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Mfe Fellay, bientôt chez le cardinal Müller

publié dans regards sur le monde le 6 septembre 2014


5 septembre 2014 – Communiqué de la Maison Générale de la FSSPX
Rome : Le cardinal Müller invite Mgr Fellay à le rencontrer

Sur invitation romaine, Mgr Bernard Fellay rencontrera le cardinal Gerhard Ludwig Müller (1), Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans la deuxième quinzaine de septembre 2014. Cette entrevue a été présentée au Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X comme une réunion informelle, destinée à faire le point sur les relations entre la Fraternité et Rome, interrompues depuis le départ ducardinal William Joseph Levada, prédécesseur du cardinal Müller, et depuis la renonciation de Benoît XVI. De fait, le cardinal Müller et Mgr Fellay se rencontreront pour la première fois à cette occasion.

Le 3 septembre 2014, sur son site Vatican Insider, le journaliste italien Andrea Tornielli annonce cette entrevue et signale que le nouveau supérieur du district de France, l’abbé Christian Bouchacourt a eu l’occasion, lorsqu’il était supérieur du District d’Amérique du sud, de faire la connaissance du cardinal Jorge Mario Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires. Depuis lors, ils ont eu des contacts portant sur des questions purement administratives concernant le District d’Amérique du Sud.

Le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X se rendra à Rome, suivant l’exemple de Mgr Marcel Lefebvre qui a toujours accepté de répondre aux invitations des autorités romaines. On ignore bien évidemment ce qui se dira lors de cet entretien, mais nul doute que Mgr Fellay aura en mémoire les propos que le cardinal Müller tenait sur la Fraternité Saint-Pie X dans le Corriere della Sera, le 22 décembre 2013 :

« L’excommunication canonique des évêques pour les ordinations illégales a été révoquée, mais il reste l’excommunication sacramentelle, de facto, pour le schisme ; ils se sont éloignés de la communion avec l’Eglise. Après quoi nous ne fermons pas la porte, jamais, mais nous les invitons à se réconcilier. Mais eux aussi doivent changer leur attitude, accepter les conditions de l’Eglise catholique, et le Pontife Suprême comme critère définitif d’appartenance. »

Nul doute aussi que le Supérieur général aura présente à l’esprit la déclaration faite avec les deux autres évêques de la Fraternité Saint-Pie X, le 27 juin 2013, à l’occasion du 25e anniversaire de leur sacre :

« C’est l’amour de l’Eglise qui a guidé Mgr Lefebvre et qui guide ses fils. C’est le même désir de ‘transmettre le sacerdoce catholique dans toute sa pureté doctrinale et sa charité missionnaire’ (Mgr Lefebvre, Itinéraire spirituel) qui anime la Fraternité Saint-Pie X au service de l’Eglise, lorsqu’elle demande avec instance aux autorités romaines de reprendre le trésor de la Tradition morale et liturgique. »

Sources : FSSPX/MG/vaticaninsider – DICI du 05/09/14 (repris dans La Porte Latine)

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Dossier:

1- Déclaration de Mgr Gerhard Müller après la levée des 
excommunications des évêques de la FSSPX – 5 février 2009

Chers sœurs et frères,

Le Saint-Père a levé l’excommunication de quatre évêques schismatiques, qui, en 1988 avait illégalement reçu l’ordination parMgr Lefebvre. Les quatre évêques ont spécifiquement sollicité au le pape cette remise. Dans le même temps ils ont reconnu la primauté du pape, en promettant l’obéissance que tous les évêques catholiques prêtent au pape, afin de assurer l’unité de l’Eglise à travers le monde. La suspense a divinis des quatre évêques demeure. Elle les empêche ainsi d’exercer leur ministère épiscopal.

Peu de temps après ce retrait, a été révélé un entretien de l’un d’eux, nommé Williamson, diffusé par la télévision suédoise, et donné à la mi-octobre  2008 au séminaire de la Fraternité Saint-Pie-X à Zaitzkofen. Cet entretien contient des propos d’une cruauté et d’un cynisme incroyables à propos du plus odieux des crimes contre l’humanité : l’extermination des Juifs d’Europe et le génocide systématique perpétré par les nazis au nom du peuple allemand.

L’indignation devant ces déclarations révoltantes d’un évêque consacré, dont la le statut n’est pas celui de la pleine communion avec l’Eglise catholique, est  pleinement justifié. Mais très vite, ce message a été démagogiquement manipulé par certains journaux, qui l’ont déformé en ces termes en première page : Le pape réhabilite un négationniste de l’Holocauste. Mais ici, on ne peut absolument pas parler de réhabilitation, ce qui signifierait approuver a posteriori le crime de l’ordination illicite et toute une série de comportements erronées et trompeurs.

Avec ces fausses nouvelles une campagne de dénigrement sans précédent contre la personne du pape Benoît XVI a été lancée. Il n’est pas nécessaire de répéter ici toutes les insinuations malveillantes qui ont été propagées. Pour ma part, je les rejette de la façon la plus résolue et je prie vivement tous les fidèles du diocèse de ne se laisser confondre en aucune façon par elles.

Ces derniers jours, j’ai été sollicité à maintes reprises à cet égard par divers fidèles de notre diocèse. Je tiens à répondre à leurs questions comme suit.

1. Peut-on revenir « en arrière » à avant le concile Vatican II ?

À cette question, tout le monde peut facilement répondre par soi-même. Sans équivoque : Non ! Nous demeurons naturellement au sein de l’Eglise et suivons, selon ce qui nous a été transmis par la doctrine, la liturgie et la conduite de la vie, notre chemin de bons chrétiens catholiques.

Les quatre évêques schismatiques ont reconnu la primauté du pape. Cela implique également le devoir de tout catholique de respecter la plus haute autorité magistérielle de tout concile, et en particulier aussi le concile Vatican II, inauguré et confirmé par les papes Jean XXIII et Paul VI.

À cet égard, il y aura pas de négociations avec la fraternité des « lefebvristes ». Mais on peut mieux leur la compréhension de ces textes contraignants, en particulier concernant l’œcuménisme, la relation avec les juifs et la liberté religieuse. Mais si les quatre évêques schismatiques devaient faire une distinction entre la reconnaissance le pape et celle du concile, alors leur demande de lever l’excommunication  serait coupable de malice contre le Saint-Père. Auquel cas il faudrait leur réinfliger leur peine canonique.

Nous, dans le diocèse de Ratisbonne, nous ne devons pas nous laisser entamer par quiconque notre fidélité au pape et au concile. La levée de l’excommunication de ces quatre personnes n’a rien à voir avec une concession juridique en vue de l’accueil à des opposants au Concile.

2. Que va-t-il se passer ensuite ?

Les responsables de la Fraternité Saint-Pie X, avec de faux enseignements et les interprétations erronées du concile Vatican II, avec des accusations injustes contre le pape et, par-dessus tout, en conférant et recevant illégalement le sacrement de l’Ordre, ont infligé de graves dommages à l’Église. S’ils veulent maintenant revenir à la pleine communion de l’Église catholique, les quatre évêques ordonnés illicitement doit renoncer à l’exercice de leurs fonctions épiscopales. À mon avis, ils peuvent tout au plus demeurer de simples prêtres.

En ce qui concerne Mgr Williamson, il est clair selon moi que, en raison de de ses déclarations sur la Shoah et les dommages inconcevables qu’il a consciemment causé à la dignité du pape et à l’Eglise catholique tout entière, il devrait de gré ou de force se voir retirer l’état clérical. Beaucoup de fidèles de la Fraternité Saint-Pie-X ne partagent pas cette agressivité contre le pape et le concile, et se sont éloignés de tout comportement antisémite. Leur participation aux messes de la Fraternité Saint-Pie-X est probablement juste causée par leur préférence pour l’ancien forme liturgique. Je lance un appel à tous ceux qui, dans notre diocèse, ont quelque sympathie pour elle, de ne participer seulement qu’aux célébrations  de la messe de l’Eglise catholique en pleine communion avec le pape et leur évêque. Il existe du reste la possibilité de célébrer dans la forme liturgique extraordinaire, comme le Saint-Père l’a généreusement accordé il y a un an.

Le catholique, dans le vrai sens du mot, est celui qui reste fidèle au pape et à son évêque et est d’accord avec eux en matière de doctrine religieuse et morale, de liturgie et d’ordonnancement de la vie ecclésiastique.

3. Que pouvons-nous faire ?

Je prie nos prêtres, professeurs de religion et tous les collaborateurs et collaboratrices pastoraux de s’engager, avec une profonde sollicitude pastorale, pour expliquer à ceux qui regardent d’un oeil critique le concile, les étapes centrales des délibérations du concile Vatican II. Il s’agit avant tout d’expliquer en termes non équivoques que le concile n’est pas une rupture avec la grande tradition catholique, tant en matière de doctrine que de liturgie. Il s’agit au contraire d’un développement cohérent de la doctrine ecclésiastique guidée par l’Esprit saint et d’une juste réponse aux questions de l’humanité d’aujourd’hui et de demain.

Pour nous tous, il est important d’éviter la formation de factions. Les opinions extrêmes, traditionalistes ou modernistes, aux marges de l’Église, finissent souvent par s’annuler les unes les autres. Au lieu de cultiver des attitudes agressives contre le pape et les évêques, lorsqu’ils ne partagent pas l’arbitraire de groupes marginaux, chaque catholique devrait être guidé selon un sentire cum Ecclesia, c’est-à- dire, penser, sentir et agir en unité avec l’Eglise.

Je vous invite tous à prier pour notre Saint-Père, le pape Benoît XVI, pour l’unité l’Église et le retour vers elle, de tous ses fils et filles perdues, que de fausses déclarations ont éloignés d’elle.

Mgr Gerhard Müller

2- Mgr Müller à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi – 2 juillet 2012

Benoît XVI a nommé lundi 2 juillet l’évêque de Ratisbonne (Allemagne) comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il succède au cardinal américain Levada, atteint par la limite d’âge

Mgr Gerhard Ludwig Müller, évêque de Ratisbonne (Allemagne), que Benoît XVI a nommé, lundi 2 juillet, à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), serait-il, à une génération d’intervalle, un double de Joseph Ratzinger ? Le parallèle est tentant.

