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In Memoriam Mère Anne Marie Simoulin

publié dans nouvelles de chrétienté le 2 juillet 2014


In Memoriam Mère Anne-Marie Simoulin 24 mai 1928 – 16 juin 2014

Source : Abbé Simoulin, fsspx – Le Seignadou – Juillet-août 2014


«C’était une grande dame»
Deuxième fille d’une famille de 14 enfants (qui donnera à Dieu 3 de ses filles et un de ses fils), après de bonnes études littéraires, elle entre dans la Congrégation des Dominicaines enseignantes du Saint-Nom-de-Jésus de Toulouse en 1948. Elle en reçoit l’habit à Montréjeau le 8 septembre 1949, prononce ses premiers vœux le 8 septembre 1951 et y fait profession perpétuelle le 8 septembre 1956. Prieure de l’Institution Sainte Marthe à Grasse en 1964, elle est élue prieure générale de la congrégation en 1967. Elle n’a pas 40 ans, et doit donc obtenir la dispense que Rome lui accorde sans difficulté.
Qui sont ces dominicaines ? Il s’agit d’une Congrégation enseignante fondée à Toulouse le 25 mars 1800, par un prêtre, Monsieur Vincens, qui, au lendemain de la Révolution, avait voulu restaurer l’enseignement chrétien des filles. Cette Congrégation a trouvé une vigueur nouvelle en se greffant, en 1886, sur l’ordre des frères prêcheurs, comme Tiers-Ordre régulier dominicain. Elle a connu un grand renouveau sous le pape Pie XII, grâce à de nouvelles Constitutions rédigées par le Père Calmel à la demande de la Supérieure Générale, Mère Hélène Jamet, et approuvées par Rome le 5 septembre 1953. Ce renouveau, accepté et vécu avec enthousiasme par la congrégation n’est cependant pas du goût de certaines sœurs, éprises d’une autre forme de nouveauté, et une visite apostolique conclut, entre autres, à des mesures de mise à l’écart du P. Calmel. Le concile Vatican II, et les normes nouvelles données par l’épiscopat de France pour l’éducation et l’enseignement dans les écoles catholiques, introduisent – comme ailleurs – la division dans les communautés.
C’est dans ce climat difficile que Mère Anne-Marie est élue Prieure Générale en 1967. Dès 1968 elle obtient de Rome la restauration de la liberté du P. Calmel « pour tout ce qui est correspondance et visites individuelles ». Avec l’accord et le soutien de la grande majorité des sœurs, elle maintient la ligne donnée par Mère Hélène et le P. Calmel dans les nouvelles constitutions, cherchant en outre à maintenir l’unité de la congrégation et au sein des communautés. Une minorité agissante entretient toutefois la division au sein de la congrégation, et, encore confiante (certains diront : naïve), elle fait appel à Rome en 1971. Une visite apostolique se déroule alors dans toutes les maisons, et après un nouveau recours de Mère Anne-Marie, la S.C. des religieux annule la convocation du Chapitre général prévu en 1973. C’est alors que Mère Anne-Marie fait l’acquisition de la propriété de Saint-Pré. Finalement convoqué en 1974, le Chapitre est reporté une nouvelle fois, tandis que Mère Anne-Marie est déposée avec retrait de sa voix passive (ne peut ni élire ni être élue) et une administratrice est nommée. Entretemps un premier groupe de sœurs s’est retiré à Saint-Pré. Ce sont principalement les sœurs de la communauté de Toulon, ainsi que quelques sœurs de l’Annonciation, dont le noviciat, accompagnées du P. Calmel qui résidait à Toulon. Les 17 sœurs professes seront « réduites à l’état laïc » le 24 mai 1975, quelques jours à peine après le décès du P. Calmel le 3 mai. Mère Anne-Marie et les autres sœurs « rebelles » vont tenter de sauver ce qui pouvait l’être encore, en espérant pouvoir encore vivre et agir selon les traditions de la congrégation. Mais les nouvelles obédiences de 1975 et leur dispersion dans les maisons – Mère Anne-Marie étant reléguée à Saint Étienne-de-Tulmont – montrent bien la volonté de ruiner toute possibilité d’une fidélité aux saintes traditions, et un deuxième groupe de 19 religieuses se retire à la Clarté-Dieu à Fanjeaux le 2 juillet 1975. Elles seront « réduites à l’état laïc » le 7 juin 1976. Selon l’étrange formule venue de Rome, le pape leur a « imposé la dispense de leurs vœux ».
