvables. Oui ! tout vient de Dieu, la matière comme le spirituel, le corps tout autant que l’âme. Donnez-leur Marie en modèle, son humilité.Ils ont tout reçu. Ils sont des êtres « contingents » C’est le vrai réalisme. C’est leur être.

Pourrais-je dire quelques mots sur l’orgueil ? et par ricochet sur l’humilité ?

En effet, l’orgueil est ce mouvement intempestif à « l’aséité », « être par soi », indépendamment de Dieu. Mouvement absolument contraire à notre être le plus profond qui, au contraire, est toute dépendance du Premier Principe, de Dieu. Nous sommes des « êtres contingents ». Nous ne serions rien si Dieu ne nous portait pas dans l’être. Blanc de saint Bonnet écrit, à juste titre : « l’orgueil est un mouvement pris en sens inverse de notre existence toute subordonnée, toute conditionnelle ». Il veut dire « en sens contraire », « en sens opposé » de ce que nous sommes réellement. Nous existons que dans cette et par cette dépendance. Nous sommes, dans l’être, que dans cette dépendance. Nous sommes, dans la mesure de notre dépendance à Dieu. C’est pourquoi, il faut dire, avec Blanc de Saint Bonnet que l’acte orgueilleux, vouloir être par soi, indépendant de Dieu et de ses parents est une vraie négation de l’être, « un retour nécessaire au néant ». Le péché d’Adam ne fut-il pas cela ? « Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » Adam et Eve l’ont cru. Ils ont perdu l’état de justice, de sainteté et les dons préternaturels. Ils ont connu la mort. Stipendia peccati, mors. Ils ont perdu, en quelque sorte « l’être ». L’infini seul est l’être, posséde l’être. Par contre, le Moi, cet être ineffable, sous un certain aspect, preuve de la bonté de Dieu, – c’est par bonté que Dieu a créé -, doit passer par les inconvénients du fini, traverser les difficultés de l’être contingent, tomber, se relever, tomber, se relever…la formation de la personne par l’éducation, la sanctification qui l’approche de Dieu, entrer enfin dans l’épreuve de la séparation momentané de l’être et de la félicité. Voilà notre être ! Car la félicité est le mode éternel de l’Etre, comme l’Infini d’où il vient. Que l’homme n’ait pas senti l’absurdité de se vouloir « être », hors de Dieu, l’ingratitude, l’orgueil, seule l’explique, un peu comme l’enfant qui prétend s’éloigner de ses parents avant d’être un homme formé…Quel orgueil. Il tombe…il chute et pleure…
Ne favorisez pas une telle disposition chez votre enfant. Vous favoriseriez un retour au non être, à une « civilisation de mort » dit Jean Paul II, à l’orgueil originel dont on connait les conséquences…Développez l’amour et non l’orgueil. Certes, l’orgueil et l’amour causent tous deux le mouvement, mais par tendances opposées, l’un (l’orgueil) cause un mouvement vers le moi, et donc vers le non être ( tu es celle qui n’es pas. Je suis Celui qui est) disait Dieu à une sainte religieuse), l’autre (l’amour) un mouvement en Dieu, vers l’Etre Infini ; l’autre – l’orgueil – par la propension du moi qui voudrait se subordonner l’Infini. Au lieu de suivre le mouvement divin, l’Etre, le Moi retourne en lui-même, au « non être ». L’orgueil est donc, sous ce rapport, non point la force, ce qu’il croit être, mais, bien au contraire, la faiblesse et la chute. L’erreur du Moi, hélas ! est de n’être pas l’Infini, et son crime, celui du monde moderne, de lui refuser sa reconnaissance, sa soumission. L’être, en lui, l’éblouit et l’abuse ; ingrat, il écoute l’instinct de son être : il prétend se suffire, il tend à se séparer de sa source, il veut ne rien devoir et devenir indépendant. – Ne voyez-vous pas dans cette description de l’orgueil, l’attitude de l’enfant qui pose son premier acte d’orgueil… ? Il brise sa racine, son principe, dans l’être, rend divinement impossible sa croissance, sa perfection. Heureusement que la mère est là pour le corriger…et le soutenir…Il rompt avec Dieu, avec l’Etre qui lui demande l’Humilité, c’est-à-dire de tenir ouvert le canal du consentement, par lequel il reçoit avec mérite l’existence et le bien. « Fiat mihi secundum voluntatem tuam ». L’humilité de la Vierge-Mère, c’est sa grandeur grâce à laquelle elle est devenue la Mère de Dieu… L’humilité est ainsi la plus grande preuve de réalisme que puisse donner l’être créé, – dépendant- ce que nous nommerions sa plus haute métaphysique, sa plus haute théologie. Le vice de notre être pécheur est de « s’exalter » dans sa force au lieu de courir vers ses limites pour voir sa faiblesse infinie et trouver sa grandeur et sa force en Dieu. « L’Orgueil est notre débilité. L’Humilité notre force », dit encore Blanc de Saint Bonnet.

