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Discours pour mes quarante ans de sacerdoce

publié dans 40ème anniversaire sacerdotal le 4 décembre 2011


Discours pour mes quarante ans de sacerdoce

 

Fêter son quarantième anniversaire sacerdotal est, bien sûr, une  grande joie et l’occasion d’action de grâces.

 Je me souviens de mon 25ème anniversaire et des discours que j’ai eu l’occasion de prononcer, l’un à saint Nicolas du Chardonnet, à l’invitation de M l’abbé Laguérie, en présence de Mgr Fellay et de Mgr Williamson, l’autre à Riddes, dans la petite église où je fus ordonné prêtre par Mgr Lefebvre, le 17 octobre 1971, à l’invitation, je crois, de M l’abbé de Jorna devant les séminaristes d’Ecône.

 Ce discours, à l’époque, avaient pour objet le sacerdoce, la joie d’être prêtre. Les séminaristes…aujourd’hui prêtres…s’amusèrent et me taquinèrent en raison du style répétitif de l’homélie…Certains sont ici présents….entre autres, M l’abbé Perrel, avec son rire flamboyant, le recteur de notre séminaire Saint Vincent de Paul de Courtalain. Ils se souviennent en effet du leitmotif du discours : « j’aime le sacerdoce parce que ce ci…parce que cela… ». « J’aime le sacerdoce »…Je répétais ce mot sous mille formes différentes. On comparait quelque fois mon style à celui de Péguy, un style répétitif, excusez du peu…Mais pour moi, c’est aussi un mode pédagogique : j’aime le prêtre, j’aime mon sacerdoce, j’aime célébrer le saint sacrifice de la messe. Il faut la foi pour en comprendre le mystère, la grandeur. Cet amour du sacerdoce a pour objet, bien évidemment, les actes même que le prêtre célèbre et qui en font la noblesse.

 Mais aujourd’hui, je voudrais changer de thème et vous dire que la joie de mon âme, c’est vous, et vous, plus particulièrement, vous  les fidèles de Rolleboise qui êtes « mon lot »,  « mon héritage ». C’est au milieu de vous en effet que s’accomplit ma vie sacerdotale. Le prêtre vit au milieu d’un peuple, au milieu de ses fidèles. Il pense  à eux, il prie pour eux, il communie et aux joies et aux peines de tous. Grâce au MP de Benoît XVI, Summorum Pontificum , grâce à l’accueil sacerdotal de  Monsieur l’abbé Long, curé de Bonnières, chapelain de Rolleboise, c’est vous, chers fidèles, attachés à la « messe de toujours » qui êtes la raison de ma présence ici, sa justification. J’aurais bien aimé, il est vrai, écouler  mes jours dansla FSSPX, mais les circonstances et mon caractère franc tireur, ne me l’ont pas permis. Je le regrette. Quoi qu’il en soit, je suis là à cause de vous. Et je m’en réjouis.

 J’aime penser aux baptisés que j’ai engendré à la vie divine, en ces quelques mois de présence. Ils ont maintenant leurs noms inscrits au livre de vie. Ils sont, en quelque sorte, mes titres de gloire. Ils sont un peu pour moi comme les décorations des militaires gagnées sur le champ de bataille ou comme  la légion d’honneur reçue pour les services rendus. Mon champ de bataille, à moi,  est celui contre le démon. Et c’est pourquoi j’aime voir le tableau de saint Michel terrassant le dragon, qui domine l’autel de Rolleboise, restauré et installé grâce à vous. Il a quelque chose de guerrier. C’est clair. Mais la scène que nous raconte saint Jean dans l’Apocalypse n’est-elle  pas un combat…Le combat de saint Michel contre le dragon. Et le baptême est bien ce combat gagné du bien sur le mal. Car par l’eau versée sur le front, jointe aux paroles sacramentelles : « je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit », les baptisés reçoivent le Saint Esprit et sont arrachés à l’empire de Satan. Belle victoire ! Aussi je pense tout particulièrement à la petite Le Hot, au petit Mayet, à la petite Wembergue qui, avec ses parents, est  aujourd’hui en  Argentine. J’aime penser à Mme Boucher, mère de famille, à Mathieu Veil, à Quentin, à Léo, à Victor Menuet, à la petite Moinard, aux petites enfants Courtois et aux autres baptisés en dehors de la paroisse. Ils me sont tous chers et j’aime les voir grandir dans la foi dans leurs belles familles, venant à la sainte Table recevoir, non pas l’Eucharistie mais le signe dela Croix.

