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Conclusion de l’année sacerdotale: la veillée de prière le soir du  10 juin, place saint Pierre.

Conclusion de l’année sacerdotale: la veillée de prière le soir du 10 juin, place saint Pierre.

publié dans la doctrine catholique le 18 juin 2010


CONCLUSION DE L’ ANNÉE DU SACERDOCE

VEILLÉE DE PRIÈRE À L’OCCASION
DE LA RENCONTRE INTERNATIONALE DES PRÊTRES

DIALOGUE DU PAPE BENOÎT XVI
AVEC LES PRÊTRES

Place Saint-Pierre
Jeudi 10 juin 2010

Lors de cette veillée de prière, le  pape a répondu à plusieurs questions posées par des prêtres des différentes  parties du monde. La première question aborde la question de l’apostolat, la seconde, la théologie, la troisième, le célibat ecclésiastique, la quatrième, le sacerdoce et l’eucharistie, la cinquième, le manque de vocation, comment y remédier? Questions bien actuelles. Voici les réponses du pape.

 

Amérique:

D. – Très Saint-Père, je m’appelle José Eduardo de Oliveira y Silva et je viens d’Amérique, du Brésil plus précisément. La plus grande partie d’entre nous ici présents, sommes engagés dans la pastorale directe, en paroisse, et non seulement avec une communauté, mais parfois nous sommes désormais curés de plusieurs paroisses, ou de communautés particulièrement étendues. Avec toute la bonne volonté, nous essayons de subvenir aux nécessités d’une société qui a beaucoup changé, qui n’est plus entièrement chrétienne, mais nous nous rendons compte que notre « action » ne suffit pas. Où aller, Votre Sainteté? Dans quelle direction?

R. – Chers amis, tout d’abord, je voudrais exprimer ma grande joie parce que des prêtres de toutes les régions du monde sont réunis ici, dans la joie de notre vocation et dans la disponibilité à servir de toutes nos forces le Seigneur à cette époque qui est la nôtre. Pour répondre à la question, je suis bien conscient qu’aujourd’hui il est très difficile d’être curé même et surtout dans les pays d’ancienne chrétienté; les paroisses deviennent de plus en plus étendues, des unités pastorales… il est impossible de connaître tout le monde, il est impossible de faire toutes les tâches que l’on pourrait attendre d’un curé. Et ainsi nous nous demandons réellement comment aller de l’avant, comme vous l’avez dit. Mais je voudrais dire tout d’abord: je sais qu’il y a de très nombreux prêtres dans le monde qui donnent réellement toute leur force pour l’évangélisation, pour la présence du Seigneur et de ses sacrements. Et à ces fidèles curés, avec toute la force de leur vie, de leur passion pour le Christ, je voudrais dire un grand « merci » en ce moment. J’ai dit qu’il n’est pas possible de faire tout ce que l’on souhaite, tout ce qu’il faudrait peut-être faire, parce que nos forces sont limitées et les situations sont difficiles dans une société toujours plus diversifiée, plus compliquée. Je pense qu’il est surtout important que les fidèles puissent voir qu’un prêtre ne fait pas seulement son « job », son horaire de travail et puis il est libre et il vit uniquement pour lui-même, mais que c’est un homme passionné par le Christ, qui porte en lui le feu de l’amour du Christ. Si les fidèles voient qu’il est plein de la joie du Seigneur, ils comprennent aussi qu’il ne peut pas tout faire, ils acceptent ses limites et ils aident le curé. C’est donc là qu’est le point le plus important: que l’on puisse voir et ressentir que le curé se sent réellement un appelé du Seigneur; et qu’il est empli de l’amour du Seigneur et des siens. S’il en est ainsi, on comprend, on peut aussi voir l’impossibilité de tout faire. Par conséquent, la première condition est d’être emplis de la joie de l’Evangile de tout notre être. Et puis il faut faire des choix, avoir des priorités, voir ce qui est possible et impossible. Et je dirais que les trois priorités fondamentales, nous les connaissons: ce sont les trois piliers de notre existence sacerdotale. Premièrement, l’Eucharistie et les sacrements: rendre possible et présente l’Eucharistie, surtout le dimanche, et autant que possible pour tous, et la célébrer de manière à ce qu’elle devienne réellement l’acte visible d’amour du Seigneur pour nous. Puis, l’annonce de la Parole dans toutes ses dimensions: du dialogue personnel jusqu’à l’homélie. Et le troisième point est la « caritas », l’amour du Christ: être présents pour ceux qui souffrent, pour les petits, les enfants, pour les personnes en difficulté, pour les exclus; rendre réellement présent l’amour du Bon Pasteur. Et puis une priorité très importante est aussi la relation personnelle avec le Christ. Dans le bréviaire, le 4 novembre, nous lisons une belle homélie, un texte de saint Charles Borromée, un grand pasteur qui s’est vraiment donné totalement, et qui nous dit, à tous les prêtres: « Ne néglige pas ta propre âme: si ton âme est négligée tu ne peux pas donner aux autres tout ce que tu devrais donner. Donc pour toi-même également, pour ton âme, tu dois avoir du temps ». En d’autres mots, la relation avec le Christ, le dialogue personnel avec le Christ est une priorité pastorale fondamentale, c’est la condition pour notre travail pour les autres! Et la prière n’est pas une chose marginale: c’est réellement une « profession » pour le prêtre de prier, également comme représentant des personnes qui ne savent pas prier ou qui ne trouvent pas le temps de prier. La prière personnelle surtout, la prière des Heures, est la nourriture fondamentale pour notre âme, pour toute notre action. Et enfin, reconnaître nos limites, s’ouvrir aussi à cette humilité. Nous nous rappelons la scène de Marc, au chapitre 6, où les disciples sont « anxieux », ils veulent tout faire et le Seigneur leur dit: « Venez à l’écart et reposez-vous un peu » (cf. Mc 6, 31). Cela aussi est un travail pastoral, dirais-je: trouver et avoir l’humilité, le courage de se reposer. Et donc, je pense que la passion pour le Seigneur, l’amour pour le Seigneur, nous montre les priorités, les choix, nous aide à trouver la route. Et le Seigneur nous aidera. Merci à vous tous!