C- Une autre erreur inhérente à cet athéisme contemporain est de se tromper sur le sens de la vie. « La vie n’est pas la vie ».

Et cela toujours en raison ou comme effet de l’athéisme qui refuse Dieu, qui refuse que Dieu soit la fin véritable de l’homme.
Cette erreur consiste à croire que la vie d’ici-bas c’est la vie, la vraie et seule véritable vie. C’est une erreur radicale, la plus radicale de toutes les erreurs. Il n’y aurait d’autre vie que la vie d’ici-bas ? Il n’y aurait pas de vie éternelle ? L’athéisme le nie par principe. Croire cela et vivre dans cette « philosophie » est gravissime pour l’enfant. Il se dévoie nécessairement.
La réalité de la vie éternelle doit être invoquée à chaque instant de l’éducation de votre enfant…
Parents chrétiens, défiez-vous de cette erreur qui vous ferez dire: « la vie d’ici-bas, c’est la vie ». Elle peut être fatale. Oubliant la vie éternelle, vos enfants, dans une telle philosophie, peuvent ne voir plus rien au-delà de cette vie ; au-delà des affaires de cette vie, rien ; au-delà des occupations de cette vie, rien ; au-delà des biens et des maux, des joies et des peines de cette vie, rien. Pour eux, sans l’amour de la vie éternelle à laquelle vous devez les initier, tout peut être renfermé dans les étroites limites du temps. Qu’on essaye de leur parler d’une autre vie, d’autres intérêts, d’autres biens, d’autres maux : comme l’oiseau fasciné par le serpent, ils ne voient rien, ils n’entendent rien. Ils vont, ils vont toujours dans la voie où le charme trompeur du monde les attire.
Voulez-vous, chers amis, vous en convaincre par vous-même ? Regardez-les hommes à l’œuvre, observez leurs habitudes ; connaissez leurs préoccupations, leurs craintes, leurs ambitions, leurs douleurs. Lisez leurs journaux, leurs livres, leurs discours publics ; prêtez l’oreille à leurs conversations intimes. Renouvelée dix fois, vingt fois, à toute heure et dans toutes circonstances, l’épreuve vous rapportera la même réponse : fascination, fascination de la bagatelle, fascinatio nugacitatis, qui les empêche de voir les biens réels, les maux réels, la perte du Ciel et aussi l’abîme vers lequel ils marchent, obscurat bona ; l’enfer. Les infortunés ! Et chaque jour, ils y tombent par milliers.
Mais avant même cela, cette seule préoccupation : « la vie ici-bas est toute la vie » dégrade l’homme et le rend malheureux. L’homme, votre enfant, vaut mieux tout de même que « cela », que cette terre.
Doué de raison et de liberté, il est le roi de tout ce qui l’environne…Par son âme, il est encore mille fois plus noble que son corps, il touche aux êtres purement spirituels. Qui dira sa dignité ? Noblesse oblige : qui dira l’étendue de ses devoirs ? Ne l’oubliez jamais !