Tous deux ont exercé leur ministère ou vécu en Bavière très catholique, ils ont accumulé une production académique considérable mais souffrent d’une image de marque régulièrement troublée. L’analogie n’explique assurément pas le choix du pape allemand de nommer un compatriote de haut niveau intellectuel à la tête de la puissante CDF. Mais elle éclaire du moins la nature de la relation personnelle liant les deux hommes. Car c’est toujours à cette aune de la confiance personnelle que le pape choisit ses proches collaborateurs.

Jeune, du moins à l’échelle du collège cardinalice, Mgr Müller est âgé de 64 ans. À peine trentenaire, il soutenait déjà en 1977, sous la houlette du futur cardinal allemand Karl Lehmann, sa thèse de doctorat en théologie sur Église et sacrements dans le christianisme sans religion . Depuis, le théologien allemand a publié plus de 400 livres et articles.

Benoît XVI lui a confié la publication de son œuvre

Dès 1986, à 38 ans, il fut l’un des plus jeunes enseignants de l’Université de Munich. Rapidement, il est nommé expert auprès de la commission doctrinale de l’épiscopat allemand, puis, à Rome à la Commission théologique internationale, où il siégera, très proche de son compatriote Ratzinger, de 1998 à 2003. Ses domaines de recherche de prédilection, le dialogue œcuménique, la conception chrétienne de la révélation, l’ecclésiologie, lui ont valu de nombreux doctorats honoris causa à travers le monde. Sa pratique de plusieurs langues s’en est accommodée. Son ouvrage majeur, Théologie dogmatique catholique  et ses 900 pages ont fait l’objet de sept éditions et de nombreuses traductions

Le 24 novembre 2002, il prend la tête du diocèse de Regensburg (Ratisbonne). Le cardinal Ratzinger assiste à son ordination. Sa population à 75 % catholique, son millier de prêtres en font l’un des cœurs battants de l’Allemagne catholique. C’est donc en évêque qu’il se rendra à Rome, en 2005, pour le synode sur l’Eucharistie. Les deux synodes précédents, sur l’Europe en 1999 et sur l’évêque en 2001, l’avaient accueilli comme expert.

En 2008, il crée dans son diocèse l’Institut Pape-Benoît-XVI. Objectif : publier les œuvres complètes de Joseph Ratzinger, qui lui en a confié personnellement le soin. Ce qui lui vaut de très nombreuses rencontres particulières avec le pape.

Élève de Gustavo Gutierrez

Un parcours classique et orthodoxe, marqué pourtant par un reflet que ses adversaires traditionalistes n’ont pas manqué d’exploiter. Mgr Müller a été élève de Gustavo Gutierrez, l’un des fondateurs de la théologie de la libération, ne s’en est jamais caché, et a toujours revendiqué cette fidélité, qu’il a encore célébrée en 2008 à l’Université pontificale catholique de Lima (Pérou), elle-même en délicatesse avec Rome. À cette occasion, il a affirmé, soulignant le lien de la théologie de la libération avec la doctrine sociale de l’Église : « La théologie de Gustavo Gutierrez est orthodoxe parce qu’elle est “orthopratique”. Elle nous enseigne la bonne manière d’agir en chrétien à partir de la vraie foi. »

À l’opposé, il n’a fait preuve d’aucune complaisance envers les lefebvristes présents dans son diocèse. Lors de la levée de l’excommunication, en 2009, ses déclarations ont été sans équivoques : « La levée de l’excommunication de ces quatre personnes n’a rien à voir avec une concession juridique en vue de l’accueil à des opposants au Concile. » Il avait même appelé à la réduction à l’état laïc de Mgr Williamson.

« Les opinions extrêmes finissent souvent par s’annuler les unes les autres »

À la tête de la CDF, Mgr Müller, désormais promis au cardinalat, devra gérer l’issue, toujours incertaine, de l’éventuelle réintégration de tout ou partie de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X au sein de l’Église. Les religieuses américaines, durement tancées par le cardinal Levada, seront attentives à ses premières prises de position. L’harmonisation des pratiques épiscopales dans la lutte contre les abus sexuels commis par des clercs sera également de son ressort, sans oublier l’Année de la Foi, dont il sera l’un des copilotes.

En tout cela, il sera sans doute guidé par ces phrases, signées par lui en février 2009, alors que son diocèse allemand manifestait son trouble après la levée des excommunications des quatre évêques lefebvristes : « Les opinions extrêmes, traditionalistes ou modernistes, aux marges de l’Église, finissent souvent par s’annuler les unes les autres. Au lieu de cultiver des attitudes agressives contre le pape et les évêques, lorsqu’ils ne partagent pas l’arbitraire de groupes marginaux, chaque catholique devrait penser, écouter et agir en unité avec l’Église. »

La Croix - Frédéric Mounier, à Rome

3- Analyse de l’abbé Gaudron, prêtre de la FSSPX, à propos du positionnement de Mgr Gerhard Ludwig Müller – 5 juillet 2012

Mgr Gerhard Ludwig Müller, ancien évêque de Ratisbonne, en Allemagne, vient d’être nommé préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi par le pape Benoît XVIM. l’abbé Matthias Gaudron, un prêtre de la FSSPX spécialiste de la théologie dogmatique et auteur du livre, Catéchisme de la crise dans l’Eglise, a récemment publié quelques remarques sur le site de la FSSPX du district d’Allemagne concernant certaines déclarations faites par Mgr Müller dans le passé. L’abbé Gaudron conclue son commentaire par une demande à Son Excellence…

L’Église a toujours considéré que l’une de ses tâches les plus importantes était de garder fidèlement le dépôt de la Foi, que lui a confiée le Christ et les Apôtres, et de le défendre contre les erreurs afin de le transmettre exactement aux générations à venir. Par conséquent, à juste titre, la fonction du Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est l’une des plus hautes dans l’Église.

C’est donc avec stupéfaction que la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en Allemagne a appris la nomination à ce poste de l’évêque de Ratisbonne, Mgr Gerhard Ludwig Müller. La FSSPX se demande quelle aptitude pour cette fonction a pu être trouvée dans un homme qui s’est manifesté en de nombreuses reprises contre la doctrine catholique, à la fois dans ses écrits et ses discours publics.

On doit mentionner les points suivants:

Mgr Müller nie dans son livre Die Messe: Quelle christlichen Lebens [La messe: Source de la vie chrétienne] la véritable transformation du pain et du vin au Corps et au Sang du Christ. Le pain et le vin demeurent, selon lui, ce qu’ils sont, mais ils deviennent des outils pour intégrer les fidèles dans la communauté vivante avec le Père et le Fils. Cela ressemble à l’enseignement calviniste, selon laquelle le pain et le vin ne sont pas transformés, mais deviennent des outils de la grâce. [1]

Contrairement à la doctrine catholique, selon laquelle la transformation des oblats a lieu quand sont prononcées les paroles de la consécration, « Ceci est mon corps … Ceci est le calice de mon sang» [2], Monseigneur Müller affirme que la question du moment de la transformation « n’a pas de sens ». [3]

Mgr Müller nie dans son livre « Dogmatik » [un ouvrage de référence pour le Dogme aujourd'hui en Allemagne] le dogme de la virginité de Marie lors de l’accouchement [4], et, par conséquent, l’enseignement selon lequel Marie a donné naissance à son fils sans que son intégrité physique en soit violée. [ 5]

Dans un éloge a l’évêque protestant, le Professeur Johannes Friedrich, Monseigneur MÜller déclara le 11 Octobre 2011:

« Les chrétiens qui ne sont en pleine communion avec l’Église catholique quant à la doctrine, les moyens de salut et l’épiscopat apostolique, sont cependant justifiés eux aussi par la foi et le baptême, et ils sont entièrement (!) incorporés / intégrés à l’Église de Dieu, étant le Corps du Christ. « 

Ceci contredit la tradition catholique intégrale et spécialement l’enseignement de Pie XII dans Mystici Corporis.

Contre la doctrine catholique de la nécessité d’une conversion à l’Église catholique, comme encore proclamée dans l’enseignement de Vatican II [6], Monseigneur Mueller, dans le même discours, qualifie comme étant « erroné » ce qu’ils appellent « l’œcuménisme de retour ».

La Fraternité Sacerdotale Saint_Pie X lance un appel pressant à Monseigneur Müller pour qu’il commente ces déclarations controversées, ou qu’il les corrige.

Ce n’est pas une aversion personnelle qui motive cette attitude de la Fraternité, mais seulement le désir d’une proclamation inaltérée de la doctrine.

Comme l’évêque Müller n’a pas caché, dans le passé, son attitude négative envers la Fraternitéelle ne perçoit pas au premier abord cette nomination comme un signe positif de préparation pour la discussion de sa reconnaissance canonique.

Néanmoins, elle espère que le nouveau préfet – au vu des discussions dans l’Église universelle – puisse arriver à une attitude plus positive envers la FSSPX.

Abbé Matthias Gaudron, in pius.info du 5 juillet 2012

Notes

[1] En réalité, le corps et le sang du Christ ne signifient pas les éléments matériels de la personne humaine de Jésus durant sa vie ou dans sa forme corporelle transfigurée. Ici, corps et sang signifient la présence du Christ dans les signes du moyen [du] pain et [du] vin. Nous avons … « maintenant une communauté avec Jésus-Christ, moyennant le manger et le boire du pain et du vin. Même dans la sphère purement personnelle de l’homme, quelque chose comme une lettre peut représenter l’amitié entre des personnes et, c’est-à-dire, montrer et incarner la sympathie de l’expéditeur pour celui qui la reçoit. « Ainsi seulement le pain et le vin deviennent «des symboles de sa présence salvifique ». (Die Messe: Quelle Christlichen Lebens, Augsbourg: St. Ulrich Verlag:. 2002, p 139).
[2] Catéchisme de l’Église catholique, n. 1375, n.1377
[3] Die Messe: Quelle Christlichen Lebens, p. 142.
[4] Catéchisme de l’Église catholique, n. 499, n. 510
[5] « Il ne s’agit pas tant de certaines propriétés physiologiques dans le processus naturel de la naissance (comme le canal de la naissance qui n’a pas été ouvert, l’hymen qui n’a pas été brisée, ou l’absence de douleurs de l’enfantement), mais de l’influence curatrice et salvatrice de la grâce du Sauveur sur la nature humaine, qui avait été blessée par le péché originel …. il ne s’agit tant de détails somatiques physiologiquement et empiriquement vérifiables. »(Katholische Dogmatik für Studium und Praxis, Freiburg 52003, p. 498) En fait, la doctrine traditionnelle est précisément concernée par de tels détails physiologiques.
[6] « Quiconque, donc, sachant que l’Église catholique a été rendue nécessaire par le Christ, refuserait d’entrer ou de demeurer en elle, n’a pas pu être sauvé. » (Lumen Gentium, 14)

4-  Entretien en deux parties de Mgr Gerhard Müller  à New Catholic Register – Septembre et octobre 2012

Répondant aux questions du National Catholic Register, le nouveau préfet de la CDF s’explique sur tout, et en particulier, ses écrits polémiques et les discussions avec la FSSPX. L’interviewe, en deux parties, a été réalisée en septembre, et la deuxième partie a été publiéele 4 octobre.

