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Prédication de Carême:Le Mystère du Christ dans la prédication de Saint Pierre.

publié dans paroisse saint michel le 12 mars 2011


Le Christ dans la prédication des Apôtres

Le Mystère du Christ dans la prédication de Saint Pierre.

Voici la prédication de Carême que je donnerai le dimanche 13 mars en l’Eglise de Port Marly, à 17h00.

MBCF, dans les deux prédications de Carême que j’ai la joie de vous donner cette année, je voudrais parler du « Christ dans la prédication des Apôtres ». Je m’arrêterai à Saint Pierre. Nous n’aurons pas l’occasion d’aller beaucoup plus loin. Car nous désirons analyser les cinq « sermons » prononcés par saint Pierre tout de suite après la Pentecôte. Mais nous pourrions aussi réfléchir sur la merveilleuse prédication de Saint Paul, de Saint Etienne ainsi que sur celle de saint Jean dans son Apocalypse. Ce pourra faire l’objet de prédications prochaines, si Dieu le permet.

Les premiers discours publics de Saint Pierre sont tout simplement merveilleux. Ils ont pour objet essentiel, pour ne pas dire unique, le Christ Seigneur, vrai homme et vrai Dieu. Oui ! Ils affirment tous la divinité de NSJC, sa messianité, ils affirment essentiellement le mystère de la Rédemption et sa Résurrection. Ils affirment surtout que le Christ est « Sauveur », le seul nom sous le ciel par lequel nous puissions être sauvés. Le salut est en Lui et en aucun autre. Il n’est pas inutile de rappeler aujourd’hui ces vérités tellement compromises aujourd’hui.

Voilà, MBCF, ce que je voudrais méditer avec vous en ce premier dimanche de Carême.
Faisant donc revivre, pour l’édification de nos âmes, les paroles enflammées de saint Pierre.

Première prédication de Saint Pierre.

A peine la Pentecôte a-t-elle eu lieu que les Apôtres « remplis de l’Esprit Saint »
« se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait de proférer », nous dit saint Luc, l’auteur des Actes des Apôtres. Cet événement stupéfia les gens « séjournant à Jérusalem » de sorte qu’ils « ne savaient que penser, se disant l’un à l’autre :  » Qu’est-ce que cela peut bien être?  » Mais d’autres disaient en se moquant :  » Ils sont pleins de vin doux. « 

C’est alors que Pierre, « se présentant avec les Onze, éleva la voix et leur déclara » :

 » Juifs, et (vous) tous qui séjournez à Jérusalem, sachez bien ceci, et prêtez
l’oreille à mes paroles. Ces hommes en effet ne sont point ivres, comme vous le supposez, car c’est la troisième heure du jour. Mais c’est ce qui a été dit par le prophète Joël : Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes
gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes. Oui, en ces jours-là, je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront. Et je ferai paraître des prodiges en haut dans le ciel, et des signes en bas sur la terre : du sang, du feu, de la fumée en éruption; le soleil se changera en ténèbres, et la lune en sang, avant que vienne le jour du Seigneur, le (jour) grand et éclatant.

« Alors, écoutez bien, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ».

Voilà la première affirmation importante de saint Pierre : « Quiconque invoquera le nom de Seigneur (Jésus-Christ) sera sauvé ». Ce sont, MBCF, des paroles d’or, des paroles précieuses, des paroles que je dois mettre dans mon cœur, des paroles qui doivent avoir une résonance particulière dans mon âme de chrétien et qui me donne la raison de mon apostolat : prêcher le Christ Seigneur. .
Cette brève affirmation : « quiconque invoquera le nom de Seigneur sera sauvé » est finalement relative à l’Incarnation du Verbe de Dieu. Elle est relative à la finalité de cette Incarnation, elle a trait à la Rédemption, au rachat, au salut du genre humain. L’Incarnation a eu lieu pour la Rédemption, propter nostram salutem, nous fait dire le Symbole des Apôtres. Dès lors tout homme pris individuellement est concerné profondément, personnellement par la venue de ce Dieu d’amour en ce monde. En ce sens que l’avenir pour l’éternité d’un chacun dépend, dépendra désormais de la relation qu’il aura, qu’il a avec Jésus-Christ, le Seigneur, qu’il en soit conscient ou non, qu’il le veuille ou non. C’est ainsi que le confessait Mgr Lefebvre.

Oh ! que cette proposition est importante !

Cette première affirmation théologique de saint Pierre campe merveilleusement devant mes yeux la personne du Fils de Dieu fait chair. Il est « le Seigneur ». Il est « le Sauveur ». J’entends en écho l’affirmation de l’ange de la Nativité aux bergers : «Ne craignez pas, car je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple une grande joie. Il vous est né aujourd’hui dans la ville de David, un Sauveur,, qui est le Christ, le Seigneur…Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche » (Lc 2 9) Voilà affirmée, par l’ange, la raison de la venue du Seigneur : « un Sauveur vous est né ». Voilà affirmée sa divinité : « le Seigneur ». Voilà affirmé la réalité de sa nature humaine : « Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche »

Que de mystères cette première affirmation de Pierre contient-elle !

Le Magistère les explicitera, les précisera au cours des temps. Il dira : quand j’entends Jésus-Christ, j’entends « Seigneur », quand j’entends « Seigneur » j’entends le Fils unique de Dieu qui, étant de toute éternité avec son Père et l’Esprit Saint, le même seul et unique vrai Dieu, par qui toutes choses ont été créées et qui les conserve et les gouverne en souverain maître. J’entends qu’Il s’est revêtu dans le temps de notre nature humaine, en raison de laquelle Il est vraiment homme comme nous, – « Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche » – tout en continuant d’être avec le Père et le Saint Esprit, le même Dieu qu’Il est de toute éternité. Ce qui entraîne dans sa nature humaine, et Lui assure, en tant qu’Il est homme comme nous, des privilèges de grâces en quelques sortes infinis, au premier rang desquels brille sa qualité de Sauveur des hommes, et qui le constituent, en tant qu’homme, Médiateur unique de Dieu et des hommes, Prêtre Souverain, Roi suprême, Prophète sans égal et Chef et Tête de toute l’assemblée des élus, anges et hommes formant tous son véritable Corps mystique » (Père Pègues).