Toutefois la grandeur de l’homme disparaît devant celle du chrétien. Enfant de Dieu, héritier de Dieu : tel est le chrétien. Ne l’oubliez jamais ! Comprenez-vous, chers parents, une pareille grandeur ? Être fils d’un roi, c’est quelque chose : mais être enfant de Dieu ! Être héritier présomptif de riches trésors, de vastes domaines, de magnifiques châteaux, d’un nom glorieusement historique, c’est quelque chose : être héritier des cinq parties du monde, serait beaucoup plus. Certes ! Mais être héritier de Dieu, non seulement de Ses biens, mais de Lui-même, de Sa puissance, de Sa sagesse, de Sa majesté, de Ses félicités infinies, au point de devenir un avec Lui : quel héritage ! La raison s’y perd. Or cet homme si grand, ce chrétien mille fois plus grand que l’homme, cet être immortel dont les destinées sont si hautes, ce Dieu de la terre, vassal seulement du Dieu du Ciel, que fait de lui l’erreur dont nous parlons ? Elle en fait seulement un homme de ce monde…Quelle dégradation.
« Cavete parentes » Rappelez-vous la destinée éternelle de vos enfants ! Rappelez-la à vos enfants. Elle est seule leur dignité. S’ils font de ce monde tous leurs biens, ils se dégradent…et font leur malheur et connaîtront l’enfer !
Mais souvenez-vous donc de l’enseignement du maître infaillible: «Ne placez pas votre trésor sur la terre, où la rouille et les vers dévorent, et où les voleurs fouillent et dérobent» (Matth., VI, 19).
Écoliers indociles, les fascinés de la grande erreur que nous dénonçons, n’ont pas tenu compte de la leçon du Maître ; et ils ont placé leur trésor, tout leur trésor, sur la terre et dans les biens de la terre. Oui ; mais les vers et les voleurs sont restés, et nuit et jour, ils menacent le trésor. La conséquence est que pour le défendre, il faut veiller jour et nuit, toujours dans l’inquiétude, toujours les armes à la main. Dans le fait, ces vers et ces voleurs ne sont pas seulement les insectes qui rongent les tissus, ou les malfaiteurs qui brisent les coffres-forts. Par là, il faut entendre toutes les créatures hostiles, animées et inanimées, qui peuvent atteindre le trésor, le détériorer, l’enlever ou le détruire. Leur nombre est incalculable. Sans parler de la mort, toujours menaçante et tôt ou tard voleuse impitoyable du trésor ; compte, si tu peux, les inondations, les incendies, les ouragans, les tremblements de terre, les révolutions, les banqueroutes, les trahisons, les fraudes, les maladies, les caprices des forts, les jalousies des faibles, toutes ces légions d’ennemis qu’il faut sans cesse surveiller, apaiser ou combattre, avec la triste certitude de ne jamais parvenir à les désarmer. Tu en conviendras, posséder un trésor dans de pareilles conditions, autant l’avoir « abandonné » au milieu de la place publique. Aussi, à part les heures où le tourbillon du plaisir, l’entraînement des affaires leur ôtent la conscience d’eux-mêmes, les hommes de la terre sont dévorés d’inquiétudes. Veux-tu voir l’intérieur de leur âme ?