Première Partie – Mgr Gerhard Müller : «L’Eglise n’est pas une forteresse»

Dans un entretien exclusif en deux parties avec National Catholic Register, le nouveau préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi parle de son nouveau job et souligne le message positif d’espoir de l’Eglise.

Le 2 Juillet, le Vatican a annoncé que le pape Benoît XVI avait nommé Mgr Gerhard Müller comme nouveau préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sans doute le plus influent et prestigieux de tous les dicastères du Vatican. Le’homme de 64 ans, natif de Mayence, en Allemagne centrale a ensuite été élevé au rang d’archevêque et fait office président de la Commission biblique pontificale et de la Commission théologique internationale. Il dirige aussi à présent la Commission pontificale Ecclesia Dei – l’organe chargé de ramener la Fraternité Saint-Pie X en communion avec Rome.

Dans cette interview exclusive, donnée le mois dernier à la Congrégation, Mgr Müller nous parle de son nouveau rôle et comment il espère travailler avec le Saint-Père. Il réfléchit également sur le Concile Vatican II, aborde les discussions délicates avec la FSSPX, explique ses déclarations sur Marie et sur l’Eucharistie qui ont provoqué une polémique dans certains milieux, et propose une mise à jour sur la situation actuelle concernant les pourparlers entre la congrégation et la Leadership Conference of Women Religious.

- Comment vous êtes-vous installé dans votre poste, et quelles sont vos impressions sur celui-ci, maintenant que vous êtes arrivé à Rome?
- Jusqu’ici, tout va bien! Nous avons beaucoup de travail et beaucoup de problèmes à résoudre, mais je ne suis pas ici pour des vacances! Je suis venu ici pour aider le Saint-Père et travailler pour le Royaume de Dieu. Nous croyons que Jésus-Christ a fondé son Eglise sur le rocher de Saint-Pierre. Certes, le Saint-Père compte sur l’aide des congrégations et des dicastères de la Curie romaine, en particulier notre dicastère, qui concerne la promotion de notre foi en Jésus-Christ, ce que nous croyons dans le Credo.

- Vous connaissez le Saint-Père depuis un certain temps. A quoi ressemble votre relation de travail avec lui?
- Nous avons une relation professionnelle, et j’ai maintenant des audiences régulières avec le Saint Père. Mais avant ma nomination ici, j’ai déjà eu beaucoup affaire avec le théologien Joseph Ratzinger, et maintenant je suis le curateur (responsable de la publication) de ses œuvres complètes, qui nous l’espérons seront également publié en anglais sous peu. Nous avons donc été liés pendant une longue période, ce qui nous aide à continuer à travailler ensemble. J’ai également travaillé en étroite collaboration avec lui à la Commission théologique internationale, dont il était le président.

- La nomination a-t-elle été une surprise pour vous?
- Étant donné que j’avais été un membre de cette congrégation pendant un certain nombre d’années, et que j’avais été un professeur de dogmatique durant les années avant, ce n’était pas tout à fait surprenant. Il y a, bien sûr, beaucoup d’autres personnes qui auraient pu être nommés, mais je suis le curateur de ses œuvres complètes, il me connaît très bien, et il sait où je me situe sur les choses – et donc le pape a décidé de me nommer.

- Est-ce que le Saint-Père vous donne beaucoup de liberté dans votre travail?
- Le Saint-Père me donnera pour ma part toute la liberté dont j’ai besoin, et il n’y a pas d’opposition ou de contradiction, parce que nos rôles respectifs sont très clairs. Le Saint-Père est le Successeur de Pierre, le Vicaire du Christ. Je suis un évêque, et dans cette position de responsabilité, je suis chargé d’assister le Saint-Père dans ce domaine spécifique de compétence. Le Pape doit défendre et promouvoir la foi catholique; la seule raison de l’existence de cette congrégation est d’aider le Saint-Père dans cette tâche. Nous ne sommes pas ici pour nous acquitter de nos propres activités ou de faire nos propres jugements en dehors de lui. Ce serait absolument contraire à notre mission.

- Quelles seront vos priorités en tant que préfet, en termes de défendre la doctrine? Est-ce que votre objectif principal, par exemple, sera l’Europe post-chrétienne?
- La défense de la foi est la deuxième tâche que nous avons. Notre premier rôle est de promouvoir la foi. L’Eglise n’est pas une forteresse, mais, plutôt, un sacrement, un signe, un symbole et un instrument de salut pour tous les hommes. Les apôtres ont été envoyés dans le monde pour prêcher l’Evangile et pour édifier et redonner espoir aux gens. Donc, nous sommes les témoins et les missionnaires de la foi, l’espérance et l’amour, et c’est la première tâche de toute l’Église.
Le rôle de la congrégation, par conséquent, est d’abord et avant tout d’appuyer cette mission de toute l’Église. Bien sûr, faire cela aujourd’hui signifie que nous devons défendre la foi contre l’assaut du sécularisme et du matérialisme, qui nie la dimension transcendante de l’existence humaine et fausse donc l’orientation éthique, morale et intellectuelle de la société.

- L’Année de la Foi commence le 11 octobre. Quel sera votre rôle durant cette année spéciale?
- Il y aura le Synode des Évêques sur l’Année de la foi, auquel je vais participer, mais évidemment, la Congrégation a ses propres priorités. Par-dessus tout, nous devons relever les défis posés par ce qu’on nomme le nouvel athéisme, qui en réalité est agressif dans son intolérance du christianisme. Les nouveaux athées veulent établir un monde sans Dieu, que nous ne pourrons jamais accepter. L’Eglise a besoin de retrouver sa confiance et trouver encore une fois son propre rôle dans ce monde. Nous devons cesser de regarder à l’intérieur, vers nous-mêmes, discutant toujours des mêmes questions inter-ecclésiales. Nous devons concentrer nos forces sur la nouvelle évangélisation, surtout dans les vieux pays chrétiens d’Occident, qui ont un peu perdu leur chemin.

- Le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II a également lieu le 11 octobre. Certains diront que l’Eglise a été entravée dans sa mission d’évangéliser par la confusion qui a suivi le Concile. Y aura-t-il des initiatives au cours de cette Année de la foi pour aider à éliminer une partie de cette confusion?
- Les problèmes que nous avons eus après que le Concile n’ont pas été causés par le Concile. Le développement de la mentalité sécularisée, par exemple, n’a rien à voir avec le Concile. Il était venu avant le Concile, au 19ème siècle, quand nous avons eu le sécularisme promu par les libéraux, qui niaient le surnaturel et voyaient l’Église seulement comme une institution de charité.
Mais le rôle de l’Eglise n’est pas seulement d’aider dans le domaine social; sa mission secondaire est de contribuer au « bonum commune » [le bien commun]. Mais la première raison de son existence est de prêcher l’Évangile et donc donner de l’espérance pour le monde. Par conséquent, nous avons une interconnexion entre l’évènement du Concile et les assauts du sécularisme. Les vagues de sécularisme ont commencé à saper l’Eglise bien avant le Concile, mais elles se sont accumulés dans un tsunami en même temps que le grand événement du Concile. En partie à cause de cette coïncidence, un certain type de lsécularisme a alors trouvé son chemin dans les cercles intérieurs de l’Église.
Le résultat est que nous avons maintenant non seulement le sécularisme venant de l’extérieur de l’Eglise, mais nous avons une sorte de libéralisme au sein de l’Eglise, qui nous a fait perdre quelque peu notre chemin. Nous devons nous tourner vers nos propres ressources – les Écritures, les Pères, les enseignements dogmatiques de l’Eglise – et, comme un bon capitaine, barrer le chemin à suivre.

- Comme il continue à y avoir un manque de clarté sur le Concile, notamment dans son interprétation, une encyclique du pape pourrait-elle clarifier les choses?
- Oui, nous avons besoin d’une interprétation authentique du Magistère du Concile. Le pape a offert une interprétation bonne et fidèle du Concile quand il a dit qu’il n’avait pas créé une nouvelle Eglise. Comme chaque autre Concile œcuménique Vatican II doit être interprété selon la tradition, fondée sur la Révélation et sur l’Écriture.
La grande réussite de Vatican II, c’est qu’il apportait la doctrine de l’Eglise comme un tout; il procurait une vue d’ensemble. En d’autres termes, il ne soulignait pas seulement certains aspects de la doctrine comme dans d’autres Conciless, mais, plutôt, il résumait les principaux éléments de notre foi. Ce qu’il a dit dans Dei Verbum sur la Révélation divine, par exemple, est un résumé de tout ce qui est dit dans le magistère sur la révélation personnelle. Et dans Lumen Gentium , nous avons une vision globale de toutes les dimensions appartenant à l’ecclésiologie, les sacrements fondés par Jésus-Christ, la hiérarchie, les laïcs, le peuple de Dieu, le corps du Christ, le temple de l’Esprit Saint. Nous avons une ecclésiologie unifiée. Toujours dans Gaudium et spes et dans d’autres documents, nous pouvons dire que le Concile Vatican II rassemblé les éléments de base de notre doctrine en un seul endroit.

