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Plusieurs Eglises ? par l’abbé François Laisney de la FSSPX

publié dans la doctrine catholique le 22 décembre 2012


Plusieurs Eglises ?
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Vraiment une grande confusion règne au sujet de l’Eglise, et des notions dangereuses sont exprimées, même parmi les fidèles catholiques attachés à la Tradition.

Voici ce que l’on lit: « L’unique partie de l’Église visible qui soit catholique est celle qui est une, sainte, universelle et apostolique. Le reste n’est autre que différentes espèces de pourriture visible (ou concrète). »

Tout de suite, on se pose la question : l’Eglise catholique est-elle seulement « une partie de l’Eglise visible » ? Et cela mène à une autre question, plus fondamentale : est-il légitime de distinguer entre l’Eglise catholique, l’Eglise du Christ et l’Eglise visible.

Au contraire, la foi catholique n’oblige-t-elle point à affirmer l’identité entre l’Eglise du Christ, l’Eglise catholique et l’Eglise visible ? Oui ! L’Eglise du Christ est l’Eglise catholique, et cette Eglise est visible !

C’est parce qu’il était attaché à ce dogme de foi que Mgr Lefebvre a toujours rejeté la position sédévacantiste qui pratiquement arrive à une Eglise invisible, ayant perdu tout lien hiérarchique, n’ayant plus de hiérarchie.

Certes, l’auteur du passage incriminé ci-dessus affirme que l’Eglise catholique est reconnaissable à ses quatre notes ; mais il laisse entendre que ces quatre notes n’appartiennent qu’à « une partie de l’Eglise visible. » Donc il ne met pas en doute la première égalité, mais la seconde.

En effet, le grand danger d’une telle affirmation est que la limite de l’Eglise catholique devient invisible.

L’auteur pense suffisamment affirmer la visibilité de l’Eglise catholique en écrivant : « dire que l’Église catholique est visible, donc que l’Église visible est l’Église catholique, c’est aussi infantile que de dire que tous les lions sont des animaux et donc tous les animaux sont des lions. » L’erreur d’une telle phrase est de ne pas saisir le vrai sens de l’affirmation « l’Eglise catholique est visible ». Lorsque l’Eglise enseigne cela – par ex. Pie XII dans Mystici Corporis – elle ne considère pas l’Eglise catholique comme une espèce parmi un genre (ce qui est le rapport entre lions et animaux), comme s’il ne disait rien d’autre que le fait qu’on peut voir des gens qui se disent catholiques, comme on en voit qui se disent Anglicans, Orthodoxes, Episcopaliens, etc., comme si église visible était un genre parmi lequel on trouverait une espèce appelée église catholique.

Non ! L’affirmation « l’Eglise catholique est visible » signifie : « l’Eglise du Christ est visible et l’Eglise catholique est cette Eglise ». Nulle part on ne voit Pie XII, ni aucune autorité dans l’Eglise, enseigner que l’Eglise catholique ne serait qu’une « partie de l’Eglise visible. » Non ; le tout est visible ; et le tout est l’Eglise catholique ! Et c’est DANS l’Eglise catholique qu’on trouve un mélange de bons et de mauvais poissons (Mt 13:48), du bon grain et de l’ivraie (Mt 13:25), de blé et de bale (Mt 3:12), d’Apôtres fidèles et de Judas.

Jamais l’Eglise catholique n’a enseigné qu’elle ne comprenait que les 11 apôtres fidèles (partie ayant la note de sainteté), et que Judas était la pourriture, hors de cette partie fidèle. Oui, Judas était une pourriture, mais dans l’Eglise catholique, la seule Eglise du Christ.