Voilà des précisions dogmatiques. Elles font notre joie. Elles sont déjà toutes contenues implicitement dans la première affirmation de Pierre : «quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ». Le salut d’un chacun dépend de sa foi ou non en Jésus-Christ. C’est dire l’importance de ce mystère, de ce « Jésus de Nazareth »

Et saint Pierre poursuit, au nom des Apôtres: « Israélites, écoutez ces paroles :

« Jésus de Nazareth, homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes; cet homme vous ayant été livré selon le dessein arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez attaché à la Croix et mis à mort par la main des impies, Dieu l’a ressuscité, en le délivrant des liens de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’elle le tînt en son pouvoir ».

Saint Pierre confesse la réalité historique de la Passion de NSJC et de sa Résurrection. Lui et tous les Apôtres avec lui, en sont les témoins oculaires. Ces mystères ne sont point une invention de la primitive Eglise. Ce sont des faits historiques confessés par tous les Apôtres. Pour ces vérités, ils ont donné leur sang.

Ici saint Pierre affirme la responsabilité des Juifs dans la « mise à mort » de Notre Seigneur : « Vous l’avez attaché à la Croix et mis à mort par la main des impies ». Même si cette mort a été causée « par la mains des impies », c’est-à-dire par les soldats romains, par l’autorisation donnée par Pilate, le « vous » – vous l’avez attaché à la Croix – ne laisse aucun doute sur la responsabilité des juifs dans cette crucifixion de Notre adorable Jésus. Pierre répétera plus loin au verset 36 : « Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu l’a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié. »

Il répétera la même affirmation dans sa deuxième allocution après la guérison de l’infirme à la porte du Temple. C’est dire l’importance de la chose dans la pensée de saint Pierre. Il dit aux Juifs au chapitre 2 verset 13 : « Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous avez livré et que vous avez renié devant Pilate, alors qu’il était d’avis de le relâcher. Mais vous, vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez sollicité la grâce d’un meurtrier. Vous avez fait mourir le chef de la vie, que Dieu a ressuscité des morts : de quoi nous sommes témoins. C’est par la foi en son nom que son nom a raffermi celui que vous voyez et que vous connaissez; et la foi qui (vient) par lui a donné à celui-ci, devant vous tous, cette parfaite guérison ».

Il ne fait aucun doute dans la pensée de Pierre, à lire ces passages, que le peuple juif est responsable de la crucifixion de NSJC. « Vous avez fait mourir le chef de la vie »

Et pourtant, d’un autre côté, il semble que cette mort de Fils de Dieu fait homme ait été prédéterminée par Dieu lui-même puisque saint Pierre, sur ce sujet, dit que Jésus leur a été livré « selon le dessein arrêté et la prescience de Dieu ». Le seul responsable de la mort du Jésus ne serait finalement que Dieu lui-même.

Et plus encore, et dans le même sens, saint Pierre, après avoir pourtant clairement indiqué la responsabilité du peuple juif dans la mort du Seigneur, semble les innocenter. Il le dit dans sa deuxième allocution après le miracle fait au Temple : « Et maintenant, frères, je sais bien que vous avez agi par ignorance, ainsi que vos magistrats ». Mais davantage encore, il réaffirme les propos précédents et laisse de cette mort la totale responsabilité à Dieu. Il dit : « mais Dieu a accompli ainsi ce qu’il avait prédit par la bouche de tous les prophètes, que son Christ souffrirait ». Le peuple juif, ainsi que ses « magistrats, de cette mort, en seraient ainsi totalement exonérés !

Alors MBCF comment régler ce difficile problème ?

Il est important tout d’abord en lui-même. C’est une question de vérité. Mais aussi en raison du texte conciliaire « Nostra Aetate » dans son chapitre 4 sur les relations entre l’Eglise et la religion juive. Et enfin, tout dernièrement le Pape Benoît XVI dans le deuxième tome de son livre « Jésus de Nazareth » qui vient de paraître, le 10 mars dernier, aborde le récit de la Passion de NSJC et affirme que « le peuple juif comme tel » n’est pas responsable dans son ensemble de la mort du Christ ? C’est seulement « l’aristocratie du Temple » qui aurait commis ce crime de déicide. Innocenter « le peuple juif comme tel » : telle est l’affirmation de Benoît XVI. Il indique comme coupable «le groupe des partisans de Barabbas, mais pas le peuple juif comme tel». De cette affirmation, il a été, dit-on, complimenté par le premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahu – qui lui aurait envoyé, jeudi, une lettre en ce sens. N’oublions pas que dans ce livre, Benoît XVI n’engage pas son infaillibilité pontificale. Il l’a dit. Il parle comme exégèse privé.

Le peuple juif ne serait nullement responsable de la mort du Christ ? C’est la thèse défendue par l’historien Jules Isaac. Pour être précis, ce sont les quatre dernières proposition des 18 propositions présentées par lui à Seelisberg en Suisse en 1947, propositions qui ont si fortement influencé Jean XXIII, le cardinal Bea et par eux, le Concile Vatican II et le texte conciliaire « Nostra aetate ».

Voilà ce qui y est dit :

14 – se garder, par-dessus tout de l’affirmation courante et traditionnelle que le peuple juif a commis le crime inexpiable de déicide, et qu’il en a pris sur lui, globalement, toute la responsabilité ; se garder d’une telle affirmation non seulement parce qu’elle est nocive, génératrice de haines et de crimes, mais aussi parce qu’elle est radicalement fausse ;

15 -mettre en lumière le fait, souligné par les quatre Évangiles, que les grands-prêtres et leurs complices ont agi (contre Jésus) à l’insu du peuple et même par crainte du peuple ; – Ce serait « l’aristocratie du Temple », dont parle Benoît XVI

16- pour ce qui est du procès juif de Jésus, reconnaître que le peuple juif n’y est pour rien, n’y a joué aucun rôle, n’en a même probablement rien su ; que les outrages et brutalités qu’on met à son compte ont été le fait des policiers ou de quelques oligarques ; qu’il n’y a nulle mention d’un procès juif, d’une réunion du sanhédrin dans le quatrième Évangile ;

17- pour ce qui est du procès romain, reconnaître que le procurateur Ponce Pilate était entièrement maître de la vie et de la mort de Jésus ; que Jésus a été condamné pour prétentions messianiques, ce qui était un crime aux yeux des Romains, non pas des Juifs ; que la mise en croix était un supplice spécifiquement romain ; se garder d’imputer au peuple juif le couronnement d’épines qui est, dans les récits évangéliques, un jeu cruel de la soldatesque romaine ; se garder d’identifier la foule ameutée par les grands-prêtres avec le peuple juif tout entier ou même avec le peuple juif de Palestine dont les sentiments antiromains ne font pas de doute ; noter que le quatrième Évangile met en cause exclusivement les grands-prêtres et leurs gens ;

18- en dernier lieu, ne pas oublier que le cri monstrueux : « Son sang soit sur nous et sur nos enfants » ne saurait prévaloir contre la Parole : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ».

