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La découverte fondamentale de Reynald Secher

publié dans regards sur le monde le 14 octobre 2011


Sur le site saint Michel de Rolleboise, on peut lire l’excellente présentation du nouveau livre de Reynal Secher

La découverte fondamentale de Reynald Secher
Le génocide vendéen a été voulu, organisé, piloté par la Révolution

Voilà un livre qui devrait faire du bruit. Un livre qui montre et démontre que le massacre de 117 000 Vendéens – hommes, femmes, enfants, vieillards – à partir de l’automne 1793, dans des conditions d’indicible horreur, n’est pas la conséquence d’un excès de zèle, de la folie sanguinaire de quelques-uns ou d’une sorte de « légitime défense » de la Révolution et de la République naissante. Non : ce crime, matrice de tous les génocides contemporains, a été pensé avant d’être perpétré, préparé avec minutie et réalisé sous le regard vigilant du Comité de Salut public. Celui-ci a donné des ordres précis ; il a pu suivre leur mise en œuvre grâce aux fréquentes remontées d’informations du terrain. Tout a été voulu ; tout a été décidé sans états d’âme. Les signatures de Robespierre, de Carnot, de Barère, de Billaud-Varenne et bien d’autres en attestent : ce fut une œuvre collective, conjointe, concertée.

Signatures ? Mais oui. C’est une consultation fortuite aux Archives nationales qui a mis l’historien Reynald Secher sur le chemin de cette découverte majeure, qui accuse à tout jamais non plus des hommes mais un système qui prétendait instituer la liberté, l’égalité et la fraternité pour fabriquer un « homme nouveau ». Il a trouvé des petits bouts de papiers conservés avec zèle, mais sans grand ordre et sans explications, certains portant des signatures du Comité de Salut public, d’autres datés depuis l’Eure, la Mayenne, le Morbihan… Un mot y revient souvent. « Exterminez. » « Exterminez les brigands. » Exterminer la « race impure » des Vendéens qui menacent la République – affamés, malades, fuyant les Colonnes infernales, massés dans le plus grand « camp de concentration » de la Révolution – Nantes –, en déroute à Savenay, cherchant refuge au Mans.

Depuis le Morbihan, la commission administrative acquiesce, ni plus, ni moins : « Il faut que la France soit république, ou qu’elle soit un vaste cimetière. »

La découverte va bouleverser Reynald Secher. Patiemment, il photographie chacun de ces petits papiers, autant de preuves irréfutables de la volonté génocidaire, froide, calculatrice et légale qui a conduit à des massacres atroces et des destructions systématiques. Au sud de la Loire, soucieux d’exécuter les ordres de stopper toute velléité de poursuite du soulèvement vendéen, le général Turreau est à l’œuvre et rend compte. C’est la Vendée qui est visée, toute la Vendée, au risque de tuer des « Bleus » – peu importe. Il n’y a plus de « bon » Vendéen, fût-il révolutionnaire. Lorsque plus tard, accusé d’avoir été au-delà de ce qui lui était ordonné, Turreau se défend en se défaussant sur les ordres de Paris et de ceux qui gouvernent, il ne se livre pas seulement à un exercice d’autojustification : il dit vrai. En affirmant que le Comité de Salut public lui a ordonné de tuer tous les Vendéens et de procéder à la destruction de la Vendée, il parle le langage même des « petits papiers » qui ont mis en place la mécanique du génocide. Cela est désormais certain.

Au nord de la Loire, les choses sont prises en main depuis Paris. Il faut empêcher la « contagion » – peur qui en dit long sur la manière dont les révolutionnaires se perçoivent, et perçoivent la manière dont le bonheur qu’ils promettent est redouté et combattu par les braves gens.

Au Comité de Salut public, pour régler l’affaire du Mans, on a poussé le cynisme jusqu’à retenir les forces révolutionnaires pour qu’elles aient le temps de se rassembler, de se masser, de frapper un grand coup, un seul mais définitif. De jour en jour les billets se suivent et se ressemblent : le Comité suit les opérations depuis Paris, organise le ravitaillement, accueille avec la plus grande satisfaction les rapports victorieux de ceux qui se vantent d’avoir massacré femmes et enfants, cette « vermine » coupable.

