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publié dans nouvelles de chrétienté le 19 novembre 2012


La messe française (II)

L’invitation à « reconnaître pleinement la valeur et la sainteté de la forme ordinaire du rite romain », adressée aux fidèles de la messe traditionnelle, tombe en France dans la situation particulière créée par l’existence, depuis novembre 1969, d’une messe française avec son annuel missel des dimanches.

Chaque année depuis 1970 a vu arriver dans un nouveau Missel des dimanches des adjonctions et suppressions nouvelles pour accompagner ou même précéder l’évolution liturgique post-conciliaire. Dix-sept ans après la clôture de Vatican II, un sommet insurpassable était atteint : la programmation pour le 14 mars 1983 d’une mémoire de Karl Marx le jour anniversaire de sa mort, comme pour les saints canonisés, avec une belle hagiographie de cet « économiste et philosophe allemand ». Il n’y a eu pour cet exploit ni réprobation explicite, ni tollé, ni repentance.

Il faudrait un livre entier pour une recension complète des graves inconvenances du missel de la messe française. Plusieurs ont été relevées sur le moment par la revue Itinéraires et plus récemment par le quotidien Présent. On a vu que le missel français pour l’année 2013 n’est guère moins inconvenant que les précédents. S’il ne porte pas forcément atteinte à la validité de la messe française, sa triste infériorité liturgique par rapport à la messe traditionnelle n’en reste pas moins évidente. L’idée selon laquelle elle pourrait se compléter, s’enrichir et au besoin se corriger au contact et à l’imitation de la « forme extraordinaire du rite romain » est restée jusqu’ici inopérante.

On mesure cette pénible attitude de la messe française par les trois critères les plus visibles pour tous : l’agenouillement, la communion, le prêtre.

L’agenouillement : la plupart des fidèles assistant tous les dimanches à la messe française n’ont, s’ils ont moins de quarante ans, jamais vu un agenouillement dans une église. D’ailleurs les églises paroissiales ont souvent supprimé les prie-Dieu et rapproché les travées de manière telle que s’agenouiller serait acrobatique. Au demeurant personne ne s’agenouille durant la messe française, pas même pendant la consécration ni pour communier.

La communion debout et dans la main est générale. Le missel de la messe française précise que ce sont des fidèles qui, non pas exceptionnellement mais normalement, apportent la communion aux autres fidèles. On tolère gentiment que de très rares personnes, visiblement mal averties de ce qui se fait, gardent les mains jointes et ouvrent la bouche pour recevoir l’hostie. La plupart des moins de quarante ans n’ont, à la messe française, jamais vu autre chose dans une église.

Le prêtre : il ne tourne plus le dos au peuple, comme autrefois. C’est un progrès que nous devons au Concile, croient et assurent les plus de quarante ans qui s’y déclarent absolument attachés. Le pape Benoît XVI en personne a pu rappeler avec insistance que le célébrant tourné vers Dieu, la communion reçue sur la langue et l’agenouillement sont la bonne attitude liturgique et qu’il convient de les rétablir ; la messe française persiste résolument dans sa résistance implacable.

Telle est la situation de ce qui se présente le plus souvent en France comme représentant la « forme ordinaire du rite romain ». Et il est vrai que quarante-trois années de pratique continue offrent l’apparente justification d’une coutume légitimement établie. L’interdire formellement risquerait de provoquer une nouvelle rupture, et l’on peut comprendre l’importance prudentielle d’éviter le renouvellement d’une telle brutalité : d’où la tolérance actuelle.

On peut aussi ne manifester aucun enthousiasme soit pour la généralisation soit pour la prolongation d’une telle tolérance. Mais la question que nous tenons à poser n’est pas exactement celle-là. En situation, nous formulons plutôt une sorte de question préalable, mais de plus en plus urgente : la messe française, telle qu’elle est en fait dans la réalité, et en droit dans son missel des dimanches, peut-elle porter sans abus la qualification de « forme ordinaire du rite romain » ? Il nous paraît évident que la réponse est non.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 7730
du Vendredi 16 novembre 2012

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