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Pourquoi la communion à genoux: Benoît XVI veut qu’elle soit reçue de cette façon

Pourquoi la communion à genoux: Benoît XVI veut qu’elle soit reçue de cette façon

publié dans nouvelles de chrétienté le 14 septembre 2010


Pourquoi la communion à genoux: Benoît XVI veut qu’elle soit reçue de cette façon

par Sandro Magister

Le 13 septembre 2010 -

Les fidèles, en le parcourant depuis l’entrée de la cathédrale jusqu’à l’autel, ont comme guide l’arbre de l’histoire du salut, une histoire à la fois sacrée et profane, avec des épisodes de l’Ancien Testament, des Évangiles, du roman d’Alexandre le Grand et du cycle du Roi Arthur.

La mosaïque est du XIIe siècle, époque où il n’y avait dans les églises ni sièges ni bancs et où les fidèles pouvaient voir le pavement dans son intégralité. Même quand il ne comportait pas de figures, le pavement des églises était rendu précieux par ses matériaux et ses dessins. On y marchait. On y priait. On s’y agenouillait pour adorer.

Aujourd’hui l’agenouillement – en particulier sur un pavement nu – est tombé en désuétude. À tel point que la volonté de Benoît XVI de donner la communion aux fidèles dans la bouche et agenouillés provoque l’étonnement.

Cette communion reçue à genoux est l’une des nouveautés que le pape Joseph Ratzinger a introduites quand il célèbre l’eucharistie.

Mais, plutôt que de nouveautés, il s’agit de retours à la tradition. Les autres sont le crucifix au centre de l’autel, « pour que, à la messe, nous regardions tous vers le Christ et pas les uns vers les autres », et l’utilisation fréquente du latin, « pour souligner l’universalité de la foi et la continuité de l’Église ».

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire anglais « Catholic Herald », le maître des cérémonies pontificales, Guido Marini, a confirmé que, même pour les messes de son prochain voyage au Royaume-Uni, le pape gardera ce style de célébration.

Marini a en particulier annoncé que Benoît XVI réciterait la préface et le canon entièrement en latin mais que, pour les autres textes de la messe, il utiliserait la nouvelle traduction en anglais qui entrera en vigueur dans tout le monde anglophone le premier dimanche de l’Avent de 2011 : cela parce que la nouvelle traduction « est plus proche de l’original latin et d’un style plus élevé » que les textes couramment utilisés.

L’attrait que l’Église de Rome a exercé sur beaucoup d’illustres convertis anglais du XIXe siècle et du début du XXe – de Newman à Chesterton et à Benson – tenait aussi à l’universalisme de la liturgie latine. Un attrait pour une foi solide et ancienne qui incite aujourd’hui de nombreuses communautés anglicanes à demander à rejoindre le catholicisme.

La « réforme de la réforme » attribuée au pape Ratzinger dans le domaine liturgique se réalise aussi de cette façon : simplement par l’exemple qu’il donne quand il célèbre.

Mais parmi les gestes exemplaires de Benoît XVI, le moins bien compris – jusqu’à présent – est peut-être le fait de donner la communion aux fidèles agenouillés.

Dans les églises du monde entier, cela ne se fait presque plus. Notamment parce que les balustrades contre lesquelles on s’agenouillait pour recevoir la communion ont été presque partout délaissées ou démontées.

Mais on a également perdu de vue le sens des pavements des églises. Traditionnellement ils étaient très ornés, justement pour servir de base et de guide à la grandeur et à la profondeur des mystères célébrés.

Aujourd’hui peu de gens se rendent compte que des pavements si beaux et si précieux sont aussi faits pour les genoux des fidèles : un tapis de pierre sur lequel on peut se prosterner devant la splendeur de l’épiphanie divine.

Le texte ci-dessous a été écrit justement pour réveiller cette sensibilité.