La récente découverte de charniers de Vendéens au Mans atteste de la violence de cette phase de l’extermination et de son caractère aveugle puisqu’elle frappe femmes, enfants, vieillards… C’était prévu.

La lecture de ces billets, entre emphase et froideur administrative, soulève le cœur. J’ai vu toutes ces photos. Un lourd classeur qui, page à page, déroule un panorama de haine et d’absence totale d’humanité en vue d’organiser le massacre de Français par d’autres Français. Mais il fallait aller au-delà de ces sentiments de dégoût et de révolte. C’est que qu’a fait Reynald Secher en répertoriant, en classant, en retranscrivant ces « petits bouts de papier » jusqu’ici inédits pour changer à jamais le regard sur le génocide vendéen, que nul, désormais, ne saurait nier sans s’en avouer d’une façon ou d’une autre complice.

Il en a tiré une œuvre véritablement universitaire qui relève autant de la réflexion et de l’analyse que du puzzle reconstitué – car tout cela s’inscrit dans l’histoire connue et la confirme, à commencer par le décret-loi de la Convention du 1er octobre 1793 ordonnant « l’extermination des brigands de la Vendée ».

Les choses sont claires : il ne s’agissait pas seulement d’une figure de style pour viser ceux qui s’étaient armés contre la conscription et contre la République, mais d’une réalité sanglante dont les plaies n’ont jamais pu se refermer…

Rien que pour cela, il faut lire le livre de Reynald Secher.

Il dégage en effet – et cela avait été son premier objectif avant qu’il ne s’enrichisse des découvertes décrites plus haut – une notion souvent inséparable des génocides contemporains, le mémoricide. A savoir, quand les génocidés sont aussi des vaincus, l’éradication de leur mémoire : elle devient invisible parce que les bourreaux n’en veulent pas, nient toute culpabilité voire justifient leur action. Comme les historiens robespierristes qui tiennent le haut du pavé, et qui mentent effrontément, depuis Jules Michelet ; comme tous ces politiques qui n’envisagent pas de laisser dire la vérité parce qu’elle met directement en cause ce qu’ils représentent, ce à quoi ils s’accrochent.

C’est pourquoi, en annonçant que ce livre allait faire du bruit, j’ai peut-être parlé un peu vite. L’occultation fait partie de ce mémoricide, elle est efficace, elle est omniprésente. Elle l’était dès l’origine puisque le geste chrétien et héroïque de Bonchamps blessé à mort qui demanda « grâce pour les prisonniers », grâce pour les milliers de Bleus, fut immédiatement tabou du côté des républicains. Les prisonniers n’étaient pas peu coupables de s’être laissé libérer par les Blancs !

Le mémoricide va plus loin, comme on l’a vu aussi en Arménie, et dans bien des pays communistes. Il brouille les pistes, met bourreaux et victimes sur le même plan – et rend même ces dernières « coupables » des atrocités qu’elles ont subies. Tout est de leur faute, ils n’avaient qu’à ne pas être là ! Une deuxième postface signée Hélène Piralian analyse cette deuxième mise à mort en profondeur.

Et l’important cahier iconographique en apporte la preuve ; des places Carnot, il y en a jusqu’en Vendée ; les rues Robespierre foisonnent, il y a un lycée à son nom à Arras (opportunément sis « avenue des Fusillés » !), il y a des lycées Carnot dans plusieurs villes de France. Les bourreaux ne sont pas honnis, ils sont honorés, donnés en exemple. Westermann qui, triomphant, eut le privilège de faire ainsi son rapport à Paris, a lui aussi ses rues et ses hommages républicains :

« Il n’y a plus de Vendée, Citoyens républicains, elle est morte sous notre sabre libre avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m’avez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes qui, au moins, pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. Un chef des brigands, nommé Désigny, a été tué par un maréchal des logis. Mes hussards ont tous à la queue de leurs chevaux des lambeaux d’étendards brigands. Les routes sont semées de cadavres. Il y en a tant que sur plusieurs endroits ils font pyramide. On fusille sans cesse à Savenay car à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. »

Suivant les ordres que vous m’avez donnés… Là encore, il disait vrai.