Un mot suffira pour te rappeler : toute l’histoire de Michas. Au lieu d’adorer, comme ses pères, le Dieu du ciel, ce Michas s’était fabriqué de petits dieux d’or et d’argent, qu’il adorait secrètement dans sa maison. Ces dieux étaient sa vie, son trésor : il n’en connaissait pas d’autre. Or, il arriva qu’une troupe de soldats, passant devant sa maison, lui enleva ses dieux. Alors, Michas de se lamenter et de courir après les soldats, réclamant ses idoles. «Qu’as-tu ? lui crient les soldats en se retournant. Pourquoi cries-tu ? – Vous m’avez enlevé mes dieux, et vous demandez ce que j’ai ! – Tais-toi, sinon tu es mort et ta maison saccagée» (Judic., XVIII, 23 et sv). L’erreur cruelle qui fait prendre la vie d’ici-bas pour la vie, tend à peupler de Michas les villes et les campagnes. Au lieu de faire du vrai Dieu le trésor de leur cœur, trésor inaccessible aux vers et aux voleurs, voici des hommes qui se sont épuisés à se créer une fortune grande ou petite et à se faire, comme ils disent, une position. Pour eux tout est là. Au moment où ils s’y attendent le moins, un coup de vent contraire, une banqueroute, un incendie, une fausse spéculation, que sais-je ? un des mille accidents, si communs dans ce siècle de révolution, vient renverser leurs châteaux de cartes. Quels sont ces cris de désespoir ? C’est Michas qui pleure ses dieux. Encore s’il n’y avait que des cris et des pleurs ! Mais les blasphèmes, mais les haines à mort, mais les tortures morales et trop souvent la démence et le suicide viennent révéler des regrets sans consolation, un mal sans remède, par conséquent l’amour exagéré des biens d’ici-bas, résultat inévitable de la fascination.
Non ! Ce monde et ces biens ne peuvent satisfaire le désir infini de nos cœurs. Ils nous laissent ainsi dans nos malheurs. Mieux, causent nos malheurs !
Je me permettrais de vous rappeler l’histoire de saint Philippe de Néri. Elle vous fera mieux comprendre que la vie d’ici-bas n’est pas la vie et qu’il vaut mieux être préoccupé du Ciel. C’est un bon argument pour l’éducation. Cette noble idée grandit, fortifie, anoblit, polit l’âme. En un mot éduque vraiment ! mais c’est cela l’éducation !

Oui ! « N’oubliez-pas les questions proposées autrefois, par un de nos plus aimables saints, Philippe de Néri, à un jeune homme victime comme tant d’autres de la grande erreur.
Étant venu voir l’illustre confesseur de Rome, celui-ci fixe sur l’adolescent un regard paternel et, le prenant dans ses bras, lui dit : «Francesco, que fais-tu maintenant ? – Je fais mes études. – Tu seras un brillant élève, couvert de couronnes et chargé de prix : et après ? – Quand j’aurai terminé mes humanités, j’apprendrai le droit civil et le droit canon. – Tu recevras tes grades aux applaudissements de tes juges : tu seras docteur in utroque: et après? – J’entrerai dans la magistrature. – Tu seras un jurisconsulte célèbre : et après? – Je me marierai. – Tu auras une belle et nombreuse famille : et après ? – Je continuerai d’exercer ma profession, afin de donner une position honorable à mes enfants. – La fortune te sourira ; ils seront riches : et après ? – Je composerai des ouvrages utiles à ceux qui suivront ma carrière. – Tes ouvrages auront un grand succès ; tu seras l’oracle de tes confrères : et après? – Je jouirai tranquillement des biens que j’aurai amassés et de la considération que j’aurai acquise. – Tu vivras dans l’abondance ; ton nom sera honoré : et après ? – Je vieillirai; et comme tous les mortels, je payerai le tribut de la nature : je mourrai. – Et après ? – Après… ? après… ? – Oui, après, cher Francesco, il faudra être jugé, absous ou condamné, sans appel, pour toute l’éternité. Je ne blâme rien de ce que tu veux faire. Seulement, si tu te laisses absorber par les travaux de la vie présente, sans les rattacher par la foi aux réalités de la vie future, tu tombes dans la plus dangereuse et la plus cruelle des folies. Tu te seras consumé à poursuivre un fantôme que tu n’auras pas saisi ; et, à l’heure du départ, tu te trouveras les mains vides : vides de bonnes œuvres, semences de vie immortelle, et peut-être pleines d’iniquités, semences de mort sans résurrection». Francesco garda le silence, embrassa le père et sortit. Mais le coup était porté. L’après du père Philippe lui restait dans l’esprit comme une goutte de résine tombée dans les cheveux : il ne pouvait s’en débarrasser. De guerre lasse, il se met à méditer cet « après » importun. Bientôt, Dieu aidant, ses illusions disparaissent, il comprend que la vie d’ici-bas n’est pas la vie ; et, en homme sage, il la fait résolument servir à l’acquisition de la vie véritable : le Ciel.