Afrique:

D. – Votre Sainteté, je m’appelle Mathias Agnero, et je viens d’Afrique, de Côte-d’Ivoire précisément. Vous êtes un Pape-théologien, tandis que nous, lorsque nous y parvenons, à peine lisons-nous quelques livres de théologie pour la formation. Il nous semble toutefois, que s’est créée une fracture entre théologie et doctrine et, plus encore, entre théologie et spiritualité. On sent la nécessité que l’étude ne soit pas seulement académique, mais alimente notre spiritualité. Nous en ressentons le besoin dans notre propre ministère pastoral. Parfois la théologie ne semble pas avoir Dieu au centre et Jésus Christ comme premier « lieu théologique », mais elle a en revanche des goûts et des tendances diffuses; et cela a pour conséquence la prolifération d’opinions subjectives qui permettent l’introduction, même dans l’Eglise, d’une pensée non-catholique. Comment ne pas être désorientés dans notre vie et dans notre ministère, lorsque c’est le monde qui juge la foi et non l’inverse? Nous nous sentons en « décalage »!

R. – Merci, vous touchez là un problème très difficile et douloureux. Il existe réellement une théologie qui se veut avant tout académique, qui veut apparaître scientifique, et oublie la réalité vitale, la présence de Dieu, sa présence parmi nous, sa parole prononcée aujourd’hui, et non seulement dans le passé. Saint Bonaventure, à son époque, avait déjà distingué deux formes de théologie. Il a dit: « Il y a une théologie qui vient de l’arrogance de la raison, qui veut dominer tout, qui transforme Dieu de sujet en objet que nous étudions, alors qu’il devrait être le sujet qui nous parle et nous guide ». Cet abus de la théologie existe réellement, cette arrogance de la raison qui ne nourrit pas la foi, mais voile la présence de Dieu dans le monde. Il existe aussi une théologie qui veut connaître plus par amour de l’aimé et est stimulée par l’amour et guidée par l’amour, elle veut mieux connaître l’aimé. Et celle-ci est la vraie théologie qui vient de l’amour de Dieu, du Christ, et veut entrer plus profondément en communion avec le Christ. En réalité, les tentations aujourd’hui, sont grandes; surtout s’impose ce que l’on appelle la « vision moderne du monde » (Bultmann, « modernes Weltbild »), qui s’impose en devenant le critère de ce qui est possible ou impossible. Et ainsi, avec ce critère selon lequel rien ne change, selon lequel tous les événements historiques sont du même genre, on exclut précisément la nouveauté de l’Evangile, on exclut l’irruption de Dieu, la vraie nouveauté qui est la joie de notre foi. Que faire? Je dirais d’abord aux théologiens: soyez courageux. Et je voudrais dire une grand merci aussi aux nombreux théologiens qui font du bon travail. Il y a des abus nous le savons, mais il y a dans toutes les parties du monde beaucoup de théologiens qui vivent réellement de la Parole de Dieu, qui se nourrissent de la méditation, qui vivent la foi de l’Eglise et veulent aider pour que la foi soit présente dans notre aujourd’hui. A ces théologiens, je voudrais dire un grand « merci ». Et je dirais aux théologiens en général: « n’ayez pas peur de ce fantasme de la scientificité! ». Je suis la théologie depuis 1946. J’ai commencé à étudier la théologie en janvier 1946, j’ai donc vu près de trois générations de théologiens. Et je peux