- Mais si il présente une telle vue d’ensemble de l’ecclésiologie, pourquoi y a-t-il des groupes comme la Fraternité Saint-Pie X qui veulent s’en tenir à une «tradition congelée» en quelque sorte, plutôt que de venir à la pleine communion? Est-ce que cela suggère des erreurs dans cette vision globale?
- Nous avons des groupes séparatistes, non seulement dans l’aile traditionaliste, mais aussi dans l’aile libérale. Je pense que certains ont développé des ensembles d’idées, qu’ils ont constitué en une idéologie, après quoi ils jugent toutes choses dans le contexte de cet ensemble d’idées. Les traditionalistes, par exemple, se concentrent fortement sur la liturgie. Mais on ne peut pas dire qu’il n’y a qu’une seule forme sous laquelle la liturgie peut être célébrée, que la forme extraordinaire est la seule forme de la messe. Nous ne pouvons pas non plus changer le contenu de la sainte Messe – c’est le même contenu – mais certains éléments de la liturgie se sont développés. Nous avons eu beaucoup de rites, romains, byzantins, etc, et tous sont valables, et tous ont eu une certaine évolution.

- La Fraternité Saint Pie X et certains traditionalistes en communion avec l’Église ont du mal à accepter le fait que nous avons eu dans le passé des Papes qui ont catégoriquement formulé des enseignements qui semblaient être réfutée par le Concile, la liberté religieuse est un exemple. Que voulez-vous dire en réponse à cette préoccupation?
- Ce n’est pas vrai – c’est une interprétation erronée de l’histoire. Au 19ème siècle, les francs-maçons ou les libéraux interprétaient la liberté religieuse comme la liberté de rejeter la vérité donnée par Dieu. C’est cette fausse notion de la liberté religieuse que les papes du 19e siècle ont rejetée, et le Concile Vatican II répète que nous ne sommes pas libres de rejeter la vérité. C’est à un autre niveau, au niveau des droits de l’homme, que chacun doit être vrai avec lui-même ou elle-même et agir selon sa propre conscience.
Par ailleurs, l’Église ne peut, sur le plan doctrinal, se contredire – c’est impossible. Toute contradiction perçue est causée par une fausse interprétation. Nous ne pouvons pas dire aujourd’hui: «Jésus est le Fils de Dieu, il a une nature divine», et puis demain accepter ce que disaient les ariens [que le Christ était nettement distinct de Dieu le Père]. Cela, ce serait une vraie contradiction.
Ce qu’ils [FSSPX] proposent est, par essence, une tension résultant de l’utilisation de la terminologie, mais l’Eglise ne s’est jamais contredite. Si vous étudiez les textes de différentes époques, de différents contextes, de langues différentes, vous devez le faire sur la base de la doctrine catholique établie.

- Acceptez-vous néanmoins le fait qu’il y a eu un affaiblissement de l’enseignement de l’Eglise à cause de cette confusion sous-jacente dans la terminologie? Un exemple parfois cité est que l’enseignement de «pas de salut hors de l’Eglise» semble être devenu moins important.
- Cela a été discuté, mais là aussi, il y a eu un développement de tout ce qui a été dit dans l’Eglise, à commencer par saint Cyprien, l’un des Pères de l’Église, au troisième siècle. Encore une fois, la perspective est différente entre alors et maintenant. Au troisième siècle, certains groupes chrétiens voulaient être hors de l’Église, et ce que dit saint Cyprien, c’est que sans l’Eglise, un chrétien ne peut pas être sauvé. Le Concile Vatican II a aussi dit ceci: Lumen Gentium 14 dit: «. Quiconque, donc, sachant que l’Eglise catholique a été rendue nécessaire par le Christ, refuserait d’entrer ou de demeurer en elle, ne pourrait pas être sauvé». Celui qui est conscient de la présence de la Révélation est obligé dans sa conscience d’appartenir publiquement – et pas seulement dans sa conscience, dans son cœur – à l’Eglise catholique en restant en communion avec le Pape et les évêques qui sont en communion avec lui.
Mais on ne peut pas dire que ceux qui, sans que ce soit de leur faute, sont ignorants de cette vérité sont nécessairement condamnées pour ce motif. Nous devons espérer que ceux qui n’appartiennent pas à l’Eglise sans aucune faute de leur part, mais qui suivent les préceptes de la conscience que Dieu leur a donnée, seront sauvés par Jésus-Christ, qu’ils ne connaissent pas encore. Toute personne a le droit d’agir selon sa propre conscience. Toutefois, si un catholique affirme aujourd’hui: «Je vais me mettre hors de l’Église,« nous aurions à lui répondre que, sans l’Eglise, cette personne est en danger de perdre le salut.
Par conséquent, nous devons toujours examiner le contexte de ces déclarations. Le problème que beaucoup de gens ont, c’est qu’ils lient des déclarations de doctrine de siècles différents et dans des contextes différents – et cela ne peut être fait de façon rationnelle, sans une herméneutique de l’interprétation. Nous avons besoin d’une herméneutique théologique pour une interprétation authentique, mais l’interprétation ne modifie pas le contenu de l’enseignement.

Deuxième partie – Mgr Müller sur la FSSPX et sur ses écrits controversés

Dans la deuxième partie de cet entretien avec Mgr Gerhard Ludwig Müller, le nouveau préfet de la CDF discute des derniers efforts pour ramener la Fraternité Saint-Pie X dans la pleine communion avec l’Église, la situation actuelle concernant la LCWR, et répond à ce que certains considèrent comme des polémiques sur plusieurs de ses écrits antérieurs sur la virginité perpétuelle de la Bienheureuse Vierge Marie et l’Eucharistie.

- À quelle étape en sommes-nous dans le dialogue entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie X?
- Je n’appellerais pas cela un dialogue entre deux partenaires dans l’Eglise. Il s’agissait d’un colloque fraternel pour surmonter les difficultés avec une interprétation authentique de la doctrine catholique. Cette interprétation authentique est garantie par le pape. La FSSPX doit accepter le Saint-Père, le Pape, en tant que chef visible de l’Eglise. Ils ont un grand respect pour la Tradition. Ils doivent donc accepter la position du Pape comme indiqué dans le premier concile du Vatican. Ils doivent aussi accepter les prises de position doctrinales apportées depuis le Concile Vatican II, qui ont été autorisés officiellement par le Pape.
Une partie du problème est que, après 30 années ou plus de séparation de l’Eglise, certains groupes ou personnes peuvent être très fermés dans leur propre dynamique, dans leurs propres groupes, et très fixés sur ces points. Je crois que ces questions seront résolues dans le long terme.

- La réconciliation est-elle possible avec l’évêque Richard Williamson au sein de la Fraternité?
- Williamson est un problème distinct de ce processus de réconciliation. Il est tout simplement inacceptable qu’un chrétien ou même plus, un évêque – bien sûr, il n’est pas un évêque catholique, puisqu’un évêque n’est catholique que quand il est en pleine communion avec le Pape, Successeur de Pierre, ce que Williamson n’est pas – nie tout ce que les nazis ont fait contre le peuple juif, leur extermination. Comment est-il possible d’être aussi insensible à ce sujet? C’est absolument inacceptable, mais c’est un autre problème.
Ils [la FSSPX] doivent accepter la doctrine complète de l’Église catholique: la confession de foi, le Credo, et également accepter le magistère du Pape, ainsi qu’il est authentiquement interprété. Ceci est nécessaire. Ils doivent aussi accepter certaines formes de développement dans la liturgie. Le Saint-Père a reconnu la validité pérenne de la forme extraordinaire de la liturgie, mais ils doivent aussi accepter que la nouvelle forme ordinaire de la liturgie, mise au point après le Concile, est valide et légitime.

- Certains avancent le Concile Vatican II était simplement pastoral et, par conséquent, pas contraignant. Comment réagissez-vous à cela?
- Le problème ici est l’interprétation du mot «pastoral». Tous les Conciles sont pastoraux, en ce sens qu’ils sont concernés par le travail de l’Eglise – mais cela ne veut pas dire qu’ils ne sont que «poétique» et donc pas contraignant. Vatican II est un concile œcuménique officiel, et tout ce qui a été dit au Concile est donc contraignant pour tout le monde, mais à des niveaux différents. Nous avons des constitutions dogmatiques, et vous êtes bien sûr obligés de les accepter si vous êtes catholiques. Dei Verbum parle la Révélation divine; il parle du Dieu trinitaire se révélant lui-même, et de l’Incarnation, comme enseignement fondamental. Ce ne sont pas seulement des enseignements pastoraux – ce sont des éléments fondamentaux de notre foi catholique.
Certains éléments pratiques contenus dans les différents documents pourraient être modifiés, mais le corps de la doctrine du Concile est contraignant pour tout le monde.

- Compte tenu de tout cela, êtes-vous tout de même confiant et optimiste, qu’il y aura une réconciliation avec la Fraternité Saint-Pie X?
- Je suis toujours confiant dans notre foi, et optimiste. Nous devons prier pour la bonne volonté et pour l’unité dans l’Église. La FSSPX n’est pas le seul groupe séparatiste dans l’Église. Il y a pire de l’autre côté aussi. Ces mouvements sont pires, car ils nient souvent l’essentiel du christianisme. Nous devons travailler pour l’unité, et c’est donc aussi ma tâche d’inviter tous à revenir dans la pleine communion avec l’Église catholique, qui est dirigé par le pasteur suprême, le Pape – qui est le vicaire du Christ.

- S’ils reviennent, quels aspects positifs pourraient-ils apporter à l’Eglise?
- Ils pourraient souligner ce que la Tradition est, mais ils doivent aussi devenir plus large dans leur point de vue, parce que la Tradition apostolique de l’Eglise n’est pas seulement sur quelques éléments. La Tradition de l’Eglise est grande et large. D’autre part, il faut aussi un renouveau dans la célébration de la liturgie, parce que nous avons eu beaucoup d’abus de la liturgie, qui ont endommagé la foi de beaucoup de gens.

- Peut-être pourraient-ils aider à corriger certains abus?
- Ce n’est pas leur tâche, mais la nôtre. Un extrême ne peut pas être l’équivalent de l’autre. Les extrêmes doivent être corrigées par le centre.

- Il y a eu quelques controverses entourant votre nomination, au sujet de vos enseignements précédents sur Marie et l’Eucharistie. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet?

