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Une nouvelle interview du Pape avec Scalfari

publié dans regards sur le monde le 25 juillet 2014


Pédophilie, célibat sacerdotal, œcuménisme: encore une interview du Pape avec Scalfari – et un rectificatif du Vatican

 Source : le blog de Jeanne Smits

Le pape François a recommencé. Jeudi dernier, il a de nouveau reçu le journaliste Eugenio Scalfari – qui se dit athée et qui publie dans un quotidien de gauche, La Repubblica – pour un entretien à bâtons rompus. Il paraît que l’ambiance fut cordiale et d’ailleurs Scalfari, qui parle davantage de lui que de son interlocuteur pontifical dans le compte-rendu paru aujourd’hui, avoue affectionner ces rencontres en raison de la « spontanéité de cet assez étrange successeur de Pierre ». De la conversation, Scalfari a tiré nombre de « propos » du pape François, qu’il présente entre guillemets. Mais de mémoire comme la dernière fois.

Le père Lombardi, porte-parole du Vatican, a déjà publié un rectificatif…
Au cours de l’entretien qui a duré plus d’une heure, selon Scalfari, le pape François a surtout parlé de la pédophilie et de la mafia. Sert-il à quelque chose de rapporter les propos cités par ce journaliste qui travaille sans micro et sans notes ?
Je note les phrases suivantes :

« L’éducation comme nous l’entendons semble avoir quasiment déserté les familles. Chacun est prisonnier de ses propres soucis, souvent pour assurer à la famille un mode de vie supportable, parfois pour parvenir à un accomplissement personnel, d’autres fois en raison d’amitiés et d’amours alternatifs. L’éducation considérée comme obligation principale à l’égard des enfants semble avoir fui les foyers. Ce phénomène révèle une très grave omission mais nous ne sommes pas encore dans le mal absolu. » Celui-là, le pape le voit dans « la corruption, le vice, les turpitudes imposées à l’enfant ».

Scalfari raconte en effet comment le pape déplore que la pédophilie soit le plus souvent le fait des plus proches de l’enfant. Le phénomène est-il fréquent et répandu ?

« Il l’est bien trop souvent, et il s’accompagne d’autres vices comme la diffusion de la drogue. »

Et que fait l’Eglise ?

« L’Eglise lutte pour que le vice soit écrasé et l’éducation retrouve sa place. Mais même nous, nous avons cette lèpre chez nous. »

Certains collaborateurs rassurent le pape en affirmant que la pédophilie n’atteint que 2 % à l’intérieur de l’Eglise. Dans une phrase aux guillemets ouverts, mais non fermés, Scalfari cite François :

« Ce chiffre devrait me tranquilliser mais je dois dire qu’il ne le fait pas complètement. Je pense même qu’il est très grave. Deux pourcent des pédophiles sont prêtres et même évêques et cardinaux. Et d’autres, encore plus nombreux, le savent mais se taisent, punissent mais sans donner le motif. Je trouve cet état de choses insoutenable et c’est mon intention de l’affronter avec toute la sévérité qu’il requiert.

On notera l’étrange glissement entre « 2 % de pédophilie à l’intérieur de l’Eglise » et « 2 % des pédophiles sont prêtres… » Ce n’est pas la même chose.
Le pape a aussi, selon Scalfari, parlé de la conscience – on se souviendra que ses premiers libres entretiens avaient été très peu clairs sur la question. Voici ce qui Scalfari en a retenu, après avoir « relancé » François en lui disant que notre conscience est libre et autonome, qu’elle peut en parfaite bonne foi faire le mal tout en étant convaincue que de ce mal sortira un bien. Réponse de François, telle que la rapporte le journaliste :

« La conscience est libre. Si elle choisit le mal parce qu’elle est sûre qu’il fera descendre un bien du haut des cieux, ces intentions et leurs conséquences seront prises en compte. Nous, nous ne pouvons en dire davantage parce que nous n’en savons pas plus. La loi du Seigneur, il appartient au Seigneur de l’établir et non aux créatures. (…) Il faudrait examiner à fond les livres sapientiaux de la Bible, et l’Evangile quand il parle de Judas Iscariote. Ce sont des thèmes de fond de notre théologie. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette réponse rapportée n’est pas limpide. Si les propos sont exacts, il y a au moins un problème : ce n’est pas la finalité considérée bonne qui éventuellement justifie l’acte mauvais (si tel est bien le sens du propos rapporté par Scalfari). Ce qui peut l’excuser, c’est le fait d’avoir pensé que tel acte était bon dans telle circonstance.
Après des échanges à propos de la mafia, Scalfari, sur le point de partir, introduit un nouveau sujet : « Vous, Sainteté, vous travaillez assidument à intégrer la catholicité avec les orthodoxes, avec les anglicans… Il m’interrompt en continuant : “Avec les vaudois que je trouve religieux de premier ordre, avec les pentecôtistes et naturellement avec nos frères hébreux ”. »
Et donc, puisque nombre de leurs prêtres sont régulièrement mariés, l’Eglise de Rome va-t-elle changer ?

« Peut-être ne savez-vous pas que le célibat a été fixé de manière stable au Xe siècle, c’est-à-dire 900 ans après la mort de Notre Seigneur. L’Eglise catholique orientale a permis jusqu’à aujourd’hui que ses prêtres se marient. Le problème existe certainement mais il n’est pas d’une grande importance. Cela demande du temps, mais il y a des solutions et je les trouverai.

La Repubblica a été obligée de publier le rectificatif du P. Lombardi, qui a souligné (il commence à en avoir l’habitude) qu’on ne peut en aucun cas parler d’une « interview au sens habituel du terme » :

« La conversation est cordiale et très intéressante (…). Toutefois, comme cela s’est déjà produite dans une circonstance analogue, il faut faire remarquer que ce que Scalfari attribue au pape, rapportant ses propos “entre guillemets”, est le fruit de sa mémoire de journaliste expérimenté, mais non la transcription précise d’un enregistrement et encore moins de propos revus par l’intéressé, à qui ces affirmations sont attribuées. On ne peut ni on ne doit donc parler d’aucune façon d’une interview au sens habituel du terme, comme si elle rapportait une série de questions et de réponses qui respectent fidèlement et certainement la pensée précise de l’interlocuteur.

Si donc on peut retenir que dans l’ensemble, l’article rapporte le sens et l’esprit de la conversation entre le Saint-Père et Scalfari, il faut redire avec force ce qui avait déjà été dit à l’occasion d’une précédente “interview” publiée par La Repubblica : les différentes expressions citées, dans leur formulation rapportée, ne peuvent être attribuées avec certitude au pape.

Par exemple et en particulier, cela vaut pour deux affirmations qui ont beaucoup attiré l’attention et que l’on ne peut par contre attribuer au pape. Il s’agit de celle disant qu’il y a des “cardinaux” parmi les pédophiles, et du fait que le pape aurait affirmé certainement, à propos du célibat : “Les solutions, je les trouverai.”

Dans l’article publié par La Repubblica ces deux affirmations sont clairement attribuées au pape, mais – curieusement – les guillemets sont ouverts au début, mais ils ne sont pas fermés. Il manque tout simplement les guillemets de fermeture… Oubli, ou reconnaissance explicite de ce que l’on est en train de faire une manipulation en direction des lecteurs ingénus. »

Mise au point assez vive, on le notera ; mais pourquoi donc le pape François a-t-il recommencé ?

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