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Une lettre du cardinal Antonio Cañizares Llovera

Une lettre du cardinal Antonio Cañizares Llovera

publié dans regards sur le monde le 28 mai 2010


Une lettre du cardinal Antonio Cañizares Llovera
Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements,

Le cardinal Antonio Card. Cañizares Llovera, préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, adressa, le 20 avril 2010, aux autorités de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, une lettre dans laquelle il se réjouissait du colloque que l’Institut organisait à cette date à Rome dans le cadre de l’anniversaire des cinq ans de pontificat de Benoît XVI. Le thème du colloque portait sur la liturgie et plus particulièrement sur le Motu Proprio du Pape « Summorum Pontificum »,.

Il les en félicitait et les en remerciait: « Je remercie l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre de l’initiative de célébrer à cette date ce colloque sur le Motu Proprio « Summorum Pontificum ».

Il ne pouvait que se féliciter de la tenue de ce colloque étant donné le sujet choisi : la liturgie.

Il rappelle tout au début de sa lettre que la liturgie est au cœur de la pensée du Pape. C’est une de ses « préoccupations majeurs » : « Dans le cœur du Saint-Père, écrit-il, et au centre de ses préoccupations comme pasteur de l’Eglise se trouve la connaissance profonde du mystère de la Liturgie et le désir qu’elle soit célébrée et vécue par l’Eglise entière avec délicatesse et ferveur ». Le pape, lui-même, l’affirmait alors qu’il recevait, il y a quelques semaines des évêques brésiliens. La liturgie est au cœur du « ministère pétrinien », leur disait-il. Il le répétait devant Mgr Léonard, à la tête des évêques belges en visite « ad limina »: « La Constitution Sacrosanctum concilium souligne que c’est dans la liturgie que se manifeste le mystère de l’Église, dans sa grandeur et sa simplicité (cf. n.2). Il est donc important que les prêtres prennent soin des célébrations liturgiques, en particulier de l’Eucharistie, pour qu’elles permettent une communion profonde avec le Dieu Vivant, Père, Fils et Saint-Esprit. Il est nécessaire que les célébrations se déroulent dans le respect de la tradition liturgique de l’Église, avec une participation active des fidèles, selon le rôle qui correspond à chacun d’eux, s’unissant au mystère pascal du Christ ».

Après ces généralités importantes sur la liturgie, le cardinal aborde ensuite le sujet du Motu Proprio « Summorum Pontificum », objet de sa lettre et du colloque de l’Institut. Il donne le sens, le vrai sens de « Summorum Pontificum ». C’est un acte de gouvernement qui cherche à satisfaire le bien commun de l’Eglise. En conséquence, il ne doit pas être compris comme un « acte isolé » de Benoît XVI ; ni non plus comme une simple action « anecdotique ». Il n’est pas non plus un acte pour satisfaire une « situation particulière », ni une simple « concession à la nostalgie ou à l’intégrisme ». Non ! Cet acte relève du magistère pétrinien de Benoît XVI qui a en charge le bien commun de l’Eglise : « Le Motu Proprio « Summorum Pontificum » doit se comprendre dans cette vision d’ensemble de l’enseignement et des actes du Saint Père ».

Et si il a pour but immédiat de « favoriser – pour ceux qui le souhaitent – l’accès à la forme liturgique officielle du Rite Romain jusqu’à la réforme souhaitée par le Concile Vatican II », jamais abolie dans l’Eglise, du moins dans le principe, son but ultime est double:

 

-« c’est … un pas pour favoriser la Communion Ecclésiale »

-« et une aide pour orienter et mieux comprendre l’actuelle « forme ordinaire » de la Liturgie Romaine selon une « herméneutique de la continuité ».