Peut-on aborder ce difficile problème et porter quelques lumières. Nous suivrons saint Thomas. Il nous éclaire merveilleusement sur ce problème dans la Somme, dans la III pars à la question 47 qu’il intitule : « La cause efficiente de la Passion du Christ ».

Quelle est la doctrine de saint Thomas.

Dans cette question 47, saint Thomas étudie les auteurs de la Passion du Christ. Quels sont-ils ? Et quelles sont leurs responsabilités respectives. Il est en plein dans la « problématique » de Jules Isaac.

Il n’exclue nullement la « responsabilité » du peuple juif. Mais il la met à sa place.

Saint Thomas se pose 6 questions :

1. Le Christ a-t-il été mis à mort par autrui ou par lui-même? – 2. Pour quel motif s’est-il livré à la Passion? – 3. Est-ce le Père qui l’a livré à la Passion? – 4. Convenait-il qu’il souffre par la main des païens, ou plutôt des Juifs? – 5. Ses meurtriers l’ont-ils connu? – 6. Le péché de ses meurtriers.
De ces six articles, les deux premiers examinent la part du Christ lui-même dans le fait de sa mort ; le troisième, la part du Père ; les trois autres, la part des hommes, les romains et les Juifs.

Pour ce qui est de la part du Christ,

Saint Thomas se demande, d’abord, si le Christ peut être dit avoir eu une part dans le fait de sa mort ; et, en second lieu, en cas de réponse positive, quel a été le motif ou le mobile qui a porté le Christ à se livrer ainsi à la Passion et à la mort. Le premier point fait l’objet de l’article premier.

Le Christ a-t-il été mis à mort par autrui ou par lui-même?

Il semblerait qu’il faille répondre que le Christ n’a pas été mis à mort par d’autre que par lui-même puisqu’Il dit « Personne ne me prend ma vie, c’est moi qui la donne. » (Jn 10, 18).
D’autre part, le fait qu’il ait poussé un « grand cri » remettant son âme entre les mains de son Père montre que le Christ a remis son âme quand il le voulut. C’est dire que le Christ n’a pas été mis à mort par d’autres que par lui-même. « Il n’a pas quitté sa chair malgré lui, mais parce qu’il le voulut, quand il le voulut, et comme il le voulut ».

Cependant, le Christ a dit aussi, en parlant de lui-même (Lc 18, 33): « Après l’avoir flagellé, ils le tueront. » Le Christ serait donc mort par d’autres que par lui-même.

Alors ? Comment répond saint Thomas :
Saint Thomas distingue, comme toujours.

Ce sont les persécuteurs – pour l’instant Saint Thomas ne cherche pas à savoir si ce sont les païens ou les Juifs qui l’ont mis à mort- il parle seulement des « persécuteurs » – ce sont les persécuteurs du Christ qui l’ont mis à mort; car ils lui ont fait subir les traitements qui devaient amener la mort, avec l’intention de la lui donner. Et la mort qui s’en est suivie a été réellement produite par leurs outrances physiques causées sur Jésus.

Toutefois le Christ n’a pas écarté de son propre corps les coups qui lui étaient portés, mais a voulu que sa nature corporelle succombe sous ces coups. « En ce sens, on peut dire que le Christ a donné sa vie ou qu’il est mort volontairement ».

Le Christ pouvait en effet empêcher cette Passion et cette mort.

-Il le pouvait d’abord, en réprimant ses adversaires, de telle sorte qu’ils ne voulussent pas ou qu’ils ne pussent pas le mettre à mort. On l’a vu au Jardin des Oliviers. Le Christ a terrassé un instant ses ennemis.

-Il le pouvait aussi, parce que son esprit avait la puissance de conserver la nature de sa chair pour qu’aucune cause de lésion qui lui serait infligée ne parvint à l’accabler : puissance que l’âme du Christ avait parce qu’elle était unie au Verbe de Dieu dans l’unité de sa Personne.

Par cela donc que le Christ ne repoussa point de son propre corps les coups qui lui étaient portés mais qu’Il voulut que la nature corporelle succombât sous ces coups, Il est dit avoir disposé Lui-même de son âme ou de sa vie. De cette façon il est dit « être mort volontairement ».

Alors lorsque Jésus dit « Personne ne prend ma vie », il faut sous entendre : « sans que j’y consente », car prendre, au sens propre du mot, c’est enlever quelque chose à quelqu’un contre son gré et sans qu’il puisse résister.
Et lorsqu’il est dit dans l’Evangile qu’Il a « poussé un grand cri »; c’est là un des miracles de sa mort. D’où la parole de Marc (15, 39): « Le centurion qui se tenait en face, voyant qu’il avait expiré en criant ainsi, déclara: « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ! »

Ainsi, avec Saint Thomas, il faut conclure : « en mourant le Christ, a subi, tout à la fois, la violence et est mort volontairement, puisque la violence faite à son corps n’a pu dominer celui-ci que dans la mesure où il l’a voulu lui-même ».
Ainsi c’est en toute vérité que le Christ s’est livré Lui-même à la mort ; bien que cependant, en toute vérité aussi, cette mort lui ait été donnée par ses bourreaux.

Vous le voyez : les distinctions apportées par Saint Thomas font apprécier particulièrement la liberté du Christ en sa mort et donc son amour pour nous. Qu’aurait-elle eu de remarquable cette mort du Christ si elle lui eut été imposée? Mais mourant librement, cette mort du Christ fait éclater davantage son amour pour nous. Il est une victime libre. Cette liberté mesure son amour.

