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La charte de la laïcité est arrivée

publié dans regards sur le monde le 30 octobre 2013


La charte de la laïcité est arrivée

Avec ses contre-vérités

Ça y est, Vincent Peillon devait présenter ce lundi, dans une école de La Ferté-sous-Jouarre,    la charte de la laïcité qu’il avait promis de faire afficher dans tous les établissements    scolaires de France en vue de la refondation de l’école, mais aussi de la République.    Il l’a affirmé dans une interview au Journal du dimanche, assurant que « la crise    que les Français traversent, les interrogations qui sont les leurs sur leur identité,    avec toutes les dérives que nous connaissons depuis des années, sont liées en grande    partie au fait que l’on ne connaît plus assez nos valeurs, qu’on ne les partage pas    assez, qu’elles ne font plus ni mémoire, ni lien, ni projet ». Et de confirmer :     « La refondation de l’école de la République porte un projet de refondation républicaine.     »

Laïcité, morale républicaine, morale laïque… Pour Vincent Peillon, « c’est un droit,    c’est aussi une histoire et une philosophie ». Le spécialiste de Jaurès et de Ferdinand    Buisson a une époque bien précise en tête, ainsi qu’une philosophie et un projet,    celui de l’éradication de l’influence de l’Eglise catholique sur la société et surtout    sur les plus jeunes.

On peut lire son interview, bien sûr, et se laisser embobiner par ses mots-clefs,    ses mots-Pavlov destinés à obtenir l’adhésion insouciante d’un public conditionné    : respect, raison, paix, valeurs, liberté, « reconstruction d’un “commun” entre les    enfants de France ». Mais il est plus sain d’en rire ; tous ceux qui n’ont pas été     « déculturés » par des années d’enseignement à la laïque, tous ceux qui ont encore    des notions d’histoire verront la supercherie dans la promesse de voir la laïcité    imposer ses « limites », ses « obligations » et ses « règles » en s’appuyant comme    toujours « sur nos valeurs : la liberté, l’égalité, la fraternité ». « Jamais sur    la violence, la contrainte et la haine. »

Et jamais sur la Terreur, sur l’extermination, le génocide, jamais par les fiches,    l’expulsion des congrégations, la traque des religieux, la saisie des biens qui étaient    les fruits des donations des croyants ? Jamais par la guillotine ni par l’interdiction    des habits religieux ? On peut reprocher beaucoup de choses à Vincent Peillon, mais    point d’avoir la mémoire courte sur ces périodes qui le passionnent parce qu’elles    sont, à ses yeux, fondatrices. C’est donc qu’il sait. Il sait ce qu’il dit et il    sait ce qu’il occulte.

Au-delà du discours prétendument fédérateur, il y a en effet un propos on ne peut    plus révélateur, qui revient à plusieurs reprises et sous diverses formes dans son    interview, résumé ici dans ce qui sonne comme un slogan : « La laïcité doit permettre    à chacun de s’émanciper, de s’épanouir et de trouver sa propre liberté. »

Liberté par rapport aux contraintes, aux dogmes, aux traditions, aux croyances ;    c’est bien d’elle qu’il s’agit, d’une liberté opposée à la vérité au lieu d’en être    la conséquence et le fruit. Dans le monde de l’école laïque et obligatoire selon    Vincent Peillon, il n’y a pas davantage qu’en 1880 et 1905 place pour quelque chose    qui dépasse la loi civile, car même la loi morale républicaine, laïque, est fonction    de la loi et doit d’y soumettre en la transmettant. Elle « libère » – leitmotiv ministériel     – et plus précisément elle veut libérer chacun du poids de ses traditions, de son    passé, de sa culture reçue à la maison : « Elle offre un espace préservé et neutre    dans lequel on doit donner à chacun, quelle que soit sa religion, quelle que soit    son origine sociale ou géographique, les moyens de choisir et de construire sa vie     », explique Peillon.

Neutre ! Oui, il ose dire que sa laïcité est neutre, ce n’est pas nouveau et il n’est    pas le seul, mais on ne peut s’empêcher de bouillir d’indignation en voyant la fable    répétée. Vincent Peillon est le premier à savoir, d’autant qu’il l’a écrit, que la    République a besoin d’une religion pour supplanter les religions, et surtout le christianisme,    arrêtons de voir dans l’islam la cible de sa charte. La religion de la République    enseigne ce qu’il faut croire et ce qu’il faut faire non pour être sauvé, mais pour    faire partie de ce « commun » – comme il dit – aujourd’hui compromis. Elle a sa philosophie    et ses commandements. Elle est d’abord rejet de la transcendance, rejet de Dieu.

