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Mgr Lefebvre et Rome

publié dans nouvelles de chrétienté le 26 septembre 2016



 Mgr Lefebvre et Rome

SOURCE – Le Seignadou – octobre 2016 – Abbé Simoulin)


Je vous avais promis quelques objections, et les réponses que nous pouvons y faire.
Voici donc la première objection, qui est peut-être la seule vraiment sérieuse, celle des déclarations de Mgr Lefebvre affirmant, principalement après 1988, vouloir attendre la « conversion » de Rome avant de reprendre des démarches pour une réconciliation. Cette position est habituellement présentée sous cette formule : pas d’accord pratique avant un accord doctrinal.
Cela est vrai et bien connu, mais Mgr lui-même reconnaissait que cela prendrait du temps, beaucoup de temps, et qu’il faudrait attendre les signes de la Providence pour discerner le moment opportun. Et en cela, il s’en remettait totalement aux supérieurs de la Fraternité, ne cessant de nous répéter : pour moi, c’est fini… vous avez vos évêques, vos supérieurs, vos séminaires, vos prieurés, je vous ai donné tout ce que j’avais reçu… à vous maintenant de continuer sans moi !

En outre, et ceux qui furent des premiers compagnons de Monseigneur ne devraient pas l’oublier, au-delà de ses déclarations parfois fracassantes, même aux heures les plus tendues avec Rome, Mgr Lefebvre a toujours agi et réagi en serviteur de l’Église et du Pape et en fils de Rome. Il avait le cœur romain plus que beaucoup d’entre nous, et dans toutes ses interventions même les plus fortes, ceux qui le connaissaient sentaient toujours sous-jacente une vraie tristesse : tristesse analogue à celle de Jésus-Christ pleurant sur Jérusalem mais toujours animé du désir de sauver la cité sainte, tristesse de l’état de l’Église, tristesse de devoir réagir à l’encontre des autorités de l’Église, et tristesse de n’être pas entendu, ni compris. Jamais il n’aurait esquissé le premier pas dans le sens d’une rupture avec Rome, et c’est toujours la « Rome conciliaire » qui a pris l’initiative des mesures de « séparation », pour n’aboutir qu’à le séparer un peu plus de la « Rome conciliaire » en le poussant à se réfugier toujours plus dans le cœur de la « Rome Romaine » ! Romain il fut et romain il est demeuré jusqu’à son dernier souffle. La « Romanité » n’est pas Un vain mot, furent quasiment les derniers mots de son Itinéraire spirituel.