Ainsi on peut dire que la mort, sous un certain rapport, lui a été donnée par ses bourreaux tout en affirmant que le Christ s’est livré lui-même à la mort, sous un autre rapport. Et sous ce rapport, i.e. en tant qu’Il domine par sa Puissance divine, sur son propre corps et âme, le Christ est seul cause de sa mort.

Mais quelle fut, de sa part, la cause qui le fit ainsi aller à la mort et l’accepter volontairement ?

Autrement dit : Quel en fut le motif ?

A cette question importante, Saint Thomas d’Aquin répond que le Christ est mort par obéissance à l’ordre de son Père : « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la reprendre, tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. » (Jn 10, 18), pour réparer la désobéissance d’Adam et Eve en le péché originel.

C’est l’objet du deuxième article de saint Thomas. Il fonde son argument sur la parole de saint Paul: « De même que par la désobéissance d’un seul, beaucoup ont été constitués pécheurs, de même aussi, par l’obéissance d’un seul, beaucoup sont constitués justes » (Rm 5, 19).

De quelle obéissance parle saint Paul ? De l’obéissance à la volonté de Dieu qui a réparé une désobéissance à l’ordre divin, celle d’Adam et Eve.

Voilà tout le mystère du cours de l’histoire. L’histoire – que va connaître nécessairement votre baptême – est celle de ce conflit entre la désobéissance initiale, la désobéissance satanique, la désobéissance d’Adam et l’obéissance de Nouvel Adam, le Christ. Deux mondes s’affrontent : celui de l’obéissance à Dieu et à son Christ ; celui de la désobéissance du monde contemporain contre Dieu et son Christ. Saint Augustin, lui, parlera du conflit entre un monde dominé par « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu » et d’un monde dominé par « l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi ». Il n’y a pas de milieu. Tout est dit. Voilà le cours de l’histoire.

Ainsi le Christ s’est livré Lui-même à la Passion et à la mort. Il n’y avait, pour Lui, aucune nécessité de souffrir ou de mourir, mais Il avait tout Pouvoir, un pouvoir absolu d’éviter la Passion et la mort. Toutefois Il a voulu les subir. Et c’est parce qu’Il a voulu les subir qu’en effet la Passion et la mort l’ont atteint. D’où il résulte qu’en toute vérité, Il s’est sacrifié lui-même. Et il l’a fait par obéissance, pour accomplir ce qu’Il savait être une pensée arrêtée dans les conseils de Dieu son Père, une volonté ferme portant sur un dessein qui devait montrer en pleine lumière la sagesse, la bonté , la puissance infinie de Dieu dans l’économie de son Œuvre par excellence : la restauration, par la mort volontaire de son Fils sur la Croix, de l’œuvre ruinée au début du genre humain par la désobéissance du premier homme détachant de l’arbre du Paradis terrestre, à l’instigation du Démon, le fruit défendu.

C’est ce qu’exprime bien Nostra Aetate dans son § 6 : « D’ailleurs, comme l’Église l’a toujours tenu et comme elle le tient encore, le Christ, en vertu de son immense amour, s’est soumis volontairement à la Passion et à la mort à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de toute grâce ». On peut difficilement faire une meilleure synthèse.

Mais Le Père a-t-il livré à la Passion son Fils ? C’est l’article 3

Mais alors cette volonté formelle du Père accomplie volontairement et par obéissance par le Fils, permettrait-elle de dire, en toute vérité, que le Père a livré Lui-même son Fils à la Passion et à la mort ? La question est d’une portée extrême pour la parfaite intelligence du langage biblique et chrétien dans le grand mystère de la Rédemption.

Saint Thomas va la résoudre à l’article 3 où il se pose la question : « Est-ce le Père qui a livré le Christ à la Passion ? Il semblerait que non puisque c’est Judas qui livra le Christ aux Juifs, « les Juifs », le Christ à Pilate ; Pilate ne disait-il pas : « Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi. » et également Pilate « qui le livra pour qu’il soit crucifié » ( Jn 19, 16). Alors qu’en est-il du Père ?

Dans cet article, Saint Thomas rappelle d’un mot la conclusion de l’article précédent et en tire tout de suite une triple preuve pour établir la conclusion du présent article :

« Nous l’avons montré à l’article précédent: le Christ a souffert volontairement, par obéissance à son Père. Aussi Dieu le Père a livré le Christ à la passion de trois façons :

1° Selon sa volonté éternelle, il a ordonné par avance la passion du Christ à la libération du genre humain, selon cette prophétie d’Isaïe (53, 6): « Le Seigneur a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. » Et il ajoute: « Le Seigneur a voulu le broyer par la souffrance. »

2° Il lui a inspiré la volonté de souffrir pour nous, en infusant en lui la charité. Aussi Isaïe ajoute-t-il « Il s’est livré en sacrifice parce qu’il l’a voulu. »

3° Il ne l’a pas mis à l’abri de la passion, mais il l’a abandonné à ses persécuteurs. C’est pourquoi il est écrit (Mt 27, 46) que, sur la croix, le Christ disait: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Parce que, remarque S. Augustin, Dieu a abandonné le Christ à ses persécuteurs.

Ainsi le Père a livré le Christ à sa Passion en lui inspirant la volonté de souffrir pour nous.