Le pape s’est en effet clairement exprimé sur son désir profond de favoriser, par cette mesure, l’unité ecclésiale. Il a toujours exprimé ce souci avant même de devenir Pape. Alors qu’il était encore cardinal, Préfet de la Congrégation de la doctrine de la foi, et qu’il recevait les communautés « Ecclesia Dei » à Rome, le 24 octobre 1998, il exprimait clairement que la liturgie ne peut pas être facteur de division. Quelle doit être au contraire facteur d’unité et qu’il faut cesser cette opposition contre le rite ancien de saint Pie V. Mais c’est surtout lors de la publication du Motu Proprio et de la lettre aux évêques qui l’accompagnait qu’il exprima ce souci d’unité. Il écrivait : « J’en arrive ainsi à la raison positive qui est le motif qui me fait actualiser par ce Motu Proprio celui de 1988. Il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise. En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omission dans l’Eglise ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la trouver à nouveau. Il me vient à l’esprit une phrase de la seconde épître aux Corinthiens, où saint Paul écrit : « Nous vous avons parlé en toute liberté, Corinthiens ; notre cœur s’est grand ouvert. Vous n’êtes pas à l’étroit chez nous ; c’est dans vos cœurs que vous êtes à l’étroit. Payez nous de retour ;… ouvrez tout grand votre cœur, vous aussi » (2 Cor 6 11 13) Paul le dit évidemment dans un autre contexte, mais son invitation peut et doit aussi nous toucher, précisément sur ce thème. Ouvrons généreusement notre cœur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place ».

La foi est le principe de l’unité. Mais la messe dite de saint Pie V est l’expression de la foi. Accueillez donc à bras ouverts ceux qui veulent garder cette liturgie, semble vouloir dire ici le pape Benoît XVI !

D’autant que – et c’est, à mon avis la grande nouveauté de cette lettre-, d’autant que la messe tridentine, celle « rénovée » et « réformée » par la volonté expresse des évêques du Concile de Trente, doit être considérée comme l’archétype du rite romain et qu’à ce titre, elle est « une aide pour orienter et mieux comprendre l’actuelle « forme ordinaire » de la Liturgie Romaine selon une « herméneutique de la continuité ».

Il faut mesurer l’importance de cette phrase pas assez soulignée, du moins à mon avis.

Affirmer cela, est absolument nouveau de la part du magistère de l’Eglise. Nous ne l’avions jamais encore entendu en quarante ans de « combat » inlassable, acharné – Combat bien légitime, malgré la désobéissance apparente ! – pour maintenir l’ancienne messe.

Bien au contraire.

Nous savions, depuis le 24 mai 1976, date d’un consistoire réuni à Rome par Paul VI, que le nouveau rite de la messe devait purement et simplement se « substituer » à la messe « de toujours », la remplacer ; qu’il n’était permis à aucun de penser et d’agir autrement. Nous savions que l’ordre était formel, qu’il engageait l’autorité suprême de l’Eglise ; que c’était selon son autorité suprême que Paul VI en avait décidée ainsi et qu’on ne pouvait aller contre.

Nous savions également que Rome, malgré tout, avait du lâcher du leste et, sous la pression des traditionalistes – oui ! – avait du, une première fois, « concéder », à certaines conditions, très restrictives, l’usage de la messe ancienne. Il fallait particulièrement ne pas entretenir de « relation » avec Mgr Lefebvre qui continuait à lancer la suspicion sur le nouveau rite. C’est l’objet de la lettre « Quattuor abhinc annos » de Jean-Paul II. Nous étions en 1984.

Nous savions également que cette même autorité, au fil du temps, avait du encore élargir la « concession ». Les conditions étaient moins draconiennes. Il était même fait appel à la générosité des évêques en faveur de la messe tridentine, générosité que l’autorité romaine souhaitait plus large, voire très large. C’était le Motu Proprio de Jean Paul II, Ecclesi Dei adflicta.de 1988.

Toutefois, la législation liturgique était toujours en faveur de la messe nouvelle. Elle restait la norme, la loi fondamentale de l’Eglise en matière liturgique. Le cardinal Medina avait eu l’occasion de le rappeler aux prêtres de la Fraternité sacerdotale saint Pierre, lors de leur réunion générale à Rocca di Papa , près de Rome, du printemps 1999. Et puis Mgr Re, substitut de la Secrétairerie d’Etat, avait rappelé à M de Saventhem, président émérite d’UNA VOCE que la finalité du Motu Proprio de Jean-Paul II n’avait pas pour but de « pérenniser » l’ancienne messe mais seulement d’essayer d’apaiser le conflit pour le bien de l’Eglise. Il écrivait : « Les diverses dispositions prise depuis 1984 avaient pour but de faciliter la vie ecclésiale d’un certain nombre de fidèles, sans pérenniser pour autant les formes liturgiques ancienne. La loi générale demeure l’usage du rite rénové depuis le Concile, alors que l’usage du rite antérieur relève actuellement de privilèges qui doivent garder le caractère d’exception ».

Les choses s’amélioraient malgré le chemin difficile.