dire que les hypothèses qui à cette époque-là, puis dans les années Soixante-dix et Quatre-vingts, étaient les plus nouvelles, absolument scientifiques, absolument presque dogmatiques, ont vieilli entre temps et n’ont plus de valeur! Beaucoup d’entre elles apparaissent presque ridicules. Il faut donc avoir le courage de résister à l’apparente scientificité, ne pas se soumettre à toutes les hypothèses du moment, mais penser réellement à partir de la grande foi de l’Eglise, qui est présente en tous temps et nous ouvre l’accès à la vérité. Surtout aussi ne pas penser que la raison positiviste qui exclut le transcendant – qui ne peut pas être accessible -, serait la vraie raison! Cette raison faible, qui présente seulement les choses dont on peut faire l’expérience, est réellement une raison insuffisante. Nous théologiens devons utiliser la grande raison, qui est ouverte à la grandeur de Dieu. Nous devons avoir le courage d’aller au-delà du positivisme jusqu’à la question des racines de l’être. Cela me semble d’une grande importance. Ainsi il faut avoir le courage de la grande, de la vaste raison, avoir l’humilité de ne pas se soumettre à toutes les hypothèses du moment, vivre de la grande foi de l’Eglise de tous les temps. Il n’y a pas une majorité contre la majorité des saints: la vraie majorité sont les saints dans l’Eglise et ce sont les saints qui doivent nous orienter! Puis aux séminaristes et aux prêtres, je dis le même chose: pensez que les Saintes Ecritures ne sont pas un Livre isolé. Elles sont vivantes dans la communauté vivante de l’Eglise, qui est le même sujet dans tous les siècles et garantit la présence de la Parole de Dieu. Le Seigneur nous a donné l’Eglise comme sujet vivant, avec la structure des évêques en communion avec le Pape. Et cette grande réalité des évêques du monde en communion avec le Pape nous garantit le témoignage de la vérité permanente. Nous avons confiance dans ce magistère permanent de la communion des évêques avec le Pape qui représente la présence de la Parole. Et puis nous avons aussi confiance dans la vie de l’Eglise. Surtout, nous devons être critiques. Assurément, la formation théologique, je voudrais m’adresser ici aux séminaristes, est très importante à notre époque. Nous devons bien connaître les Saintes Ecritures également contre les attaques des sectes; nous devons être réellement des amis de la Parole. Nous devons connaître aussi les courants de notre époque pour pouvoir répondre de manière raisonnable, pour pouvoir rendre – comme le dit saint Pierre – « raison de notre foi ». La formation est très importante. Mais nous devons être aussi critiques. Le critère de la foi est le critère avec lequel envisager aussi les théologiens et les théologies. Le Pape Jean-Paul ii nous a donné un point de référence absolument sûr dans le Catéchisme de l’Eglise catholique: nous y voyons la synthèse de notre foi et ce catéchisme est vraiment le critère pour voir où va une théologie acceptable ou non. Je recommande donc la lecture, l’étude de ce texte, et nous pouvons ainsi aller de l’avant avec une théologie critique au sens positif, c’est-à-dire critique contre les tendances de la mode et ouverte aux vraies nouveautés, à la profondeur inépuisable de la Parole de Dieu, qui se révèle nouvelle à toutes les époques, la nôtre aussi.