Que signifie tout cela pour la France d’aujourd’hui ? Eh bien, un devoir de vérité, un devoir de reconnaissance, un devoir de justice envers une population qui a été génocidée par des hommes dont aujourd’hui nos hommes politiques se réclament ; plus de celui-ci ou de celui-là, peut-être, mais toujours de théoriciens de l’anéantissement qui ont inventé et donné les plans pour tous les massacres idéologiques des siècles suivants. Jusqu’à l’utilisation des gaz pour rationaliser la tuerie, jusqu’aux tanneries de peau humaine – à Angers, à Meaux – pour la rentabiliser.

Nos hommes politiques se réclament de leurs slogans et de leurs principes, ils voient dans cette République qui s’est construite sur des « pyramides de cadavres » le ferment d’unité qui forge l’identité française aujourd’hui. Pourront-ils encore le faire sans récuser explicitement les abominations qu’on a commises en son nom ? Pourront-ils continuer d’ignorer l’avertissement de Soljenitsyne en Vendée – longuement citée – qui lumineusement, faisait le lien entre l’incohérence de la trilogie « liberté, égalité, fraternité » et les mots qui la chargeaient d’emblée de tous les dangers : « ou la mort… » Et qui montrait combien tous les génocides ont pris modèle sur ce qui se passa en Vendée.

La question n’est plus de savoir si l’on parlera de ce livre. Il faut en faire parler.

• Reynald Secher : Vendée, du génocide au mémoricide, édition Le Cerf, 448 pages. A commander auprès de www.reynald-secher-editions.com.

La préface de Gilles-William Goldnadel

Elle est explosive. Elle analyse, accuse, tire toutes les leçons du livre de Reynald Secher. Il faut la lire attentivement, elle rompt avec un certain silence, un certain discours. Le président de France-Israël n’hésite pas à écrire :

« Si Hitler a été jugé et condamné, si les lieutenants de Pol Pot sont en cours de jugement sur les lieux mêmes de leur crime, Robespierre, Talaat Pacha, Lénine, Staline, Mao, etc., sont vierges de tout jugement et bénéficient d’une certaine indulgence, voire d’une sympathie, dans nos milieux intellectuels et politiques : Robespierre, entre autres, sur l’Arc de Triomphe à travers des noms comme ceux de Turreau, le commandant en chef des colonnes infernales en charge de l’anéantissement de la Vendée militaire et de l’extermination des Vendéens ; Talaat Pacha sur la colline de la Liberté à Istanbul où se trouve son mausolée, Lénine sur la place Rouge à Moscou, Staline dans le métro moscovite, Mao dont le portrait trône toujours sur le fronton de la porte de la Paix céleste sur la grande place de Tienanmen, etc. Que dirions-nous si au centre de Dachau on avait dénommé une rue Himmler ? Cette seule pensée est insoutenable. Alors comment a-t-on pu donner des noms de rues à Lazare Carnot, y compris en pleine Vendée qu’il a exterminée, des noms de lycée à Robespierre, etc. Depuis toujours, l’histoire républicaine est bonne fille envers les excès d’une révolution à considérer comme un bloc, selon la formule consacrée par Clemenceau. »

Et plus loin il ose conclure :

« A l’heure actuelle, de fait, nous sommes devenus complices de ces bourreaux, (…) nous avons fait nôtre le génocide des Vendéens. (…) Comment pouvons-nous prétendre nous donner en exemple ? »

JEANNE SMITS

Article extrait du n° 7450

du Samedi 8 octobre 2011

« Éradiquer du sol de la République cette race impure »

Reynald Secher parle à “Présent” des implications de sa découverte

— Reynald Secher, le livre que vous proposez au public était déjà presque achevé lorsque vous avez fait une découverte que j’oserai qualifier de providentielle. Comment cela s’est-il passé ?