Alors qu’est-ce que l’Eglise conciliaire ? Cette expression a été formée d’abord par Mgr Benelli : elle montrait bien la nouveauté des réformes introduites par le Concile. Mais désignait-elle une église, séparée, avec sa propre structure, ses propres fidèles séparés de l’Eglise catholique ? Non, pas vraiment. Elle désigne un esprit nouveau, des principes nouveaux, mais pas une structure nouvelle, ni une hiérarchie ni des fidèles séparés. Cet esprit pourrit les membres de l’Eglise qu’il infecte, dans la mesure où il les infecte ; il est comme un virus dans le Corps Mystique du Christ : certaines cellules sont entièrement corrompues, d’autres ne sont que partiellement infectées, certaines plus d’autres moins, et peu en sont exemptes. Il est vrai de dire que cet esprit n’est pas catholique. C’est un esprit de rupture, un esprit révolutionnaire, c’est 1789 dans l’Eglise.

Mais cet esprit ne constitue par une église séparée ; il infecte plus ou moins les membres de l’Eglise catholique. La séparation entre les membres sains et les membres infectés n’est pas visible, du fait même que certains ne sont que partiellement infectés. Elle est comme la séparation entre le bien et le mal dans l’Eglise : la limite est à l’intérieur même de chaque membre, car personne n’est parfait ! Ce n’est qu’à la fin du monde qu’elle sera achevée, non pas par un jugement humain, mais par le Jugement du Christ Lui-même, vrai Dieu et vrai homme. Cela ne veut pas dire que l’infection est invisible : de même que les membres mauvais sont bien visibles (et les scandales dans l’Eglise n’ont pas manqué après le Concile), de même cette infection est aussi visible, surtout dans ceux qui sont pleinement infectés : théologiens modernistes, pétitions de prêtres modernistes en Autriche… On voit ces faux principes appliqués dans l’oecuménisme pratique (Assise, concélébrations, visites aux synagogues, baiser du Coran…)

Ces faux principes ne constituent pas une église séparée, pas même comme partie distincte d’un tout que serait l’église visible.

Dire « l’Eglise conciliaire n’est plus l’Eglise catholique », si on signifie par là que les principes conciliaires, l’esprit conciliaire ne sont pas des principes catholiques ni un esprit catholique, c’est vrai : c’était clairement le sens de certaines paroles de Mgr Lefebvre. Mais si on implique une telle séparation entre deux parties distinctes, ce n’est pas conforme à la réalité ; c’est faux, et tout à fait opposé à l’enseignement de Mgr Lefebvre.

Contre-distinguer dans l’Eglise visible, une partie conciliaire pourrie, qui « n’est plus l’Eglise catholique », et une partie catholique qui ne comprendrait que ce « qui est un, saint, universel et apostolique », c’est enlever à l’Eglise catholique sa structure (car l’auteur n’hésite pas à écrire : « l’Eglise officielle est largement Conciliaire et non-catholique »), la partie qui resterait catholique serait alors privée de la structure que Notre Seigneur Jésus Christ a donné à son Eglise ! Elle ne serait donc plus reconnaissable comme étant l’Eglise du Christ. C’est donc profondément dangereux vis-à-vis de la foi.

Il est vrai de dire que, à cause de la crise conciliaire, les quatre notes sont d’une certaine manière obscurcies, moins visibles dans le tout de l’Eglise – l’abandon par tant de prêtres, religieux et religieuses de leurs voeux les plus sacrés a mis une tache sur la visibilité de la note de sainteté, par exemple – ainsi Mgr Lefebvre n’a pas hésité à dire que ces notes sont plus visibles dans les fidèles et prêtres qui sont restés fidèles à la Tradition. Mais jamais il n’a dit que l’Eglise Catholique n’était que cette partie saine de l’Eglise visible ! Au contraire, il a appliqué à l’Eglise, au tout de l’Eglise, ce qui fut vrai du Christ pendant sa Passion : Il fut difficilement reconnaissable comme Messie à ce moment, selon ce qu’avait prophétisé Isaïe : « objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas » (Is. 53:3). A cause de la crise moderniste, l’Eglise passe comme par une Passion, et elle est difficilement reconnaissable. Il est bien clair que pour lui, l’Eglise Catholique c’est le tout, elle n’est pas réduite à la partie.