Le JDD publie en complément de l’entretien avec Vincent Peillon la charte de la laïcité    telle qu’elle devait, assure le quotidien, être présentée lundi avec un commentaire    que nous attentons avec intérêt. Il est probable que cette affiche avec son graphisme    brouillon – bleu blanc rouge rose – et ses références aux idées-forces de la Constitution    sera bien la « bonne ».

Nous en retiendrons pour l’heure quelques phrases, qui en disent long sur la volonté    idéologique du gouvernement et la continuité juridique par rapport aux lois contre    le racisme et la discrimination. Ainsi, « la laïcité de l’Ecole » selon l’article    6 protège-t-elle les élèves « de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient    de faire leurs propres choix ». Ne croyez pas, pour autant, que l’islamisation des    banlieues va cesser comme par magie. Mais la République fera de son mieux – comme    elle l’a déjà fait avec tant de constance – pour que les jeunes ne soient plus influencés    par les convictions de leurs parents. C’est urgent, vous savez, de renforcer le dispositif.    Sans ça, on se retrouve avec des manifs monstrueuses sur les bras pour contester    les croyances obligatoires sur la liberté et l’égalité…

Le « pluralisme » affirmé connaît d’ailleurs aussitôt ses limites. Les professeurs    et tout le personnel doivent respecter une « stricte neutralité » (c’est-à-dire enseigner    qu’il n’y a pas de vérité révélée) et les élèves s’abstenir de tout signe « manifestant    ostensiblement une appartenance religieuse ».

Surtout, « aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour    contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme », et nul    ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer    aux règles applicables dans l’Ecole de la République ».

Normal ? Voire. Tant que les cantines des écoles de la République n’imposeront pas    le jambon au menu, on prendra tout cela avec une pincée de harissa ; et tant que    l’idéologie du genre sera au programme, couronnement d’enseignements qui propagent    la désinformation et le mensonge sur tant de sujets, on revendiquera la vraie intelligence    et la vraie liberté, qui ne rougissent pas de leurs rapports avec la foi.

 

JEANNE SMITS  Article extrait de Présent du n° 7934 du Mardi 10 septembre 2013

 

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La voilà:

La République est laïque

1. La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi, sur l’ensemble de son territoire, de tous les citoyens. Elle respecte toutes les croyances.

2. La République laïque organise la séparation des religions et de l’État. L’État est neutre à l’égard des convictions religieuses ou spirituelles. Il n’y a pas de religion d’État.

3. La laïcité garantit la liberté de conscience à tous. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Elle permet la libre expression de ses convictions, dans le respect de celles d’autrui et dans les limites de l’ordre public.

4. La laïcité permet l’exercice de la citoyenneté, en conciliant la liberté de chacun avec l’égalité et la fraternité de tous dans le souci de l’intérêt général.

5. La République assure dans les établissements scolaires le respect de chacun de ces principes.

 

L’École est laïque

6. La laïcité de l’École offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient de faire leurs propres choix.

7. La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée.

8. La laïcité permet l’exercice de la liberté d’expression des élèves dans la limite du bon fonctionnement de l’École comme du respect des valeurs républicaines et du pluralisme des convictions.

9. La laïcité implique le rejet de toutes les violences et de toutes les discriminations, garantit l’égalité entre les filles et les garçons et repose sur une culture du respect et de la compréhension de l’autre.

10. Il appartient à tous les personnels de transmettre aux élèves le sens et la valeur de la laïcité, ainsi que des autres principes fondamentaux de la République. Ils veillent à leur application dans le cadre scolaire. Il leur revient de porter la présente charte à la connaissance des parents d’élèves.

11. Les personnels ont un devoir de stricte neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions.

12. Les enseignements sont laïques. Afin de garantir aux élèves l’ouverture la plus objective possible à la diversité des visions du monde ainsi qu’à l’étendue et à la précision des savoirs, aucun sujet n’est a priori exclu du questionnement scientifique et pédagogique. Aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme.

13. Nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’École de la République.

14. Dans les établissements scolaires publics, les règles de vie des différents espaces, précisées dans le règlement intérieur, sont respectueuses de la laïcité. Le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.

15. Par leurs réflexions et leurs activités, les élèves contribuent à faire vivre la laïcité au sein de leur établissement.

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L’interview de Vincent Peillon sur le JDD (le 1 septembre 2013)

Peillon : « Je veux qu’on enseigne la morale laïque »

INTERVIEW – À la veille de la rentrée scolaire, le ministre de l’Education, Vincent Peillon, annonce la mise en place de cours de « morale laïque » dès la rentrée 2013.

Vincent PeillonParu dans leJDD

Vincent Peillon le 24 août à La Rochelle. (Reuters)

Lundi plus de 800.000 professeurs font leur rentrée, mardi ce sera le tour de 12 millions d’élèves. Pour Vincent Peillon, il s’agit de la « première rentrée du changement ». Le ministre de l’Éducation nationale, malgré les 13.000 suppressions de poste, réaffirme que l’éducation est bien la priorité du quinquennat. Une concertation sur les thèmes cruciaux comme les rythmes scolaires se tient jusqu’à la fin septembre, elle doit déboucher sur un rapport qui servira de base à l’élaboration d’une loi d’orientation à l’automne. Pour le ministre, cette « refondation de l’école républicaine » doit s’accompagner d’un retour sur les valeurs. Il souhaite instituer des cours de « morale laïque » dès la rentrée 2013. Explications.

Qu’entendez-vous par « morale laïque »? La morale laïque c’est comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, c’est aussi des devoirs autant que des droits, des vertus, et surtout des valeurs. Je souhaite pour l’école française un enseignement qui inculquerait aux élèves des notions de morale universelle, fondée sur les idées d’humanité et de raison. La république porte une exigence de raison et de justice. La capacité de raisonner, de critiquer, de douter, tout cela doit s’apprendre à l’école. Le redressement de la France doit être un redressement matériel mais aussi intellectuel et moral.

Quelles sont ces valeurs communes? Lorsque le président de la République dit devant le monument de Jules Ferry faire de l’école la priorité, il dit à la société qu’un certain nombre de valeurs sont plus importantes que d’autres : la connaissance, le dévouement, la solidarité, plutôt que les valeurs de l’argent, de la concurrence, de l’égoïsme… Nous devons également porter et défendre l’égalité des garçons et des filles. Une société et une école qui n’enseignent pas ces valeurs s’effondrent. Il faut assumer que l’école exerce un pouvoir spirituel dans la société.

Il faut enseigner la laïcité? La laïcité comme fait juridique, philosophique et historique n’est pas suffisamment étudiée. Certains pensent que la laïcité est contre les religions ; certains au contraire que c’est simplement la tolérance ; d’autres que c’est uniquement des règles de coexistence. Or, la laïcité ce n’est pas simplement cela. Il existe aussi une « laïcité intérieure », c’est-à-dire un rapport à soi qui est un art de l’interrogation et de la liberté. La laïcité consiste à faire un effort pour raisonner, considérer que tout ne se vaut pas, qu’un raisonnement ce n’est pas une opinion. Le jugement cela s’apprend.

Qui serait chargé d’enseigner cette morale laïque? Je vais nommer une mission de réflexion qui devra préciser la nature de cet enseignement. Je pose trois objectifs : qu’il y ait une cohérence depuis le primaire jusqu’à la terminale ; que cet enseignement soit évalué ; qu’il trouve un véritable espace. Je souhaite que dans la formation des enseignants, dans les écoles supérieures de l’éducation et du professorat que nous mettrons en place à la rentrée 2013, les questions de morale laïque soient enseignées à tous les professeurs.

Y a-t-il une « morale de gauche » et une « morale de droite « ? Je ne le crois pas. Je pense, comme Jules Ferry, qu’il y a une morale commune, qu’elle s’impose à la diversité des confessions religieuses, qu’elle ne doit blesser aucune conscience, aucun engagement privé, ni d’ordre religieux, ni d’ordre politique. Prenez les textes du Conseil national de la Résistance : cela va des communistes à de Gaulle. Ce sont des textes qui portent une conception de la solidarité sociale, de l’universalisme et nous avons besoin d’enseigner à nos élèves ce formidable patrimoine. Je veux faire de la morale laïque un enseignement moderne qui s’inscrit dans l’école du IIIe millénaire.