Et Saint Thomas conclut cet article par une phrase capitale : « Par là on constate tout d’abord la sévérité de Dieu ( ou sa justice) qui n’a pas voulu remettre le péché sans châtiment, ce que souligne l’Apôtre (Rm 8, 32): « Il n’a pas épargné son propre Fils » ; et sa bonté en ce que l’homme ne pouvant pas satisfaire en souffrant n’importe quel châtiment, il lui a donné quelqu’un qui satisferait pour lui, ce que l’Apôtre a souligné ainsi: « Il l’a livré pour nous tous. » Et il dit (Rm 3, 25): « Lui dont Dieu a fait notre propitiation par son sang. »

Il faut donc dire, en toute vérité, que Dieu le Père a livré son Fils à la Passion et à la mort. Jamais, en effet , le Christ n’eut connu la Passion et la mort si Dieu le Père n’en avait disposé ainsi dans ses conseils éternels, en vue du salut du genre humain : non pas que Lui-même ait infligé la mort au Christ, pas plus que le Christ ne se l’est donné Lui-même ; mais Il avait dans son infinie justice, dans sa sagesse et sa miséricorde statué qu’Il inspirerait au Christ, par amour pour nous, la volonté de ne point repousser, comme Il en aurait le droit et le pouvoir, les mauvais traitements et la mort que lui infligeront des hommes pervers ; d’accepter même tout cela avec une sorte de saint empressement pour que fussent manifestés les infinis trésors de bonté contenus en Dieu et dans son Christ. Le Christ a donc été livré par Dieu son Père et Il s’est livré Lui-même pour des raisons d’infinie sagesse »

Ce qui n’est pas le cas et de Judas, et des Juifs et de Pilate. Et de fait qu’en est-il de Judas, des juifs et des Romains ? L’ont-ils livré à la Passion ou pas ?

Saint Thomas n’exclut pas leur responsabilité en la Passion du Christ. Mais, vous le savez, « la même action se juge diversement, en bien ou en mal, suivant la racine dont elle procède. En effet, le Père a livré le Christ et le Christ s’est livré lui-même, par amour, et on les en loue. Mais Judas a livré le Christ par cupidité, les Juifs par envie, Pilate par crainte ambitieuse envers César, et c’est pourquoi on les blâme ».

Voilà ce qu’aurait du rappeler Nostra Aetate, ce qu’il n’a pas fait. Pourquoi ? Je ne sais.

Alors Saint Thomas va revenir sur le rôle et de Judas et des Juifs, et du peuple et des anciens, -le pape, lui, parles de « l’aristocratie du Temple »- saint Thomas, lui parle « des grands du peuple » les distinguant dans le « peuple juif », des « petits » et de Pilate…

Quelle est la part de responsabilité des uns et des autres, des Gentils et des Juifs, des « grands du peuple » et du « petit peuple » dans cette Passion et cet mort du Christ ?

Devons-nous supposer qu’ils connurent Celui qu’ils poursuivaient ainsi, qu’ils condamnaient et qu’ils frappaient. C’est la question même de la responsabilité des auteurs du déicide. Saint Thomas va le résoudre à l’article 5 : « Les meurtriers du Christ l’ont-ils connu »?
Il semble bien que les persécuteurs du Christ, les Juifs, le connurent:

Saint Thomas cite la parabole des vignerons homicides. D’après S. Matthieu (21, 38) « Les vignerons, en le voyant, dirent entre eux « Voici l’héritier, venez, tuons-le. » S. Jérôme commente: « Par ces paroles, le Seigneur prouve clairement que les chefs des juifs ont crucifié le Fils de Dieu non par ignorance, mais par envie. Car ils ont compris qu’il est celui à qui le Père avait dit par le prophète (Ps 2, 8): « Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage. » Il semble donc qu’ils ont connu qu’il était le Christ, ou le Fils de Dieu.

Et le Seigneur lui-même laisse entendre qu’ils le connurent lorsqu’il dit (Jn 15, 24): « Maintenant ils ont vu, et ils nous haïssent, moi et mon Père. » Or, ce qu’on voit, on le connaît clairement. Donc, les Juifs connaissant le Christ, c’est par haine qu’ils lui ont infligé la passion.

On lit aussi dans un sermon du concile d’Éphèse : « Celui qui déchire une lettre impériale est traité comme s’il déchirait la parole de l’empereur et condamné à mort. Ainsi le juif qui a crucifié celui qu’il voyait sera châtié comme s’il avait osé s’attaquer au Dieu Verbe lui-même. » Il n’en serait pas ainsi s’ils n’avaient pas su qu’il était le Fils de Dieu, parce que leur ignorance les aurait excusés. Il apparaît donc que les Juifs qui ont crucifié le Christ ont su qu’il est le Fils de Dieu.
Cependant: il y a la parole de S. Paul (1 Co 2, 8): « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire », et celle de S. Pierre aux Juifs (Ac 3, 17): « je sais que vous avez agi par ignorance, comme vos chefs » et le Seigneur sur la croix demande (Lc 23, 34): « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

On voit à la lecture de tous ces textes combien délicate est la question posée. Elle est au cœur de la « problématique » de la pensée de Jules Isaac et de ses 18 questions qui influença tellement le Concile Vatican II dans Nosta aetate.

Saint Thomas, pour résoudre ce problème, va établir une distinction de la plus haute importance. Il nous avertit que « parmi les Juifs, les uns étaient les notables ou les Grands ; et les « autres » constituent la multitude et la foule ou les « petits »

Oui, chez les Juifs, il y avait les grands et les petits.

Les grands, qui étaient leurs chefs, ont su « qu’il était le Messie promis dans la loi; car ils voyaient en lui tous les signes annoncés par les prophètes; mais ils ignoraient le mystère de sa divinité ». Et c’est pourquoi S. Paul dit: « S’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de gloire. »

Mais pour autant leur ignorance n’excusait pas leur crime, puisque c’était en quelque manière une ignorance volontaire (affectata, dit saint Thomas). En effet, ils voyaient les signes évidents de sa divinité; mais par haine et jalousie, ils les prenaient en mauvaise part, et ils refusèrent de croire aux paroles par lesquelles il se révélait comme le Fils de Dieu. Aussi dit-il lui-même à leur sujet (Jn 15, 22): « Si je n’étais pas venu, et si je ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché. » Et il ajoute: « Si je n’avais fait parmi eux les oeuvres que personne d’autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché. » On peut donc leur appliquer ce texte (Job 21, 14): « Ils ont dit à Dieu: « Éloigne-toi de nous, nous ne voulons pas connaître tes chemins ».

