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L’année du centenaire (III): un regard sur cent années de démocratie-chrétienne

L’année du centenaire (III): un regard sur cent années de démocratie-chrétienne

publié dans doctrine politique le 29 mai 2010


L’année du centenaire (III)
Un regard sur cent années
de démocratie-chrétienne

 La lettre Notre charge apostolique de saint Pie X (25 août 1910) garde une actualité profonde par les principes permanents qu’elle énonce.
Mais elle trouve en outre, au bout de cent années, une actualité visible dans le fait qu’elle a décrit ce qu’a effectivement été la démocratie- chrétienne de 1910 jusqu’à maintenant : elle a, selon la formule de saint Pie X, « convoyé le socialisme, l’œil fixé sur une chimère ».

Convoyer, ce n’est pas simplement accompagner : c’est (selon le Robert) « accompagner pour protéger » et c’est « transporter ». Transporter le socialisme dans l’Eglise.

 Comme l’a plusieurs fois souligné Emile Poulat, les catholiques d’Action française et les catholiques démocrates-chrétiens de la première moitié du XXe siècle avaient à l’origine le même but : une reconquête chrétienne de la société, refaire une (nouvelle) chrétienté. Ils s’opposaient en somme sur le chemin à prendre pour y parvenir.

 Mais les deux chemins ont de plus en plus divergé. Avec un sourire un peu moqueur, ou peutêtre mélancolique, Emile Poulat observe qu’aucun des deux courants n’a réussi ; ni l’un ni l’autren’a pu arrêter ou seulement freiner la déchristianisation de la société.

 Sur un point, Marc Sangnier a obtenu ce qu’il voulait, il a réussi à créer une opposition radicale, irréductible, de plus en plus vive, entre l’Action française et le « christianisme social » démocratechrétien. Entre ces deux courants catholiques, il y a eu des violences, il y a eu des morts, et finalement c’est Maurras qui a été condamné à la détention perpétuelle tandis que les démocrates-chrétiens accédaient au gouvernement en compagnie des communistes et des socialistes.

 Le parti démocrate-chrétien est en effet devenu un grand parti de gouvernement, en permanence au pouvoir sous la IVe République. Quand elle s’effondre en 1958, c’est encore un démocrate-chrétien qui est le chef du gouvernement. Le grand homme politique qu’estime et consulte le Conseil permanent de l’épiscopat est Jacques Delors, militant démocrate- chrétien qui à partir de 1974 adhère définitivement au parti socialiste. Simultanément la démocratie- chrétienne disparaît peu à peu en tant que parti politique, remplacée par une nouvelle génération de catholiques, les catholiques pratiquants « non confessionnels » dans toute l’étendue de la vie politique, sociale et scolaire.

 Dans l’Eglise, la démocratiechrétienne reste puissante. Depuis les années soixante, elle est le courant intellectuel et même le parti informel le mieux installé. Giovanni Battista Montini, issu d’une famille démocrate-chrétienne, a luimême été jusqu’à sa mort un démocrate- chrétien militant, et le parti montinien, s’il est en recul dans la hiérarchie ecclésiastique, n’en demeure pas moins redoutable. C’est en partie sous son influence qu’a été formée la quasitotalité du clergé diocésain actuel.

 La démocratie-chrétienne étant visiblement tombée à zéro dans la vie politique française, plus personne, pas même Jacques Delors, ne se présentant plus sous cette étiquette, Christine Boutin a récemment relevé le drapeau et la dénomination, ou presque, en fondant un « parti chrétien-démocrate » encore modeste. Il paraît moins gauchiste, plus centriste que la démocratiechrétienne issue de Marc Sangnier, moins individualiste, davantage familial et patriote. On aimerait interroger Christine Boutin sur son rapport avec le dilemme de Marc Sangnier et avec la Lettre pontificale Notre charge apostolique.

 Ces deux courants, Action française et démocratie-chrétienne, ne sont certes pas le tout de l’histoire politique du catholicisme français au XXe siècle, mais ils en sont les deux points fixes par leur identité invariable. Elles incarnent et illustrent l’opposition entre deux philosophies politiques : d’une part celle pour qui la société est une collection d’individus, selon les Droits de l’Homme de 1789 et de 1948 ; et d’autre part celle pour qui la société, selon la loi naturelle, est une hiérarchie de familles.

JEAN MADIRAN (extrait de Présent du vendredi 28 mai 2010)

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