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Alain de Benoist et les migrants

publié dans regards sur le monde le 3 octobre 2016


Alain de Benoist : « Les migrants qui s’entassent à Calais veulent aller en Angleterre, pas en foyer d’accueil au fin fond de la Lozère » [interview]

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 (Source: Breizh-info.com)

 le point de vue du philosophe de la « Nouvelle droite ». (Intervviev)

Breizh-info.com : Que pensez-vous du plan de Bernard Cazeneuve d’étaler l’immigration et de vider la Jungle de Calais en imposant des migrants dans toutes les régions ? Est-ce un risque majeur pour la France comme l’affirment certains élus et leaders politiques à droite ?

Alain de Benoist : C’est le principe de la confiture : plus on l’étale, plus elle perd son goût. La Jungle de Calais était un symbole éclatant de l’impuissance gouvernementale, qu’il n’était plus possible de laisser en l’état à quelques mois d’une importante échéance électorale. Bernard Cazeneuve a donc décidé le démantèlement de la Jungle pour répartir les milliers de migrants qu’elle abrite dans des foyers d’accueil disséminés dans toute la France. Il sait évidemment qu’en matière de potion amère les petites doses sont plus faciles à avaler que les grandes. Mais l’idée fondamentale est toujours la même : plutôt que d’aborder frontalement le problème, rendre le visible invisible.

Sur le fond, il est clair que cela ne résoudra rien. Les migrants qui s’entassent à Calais veulent aller en Angleterre, pas en foyer d’accueil au fin fond de la Lozère. Il est donc probable qu’à la première occasion, ils reviendront dans la région d’où on les aura fait partir. N’oublions pas que la Jungle de Calais a fait suite au démantèlement du campement de Sangatte en novembre 2002.

Les migrants veulent aller en Angleterre, mais les Anglais n’en veulent pas. Question simple : pourquoi n’en veulent-ils pas ? Apparemment parce que les migrants ne répondent pas aux critères d’entrée en Grande-Bretagne. Mais en France, à quels critères répondent-ils ? Et pourquoi les Anglais gèrent-ils leur frontière sur le territoire français ? Ce sont évidemment les accords franco-britanniques du Touquet, signés en 2010, qu’il faut remettre en cause.

Breizh-info.com : Le gouvernement a déclaré vouloir expulser la ZAD de Notre Dame des Landes ; un grand combat s’annonce. Finalement, la petite minorité Zadiste n’est-elle pas du fait de ses méthodes et de sa détermination, bien plus influente que le million de français descendu pacifiquement dans la rue lors des Manif pour Tous ?

Alain de Benoist : Il sera sans doute plus difficile d’expulser les sympathiques zadistes de Notre-Dame-des-Landes que de démanteler la Jungle de Calais, mais cela ne veut pas dire que les premiers auront finalement gain de cause. Ils se sont certes montrés plus combatifs que les sages participants de la Manif pour Tous, mais le résultat final n’est pas garanti. Au moins les zadistes auront-ils échappé au ridicule d’une Manif pour Tous ayant eu comme seuls prolongements politiques le ralliement de Sens commun à François Fillon et celui du Marmiton à Alain Juppé.

Breizh-info.com : Depuis plusieurs mois, la revue Éléments est éditée tous les deux mois. Comment expliquez-vous la nouvelle réussite de la revue, et l’attraction qu’elle suscite ?

Alain de BenoistÉléments existe depuis plus de quarante ans. C’est aujourd’hui un magazine de 100 pages tout en couleurs, que l’on trouve dans les kiosques tous les deux mois. Sa nouvelle formule est en effet un grand succès, qui s’explique à mon avis par plusieurs raisons. D’abord le caractère professionnellement très réussi de sa nouvelle maquette, due à Patrick Péhèle.

Ensuite un contenu très attractif, qui donne la parole à des personnalités très variées, voire inattendues (Michel Onfray, Jacques Julliard, Jean Clair, Elisabeth Lévy, etc.). Enfin, une équipe nombreuse, talentueuse (François Bousquet, Xavier Eman, Jean-François Gautier, Olivier François, Pierric Guitaut et tant d’autres),dirigée de main de maître par Pascal Eysseric, son rédacteur en chef.

Ce qui est également caractéristique avec Éléments, c’est que ce n’est pas un « bulletin paroissial » : on n’y parle pas au nom d’un « nous », mais avec le souci constant de s’adresser à un lectorat venu de divers horizons. En publiant des articles, des entretiens et des dossiers traitant aussi bien de littérature que de philosophie politique, des séries télévisées, de l’actualité scientifique ou de celle des idées, l’objectif est d’accélérer les nouveaux clivages qui se font jour actuellement dans le paysage intellectuel.

Breizh-info.com : Avec vous suivi le lancement de la télévision de Michel Onfray, avec qui vous avez débattu cette année sur TV Libertés notamment. Qu’en pensez vous ?

Alain de Benoist : Michel Onfray est l’un de ceux qui ont le plus contribué, ces dernières années, à faire fondre la banquise idéologique. C’est un esprit libre et un homme courageux, qui ne cède pas aux tentatives d’intimidation. Sur le plan philosophique, son dernier livre,Cosmos, me paraît marquer l’émergence d’un « nouvel Onfray ».

Je suis donc avec beaucoup de sympathie la télévision qu’il a créée sur le Web. On y trouve d’ailleurs aussi l’émission sur Proudhon que j’avais organisée avec lui sur TV Libertés.

Breizh-info.com : Marine Le Pen vous semble-t-elle vouloir vraiment remporter les élections à venir en 2017 ? On a l’impression qu’y compris chez les Républicains, certains (comme Wauquiez, Copé notamment) en deviendraient même parfois plus radicaux ?
Les attaques récentes de Louis Aliot sur les propos « racistes » de Robert Ménard ne sont elles pas le signe d’une forme d’autisme au sein du FN ?

Alain de Benoist : Votre question laisse entendre qu’il faudrait se montrer d’autant plus «radical» qu’on veut vraiment remporter une élection. Je ne vois pas les choses comme cela. Pour remporter une élection, il faut d’abord être crédible, et ce n’est pas en s’engageant dans une surenchère à la radicalité qu’on gagne en crédibilité. Concernant le Front national, la question n’est pas de savoir s’il doit se montrer plus ou moins « radical », mais de savoir s’il est en mesure d’articuler dans une perspective contre-hégémonique les différentes demandes sociales qui sont à l’œuvre dans la société. Une telle tâche, qui est celle de tout mouvement populiste, implique de se situer dans un affrontement, non pas horizontal (droite-gauche),mais vertical (ceux d’en bas contre ceux d’en haut). De ce point de vue, le slogan « Au nom du peuple » me paraît plutôt bien venu.

Breizh-info.com : Suivez-vous ce qu’il se passe en Europe centrale, notamment en Hongrie, Tchéquie, Pologne. Les dirigeants de ces pays représentent ils un danger pour l’Europe ou bien sont ils les seuls « debout au milieu des ruines » ?

Alain de Benoist : L’Union européenne ne cesse de trahir son intitulé : depuis la crise de l’euro, elle divise l’Europe au lieu de l’unifier. Mais en réaction, l’Europe se recompose. La façon dont les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque) cherchent actuellement à s’organiser pour faire face aux directives de Bruxelles, notamment à propos des migrants, est évidemment une initiative qu’il faut suivre de près et encourager. Si l’Autriche rejoignait ce groupe dans un avenir proche, c’est presque tout l’empire des Habsbourg qui se trouverait reconstitué !

Propos recueillis par Yann Vallerie

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