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Jean de France : “Un prince français”

publié dans doctrine politique le 16 janvier 2010


Jean de France : “Un prince français”

La France est d’abord un pays chrétien 

« Il a pour ancêtres saint Louis, François Ier et Henri IV. Sa famille a régné sur la France pendant neuf siècles, d’Hugues Capet jusqu’à Louis-Philippe. Elle régnerait aujourd’hui si les Français décidaient de renouer le fil de leur histoire. » Dans un livre d’entretiens où il répond aux questions de Fabrice Madouas (rédacteur en chef adjoint de Valeurs actuelles), Jean de France parle de sa famille, de son enfance, de l’éducation qu’il a reçue, notamment de son grand-père, le comte de Paris, « qui a voulu que je sois en mesure d’accomplir mon devoir, si le destin m’y conduit ». Mais justement : s’il devait renouer les fils d’un destin national, quelles sont les options politiques et philosophiques de l’héritier des Capétiens sur le monde d’aujourd’hui ? Quelle ambition nourrit-il pour son pays ? « Je pense en prince chrétien, j’agis en prince français. » A travers divers thèmes – histoire, éducation, bioéthique, immigration, politique étrangère, l’islam, l’Europe –, voici donc un aperçu des convictions, souvent lucides et à contre-courant des idéologies régnantes, de ce prince qui « brûle de servir son pays ». Un prétendant qui cite Joseph de Maistre : « Les évêques ont fait la France comme les abeilles font la ruche », et Soljenitsyne : « Toute culture nationale est bénie, les nations sont les couleurs de l’humanité. » Voilà qui nous change agréablement des rengaines officielles sur la « France métissée », des divagations politico-médiatiques sur « l’absolue nécessité » d’une gouvernance supranationale et autres billevesées écolo-mondialistes sur les coquecigrues du réchauffement climatique. Florilège succinct de ces entretiens où Jean de France – en dépit, à notre goût du moins, d’une trop grande révérence à l’égard de Charles de Gaulle et de l’actuel chef de l’Etat – affirme, outre une grande connaissance de l’histoire de son pays et de sa littérature, une pensée politique forte, marquée au coin d’un solide bon sens, prenant en compte les intérêts français et la souveraineté nationale… Un projet politique qu’il remet dans la perspective de notre histoire séculaire. Un regret toutefois : que pas une fois, ce jeune prince qui se veut fidèle à ses ancêtres, aux traditions et aux racines de notre civilisation, n’évoque le nom de celui qui a donné aux monarchistes français leur plus solide doctrine : Charles Maurras. 

J.C. 

France et chrétienté. « J’ai toujours été convaincu que les nations avaient des vocations, qu’elles tiennent de leur histoire. Celle de la France est intimement liée au développement de la chrétienté : la foi n’a pas été seulement le ciment de notre nation, elle en a été le socle. (…) La France n’est pas l’Allemagne qui se confond avec son peuple, ni l’Angleterre que mon grand-père, le comte de Paris, comparait, avec un peu de malice, à une vieille maison de commerce. Les Français ne sont liés ni par l’idée de race, ni par l’intérêt mercantile, mais par une histoire commune façonnée, qu’on le veuille ou non, par la chrétienté. Je me dis souvent que la naissance de la France a tenu du miracle. C’est l’alliance des rois, de l’Eglise et du peuple qui a permis, au cours des siècles, l’épanouissement de notre civilisation . »

 

  

Génétique, eugénisme et avortement. « Je suis effaré par les dérives d’une pseudoscience qui méconnaît l’humain en s’affranchissant de l’éthique (…). Nous avons fait fausse route en définissant l’enfant comme un “projet parental”. Nous exigeons désormais d’avoir l’enfant parfait que la “science” nous promet : nous cheminons, sûrs de nous, vers une société eugénique qui ne tolère plus la différence. Ce “meilleur des mondes”, régi par la génétique, n’est pas celui dont je rêve. Le risque est qu’un jour nous ne supportions plus non plus la vieillesse… “Un monde gagné pour la technique est perdu pour la liberté” : c’est ce qu’écrivait Georges Bernanos dans un essai visionnaire, La France contre les robots. (…) Nous jouissons aujourd’hui d’un pouvoir sur la vie dont nous ne mesurons pas les conséquences. L’avortement devait rester une exception. Il est désormais défini comme un droit. L’INSEE dénombre 200 000 à 220 000 “interruptions volontaires de grossesses” chaque année : plus d’une conception sur cinq, puisqu’il naît à peu près 800 000 enfants par an, en France. Cette banalisation de l’avortement m’inquiète. Que sommes-nous devenus pour considérer cet acte comme anodin ? (…) Une politique d’accueil de la vie ne se conçoit pas sans une politique familiale forte, qui vise à préserver la stabilité des foyers. (…) Curieusement, il est mal vu de dire que la politique familiale en France doit être une politique nataliste. Tant pis, je le dis ! Quel plus beau projet que d’encourager les naissances ? » 