Ne soyez pas comme le riche de l’Évangile : «J’ai beaucoup de biens et j’en ai pour longtemps. Repose-toi, mon ami ; mange, bois, fais bonne chère. Comme lui, ils entendent, bon gré mal gré, cette parole : Insensé ! cette nuit on te redemandera ton âme ; et pour qui sera ce que tu as amassé ?» (Luc., XII, 17). Oui ! Fatale et désastreuse est l’erreur qui consiste à croire que la vie d’ici-bas c’est la vie, et toute la vie.
Cavete Parentes. Prenez garde Parents. Inculquez à vos enfants l’amour de la vie éternelle. Vous en ferez des hommes et des élus du Ciel. C’est cela la finalité de l’éducation.

Ecoutez encore ce raisonnement : Image vivante du Dieu vivant, l’homme est vie. Pour lui la vie n’est pas seulement le premier et le plus précieux des biens ; elle est son être : hors de la vie, néant. L’homme aime donc la vie du même amour que lui-même. Il l’aime essentiellement, il l’aime passionnément, il l’aime invinciblement : il l’aime partout… Pourquoi aime-t-on l’enfant ? Parce que c’est la vie qui vient. Pourquoi respecte-t-on le vieillard ? Parce que c’est la vie qui s’en va. Pourquoi éprouve-t-on un sentiment de curiosité religieuse à la vue d’une vieille ruine ? Parce que la vie a passé par là. L’homme n’aime que la vie. Regarde-le de près, dans tous les détails de sa vie: s’il boit, s’il mange, s’il dort, s’il veille, s’il travaille, s’il pleure, s’il se réjouit, c’est par amour de la vie. A la conserver et à la développer, se rapportent, sans exception et dans tous les âges, ses instincts, ses pensées, ses affections, ses paroles, ses privations, ses craintes, ses désirs, ses actes, ses vertus et même ses crimes. Plutôt que de perdre la vie, il consent à tout…. Que l’homme étant ce qu’il est, soit persuadé que la vie d’ici-bas, c’est la vie, toute la vie : une pareille erreur le rend fou et fou furieux. «Courte et bonne, dit-il ; puisque la vie présente est toute la vie, je veux en vivre, vivre pleinement, constamment, par tous les moyens possibles : c’est la loi de mon être. Vivre c’est jouir, et jouir c’est faire usage de tous mes sens et de toutes mes facultés, sans contrainte et sans contrôle». Il est logique…. Nous ne demandons que deux choses, du pain et des plaisirs : Panem et circences…. «Venez donc; jouissons des biens présents ; hâtons-nous d’user des créatures, pendant que nous sommes jeunes. …. C’est la loi de notre être et le but de notre vie. Voilà, chers parents, l’immuable Credo de l’homme qui prend la vie d’ici-bas pour la vie. Insensé, s’il ne le pratiquait pas.
Mais c’est la fin de son être. La catastrophe !
Par contre, ôte du cœur humain cette erreur que la vie d’ici-bas c’est la vie. A la place, fais prévaloir cette vérité que la vie d’ici-bas n’est que l’ombre et le vestibule de la vraie vie, la préparation et le gage de la vraie vie, l’éternité : à l’instant s’opère une révolution miraculeuse. L’homme dégrisé n’attache plus qu’une importance secondaire aux choses d’ici-bas. N’étant plus pour lui sa fin, mais seulement des moyens, il en use comme n’en usant pas. Avec un courage soutenu, il combat ses tristes penchants. Avec une fidélité religieuse, il accomplit ses devoirs ; car il sait que delà dépend la vraie vie. L’ordre règne sur la terre, parce qu’il règne dans les âmes.
Non ! La vie présente n’est pas la vraie vie. Le prétendre c’est se dégrader. Prévenez-en résolument vos enfants.
Voyez l’histoire : L’histoire du passé est la prédiction de l’avenir.
