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la contemplation est au coeur de l’action

publié dans regards sur le monde le 4 octobre 2014


La contemplation est au cœur de l’action

Le Seignadou – octobre 2014


D’aucuns ont été étonnés de ce qui a été dit sur le Mgr Lefebvre caché ou secret, sur le « rêve de Dakar », lorsque méditant devant l’autel de sa cathédrale du Souvenir Africain, le jeune archevêque entrevoyait la nécessité d’une œuvre de restauration sacerdotale. St Pie X –dont tout le pontificat, afin de tout restaurer dans le Christ, a voulu tout soumettre à l’autorité du sacerdoce catholique dans toutes ses fonctions, spirituelles, doctrinales, liturgiques, eucharistiques et sociales – venait d’être canonisé, et on ne parlait pas encore de crise. Mais il se sentait déjà appelé à une mission particulière.

C’est ce rêve qui a tout déterminé, tout décidé de l’avenir de Monseigneur. Et au-delà de toute polémique, Monseigneur n’a pas varié. Il était silencieux mais toujours animé par sa prière aux heures calmes comme à l’heure des grands combats. Monseigneur choisissait ses moments pour s’exprimer, en de grandes occasions, comme le Concile, l’automne 1974, l’été 1976, les sacres de 1988, etc. Cela jaillissait de son âme sacerdotale saisie par la gloire de Dieu contemplée dans sa prière, et horrifiée par les scandales dont elle était témoin parmi les hommes, jusqu’au sein de l’Église. C’est cette âme de prière, cette âme contemplative qui voyait les besoins de l’Église et des âmes, et qui l’animait dans ses plus sévères batailles, et sans laquelle il n’eût jamais rien entrepris.
C’est, hélas, une méconnaissance assez fréquente, à savoir que la contemplation est au cœur de l’action. Tous les saints et les plus actifs au service de l’Église et des âmes, ont été de grands contemplatifs. « Contemplari et aliis contemplata tradere, contempler et livrer aux autres le fruit de sa contemplation », est une devise bien connue de nos sœurs dominicaines.
Mgr Lefebvre ne pouvait pas échapper à cette loi, et c’est parce qu’il fut un homme de vie intérieure et de contemplation, qu’il a pu mener les batailles dans lesquelles nous l’avons suivi. S’il n’avait été saisi par Jésus-Christ, par l’amour de l’Église et des âmes… il serait demeuré paisiblement dans sa petite paroisse du Nord ! C’est l’amour puisé dans le cœur à cœur avec Jésus-Christ qui fait le prêtre, le religieux et l’apôtre. Sur ce point, Ernest Hello a une page merveilleuse.

Un caractère spécial à la splendeur chrétienne et catholique, c’est que la pratique la suit, comme l’ombre suit le corps. En dehors de la vérité, les ascensions éloignent celui qui monte de ceux qui demeurent dans la plaine. Mais les ascensions des grands contemplateurs orthodoxes les font plus tendres pour le petit, plus tendres pour le pauvre, plus intelligents de ses besoins. Ceux-là ne vont pas au pays de la gloire sans rencontrer l’amour au cœur de la contemplation[…] Plus la contemplation est haute, plus le mystère est inscrutable, plus le regard du contemplateur est profond pour saisir dans leur abîme les misères humaines, miséricordieux pour inviter, doux pour plaindre, ardent pour aimer, tendre pour secourir. L’attendrissement grandit avec la hauteur.[…]

Ce Rusbroek que l’antiquité a surnommé le Contemplateur sublime avait pitié des oiseaux, et les frères, qui tremblaient devant lui d’admiration, venaient lui dire: « Père, il neige ; que vont devenir ces pauvres petites bêtes ? » Les frères venaient implorer le grand homme pour les petits oiseaux, parce que le grand homme était un vrai contemplateur. Si sa hauteur eût été inquiétante, ils n’auraient pas osé lui parler des petites choses. Le faux grand homme est sans pitié.

Chose admirable! On dirait que la faiblesse est chargée, par la compassion qu’elle inspire, de graver sur le front de la grandeur le caractère authentique de la vérité. C’est le misérable, c’est l’indigent qui pose sur le front du grand homme le Thau sacré qui marque ces élus, et ce Thau c’est la compassion.

Sur cette merveilleuse alliance de la contemplation et de la pitié, saint Bernard est profond. Rappelant ces paroles de Jérémie: La fille de mon peuple est cruelle comme l’autruche du désert, il ajoute que l’autruche est cruelle, parce qu’elle ne vole pas. L’autruche est cruelle, parce qu’elle ne contemple pas. Cette magnifique alliance d’idées, étonnante pour l’esprit léger, est évidente pour l’esprit profond. La hauteur adoucit l’âme, la magnificence l’apaise, la contemplation est attendrissante.

Quiconque suivra le vol de l’aigle verra qu’il laisse après lui dans l’air un sillon lumineux, et ce sillon c’est la bonté.

Parce qu’il avait dormi sur la poitrine de Jésus, saint Jean fut l’aigle de Patmos et l’apôtre de la douceur. Il avait entendu de trop près les sept tonnerres pour ne pas être attendri.