Mais la législation liturgique fit un bon formidable avec la création d’une administration apostolique dans le Diocèse de Campos, l’administration apostolique saint Jean Marie Vianney sous la direction d’un évêque, en l’occurrence Mgr Rangel. Ces prêtres brésiliens, amis, obtenaient de Rome pour la première fois depuis le 3 avril 1969, le droit exclusif de la messe tridentine et l’exemption vis-à-vis de l’ordinaire du diocèse. Ils pouvaient installer, dans tout le diocèse, les paroisses qu’ils souhaitaient au rythme de leur zèle apostolique sans dépendre de l’autorisation préalable de l’évêque résidant ; il suffisait de l’en prévenir. Nous étions en janvier 2001. Pour la première fois, dans un diocèse de l’Eglise latine, le rite tridentin, latin et grégorien retrouvait sa légitimité, en droit. Ici, dans cette administration, un vrai diocèse, on ne pouvait plus dire que la loi générale de l’Eglise en matière liturgique était exclusivement en faveur de la messe nouvelle …puisqu’elle était dans ce diocèse en faveur du rite romain ancien. La nouveauté était grande. C’est pourquoi, pour ces deux raisons, le droit retrouvé de la messe et l’exemption affirmée, j’ai toujours pensé et le pense encore que Mgr Lefebvre aurait pris la balle au bond et aurait accepté la création d’une administration apostolique sous le nom de Fraternité sacerdotale saint Pie X. Il ne se serait pas encombré de discutions théologiques qui risquent de s’éterniser. Pourquoi, du reste, ne pas les mener une fois la normalisation canonique accomplie ? Rome le souhaitait.
Cette législation nouvelle équiparant les deux rites romains, n’était propre, il est vrai, qu’ au seul diocèse de Campos au Brésil, un petit diocèse… C’était sa faiblesse… Mais c’était une brèche formidable dans la législation « Médina ». Elle ne pouvait pas ne pas s’agrandir d’autant qu’à Rome, le Cardinal Ratzinger soutenu par le cardinal Stickler, ne cessaient de parler en faveur du retour de la messe tridentine dans l’Eglise pour tout prêtre. Elle ne pouvait rester la « chose » des seuls traditionalistes. Elle est un bien de l’Eglise. Il fallait lui redonner son universalité. Et c’est pourquoi ils ne comprenaient pas « l’intolérance » que leurs confrères dans l’épiscopat manifestaient encore en cette affaire liturgique, vis-à-vis d’un bien ecclésial, un trésor. On ne compte pas les livres pour l’un et les conférences pour l’autres qui défendaient la messe tridentine et fustigeaient les oppositions épiscopales.

Arriva enfin le pontificat de Benoît XVI. A peine deux ans après son élection, en 2007, il universalise cette « législation camposienne ». Il donne à l’Eglise son Motu Proprio Summorum Pontificum et là, dans ce texte, abolissant toute législation antérieure, il permet de célébrer les deux rites ou, comme le dit le pape, les deux formes du rite romain, le rite « ordinaire » et le rite « extraordinaire ». Ces deux « rites » sont, dans l’église latine, mis sur un pied d’égalité juridique. C’est l’article 1 du Motu Proprio. Pour chaque messe célébrée en langue latine, avec ou sans fidèles présents, le célébrant a le droit de choisir librement entre le missel de Paul VI (1970) et celui de Jean XXIII( 1962).

Quel « combat » ne fallut-il pas mener pour en arriver là… ? La Providence l’a permis ainsi…

Mais la progression en faveur de la messe tridentine n’était pas finie…
En effet un progrès vient d’être encore franchi avec la lettre du cardinal Antonio Cañizares Llovera, du 20 avril 2010. Il affirme que favoriser l’accès à la forme liturgique officielle du Rite Romain jusqu’à la réforme souhaitée par le Concile Vatican II, c’est-à-dire, favoriser l’accès au rite tridentin …est « un pas pour favoriser », non seulement, « la Communion Ecclésiale », ce qui fut l’attitude du pouvoir ecclésial, mais c’est aussi un pas pour favoriser « une aide pour orienter et mieux comprendre l’actuelle « forme ordinaire » de la Liturgie Romaine » Le rite tridentin n’est pas seulement légalisé dans l’Eglise latine, plus, il devient l’archétype de la liturgie romaine. C’est le sens de l’expression une aide pour « orienter » l’actuelle « forme ordinaire » de la Liturgie Romaine » et ainsi la mieux « comprendre ».
Quel chemin parcouru depuis 1976…Nous sommes passés de l’interdiction de la messe de « toujours » à sa reconnaissance légale et universelle ; de sa reconnaissance légale et universelle à l’affirmation qu’elle est l’archétype de la liturgie romaine. Cette phrase « une aide pour orienter et mieux comprendre l’actuelle « forme ordinaire » de la Liturgie Romaine » veut dire cela ou ne veut rien dire.