En voyant les hommes antédiluviens, presque universellement livrés à la triple concupiscence, le Créateur fut saisi d’une douleur si profonde, tactus dolore tordis intrinsecus, qu’Il se repentit d’avoir fait l’homme. II ajouta : Puisque toute chair, non seulement a corrompu sa voie, mais que l’homme est devenu chair, Mon esprit ne demeurera point en lui ; il périra, et avec lui les créatures dont il s’est fait des instruments d’iniquité. Le châtiment suivit de près la menace. Vint le déluge qui les emporta tous : Venit diluvium, et tulit omnes.
Pourquoi les hommes antédiluviens étaient-ils devenus chair ? Parce qu’ils avaient pris la vie d’ici-bas pour la vie. La vie d’en haut, ils l’avaient oubliée. Pour eux le monde surnaturel n’était plus rien, le monde matériel était tout. Fascinés par cette erreur désastreuse, que faisaient-ils ? Écoutons la réponse. Ils ne songeaient qu’aux besoins et aux plaisirs du corps : à boire et à manger; à se marier et à marier; à acheter et à vendre; à planter et à bâtir.
Ajoutons un dernier trait, et ce n’est pas le moins caractéristique : ils se moquaient de Noé qui, en bâtissant son arche, leur annonçait que cela finirait mal.
Regardez maintenant, écoutez, interrogez et dites-moi : Pris dans leur généralité, les hommes et les peuples d’aujourd’hui font-ils autre chose ? Songent-ils à autre chose ? Désirent-ils autre chose ? Sur la conduite du grand nombre, le monde surnaturel pèse-t-il plus qu’une plume dans le bassin d’une balance ? Il est permis d’en douter. Le commerce et l’industrie, l’industrie et le commerce, n’est-ce pas leur éternel refrain, leur centre d’action et d’attraction ? Le commerce et l’industrie, ou, comme ils disent, les spéculations et les affaires, pourquoi ? Pour avoir de l’or. Et de l’or, pourquoi ? Afin de se procurer des jouissances, jouissances pour les yeux, pour les oreilles, pour la bouche, pour tous les sens et pour toutes les convoitises. N’est-ce pas le dernier mot des multitudes, riches et pauvres, au XXI ème siècle, comme il fut celui des multitudes antédiluviennes la veille du cataclysme ; celui des multitudes gréco-romaines à l’invasion des barbares : Duos tantum res anxius optat, panem et circences ? Pourquoi tout cela ? Parce que l’homme moderne, comme l’homme ancien, est devenu chair ? Comment est-il devenu chair ? Parce qu’il s’est laissé fasciner par la grande erreur, qui consiste à croire que la vie d’ici-bas c’est la vie.
Afin que rien ne manque au parallélisme, ce siècle ne souffre pas qu’on lui parle ni du surnaturel, pour lequel il est fait, ni des dangers qui le menacent s’ils l’oublie. Ceux qui ont le courage de le faire, prêtres, évêques ou pape, sont des alarmistes auxquels il tourne le dos, des Noés dont il se moque : intelligences arriérées, esprits chagrins, êtres odieux dont la vue seule l’importune
La plus grande de toutes les erreurs est de croire que la vie d’ici-bas c’est la vie. Le plus grand des malheurs est d’agir en conséquence.
Cavete parentes. Formez vos enfants dans l’amour du Ciel. Et vous les sauverez. C’est la raison de l’éducation. Sa définition.

D- L’éducation et l’autorité.

Mais l’athéisme ambiant n’a pas seulement des effets sur la vie morale des enfants, elle a aussi des effets sur le sens de l’autorité. Or l’autorité est au cœur de l’éducation. Permettez quelques considérations prises dans la pensée de saint Thomas.
Principe et grandeur de l’autorité.