On voit aussi dans cette fausse compréhension de la distinction entre conciliaire et catholique, l’erreur doctrinale qui est à la racine chez certains de leur opposition contre Mgr Fellay en cette année qui se termine. En effet, l’auteur conclut que « les hiérarques visibles… sont en grande partie Conciliaires… et non catholique(s) » ; ce qui conduit logiquement au refus de toute régularisation. Il ne voit plus la réalité du fait que ceux qui possèdent l’autorité que Notre Seigneur Jésus Christ a donnée à son Eglise ont en main une chose bonne – car ce que Notre Seigneur Jésus Christ a établi est bien évidemment excellent – et que les mauvais usages d’un côté n’enlève rien à la bonté de cette autorité, de cet ordre hiérarchique ; et donc, si le Pape veut régulariser la place de la Fraternité dans cet ordre, il veut quelque de bon – donc auquel on n’a pas le droit de s’opposer, dans la mesure où il n’y attache pas de condition mauvaise et donne les garanties suffisantes pour que cet ordre soit solide.

A la racine de cette erreur doctrinale, il y a une ignorance du grand principe de St Augustin contre les Donatistes : dans l’Eglise catholique la communion avec les méchants ne nuit pas aux bons dans la mesure où ils ne consentent pas à leur méchanceté. Une telle erreur mène à une notion cathare d’une « église des purs », non infectée par la « pourriture » conciliaire : une telle notion n’est simplement pas catholique.

Kyrie eleison ! Prions pour que le Seigneur aie pitié de ceux qui auraient pu être tentés par de telles notions reçoivent la grâce de se corriger, pour revenir à la notion traditionnelle de l’Eglise, telle que l’Eglise l’a enseignée depuis le début, spécialement St Cyprien contre les Novatiens et St Augustin contre les Donatistes, tous deux auteurs d’un ouvrage sur l’unité de l’Eglise.

Quelques textes de Mgr Lefebvre illustreront cet enseignement.
« C’est pourquoi nous comptons sur l’appui de vos prières et sur votre générosité afin de poursuivre, malgré les épreuves, cette formation sacerdotale indispensable à la vie de l’Eglise. Ce n’est pas l’Eglise ni le successeur de Pierre qui nous frappent, mais des hommes d’Eglise imbus des erreurs libérales qui occupent des postes élevés de l’Eglise et profitent de leur pouvoir pour faire disparaître le passé de l’Eglise et instaurer une nouvelle Eglise qui n’a plus rien de catholique. » (Lettre aux Amis et Bienfaiteurs, 9 sept. 1975 in fine) En d’autres termes, ceux qui frappaient Mgr Lefebvre étaient bien des « hommes d’Eglise… occup[ant] vraiment des postes élevés de l’Eglise », mais agissaient contre la Fraternité, non en tant que « successeur de Pierre », mais bien plutôt en tant qu’ « imbus des erreurs libérales ».