Il faut remarquer cette doctrine si ferme de saint Thomas sur le caractère d’évidence que portaient les signes ou les miracles faits par le Christ devant les Juifs cultivés et instruits, -les aristocrates du Temple – ; de telle sorte que ceux qui n’en ont pas conclu qu’Il était vraiment Dieu et le Fils de Dieu sont inexcusables : seule leur volonté mauvaise en fut la cause. Ces mêmes miracles, et dans des conditions encore plus convaincantes si l’on peut ainsi dire, sont rapportés dans les quatre Evangiles. Il n’est pas un esprit cultivé ou instruit qui ne puisse les connaître et les reconnaître. Si donc ceux-là qui le peuvent ne les connaissent pas ou ne les reconnaissent pas, et que, par ce motif, ils ne viennent pas au Christ par une foi pleine et aimante, ce sera pour une raison de mal ou de disposition mauvaise dans leur volonté ; et, par suite, eux non plus n’auront pas d’excuse pour leur péché de n’être point venus au Christ.

L’on voit ainsi combien est fausse la position de Jules Isaac.

Ils n’ont pas connu le Christ comme Fils de Dieu parce qu’ils ne voulurent pas le reconnaître. Tous ses faits et gestes montraient à l’évidence sa Messianité, sa divinité. Ils sont donc inexcusables dans leur aveuglement ou leur ignorance. Comme le dit Saint Thomas. Les « grands » du peuple Juif sont coupables d’une ignorance volontaire. Elle ne peut les excuser dans la Passion du Christ.
Comme le dit encore saint Thomas : « L’ignorance volontaire n’excuse pas la faute, mais l’aggrave plutôt; car elle prouve que l’on veut si violemment accomplir le péché que l’on préfère demeurer dans l’ignorance pour ne pas éviter le péché, et c’est pourquoi les Juifs ont péché comme ayant crucifié le Christ non seulement comme homme, mais comme Dieu ». Il s’agit bien d’un « déicide »

Ils ont donc toute la responsabilité du déicide. Ils l’ont, parce qu’ils pouvaient, parce qu’ils devaient savoir que Celui qu’ils vouaient au crucifiement était vraiment Dieu Lui-même, le Fils de Dieu en Personne ; qu’ils n’ont pas pu ne pas s’avouer qu’il en était ainsi, mais qu’ils ont détourné volontairement leur esprit de ce qui, dans cette vérité, les aurait contraints d’abdiquer devant le Christ et de se faire ses disciples. Ils ont même entraîné, dans la responsabilité du même déicide, la foule qu’ils ont rendue participante de leur crime.

Ainsi est fausse l’opinion de Jules Isaac voulant exempter les Juifs, « les grands » comme « les petits » de la moindre responsabilité dans la Passion et la mort du Christ.

Quant aux petits, c’est-à-dire les gens du peuple, qui ne connaissaient pas les mystères de l’Écriture, ils ne connurent pleinement ni qu’il était le Messie, ni qu’il était le Fils de Dieu. Car bien que quelques-uns aient cru en lui, la multitude n’a pas cru. Parfois elle se demandait si Jésus n’était pas le Messie, à cause de ses nombreux miracles et de l’autorité de son enseignement, comme on le voit chez S. Jean (7, 31). Mais ces gens furent ensuite trompés par leurs chefs au point qu’ils ne croyaient plus ni qu’il soit le Fils de Dieu ni qu’il soit le Messie. Aussi Pierre leur dit-il: « je sais que vous avez agi par ignorance, comme vos chefs »; c’est-à-dire « que ceux-ci les avaient trompés».

« Ici donc les « petits » furent égarés par les « grands »

Il n’en faudrait pas conclure pour autant que toute responsabilité disparaît et que les « petits » seront excusés de tout péché par le fait même. Car tout être humain ayant l’usage de la raison est à même, absolument parlant, de reconnaître les signes de la vérité, selon que Dieu, dans sa Providence, les met, d’une manière au moins suffisante à sa portée, en utilisant les lumières indéfectibles du bon sens et les sentiments premiers de l’équité naturelle. Aussi bien voyons nous que la multitude du peuple juif n’a pas été indemne aux yeux de la justice divine, et que non seulement les chefs qui l’avaient égaré, mais aussi le peuple qui avait suivi ses chefs, ont tous été châtiés pour le crime de déicide.

Mais cela nous amène à mesurer la gravité du crime commis par ceux qui se rendirent coupables de la mort du Christ sur la Croix. Faut-il dire que ce crime a été de tous le plus grave ? Saint Thomas nous répond à l’article 6 intitulé : « Le péché des meurtriers du Christ est-il ou non le plus grave des péchés ?

Comme on peut s’y attendre, Saint Thomas va distinguer la gravité de la faute chez les « grands » et chez les « petits ». Il parlera ensuite de la faute des « romains », des païens.

Voilà le principe de la réponse thomiste : La faute de tous est proportionnée à la connaissance que les uns et les autres ont du Christ.

Pour les Grands : « Nous l’avons dit à l’article précédent, les chefs des juifs ont connu le Christ, et s’il y a eu chez eux de l’ignorance, elle fut volontaire et ne peut les excuser. C’est pourquoi leur péché fut le plus grave, que l’on considère le genre de leur péché ou la malice de leur volonté ».

Quant aux « petits », aux gens du peuple, ils ont péché très gravement, si l’on regarde le genre de leur péché, mais celui-ci est atténué quelque peu à cause de leur ignorance. Aussi sur la parole: « Ils ne savent pas ce qu’ils font », Bède nous dit: « Le Christ prie pour ceux qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient, ayant le zèle de Dieu, mais dépourvus de connaissance. »

Beaucoup plus excusable est le péché des païens qui l’ont crucifié de leurs mains, parce qu’ils n’avaient pas la science de la loi.

Mais si on peut mettre une « hiérarchie » dans la faute de tous ces gens, il faut dire, avec Saint Thomas : « Judas a livré le Christ non à Pilate mais aux chefs des prêtres, qui le livrèrent à Pilate selon cette parole (Jn 18, 35): « Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi. » Cependant le péché de tous ces gens fut plus grave que celui de Pilate qui tua le Christ par peur de César; et il fut plus grand que celui des soldats qui crucifièrent le Christ sur l’ordre de leurs chefs, non par cupidité comme Judas, ni par envie et par haine comme les chefs des prêtres ».