[NDLR: Sur la virginité perpétuelle de la Bienheureuse Vierge Marie, Mgr Müller a écrit que la doctrine n'est «pas tellement préoccupés par certaines propriétés physiologiques dans le processus naturel de la naissance (comme le canal de naissance n'ayant pas été ouvert, l'hymen intact, ou l'absence de douleurs de l'enfantement), mais par l'influence salvatrice de la grâce du Sauveur sur la nature humaine». Sur l'Eucharistie, il a déclaré: «En réalité, le corps et le sang du Christ ne signifient pas les composants matériel de la personne humaine de Jésus pendant sa vie ou dans sa corporalité transfigurée. Ici, le corps et le sang signifie la présence du Christ dans les signes au moyen du pain et du vin».]

- Il ne s’agissait pas tant de critiques que de provocations infondées visant à me discréditer, mais tout le monde peut lire ce que j’ai écrit dans son contexte et de manière systématique. Pourquoi aurais-je nié la doctrine de la transsubstantiation ou la virginité perpétuelle de Marie? J’ai écrit des livres entiers en défense de ces doctrines. En ce qui concerne les miracles, nous devons nous rappeler que l’objet primaire de notre foi, c’est l’action de Dieu; l’objet secondaire est ce que Dieu a fait inclusivement dans la dimension matérielle. Il ne suffit pas de dire que les miracles sont une action inexplicable – quelque chose de tout à fait exceptionnel dans le monde matériel – qui prouve l’existence de Dieu. Au contraire, les miracles accomplis par Jésus révèlent qu’il est notre divin Sauveur qui est venu pour guérir un monde blessé par le péché.
Ainsi, par exemple, lorsque Jésus accomplit un miracle, comme la guérison du malade, le premier aspect à considérer n’est pas la simple suspension de l’ordre naturel. La première priorité est d’examiner le fait que Dieu a guéri de cette personne qui avait besoin d’être guéri; la suspension des lois de la nature est une conséquence de cette intervention divine. Souvent, les gens ne comprennent pas ce point de vue de la foi.

- Certains ont suggéré que vous tentiez de repousser les limites, d’aller jusqu’à de nouvelles idées, comme les chercheurs font souvent. Est-ce que cela a quelque chose à voir avec la polémique?
- Voyez-vous, la base de notre foi, c’est la révélation. Mais nous avons besoin d’explications théologiques, d’interprétations, d’expliquer la vérité historique de la révélation, et de la présenter et la défendre contre les erreurs et les hérésies. Ainsi, par exemple, les dogmes christologiques des premiers conciles étaient absolument nécessaires pour expliquer d’une autre manière les vérités au sujet du Christ témoignées par et contenues dans le Nouveau Testament. Si vous voulez conserver le contenu de la vérité dans d’autres contextes, il faut parfois expliquer dans d’autres catégories.
Dans l’Evangile, Jésus a dit: «Ceci est mon sang, ceci est mon corps». Quel est le sens de cela? Cela se réfère à la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, mais dans le Nouveau Testament, vous ne trouvez pas cette expression – «présence réelle». Il s’agit d’un terme théologique ultérieur pour expliquer la vérité contenue dans l’Evangile. Ensuite, dans le contexte des 12e et 13e siècles, l’Église a dû défendre la doctrine de la Présence Réelle, et elle l’a fait en l’exprimant en termes philosophiques pour expliquer la différence entre la substance et l’apparence. Telle est la doctrine de la transsubstantiation – un mot que vous ne trouverez pas dans le Nouveau Testament, mais qui était nécessaire pour expliquer et défendre ce qui a été révélé dans le Nouveau Testament. Souvent, les gens ne comprennent pas la relation entre révélation et théologie.

- Enfin, quelle est la situation en ce qui concerne la Leadership Conference of Women Religious(LCWR)? La Congrégation a récemment publié une évaluation doctrinale pour un renouvellement de cette organisation américaine. Y-a-t-il un conflit persistant entre la CDF et l’organisation?
- Il n’y a pas de lutte entre le Saint-Siège et cette organisation, mais nous voulons aider la LCWR dans son renouveau de la vie religieuse – précisément en raison de l’importance de la vie religieuse pour l’Eglise. De nos jours, un tel renouveau ne sera possible que s’il y a un engagement renouvelé pour les trois vœux [chasteté, pauvreté et obéissance] et une nouvelle identification avec notre foi et la vie catholique. Nous ne pouvons pas accomplir notre mission si nous sommes divisés, chacun parlant contre l’autre, travaillant contre l’autre, ou d’accepter des idées venant de l’extérieur qui n’appartiennent pas à notre foi. Et nous ne pouvons pas accepter des doctrines sur la sexualité qui ne respectent pas les bases fondamentales de l’anthropologie révélée. Il nous faut donc trouver de nouvelles façons de servir la société d’aujourd’hui, ne pas perdre notre temps en «guerres civiles» à l’intérieur de l’Église catholique. Nous devons travailler ensemble et avoir confiance.
Mais il est important de se rappeler qu’à aucun moment dans l’histoire de l’Eglise, un groupe ou un mouvement dans un pays n’a réussi quand il a pris une attitude contre Rome, quand il a été «anti-Rome». Se placer contre «Rome» n’a jamais apporté de réforme authentique ou de renouvellement de l’Église. Ce n’est que par un engagement renouvelé dans le plein enseignement du Christ et de son Église, et par un esprit renouvelé de collaboration avec le Saint-Père et les évêques en communion avec lui, qu’il y aura un renouvellement et une vie nouvelle dans l’Église catholique et une nouvelle évangélisation de notre société. Prêcher l’Evangile du Christ à un monde fatigué, qui a désespérément besoin de sa vérité libératrice – ce doit être notre priorité.

Edward Pentin, correspondant à Rome du National catholic Register.

Traduction française : Benoit et moi

 

5-  Mgr Müller à la radio NDR Kultur : « D’un point de vue pastoral,  la porte est toujours ouverte »- 6 oct. 2012

Accès à l’entretien donné par Mgr Müller à New Catholic Register

 

Extraits en provenance du site Benoit-et-moi.fr

Juste avant la 50e Anniversaire du Concile Vatican II, le nouveau préfet de la CDF, Mgr Gerhard Ludwig Müller explique que la Fraternité traditionaliste Saint-Pie X n’est plus digne de négocier (« Erzbischof Gerhard Ludwig Müller, die traditionalistische Piusbruderschaft für nicht verhandlungswürdig erklärt« … une formulation assez abrupte, si elle est correctement traduite!!).

Il a précisé textuellement: «Cette Société n’est pas pour nous un interlocuteur (partenaire de négociation), car la foi ne peut pas être un sujet de négociations».

Mgr Müller a dit cela au cours d’une interview exclusive accordée à la station de radio NDR Kultur.

Parmi les attributions du préfet de la Foi, il y a aussi la question d’une possible réintégration de la Fraternité traditionaliste Saint-Pie au sein de l’Eglise catholique.

La Fraternité rejette les décisions importantes du Concile Vatican II, entre autre sur la liberté religieuse et les droits de l’homme. Le Vatican a invité la Fraternité Saint Pie X à accepter ces décisions, si elle veut à nouveau faire partie de l’Eglise. En vue d’une éventuelle réintégration des traditionalistes, l’archevêque Müller a déclaré: «D’un point de vue pastoral, la porte est toujours ouverte».

Le préfet de la foi a cependant clairement précisé au cours de l’entretien avec NDR Kultur: «Il n’y a pas de compromis possible sur le plan de la foi catholique, en particulier comme elle a été formulée régulièrement par le Concile Vatican II».

«Vatican II n’est pas en contradiction avec l’ensemble de la tradition de l’Eglise, à la rigueur, il s’oppose à certaines interprétations erronées de la foi catholique».

Mgr Müller poursuit: «Nous ne pouvons pas négocier la foi catholique, il n’y a pas de compromis possible».

La Congrégation de la foi, en union avec le Pape, décidera de l’évolution future de la question.

«La Fraternité saint Pie X connaît les exigences qu’elle doit accepter», insiste Müller. «Je pense qu’il n’y aura désormais plus de nouvelles négociations», précise encore le préfet de la foi.

Mgr Müller a également parlé des scandales d’abus sexuels, et de l’amplification des cas de violences sexuelles de la part du clergé catholique. Pour des raisons théologiques, il considére injuste que l’Eglise soit déclarée responsable, exonérant ainsi les vrais coupables.

En aucune façon, les auteurs de ces actes ne sont sont vus donner l’occasion d’abuser de la confiance qui leur était dûe à juste titre. «Dire que ces crimes résultent de l’organisation de l’Église est une grave injustice que je me dois de rejeter» dit Müller.

En ce qui concerne la violence faite à travers le monde au nom de la religion, Müller dit qu’il y a une contradiction dans les termes, à employer la force au nom de Dieu. Les autorités des pays islamiques doivent faire comprendre que personne n’est en droit de le faire du mal aux autres au nom d’Allah.

«Nous devons nous défendre contre la politisation des religions partout dans le monde, parce que justement la foi chrétienne est synonyme de tolérance et de coexistence pacifique avec des personnes d’autres cultures», a déclaré l’archevêque. Cela n’est possible que si l’on respecte la liberté de conscience des autres personnes sans pour autant relativiser sa propre foi.

En vue du 500e Anniversaire de la Réforme en 2017, le préfet de la CDF a déclaré: «l’événement devra être expliqué historiquement de façon correcte. C’est une occasion de confirmer le processus œcuménique et de prendre cela comme une impulsion qui entraînera vers une une plus grande unité de l’Eglise, avec l’objectif de l’unité visible de tous les chrétiens dans l’Eglise.

Commentant la proposition d’un geste de réconciliation entre catholiques et protestants, émis par la responsble de l’Eglise évangélique allemande Margot Kaessmann, Mueller dit: « cette réconciliation, nous l’avons concrètement réalisée depuis longtemps, tout au long du processus œcuménique. Nous avons déjà beaucoup en commun et nous n’en sommes pas au début. Nous ne devons pas considérer cette date comme tellement magique», précise Müller.

Entretien avec Mgr Gerhard Ludwig Müller réalisé par Florian Breit Meier.

6- Interpréter la Tradition à la lumière du concile Vatican II ?, abbé Thierry Legrand – Novembre 2012

 

Dans un entretien récent accordé à une radio allemande, abordant la questions des relations avec la Fraternité Saint – Pie X, Mgr Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a rappelé l’importance à ses yeux du concile Vatican II : « Il n’y a pas de compromis possible sur le plan de la foi catholique, en particulier comme elle a été formulée régulièrement par le concile Vatican II » ; «Vatican II n’est pas en contradiction avec l’ensemble de la Tradition de l’Eglise » ; « nous ne pouvons pas négocier la foi catholique, il n’y a pas de compromis possible ».