« L’Eglise n’est pas oecuménique, et à plus forte raison pas oecuménique libérale, l’Eglise est missionnaire. C’est ce que je n’ai cessé de répéter dans ma lettre au Cardinal Seper, parce qu’il me demandait des petites précisions sur des faits, sur notre obéissance, sur la soumission au Saint-Père, et des choses comme celles-là. Je pense qu’il fallait prendre le problème de beaucoup plus haut parce que ce sont des raisons profondes et des raisons très élevées qui nous empêchent d’être parfaitement obéissants au pape et aux Congrégations romaines. Ce sont des raisons excessivement importantes. C’est toute une nouvelle orientation de l’Eglise, qui n’est plus une orientation catholique, qui n’est pas l’orientation de l’Eglise catholique. Il y a une très grande différence l’Eglise missionnaire et l’Eglise oecuménique. L’Eglise missionnaire est celle qui porte la vérité, qui sait qu’elle a la vérité en elle, et qui la porte aux autres pour les convertir. Elle a pour but de convertir. Tandis que l’oecuménisme a pour but de trouver ce qui est vrai dans les erreurs et pratiquement de se mettre au niveau de l’erreur, de mettre toute la vérité au niveau de l’erreur, et donc d’embrasser les erreurs. Et ça c’est absolument inconcevable. C’est la destruction de la vérité de l’Eglise. On ne peut pas admettre cela. Or toutes les réformes, et tout ce qu’on veut nous faire accepter, par la suppression du séminaire, par la suppression de la Fraternité, par les peines qui nous sont données, le but, l’intention est toujours de nous faire accepter tout ce que le Concile a fait et tout ce qui s’est fait après le Concile, c’est-à-dire cette nouvelle Eglise conciliaire, ce n’est pas l’Eglise catholique. Cette nouvelle Eglise conciliaire n’est pas l’Eglise catholique à cause de son oecuménisme. Elle considère l’erreur avec le même respect que la vérité : vous êtes dans l’erreur, vous êtes aussi digne que celui qui est dans la vérité. Vous êtes malhonnête, vous êtes aussi digne que celui qui est dans la vertu. Ce n’est pas possible. Cette dignité humaine, dont on a fait une espèce de mythe ne correspond plus à la vérité. » (Conférence spirituelle à Ecône 13 mars 1978) Les deux passages soulignés ici montrent très bien que ce que Mgr Lefebvre entendait pas « cette nouvelle Eglise conciliaire », c’est précisément « une nouvelle orientation de l’Eglise », ce n’est pas une structure séparée.

« Cette Eglise conciliaire … suit des chemins qui ne sont pas des chemins catholiques et qui mènent tout simplement à l’apostasie… Il est clair que pour le Vatican, la seule vérité qui existe aujourd’hui, c’est la vérité conciliaire, c’est « l’esprit du concile », c’est l’esprit d’Assise. Voilà la vérité d’aujourd’hui. Et cela nous n’en voulons pour rien au monde, pour rien au monde ! … C’est pourquoi, constatant cette volonté ferme des autorités romaines actuelles de réduire à néant la Tradition et de ramener tout le monde dans cet esprit de Vatican II et cet esprit d’Assise, nous avons préféré nous retirer et dire nous ne pouvons pas; c’est impossible. Il n’était pas possible de nous mettre sous cette autorité… dans les mains de ceux qui veulent nous ramener à l’esprit du concile et à l’esprit d’Assise. Ce n’est pas possible. C’est pourquoi, j’ai envoyé une lettre au pape en lui disant très clairement : Nous ne pouvons pas, malgré tout le désir que nous avons d’être en pleine union avec vous, étant donné cet esprit qui règne maintenant à Rome et que vous voulez nous communiquer. Nous préférons continuer dans la Tradition, garder la Tradition en attendant que cette Tradition retrouve sa place à Rome, en attendant que cette Tradition retrouve sa plaça dans les autorités romaines, dans l’esprit des autorités romaines. » (Sermon des Sacres 30 juin 1988) On voit bien que, au moment même le plus solennel de son opposition à cette « église conciliaire », Mgr Lefebvre entend par cette expression « l’esprit du Concile, esprit d’Assise… qui règne à Rome… [c’est-à-dire] dans l’esprit des autorités romaines », c’est-à-dire dans l’esprit des hommes de la hiérarchie de l’Eglise Romaine, qui est l’Eglise catholique.

Mgr Lefebvre a toujours été absolument opposé à cet « esprit » nouveau, esprit qui n’est pas catholique ; mais il n’a jamais séparé l’Eglise en une « partie pourrie qui n’est pas catholique », et une « partie catholique », réduisant l’Eglise Catholique à une simple partie de l’Eglise visible.

Abbé François Laisney

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