Conclusion :
Ainsi si nous voulions résumer la pensée de saint Thomas dans cette difficile question de la cause efficiente de la Passion et de la mort du Christ, on pourrait dire : « Si la Passion du Christ a eu lieu, c’est, à n’en pas douter parce que Lui-même l’a voulu. Et il ne l’a voulu Lui-même qu’en union de volonté parfaite avec la volonté du Père dont l’infinie sagesse avait renfermée dans ce mystère ses plus riches trésors : la justice et la miséricorde. Mais les exécuteurs humains de ce plan divin qui furent les Juifs et les Gentils, ne sauraient bénéficier de la sagesse des conseils de Dieu. C’est par une volonté perverse de leur part qu’ils ont poursuivi le Christ et l’ont conduit à la mort. La perversité de cette volonté n’a pas été la même pour tous. Car tous n’étaient pas éclairés d’une égale lumière au sujet du Christ.
Les premiers responsables, et, partant, les plus coupables, furent les principaux parmi les Juifs, les chefs du peuple, ceux qui avaient en leurs mains le dépôt des Ecritures. Ils auraient pu et ils devaient reconnaître le Christ dans la Personne de Jésus. Mais par jalousie et par haine, ils éteignirent sciemment la lumière qui leur était donnée avec surabondance. Leur crime est sans excuse. Il est le plus grand qui n’ait été jamais commis parmi les hommes.

Le peuple juif, égaré et trompé par eux, a eu sa responsabilité diminuée en raison de la part d’involontaire qu’il a pu y avoir dans son ignorance.

Il en fut de même et dans une mesure plus grande encore pour les païens, ignorants les choses de la Loi, qui coopérèrent au crime du déicide. Tous furent coupables ; mais bien moins que les Juifs ; et, à des degrés divers selon le degré de leur culture ou de leur indépendance. »

Voilà la doctrine de Saint Thomas sur le problème de la cause efficiente de la Passion et de la mort du Christ et donc sur les « intervenants » dans cette mort.

Ce fut la doctrine de l’Eglise jusqu’à Pie XII.

NB : Sans épouser toutes les thèses de Jules Isaac sur ce sujet précis, « Nostra aetate » exprima la doctrine catholique d’une manière équivoque, avec « peur et tremblement », et tout particulièrement sur les responsables du peuple juif dans la Passion et de la mort de NSJC.
Dire seulement que « les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Evangile, et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion », sans rien de plus, est très faible. Et frise l’erreur, la malhonnête intellectuelle. Pour saint Thomas, les « grands » du peuple ont une responsabilité totale en raison de leur volonté perverse refusant l’évidence des signes proposés par le Christ, confirmant les Ecritures. Il est, à mon avis, nécessaire de changer ce passage de Nostra Aetate en s’inspirant de la doctrine de saint Thomas. Il ne correspond pas à la vérité. Le Rabbin Di Segni demanda au pape Benoît XVI, après sa visite à la Synagogue de choisir : ou « les lefebvristes ou nous », « ou l’acceptation des ouvertures du Concile Vatican II sur le judaïsme ou les lefebvristes ». Il oublie le seul point, essentiel : la vérité. « Les grands des Juifs, les rabbins, ont ignoré les Christ. Mais leur ignorance n’excuse pas leur crime, puisque c’est en quelque manière une ignorance volontaire (affectata). Ils voyaient les signes évidents de sa divinité, de sa messianité; mais par haine et jalousie, ils les prenaient en mauvaise part, et ils refusèrent de croire aux paroles par lesquelles Il se révélait comme le Fils de Dieu ».

Telle est l’aveuglement des Juifs.

Retenons que Saint Thomas parle d’ignorance « volontaire » ( affectata).

Là est le grand mystère d’Israël. Voilà ce que la déclaration conciliaire devait préciser et n’a pas précisé.

Le plus grand mystère d’Israël ! Comment un peuple qui avait été préparé par Dieu pendant plus de deux mille ans à accueillir le Messie, le Fils de Dieu, a-t-il pu ne pas le reconnaître ? Comment les grands prêtres et les Juifs de Jérusalem ont-il pu le faire mourir, par la main de Pilate et des soldats romains, d’une mort infâme, en le crucifiant ?
Nostra Aetate dit aussi « Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé (en latin : urserunt)à la mort du Christ ce qui a été commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. »

C’est ce que semble affirmer aussi Benoît XVI en parlant des seules « aristocrates du Temple »

Là aussi, après avoir lu l’enseignement de saint Thomas, on voit combien cet texte est vague, terne, et faible. Les pères conciliaires auraient du préciser le mot latin utilisé « urgere ». Il fallait préciser la raison de cette opposition du peuple juif et surtout des « Grands » contre Notre Seigneur, sa nature. Souvenez-vous. Les ennemis du Christ, – ceux qui, parmi les Juifs, ne cessèrent de le poursuivre de leur haine jusqu’au jour où ils l’eurent fait mourir sur la Croix et scellé dans son tombeau -, ils s’aveuglaient volontairement, niant ou dénaturant même l’évidence pour se donner le droit de le détester, de le poursuivre et de le perdre. C’est ce péché contre le Saint Esprit que le Christ leur reproche dans l’Evangile, et qui n’est pas autre, ici, que l’aveuglement volontaire, la perversité consistant à nier l’évidence ou à dire et peut-être à finir par se persuader que cela même qu’on voit être n’est pas, pour l’unique raison que la volonté perverse veut que cela ne soit pas.

Et les juifs de notre temps participent à ce même péché de déicide de leurs pères, – ils n’en sont pas innocentés – puisqu’ils continuent de persévérer dans cette même ignorance coupable, refusant de voir la divinité de l’Eglise, le Christ continué dans le temps.

Mais en disant cela, – et cela a été bien pris en compte par Nostra Aetate – il ne faut pas oublier la belle révélation de saint Paul de la conversion du peuple juif, à la fin des temps, de sa conversion à la messianité et à la divinité de NSJC. Il le dit aux Romains, au chapitre 11 : « « Je demande donc : ont-ils bronché afin de tomber pour toujours ? Loin de là ! Mais par leur chute, le salut est arrivé aux nations de manière à exciter la jalousie d’Israël. Or, si la chute a été la richesse du monde et leur amoindrissement la richesse des nations, que ne sera pas leur plénitude !…Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration sinon une résurrection d’entre les morts ! Si toi (habitants des nations) tu as été coupé sur un olivier de nature sauvage et enté, contrairement à ta nature, sur l’olivier franc, à plus forte raison les branches naturelles seront-elles entées sur leur propre olivier » (Rm X1)

Telle sera la conversion d’Israël. Le mystère d’Israël est grand. Mais faut-il encore le leur prêcher, le leur annoncer et ne pas en rester au simple droit naturel, aux dix commandements de Moïse. Il faut que leurs yeux s’ouvrent au Mystère du Christ. « Il y a ici plus que Moïse » disait Jésus aux Juifs…)

Ce point important étant éclairci, revenons à la suite du discours de saint Pierre.