— La découverte est fortuite. Je devais rendre mon manuscrit à Stéphane Courtois, mon directeur de collection, le vendredi 4 mars 2011. Arrivé la veille à Paris, je décide d’aller consulter, par pur plaisir, quelques dossiers aux Archives nationales où je n’étais plus allé depuis 1990. Au hasard, je commande 8 dossiers relatifs au Comité de salut public qui contiennent un bric-à-brac de documents de toutes sortes que je consulte avec un ami, Ronan Trucas, à la sauvette. A midi, j’en commande un dernier, le dernier, AFII/268. Après déjeuner, j’attends, en vain, et pour cause : la lampe qui devrait s’allumer à ma place pour m’indiquer que le carton est arrivé est grillée. Au moment de la fermeture, comme je suis interrogatif, la responsable de salle, gentiment m’explique la raison tout en s’excusant. Qu’importe après tout, il est trop tard. Elle me demande si je veux qu’elle conserve le carton pour le lendemain. J’ai un rendez-vous à 10 h 30 et n’ai pas le temps de revenir. Je quitte la salle, réfléchis, me ravise, reviens et le réserve pour 9 heures : j’aurai ainsi une petite heure pour le consulter. A 9 h 30, je suis là, prends le carton et l’ouvre. Rien ne retient spécialement mon attention. Pourtant une petite feuille m’intrigue en raison de son écriture illisible. J’aime ce genre de difficulté. Je déchiffre les mots les uns après les autres. Les phrases se succèdent, prennent corps, forme et sens. Je suis abasourdi. La lettre émane du Comité et c’est un original signé : elle commande l’extermination de la Vendée. J’en avais remarqué un certain nombre éparpillé dans le dossier. Je les lis les uns après les autres et découvre l’impensable. La veille, en feuilletant les 8 dossiers, j’en avais vu de similaires. Je demande à la fille de salle de me les redonner pour le lundi, ce qu’elle accepte. Pendant trois jours, Ronan Trucas et moi-même avons photographié ces dossiers. De retour chez moi, j’ai mis plus d’un mois à les déchiffrer, puis à les classer et là j’ai découvert que c’était le dossier original relatif à l’extermination et à l’anéantissement de la Vendée.

— Ces archives explosives dormaient dans des cartons aux Archives nationales, soigneusement classées par des employés zélés il y a deux cents ans peut-être. Comment expliquez-vous que ces documents n’aient pas été découverts plus tôt ?

— Je crois que l’explication est très simple : ils étaient invisibles et illisibles. Cette invisibilité est due à 2 causes : l’insignifiance des documents et leur éparpillement. Comment pouvions-nous imaginer que les membres du Comité de salut public rédigeaient personnellement leurs procès-verbaux et leurs ordres sur des petits bouts de papier ? Reste une deuxième question : comment se fait-il qu’ils aient été conservés ? Je crois que la réponse est simple. A la chute de Robespierre, les auteurs du coup d’Etat ont dû jeter tous ces documents qui se trouvaient au Pavillon de Flore dans des malles, lesquelles ont été déposées dans un recoin. Ce n’est que sous le Premier Empire qu’ils ont été classés par des fonctionnaires qui les ont collés dans des classeurs les uns après les autres sans aucun ordre. Ce n’est que grâce à la photographie qu’on a pu reconstituer cet ensemble de manière cohérente et lui redonner sa juste dimension.

— Quel est l’apport nouveau de ces documents ?