L’herméneutique de la continuité chère au pape Benoît XVI impose de voir le concile Vatican II en harmonie ou continuité avec la Tradition et les enseignements pontificaux antérieurs au concile. Dans son discours de 2005, le pape déclarait en effet que les enseignements de Vatican II étaient ceux d’un véritable magistère, et que si des effets mauvais ont été observés après le concile, ils ne sont pas imputables au concile mais sont accidentels et proviennent d’une « herméneutique de rupture ». Le 29 juin 2007, la congrégation pour la doctrine de la Foi déclarait elle aussi que la constitution Lumen Gentium sur l’Eglise, comme tout le reste des enseignements du concile Vatican II, « ne changeait en rien la doctrine traditionnelle ». Il fallait donc lire et interpréter les textes du concile qui pouvaient être mal compris (et qui, soit dit en passant, nécessitent d’être interprétés tellement ils manquent de clarté !) à la lumière de la Tradition. C’est ce qu’on avait demandé à Mgr Lefebvre déjà en 1988.

Dans les discussions théologiques entre les experts mandatés par la Fraternité Saint – Pie X et ceux des milieux romains, les experts de la Fraternité ont réitéré les doutes légitimes portés à l’encontre de certains enseignements du concile Vatican II.

Ces discussions ont permis à la Fraternité de montrer avec encore plus d’acuité et de précision :

1 – à la fois que ce que l’on observe dans l’Eglise, à savoir une protestantisation quasi généralisée, une « apostasie silencieuse » d’une majorité de fidèles catholiques, n’est pas le fruit du hasard, ni un fruit accidentel du concile issu d’une mauvaise interprétation des textes ;

2 – et que l’origine de ces faits vient bien de textes du concile, « textes ambigus et équivoques et même franchement erronés, inspirés par l’esprit du monde moderne, esprit libéral, teilhardien, moderniste, opposé au règne de Notre Seigneur Jésus – Christ (Mgr Lefebvre, conférences des 18 et 27 août 1976).

Comme par le passé, les autorités romaines ont refusé de reconnaître la légitimité de ces doutes, faisant porter les faits incriminés (protestantisation, etc.) sur une mauvaise interprétation du concile, cette prétendue « herméneutique de la rupture ». Les abus perçus ça et là ne sont pas niés par les tenants de cette théorie – ils sont trop visibles et scandaleux – mais, pour eux, ils découlent d’une mauvaise interprétation du concile et non du concile lui – même : ce sont des accidents certes fort regrettables mais de simples accidents.

Notons tout de suite que ce qui est accidentel doit rester exceptionnel. Si les « accidents » sont trop fréquents, ce n’est plus accidentel mais cela découle du défaut de la chose elle – même. Or les conséquences du concile Vatican II n’ont cessé de se faire sentir à grande échelle, depuis maintenant cinquante ans. Si le concile engendre partout et toujours des abus, ce ne sont plus des abus mais des effets nécessaires du concile, découlant du concile lui – même.

Comme le note M. l’abbé Gleize, l’un des experts de la Fraternité ayant participé à ces discussions, « la solution qu’on nous indique, pour mettre un terme à nos doutes, serait d’envisager ces faits (perte de la Foi chez beaucoup, etc.) sous un regard nouveau, autrement dit d’en nier la vraie signification, et de chausser pour cela les lunettes volontaristes de l’herméneutique de la réforme dans la continuité ».

On pourrait même dire que pour le préfet de la congrégation pour la doctrine de la Foi, il ne suffit plus « d’interpréter le concile Vatican II à la lumière de la Tradition », de faire une gymnastique de l’esprit des plus périlleuses pour soutenir que le concile Vatican II est en continuité avec l’enseignement antérieur du Magistère de l’Eglise. Il s’agirait bien plutôt maintenant d’exiger d’interpréter la Tradition et les textes du magistère antérieur au concile, à la lumière du concile Vatican II. Et d’ailleurs pourquoi s’arrêter à la norme interprétative du concile Vatican II ? Il s’agit finalement d’interpréter tout ce que les papes et conciles ont pu dire par le passé, à la lumière du magistère suprême présent, actuel c’est – à – dire du pape actuel Benoît XVI.

Pour les experts romains, pour Mgr Müller et pour Benoît XVI aussi semble – t – il, il n’existe qu’un magistère, le magistère d’aujourd’hui, auquel il revient d’interpréter, de clarifier non seulement le sens de la Sainte Ecriture, des Pères de l’Eglise, de la liturgie, mais aussi le magistère passé, qui, comme on l’a dit, semble devoir être, selon eux, interprété à la lumière du magistère actuel. Mais cette vision vient d’une grave confusion sur le mot « magistère », en particulier sur la notion de magistère vivant (voir l’encadré ci-dessous). Sans vouloir entrer dans les détails (on peut d’ailleurs se reporter pour cela à l’excellent livre de M. l’Abbé Gleize, Vatican II en débat ), voila ce que Mgr Lefebvre notait déjà en 1981 dans une conférence : « Ils disent [les ecclésiastiques romains que Mgr Lefebvre allait voir] : « Mais il n’y a pas deux magistères, il n’y a qu’un magistère, c’est celui d’aujourd’hui. Il ne faut pas vous référer au passé.  » C’est absolument contraire à la définition même du magistère de l’Eglise. Le magistère de l’Eglise est essentiellement un magistère traditionnel, qui porte une tradition, qui transmet une Tradition. C’est le rôle propre de l’Eglise de transmettre le dépôt de la Foi. [...] Nous sommes fidèles à ce magistère et si un magistère nouveau vient dire quelque chose qui est contraire à ce qui a été enseigné primitivement, il est anathème. C’est saint Paul qui le dit, il ne faut pas l’accepter. »

Il ne devrait pas y avoir d’opposition entre le magistère passé et le magistère présent. Nous rejoignons les experts de Rome sur ce point. Eux résolvent le dilemme en disant qu’il n’y a pas opposition et que le magistère passé doit être relu avec un code de lecture donné par le magistère présent. Nous, nous disons à la suite de Mgr Lefebvre qu‘il n’y a pas à proprement parler de magistère présent ou de magistère passé mais il y a « un magistère de toujours », expression qu’utilisait Mgr Lefebvre, qui n’a jamais parlé de « magistère passé ». Nous ne sommes pas des nostalgiques du passé à tout prix, mais nous sommes attachés au magistère de toujours. Et force est de constater que sur plusieurs points le magistère actuel contredit ce que les papes précédents ont toujours enseigné. Notre critère de jugement ne réside pas dans un raisonnement personnel, nous ne sommes pas des protestants. Notre critère de jugement, c’est la Tradition de l’Eglise, c’est l’enseignement inchangé des papes pendant vingt siècles.

A la lumière de ce critère, plusieurs textes du concile Vatican II sont incompatibles avec le magistère de toujours, ne peuvent absolument pas être interprétés à la lumière de la Tradition, et encore moins être la clé d’interprétation des textes antérieurs. Le concile Vatican II n’est pas une boussole fiable pour nous conduire à Notre – Seigneur, à son règne sur nos âmes et les sociétés : « Nous sommes fondés à affirmer, par des arguments tant de critique interne que de critique externe, que l’esprit qui a dominé au concile et en a inspiré tant de textes ambigus et équivoques et même franchement erronés, n’est pas l’Esprit – Saint, mais l’esprit du monde moderne, esprit libéral, teilhardien, moderniste, opposé au règne de Notre Seigneur Jésus – Christ. » (Mgr Lefebvre, conférences des 18 et 27 août 1976).

Abbé Thierry Legrand

Extrait du Saint-Vincent n°1 de novembre 2012

 

Sens qu’on a toujours donné aux mots de « magistère » dans l’Eglise :

Magistère : c’est l’institution destinée à enseigner les vérités de Foi, ayant reçu cette charge et le pouvoir correspondant de Dieu. Il est infaillible quand il enseigne ces vérités de Foi. Le sujet de ce magistère, c’est l’Eglise enseignante (pape et évêques). L’objet, ce sont les vérités révélées par Dieu et les vérités nécessairement connexes à ces vérités révélées (exemple : le mot transsubstantiation et son explication).

Le magistère vivant dans le sens traditionnel est celui qui est exercé par des actes (paroles et écrits). Il est dit vivant parce que le sujet de ce magistère est vivant actuellement. Mais il doit transmettre et expliciter le dépôt des vérités révélées sans y ajouter de nouveautés (cf. Gal. 1, 8 : « Mais si quelqu’un, fût – ce nous – même ou un Ange du Ciel, vous annonçait un autre évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème! »).

Pour les novateurs et modernistes, si le magistère est vivant, c’est parce que son objet vit lui aussi, c’est – à – dire qu’il évolue. Un des principes philosophiques du modernisme, c’est que tout, même la vérité, est en mouvement, et donc sujet à se modifier sans cesse.

*

7-  Mgr Gerhard Ludwig Müller, un gardien de la Foi approprié ?, abbé Thierry Legrand – Novembre 2012

Une polémique s’est développée au sujet de la doctrine exprimée par le nouveau préfet de la congrégation pour la doctrine de la Foi : au sujet de la Transsubstantiation, de la Virginité perpétuelle de la Très Sainte Vierge et de l’appartenance à l’Eglise.

Sur les deux premiers textes du préfet (voir l’encadré ci-dessous), que l’on peut qualifier avec la meilleure intention possible au minimum d’ambigus, celui-ci a répondu dans un entretien à New Catholic Register (septembre 2012), par une fin de non recevoir (c’est décidément une habitude romaine que de nier purement et simplement qu’il y ait un problème au moins dans les expressions qu’ils utilisent pour exprimer ce qu’ils croient) : « il ne s’agissait pas tant de critiques que de provocations infondées visant à me discréditer, mais tout le monde peut lire ce que j’ai écrit dans son contexte et de manière systématique. Pourquoi aurais – je nié la doctrine de la transsubstantiation ou la virginité perpétuelle de Marie ? J’ai écrit des livres entiers en défense de ces doctrines. »

Je dois avouer ne pas avoir grande envie de lire les livres entiers de Mgr Müller. Je voudrais plutôt revenir sur ses propos d’octobre 2011 qui rejoignent ce que beaucoup croient maintenant dans l’Eglise officielle sur l’appartenance à l’Eglise depuis le concile Vatican II, et même avant lui, à la suite d’un Père Congar.

