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Entretien avec le général Piquemal

Entretien avec le général Piquemal

publié dans regards sur le monde le 15 juillet 2010


 

Entretien avec le général Piquemal,
combattant d’élite et président de l’Union nationale des parachutistes

Le général Piquemal est général de corps d’armée (quatre étoiles), deuxième section, ce qui signifie dans le langage militaire « de réserve », sous entendu : première section égale « armée d’active ». Il commanda l’ensemble de la Légion étrangère pendant cinq ans. « Un petit laboratoire du monde, le sismographe des crises mondiales », dit-il. Décoré de multiples fois, il porte sa Légion d’honneur uniquement avec « des gens du sérail ». Trois ans assistant de premiers ministres (Michel Rocard, Edith Cresson et Pierre Bérégovoy), il a fait « la Bosnie, le Tchad ». « Mon parti c’est la France » aime-t-il à proclamer. Cet homme emblématique d’une France fière et orgueilleuse qui se refuse aux lieux communs d’usage est le président de l’Union nationale des parachutistes (UNP) depuis six ans. Ce combattant d’élite est aussi un homme de cœur qui a toujours choisi l’honneur.
– C. R.  (dans  Présent  de jeudi 13 juillet 2010)

 

Pourriez-vous nous dire quelques mots de l’UNP ?

L’Union nationale des parachutistes a vu le jour en 1963 à la fin de la guerre d’Algérie au sein d’une armée divisée entre ceux qui avaient choisi l’honneur et les autres qui lui avaient préféré l’obéissance. En 1962 j’étais élève à Saint-Cyr et je n’ai pas eu à faire de choix comme les paras et les légionnaires des unités opérationnelles en Algérie. Le premier régiment
de parachutiste opérationnel a été créé au début de la deuxième guerre mondiale et pendant vingt-trois ans ces hommes valeureux se sont illustrés sur tous les théâtres du monde, notamment en Indochine. Ils sont le fleuron
de l’armée française. Les grands parachutistes comme le colonel Trinquier, le fondateur de l’UNP, ont eu pour soucis de léguer à l’histoire une certaine
image du para. Le colonel Trinquier a voulu réunir dans une sorte d’union-fédération tous les paras pour transmettre à l’Histoire cette image du soldat mythique et pour marquer la fin d’une période opérationnelle.

Après l’Algérie nous savions tous que nous entrions dans une autre phase. Il y avait eu trop de soldats « perdus » chez les parachutistes parce qu’ils avaient fait le choix de l’honneur. Il fallait leur venir en aide par solidarité.
Beaucoup étaient emprisonnés dans les geôles de la République, les familles étaient déstructurées. Ils avaient tout perdu. Pendant les premières années l’action de l’UNP fut d’aider tous ces soldats à se reconstruire. L’UNP fut ensuite reconnue association d’utilité publique, ce qui est un label extrêmement rare puisque la France compte huit cent cinquante mille associations et seulement mille neuf cent soixante-trois sont déclarées d’utilité publique. Annuellement on délivre environ trois reconnaissances.
Le président est élu et comme tout le conseil administratif c’est un bénévole.

L’UNP est donc une structure sociale d’aide aux parachutistes ?

Oui, l’UNP se veut être la gardienne de la mémoire et du souvenir, mais elle veille également à la défense des valeurs de notre identité nationale et à notre patrimoine historique. Nous menons une action d’éducation à l’égard de la jeunesse, nous perpétuons nos cérémonies patriotiques, et nous prenons position lorsque nous considérons que des valeurs où des symboles importants de la Nation sont bafoués. Nous nous voulons
un rempart contre les dérives de notre temps. Cette association est totalement apolitique. Nous nous c o n s i d érons comme les défenseurs,
non seulement en tant que citoyens, mais surtout comme militaires
et parachutistes, des valeurs de la France qui a été longtemps le phare du monde. Contrairement à l’armée d’active nous pouvons nous exprimer publiquement et prendre des positions.

Quelles solutions pourrionsnous envisager pour sortir du bourbier de l’Afghanistan ?

La stratégie mise en place par les Américains en 2001 pour vaincre les Talibans a entrainé des dommages collatéraux énormes parmi la population civile et nous a aliéné cette population. Depuis deux ans les Américains ont inversé la stratégie et la nouvelle tactique consiste désormais à rendre les Afghans autonomes. Il s’agit d’« afghaniser » le pays pour dès l’été 2011, se désengager, c’est-à-dire permettre à la population d’organiser sa propre
police, son armée et ses services de sécurité. La mission des forces alliées
placées sous l’égide américaine vise à gagner les cœurs et les esprits.
Cette guerre en retrait aurait dû être menée dès le départ, aujourd’hui il est trop tard. Il faut donner rapidement à ce peuple son autonomie. Militairement il n’est plus possible de gagner et l’histoire prouve que jamais les Afghans n’ont été battus chez eux. Après dix ans de guerre et la perte de trente mille hommes, les Russes sont partis, au dix-neuvième siècle les Anglais ont été chassés. Une armée, fut-elle importante technologiquement, ne peut pas gagner dans ce pays.
La présence des Alliés cautionne un gouvernement corrompu, discrédité
dans toute la population. Lorsque les forces de l’OTAN se seront
retirées, les soutiens de l’Etat actuel afghan le paieront au prix fort. Nous quitterons l’Afghanistan avec les Américains.