Qui dit autorité dit auteur. Il y a dans le mot « autorité » le mot « auteur ». Or l’auteur par excellence de nôtre être de notre vie, c’est Dieu. Tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes, nous le tenons de Dieu, de sa Toute-Puissance inspirée par son Amour, (tant il est vrai que la création est une œuvre d’amour. selon le principe scolastique : Bonum diffusivum sui, le bien se communique). Nous ne continuons à subsister, à respirer, à penser, à agir que parce que Dieu perpétue en nous son geste créateur. Etant de Dieu, nous sommes nécessairement à Dieu. Tout en moi est son ouvrage ; et donc sa propriété. Ce droit de propriété est donc permanent, inaliénable, absolu, souverain, sans partage. Créateur de mon être, Dieu est, du même coup, mon « Maître et mon Seigneur (Dominus meus et Deus meus : Jn 20 28)
Reconnaître, en principe et en pratique, cette suprématie et notre dépendance, notre qualité de créature, qui est mon « être », c’est l’essence même de la religion. Elle implique, dit Saint Thomas, « un ordre à Dieu » (I II 81 1) en tant que Dieu est notre principe et notre fin, une fin suprême. Dès lors, on peut définir la religion, son objet, en disant que son objet est « de rendre honneur au Dieu unique sous cette unique raison qu’il est le principe premier de la création et du gouvernement des choses » (I II 81 3). La religion, nous venons de le dire, nous oblige à nous ordonner vis-à-vis de Dieu. C’est la définition même de la dévotion, de la piété. Saint Thomas définit la dévotion, la piété : « cette volonté de se livrer promptement à ce qui concerne le service de Dieu » (devotio nihil aliud esse videtur quam voluntas quaedam prompte tradendi se ad ea quae pertinent ad Dei famulatum) (I II 82 1. La dévotion est un vouloir qui porte sur le prompt accomplissement de ce qui tient au service de Dieu. La dévotion est un acte spécial de la volonté. En s’adressant au « Maître unique », cette piété doit se manifester par des actes spéciaux, d’une qualité unique : à savoir un respect qui va jusqu’à l’adoration ; une soumission sans réserve et un amour qui pousse jusqu’au don total.
Vous imaginez, chers parents, combien ce langage est « abscond » pour notre athée, notre matérialiste qui nie, l’un et l’autre, Dieu et sa Toute Puissance. Et quand je pense que toute une jeunesse est éduquée, des heures durant, dans un parfait laïcisme…Je tremble…Comment voulez-vous qu’elle puisse être attirée par les « choses de Dieu ».Mieux encore. Comment voulez-vous qu’elle ait le sens et le respect de l’autorité. Pour rétablir le sens de l’autorité dans sa source, il faut nécessairement rétablir dans les esprits « la haute thèse de la Grâce, le dogme de la Création et celui de la chute (originelle) » (Blanc de saint Bonnet). La question de l’autorité ne peut pas être résolue sans la question dogmatique, sans la question métaphysique elle-même, sans «la philosophie de l’être ». Il faut donc renverser le laïcisme et sa philosophie. Nous sommes les seuls et vrais « révolutionnaires », nous sommes les « vrais-contre-révolutionnaires », en ce sens que nous voulons faire le contraire de la Révolution et de sa philosophie, nous voulons retrouver l’être des choses. Ainsi la question de l’éducation qui ne va pas sans la question de l’autorité ne peut pas être résolue sans la question dogmatique. Ou si vous préférez : « Telle métaphysique. Telle éducation ». La Théologie, voilà la force à entretenir. Le Laïcisme la combat. C’est la ruine ! l’Eglise est nécessairement au cœur de la Civilisation et de l’éducation.. Entre l’un et l’autre, entre le Laïcisme et l’Eglise, c’est la guerre ! Nécessairement.
Mais ce n’est pas tout. Prenez garde à votre propre autorité, Parents. Ecoutez !
En collaboration avec Dieu, les parents, eux aussi, sont les auteurs de notre être et de notre existence. En les associant à son œuvre créatrice, Dieu partage avec eux son autorité dans la mesure où il leur confère son privilège de donner la vie, l’être.