Dans la constitution Lumen Gentium de Vatican II, il est écrit que « c’est là l’unique Église du Christ, dont nous professons dans le symbole l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité, cette Église que notre Sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur (Jn 21, 17), qu’il lui confia, à lui et aux autres Apôtres, pour la répandre et la diriger (cf. Mt. 28, 18, etc.) et dont il a fait pour toujours la « colonne et le fondement de la vérité » (1Tim. 3, 15). Cette Église comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Église catholique qu’elle subsiste ( subsistit in ), gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui, bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent hors de sa sphère, éléments qui, appartenant proprement par le don de Dieu à l’Église du Christ, portent par eux – mêmes à l’unité catholique. »

Après 40 ans, ayant admis qu’il fallait au moins préciser l’expression « subsistit in » de ce texte conciliaire, en raison de son ambiguïté, la congrégation pour la doctrine de la Foi a donné le 29 juin 2007 des « réponses à des questions concernant certains aspects de la doctrine sur l’Eglise ». Ces réponses n’ont en rien éclairci le sujet comme le rappelait Mgr Fellay le 10 juillet de la même année : « la question est : Pourquoi utiliser l’expression « subsistit in » et non pas « est » ? Vous lisez la réponse et vous ne pouvez rien conclure. Ils disent que c’est « est » et qu’il y a identité entre l’Église du Christ et l’Église catholique et qu’il n’y a pas de changement de doctrine. Mais la phrase suivante est précisément un changement de doctrine. Alors … C’est une contradiction. Dans son sermon à Écône (de 2007), Mgr Williamson soulignait que Rome dit que deux et deux font quatre, mais que parfois cela fait aussi cinq. Ce document en est une parfaite illustration. »

Pour Mgr Müller, il semble qu’il n’y ait pas besoin d’éclaircissement du « subsistit in », parce qu’il semble l’interpréter comme beaucoup d’autres avant lui, dans un sens qui n’a rien à voir avec la doctrine catholique . En effet, au cours d’un discours en l’honneur de l’« évêque » luthérien Johannes Friedrich, il a affirmé le 11 octobre 2011 : « Les chrétiens qui ne sont pas en pleine union avec l’enseignement, les sacrements et la constitution apostolico – épiscopale de l’Église catholique , sont eux aussi justifiés par la foi et le baptême, et pleinement incorporés dans l’Eglise de Dieu comme corps [mystique] du Christ . » Il y aurait donc une Eglise de Dieu, corps mystique du Christ, à laquelle sont incorporés les hérétiques et schismatiques, et l’Eglise catholique, une par « l’enseignement, les sacrements et la constitution apostolico – épiscopale » communs et avec laquelle ces mêmes hérétiques et schismatiques ne sont pas en pleine union. Malheureusement pour le préfet de la congrégation pour la doctrine de la Foi, cette distinction a été condamnée depuis longtemps, et Pie XII a rappelé dans l’encycliqueMystici Corporis la doctrine de l’Eglise sur ce sujet :

- Boniface VIII, Bulle Unam sanctam - 13 novembre 1302 : « Le Corps mystique dont le Christ est le chef est identique à l’Eglise hiérarchique catholique romaine ; les membres en sont ceux qui ont reçu le baptême, professent la même foi et le même culte et sont unis entre eux dans la même communion ; ces membres sont unis de plus par la soumission à un même chef visible qui est le successeur de saint Pierre et vicaire du Christ, le Pontife de Rome. »

- Pie XII, Encyclique Mystici Corporis § 22 – 29 juin 1943 : « Au sens plein de l’expression, seuls font partie des membres de l’Eglise ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, qui, d’autre part, ne se sont pas pour leur malheur séparés de l’ensemble du Corps, ou n’en ont pas été retranchés pour des fautes très graves par l’autorité légitime. Tous, en effet, dit l’Apôtre, nous avons été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul Corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres (1Cor. 12, 13). Par conséquent, comme dans l’assemblée véritable des fidèles il n’y a qu’un seul Corps, un seul Esprit, un seul Seigneur et un seul Baptême, ainsi ne peut – il y avoir qu’une seule foi (Eph. 4, 5) ; et celui qui refuse d’écouter l’Eglise doit être considéré, d’après l’ordre du Seigneur, comme un païen et un publicain (Mt. 18, 17). Et ceux qui sont divisés pour des raisons de foi ou de gouvernement ne peuvent vivre dans ce même Corps ni par conséquent de ce même Esprit divin . Qu’on n’imagine pas non plus que le Corps de l’Eglise, ayant l’honneur de porter le nom du Christ, ne se compose, dès le temps de son pèlerinage terrestre, que de membres éminents en sainteté, ou ne comprend que le groupe de ceux qui sont prédestinés par Dieu au bonheur éternel. Il faut admettre, en effet, que l’infinie miséricorde de notre Sauveur ne refuse pas maintenant une place dans son Corps mystique à ceux auxquels il ne la refusa pas autrefois à son banquet (Matth. 9, 11 ; Marc 2, 16 ; Luc 15, 2). Car toute faute, même un péché grave, n’a pas de soi pour résultat – comme le schisme, l’hérésie ou l’apostasie – de séparer l’homme du Corps de l’Eglise [et donc le schisme, l'hérésie ou l'apostasie sépare du Corps mystique de l'Eglise]. Toute vie ne disparaît pas de ceux qui, ayant perdu par le péché la charité et la grâce sanctifiante, devenus par conséquent incapables de tout mérite surnaturel, conservent pourtant la foi et l’espérance chrétiennes, et à la lumière de la grâce divine, sous les inspirations intérieures et l’impulsion du Saint – Esprit, sont poussés à une crainte salutaire et excités par Dieu à la prière et au repentir de leurs fautes. »

On peut légitimement être inquiet au sujet de l’intégrité de la Foi de celui qui a été appelé à la tête de la congrégation destinée à la défendre et à la proclamer. Nous espérons franchement que Mgr Müller étant donné sa position,

Abbé Thierry Legrand

Extrait du Saint-Vincent n°1 de novembre 2012

Propositions de Mgr Müller sur la transsubstantiation et sur la virginité de Marie :

1ère proposition de Mgr Müller, sur la transsubstantiation : « En réalité, corps et sang du Christ ne signifient pas les parties physiques de l’homme Jésus pen- dant sa vie terrestre ou dans son corps glorieux, corps et sang signifient plutôt une présence du Christ à travers le signe médiateur du pain et du vin [ou : à travers le signe du pain et du vin comme medium]. En mangeant le pain et en buvant le vin, nous entrons dès à présent en communion avec Jésus – Christ. Déjà au simple plan des rapports entre êtres humains, une lettre a le pouvoir d’exprimer l’amitié entre deux personnes et d’illustrer et concrétiser aux yeux du destinataire l’affection de l’expéditeur ». ( Die Messe – Quelle christlichen Lebens , Augsburg St. Ulrich Verlag, 2002, p. 139)

Seconde proposition de Mgr Müller, sur la virginité de Marie : « Il ne s’agit pas de phénomènes qui s’écarteraient des caractéristiques physiologiques naturelles dans le processus de mise au monde (comme la non – ouverture des voies d’accouchement, la non – violation de l’hymen et l’absence des douleurs de l’enfantement); il s’agit de l’influence salvifique de la grâce rédemptrice du Sauveur sur la nature humaine, qui avait été ‘blessée’ par le péché originel. La profession de foi ne porte donc pas sur des détails somatiques qui seraient physiologiquement et empiriquement vérifiables. » ( Katholische Dogmatik für Studium und Praxis , Freiburg, 2003, p. 498)

8-  A propos d’une déclaration de Mgr Müller sur le « schisme »  de la Fraternité Saint-Pie X – 22 décembre 2013

Le 22 décembre 2013, Mgr Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a fait dans un entretien accordé au Corriere della Sera, la réponse suivante :

Corriere : Les négociations ayant échoué, quelle est la position des lefebvristes ?

Mgr Müller : « L’excommunication canonique des évêques pour les ordinations illégales a été révoquée, mais il reste celle (l’excommunication) sacramentelle, de facto, pour le schisme ; ils se sont éloignés de la communion avec l’Eglise. Après quoi nous ne fermons pas la porte, jamais, mais nous les invitons à se réconcilier. Mais eux aussi doivent changer leur attitude, accepter les conditions de l’Eglise catholique, et le Pontife Suprême comme critère définitif d’appartenance. »

Cette déclaration de Mgr Müller n’est pas une nouveauté ; elle reprend ce qu’il disait déjà, en octobre 2012, dans l’entretien accordé à la radio allemande NDR : « D’un point de vue pastoral, la porte est toujours ouverte », tout en précisant : « Il n’y a pas de compromis possible sur le plan de la foi catholique, en particulier comme elle a été formulée régulièrement par le concile Vatican II. Vatican II n’est pas en contradiction avec l’ensemble de la tradition de l’Eglise, à la rigueur, il s’oppose à certaines interprétations erronées de la foi catholique. Nous ne pouvons pas négocier la foi catholique, il n’y a pas de compromis possible ». Et d’insister : « La Fraternité Saint-Pie X connaît les exigences qu’elle doit accepter. Je pense qu’il n’y aura désormais plus de nouvelles discussions ». – Bien évidemment, la Fraternité Saint-Pie X ne nie aucun article du Credo et professe toute la foi catholique ; c’est lui faire un mauvais procès que de le mettre en doute. Elle ne s’oppose qu’à toutes les nouveautés qui, depuis 50 ans, altèrent la foi catholique.

