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Jugement de Jean Madiran sur l’article 19 de » l’instruction « Universae Ecclesiae »

publié dans nouvelles de chrétienté le 26 mai 2011


 

Jean Madiran a donné deux articles dans Présent sur ce fameux articles 19 d’Universae Ecclesiae

« NUMÉRO DIX-NEUF (I)
 

La « liturgie actuelle »

Selon La Croix, le « point essentiel » de l’Instruction sur l’application de la Lettre apostolique Summorum Pontificum du 07.07.07 « apparaît au numéro 19 ». Citons donc à nouveau ce dix-neuvième paragraphe de l’Instruction :
« Les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s’opposent au pontife romain comme pasteur suprême de l’Eglise universelle. »
C’est là un des morceaux choisis de l’Instruction cités par La Croix qui, à la différence de Présent, n’a pas jugé utile d’en publier l’intégralité : ainsi se sent-elle peut-être plus libre dans ses commentaires. Elle n’omet pas de dénoncer « les exclus » frappés, dit-elle, par ce paragraphe 19. Selon elle ce sont « les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X ». La vue perçante de Frédéric Mounier aperçoit en outre au paragraphe 22, qui pourtant n’en dit rien, l’obligation faite aux « instituts traditionalistes » : ils « doivent accepter le Missel de Paul VI ». Je n’ai évidemment aucun mandat des instituts traditionalistes en général ni de la FSSPX en particulier pour répondre en leur nom. Mon seul titre à énoncer un avis sur ces questions tient à plus de quarante années militantes pour la messe traditionnelle et, aussi résolument, contre la messe nouvelle.
Il y a un quiproquo qui frise l’abus de confiance quand Isabelle de Gaulmyn parle de « l’insistance du texte à demander aux fidèles du rite ancien le respect de la liturgie actuelle ». Sans doute (interprétation, comme il se doit, la plus bienveillante) ne voit-elle aucune différence entre ce qu’elle appelle la « liturgie actuelle » et ce que, dans la même page de La Croix, Frédéric Mounier appelle le « Missel de Paul VI ». Mais dans la réalité la différence est tout à fait visible.
Pour la plupart des catholiques pratiquants, en effet, la visibilité immédiate et évidente de la différence entre la messe traditionnelle et la messe nouvelle tient à deux choses : le célébrant face à l’assistance, la communion debout et dans la main.
Or ni la communion dans la main ni le célébrant face à l’assistance ne sont imposés par le Missel de Paul VI.
Ces deux insupportables anomalies appartiennent à la « liturgie actuelle » de l’Eglise de France : son épiscopat et son clergé, dans leur quasi unanimité, s’y montrent indéracinement attachés.
Quand l’évêque d’un diocèse ou le curé d’une paroisse exigent d’un prêtre qu’il célèbre la messe nouvelle, ils n’admettent dans la plupart des cas ni qu’elle soit célébrée tourné vers Dieu, ni que la communion debout et dans la main y soit refusée.
Tel demeure en France l’état de la « réforme de la réforme » et de l’« enrichissement réciproque » des deux rites. On aperçoit, certes, une tendance à faire un peu le ménage des plus scandaleuses niaiseries et grossièretés, il y a même l’esquisse d’un recul des gesticulations et logorrhées du célébrant. Mais celui-ci continue à peu près partout à ne pas se tourner vers Dieu et à ne pas demander l’agenouillement des fidèles au moins pour la consécration et pour la communion. La coutume vicieuse s’est bien installée. La plupart des fidèles et des prêtres qui n’ont pas dépassé quarante ans n’ont jamais vu, dans une église, un agenouillement. Il sera long et difficile de les rééduquer. Peut-être leurs enfants… Le P. Calmel estimait qu’il ne faudra pas moins qu’un miracle.
Je ne vois donc rien dans l’Instruction qui m’interdirait ou me détournerait de continuer à militer contre la « liturgie actuelle ». L’accepter ne serait même pas adopter la messe de Paul VI, mais une messe issue de la messe de Paul VI.
Ajoutons que cette messe issue de la messe de Paul VI constitue l’un des témoignages à charge contre la messe de Paul VI elle-même, et il faudra bien que ses sectateurs arrivent à s’en expliquer : pour aboutir à la « liturgie actuelle », la messe issue de la messe de Paul VI en est sortie sous la présidence, sous l’animation, sous l’approbation des auteurs de la messe de Paul VI. Alors ?
C’est la même question qui se pose pour le texte du Concile et son interprétation : l’interprétation et l’application ont été dirigées par les auteurs du texte.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 7353
du Vendredi 20 mai 2011