Europe:

D. – Très Saint-Père, je suis le père Karol Miklosko et je viens de l’Europe, de Slovaquie précisément, et je suis missionnaire en Russie. Quand je célèbre la Messe je me trouve moi-même et je comprends que je rencontre là mon identité, la racine et l’énergie de mon ministère. Le sacrifice de la Croix me révèle le bon Pasteur, qui donne tout pour son troupeau, pour chacune de ses brebis. Et quand je dis: « Ceci est mon corps, ceci est mon sang », donné et versé en sacrifice pour vous, alors je comprends la beauté du célibat et de l’obéissance, que j’ai librement promis au moment de l’ordination. Malgré les difficultés naturelles, le célibat me semble évident si l’on regarde le Christ, mais je suis bouleversé lorsque je lis tant de critiques du monde sur ce don. Je vous demande humblement, Très Saint-Père, de nous éclairer sur la profondeur et sur le sens authentique du célibat ecclésiastique.

R. – Merci pour les deux parties de votre question. La première où vous montrez le fondement permanent et vivant de notre célibat; la seconde qui montre toutes les difficultés dans lesquelles nous nous trouvons à notre époque. La première partie est importante parce que le centre de notre vie doit être réellement la célébration quotidienne de la sainte Eucharistie. Ici sont centrales les paroles de la consécration: « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Nous parlons donc in persona Christi. Le Christ nous permet d’utiliser son « moi », nous parlons avec le « moi » du Christ, le Christ nous « attire en lui » et nous permet de nous unir, il nous unit avec son « moi ». Et ainsi à travers cette action, le fait qu’Il nous « attire » à lui-même, de telle façon que notre « moi » s’unisse au sien, réalise la permanence, l’unicité de son sacerdoce. Ainsi il est réellement l’unique Prêtre, et toutefois il est très présent dans le monde, parce qu’il nous « attire » en lui-même et rend ainsi présente sa mission sacerdotale. Cela veut dire que nous sommes « attirés » dans le Dieu du Christ. C’est cette union avec son « moi » qui se réalise dans les paroles de la consécration. De même dans le « je t’absous » – parce que personne d’entre nous ne pourrait absoudre des péchés – c’est le « moi » du Christ, de Dieu, qui seul peut absoudre. Cette unification de son « moi » avec le nôtre implique que nous sommes « attirés » aussi dans sa réalité de Ressuscité. Nous allons de l’avant vers la vie pleine de la résurrection, dont Jésus parle aux Sadducéens, dans le chapitre 22 de Matthieu. C’est une vie « nouvelle » dans laquelle nous sommes déjà au-delà du mariage (cf. Mt 22, 23-32). L’important est que nous nous laissions toujours à nouveau pénétrer par cette identification du « moi » du Christ avec nous, par cette manière d’être « attirés à l’extérieur » vers le monde de la résurrection. En ce sens le célibat est une anticipation. Nous transcendons ce temps et nous allons de l’avant, en « attirant » ainsi nous-mêmes et notre temps vers le monde de la résurrection, vers la nouveauté du Christ, vers la vie nouvelle et vraie. Le célibat est donc une anticipation rendue possible par la grâce du Seigneur qui nous « attire » à lui, vers le monde de la résurrection; il nous invite toujours à nouveau à nous transcender nous-mêmes, à transcender ce présent, vers le vrai présent de l’avenir qui devient présent aujourd’hui. Et nous sommes ici à un point très important. Un grand problème de la chrétienté, du monde d’aujourd’hui, est que l’on ne pense plus à l’avenir de Dieu: seul le présent de ce monde semble suffisant. Nous voulons avoir seulement ce monde, vivre seul dans ce monde. Et nous fermons ainsi les portes à la vraie grandeur de notre