Il a pour auteur Mgr Marco Agostini, prélat appartenant à la deuxième section de la secrétairerie d’état, cérémoniaire pontifical et passionné de liturgie et d’art sacré, que les lecteurs de www.chiesa connaissent déjà pour avoir lu son commentaire très éclairant de la « Transfiguration » de Raphaël.

L’article est paru dans « L’Osservatore Romano » du 20 août 2010.

DES PRIE-DIEU EN PIERRE

par Marco Agostini

Le soin apporté par l’architecture ancienne et moderne, jusqu’au milieu du XXe siècle, au pavement des églises est impressionnant. En plus des mosaïques et des fresques pour les murs, on trouve aussi, pour les pavements, de la peinture en pierre, des marqueteries, des tapis de marbre.

Je pense par exemple au « tessellatum » multicolore de la basilique Saint-Zénon à Vérone ou de l’hypogée de Santa-Maria-in-Stelle près de cette ville, ou à celui, vaste et raffiné, des basiliques de Théodore à Aquilée, de Sainte-Marie à Grado, de Saint-Marc à Venise, ou à celui, mystérieux, de la cathédrale d’Otrante. À l’ »opus tessulare » cosmatesque brillant d’or des basiliques romaines Sainte-Marie-Majeure, Saint-Jean-de-Latran, Saint-Clément, Saint-Laurent-hors-les-Murs, Sainte-Marie-d’Aracoeli, Sainte-Marie-in-Cosmedin, Sainte-Marie-du-Transtévère, de l’ensemble épiscopal de Tuscania ou de la Chapelle Sixtine au Vatican.

Et aussi aux marqueteries de marbre de Saint-Etienne-le-Rond, de Saint-Georges-au-Vélabre, de Sainte-Constance, de Sainte-Agnès, à Rome, à celles de la basilique Saint-Marc à Venise, du baptistère de Saint-Jean et de l’église San-Miniato-al-Monte à Florence, ou à l’incomparable « opus sectile » de la cathédrale de Sienne, ou aux panneaux de marbre blanc, noir et rouge de Sainte-Anastasie à Vérone, ou encore aux pavements de la grande chapelle de l’évêque Giberti ou des chapelles (XVIIIe siècle) de la Vierge du Peuple et du Saint-Sacrement, toujours à la cathédrale de Vérone, et, surtout, à l’étonnant et précieux tapis de pierre de la basilique Saint-Pierre au Vatican.

À vrai dire il n’y a pas que les chrétiens à s’être intéressés au pavement : on est impressionné par les sols en mosaïque des villas grecques d’Olynthe ou de Pella en Macédoine, par ceux de la villa impériale romaine du Casale à Piazza Armerina en Sicile, ceux des villas d’Ostie ou de la maison du Faune à Pompéi, ou par la somptuosité des scènes du Nil au sanctuaire de la Fortuna Primigenia à Palestrina. Mais aussi par les pavements en « opus sectile » de la curie sénatoriale du Forum à Rome, par les fragments provenant de la basilique de Junius Bassus, toujours à Rome, ou par les incrustations de marbre de la « domus » d’Amour et Psyché à Ostie.

L’intérêt des Grecs et des Romains pour le pavement n’apparaît pas de manière évidente dans les temples, mais dans les villas, les thermes et les autres lieux publics où la famille ou la société civile se réunissait. Même la mosaïque de Palestrina ne se trouvait pas dans un lieu de culte au sens strict. La cella du temple païen n’était occupée que par la statue du dieu et le culte avait lieu à l’extérieur, devant le temple, autour de l’aire sacrificielle. C’est pourquoi les intérieurs n’étaient presque jamais décorés.