 J’aime me souvenir des cérémonies des premières communions, des communions solennelles. Je pense aussi à ceux à qui j’ai donné le sacrement de mariage, et tout dernièrement à Blandine Touchague, qui s’est unie pour toujours au lieutenant  Hardy, à Monsieur Veber, ici présent. Je pense aussi aux sacrements de pénitence donnés, à la paix de l’âme retrouvée, douceur immense que connaissent ceux qui le fréquentent. Je pense aux nombreuses messes célébrées, aux saintes communions données, à celle que je porte tous les dimanches, ou presque, à Mme Trocme, la plus âgée de notre communauté. Et nous discutons gentiment de sa vie passée…  

 Je pense à ces trois années liturgiques passées au milieu de vous…à tous ces mystères chrétiens fêtés avec vous, pour vous…Je pense à ce temps de l’Avent qui nous prépare à Noël, à ce mystère de l’Incarnation qui fit du Verbe de Dieu, l’un de nous.  Quel mystère ! Je pense, quand j’ai l’âme en peine,  à cette belle phrase de l’Evangéliste saint Jean qui me met en joie : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ». Ensemble, nous regardons Sa Lumière et désirons suivre Son chemin, le chemin de vie, Voilà trois ans déjà que nous méditons ensemble le mystère de l’Epiphanie, adorant avec les Mages sa Royauté qui est pour nous non point seulement une royauté céleste, mais bien  une réalité politique. Car l’Eglise a une doctrine politique qui fait partie intégrante de la foi, nous rappelait Pie XII. Cette Royauté du Christ sur cette terre, cette réalité politique fut un des grands thèmes de la prédication de Mgr Lefebvre. Et aujourd’hui, elle se focalise plus particulièrement autour de trois thèmes que Benoît XVI nous rappelait en 2006, il en parlait déjà alors qu’il était préfet de la Congrégation de la doctrine de la foi, il en parlait aussi dans son encyclique Sacramentum caritatis , au n° 83, il parlait des principes incontournables, des principes non négociables. Lesquels ? Le principe du respect de la vie de sa conception à la mort naturelle, du respect de la famille comme l’union stable d’un homme et d’une femme en vue de la procréation et de l’éducation des enfants, et enfin le droit des parents à l’éducation de leurs enfants. Voilà les grands principes dela Royauté sociale de NSJC que l’Eglise défend avec passion. Il y a une constance dans la doctrine de l’Eglise.

 Voilà trois ans que nous vivons le saint Carême qui nous prépare au mystère du Golgotha, à la contemplation du mystère de la Passion, de la Rédemption.J’aime contempler cet amour du Christ qui donne sa vie pour le salut de nos âmes, amour fulgurant : « Il n’ya pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». J’aime me prosterner aux pieds de la sacrée croix, où nous vénérons l’accomplissement des mystères de notre rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair. Et c’est pourquoi je suis particulièrement reconnaissant à Mme Veil du don qu’elle vient de faire d’un chemin de croix à la paroisse, sculpté dans le bois acajou par des artistes du Viêtnam….