Mère Anne-Marie considérait tout cela comme d’honorables décorations pour fidélité à l’Église et à sa profession religieuse, et ne se privait pas de faire malicieusement remarquer à Mgr Lefebvre qu’elle avait été condamnée avant lui ! C’est lui qui viendra bénir ses 25 années de profession religieuse à Fanjeaux le 8 septembre 1976, ainsi que la profession perpétuelle de sa sœur plus jeune, sœur Myriam, tandis que le curé local survole la cérémonie en jetant des tracts hostiles sur le village. Mgr Lefebvre aimait dire alors que dans le midi, il n’y avait que deux hommes : Dom Gérard et Mère Anne-Marie ! C’était avant les tristes séparations de 1988, et il disait ensuite qu’il n’y en avait plus qu’un : Mère Anne-Marie.
Louis Jugnet, le grand philosophe toulousain, ne craignait pas d’affirmer, lui aussi, qu’elle était le seul homme du diocèse.
Des liens se nouent alors avec un autre grand dominicain, le P. de Chivré. Très différent du P. Calmel, mais tout aussi ardent, il use ses ultimes forces à aider la congrégation renaissante à la Clarté-Dieu et au Cammazou, et même à aider la génération d’une branche contemplative, chez lui en Normandie.
Mère Hélène, que vénérait grandement Mère Anne-Marie, s’est éteinte à Saint-Pré le 21 novembre 1982. En 1993, Mère Anne-Marie a passé le flambeau à Mère Marie-Geneviève, et, après un priorat de six années à Cressia, elle s’est retirée à Romagne. Entretemps, les deux groupes de sœurs ont donné naissance à deux nouvelles congrégations, qui totalisent aujourd’hui plus de 300 religieuses dans une vingtaine de maisons.
La Congrégation de Fanjeaux, quant à elle, compte environ 200 religieuses réparties dans 14 maisons, en France, en Allemagne et aux États-Unis… Alors que la congrégation d’origine a fermé la plupart des siennes (7 maisons sont encore ouvertes) et compte moins de quarante religieuses.
Monsieur Vincens, encore une fois, a tenu sa promesse. La tradition orale de la congrégation rapporte que, sur son lit de mort, il aurait promis une agonie sans terreur à toutes les sœurs du Saint-Nom-de-Jésus, dans la mesure de leur fidélité à l’esprit de l’Institut. Après beaucoup d’autres, Mère Anne-Marie, au terme d’une vie mouvementée, a vécu une longue agonie paisible, et c’est très paisiblement qu’elle a remis son âme entre les mains de Dieu, au matin du 16 juin 2014. Le Salve Regina, chanté par toute la communauté a accompagné son départ vers celui dont le Saint-Nom avait été toute sa raison de vivre. Avec Mère Anne-Marie c’est sans aucun doute une des dernières grandes figures de la première résistance dans la bourrasque conciliaire qui vient de s’éteindre. D’autres figures sont apparues depuis mais, tous aujourd’hui, nous sommes fils et filles de ces premiers combattants de la fidélité, persécutés et condamnés pour nous permettre de vivre aujourd’hui encore en fils de l’Église, heureux bénéficiaires des plus beaux trésors de sa grande Tradition.
Les caractères se sont fait rares aujourd’hui ! Ils avaient leur violence et leurs excès, mais ils avaient aussi leur fierté, ne supportant pas ce qui contredit l’Evangile, l’Eglise, la consécration religieuse et la charité envers les âmes les plus démunies, les âmes des enfants. Sans aucun doute, Mère Anne-Marie avait un caractère fort, parfois excessif ; elle a eu ses violences (certains cardinaux, évêques, religieuses ou laïcs en ont gardé longtemps le souvenir !), elle a pu commettre des erreurs et ne s’est pas fait que des amis, même parmi les siens. Mais ne fallait-il pas un tel caractère pour mener la congrégation que ses sœurs lui avaient confiée sur les chemins ardus de la fidélité à sa vocation ? Elle a peut-être échoué en cela, mais qui peut nier qu’elle a réussi au-delà de toute espérance par la survie de cette vocation dans les deux congrégations qui sont nées de cet échec ?