existence. Le sens du célibat comme anticipation de l’avenir est précisément d’ouvrir ces portes, de rendre le monde plus grand, de montrer la réalité de l’avenir qui doit être vécu par nous comme déjà présent. Vivre donc ainsi dans un témoignage de la foi: nous croyons réellement que Dieu existe, que Dieu a quelque chose à voir avec ma vie, que je peux fonder ma vie sur le Christ, sur la vie future. Et nous connaissons à présent les critiques du monde dont vous avez parlé. Il est vrai que pour le monde agnostique, le monde où Dieu n’a rien à voir, le célibat est un grand scandale, parce qu’il montre précisément que Dieu est considéré et vécu comme une réalité, vécu comme une réalité. Avec la vie eschatologique du célibat, le monde futur de Dieu entre dans la réalité de notre temps. Et cela devrait disparaître! En un certain sens la critique permanente contre le célibat à une époque où il devient toujours plus à la mode de ne pas se marier pourrait surprendre. Mais ce non mariage est une chose totalement, fondamentalement différente du célibat, parce que le non mariage est basé sur la volonté de vivre uniquement pour soi-même, de ne pas accepter de lien définitif, de posséder la vie à chaque instant en pleine autonomie, décider à chaque instant que faire, ce que prendre de la vie; et donc un « non » au lien, un « non » au caractère définitif, une manière de posséder la vie seulement pour soi-même. Tandis que le célibat est précisément le contraire: c’est un « oui » définitif, c’est laisser Dieu nous prendre par la main, s’offrir entre les mains du Seigneur, dans son « moi » et donc c’est un acte de fidélité et de confiance, un acte qui suppose aussi la fidélité du mariage; c’est précisément le contraire de ce « non », de cette autonomie qui ne veut pas se donner d’obligations, ne veut pas entrer dans un lien; c’est précisément le « oui » définitif qui suppose, confirme le « oui » définitif du mariage. Et ce mariage est la forme biblique, la forme naturelle de l’être homme et femme, fondement de la grande culture chrétienne, des grandes cultures du monde. Et si cela disparaît, la racine de notre culture est détruite. C’est pourquoi le célibat confirme le « oui » du mariage avec son « oui » au monde futur, et nous voulons ainsi aller de l’avant et rendre présent ce scandale d’une foi qui fait reposer toute l’existence sur Dieu. Nous savons qu’à côté de ce grand scandale que le monde ne veut pas voir, il y a aussi des scandales secondaires de nos insuffisances, de nos péchés, qui cachent le vrai et grand scandale, et laissent penser: « Mais ils ne vivent pas réellement sur le fondement de Dieu! ». Mais il y a une si grande fidélité! Le célibat, et ce sont précisément les critiques qui le montrent, est un grand signe de la foi, de la présence de Dieu dans le monde. Prions le Seigneur pour qu’il nous aide à nous libérer des scandales secondaires, pour qu’il rende présent le grand scandale de notre foi: la confiance, la force de notre vie qui se fonde en Dieu et en Jésus Christ!

Asie:

D. – Très Saint-Père, je m’appelle Atsushi Yamashita et je viens de l’Asie, plus précisément du Japon. Le modèle sacerdotal que Votre Sainteté nous a proposé cette année, le curé d’Ars, voit au centre de l’existence et du ministère l’Eucharistie, la pénitence sacramentelle et personnelle et l’amour pour le culte, dignement célébré. J’ai devant les yeux les signes de la pauvreté austère de saint Jean-Marie Vianney, ainsi que sa passion pour les choses précieuses, pour le culte. Comment vivre ces dimensions fondamentales de notre existence sacerdotale sans tomber dans le cléricalisme ou dans un éloignement de la réalité, que le monde actuel ne nous permet pas?