Mais relisons un peu l’histoire. D’abord, la Fraternité – qui n’est pas née pour s’opposer au concile ou à Rome, mais pour donner une structure dans l’Église aux prêtres formés au séminaire de Fribourg-Ecône – a été reconnue et érigée par et dans « l’Église conciliaire ». Mgr Lefebvre et Mgr Charrière s’étaient connus à Dakar lorsque l’évêque de Fribourg était venu pendant une quinzaine de jours visiter les Suisses installés au Sénégal. Ils avaient sympathisé et Mgr Lefebvre avait maintenu les relations, sans plus… Mgr Charrière était en réalité un véritable esprit conciliaire, avant même Vatican II, représentant avant l’heure de ce que Mgr Benelli appela « l’Église conciliaire ». Et c’est pourtant lui qui a érigé l’institut de droit diocésain appelé : « Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ». Entre le 1° novembre 1970 et le 6 mai 1975, la Fraternité était donc bel et bien une œuvre de « l’Église conciliaire », et cela ne gênait nullement notre fondateur !
Et c’est dans cette période que se situent les deux actes « fondateurs » de sa position immuable, actes révélateurs de ses dispositions intimes: La déclaration du 21 novembre 1974 : « Oui à la Rome éternelle, non à la Rome moderniste » ! Il reconnaissait lui-même que cette déclaration était forte, et il nous en a donné l’exégèse à de multiples reprises : non pas le refus de tout ce qui venait de Rome, mais le refus de ce qui en venait sous l’inspiration de l’esprit moderniste, étranger à la tradition catholique.
Et il y eut aussi, sa fière réponse à l’éditorial de l’abbé de Nantes où celui-ci l’incitait à rompre avec Rome, en février 1975 ! C’est dans la lettre de Mgr Lefebvre à l’abbé de Nantes qu’il lui répond : « Sachez que si un Évêque rompt avec Rome ce ne sera pas moi. Ma « Déclaration » le dit assez explicitement et fortement. » Cette lettre est du 19 mars 1975 !
Libre aux évêques indépendants de « l’Église Catholique » d’opérer cette rupture, mais qu’ils ne se réclament pas d’une soi-disant fidélité à la pensée de Mgr Lefebvre pour cela, et qu’ils cessent de nous faire rire jaune en parlant de « la trahison des autorités actuelles de la Fraternité Saint-Pie X à l’esprit et à l’œuvre de Monseigneur Marcel Lefebvre ». Qu’ont accepté nos supérieurs parmi ce que refusait Mgr Lefebvre : la nouvelle messe ? Les théories conciliaires ? La liberté religieuse ? Le culte de l’homme ? L’œcuménisme indifférentiste ? Ou bien encore, ont-ils perdu cette romanité si chère à Monseigneur ? Au lieu de critiquer et condamner Mgr Fellay, que ces messieurs fassent des propositions positives et constructives. Que nous proposent-ils comme solution ? Rien, à part le refus et la rupture !
Puis-je rappeler au passage cette belle déclaration de l’abbé Williamson, directeur du séminaire américain de Ridgefield et actuel chef de file de la Résistance, le 8 décembre 1987 – après donc le “scandale » d’Assise – : « Prions pour la Fraternité ! Prions en particulier pour le cardinal Gagnon qui revient aujourd’hui au séminaire de la Fraternité en Suisse, après avoir terminé sa visite d’un mois dans les maisons de la Fraternité en Suisse, en France et en Allemagne. Prions pour lui, lorsqu’il rédigera son rapport sur la Fraternité à l’intention du Saint-Père, afin qu’il présente la vérité de telle sorte qu’il gagne l’approbation du pape. Prions pour le pape pour qu’il puisse faire ce qu’il devrait clairement faire : donner la juridiction et un statut à la Fraternité, laquelle le mérite entièrement. Ceci est absolument nécessaire pour le bien de l’Église universelle, sans parler de la Fraternité.
Il est humain, et je ne le reprocherai à personne, de changer parfois d’avis, mais il ne me semble pas correct d’accuser de trahison ceux qui n’ont pas changé ! Et quand bien même ils auraient changé de position en raison de nouvelles circonstances, ne peut-on leur accorder la même bienveillance qu’à Mgr Williamson ?
Il y eut encore ces mots de Mgr aux futurs évêques : « Je vous conjure de demeurer attachés au Siège de Pierre, à l’Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les Églises, dans la foi catholique intégrale ».
Et nous pouvons conclure avec les propos de Mgr lui-même, fidèle à ses premières positions jusqu’au bout, dans les considérations qu’il adressait aux diacres en retraite à Montalenghe en juin 1989, et donc après les sacres épiscopaux. Il leur donnait une dernière fois le sens de sa déclaration de 1974 : « Je pense quand même que nous avons besoin d’un lien avec Rome… Rome, c’est quand même là que se trouve la succession de Pierre, la succession des apôtres, de l’apôtre Pierre, de la primauté de Pierre et de l’Église ; si on coupe avec ce lien, on est vraiment comme une embarcation qui est larguée au grès des flots, sans plus savoir à quel lieu nous sommes rattachés et à qui nous sommes rattachés. Je pense qu’il est possible de voir dans la personne qui succède à tous les papes précédents, puisque s’il occupe le siège, il a été reçu comme évêque de Rome à saint Jean de Latran, or c’est l’évêque de Rome qui est le successeur de Pierre, il est reconnu comme successeur de Pierre par tous les évêques du monde. Bon ! Qu’est-ce que vous voulez, on peut penser qu’il est vraiment le successeur de Pierre ! Et en ce sens nous nous rattachons à lui et à travers lui à tous ses prédécesseurs, ontologiquement si je puis dire. Et puis ensuite, ses actions, ce qu’il fait, ce qu’il pense, et les idées qu’il répand, c’est autre chose, bien sûr. C’est une grande douleur pour l’Église catholique, pour nous, que nous soyons obligés de constater une chose semblable. Mais je pense que c’est la solution qui correspond à la réalité. » (N.B. il s’agit de la transcription écrite fidèle d’un texte parlé, qui exprime bien la pensée, mais ne peut pas toujours respecter la grammaire).
Ces vérités, bien connues déjà par les esprits bienveillants, peuvent nous aider à y voir clair et à tenir bon, sans nous laisser séduire par ces lugubres et tristes sirènes de malheur qui oublient ce trésor caché dans l’âme de Mgr. Lefebvre, qui fut pourtant leur père : l’amour de Rome où se trouve et se trouvera jusqu’à la fin des temps la succession de Pierre, la succession des apôtres, de l’apôtre Pierre, de la primauté de Pierre et de l’Église !

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