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Le pape François s’exprime sur la liturgie, le 10 février 2014

publié dans nouvelles de chrétienté le 15 février 2014


Comment entrer dans le temps et dans l’espace de Dieu

On lit sur le site de Sandro Magister:

Le pape François met fin par surprise à son silence en ce qui concerne la liturgie. « C’est la nuée de Dieu qui nous enveloppe tous », dit-il. Et il appelle de ses vœux un retour au vrai sens du sacré

par Sandro Magister


ROME, le 14 février 2014 – Cinquante ans après la promulgation du document du concile Vatican II relatif à la liturgie, cet événement est solennisé au Vatican par un colloque de trois jours, du 18 au 20 du mois de février, à l’université pontificale du Latran, organisé par la congrégation pour le culte divin.

Jusqu’à maintenant, la liturgie n’a pas paru figurer au premier plan de la pensée du pape François. Dans la longue interview-confession qu’il a accordée, l’été dernier, à « La Civiltà Cattolica », il avait réduit la réforme liturgique conciliaire à cette définition expéditive : « un service au peuple comme relecture de l’Évangile à partir d’une situation historique concrète ». (C’est une étonnante définition !? )

Pas un mot de plus, sinon pour évoquer le « risque préoccupant d’idéologisation du Vetus Ordo, son instrumentalisation ».

Mais, lundi 10 février, à l’improviste, Jorge Mario Bergoglio a rompu le silence et il a consacré à la liturgie toute l’homélie de la messe matinale qu’il célébrait à la chapelle de la Maison Sainte-Marthe. En disant des choses qu’il n’avait jamais dites précédemment depuis qu’il est pape.

Ce matin-là, on a lu à la messe, dans le premier livre des Rois, l’histoire, pendant le règne de Salomon, de la nuée, de la gloire divine, qui avait rempli le temple et le fait que « le Seigneur a décidé d’habiter la nuée« .

Prenant appui sur cette « théophanie », le pape Jorge Mario Bergoglio a affirmé que « dans la liturgie eucharistique Dieu est présent », de manière encore « plus proche » que dans la nuée du temple, sa présence « est une présence réelle ».

Et il a ajouté :

« Lorsque je parle de liturgie, je me réfère principalement à la sainte messe. La messe n’est pas une représentation, c’est autre chose. C’est vivre de nouveau la passion et la mort rédemptrice du Seigneur. C’est une théophanie : le Seigneur se fait présent sur l’autel afin d’être offert au Père pour le salut du monde ».

Le pape a ensuite déclaré :

« La liturgie est le temps de Dieu et l’espace de Dieu, nous devons nous y mettre dans le temps de Dieu, dans l’espace de Dieu et ne pas regarder notre montre. La liturgie, c’est vraiment entrer dans le mystère de Dieu, se laisser porter au mystère et être dans le mystère. C’est la nuée de Dieu qui nous enveloppe tous ».

Et il a évoqué un souvenir d’enfance :

« Je me souviens que, lorsque j’étais enfant et que l’on nous préparait à la première communion, on nous faisait chanter : “’Ô saint autel gardé par les anges”. Cela nous faisait comprendre que l’autel était réellement gardé par les anges et cela nous donnait le sens de la gloire de Dieu, de l’espace de Dieu, du temps de Dieu ».

Arrivant à la conclusion, François a invité les personnes présentes à « demander aujourd’hui au Seigneur de nous donner à tous ce sens du sacré, ce sens qui nous fasse comprendre qu’une chose est de prier à la maison, de réciter le chapelet, de dire beaucoup de belles prières, de faire le chemin de croix, de lire la bible, et qu’une autre chose est la célébration eucharistique. Dans la célébration, nous entrons dans le mystère de Dieu, dans cette voie que nous ne pouvons pas contrôler. Lui seul est l’unique, lui est la gloire, lui est le pouvoir. Demandons cette grâce : que le Seigneur nous apprenne à entrer dans le mystère de Dieu« .

 

——————————–

La constitution du concile Vatican II relative à la liturgie, premier des documents approuvés par cette assemblée :

> Sacrosanctum Concilium

__________

Et voici comment Benoît XVI en a parlé dans le discours improvisé qu’il a adressé au clergé de Rome le 14 février 2013, il y a exactement un an de cela, et qui a été l’un des derniers actes de son pontificat :

« Après la première guerre mondiale, justement en Europe centrale et occidentale, le mouvement liturgique avait grandi, une redécouverte de la richesse et de la profondeur de la liturgie, qui était jusque là presque enfermée dans le Missel romain du prêtre, tandis que les gens priaient avec leurs livres de prière qui étaient faits selon le cœur des gens, si bien que l’on cherchait à traduire les contenus élevés, le langage élevé de la liturgie classique, en paroles plus émotionnelles, plus proches du cœur du peuple. Mais il y avait presque deux liturgies parallèles : le prêtre qui, avec les enfants de chœur, célébrait la messe selon le Missel, et les laïcs, qui priaient, pendant la Messe, avec leurs livres de prières, sachant en même temps substantiellement ce qui se réalisait sur l’autel.