 C’est ma plus grande joie de contempler ce mystère de la Rédemptionet de le célébrer avec vous, au milieu de vous, pour vous, sur l’autel de Rolleboise. J’aime constater la joie de vos enfants dévalant la petite route qui les conduit à l’église…Quel tristesse, parfois sur leurs visages lorsqu’ils arrivent en retard et qu’ils ne peuvent revêtir leurs aubes. J’aime entendre vos chants à la messe dominicale, j’aime y entendre la chorale et grégorienne et polyphonique. J’aime vos harmonies, j’aime nos organistes, j’aime entendre, oui entendre,  le silence contemplatif de votre adoration à l’élévation de la sainte hostie, du saint calice…A ce silence, je conclus que la participation de vos âmes à ce mystère rédempteur est bonne, voire parfaite. C’est la plus belle joie du prêtre.  Alors je comprends, comme le dit l’enseignement conciliaire, poursuivant la pensée de Pie XII dans  « Immortale Dei »  que « la liturgie est le sommet vers lequel tend toute  l’action de l’Église », ainsi que «  la source d’où découle tout son sens missionnaire » pour y conduire de nouveau toutes âmes nouvelles. Là, dans ce silence, je sens, que vous ne faites, comme le dit encore le Concile,   « qu’un seul cœur dans la piété», vivant de la « charité pressante du Christ ». Il faut absolument garder ce silence dans notre liturgie. Il permet le recueillement, l’union à Dieu, la réflexion intérieur, le don de soi pour le salut des âmes, l’union des cœurs. L’union des cœurs ! Oui. C’est le cardinal Ratzinger lui-même, qui le dit dans son petit livre, « L’esprit de la liturgie » : « le silence lui-même peut souder la communauté devant Dieu » (p. 169). Que c’est vrai ! Tous les dimanches, nous en faisons l’expérience. « Il n’est pas vrai, écrivait-il, qu’il faille réciter à haute voix l’intégralité de la Prière eucharistique pour obtenir la participation de tous à cet acte central de la messe »(p. 169) … « C’est pourquoi ce n’est pas un hasard si déjà très tôt, à Jérusalem même, certaines parties du Canon étaient priées en silence et qu’en Occident la récitation silencieuse du Canon, en partie couverte par le chant méditatif, soit devenue la norme » (p 169). De cela, nous en sommes encore les témoins à Rolleboise, grâce à notre  belle chorale polyphonique… « Quiconque a fait l’expérience d’une communauté unie dans la prière silencieuse du Canon sait ce que représente un silence véritable » (p. 170)

 J’aime fêter avec vous le mystère de la Résurrection. C’est une  joie toute pascale qui nous unit, une joie communicative. Ce mystère de la Résurrectionfonde, mieux qu’aucun autre mystère, notre foi. Car c’est bien cela qui importe. pour nous : la foi, cultiver la foi, car elle est le gage de la vie éternelle. Et qu’y a-t-il de plus important que de se bien préparer à la vie éternelle. Cette vie terrestre n’est que d’un temps. Ce mystère, avec celui de l’Ascension, garde nos yeux fixés sur le Christ, fixés sur le ciel. Il garde en nous l’espérance de la vie éternelle…N’a-t-il pas dit à ses disciples : « je vais vous préparer une place ».

 J’aime ce mystère de la Pentecôte, le mystère de l’Esprit Saint envoyé d’auprès du Père, par le Christ Jésus à ses Apôtres,   à son Eglise. J’aime l’Eglise, j’aime Rome car c’est elle qui garde jalousement ces mystères et me les enseigne. C’est dans l’Eglise apostolique et romaine  que j’ai reçu la vie divine, tout comme vous, et le sacerdoce catholique. Aussi est-elle pour moi Mater et Magistra. Mère et Maitresse. Et rien ne me fera perdre cette tradition romaine. Comme nous l’enseignait Mgr Lefebvre, «  A nous de garder cette Tradition romaine voulue par Notre Seigneur, comme il a voulu que nous ayons Marie pour Mère ».

 Et c’est ainsi et pas autrement, i.e. en vivant de la Traditionromaine, que nous constituerons ce que demande Benoît XVI, alors qu’il se trouvait en Allemagne, en son parlement, au Bundestag : « Il y aura de petites communautés de croyants – et elles existent déjà – qui avec leur propre enthousiasme, répandront des rayons de lumières dans une société pluralistes, rendant d’autres curieux de chercher la lumière qui donne la vie en abondance ».

 Vous êtes cette petite communauté de croyants, avec toutes vos richesses professionnelles, familiales, sociales  et votre application à la tache, désirant porter la lumière. Je vous souhaite de rayonner toujours plus. Autant que je le peux, je vous y aiderai, si Dieu le veut..

 Paul Aulagnier.

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