Et s’il en est ainsi c’est parce, fort de l’axiome lex orandi, lex credenti, elle est l’expression parfaite de la doctrine catholique sur la messe, sommet de la liturgie de l’Eglise, telle que l’ont exprimée les pères du Concile de Trente principalement dans la session 21 ème de septembre 1562, dans ses chapitres doctrinaux et ses canons, face à la Réforme protestante.
Comme on le sait, « les apports théologiques de la messe tridentine constituent une réponse aux graves controverses du protestantisme » (card. Stickler) Mais cette session 21 ème ne fut pas seulement une réponse nécessaire à l’époque du protestantisme, mais elle reste également la référence pour l’Eglise de toujours et en particulier pour la réforme liturgique issue de Vatican II. Il ne peut en être autrement. La vérité est immuable. Et si l’on veut déterminer le vrai sens de cette réforme liturgique, il faut toujours chercher à s’éclairer de la lumière Concile de Trente et de la messe tridentine qui en est le reflet..

Cette messe est le phare. Aussi nous permettra-t-elle de mieux orienter toutes les réformes et de les bien comprendre.

Or on sait tout d’abord que, « dans le contexte de l’hérésie protestante, la messe de Saint Pie V porta l’accent sur la vérité majeure selon laquelle la messe est un sacrifice, ce qui fut établi par les discussions théologiques et les réglementations spécifiques du Concile » (Card. Stickler). On sait également qu’elle insista sur la notion de la présence réelle de NSJC dans l’Eucharistie, fruit du Sacrifice de la messe ainsi que sur le rôle spécifique du prêtre à l’autel comme représentant le Christ, comme « alter Christus ». On sait aussi que la messe tridentine insiste sur la place de l’autel, lieu du sacrifice renouvelé du Christ, insiste également sur son orientation, la messe devant être célébré « ad orientem », symbole du soleil levant que représente le Christ, Celui que nous devons adorer. Et toutes ces vérités ont entraînées, dans le rite tridentin, tout un symbolisme – le symbolisme liturgique – qui les expriment au mieux, comme les signes d’adoration, de génuflexions, comme la place de l’autel. Abandonner ce symbolisme est très grave. Par exemple « La toute nouvelle place de l’autel, dans le rite de Paul VI ainsi que la place du prêtre face à l’assemblée, interdites autrefois, deviennent aujourd’hui le signe d’une messe conçue comme réunion de la communauté ». C’est là une déficience théologique grave que la célébration commune de la messe tridentine permet de comprendre, d’orienter et de corriger. Il en est de même pour la langue liturgique qui est le latin. Ce principe pourtant affirmé par le Concile de Trente et le Concile Vatican II a été totalement détruit par la réforme liturgique de Paul VI. L’exception du vernaculaire admis par Trente et Vatican II est devenue dans la réforme de Paul VI une exclusivité. Ce qui entraîne de graves conséquences : la perte de l’unité externe au sein de l’Eglise catholique. Nous avons perdu cette possibilité de prier et de chanter ensemble même dans les grands rassemblements ecclésiaux.

Voilà autant de « déficiences théologiques » graves de la messe issue de Vatican II – ma liste ici n’est pas exhaustive – qui pourraient être corrigées, comprises et ainsi orientées, c’est-à-dire réformées par les « bienfaits théologiques de la messe tridentine ». C’est ce que disait déjà le cardinal Stickler dans sa conférence donnée à Fort Lee dans le New Jersey, le 20 mai 1995. La messe tridentine est vraiment l’archétype de la liturgie romaine. Voila, me semble-t-il, le sens de cette phrase du cardinal espagnol : le Motu Proprio est « une aide pour orienter et mieux comprendre l’actuelle « forme ordinaire » de la Liturgie Romaine selon une « herméneutique de la continuité ».
C’est manifestement nouveau. Rendons en grâce à Dieu ! Mais aimons toujours plus cette messe célébrée dans ce rite dit « extraordinaire ». Il l’est de fait !

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