Mais ce qui est nouveau dans la réponse de Mgr Müller, c’est l’affirmation d’un schisme. En effet, c’est la première fois qu’une autorité romaine de ce niveau parle de schisme : « L’excommunication canonique des évêques pour les ordinations illégales a été révoquée, mais il reste celle (l’excommunication) sacramentelle, de facto, pour le schisme ; ils se sont éloignés de la communion avec l’Eglise. »

Dans la première partie de sa réponse – « l’excommunication canonique des évêques pour les ordinations illégales a été révoquée, mais il reste celle (l’excommunication) sacramentelle » –, on peut penser que Mgr Müller reprend ce qu’avait affirmé Benoît XVIdans sa lettre aux évêques, du 10 mars 2009, expliquant le retrait des « excommunications », où il distinguait entre le plan disciplinaire et le plan doctrinal, affirmant que les membres de la Fraternité Saint-Pie X, même désormais non-excommuniés (au plan disciplinaire), n’avaient pas de statut canonique parce que le désaccord doctrinal subsistait : « le fait que la Fraternité Saint-Pie X n’ait pas de position canonique dans l’Eglise, ne se base pas en fin de compte sur des raisons disciplinaires mais doctrinales » Et Benoît XVI insistait : « Tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Eglise, et ses ministres – même s’ils ont été libérés de la punition ecclésiastique – n’exercent de façon légitime aucun ministère dans l’Eglise. »

Cependant, le pape ne parlait pas de schisme, comme le fait aujourd’hui Mgr Müller – « il reste celle (l’excommunication) sacramentelle,de facto, pour le schisme ; ils se sont éloignés de la communion avec l’Eglise. » –. On peut même ajouter que des prélats romains ont refusé non seulement le mot, mais aussi la réalité du schisme s’agissant de la Fraternité Saint-Pie X.

Ainsi, dans une lettre datée du 3 mai 1994, le cardinal Edward Cassidy, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens, répondait à un correspondant étranger : « En ce qui concerne votre demande, je voudrais faire remarquer tout de suite que le Dicastère sur l’œcuménisme n’est pas concerné par la Fraternité Saint-Pie X. La situation des membres de cette Société est une affaire interne de l’Eglise catholique. La Fraternité Saint-Pie X n’est pas une autre Eglise ou Communauté ecclésiale dans le sens qu’utilise ce Dicastère. Bien sûr, la messe et les sacrements administrés par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X sont valides. »

Le 13 novembre 2005, à la chaîne italienne TV Canal 5, le cardinal Dario Castrillón Hoyos, préfet de la Congrégation du Clergé et président de la commission Ecclesia Dei, expliquait : « Nous ne sommes pas face à une hérésie. On ne peut pas dire en termes corrects, exacts, précis qu’il y ait un schisme. Il y a, dans le fait de consacrer des évêques sans le mandat pontifical, une attitude schismatique. Ils sont à l’intérieur de l’Eglise. Il y a seulement ce fait qu’il manque une pleine, une plus parfaite – comme cela a été dit durant la rencontre avec Mgr Fellay – une plus pleine communion, parce que la communion existe. »

En mai 2008, le prélat romain, interrogé par Vittoria Prisciandaro pour la Société Saint-Paul, déclarait : « (…) comme nous l’avons souvent dit à Ecclesia Dei, il ne s’agit pas d’un vrai schisme mais d’une situation anormale apparue après l’ »action schismatique » de Mgr Lefebvre avec l’attribution de l’épiscopat sans mandat pontifical, à l’encontre de la volonté exprimée par le pape. »

Et dans le Süddeutsche Zeitung du 25 septembre 2009, il précisait : « De 1988 jusqu’à l’an 2000 tous les dialogues ont été interrompus. Ils n’ont repris qu’en l’an 2000 et un nouveau processus a débuté, suivi de très près par le cardinal Ratzinger, alors membre de la Commission Ecclesia Dei. En 2001, dans un consistoire présidé par le Saint-Père, tous les cardinaux présents ont accepté le processus pour l’entrée en communion des Lefebvristes. Dans la présentation au consistoire, en se basant sur une Note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, on a dit que les frères excommuniés n’avaient pas un caractère hérétique ou schismatique. Ils étaient certes le produit d’une action schismatique. En ce qui concerne leur position face au Concile Vatican II, les difficultés se sont exprimées sur le texte de certains documents et surtout de certaines interprétations du Concile. Les plus grandes difficultés se rapportaient au décret sur la liberté religieuse et l’œcuménisme. »

D’ailleurs, on peut noter que dans le sermon qu’il prononça lors des sacres épiscopaux du 30 juin 1988, Mgr Marcel Lefebvre tint à déclarer aux fidèles quelle était son intention précise en posant cet acte : « Il est nécessaire que vous compreniez bien que nous ne voulons pour rien au monde que cette cérémonie soit un schisme. Nous ne sommes pas des schismatiques. Si l’excommunication a été prononcée contre les évêques de Chine qui se sont séparés de Rome et qui se sont soumis au gouvernement chinois, on comprend très bien pourquoi le pape Pie XII les a excommuniés. Mais il n’est pas question pour nous du tout de nous séparer de Rome et de nous soumettre à un pouvoir quelconque étranger à Rome, et de constituer une espèce d’Eglise parallèle comme l’ont fait, par exemple, les évêques de Palmar de Troya en Espagne qui ont nommé un pape, qui ont fait un collège de cardinaux. Il n’est pas du tout question de chose semblable pour nous. Loin de nous ces pensées misérables de nous éloigner de Rome. Bien au contraire, c’est pour manifester notre attachement à Rome que nous faisons cette cérémonie. C’est pour manifester notre attachement à l’Eglise de toujours, au pape, et à tous ceux qui ont précédé ces papes qui, malheureusement, depuis le concile de Vatican II ont cru devoir adhérer à des erreurs, des erreurs graves qui sont en train de démolir l’Eglise et de détruire tout le sacerdoce catholique. »

A celui qui trouverait paradoxal d’entendre Mgr Lefebvre refuser le terme de schisme, au cours même de la cérémonie des sacres épiscopaux, on conseillera de lire le R. P. Héribert Jone O. F. M.Cap. qui écrit dans son Précis de théologie morale catholique, n° 432, 1 (Salvator, 1935) : « Est schismatique celui qui, par principe, ne veut pas être soumis au pape…, mais n’est pas schismatique celui qui refuse simplement d’obéir au pape, alors même que ce serait pendant longtemps. »

Et sur ce point, on lira avec profit le jugement de saint Augustin : « Souvent aussi la divine Providence permet que, victimes des agitations séditieuses excitées par les hommes sensuels, des justes même soient exclus de l’assemblée des chrétiens. S’ils endurent patiemment ces outrages et ces injustices, sans vouloir troubler la paix de l’Eglise par les nouveautés du schisme ou de l’hérésie, ils montrent à tous avec quel dévouement véritable, quel amour sincère l’homme doit servir son Dieu. Ces chrétiens dévoués ont dessein de rentrer au port, quand le calme aura succédé à la tempête. S’ils ne le peuvent, soit parce que l’orage continue à gronder, soit parce qu’ils craignent que leur retour n’entretienne la tempête ou n’en excite de plus terrible, ils préfèrent pourvoir au salut des agitateurs qui les ont chassés et, sans réunir des assemblées secrètes, ils soutiennent jusqu’à la mort et confirment par leur témoignage la foi qu’ils savent prêchée dans l’Eglise catholique. Celui qui voit leurs secrets combats sait en secret couronner leur victoire. Cette situation semble rare dans l’Eglise, mais elle n’est pas sans exemple, elle se présente même plus fréquemment qu’on ne pourrait le croire. Ainsi tous les hommes et toutes leurs actions servent à l’accomplissement des desseins de la divine Providence pour la sanctification des âmes et l’édification du peuple de Dieu. » (De la vraie religion, 6,11).

On est d’autant plus surpris par la récente réponse de Mgr Müller au Corriere della Sera que, tout de suite après, il déclare à propos du théologien de la libération Gustavo Gutiérrez : « Gutiérrez a toujours été orthodoxe. » De fait, Mgr Müller a écrit un livre avec lui, traduit en italien sous le titre « Dalla parte dei poveri » (Du côté des pauvres), et comme le rapportait le journaliste anglais William Oddie, dans le Catholic Herald du 6 juillet 2012, citant le vaticaniste américain John Allen, « chaque année depuis 1998, Mgr Müller se rend au Pérou pour ‘prendre une leçon’ de Gutiérrez. En 2008, il a accepté le titre de docteur honoris causa de l’Université catholique pontificale du Pérou, qui est largement considérée comme un bastion de l’aile progressiste de l’Eglise péruvienne. A cette occasion, il a salué Gutiérrez et ‘défendu sa théologie’. ‘La théologie de Gustavo Gutiérrez, indépendamment de la façon dont vous la regardez, est orthodoxe, car elle est ‘orthopratique’, a-t-il déclaré publiquement : ‘Elle nous enseigne la manière correcte d’agir d’une manière chrétienne, car elle vient de la vraie foi’. » – On comprend dès lors : si Gutiérrez est orthodoxe – et même ‘orthopratique’ – aux yeux de Mgr Müller, la Fraternité Saint-Pie X ne peut être que ‘schismatique’. C’est toute la différence entre la théologie de la libération et celle de la tradition. Mais dans ce contexte, force est de reconnaître que l’emploi du mot ‘schisme’ relève de l’arbitraire le plus complet.

On peut donc aisément conclure que la récente déclaration du préfet de la Congrégation de la foi rend impossible une « réconciliation ». Mais comment comprendre cette affirmation apparemment contradictoire : « nous ne fermons pas la porte, jamais » ? L’entretien à la radio allemande NDR, en octobre 2012, lève la difficulté : « D’un point de vue pastoral, la porte est toujours ouverte ; mais il n’y a pas de compromis possible sur le plan de la foi catholique, en particulier comme elle a été formulée régulièrement par le concile Vatican II ». Autrement dit, la porte est ouverte pastoralement, mais elle est fermée doctrinalement.

En ajoutant dans le même entretien : « Vatican II n’est pas en contradiction avec l’ensemble de la tradition de l’Eglise, à la rigueur, il s’oppose à certaines interprétations erronées de la foi catholique. Nous ne pouvons pas négocier la foi catholique, il n’y a pas de compromis possible », Mgr Müller reconnaît, malgré lui, que le concile Vatican II peut tout assimiler pastoralement, mais que la doctrine traditionnelle sur la liberté religieuse, l’œcuménisme, la collégialité… est inassimilable par le premier concile pastoral et non dogmatique de l’histoire de l’Eglise. C’est ce qu’avaient montré les entretiens doctrinaux entre les théologiens romains et ceux de la Fraternité Saint-Pie X, entre 2009 et 2011.

Sources : Corriere della Sera/NDR/ Süddeutsche Zeitung/archives dici.org – DICI du 11/01/14

 

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