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Poutine et l’Histoire de France: La Reine Anne de Kiev

publié dans regards sur le monde le 31 mai 2017


 

Quand Poutine apprend l’histoire de France à Macron : à propos d’Anne de Kiev

 

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(Source : breizh-Info.com)

31/05/2017 – 12h15 Paris  (Breizh-Info.com) – En déplacement à Paris pour célébrer le tricentenaire des relations diplomatiques franco-russes, Vladimir Poutine a été reçu au château de Versailles par le président Macron, avec lequel il a pu s’entretenir durant de longues minutes en un « dialogue franc et direct » à l’issue duquel s’est déroulée une séance de questions-réponses avec les médias français et russes.

« Ce n’est pas avec Pierre le Grand qu’ont commencé nos relations. Les racines sont encore plus lointaines. Vous avez probablement entendu parler de la reine Anne de Kiev… » déclare le président russe, dont on dirait qu’il fait découvrir l’histoire et la culture françaises à Emmanuel Macron… Ce dernier a-t-il au moins entendu vaguement le nom de cette reine de France hélas méconnue du grand public? D’ailleurs qui était-elle? Nous vous proposons de découvrir la vie et le parcours exceptionnel de cette femme venue des contrées lointaines, qui marqua de manière indélébile l’histoire de notre pays.

La date exacte de sa naissance n’est pas connue. C’est entre 1024 et 1032 que la princesse Anna aurait vu le jour à Kiev (qui, on ne le redira jamais assez, est la ville-mère de l’histoire russe). Son père n’est autre que le grand-prince Iaroslav, un des douze fils de Vladimir le Grand, qui avait converti son peuple à la foi chrétienne à la fin du Xème siècle. Sa mère est la princesse Ingegerd de Suède et de Norvège, fille du roi Olaf, premier souverain chrétien de Suède.

Le contexte social et politique est alors celui d’une Europe médiévale où le christianisme a assis sa puissance, et qui doit faire face aux profonds bouleversements de l’an mil. La Rus de Kiev bouillonne alors d’une soif de savoir, de « boire la science à la source », selon les termes du journaliste Philippe Delorme. Ce savoir, le jeune état le puise dans les modèles classiques de Rome, de la Grèce antique et de Byzance.

La princesse Anna est ainsi éduquée comme une jeune fille de son rang se doit de l’être. Elle connaît le grec, le latin et maîtrise admirablement l’Ancien et le Nouveau Testament. Comme toutes les femmes de sa famille, elle sait lire et écrire. Les langues n’auraient eu aucun secret pour la jeune princesse qui maîtrisait, outre le vieux-slave et les langues anciennes, plusieurs langues européennes dont le français qui commence déjà à prendre de l’importance.

La voici prête, selon la formule du génial Philippe Delorme à « assumer un destin, quel qu’il soit, et à tenir son rang sans faire rougir sa toute puissante famille. » Et d’ajouter : »c‘est de France que la providence va lui faire un signe…«

En effet, dans le lointain royaume des Francs, c’est Henri Ier qui règne depuis 1031. Troisième roi capétien consécutif, il doit asseoir la mainmise de sa dynastie, encore fragile, face aux grands féodaux, ces vassaux turbulents dont certains contrôlent des territoires bien plus étendus que le petit domaine royal.

Marié depuis 1034 à la jeune Mathilde de Frise, il perd cette dernière en 1044, probablement suite à une maladie. Devenu veuf, il doit s’empresser de quérir une nouvelle épouse afin de fournir un héritier mâle au royaume. Hélas, toutes ses requêtes sont rejetées : la Chrétienté est alors au tout début de la réforme grégorienne qui vise à ramener sur le droit chemin les brebis égarées. Les règles morales sont considérablement alourdies. Il est par exemple interdit de se marier avec une personne ayant un lien de parenté inférieur au septième degré. Or, toutes les princesses d’Europe sont peu ou prou parentes du roi des Francs, qui se désespère et se morfond en son palais.

Finalement, en 1049, un des envoyés apprend au roi que le prince Iaroslav de Kiev est le père d’une gracieuse jeune femme âgée d’une vingtaine d’années. Henri Ier envoie alors les évêques Gautier de Meaux et Roger de Châlons, chargés de cadeaux en tous genres, en ambassade à la cour d’Iaroslav, afin de demander au grand-prince la main de sa fille. Ce que le souverain slave accepte volontiers, favorable qu’il est à une ouverture vers l’Occident. Qu’a pu ressentir alors la jeune princesse, lorsque lui fut intimé l’ordre d’épouser un homme déjà mûr, régnant sur un pays si lointain dont elle ne connaissait que les rudiments du langage?

Après un voyage éprouvant de plusieurs mois, la princesse Anna arrive à Reims au début du printemps 1051, faisant littéralement fondre le roi Henri par son charme, selon les mots des chroniqueurs royaux qui rapportent que ce dernier, tout excité à la vue de sa jeune promise, se serait précipité pour l’embrasser dès qu’elle fût descendue de son chariot. On peut cependant questionner la véracité de cette « légende rose » qui fait de ce roi batailleur et querelleur un amoureux transi. Quoi qu’il en soit, le couple se marie en la cathédrale de Reims le 19 mai 1051, lors d’une somptueuse cérémonie présidée par l’archevêque Guy Ier. La princesse Anna Iraoslavna devient ainsi la reine Anne de France.

