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Le futur synode sur la famille et la loi naturelle

publié dans regards sur le monde le 11 août 2014


Les discussions du synode des Évêques du mois d’octobre se baseront sur un “instrument de travail” (Instrumentum laboris), résumé des réponses au “questionnaire préparatoire” transmises par les conférences épiscopales, dicastères et, de façon plus générale, par les diocèses, paroisses, mouvements, associations ecclésiales, qui ont été consultés à propos du mariage et de la famille.

Le document, au-delà de l’approche sociologique qui le caractérise, contient quelques passages inquiétants. Notamment la dévaluation implicite et souvent explicite de la notion de loi naturelle. Dans l’Instrumentum laboris il est dit en effet que «pour la grande majorité des réponses et observations, le concept de “loi naturelle” se trouve être aujourd’hui, dans les divers contextes culturels, assez problématique, voire même incompréhensible» (n. 21).

La solution proposée serait d’abandonner le concept et le terme de loi naturelle, ou de le “relire” avec un langage accessible, en faisant attention au monde de la jeunesse «à prendre comme interlocuteur direct également sur ces thèmes» (n. 20). Il nous semble donc comprendre que puisque le monde catholique ne saisit plus ce que recouvre la notion de loi naturelle, il vaudrait mieux la laisser de côté et la substituer par quelque chose de plus adapté à la mentalité ambiante.

Cette décision paraît d’autant plus surprenante que les derniers Pontifes ont proclamé avec vigueur l’importance de la loi naturelle.

Paul VI, dans l’encyclique Humanae Vitae du 25 juillet 1968, a enseigné à propos de la doctrine morale du mariage qu’il s’agit «d’une doctrine fondée sur la loi naturelle illuminée et enrichie par la révélation divine» (Humanae vitae, n. 4). C’est à la loi naturelle que le pape Montini se réfère quand il rappelle que, selon l’Eglise, «tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie» (Humanae vitae, n. 11).

Jean Paul II, dans l’encyclique Evangelium Vitae du 25 mars 1995 a fondé sur cette même loi la valeur sacrée de la vie humaine de son début à sa fin. Dans ce document important, il affirme que «tout homme sincèrement ouvert à la vérité et au bien, avec la lumière de la raison et non sans la secrète influence de la grâce peut arriver à reconnaître par la loi naturelle inscrite dans son cœur (Rm 2, 14-15) la valeur sacrée de la vie humaine de son début jusqu’à son terme» (n. 2).

Dans l’encyclique Veritatis Splendor du 6 août 1993, le Pape dénonce le refus de la loi naturelle comme étant le fruit de l’«influence plus ou moins cachée de courants de pensée qui finissent par couper la liberté humaine de son rapport essentiel et constitutif avec la vérité». «Sur la base de cette loi, a-t-il affirmé le 6 février 2004–, on peut construire une plateforme de valeurs partagées, autour desquelles on puisse développer un dialogue constructif avec tous les hommes de bonne volonté et, plus généralement, avec la société des laïcs».

Benoît XVI a lui aussi souvent rappelé l’importance de cette doctrine, en affirmant combien à l’heure actuelle «la nécessité de réfléchir sur le sujet de la loi naturelle et de retrouver sa vérité commune à tous les hommes apparaît dans toute son urgence».

«Tout ordre juridique – en effet – tant au niveau interne qu’international, tire en dernier ressort sa légitimité de son enracinement dans la loi naturelle, dans le message éthique inscrit dans l’être humain lui-même. La loi naturelle est, en définitive, le seul bastion valable contre la volonté de pouvoir ou les mensonges de la manipulation idéologique» (Discours à l’Université Pontificale du Latran du 12 février 2007).

Dans un petit ouvrage clair surLa loi naturelle dans la doctrine de l’Eglise (Consult Editrice, Rome 2008), le cardinal Zenon Grocholewski, Préfet de la Congrégation pour l’Education Catholique, a expliqué de quelle manière le Magistère ordinaire, au premier degré de son enseignement infaillible, comprend, avec le dépôt de la foi, ce qui lui est connexe, et donc également la loi naturelle.

La loi naturelle, dont l’Eglise est la gardienne, jouit donc de l’infaillibilité. Même le Pape, qui dans l’Eglise exerce une autorité absolue, ne peut modifier et relativiser la loi divine et naturelle qu’il a le devoir de transmettre, diffuser et sauvegarder. Ceux qui demandent à l’Eglise de mettre à jour sa morale en reconnaissant officiellement les unions de fait, demandent à l’Eglise d’exercer une autorité absolue qu’elle n’a pas.

Outre les déclarations des Pontifes, il faut aussi rappeler les nombreuses interventions de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et en particulier le document Considération sur les projets de reconnaissance légale des unions entre personnes homosexuelles, du 3 juin 2003, destiné à rappeler la vérité sur le mariage. L’ensemble du problème est traité à partir du concept de morale naturelle.

Dans ce texte du Magistère il est dit clairement «qu’il n’est aucunement fondé d’assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille. Le mariage est saint, tandis que les relations homosexuelles sont en contradiction avec la loi morale naturelle» (nn. 3-4).

La loi naturelle n’est pas une vérité confessionnelle, mais in primis une vérité appartenant à la droite raison universelle. C’est en effet une loi objective inscrite dans la nature non d’un homme ou d’un autre en particulier, mais dans la nature humaine considérée en elle-même, dans sa permanence et sa stabilité.

En ce sens, ce n’est pas une loi imposée de l’extérieur, mais, comme l’affirmait déjà Léon XIII dans l’encyclique Libertas du 20 juin 1888, elle est inscrite de façon indélébile, et même «gravée dans l’âme de chaque homme». Ce qui différencie la loi naturelle d’une loi positive, c’est que les lois positives sont édictées par les hommes et sont pour ainsi dire externes, tandis que la loi naturelle appartient à la structure-même spirituelle de l’homme.

La difficulté principale à saisir ce qu’est la loi naturelle réside dans le fait qu’aujourd’hui on a perdu la notion de nature. Le cardinal Ratzinger a observé comme la loi naturelle est devenue«un mot pour beaucoup presqu’incompréhensible du fait que le concept de nature n’est plus métaphysique mais seulement empirique» (Discours du 12 février 2007). La loi naturelle n’est pas en effet la loi physico-biologique de la nature humaine, mais l’ordre moral et métaphysique du créé que l’homme peut découvrir par sa raison. Tous les Pères et les Docteurs de l’Eglise ont parlé de cette loi, la nommant parfois scintilla animae, l’étincelle qui illumine la conscience.

Saint Thomas d’Aquin est celui qui en a le mieux approfondi et résumé le concept, la définissant comme «la participation de la loi éternelle dans la créature raisonnable» (Summa Theologiae, I-II, q. 91, a. 2). Si on perd le concept de loi naturelle, on se voit contraints d’accepter la théorie du gender fondée sur la négation du concept de nature humaine. L’homme en vient à être considéré comme une entité purement matérielle, modifiable à souhait, selon les nécessités et les intérêts du moment.

A la loi naturelle qui vient de Dieu on substitue la loi positive, imposée par des groupes de pression politiques et médiatiques. Au lieu de refléter la loi naturelle et divine, les lois et le comportement humain s’adaptent à l’opinion fluctuante des modes anti-chrétiennes. On comprend qu’au prochain Synode des évêques la discussion sur ce point puisse s’enflammer. (Roberto de Mattei)    (Source Correspondance Européenne n° 288 du 10 août 2014)

jean Madiran disait dans Présent que Pie XII était le docteur de la loi naturelle:

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