— Il faut distinguer deux parties : le génocide proprement dit, et le mémoricide. Au niveau du génocide, je vous rappelle que jusqu’à ma thèse soutenue en 1985 à Paris IV Sorbonne, personne n’avait réfléchi sur la nature exacte de la répression en Vendée et tout le monde s’accordait à ne voir dans cette affaire qu’une simple guerre civile. En partant de l’étude d’un petit village, La Chapelle-Basse-Mer, je constate qu’il perd durant ces événements 800 habitants sur 3 200 et 362 maisons sur 1 000. Tout naturellement j’essaie de comprendre la raison profonde qui anime l’armée à l’origine de cette horreur et découvre qu’elle a agi conformément à la loi qui est très explicite. Contrairement à ce qu’affirmaient certains, il ne s’agissait pas d’un dérapage mais bien de l’exécution d’un ordre, de surcroît légal. A l’époque de ces événements, certains, comme Babeuf, avaient déclaré que c’était le Comité de salut public qui était à l’origine de cet acte impensable. Deux cents plus tard, il était délicat de l’affirmer faute de preuve. Avec la découverte de ces documents, nous avons la preuve absolue puisque non seulement ces papiers émanent du Salut public mais ils sont signés par les membres dont Robespierre, Carnot, Barère. Qui plus est, ce génocide est conçu dès le 27 juillet 1793, c’est-à-dire le jour même de l’arrivée de Robespierre au Comité. Au-delà, nous nous apercevons que ce génocide ne dure pas 5 mois mais un an et qu’il est total car il s’agit, pour reprendre la terminologie de l’époque « d’éradiquer du sol de la République cette race impure ». Je pourrais multiplier les acquis. J’en retiens un : le refus de l’armée d’Ancien régime de mettre en œuvre ce crime ce qui soulève un énorme problème, car il faut l’épurer, ce qui va mettre un temps considérable. Les véritables héros ne sont donc pas les vainqueurs, qui en fait sont des bourreaux, mais ces hommes qui préfèrent mourir plutôt que de tuer leurs compatriotes.

— Et pour ce qui est du « mémoricide » ? C’est vous qui avez conceptualisé cette notion et votre œuvre en a été la cible. De quoi s’agit-il précisément ?

— J’ai toujours été surpris par le traitement médiatique et universitaire fait à ma thèse, de même que par celui réservé aux Vendéens qui sont devenus au fil du temps des bourreaux, et leurs tortionnaires des victimes. C’est un incroyable scandale. Nous retrouvons cette même situation en Turquie par rapport aux Arméniens. Il faut essayer de comprendre cette situation. En étudiant la Convention de Nuremberg, je m’aperçois que son domaine d’application exclut la mémoire, ce qui est très choquant car elle ne retient que la conception et la réalisation du crime. En fait, l’acte de mémoricide s’inscrit dans l’acte de génocide et ce qui est vrai pour la Vendée l’est pour tout génocide. J’ai donné une définition précise de ce mot qui correspond au quatrième crime de génocide. Il consiste à concevoir, réaliser, être complice tant dans la conception que la réalisation partielle ou totale d’une volonté ou d’un acte dont la finalité est de nier, de relativiser, justifier, partiellement ou totalement dans le temps un acte premier de génocide.

—Votre nouveau livre apporte la preuve documentaire, irréfutable, de la volonté génocidaire du Comité de salut public – c’est même le seul « génocide légal » de l’histoire contemporaine ou en tout cas le seul dont on ait retrouvé les traces, d’ordre en ordre, de préparatif en préparatif. Quelles sont les implications de cela ?

— A ma connaissance c’est la première fois et seule fois qu’un peuple souverain vote, planifie et met en œuvre l’extermination d’une partie de la population qu’il représente et son anéantissement et, le comble, au nom des Droits de l’homme et du citoyen. C’est le summum de la barbarie s’il y a un summum en la matière. Je rappelle que même les députés de la Vendée militaire ont voté ces lois. Il en découle plusieurs conséquences et implications. J’en retiendrai deux. Pour l’historien que je suis, la connaissance de ces lois a facilité ma recherche. Pour la reconnaissance de ce génocide par le Parlement c’est une difficulté énorme puisqu’il considère qu’il est le fils de la Révolution.