Il existe déjà des cours d’instruction civique, en quoi votre morale serait différente? Je n’ai pas dit instruction civique mais bien morale laïque. C’est plus large, cela comporte une construction du citoyen avec certes une connaissance des règles de la société, de droit, du fonctionnement de la démocratie, mais aussi toutes les questions que l’on se pose sur le sens de l’existence humaine, sur le rapport à soi, aux autres, à ce qui fait une vie heureuse ou une vie bonne. Si ces questions ne sont pas posées, réfléchies, enseignées à l’école, elles le sont ailleurs par les marchands et par les intégristes de toutes sortes. Si la république ne dit pas quelle est sa vision de ce que sont les vertus et les vices, le bien et le mal, le juste et l’injuste, d’autres le font à sa place. Aujourd’hui dans les cours d’école et les classes, on se traite « sales feujs », « sales bougnoules »… Tout ce qui est de l’ordre du racisme, de l’antisémitisme, de l’injure, de la grossièreté à l’égard des professeurs et des autres élèves, ne peut pas être toléré à l’école. La sanction fait partie de l’éducation. Mais il faut aussi qu’il y ait une cohérence entre la responsabilité des adultes à l’extérieur de l’école et ce que l’on demande aux maîtres et aux professeurs de faire. L’attitude des plus hautes autorités de l’État est, de ce point de vue, tout à fait déterminante. L’ancien président de la République lui-même, en désignant toujours des ennemis, en s’exprimant avec violence ou grossièreté, en expliquant qu’enseigner La Princesse de Clèves était sans intérêt, que l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé, sapait l’autorité des professeurs et s’attaquait aux valeurs qui sont les nôtres.

Vous parlez là d’exemplarité? Oui. Le professeur doit bien sûr dans ses comportements incarner lui-même les valeurs que nous voulons enseigner. Si on pense que la question de la dignité humaine est fondamentale, il doit être à l’égard de chaque élève dans une relation de respect. Il ne s’agit pas d’autoritarisme, mais d’une autorité qui se fonde sur des qualités morales et intellectuelles. Si la société conteste son autorité, le moque ou même l’injurie, alors il n’y a pas de raison pour que l’élève le respecte. Nous avons besoin d’un réarmement moral. C’est pourquoi nous devons tous soutenir nos professeurs.

Cela implique également que l’élève se lève quand le professeur entre dans la classe? Ce n’est pas le sujet. Il ne faut pas confondre morale laïque et ordre moral. C’est tout le contraire. Le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s’émanciper, car le point de départ de la laïcité c’est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix. Je ne crois pas du tout à un ordre moral figé. Je crois qu’il faut des règles, je crois en la politesse par exemple.

»

Dans votre école, les élèves salueront le drapeau tricolore tous les matins? Non. Mais il faut enseigner aux enfants la différence entre être patriote et nationaliste. Nous devons aimer notre patrie, mais notre patrie porte des valeurs universelles. Ce qui a fait la France, c’est la déclaration des droits de l’homme. Elle dit que nous partageons tous une même humanité. Le professeur doit reconnaître en chaque enfant, sans distinction d’origine, cette humanité et l’instituer.

Doit-on enseigner La Marseillaise à l’école? Apprendre notre hymne national me semble une chose évidente, les symboles comptent, mais il ne faudra pas croire que l’apprentissage mécanique d’un hymne est suffisant dans cette éducation à la morale laïque.

La morale n’en finit pas de faire son retour. Vous ne craignez pas que votre morale laïque reste au degré zéro sur les bancs de l’école? C’est l’objectif inverse que je poursuis. Si les créneaux horaires réservés à l’instruction civique et morale sont souvent utilisés par les enseignants pour rattraper le retard sur d’autres points du programme, c’est parce que la matière n’est pas ou peu évaluée ; si la matière enseignée ne porte pas le même nom au primaire, au collège, au secondaire, elle n’est pas cohérente et prise au sérieux ; si les professeurs ne sont pas formés pour l’enseigner, cela ne sert à rien. C’est à tout cela que je veux remédier. La bataille que doit mener l’école est aussi une bataille des valeurs. Nous allons la mener.

Adeline Fleury – Le Journal du Dimanche

samedi 01 septembre 2012

 

 

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