Durant les neuf années qui suivent leur mariage, Anne est la reine-consort des Francs. Aux côtés du roi Henri, auquel elle est dévouée, la reine consacre sont temps aux bonnes œuvres, notamment en dispensant sa charité aux pauvres, qui l’apprécient grandement.

Le roi tenait visiblement en haute estime sa femme si vertueuse et cultivée. Les historiens pensent en effet que la reine fut admise au sein du conseil royal, où elle avait droit de parole! En outre, nombre de décrets royaux promulgués par Henri Ier portent la mention « en présence de la reine Anne » ou « avec l’accord de mon épouse, Anne », quand il ne s’agit pas carrément d’une double-signature du roi et de la reine, qui écrit en latin : « Anna Regina ».

Elle donne quatre enfants à son royal époux, dont le prince héritier qui sera nommé… Philippe. Un choix de nom bien étrange dans cette France encore pétrie de consonances germaniques. Il est aujourd’hui admis que ce choix fut celui de la reine, qui introduisit ainsi ce prénom hellénique dans les monarchies occidentales. Désignant littéralement « celui qui aime les chevaux », le prénom Philippe pourrait être une référence à l’apôtre du même nom. La reine était en effet d’une grande piété, à tel point que le pape Nicolas II lui écrivit la qualifiait de « dame honorable dont les vertus sont parvenues jusqu’à Rome ».

Outre le prince héritier, la reine donne naissance à Hugues (futur comte de Vermandois). Avec deux garçons fringants, l’avenir des Capétiens est assuré. Henri peut tranquillement s’en aller vers Dieu en 1060, non sans avoir fait sacrer dès son vivant le prince Philippe, comme pour assurer la légitimité de ce dernier, encore âgé de huit ans.

Un conseil de régence est alors formé pour gouverner pendant la minorité du jeune roi. Il est présidé par Baudouin V de Flandre, l’oncle par alliance du roi, l’archevêque de Reims, Gervais, et bien sûr par Anne qui passe du statut de reine-consort à celui de reine douairière. Elle est cependant écartée du conseil en 1063. La raison en est son remariage avec Raoul IV du Vexin, un comte puissant et belliqueux.

Personne ne connaît les dessous de cette romance. Les historiens, se basant sur les chroniques d’époque, suggèrent qu’après la mort du roi, la reine a délaissé les affaires politiques aux autres membres du conseil de régence pour se consacrer aux œuvres caritatives et aux mondanités, donnant notamment des réceptions – très courues – au château de Senlis où elle vit avec son jeune fils. Ces galas auraient été pour de nombreux seigneurs le moyen d’approcher la reine (encore belle) et de lui faire une cour assidue. C’est pourtant sur le belliqueux Raoul que la jeune veuve jette son dévolu. Ce dernier, déjà marié, répudie alors son épouse et enlève la reine (manifestement complice) en 1063, pour l’épouser peu de temps après. Si le remariage en lui-même n’est pas un tabou, il est alors tout à fait inadmissible pour les nobles et les prélats que la veuve du roi épouse un simple vassal déjà marié.

Le couple, excommunié, reste soudé contre vents et marées. Et le scandale s’estompe au fil du temps. Si bien que même le roi Philippe Ier, brouillé avec sa mère depuis cet épisode, se réconcilie avec elle en 1067. Cette romance fait dire aux historiens contemporains que la reine Anne fut une « Lady Diana de l’an mil »… Au-delà de cette « légende rose » (terme de Philippe Delorme) on peut se demander si le comte Raoul ne visait pas le prestige et une place de premier plan en convolant avec la reine-mère. C’est tout le contraire qui se produisit, puisqu’il fut isolé sur la scène politique et dut vite s’exiler en son comté. Après la mort de ce dernier en 1074, Anne de Kiev regagne la cour royale et consacre ses dernières années à faire bâtir et restaurer des abbayes. Elle se serait éteinte en 1079.

Tous les rois de France jusqu’à l’actuel Louis XX sont ses descendants directs. A cela s’ajoutent les différentes dynasties dans lesquelles sa descendance a essaimé : les monarques britanniques, belges, espagnols, suédois, monégasques descendent tous de cette reine qui peut être considérée comme la première grand-mère de l’Europe.

Si les véritables relations franco-russes naissent avec Pierre le Grand en 1717, ce serait faire injustice à la reine Anne de Kiev de nier qu’elle fut la première à poser les fondements, à tisser le lien sacré qui relie la France et la Russie. Si le public français l’a ingratement relégué au brouillard de l’oubli, les Russes ont conservé intacte leur affection envers cette frêle princesse qui devint reine des guerriers Francs. Ainsi, lorsque le jeune tsar Nicolas II et le président Félix Faure se rencontrèrent à Paris en 1896 pour ratifier l’alliance franco-russe, ils se rappelèrent avec émotion la mémoire de cette reine. Faire parler d’une même voix la jeune République cabocharde et le tsarisme autocratique : voilà un autre mérite dont il faut ici rendre justice à la reine Anne de Kiev.

Nicolas Kirkitadze

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