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L’année du centenaire (II): le dilemne de Sangnier

L’année du centenaire (II): le dilemne de Sangnier

publié dans doctrine politique le 22 mai 2010


L’année du centenaire (II)

Le dilemme de Sangnier

 

Jean Madiran, nous annonçait, vendredi,  dans son article de Présent du 21 mai 2010, une serie d’articles sur cette lettre encyclique  de Pie X,   »Notre charge apostolique » du 25 août 1910, dont nous fêtons cette année le centenaire. Il n’a pas tardé à s’exécuter. Dès le lendemain, le samedi 22 mai 2010, il nous donne son premier article de fond, sous le titre: « le dilemne de Sangnier ».

 

puce_carreContexte historique et, très précisément, doctrinal : six ans avant la Lettre apostolique de saint Pie X contre la démocratie chrétienne du « Sillon », son fondateur Marc Sangnier avait proclamé le 25 mai 1904 :

 

« Un impérieux dilemme doit tôt ou tard se poser : ou le positivisme monarchique de l’Action française ou le christianisme social du Sillon. »

 

Charles Maurras avait aussitôt répondu :

 

— Pourquoi opposer, pourquoi exclure ? L’Action française est ouverte aux chrétiens sociaux, d’ailleurs le grand chrétien social La Tour du Pin est des nôtres, pourquoi pas vous ?

 

puce_carreIl s’ensuivit un débat public d’une réelle courtoisie. Il dura deux années (1904-1905) et il amena peu à peu au jour la raison du dilemme : le Sillon de Marc Sangnier n’était pas simplement « chrétien social », il était surtout « démocrate chrétien », il voulait nouer une alliance politique avec la modernité de gauche et donc rompre avec la connivence naturelle existant entre l’Eglise et le courant politique contre-révolutionnaire. Marc Sangnier rêvait de convertir l’Eglise à la démocratie.

 

puce_carreL’obstacle, pour Marc Sangnier, était une récente encyclique du pape Léon XIII, l’encyclique Graves de communi (1901), qui répondait négativement aux catholiques réclamant du Saint-Siège une politique carrément, ouvertement, explicitement « démocrate chrétienne ». L’encyclique entendait « définir quelles doivent être les idées catholiques en cette matière » :

 

« Il serait condamnable de détourner à un sens politique le terme de démocratie chrétienne » ; « dans les circonstances actuelles, il ne faut l’employer qu’en lui ôtant tout sens politique et en ne lui attachant aucune autre signification que celle d’une bienfaisante action chrétienne parmi le peuple. »

 

Sur quoi les démocrates chrétiens de France murmuraient :

 

« Le Pape a enfin avalé le mot, il finira bien par avaler la chose. »

 

puce_carreMais le Pape ne l’avait pas encore « avalée », et c’est ce qui explique pourquoi Marc Sangnier dans son dilemme en restait à se présenter modestement comme un simple « chrétien social ». Le débat avec Maurras le contraignit à se reconnaître « démocrate chrétien » en un sens parfaitement politique. Et Maurras lui annonça cinq ans à l’avance qu’il risquait d’être désavoué par l’Eglise.

 

puce_carreFace à cette situation, la lettre Notre charge apostolique de Pie X est un document essentiel de la doctrine politique de l’Eglise. Le terme de politique choque un grand nombre de timidités pastorales qui tiennent (avec raison) à ne pas « faire de la politique » (électorale). On préfère parler d’une doctrine « morale », de vertus « civiques », d’enseignement « social », qui sont autant de manières de tourner autour du mot. Comme si l’Eglise n’avait rien à dire aux gouvernants, et comme si la loi naturelle n’avait aucune portée politique !

 

puce_carreLa Lettre apostolique aux évêques français n’est pas une sorte d’invention personnelle et simplement circonstancielle de Pie X. Elle s’appuie sur les grandes encycliques politiques de son prédécesseur immédiat Léon XIII : Quod apostolici (1878), Diuturnum (1881), Immortale Dei (1885), Libertas (1888), Sapientiae christianae (1890) et Graves de communi citée ci-dessus. Ces encycliques de Léon XIII sont elles-mêmes le développement explicatif et pédagogique, dans le domaine politique, de l’encyclique Quanta cura et du Syllabus de Pie IX. A travers des circonstances et des contextes variables, il s’agit toujours des invariables principes politiques que la tradition catholique enseigne comme consubstantiels à la foi chrétienne. L’année du centenaire va nous offrir l’occasion et l’opportunité de les retrouver avec précision tels qu’ils ont été énoncés par la lettre Notre charge apostolique de saint Pie X.

 

JEAN MADIRAN

 

Article extrait du n° 7099
du Samedi 22 mai 2010
 

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