L’Education. « Au lieu d’inciter les élèves à donner le meilleur d’eux-mêmes, l’Education nationale a préféré décréter que 80 % d’une classe d’âge aurait le baccalauréat, quitte à dévaloriser ce diplôme. Ce n’est pas en abaissant la barre qu’on préparera mieux les étudiants à entrer dans la vie active. Denis Jeambar et Jaqueline Rémy ont écrit en 2006 un livre au titre cruel mais, je le crains, assez juste : Nos enfants nous haïront. “Nous sommes la première génération qui laissera moins à la suivante que ce qu’elle a reçu de la précédente”, estiment-ils. Parce que nous avons négligé d’enseigner à nos enfants “ce qui pourrait les aider un jour à se tenir droits dans la vie : le courage, la lucidité, le sens de l’effort, le goût de la responsabilité”. Nous avons pris de mauvaises habitudes. Elles sont si fortement ancrées que nous les confondons souvent avec le modèle français qu’il nous faudrait défendre. (…) La clef de voûte de l’éducation, donc de la société, c’est la famille. Elle tient tout ». 

Immigration. « La France est en effet un pays d’immigration, ce qui s’expliquait autrefois par une démographie déprimée et, pendant les Trente Glorieuses, par le dynamisme de notre industrie. Mais notre économie n’est plus aussi dynamique. La crise ne nous permet plus d’accueillir dignement tous ceux qui voudraient s’installer ici. Il faut avoir le courage de le leur dire. (…) Nous devrions aussi renforcer les contrôles aux frontières qui ont été exagérément allégés depuis que nous avons rejoint l’espace Schengen : nous ne pouvons pas abandonner à nos voisins européens la surveillance de nos frontières. » 

Justice. « Je me rappelle une réflexion très frappante de Soljenitsyne : “Lorsque le monde est entré dans l’ère juridique et a peu à peu remplacé la conscience par la loi, son niveau spirituel a baissé.” Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les justiciables, car la justice ne peut pas se réduire à la procédure. » 

Foi et laïcité. « Sans doute faut-il rappeler, en préambule, que la laïcité a fait partie du bagage chrétien dès l’origine du christianisme. “Rendez à César ce qui appartient à César, à Dieu ce qui appartient à Dieu” : la réponse du Christ aux Pharisiens, qui figure dans les Evangiles a toujours réglé les rapports entre l’Eglise et l’Etat dans le monde chrétien. Les deux pouvoirs sont distincts. Cela me semble sain : d’un côté le temporel, de l’autre le spirituel. (…) Cette distinction ne signifie pas que le roi ignore l’enseignement de l’Eglise. Au contraire, le souverain se comporte en roi “très chrétien” : il ne s’agit pas de renier la foi, mais seulement d’affirmer son autorité sur la conduite des affaires du pays. Tout autre est le projet de la IIIe République. Jules ferry dit vouloir “organiser l’humanité sans roi et sans Dieu”. C’est d’abord sur le terrain de l’école que les républicains engagent le combat. En effet. Pendant des siècles, l’Eglise s’est occupée seule de l’éducation des enfants. C’est pour les soustraire à son enseignement que la IIIe République a voté ses lois sur l’école : d’abord celle qui rend l’école primaire obligatoire et laïque, en 1882, puis celle qui laïcise le personnel des écoles publiques, en 1886. Cette offensive contre l’Eglise se poursuit par l’adoption, en 1901, de la loi sur les associations votées à l’initiative de Waldeck-Rousseau. (…) C’est dans ce contexte de passions qu’est votée la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Nous sommes bien loin de la laïcité telle que la concevaient l’Eglise et les rois de France : il s’agit d’une laïcité de combat, d’une idéologie qui, dans ses ultimes développements, interdit l’expression publique de la foi. »  

  