R. – Merci. La question est donc comment vivre le caractère central de l’Eucharistie sans se perdre dans une vie purement cultuelle, éloignée de la vie de tous les jours des autres personnes. Nous savons que le cléricalisme est une tentation des prêtres dans tous les siècles, même aujourd’hui. Il est d’autant plus important de trouver la véritable façon de vivre l’Eucharistie, qui n’est pas une fermeture au monde, mais précisément l’ouverture aux besoins du monde. Nous devons garder à l’esprit que dans l’Eucharistie se réalise ce grand drame de Dieu qui sort de lui-même, quitte – comme le dit la Lettre aux Philippiens – sa gloire, sort et s’abaisse jusqu’à devenir l’un de nous, s’abaisse jusqu’à la mort sur la croix (cf. Ph 2). L’aventure de l’amour de Dieu – qui s’abandonne lui-même pour être avec nous – et cela devient présent dans l’Eucharistie; le grand acte, la grande aventure de l’amour de Dieu est l’humilité de Dieu qui se donne à nous. Dans ce sens, il faut considérer l’Eucharistie comme l’entrée dans ce chemin de Dieu. Saint Augustin dit dans le livre X du De Civitate Dei: « Hoc est sacrificium Christianorum: multi unum corpus in Christo », c’est-à-dire: le sacrifice des chrétiens est d’être unis par l’amour du Christ dans l’unité de l’unique corps du Christ. Le sacrifice consiste précisément à sortir de nous-mêmes, à nous laisser attirer dans la communion de l’unique pain et de l’unique corps, et entrer ainsi dans la grande aventure de l’amour de Dieu Et ainsi, nous devons toujours célébrer, vivre, méditer l’Eucharistie comme l’école de la libération du « moi »: entrer dans l’unique pain qui est le pain de tous, qui nous unit dans l’unique Corps du Christ. C’est pourquoi l’Eucharistie est donc, en soi, un acte d’amour, elle nous oblige à cette réalité de l’amour pour les autres: que le sacrifice du Christ est la communion de tous dans son Corps. Nous devons donc apprendre l’Eucharistie de cette façon, qui est précisément le contraire du cléricalisme, de la fermeture sur soi. Pensons également à Mère Teresa, qui est véritablement le grand exemple dans ce siècle, à notre époque, d’un amour qui s’abandonne, qui laisse derrière lui toute sorte de cléricalisme, d’éloignement du monde, et qui va vers les plus marginalisés, les plus pauvres, les personnes proches de la mort, et qui se donne totalement à l’amour pour les pauvres, les exclus. Mais Mère Teresa, qui nous a donné cet exemple et la communauté qui suit ses traces, plaçait toujours comme première condition de sa fondation la présence d’un tabernacle. Sans la présence de l’amour de Dieu qui se donne, il n’aurait pas été possible de réaliser cet apostolat, il n’aurait pas été possible de vivre dans cet abandon de soi; ce n’est qu’en s’insérant dans cet abandon de soi en Dieu, dans cette aventure de Dieu, dans cette humilité de Dieu, qu’elles pouvaient et qu’elles peuvent réaliser aujourd’hui ce grand acte d’amour, cette ouverture à tous. Dans ce sens, je dirais que vivre l’Eucharistie dans son sens originel, dans sa véritable profondeur, est une école de vie, et la protection la plus sûre contre toute tentation de cléricalisme.

Océanie:

D. – Très Saint-Père, je m’appelle don Anthony Denton et je viens de l’Océanie, d’Australie. Nous sommes ici ce soir de très nombreux prêtres. Mais nous savons que nos séminaires ne sont pas pleins et qu’à l’avenir, dans diverses parties du monde, nous attend une baisse, même brutale. Que pouvons-nous faire de véritablement efficace pour les vocations? Comment proposer notre vie, dans ce qu’elle a de grand et de beau en elle, à un jeune de notre temps?