Fille de l’Église, comme S. Exc. Mgr Lefebvre, c’est son amour de l’Église qui l’a obligée à s’opposer aux hommes d’Église et à leurs théories nouvelles. Des autorités de l’Église, au-delà de tout ce qu’elles ont pu décréter, décider, accorder ou refuser durant ces dernières années, elle n’attendait qu’une chose : la réhabilitation de Mgr Lefebvre.
Fille de saint Dominique et de sainte Catherine de Sienne, elle aimait son habit et ses vœux, et aucune autorité au monde n’aurait pu obtenir qu’elle acceptât d’en diminuer la vérité et la signification. Telle elle était au jour de ses premiers vœux, telle elle a vécu et telle elle est demeurée au dernier de ses jours. Fille de Mère Hélène et du P. Calmel, c’est son amour pour sa congrégation qui a guidé ses décisions pour tenter de maintenir l’unité entre ses sœurs, et pour tenter d’y demeurer jusqu’au bout, dans l’espoir d’en sauver l’âme et l’esprit. Et l’une de ses plus grandes souffrances a été sans aucun doute de n’avoir pas toujours su aimer ses sœurs comme elles en avaient besoin et de ne pas avoir été toujours comprise de ses sœurs.
Fille de France, c’est son amour pour les enfants de France qui lui a fait dépenser jusqu’au bout toutes ses forces pour leur transmettre le goût et l’art du vrai, du beau, du grand. Au plus fort de sa dernière maladie, elle voulait encore remettre son voile pour aller enseigner le grec aux élèves qui oublieront peut-être le grec, mais n’oublieront certainement pas son enthousiasme ! Toutes celles qui l’ont connue, et ont bénéficié de son enseignement, savent combien elle les aimait : son cœur de mère était toujours disponible pour aller vers elles ou pour les accueillir.
Mais encore, il serait impie de l’oublier, fille et sœur d’une humble famille de France, au sein de laquelle la grâce a trouvé un terrain prédisposé à de belles œuvres. Elle vénérait son père, polytechnicien et officier, mais aussi lettré, poète et musicien (sa boutonnière arborait fièrement la Légion d’honneur mais aussi les Palmes Académiques !), à l’affection pudique et à la religion discrète. Sa mère était plus douce, artiste également et tout aussi discrète. Auprès de ses parents elle avait appris à aimer et à servir sans phrases, et elle aimait chacun de ses frères et sœurs, heureuse de leur manifester son affection en toute occasion, et consolée de les voir accourir auprès d’elle avec leur affection silencieuse jusqu’aux derniers jours.
Au terme d’une vie consacrée à Jésus-Christ et de 62 années de fidélité à sa consécration, elle avait tout donné, aux siens, aux enfants, à ses sœurs, aux familles, à l’Eglise, à Jésus-Christ et à la Vierge Marie. Servante du Seigneur jusqu’au bout, il ne lui restait plus rien à donner que son âme consacrée… Elle attendait, offerte et offrante, et c’est Jésus-Christ lui-même qui est venu la chercher durant son sommeil pour lui donner la récompense promise aux bons serviteurs.

« O Dieu, dont le propre est de pardonner toujours et de faire miséricorde , nous vous implorons humblement pour l’âme de votre servante Anne-Marie, à qui vous avez commandé de quitter aujourd’hui le monde ; ne la livrez pas au pouvoir de l’ennemi, et ne l’oubliez pas à jamais ; mais daignez ordonner à vos saints Anges de la recevoir et de l’introduire dans la patrie céleste, afin qu’après avoir cru et espéré en vous, elle n’ait point à souffrir les peines de l’enfer mais qu’elle possède les joies éternelles. »

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