Il conclut : « Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu l’a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié ». « En entendant (cela), ils eurent le cœur transpercé, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres :  » Frères, que ferons-nous?  » Pierre leur dit :  » Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit, car la promesse est pour vous, et pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, autant qu’en appellera le Seigneur notre Dieu. »

Vous le voyez le salut est universel. Il ne se limite pas au seul peuple juif. Il est aussi pour « ceux qui sont au loin autant qu’en appellera le Seigneur ». O Merveilleuse bonté de Dieu. O sagesse de l’Eglise qui est allée prêcher au loin « l’Evangile de la Vie ». Une preuve parmi mille et toute récente c’est le merveilleux testament du ministre pakistanais qui vient d’être assassiné par l’Islam. Lui aussi fut appelé par le Seigneur à le servir. Ecoutez. Testament spirituel de Shahbaz Bhatti: « Je veux servir Jésus »

« De hautes responsabilités au gouvernement m’ont été proposées et on m’a demandé d’abandonner ma bataille, mais j’ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie. Ma réponse a toujours été la même : « Non, moi je veux servir Jésus en tant qu’homme du peuple ».
Cette dévotion me rend heureux. Je ne cherche pas la popularité, je ne veux pas de positions de pouvoir. Je veux seulement une place aux pieds de Jésus. Je veux que ma vie, mon caractère, mes actions parlent pour moi et disent que je suis en train de suivre Jésus-Christ. Ce désir est si fort en moi que je me considérerai comme un privilégié si – dans mon effort et dans cette bataille qui est la mienne pour aider les nécessiteux, les pauvres, les chrétiens persécutés du Pakistan – Jésus voulait accepter le sacrifice de ma vie. Je veux vivre pour le Christ et pour Lui je veux mourir. Je ne ressens aucune peur dans ce pays.
À de nombreuses reprises, les extrémistes ont tenté de me tuer et de m’emprisonner ; ils m’ont menacé, poursuivi et ont terrorisé ma famille. Les extrémistes, il y a quelques années, ont même demandé à mes parents, à ma mère et à mon père, de me dissuader de continuer ma mission d’aide aux chrétiens et aux nécessiteux, autrement ils m’auraient perdu. Mais mon père m’a toujours encouragé. Moi, je dis que tant que je vivrai, jusqu’à mon dernier soupir, je continuerai à servir Jésus et cette pauvre humanité souffrante, les chrétiens, les nécessiteux, les pauvres.
Je veux vous dire que je trouve beaucoup d’inspiration dans la Bible et dans la vie de Jésus-Christ. Plus je lis le Nouveau et l’Ancien Testament, les versets de la Bible et la parole du Seigneur et plus ma force et ma détermination sont renforcées. Lorsque je réfléchis sur le fait que Jésus a tout sacrifié, que Dieu a envoyé Son Fils pour notre rédemption et notre salut, je me demande comment je pourrais suivre le chemin du Calvaire. Notre Seigneur a dit : « Prends ta croix et suis-moi ». Les passages que j’aime le plus dans la Bible sont ceux qui disent : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! ». Ainsi, lorsque je vois des personnes pauvres et dans le besoin, je pense que c’est Jésus qui vient à ma rencontre sous leurs traits.
Pour cette raison, j’essaie toujours avec mes collègues d’aider et d’assister ceux qui en ont besoin, les affamés, les assoiffés ».

Saint Pierre parle également du « baptême au nom de Jésus-Christ ». Le baptême est donc le sacrement nécessaire à « la rémission des péchés », nécessaire au salut. C’est bien ce que disait NSJC : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ». « Eux donc, ayant accueilli sa parole, furent baptisés; et ce jour-là s’adjoignirent environ trois mille personnes ».

Mais furent-ils baptisés avec cette formule pétrinienne « au nom de Jésus-Christ » ? ou « au nom du Père et du Fils et du Saint esprit comme le Seigneur en donna l’ordre avant l’Ascension ? Peut-on penser que le baptême ait été donné par les Apôtres « au nom de Jésus-Christ » et non point, comme l’avait ordonné NS, « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » ?

S’ il est vrai que les Apôtres baptisaient seulement au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous devons tenir pour certain qu’ils ne l’ont fait que par l’inspiration du Saint-Esprit ». C’est la réponse que donne saint Thomas dans III 66 5 ad primum. Il écrit: « C’est par une révélation spéciale que les Apôtres, dans la primitive église, baptisaient du nom du Christ : afin que le nom du Christ qui était odieux aux Juifs et aux Gentils, fut mis en honneur, par cela même qu’à son invocation l’Esprit Saint était donné dans le baptême ».

Mais en soi, poursuit saint Thomas, indépendamment de cette révélation particulière, cette formule du baptême « au nom de Jésus-Christ » reste valide, « car, dit saint Thomas « dans le nom du Christ, toute la Trinité est comprise ; et par suite, était conservée, au moins dans son intégrité intelligible, la forme que le Christ a marquée dans l’Evangile « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit (III 66 5 ad secundum) ».

Mais, quelle que soit cette réponse de saint Thomas, « il est permis de douter que les Apôtres aient conféré le Baptême de cette manière. Saint Ambroise, Saint Basile et plusieurs autres Pères d’une sainteté et d’une autorité considérables, croient que ce Baptême donné au nom de Jésus-Christ, n’est autre chose que le Baptême institué par Jésus-Christ, et qu’il fut ainsi appelé pour le distinguer du Baptême de Jean, sans qu’il s’ensuive que les Apôtres se soient écartés pour le conférer de la forme ordinaire et commune, qui exprime distinctement les trois Personnes ». Voilà comment s’exprime sur cette question le catéchisme du Concile de Trente.

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