Pie XI, le dit formellement dans son Encycluque sur l’éducation : « Dans l’ordre naturel, Dieu communique immédiatement à la famille la fécondité, principe de vie, donc principe de droit à former à la vie, en même temps que l’autorité. Le pouvoir même de transmettre la vie, nous apparait de la sorte comme le fondement inébranlable de l’autorité des parents. Elle s’appuie sur l’autorité même de Dieu. « Il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu », dit Saint Paul. (Rm 13 1-2).
Alors on comprend, en conséquence, que des actes similaires à ceux qui nous relient à Dieu, nous sont commandés à l’égard de nos parents jouissant d’une autorité dérivée, similaire à celle de Dieu, à savoir : le respect, l’obéissance et l’affection. Le culte dû aux parents participe en quelque manière à la noblesse et à la grandeur du culte dû à Dieu. Il est marqué d’un caractère sacré.
Cette connexion entre l’autorité de Dieu et celle des parents, en raison de la génération, saint Thomas la souligne admirablement dans la Somme : « L’homme, écrit-il, est dans une mesure diverse, le « débiteur des autres », selon le degré d’excellence de ceux-ci et l’importance des bienfaits qu’il en a reçus. Or, à ces titres, c’est évidemment Dieu qui tient la première place : en raison de sa perfection d’abord et ensuite parce qu’il est pour nous le premier principe de notre être et du gouvernement de notre vie…Mais à titre secondaire, les parents, qui nous ont appelés à l’existence et nous ont élevés…sont vraiment eux aussi les principes de notre être et du gouvernement de notre vie. Et c’est pourquoi, après Dieu, c’est à ses parents…que l’homme doit le plus ; et, en conséquence, de même que c’est de la vertu de religion qui relève le culte à rendre à Dieu, ainsi à titre secondaire, c’est à la vertu de piété que ressortit le culte à rendre aux parents…Le culte qui est dû à Dieu, comprend en lui, comme une de ses parties, le culte qui est dû aux parents » (I II 2 101 1)
Envisagés à cette lumière, nos parents nous apparaissent revêtus d’un reflet de la Majesté de Dieu. Les honorer, leur obéir, les aimer, c’est honorer Dieu lui-même, lui obéir et l’aimer. Toute offense qui les attriste ou les blesse, atteint Dieu à travers ses représentants.
Etonnez-vous que l’oubli de ces principes, fruit nécessaire de tout athéisme… ait déclenché une crise d’autorité dans le monde moderne.
La crise actuelle de l’autorité.
Le respect manifesté aux parents, par l’amour, la soumission, le dévouement n’est guère en honneur aujourd’hui. Bien au contraire. Et pourtant l’autorité est capitale pour une bonne éducation.
Et si le sens de l’autorité se perd, c’est en raison, c’est essentiellement en raison du fléchissement religieux .
Le respect des parents est lié, nous venons de le voir, de la façon la plus étroite au culte même de Dieu. L’école sans Dieu de ce fait ne peut pas ne pas devenir une pépinière d’enfants insoumis.
Plus encore : L’irrespect des lois de Dieu dans la famille est certainement une autre raison importante de l’irrespect aujourd’hui que l’on porte aux parents. Pourquoi respecter les parents qui, eux aussi, ne respectent pas la loi de Dieu…On ira de mal en pis…sans une bonne théologie qui nous oblige au respect du Décalogue.

Conclusion :

Pour rétablir une bonne éducation, il faut rétablir le sens de Dieu dans la société. Il faut lutter contre cet athéisme corrupteur. Il faut impérativement replacer l’ordre moral en Dieu et en sa volonté souveraine. On ne dira jamais assez que la philosophie pérenne, la philosophie thomiste, la philosophie de l’être est nécessairement au cœur de toute bonne éducation et de toute restauration de la société et de la civilisation.
Mais de cela l’athéisme n’en veut pas.
Alors l’alternative est claire. C’est au choix : ou l’athéisme et la mort, ou l’Eglise et la vie.
On ne veut pas nous croire. Les événements contemporains nous donneront bientôt raison ! La société se décompose. C’est pire que Sodome et Gomorrhe !

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Vincent lambert

 

 

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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