R. – Merci. Vous évoquez de nouveau un problème réellement important et douloureux de notre temps: le manque de vocations, à cause duquel les Eglises locales courent le risque de devenir arides, car elles n’auront pas la Parole de la vie, la présence du sacrement de l’Eucharistie et des autres sacrements. Que faire? La tentation est grande de prendre nous-mêmes les choses en main, de transformer le sacerdoce – le sacrement du Christ, le fait d’être élu en lui – en une profession normale, en un job à heures fixes, et le reste du temps, n’appartenir qu’à soi-même; et le faisant ainsi devenir semblable à une quelconque autre vocation: le rendre accessible et facile. Mais il s’agit d’une tentation qui ne résout pas le problème. Cela me fait penser à l’histoire de Saül, le roi d’Israël qui avant la bataille contre les Philistins, attend Samuel pour le sacrifice nécessaire à Dieu. Et lorsque Samuel, le moment venu ne vient pas, il accomplit lui-même le sacrifice, bien que n’étant pas prêtre (cf. 1 Sm 13); il pense ainsi résoudre le problème, mais naturellement, il ne le résout pas, car s’il prend lui-même en main ce qu’il ne peut pas faire, il se fait lui-même Dieu, ou presque, et il ne peut pas s’attendre à ce que les choses aillent vraiment dans le sens de Dieu. Et ainsi, si nous aussi nous exercions uniquement une profession comme les autres, en renonçant au caractère sacré, à la nouveauté, à la diversité du sacrement, que seul Dieu donne, qui ne peut venir que de sa vocation et pas de notre « action », nous ne résoudrions rien. Nous devons d’autant plus – comme le Seigneur nous y invite -, prier Dieu, frapper à la porte, au cœur de Dieu, afin qu’il nous donne des vocations; prier avec une grande insistance, avec une grande détermination, avec une grande conviction également, car Dieu ne se dérobe pas devant une prière insistante, permanente, confiante, même si il laisse faire, attendre, comme Saul au-delà des temps que nous avions prévus. Cela me semble le premier point: encourager les fidèles à avoir cette humilité, cette confiance, ce courage de prier avec insistance pour les vocations, de frapper au cœur de Dieu, afin qu’il nous donne des prêtres. Au-delà de cela, je dirais qu’il y a sans doute trois points. Le premier: chacun de nous devrait faire de son mieux pour vivre son sacerdoce de façon à être convaincant, de manière à ce que les jeunes puissent dire: cela est une véritable vocation, on peut vivre ainsi, de cette façon, on fait quelque chose d’essentiel pour le monde. Je pense qu’aucun d’entre nous ne serait devenu prêtre s’il n’avait pas connu des prêtres convaincants dans lesquels brûlait le feu de l’amour du Christ. Cela est donc le premier point: essayons nous-mêmes d’être des prêtres convaincants. Le deuxième point est que nous devons inviter, comme je l’ai déjà dit, à l’initiative de la prière, à avoir cette humilité, cette confiance de parler avec Dieu avec force, avec décision. Et le troisième point: avoir le courage de parler avec les jeunes pour savoir s’ils peuvent penser que Dieu les appelle, car souvent, une parole humaine est nécessaire pour s’ouvrir à l’écoute de la vocation divine; parler avec les jeunes et surtout également les aider à trouver un contexte vital dans lequel ils puissent vivre. Le monde d’aujourd’hui est tel que la maturation d’une vocation sacerdotale semble presque exclue. Les jeunes ont besoin de milieux dans lesquels on vit la foi, dans lesquels apparaît la beauté de la foi, dans lesquels il apparaît qu’il s’agit d’un modèle de vie, « du » modèle de vie, et donc les aider à trouver des mouvements ou une paroisse – la communauté au sein d’une paroisse -, ou d’autres contextes dans lesquels ils soient véritablement entourés de la foi, de l’amour de Dieu, et où ils puissent donc être ouverts afin que la vocation de Dieu arrive et les aide. Du reste, rendons grâces au Seigneur pour tous les séminaristes de notre temps, pour les jeunes prêtres, et prions. Le Seigneur nous aidera! Merci à vous tous!

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