« Mais désormais la beauté, la profondeur, la richesse historique, humaine, spirituelle, du Missel avaient été redécouvertes, ainsi que la nécessité que non seulement un représentant du peuple, un petit enfant de chœur, dise ‘Et cum spiritu tuo’ etc., mais qu’il y ait réellement un dialogue entre le prêtre et le peuple, que la liturgie de l’autel et la liturgie du peuple soient réellement une unique liturgie, une participation active, que les richesses arrivent au peuple ; et ainsi la liturgie a été redécouverte, renouvelée.

« Je trouve maintenant, rétrospectivement, qu’il a été très bon de commencer par la liturgie ; ainsi apparaît le primat de Dieu, le primat de l’adoration. ‘Operi Dei nihil præponatur’ : ces paroles de la Règle de saint Benoît (cf. 43, 3) apparaissent ainsi comme la règle suprême du Concile. D’aucuns ont reproché au Concile d’avoir parlé de beaucoup de choses, mais pas de Dieu. Il a parlé de Dieu ! Et cela a été le premier acte et un acte substantiel de parler de Dieu et d’ouvrir tous les gens, tout le peuple saint, à l’adoration de Dieu, dans la commune célébration de la liturgie du Corps et du Sang du Christ. En ce sens, au-delà des facteurs pratiques qui incitaient à ne pas commencer tout de suite par des thèmes controversés, ce fut, disons, réellement un acte de la Providence qu’au commencement du Concile soit la liturgie, soit Dieu, soit l’adoration. Maintenant je ne voudrais pas entrer dans les détails de la discussion, mais il vaut toujours la peine, au-delà des mises en œuvre pratiques, de revenir au Concile lui-même, à sa profondeur et à ses idées essentielles.

« Je dirais qu’il y en avait plusieurs : surtout le Mystère pascal comme centre de l’être chrétien et donc de la vie chrétienne, de l’année, du temps chrétien, qui s’exprime dans le temps pascal et dans le dimanche, qui est toujours le jour de la Résurrection. Toujours de nouveau, nous recommençons notre temps par la Résurrection, par la rencontre avec le Ressuscité et, de la rencontre avec le Ressuscité, nous allons au monde. En ce sens, il est dommage qu’aujourd’hui, on ait transformé le dimanche en fin de semaine, alors que c’est le premier jour, c’est le commencement ; intérieurement nous devons bien garder à l’esprit ceci : c’est le commencement, le commencement de la Création, c’est le commencement de la nouvelle création dans l’Église, la rencontre avec le Créateur et avec le Christ Ressuscité. Ce double contenu du dimanche est important aussi : c’est le premier jour, c’est-à-dire la fête de la Création – nous nous trouvons sur le fondement de la Création, nous croyons au Dieu Créateur – et la rencontre avec le Ressuscité, qui renouvelle la Création ; son vrai but est de créer un monde qui soit réponse à l’amour de Dieu.

« Il y avait ensuite des principes : l’intelligibilité – au lieu d’être renfermés dans une langue qui n’est ni connue ni parlée – et aussi la participation active. Malheureusement, ces principes ont aussi été mal compris. Intelligibilité ne veut pas dire banalité, parce que les grands textes de la liturgie – même s’ils sont dits, grâce à Dieu, dans la langue maternelle – ne sont pas facilement intelligibles, ils nécessitent une formation permanente du chrétien pour qu’il grandisse et entre toujours plus en profondeur dans le mystère et qu’il puisse ainsi comprendre. Et même la Parole de Dieu – si je pense jour après jour à la lecture de l’Ancien Testament, même à la lecture des Épîtres pauliniennes, des Évangiles : qui pourrait dire qu’il comprend tout de suite seulement parce que c’est dans sa propre langue ? Seule une formation permanente du cœur et de l’esprit peut réellement créer l’intelligibilité et une participation qui soit davantage qu’une activité extérieure, qui soit une entrée de la personne, de mon être, dans la communion de l’Église et ainsi dans la communion avec le Christ ».

__________

Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.

 

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