—Vous évoquez bien sûr, avec Soljenitsyne, la filiation entre les grands génocides du XXe siècle et cette « matrice de tous les génocides » que fut la Vendée. Entre haine et utopie : on a voulu faire le bonheur des hommes malgré eux et contre eux. Ces actes froidement calculés ont-ils un lien nécessaire avec l’idéologie révolutionnaire qu’ils servent ?

— Je suis de ceux qui pensent qu’elle est liée à la nature de la Révolution française qui se veut une, indivisible et universelle avec comme finalité la création de l’homme nouveau. Tous les régimes qui se sont inscrits dans cette perspective, la Turquie de Kemal, la Russie de Lénine et de ses successeurs, l’Allemagne nationale-socialiste d’Hitler, la Chine communiste de Mao, le Cambodge de Pol Pot… ont généré les mêmes crimes avec les mêmes symptômes. Ce n’est pas par hasard si tous se sont référés à Robespierre et ont utilisé la même arme, c’est-à-dire la terreur, comme le note si justement Gilles William Goldnadel dans l’introduction : « Les systèmes de même nature ont généré les mêmes drames, se sont appuyés sur le même mot : Terreur au nom de la Raison, Terreur au nom de la Race, Terreur au nom de la Classe. Nous retrouvons en permanence les mêmes éléments de langage, énoncés pour la première par le Comité de salut public, incroyablement synthétisés en quelques mots. »

—Vous avez fait une œuvre universitaire, sans passion, sans commentaires qui dépasseraient le strict cadre du sujet que vous vous êtes fixé. Mais votre histoire personnelle s’inscrit dans celle d’une famille qui a payé un lourd tribut à la Révolution. D’aucuns vous reprocheront d’avoir voulu, en quelque sorte, régler des comptes. Ou d’avoir, par votre proximité avec ces horreurs, exagéré leur portée. Et de fait les massacres ne manquent pas dans l’histoire. Que leur répondriez-vous ?

— Je pense que le massacre de l’élite vendéenne a eu de très lourdes conséquences à tous les niveaux et notamment, comme je l’explique dans le livre, au niveau de la réflexion. D’ailleurs tout ceci était mûrement réfléchi comme l’expliquent à maintes reprises les bourreaux. Nous retrouvons ce même phénomène là où a sévi la terreur. Regardez ce qui s’est passé à l’est, en Asie, etc. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, ces populations dont les élites ont été décimées, livrées à elles-mêmes, ne peuvent plus gérer leur présent et leur avenir. Prenons le cas précis de la marine royale, première marine au monde en 1789. Elle ne s’est jamais remise du massacre de ses cadres ou de leur exil. Me reprocher d’être un enfant de victime serait un comble. Il faudrait alors agir de la même manière avec les descendants des génocidés arméniens, juifs, cambodgien… Vous imaginez le scandale !

A la sortie de votre livre sur le génocide, vous avez eu les pires ennuis, comme vous l’avez raconté dans un livre paru chez Fol’Fer intitulé La désinformation autour des guerres de Vendée et du génocide des Vendéens. Avez-vous peur ?

— Que voulez-vous que l’on me fasse maintenant ? On m’a viré de l’enseignement, déshonoré, conspué, dénoncé. Tout est possible, mais là n’est pas l’essentiel. Je pense qu’il est temps de réparer ce qui a été fait. Ce n’est pas seulement une question de justice mais aussi d’espérance. Reste le problème de la République française qui connaît maintenant la vérité. Si elle reste dans son attitude de non-reconnaissance, elle est désormais dans le déni. De ce fait, elle devient, en conscience, actrice de ce mémoricide et de ses conséquences multiples, entre autres psychiques et culturelles, sur ses descendants. Dès lors, à ce titre, elle se rend chaque jour coupable de complicité de crime contre l’humanité et de ce fait cautionne les négationnistes, entre autres ceux des génocides des Arméniens et des Juifs dont l’organisation a été la plus structurée et aboutie. Sont concernés notamment les politiques, les éducateurs au sens large, les hommes des média et tous ceux qui oeuvrent individuellement dans ce sens.

Propos recueillis par Jeanne Smits.

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