Numéro dix-neuf (II)
Une autre lecture

Le dix-neuvième paragraphe de l’Instruction brandi par La Croix contre les traditionalistes s’oppose à ce que l’on nie « la validité ou la légitimité » de la messe nouvelle. Revenons donc aux bases classiques de sa contestation : la validité et la légitimité du Missel de Paul VI ne sont pas mises en cause dans le Bref examen critique présenté par le cardinal Ottaviani, et pas davantage dans le livre de Louis Salleron La nouvelle messe auquel se référait Mgr Lefebvre lors de son interrogatoire par les cardinaux inquisiteurs. Les critiques fondamentales de la nouvelle messe promulguée en 1969 n’ont pas été un procès en illégitimité ni en invalidité.
Parenthèse. On m’objectera peut-être que la FSSPX « s’interroge sérieusement sur la légitimité » du Missel de Paul VI. Mais légitimité ne paraît pas avoir le même sens dans l’Instruction et dans l’interrogation de la FSSPX. Dans l’Instruction, il s’agit d’affirmer que le Pape a le pouvoir légitime de promulguer un Missel. Cette « légitimité » d’origine est distincte du fait : le Missel de Paul VI « s’éloigne d’une manière impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe, définie à jamais par le concile de Trente » (Ottaviani). A mon avis, le Missel de Paul VI avait commencé à entrer dans l’illégitimité avec son usage, qui en a été fait aussitôt, comme arme par destination contre la messe traditionnelle, dont l’interdiction fut invalide et gravement coupable. Fin de la parenthèse.
Le paragraphe 19 dit aussi que les fidèles qui demandent la messe traditionnelle ne doivent « jamais venir en aide ou appartenir à des groupes » qui « s’opposent au Pontife romain comme Pasteur suprême de l’Eglise universelle ». La Croix, sous la signature de Frédéric Mounier, commente tendancieusement :
« Cet avertissement s’adresse clairement aux groupes lefebvristes qui ont récemment mis en cause deux initiatives de Benoît XVI : la prochaine rencontre interreligieuse d’Assise et la béatification de Jean-Paul II. »
C’est vraiment tout mélanger.
S’opposer à une béatification avant sa promulgation n’est en rien délictueux. Il y avait « des éléments à éclaircir » et des « questions qui pouvaient laisser une ombre », comme l’a dit le cardinal Amato, préfet de la congrégation romaine pour la cause des saints. Il n’existait aucune obligation de taire ces « questions » et ces « éléments ». Au cours du procès de béatification, tout cela a « trouvé une réponse claire », assure le Cardinal. Tant mieux. Mais tant que cette réponse claire ne sera pas connue, l’« ombre » ne sera pas vraiment dissipée dans les intelligences.
De même au sujet d’Assise. La « réponse claire » aux doutes à son sujet tient dans cette déclaration incroyable du cardinal Amato, dont j’ai le mois dernier observé l’anomalie :
« Sur des sujets importants, Jean-Paul II ne s’attachait pas aux limites et allait à l’essentiel. Et ce fut le cas pour Assise. »
Les catholiques ne sont nullement tenus de recevoir une telle justification comme un article de foi. Exprimer des doutes, émettre des objections, demander des explications au sujet de « deux initiatives » pontificales n’est pas interdit et ne constitue pas une opposition au pontife romain en tant que pasteur suprême de l’Eglise universelle. La structure de l’Eglise telle que l’a fondée Notre Seigneur Jésus-Christ repose sur la succession apostolique et la primauté du souverain pontife. A notre connaissance, et d’ailleurs de notoriété publique, les « groupes lefebvristes » professent cette succession et cette primauté, la délation dont ils sont l’objet de la part de La Croix est tout à fait arbitraire.
Quant à l’article 10 de l’Instruction, parlons-en, il n’est pas cité par La Croix. Après avoir assuré que l’article 13 place les évêques « au centre du dispositif », Frédéric Mounier résume l’article 10 en ces termes habilement aussi vagues que brefs :
« A charge pour la commission Ecclesia Dei de décider des recours qui lui seront présentés. »
Ainsi les lecteurs de La Croix ignoreront ce que l’article 10 précise au sujet du pouvoir de la Commission pontificale Ecclesia Dei : elle agit « en tant que Supérieur hiérarchique » pour les recours qui lui seront présentés à propos d’un acte épiscopal contraire au motu proprio du 07.07.07.
Cela ressortait clairement, mais non explicitement, de l’article 12 du motu proprio. L’épiscopat ne voulait pas en entendre parler. C’est pourquoi il est cette fois précisé en toutes lettres qu’en la matière la Commission pontificale est bien le « Supérieur hiérarchique » de l’évêque.
Le silence sur ce point de nos confrères de La Croix est parfaitement compréhensible.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 7354
du Samedi 21 mai 2011

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