Le culte chrétien est au contraire un culte intérieur. Institué dans la belle pièce du cénacle, ornée de tapis, à l’étage supérieur d’une maison d’amis et propagé initialement dans l’intimité du foyer domestique puis dans la « domus ecclesiæ », le culte chrétien a transformé la maison en église quand il a pris une dimension publique. La basilique Saint-Martin-des-Monts est construite sur une « domus ecclesiæ » et elle n’est pas la seule dans ce cas. Les églises n’ont jamais été le lieu d’un simulacre, mais la maison de Dieu chez les hommes, le tabernacle de la présence réelle du Christ dans le très saint sacrement, la maison commune de la famille chrétienne. Même le plus humble des chrétiens, le plus pauvre, était maître et seigneur dans l’église en tant que membre du corps mystique du Christ qu’est l’Église : il marchait sur des pavements précieux, il profitait des mosaïques et des fresques des murs, des peintures sur les autels, il sentait le parfum de l’encens, il était réjoui par la musique et le chant, il voyait la splendeur des ornements portés pour la gloire de Dieu, il goûtait le don ineffable de l’eucharistie qui lui était donnée dans des calices d’or, il marchait en procession en ayant la sensation de faire partie de l’ordre qui est l’âme du monde.

Loin d’être un étalage de luxe, les pavements des églises étaient l’endroit où l’on marche mais ils avaient aussi d’autres fonctions. Ils n’étaient sûrement pas faits pour être recouverts par des bancs : ces derniers ont été introduits à une époque relativement récente, quand on a voulu aménager les nefs des églises pour permettre d’écouter commodément de longs sermons. Les pavements des églises devaient être bien visibles : dans les figures, les entrelacs géométriques, la symbolique des couleurs, ils conservent la mystagogie chrétienne, les indications processionnelles de la liturgie. Ils constituent un monument à la base, aux racines.

Ces pavements sont principalement destinés à ceux qui vivent la liturgie et y évoluent, à ceux qui s’agenouillent devant l’épiphanie du Christ. S’agenouiller c’est répondre à l’épiphanie donnée par grâce à une seule personne. Celui qui est touché par l’éclat de la vision se prosterne à terre et, de là, il voit davantage que tous ceux qui sont restés debout autour de lui. Ceux-ci, en adorant, ou en reconnaissant qu’ils sont pécheurs, voient des reflets dans les pierres précieuses, dans les tesselles d’or dont sont parfois composés les pavements anciens, la lumière du mystère qui rayonne depuis l’autel et la grandeur de la miséricorde divine.

Il est émouvant de penser que ces pavements si beaux sont faits pour les genoux des fidèles : un tapis de pierre durable pour la prière chrétienne, pour l’humilité ; un tapis aussi bien pour les riches que pour les pauvres, un tapis pour les pharisiens et pour les publicains, mais qui est surtout apprécié par ces derniers.

Aujourd’hui les prie-Dieu ont disparu de beaucoup d’églises et on tend à retirer les balustrades auxquelles on pouvait s’appuyer pour la communion à genoux. Or, dans le Nouveau Testament, le geste de s’agenouiller est fait à chaque fois que la divinité du Christ apparaît à un homme : on pense aux Mages, à l’aveugle-né, à l’onction de Béthanie, à Marie-Madeleine dans le jardin au matin de Pâques.

Jésus lui-même dit à Satan, qui voulait lui imposer une génuflexion mal à propos, que l’on ne doit fléchir le genou que pour Dieu. Satan nous demande encore aujourd’hui de choisir entre Dieu et le pouvoir, entre Dieu et la richesse, et il nous tente encore plus en profondeur. Mais ainsi on ne rendra gloire à Dieu pour rien ; ceux qui ont favorisé le pouvoir, ceux dont le cœur a été lié par un acte, ceux-là s’agenouilleront.

Un bon entraînement pour vaincre l’idolâtrie dans la vie est de recommencer à s’agenouiller à la messe, ce qui est d’ailleurs l’une des formes d’ »actuosa participatio » dont parle le dernier Concile. Cela permet aussi de se rendre compte de la beauté des pavements (au moins ceux qui sont anciens) de nos églises. Devant certains d’entre eux, on est tenté de se déchausser, comme le fit Moïse devant Dieu qui lui parlait depuis le buisson ardent.

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