France et islam. « Il me semble qu’il faut distinguer la question de la religion de celle de ses implications sociales. Il y a sur notre sol des confessions différentes : c’est un fait. La question se pose aujourd’hui du statut de l’islam. Le prince, garant de l’expression religieuse ? Oui ! Mais il ne peut pas tolérer les entreprises de déstabilisation sociale, que certains voudraient fonder sur de fallacieux arguments religieux. (…) Disons-le clairement : la France est d’abord un pays chrétien. Le christianisme reste la religion la plus pratiquée dans notre pays. Ce n’est pas non plus une religion parmi d’autres : nous lui devons ce que nous sommes. Nul ne peut ignorer cet apport historique et culturel, lié à son antériorité dans le pays. Bien des difficultés seront aplanies si les uns s’en souviennent et si les autres l’admettent. Encore faut-il qu’il y ait des dirigeants pour le rappeler. »

 

  

Culture et langue française. « Voyons-nous encore des lettrés à la tête de l’Etat ? Des hommes et des femmes intelligents, sans doute, mais des lettrés ? (…) Les “normaliens sachant écrire” ont cédé le pas aux gestionnaires et aux “communicants”. Nos gouvernants n’ont plus l’amour des lettres, mis celui des petites phrases. Comment inculquer à nos enfants le goût du beau français s’ils ne montrent pas l’exemple ? Comment transmettre notre langue s’ils renoncent à l’employer, comme c’est souvent le cas, dans les enceintes internationales ? (…) J’ai un lien particulier avec La Fontaine. Celui-là représente le génie de la langue française. C’est un très grand poète, aussi raffiné que sage. (…) Lorsque nous lisons La Fontaine, aussitôt qu’il nous parle, quelque chose de très profond et de merveilleux se met à chanter en nous, que je ne retrouve pas ailleurs, ou pas avec cette intensité. 

 

Politique étrangère : la Russie de Poutine.  Pendant longtemps, les “faiseurs d’opinion” n’ont eu d’yeux que pour Pékin. J’ai toujours tendance à regarder dans une autre direction que celle qu’ils indiquent. Il faudra compter avec la Russie, qui reste un grand pays. Le choc a été rude. Des oligarchies financières s’étaient emparées du pouvoir à la faveur d’une libéralisation débridée de l’économie. Vladimir Poutine a mis un terme à cette privatisation du pouvoir politique. Sa stratégie est claire : rassembler toutes les ressources énergétiques (le gaz et le pétrole) sous la coupe de l’Etat pour s’en servir comme d’un instrument de puissance. C’est une politique qu’il poursuit avec opiniâtreté, parfois avec brutalité, mais qui cela peut-il étonner ? La question est aussi de savoir comment il compte utiliser, pour les Russes, le capital accumulé grâce au secteur énergétique. Il est clair qu’il veut reconstituer une armée assez forte pour défendre son influence régionale et ne pas se laisser enserrer par les Etats-Unis : l’intervention russe en Géorgie, en août 2008, l’a clairement montré. Je pense aussi qu’il essaie de recréer une classe moyenne pour stabiliser son pouvoir, mais aussi pour favoriser le développement économique du pays. (…) Je n’ignore pas qu’on accuse Poutine de restaurer le vieil autoritarisme tsariste. Je crois surtout qu’il a choisi de rétablir l’ordre en renouant avec un passé dont les communistes prétendaient faire table rase. Comme la Révolution française, la révolution bolchevique a fait couler le sang, elle a profondément déstabilisé le pays. Poutine tente de réenraciner la Russie dans une histoire séculaire. (…) Il est frappant de constater que les pays qui émergent ou qui retrouvent leur place s’appuient tous sur leurs traditions culturelles et sociales. C’est une leçon que nous devons méditer. » 

 

  

L’Union européenne. « L’Union européenne prétend rassembler les peuples qui la composent tout en bannissant ce qui peut les réunir. Elle est entièrement ouverte à ce qui lui est étranger et totalement indifférente à la conservation de ses traditions. Quiconque voudrait les maintenir est au mieux suspecté de “frilosité”, au pire accusé d’être “réactionnaire” et mis au ban de la société intellectuelle. S’exerce à son encontre une police de la pensée d’autant plus stricte qu’il n’existe plus de références communes garantissant la cohésion de l’ensemble. Comment voulez-vous que des dirigeants européens, ne sachant plus ce qu’est l’Europe, soient capables de parler d’une même voix sur les grands problèmes internationaux. Vraiment, je ne vois pas à quoi sert l’Europe telle qu’elle a été construite. » 

 

• Jean de France, Un prince français. Entretiens avec Fabrice Madouas, aux Editions Pygmalion, 238 pages. 

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