En fait, ce n’est pas St Bernard mais Gilbert de Hoyland – qui a poursuivi le commentaire du Cantique des cantiques, laissé inachevé par St Bernard – qui fait ce commentaire. « La grâce de la contemplation n’évacue pas la compassion, elle la crée du dedans, et l’extase de l’esprit rend plus compréhensif à l’égard des faible. […] « La fille de mon peuple est cruelle comme l’autruche dans le désert. » (Thren. IV, 3.) L’autruche a des sortes d’ailes, mais elle ne vole pas. Elle ne sait pas s’élever en haut dans le ravissement de son esprit: c’est pourquoi elle ne visite pas ses petits, mais elle abandonne ses œufs à terre. Elle ne pense pas que le passant les foulera, qu’une bête les brisera en courant. Elle ne sait pas monter jusqu’au sommeil de la contemplation, voilà pourquoi elle ne se revêt pas du sentiment de la compassion […] « Je vous adjure, ne réveillez pas ma bien-aimée, jusqu’à ce qu’elle le veuille. » Bonne adjuration, puisqu’elle vise à ménager la mère et à rechercher le progrès des filles. Plus est grande la liberté dont celle-ci dispose pour voir, plus est riche aussi son retour vers ses filles. Plus grande est la hauteur où elle s’élève, plus grand aussi l’humilité dans laquelle elle descend, et plus grande l’utilité de son abaissement pour les rejoindre. »
C’est pour cela que Mgr Lefebvre a statué que les membres de la Fraternité soient d’abord des hommes de prière, en prévoyant des temps de prière commune et des temps de prière personnelle, afin qu’ils puisent en Dieu la grâce nécessaire pour prêcher et pour défendre la vérité qui est Notre-seigneur Jésus-Christ. Le prêtre est d’abord l’homme de la prière, de la contemplation, de l’adoration. C’est dans cette lumière divine que naissent dans son âme l’amour de la vérité et la haine de l’erreur, l’amour de Jésus-Christ et la haine de tout ce qui le blesse ou le défigure. « Contemplation, obéissance, humilité, sont les élé­ments d’une même réalité : l’imitation de Jésus-Christ et la participation à son amour infini. »(Mgr Lefebvre).
C’est pourquoi aussi il a voulu que « à la maison principale ou dans une autre désignée à cet effet existera une communauté à caractère plus contemplatif, adonnée à la célébration de la sainte Messe, à l’adoration du Saint Sacrement, à des prédications de retraites sur place, à l’audition des confessions…Cette communauté doit être la base solide et le paratonnerre de la Fraternité. Elle doit permettre à la Fraternité de garder toujours sa véritable fin qui est la sanctification du sacerdoce, sa dévotion essentielle au Saint Sacrifice de la Messe et à la Sainte Passion de Notre Seigneur, sa fermeté doctrinale, son véritable zèle pour le salut des âmes. »
Il a fallu bien des années avant que puisse être créée cette maison. C’est chose faite depuis 2011. Le cher et regretté abbé Lagneau était tout désigné pour lui donner la forme spirituelle voulue par notre fondateur et la « Maison Notre-Dame » est devenue cette maison de prière qui permet à la Fraternité d’aller de l’avant, fidèle à sa vocation et forte pour résister à tous les assauts, d’où qu’ils viennent. Cette maison de Montgardin, sise sous la protection de Notre-Dame du Laus, « Refuge des pêcheurs », est vraiment une grâce pour notre œuvre, et tous, prêtres et fidèles, y sont accueillis comme il se doit pour en repartir réconfortés. Et quand bien même elle demeurerait ignorée voire méprisée, c’est d’elle que monteront les prières les plus régulières qui obtiendront à ceux qui ne le savent pas les grâces d’un apostolat fécond.
Et ce qui vaut pour les prêtres vaut tout autant pour les fidèles qui veulent être et demeurer disciples de Jésus-Christ dans un monde impie, voire même des apôtres. Il ne s’agit pas d’une mystique réservée à quelques âmes choisies, et tout baptisé vaut ce que vaut sa prière. C’est le regard de l’âme sur Dieu, sur Jésus-Christ, sur Notre-Dame, sur les saints, qui la nourrira de la force nécessaire pour garder la foi, l’espérance et la charité. C’est le regard levé vers les choses de l’éternité, durant la Messe ou par le Rosaire, qui rend l’âme chrétienne apte aux plus belles saintetés. Comment aimer et suivre celui que je ne connais pas ? Comment aimer et me confier à celle dont j’ignore le cœur ?
Daigne Notre-Dame du Rosaire nous introduire dans cette connaissance.

« Par la méditation douce et continue des mystères du saint Rosaire,
j’ai compris la gloire que rendait au Père céleste la moindre action du Verbe incarné,
et par suite la réparation surabondante qu’une seule goutte du sang de Jésus-Christ,
une seule de ses larmes, un seul de ses soupirs a dû offrir à la justice pour effacer et réparer les péchés du monde. » (Vénérable Pauline Jaricot)

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