Quel est l’état de l’armée française aujourd’hui ?

Je ne fais plus partie de l’armée française, je ne pourrai donc pas
vous répondre. Je sais simplement que de nombreux cadres s’interrogent
sur le bien-fondé de l’engagement en Afghanistan, même si la
France est le pays qui compte le moins de pertes en hommes. Quarante-
cinq en huit ans. Les Américains dénombrent plus de deux mille
morts et les Anglais plus de trois cents.  Notre présence est-elle encore utile ? Nous allons encore envoyer trois cents hommes sur le terrain ce qui portera nos troupes à quatre mille hommes.

Ne pensez-vous pas que le président Nicolas Sarkozy a un problème avec la « chose militaire » qui lui semble totalement étrangère ?

En 2008, après l’affaire de Carcassonne, nous avons pris conscience que le président était maladroit à l’égard des militaires et ne les aimait pas franchement. Il y a eu une rupture d’estime et une rupture idéologique entre le chef des armées, qui est le président de la République, et les militaires. Sarkozy a ensuite essayé de gommer son image d’hostilité à la « chose militaire ». J’ai conscience que cet homme est loin des militaires et
ne les comprend pas.

Le 22 juin, aux Invalides, le soldat le plus décoré de France, le général
Bigeard, recevait l’hommage de la Nation en l’absence du président Sarkozy qui aurait dû, statutairement, puisqu’il est le chef des armées, être présent. Ce n’est pas une erreur. C’est une faute. Ce grand homme a seulement bénéficié d’une poignée de secondes furtives sur nos chaînes de télévision,
alors que le pitoyable et l’ignoble psychodrame de notre équipe de France de football a occupé nos antennes pendant plus de 3 minutes. Lamentable !

Vous avez toujours assisté à la garden party de l’Elysée et l’année dernière vous avez été très surpris. Pouvez-vous nous raconter ?

Je n’avais jamais vu cela au préalable. Au sein de la garden party il y avait un filtrage interne et des salons étaient réservés aux proches du président. Habituellement tous les salons sont ouverts à tous. Sarkozy est resté avec ses amis et n’a fait qu’une brève apparition alors que cette réception est
faite pour les Français. Le président doit leur témoigner considération
et estime.

La France est-elle à l’image de ses représentants actuels ?

La France est un pays en déclin. Elle a perdu sa crédibilité dans le
monde en tant que grande puissance. Cette France perd son âme et
son identité. Le débat sur l’identité nationale a été un redoutable échec
pour ceux qui l’avaient organisé. Sur le fond il avait d’excellents fondements
mais sa finalité a eu le but inverse à celui qui était recherché. Un pays multiculturel, multiracial, métissé, ne peut l’être que si les personnes qui constituent la France depuis l’origine ne deviennent pas minoritaires. Nous sommes en train d’évoluer vers cette France ouverte à tous. Notre pays a peur de son passé, de son histoire. On recule devant tout, nous sommes
dans un état de repentance permanente. La fierté disparaît au profit
de la génuflexion. Les repères ont disparu, la société est déliquescente
et les médias qui font l’opinion arrivent à conditionner le pays et à
orienter la politique de nos dirigeants. Le pouvoir médiatique façonne
les esprits, les mentalités et les plus hautes autorités de l’Etat sont dépendantes de la presse.

Pourriez-vous nous dire un petit mot sur Bigeard ?

Bigeard est une icône. Un géant. Sa vie aura été un magnifique combat.
Guerrier prestigieux, il avait 23 ans de guerre sur tous les continents,
25 citations, 5 blessures. Héros, grand patriote, il aimait passionnément
la France, il était la plus grande figure du monde parachutiste.
Je l’ai servi en tant que lieutenant. Il aurait pu vous amener n’importe où, avec lui on se sentait invulnérable. Il nous fascinait. On ne pouvait que le suivre. Ce fut le plus grand soldat de la France du vingtième siècle, un
homme politique qui a réussi et un écrivain de talent. Il a commis seize
livres dans lesquels il a transmis ses valeurs et des idées fortes. C’était
un homme du peuple parti de rien et il est devenu le plus grand soldat
de sa génération. Bigeard était un précurseur dans la communication,
il disait toujours « bien faire et faire savoir ». Il avait un sixième sens et la baraka.

Aujourd’hui y a-t-il un homme de sa trempe ?

Pour moi il n’y a pas d’équivalent. Il y a des hommes brillants, de
grands soldats mais aucun n’a l’aura ni le prestige car Bigeard était
adulé dans tous les pays du monde. Nous gardons de lui l’image puissante
d’un homme éclatant dans un monde sombre et d’un roc de certitudes
au milieu de la tempête. Il avait le panache et le brio des grands et la fierté des seigneurs de la guerre. « Les vieux soldats ne meurent jamais, ils s’effacent lentement », disait Mac Arthur. Bigeard est devenu une légende, il ne disparaîtra jamais.
Il a rejoint le panthéon des parachutistes et il est aujourd’hui à la droite de saint Michel.

Propos recueillis par Catherine Robinson
D.R.

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